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26.05.2010

Petit agenda d'un petit écrivain

_MG_0967.jpgPeu d'échos encore de mon dernier livre, paru au Temps qu'il fait le 25 mars dernier.

Les copains du Net, toujours présents :  Philip, l'ami Solko et Brigetoun.

Je les en remercie vivement.

Et puis le vieux camarade François, qui me fit  gentiment parvenir l'article de Serge Airoldi  paru dans le Matricule des Anges du moi de mai.

Bientôt, sans  doute aussi, une critique de l'ami Feuilly, dans le Magazine des livres.

Et puis, un mail de Marie-Claude Rossard qui m'informe que le livre est sélectionné pour le prix Ptolémée de Saint-dié-des-Vosges, plus exactement le prix Amerigo Vespucci s'intéressant aux ouvrages littéraires  et "géographiques dans des langages différents de ceux des professionnels de la géographie".

Voilà. Y'a plus qu'à..."espérer beaucoup, attendre peu, ne rien demander."

Et l'agenda dans tout ça ?

L'agenda,  c'est que je serai le samedi 29 mai l'invité de  l'Institut Français de Varsovie pour le lancement public de Publie.net.

J'y suis invité à titre d'auteur Publie.net et d'auteur tout court, de langue française résidant en Pologne.

Mon propos y sera complémentarité de l'oeuvre numérique et de l'oeuvre sur support papier. Entendons par complémentarité, un propos qui se propose de tordre le cou à la déjà trop vieille idée  selon laquelle les œuvres numériques allaient tuer sans vergogne et sans pitié les œuvres (dignes de ce nom) éditées sur  papier (qui n'ont pourtant pas, pour ce faire, besoin qu'on leur donne un coup de pouce.)

Je ferai également, si connexion en live, un tour d'horizon du site et des auteurs présents sur Publie.net

J'y ferai aussi lecture de quelques pages de Chez Bonclou et autres toponymes et de Géographiques. Je laisse à une troupe francophone de théâtre de Varsovie, la BenOui Compagnie, le soin de lire du "Zozo, chômeur éperdu."

Et justement, à propos de théâtre, le susdit Zozo, toujours nonchalant,  sera le héros d'un spectacle monté en Deux-Sèvres au mois d'octobre prochain, avec l'aide précieuse, amicale  et professionnelle d'un artiste des Matapeste.

Où je suis invité, donc.

Je vous en reparlerai.

Pour l'heure, il fait beau alors je file couper du bois, tondre la pelouse ou, peut-être, peigner la girafe.

Image :  Ma dernière intervention publique, le 5 mai 2009 à La Rochelle avec Denis Montebello ( comme ça, à ce rythme, j'ai le temps de reprendre mon souffle et de rassembler mes quelques idées )

11:31 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

25.05.2010

Grandeur d'âme de la métaphysique doctrinaire

tunnel.jpgLe professeur Bartoszewski, vieux monsieur respectable et respecté, figure emblématique de l'intelligentzia polonaise, ancien déporté des camps d'Auswitch, ancien ministre des affaires étrangères, aujourd"hui conseiller du gouvernement pour les relations avec l'Allemagne, a rappelé récemment les paroles d'un prélat haut placé sur les marches de l'organigramme ecclésiastique et qui, dans un  sermon tonitruant, avait pris dieu lui-même  à partie en des termes on ne peut moins équivoques :
« Si tu  voulais faire tomber un avion, que n'as tu fait tomber celui qui volait sur Smolensk trois jours auparavant ? »
Entendez par là l'avion de la délégation officielle polonaise* invitée par les Russes aux cérémonies officielles du massacre de Katyń et  réunissant à son bord de nombreux membres du gouvernement, sous la conduite du premier ministre, Donald Tusk.
Surpris par la magnanimité de la  question, il paraît que dieu en est resté bouche bée.

Et le journaliste de Polytyka qui relate ces propos  criminels de dire qu'il se sent lui-même, pour la première fois de sa vie, tel un dieu, tant il ne sait que répondre à une telle ignominie.
Il en reste bouché bée.
Ce fait divers pas si divers que ça, pour dire qu'en Pologne, fort du concordat, le clergé se mêle évidemment de politique, le plus souvent côté PIS (Droit et Justice), le parti populiste du président défunt et de son frère jumeau, l'actuel candidat à la succession, et que, fidèle à son histoire partout dans le monde, le susdit clergé n'y va pas avec le dos de la cuillère pour servir les inepties les plus dégueulasses et flatter les instincts les plus vils.

Mais je veux vous rassurer quant à l'intelligence et la clairvoyance du peuple polonais. Vous rassurer quant à la douceur de ce pays. La Pologne, c'est vraiment autre chose et de plus en plus nombreux sont les Polonais qui en ont par-dessus la casquette de l'omniprésence chafouine de la soutane.
Comme dit dans 'Polska B dzisiaj', les jours de gloire de la sournoise institution, qui doit , in fine, tout à la dictature communiste, sont derrière elle.
Gare au retour de bâton ! L'histoire nous enseigne que dans ce pays, quand la coupe est pleine, elle est vraiment pleine et qu'on ne la laisse pas déborder trop longtemps.

Image : Philip Seelen

* Les  autorités russes avaient organisé, quelques jours avant le drame, des cérémonies auxquelles ils avaient convié les Polonais. Le 10 avril, il s'agissait d'une cérémonie privée, voulue par le Président défunt.

10:59 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.05.2010

La conjuration du sablier

Corbeau_a_gros_bec_TETE_vign_21022010_-_Japon.jpgLa plaine qui n’ondulait jamais était humide, d'une humidité moelleuse,  et la forêt tout au bout mettait brutalement fin à son destin de plaine.
C’était un mur de pins sombres où bataillait le vent, la forêt, et c’était vers ce mur que je cheminais, cependant que le soleil tout pâle glissait sur les dernières plaques de neige.
Derrière moi, il n’y avait rien.
Que du souffle invisible sur le silence de mon histoire.
J’ai levé les yeux au ciel. J’y  cherchais un oiseau, j’y cherchais un voyage qui pût me rassurer du mien, me chuchoter tu n’es pas si seul dans la désespérance, pas si perdu dans tes errances, regarde la blessure fatiguée de mes ailes, regarde l’immensité des nuages à l’assaut desquels me porte cette blessure, regarde le sang par les vents injecté dans mon œil, vois l’impossibilité de mes chimères ataviques et vois la chute au bout, sans qu’aucun vide, nulle part, ne s’inscrive sur la face impassible du monde.
Mort anonyme. Sépulture introuvable. Néant dérisoire. Inutilité du passage.
Mais le ciel était muet. Pas même un nuage en forme d‘allégorie, de ces nuages qu’on lit, comme des monstres ou comme des jouets,  quand on a refermé tous ses livres.

Je marchais vers la forêt parce que j’y avais cru voir la silhouette chancelante d’un homme. On ne voit pas beaucoup d’hommes par ici. On ne voit que la plaine et sa toile de  fond, le rideau sombre des pins.

Que viendraient faire ici les hommes ? Depuis longtemps mon pacte avec eux avait été rompu. À tel point que même là, sous le vent, sur la neige éparse et sous le ciel immaculé, la forêt semblait reculer devant moi, comme si elle refusait que je la rejoigne, comme si sous mes pas s’allongeait la plaine et comme si l’intrus échoué là-bas, à la lisière, s’obstinait à repousser l’échéance  de la rencontre.

C’est alors que j’ai vu l’oiseau. Non. J’ai d’abord vu son ombre qui se déployait sur le sol. Après seulement, j’ai reconnu un corbeau. Un vrai corbeau. Pas une de ces corneilles ou autres freux qui habitaient là-bas, autrefois, sur les marais et les labours paisibles des brises océanes. Un grand corbeau. Un lointain consanguin des nettoyeurs d’Austerlitz. Tellement noir qu’il m’en a semblé  bleu.
Il a plongé sur la lisière et je me suis arrêté tout net. C’était un signe. Je devais m’arrêter là. Il  y avait
quelque chose de la mort blottie sous l’envergure puissante de ses ailes.
Et c'est la forêt qui est venue jusqu’à mes pas. Un nuage est passé et le soleil s’est tu, effrayé par la pénombre.
L’oiseau picorait avec force délectation les yeux de l’homme sur le sol étendu. Le mort n’était pas mort et se prêtait au jeu. Il embrassait le bec et caressait la plume à chaque lambeau de chair arraché à sa vie.

Quelqu’un a frappé. J’ai cru. C’était le vent qui secouait violemment les volets.
En sursaut, j’ai regardé par la fenêtre. La lune dormait encore entre deux branches accrochant ses moignons gelés sur le blafard du ciel.
Je me suis levé. J’ai bu la dernière eau-de-vie de mon histoire et me suis mis à écrire.
Je n’ai depuis lors jamais cessé de tenter de remonter le temps.
Faire reculer la forêt et effrayer les corbeaux.

Texte (modifié) publié en mars 2009

Image : Aurélien Audevard

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19.05.2010

De la case départ à la case départ

jeu_de_l_oie.jpgCe que je ressens du monde a la douceur apaisante d'une vaste rondeur. Mais pas comme un cercle élégant tracé par le compas d'un écolier studieux. Une boucle plutôt. Une circonférence dessinée par un cancre.
Je vis sur une boule bleue qui tourne autour d'une boule rouge ou jaune, suivant des saisons qui tournent en rond... Et quand je regarde le ciel sur la plaine, il plonge en arc de cercle sur cette plaine, laquelle courbe elle-même l'échine, fait le dos rond, là-bas sur le brouillard des horizons infléchis.
L'horizon. Terme ambigu. Incertain. En même temps terme d'espoir et de chute. Mirage trompeur de la ligne droite. Point de mire du marcheur fatigué. Infranchissable. Sans cesse reculé. Dansant.
C'est ainsi que les bâtisseurs d'horizons ne vont jamais au bout de leurs rêves.
L'horizon. Ligne circulaire, variable en chaque lieu, dont l'observateur est le centre et où le ciel et la terre semblent se joindre. C'est Le Littré qui le dit. Et je vois le Littré partout au bout de mon chemin. L'horizon est donc circulaire et les lignes horizontales ne sont jamais droites puisque par définition astronomique, elles sont des parallèles à cet horizon.
Je marche vers l'horizon. À la verticale, que je marche. Perpendiculaire à une courbe.
Comment dès lors marcher droit vers un point final ?

Tout a la rondeur des espaces qui commencent et finissent en même temps, sans qu'il n'y ait de trajectoire linéaire.
Quand je regardais l'océan, il était aussi comme une sorte de sphère liquide dont je n'apercevais qu'un pôle qui miroitait sous la lumière d'une grosse étoile ronde.
Si j'imagine l'univers dont une des théories le décrit comme encore en expansion, j'imagine une sphère incommensurable et chaude qui gonfle encore sous l'impulsion d'une force titanesque qui lui viendrait du centre. Les limites où se meurt le rationnel et où trébuche l'imagination, c'est la définition, l'existence même du vide sur lequel se répandrait cet univers en mouvement circulaire, projeté à l'infini.
Car pour qu'un corps se distende et prenne de l'ampleur, il lui faut forcément rencontrer du vide. Et le vide, le néant, par définition, ça n'existe pas. Prétendre à une existence du néant, c'est implicitement poser le postulat de sa négation.
Je vis, nous vivons, dans cette rondeur chaotique. Nos états d'âme, nos pulsions, en sont forcément déterminés pour une part. Nos prétentions aussi, hélas !
Et du hasard d'une naissance à la dernière pelletée du fossoyeur, ce que nous appelons la fuite du temps et qui n'est que l'éphémère de notre marche vers l'horizon intangible, me semble donc un cercle imparfait, musardant du point zéro au point zéro.
La vision commune de cette fuite est une trajectoire. Le temps rationnel, vécu comme corps unique à sens unique. C'est la vision capitaliste du temps. Le temps marchandise. Le langage, que les hommes ont quelque peu désappris à lire,
ne s'y trompe d'ailleurs pas. Il dit : perdre, gaspiller, récupérer, avoir ou gagner du temps.
Si tel en était, pour nous nous souvenir, il faudrait nous retourner. Or, nous ne nous retournons pas. Nous nous voyons en un point donné du cercle imparfait. Là où nous sommes déjà passés et où nous avons déposé comme gages de notre voyage, des rêves d'enfant, des larmes, des visions fulgurantes de la mort, des amours et des amitiés...
Seuls les gens qui pensent leur vie comme une ligne à parcourir pensent qu'on patauge quand on est dans la nostalgie. Nostalgie. Se souvenir avec douleur. Sur une boucle, on a une vision d'ensemble. On se voit partout à la fois. Le présent regarde le passé sans nier sa qualité de présent irrémédiablement entrainé dans sa chute vers le futur.
Nous croise nous, en fait. En même temps ici, ailleurs et déjà là bas.
Aimer vivre sa vie, c'est donc être quantique. Multiple. Plusieurs.  Et comme son propre horizon, impalpable.
Le grand mouvement des choses.
J'aime les saisons, le retour et leur fuite. L'éternel retour des mêmes gestes de la terre dans sa complicité avec le reste du monde.
Nous-mêmes, dans cette incendie qui tourbillonne, nous reproduisons des scènes à l'infini de notre espace fini  Des scènes  qu'on a déjà vu se jouer...Quelque part. Sous les lampions d'un  théâtre qui n'était pas encore mûr.
Particule de ce bal infini, je ne suis rien sans l'exode des oiseaux vers le nord, puis vers le sud, puis vers le nord encore. Rien sans la nuit qui engloutit le jour et ce jour à son tour qui dévore la nuit. Qui l'épluche d'est en ouest.
La pendule universelle.
Jusqu'à l'horizon courbé, défaillant mais jamais vaincu. Phénix sans cendres, éternel brasier.
C'est nous, hommes qui marchons et dont la marche est forcément fatale, qui sommes des vaincus. Du premier vagissement au dernier râle.
Et c'est quand nous en avons la conscience joyeusement sensible,  que nous sommes littérature.

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17.05.2010

La Podlachie, marche de l'Orient

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L'église uniate

Sur le sujet, une fois ne risquant pas d'être coutume ici, j'ai envie de remonter, historiquement s'entend, jusqu'à Jésus.
Selon son commandement  aux apôtres, « Allez et enseignez à toutes les nations », il paraît que ceux-ci se seraient dispersés  à travers le monde pour y semer la bonne parole.
Saint-Pierre prêcha à Rome et c'est donc là que la liturgie fut célébrée en latin et selon la culture romaine. C'est ce qu'on nomme le rite latin.
Son frère aîné, Saint-André, porta ses enseignements en Grèce. L'ancienne culture grecque servit alors de fondement  au rite grec, que l'on dit aussi rite byzantin.
Pendant 1000 ans, le christianisme s'est donc développé dans toute l'Europe sur la base de ces deux rites, sans que l'église ne connaisse de dissension, le successeur de Saint-Pierre, le pape donc, ayant pour mission de sauvegarder l'unité. Rappelons d'ailleurs que beaucoup de papes étaient alors d'origine grecque, en guise de consensus...

La première grande nation slave à se convertir au christianisme, en 863, la Grande Principauté de Moravie, avait pour apôtres Saint-Cyrille et Saint-Méthode. Membres du clergé grec, issus d'une grande famille gréco-slave de Thessalonique, ils ont composé un autre alphabet pour la langue slave et ses amoncellements de consonnes et traduit la Sainte Ecriture et les livres liturgiques en slavon.  Les Slaves adoptèrent donc, en l'honneur de Saint Cyrille, l'alphabet cyrillique.
En 868, Adrien II, évêque de Rome, ratifia l'usage de la langue slave dans la liturgie. Dès lors, la chrétienté louait son dieu en trois langues : le latin, le grec et le slave.
C'est en 1054 que la division est consommée. L'église orientale et l'église occidentale rompent leur union et fondent deux centres ecclésiastiques indépendants, l'un ayant son siège à Rome et l'autre à Constantinople.
L'orthodoxie qualifie dès lors l'église qui est dans le vrai, ben voyons, et désigne les chrétiens de l'Orient. Le catholicisme  désigne les liturgies de l'Occident et qualifie ce qui est universel et ne peut être discuté, re-ben voyons.
Le problème de fond n'est donc pas un problème de déviance spirituelle à une foi commune, mais un problème politique, Rome et Constantinople se disputant, depuis l'empereur Constantin et la fondation en 330 des deux empires romains, d'Orient et d'Occident, les zones d'influence géopolitiques.
Les différences de culture et de célébration de la liturgie ont
ainsi servi de tremplin historique à la désunion.

Des siècles après le schisme, des efforts furent faits par la communauté gréco-byzantine pour rétablir l'unité entre Rome et Constantinople. Cette église orthodoxe ayant choisi de s'unir, pour des raisons politiques, à l'église romaine, s'est alors appelée l'église uniate.
C'est donc aux frontières de l'Orient et de l'Occident, là où cohabitaient les deux églises et les deux liturgies,  que cette union s'est réalisée, comme imposée par les nécessités, comme « un passage en douceur » entre les deux grandes zones d'influence.
Sur le territoire de la Pologne de l'Est, les deux Polognes, puisqu'il y avait la Pologne dite de  la « couronne » et la Pologne de « la Grande Principauté de Lituanie », cette union a été célébrée entre les évêques russes et les évêques de l'église catholique romaine à Brest Litovsk, en 1596, aujourd'hui en Biélorussie, juste de l'autre côté du Bug.
En abusant de raccourcis tant historiques que religieux, disons que cette union de Brest  est aussi significative que le fut en France le fameux édit de Nantes.

La paroisse néo-uniate de Kostomłoty, à une trentaine de kilomètres de chez moi et où, quoique indomptable mécréant, j'aime aller flâner, est la descendante directe de cette union historique de Brest.
Sous l'occupation russe, au troisième partage de la Pologne, l'union de Brest a été abolie par le tsar et les uniates massacrés sans autre forme de procès.
Et ce ne fut qu'a la renaissance de la Pologne, le 11 novembre 1918, que cette union a été rétablie en
Podlachie en prenant le nom de néo-uniate.  Mais sur les dix paroisses existant avant la répression tsariste, une seule a survécu au régime communiste, celle de Kostomłoty.



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Le site

C'est donc là l'unique paroisse uniate de toute la Pologne. De quelque confession que l'on soit, et même sans confession du tout d'ailleurs, Kostomłoty vaut la balade du point de vue de cette singularité, du point de vue de  l'histoire comme de celui des charmes de la place.
Au bord du Bug, Kostomłoty est un  minuscule hameau sous la verdure.
Le sanctuaire occupe un grand jardin d'arbres et de plantes au milieu duquel sont l'église, le presbytère et une chapelle, le tout en bois. 

Les premiers documents historiques relatifs à Kostomłoty mentionnent l'année 1412, date où le Grand Prince de Lituanie, Witold,  a rattaché le village au couvent des Augustins de Brest.
La paroisse uniate y a été créée en 1631, peu après Brest Litovsk.


Extrait d'un projet (plus de 200 pages et 100 photographies) abandonné faute de moyens et d'oreilles pour nous écouter :  
" Vade mecum de la Podlachie du sud" par Dorota et moi-même

11:50 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.05.2010

Alchimie sommaire de l'écriture

16.JPGCe que nous avons à notre disposition pour écrire le monde et dans le monde, c’est un désordre intérieur.
Toute la problématique de l’écriture réside dans cette confrontation entre l’intérieur mal maîtrisé, mal connu même, et l’extérieur fortement matérialisé, codé à l'extrême et d’apparence rigoureusement organisé. Un extérieur qui poursuit ses buts autonomes, qui se soucie
comme d’une cerise d’être écrit  et un intérieur qui doit composer avec lui, au risque de périr.
Mais qui vient d’ailleurs, décalé.
On n’écrit le présent que sous la dictée, même très discrète, d’un passé.
On écrit au passé décomposé du subjectif.
Ce monde d’enchevêtrements mécaniques où se distordent nos efforts pour rester humains, ne pourra jamais être pensé sensiblement, donc écrit, par moi sans que ma plume n’ait trempé au préalable dans l’encrier où sommeillent  mes premiers paysages. Une rivière, des frères, une mère, des chemins d’école valsant sous des brouillards, des équinoxes aux odeurs de champignons et de troupeaux mêlées, de vieux récits de trappeurs dans des livres jaunis, de premiers camarades, d'affrontements douloureux avec l'ordre et la discipline, d'amours inachevées, vaincues, parfois bâclées, d'amitiés sans lendemain.
Nous avons tous, sans doute, des paysages, une voix brisée d’aïeule, un coin de terre, une forêt initiale, un indéfini de nous et que nous avons quittés trop brusquement.
Sans prendre congé.
Nous avons basculé, chaviré, dans une espèce d’époque secondaire qui niait nécessairement notre primaire. Et nous n’en étions pas peu fiers, de changer d’époque, de notre mue !
La révolte capillaire, le rock, la pop, la découverte du plaisir sexuel - encore que celui-ci soit sous -tendu (sans jeu de mots facile) par d'innombrales autres accès aux plaisirs de vivre - la guerre du Vietnam et la révolution. Le tout sous les volutes bleues d’une herbe capricieuse, dont les graines crépitaient parfois sous la chaleur du mégot, entre amis du même tonneau.
Ce n’est qu’après, en se faisant frotter l’un contre l’autre l’intérieur et l’extérieur, du moins en pensant la friction, que les véritables étincelles sont venues. Celles de l’abandon des chimères, vaincues par la fuite et la réalité du temps

Ecrire, c’est poétiser la souffrance. Quels que soient les effets d’annonces, les formes, les prétentions et les exigences de l’écriture.

On n’écrit cependant jamais aux prises réelles avec la souffrance. Quand on est sous les rafales d’un cyclone, on  pense à sauver sa peau, pas à décrire le vent.
J’ai passé un an dans une souffrance morale des plus aigues. Quelque chose qui, à force, passait au physique, formait dans le ventre une boule et me faisait hurler de douleur, le matin au réveil.
Le corps obligé de prendre en charge une part de la souffrance afin que l’esprit ne sombrât pas totalement. Le corps comme une soupape de sécurité, justifiant ainsi les cris qui, sans lui, eussent assurément passés pour les manifestations d’une démence accomplie.
Un nom donné au mal de vivre : il a mal au ventre. Ah, c’est pas grave alors…Faut voir un médecin.
Aucune envie d’écrire, ne serait-ce la moindre chansonnette. Les seules échappatoires, l’alcool et la marche sous la pluie, le visage inondé sur des chemins fangeux. Les trois conjugués, le vin, beaucoup de vin, la pluie et la marche, transportent la souffrance dans les sphères plus lénifiantes de la pensée pure.
Après seulement est revenue le goût d’écrire. Ce plaisir sans égal d’inscrire les mots qu’on redoutait tant à dire. Après la cassure.
Le schisme consommé, le raz de marée, la lame de fond ayant tout détruit sur leur passage, l’écriture est venue reconstruire le paysage.
C’est ça, pour moi, écrire. Reconstruire les paysages perdus.
L’écriture, c’est pas fait pour comprendre. Y’a des divans pour ça. Au pire, des philosophes.
L’écriture, ça existe pour bâtir des mondes de l’intérieur. Quand ces mondes sont rentrés en une telle contradiction avec l’extérieur qu’il leur a fallu livrer une bataille mortelle et que c’est eux, les intérieurs, qui en sont sortis – momentanément du moins- vainqueurs.
Je n’invente alors rien. Ni le trouble des beautés anonymes d’un pays où je vis en étranger, ni les « je » narrateurs, ni les personnages d’un récit.
Ils sont tous des fantômes de ma vie enfuie, dilapidée.
Et conviés aujourd’hui à venir goûter une part de mon bonheur d’exister.

C’est quand je reconnais dans une écriture ce mélange détonant de fantômes, de bonheur d’exister et de souffrance, que je sais être en présence d’un frère.
D'un compagnon de route.
D'un qui sait que la beauté de l'écriture - comme celle de la littérature même si elle ne la rejoint pas toujours - réside dans son incontournable non-nécessité.

Texte mis en ligne en septembre 2008, modifié.

10:13 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

04.05.2010

J'attends des mutants !

expo_la_terre_vue_du_ciel.jpgNous changeons d'année tous les trois cent soixante cinq jours, trop souvent donc à mon goût et sans doute au vôtre également, à grands renforts de petits fours et autres flonflons et... de petites rides insidieuses, de petits rhumatismes espiègles,  par ci par là....
Nous avons même eu le privilège, voici neuf ans,  de changer de siècle !
C'est pas donné à tout le monde d'arroser un changement de siècle au cours d'une vie. Vieillir de cent ans en une seule nuit ! 
Je ne vois pas trop ce qu'il y a de désopilant, mais bon...
J'en fus fourbu, d'autant qu'il m'en souvienne.

Si vous aimez ça, arroser les basculements du temps mathématique, ce temps qui imite la durée universelle qui nous creuse le trou froid du néant,  alors préparez votre budget, vos caisses de champagne, et vos tonnes de chocolateries !  Commencez d'engraisser le veau gras, engrangez les confits et les foies de canard !
Car, très prochainement, dans les trois prochaines années exactement, nous allons passer de la période Holocène du quaternaire, dans laquelle nous pataugeons depuis seulement 11 710 ans, à la période Anthropocène.

Je vous sens bouche bée.
Je n'invente pourtant rien. C'est ce qu'affirme un groupe de vingt neuf représentants des différentes sciences, réuni sous la houlette du directeur de l'Institut de l'environnement de Stockholm. Le changement de période - on aurait plutôt besoin de changement d'air, avec ou sans homonymie et dans toutes les acceptions de l'expression, mais bon on prend ce qui nous est servi  -  sera donc officiellement  et très prochainement proposé à l'union internationale des sciences géologiques.
Et c'est une catastrophe....Jamais une période géologique n'aura été aussi brève....11 000 ans ! Même pas le temps de lacer ses chaussures !
Bon, soyons sérieux cinq minutes ...Parce que tout ça l'est effectivement...
Des neuf indices sur lesquels se basent les scientifiques (pas ceux qui boivent du vin hongrois dans « Géographiques », mais d'autres beaucoup plus sévères et qui n'ont pas le temps de badiner avec les poètes), trois sont au rouge écarlate et c'est ce qui motive la  décision des respectables et susdits savants :
- Disparitions d'espèces végétales et animales. Cent par an, ce qui constitue un danger énorme pour la biodiversité et a chamboulé complètement  l'écosystème de la boule bleue. Plus de quatre cents sites dans le monde ont été répertoriés d'où la vie, tant végétale qu'animale, a d'ores et déjà complètement disparu, notamment en Baltique.
Retour, donc, au chaos originel...Des millions d'années avant les dinosaures.
- La circulation d'azote dans la nature complètement détériorée par suite d'introduction artificielle par l'homme. Ces gros connards d'agriculteurs industriels en premier lieu.
Là aussi, la vie se meurt sur de nombreuses zones repérées par les scientifiques.
- Le réchauffement climatique enfin, mais je crois qu'il s'agit là d'une conséquence des autres monstrueux avatars.

Vous voilà donc prévenus(es). Nous sommes les derniers lézards terribles d'une époque géologique qui s'achève.
Et tout ça, parce que l'humain est un imbécile des plus accomplis avec son système de production à la con  et son idée complètement faussée du bonheur de vivre dans un habitat planétaire.
À ce propos, d'ailleurs, je fais remarquer que les verts, les rouges, les bleus et tout le Saint-Frusquin de la parole militante et politique se mettent le doigt dans l'œil ( et je suis poli) jusqu'au coude avec leurs pleurnicheries genre « Sauvons la planète ».
Parce que la planète, elle, elle en a vu d'autres, des cataclysmes, des pluies de feu, des émanations titanesques de gaz, des explosions apocalyptiques, des soulèvements épouvantables de son écorce,  des vies  et des espèces s'éteindre....Elle n'est plus à une révolution radicale près. Elle a encore les reins solides pour continuer sa promenade dans le cosmos, en l'état ou dans un autre, avec des humanoïdes à son bord ou sans.
Un train sans voyageur, ça roule quand même...
Ce sont donc les hommes, qu'il s'agit de sauver, bandes de cornichons aux yeux plein de m..... ! Pas la planète !
Et, ma foi, puisque pas grand monde ne semble pressé ou disposé à me faire de grands compliments, je vais m'en faire tout seul et avouer n'être pas trop mécontent de moi pour avoir écrit dans "Géographiques" :
" (...) la terre, les climats et leurs paysages tels que nous les avons vécus depuis des siècles sont irréconciliables avec le niveau d'activité atteint aujourd'hui par les hommes. Le divorce est consommé entre l'espèce humaine et son habitat. Tout le monde le pressent, personne ne le dit clairement. Pour inverser la tendance, il faudrait bouleverser radicalement le comportement des sociétés à l'échelle planétaire, abandonner totalement la prédominance de l'économie sur tout le reste et, ça, c'est hélas complètement inconcevable. Aussi inconcevable que si homo habilis eût désiré un beau jour redevenir homo erectus. L'esprit humain est bloqué depuis des siècles sur l'idée que production de richesses et bonheur sont indéfectiblement liés et cette idée inlassablement mise en œuvre s'est nourrie au détriment des principes fondamentaux de la vie sur terre. Les soubresauts pour tenter de le libérer de ce postulat suicidaire se sont tous montrés inopérants et je ne vois pas poindre à l'horizon de tumultes de nature à bousculer le désordre des choses. » Géographiques - TQF - Page 77

La question  que je me pose, quand  même  : est-ce que les hommes seront aussi cons en période Anthropocène qu'en période Holocène ?

Il y a, hélas, de grandes chances que oui.
La connerie se s'éteindra qu'avec l'extinction des cons et c'est pas un changement de période géologique, changement prématuré au regard de l'histoire de la planète, changement dicté par  leurs comportements de cons, qui va les convaincre d'être un peu moins cons.

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03.05.2010

Non de non !

Nous sommes quatre. Comme les trois mousquetaires.

Mousquetaires sans cause ni roi et nous nous retrouverons régulièrement, à partir du lundi 10 mai,  pour croiser le fer avec ce monde où le mensonge permanent tient lieu d'autorité morale.
En tout cas bien décidés à ne pas en être les beni-oui-oui.

Les béni-non-non, plutôt...

Ce sera comme ça et ce sera avec  lui, lui, lui et moi-même :


 

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23.04.2010

Dialogue de sourds

200px-Montaigne.jpg

 

 

« C'est ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t'avertit, dès le seuil,  que je ne m'y suis proposé d'autres fins que familiales et personnelles. Je n'y ai nul souci de ton intérêt ou de ma gloire : je n'ai pas assez de force pour concevoir un tel dessein : j'ai destiné ce livre à la commodité personnelle de mes parents et de mes amis, afin que...»  blablabla blabla...

Michel Montaigne
Les Essais

 

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«Je ne connais qu'un écrivain que, sous le rapport de la probité, je place au rang de Schopenhauer et même plus : Montaigne.
Qu'un tel homme ait écrit, vraiment le plaisir de vivre sur cette terre a été augmenté...C'est à son côté que j'irais me ranger s'il fallait réaliser la tâche de s'acclimater sur cette terre.»

Frédéric Nietzsche
Le gai savoir

 

« Doit y avoir une erreur quelque part.... »

Bertrand Redonnet

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20.04.2010

Vitrine

Depuis mes lointaines contrées, ayant pour l'heure peu d'échos de "Géographiques" - mais il est bien tôt et comme me disait François Bon qui en sait quelque chose, "quand on est auteur, apprendre la patience" - c'est avec grand plaisir et sans fatuité aucune que je rends publique cette amicale et délicate attention de Martine Sonnet, qui m'adresse la photo, joliment faite,  de la librairie  Tschann, boulevard du Montparnasse, où le livre est en vitrine.
Je me dis que si il y a un passant sur dix mille qui le lit, il sera vite épuisé.
Mais un sur dix mille, en littérature, ça tient de l'incorrigible utopie....

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10:17 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

19.04.2010

Mais fermez-la donc un peu !

2.jpgJ'avais plus ou moins décidé de rester muet sur les événements tragiques qui ont frappé ces derniers temps la Pologne.
Pour une foule de raisons personnelles, la première étant que ce sont là des événements dus au hasard et que, tout à une écoute consciencieuse du monde que nous prétendons être, les embrouilles a posteriori de sa mise en scène font que nous ne comprenons pas grand chose à ces salades, en Pologne comme partout ailleurs.
Gardons-nous bien de vouloir faire les doctes analystes si  nous voulons en même temps nous garder de dire des conneries.
Mon premier sentiment a été évidemment l'affliction, d'un point de vue strictement humain, sans que cette affliction n'ait pour objet plus précis « les têtes d'affiche » disparues dans la catastrophe. La mort est partout épouvantable. Elle l'est d'autant plus quand elle prend un caractère collectif, qu'elle frappe des symboles ou des quidams.
J'avais donc plus ou moins décidé de rester muet sur ces événements, qui ne sont les effets ni d'une stratégie, ni d'une morale, ni d'une idéologie. La somme d'inepties et d'ignorances que je lis cependant, sur eux et sur ce pays en général, m'oblige quand même à en dire un mot de révolte.
Je lis, par exemple, dans le Figaro pour ne  citer que lui, que
Kaczyński représentait la Pologne profonde....
Et que représentent donc en France - le pays que je connais le moins mal -  Sarkozy, Royal, Bayrou, Cohn Bendit, Le Pen, les plus chéris du suffrage universel de la donneuse de leçons ?
La France des Lumières peut-être ?
Que Kaczyński
ait été un président réactionnaire, obscur dans sa tête et qu'il ait donné à l'extérieur une image peu reluisante de la Pologne, personne ne vous a attendus, surtout ici, pour le savoir...Chirac ne donnait pas non plus de la patrie de Voltaire et de Rimbaud une image des plus futées....
La Pologne profonde, je la connais un peu.
En son sein sont des hommes et des femmes qui ne sont ni homophobes, ni nationalistes, ni partisans de la peine de mort, ni grenouilles de bénitier, ni brutaux, ni actionnaires de Radio Marya.
Bref, avant de noyer un pays dans une potion gluante et globale, pensez un  peu, messieurs-dames du journalisme de masse, que si la Pologne existe enfin, c'est qu'il y a des Polonais qui n'entrent pas dans vos tiroirs de folliculaires.
Commencez donc par balayer devant votre porte.
Ça devrait vous occuper un moment...

Photo Wikipédia : Maria Skłodowska (Marie Curie)

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13.04.2010

Sacré Debord, va !

images.jpg" Les auteurs à opinions politiques révolutionnaires, quand la critique littéraire bourgeoise les félicite, devraient chercher quelles fautes ils ont commises."

Bon, ben, moi j'ai pas d'opinions politiques précises sur l'échiquier spectaculaire. J'ai juste un truc viscéral, humain, qui me tarabuste et m'empêche de goûter pleinement le monde à son injuste valeur.
Alors, critiques bourgeois, vous gênez surtout pas, hein, félicitez de vos critiques affinées et sans retenue mes quelques et bien maigres opus.
Le pire serait votre silence dédaigneux... Là, je me demanderais bien quelles fautes j'ai pu commettre.
Mais une faute suppose une orthodoxie...Il eût fallu commencer par là !
Et l'orthodoxie, de nos jours, elle en a des kyrielles, de visages !

11:38 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

12.04.2010

La malédiction Katyń

D’autres l’ont déjà souligné : ce qu’il y a de terrible et de traumatisant, par-delà le drame strictement humain, dans cette catastrophe où un état est littéralement décapité, c’est le lieu…
La première réaction des Polonais, dès samedi matin,  fut bien  : Non, ça n'est pas vrai ! Ce lieu nous poursuit de sa malédiction !
Difficile en effet de ne pas  faire un parallèle, fût-il osé et sans objet, entre les 22 000 officiers et intellectuels polonais assassinés en avril 40 par la police communiste à Katyń et le drame de samedi matin.
Tout cela résonne au centuple dans le cœur de chaque Polonais et je crois sincèrement qu’il fait être Polonais pour vraiment le comprendre autrement qu’avec la tête.

Les Polonais sont croyants. Pour la plupart...Ne faisons pas fi de ceux qui ne le sont pas. Ils sont tout aussi Polonais.
Mais ils sont aussi superstitieux…Et puis, tout ça se passe chez les Russes…Alors, ça n’aide pas vraiment à garder son sang froid.
Warszawa_zegna_prezydenta_4056297.jpgLes imaginations les plus folles, les délires les plus inconséquents et les suppositions les plus scandaleuses se murmurent ou, même, se disent à voix haute.
On peut comprendre : cette nation est régulièrement soumise aux  épreuves les plus dures…
Mais on ne peut évidemment pas cautionner.


La première question  à poser, à mon avis, serait :
Comment un pilote des plus expérimentés, trié sur le volet,  qui a entre ses mains la responsabilité de l’élite d’un Etat, peut-il, de son propre chef, passer outre les conseils de sécurité que lui prodiguent les aiguilleurs du ciel de Minsk et de Moscou, à savoir de ne pas atterrir à Smolensk, trop difficile, trop risqué,  vu les conditions météo ?
Le bon sens le plus élémentaire ne peut être que perplexe.

Quand on aura bien voulu répondre à cette question autrement qu’à l’aide du traditionnel, lapidaire et bien commode  « erreur de pilotage », on aura la clef du drame et les suppositions les plus folles s'écrouleront d'elles-mêmes.

Pour l’heure, respect et émotion  devant le drame humain et une pensée toute particulière pour ces membres des familles assassinées à Katyń et qui, se rendant ce 10 avril pour un hommage historique, ont trouvé, comme leurs ascendants directs, une effroyable mort dans la forêt maudite.

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31.03.2010

Erreurs d'aiguillage : attention un bonhomme peut en cacher un autre !

paray-trains_20060426_192350.jpgSi on n'a vraiment rien à faire, mais alors là vraiment rien, que l'après-midi s'étire comme un long et noir corbillard, qu'on s'ennuie terriblement devant son ordinateur, qu'il pleut, qu'il fait froid ou qu'il vente et qu'on ne peut décemment pas batifoler au jardin, qu'on est peut-être fâché avec sa compagne ou son compagnon, que sais-je encore, alors il peut arriver, je dis bien "il peut", qu'on tape sur Google «Bertrand Redonnet.»
Rien de grave là-dedans.
On trouvera alors des mots en leur exil, des commentaires sur tiers-livre ou d'autres sites amis, on trouvera Publie.net, Chez Bonclou, Polska B dzisiaj, Zozo éperdument chômeur, des critiques de ces trois livres, Brassens et son érudition et... tout récemment, Géographiques, la critique de Nauher, mais très loin, très loin.
On en est déjà à la page je ne sais plus combien.

Si, en revanche, comme je l'ai fait - oui, je l'ai fait, misérable Narcisse qui voulais voir si ce « Géographiques » trouvait quelque écho sur des sites que je ne connais pas - on affine sa recherche par « Redonnet Géographiques », là on s'y perd un peu. Normal. Il est un peu tôt.
On trouve quand même Nauher en première page et ça m'a bien fait plaisir.
Soit-dit en passant, il y a un site de vente directe, je ne sais plus lequel, et c'est bien parce que je ne veux point lui faire du tort, qui classe mon livre dans « Dictionnaires, atlas, voyages... »
Glups !
Vont être contents les gens qui vont l'acheter sans lire la quatrième, si ça existe, des gens comme ça.
Toute proportion gardée, ça me rappelle ce film où je n'avais rien compris mais à la séance duquel un ami cinéphile m'avait traîné en me tirant par la manche, à Paris : « L'angoisse du gardien de but avant le penalty ».
Au fur et à mesure que défilaient les images et que lambinait un ésotérique scénario, la salle se vidait avec des brouhahas sourds et des mouvements d'humeur non contrôlés...Il n'y avait pas un traître mot de football dans ce merdier et nous nous sommes retrouvés, mon ami et moi,  à deux dans cette salle !
Mais revenons à nos moutons.
Ce que je voulais dire, c'est qu'avec "Redonnet Géographiques" on trouve surtout ça, et  que ça ne m'a pas fait rigoler du tout, du tout, du tout...
C'est quand même pas de pot, un Bertrand Redonnet qui s'occupe (ou s'occupait ) du trafic de drogue, justement en Pologne !
Et c'est comme ça, ma foi, qu'on ramasse un coup ou une balle perdue...

Donc, pas d'affolement. Je tenais à vous prévenir qu'en 2001, je n'avais pas encore mis les pieds en Pologne...Au cas où, par  un après-midi gris, avec du vent, de la pluie, et une brouille (que j'espère passagère) avec votre compagne ou compagnon, vous auriez cette idée saugrenue et qui ne sert à rien.
Me rappelle quand François Bon, victime d'une fâcheuse homonymie, avait été élu en 2008, photo à l'appui, au Conseil général de Vendée.
Il avait été content, le p'tit père François,  promu en conseiller général  !

Il avait bougonné dur....

Moi, ça m'avait bien fait rire, cette histoire. Parce que François Bon, l'autre, le vrai conseiller général, c'était mon supérieur hiérarchique à Niort. On était devenu des copains et, en venant à parler  de littérature et de François, l'autre, le vrai écrivain,  il m'avait raconté que déjà, attaché culturel à l'ambassade de France en Norvège, une belle dame était venue un jour le féliciter pour son livre. Je ne sais plus lequel.

C'est à lui que j'avais dit un jour : Putain, t'es sympa, t'es pas bête, t'es pas méchant, qu'est-ce que tu fous à droite ?

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30.03.2010

Géographiques : critique

Géographiques__.jpg

Une première critique
formulée ici.

Je crois qu'un auteur est content de la critique lorsqu'il reconnaît, sous la plume de l'autre, la lecture de sa lecture du monde.

Merci à vous, Nauher.

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29.03.2010

C'était au bord de la Vistule...

PA010114.JPGHier, c’était au bord de la Vistule, j’ai rencontré une femme.
Le fleuve était gris et roulait des flots ombrageux.
Je m’étais assis sur les berges en hauteur et je le voyais en contrebas, très large. Il musardait  sur des plages de sable et des arbres se penchaient qui noyaient leurs bras maigres dans les eaux, entre lui et moi.
Il y avait là des tourbillons d’écume.
Le fleuve préparait son entrée dans Varsovie, à une vingtaine de kilomètres derrière des dunes boisées. Je le regardais qui s'enfuyait et je pensais à la Sirène Sawa, sortie de ses profondeurs pour fonder la ville.

Je n’ai pas  vu arriver la femme.

Elle était assise à mes côtés et, elle aussi,  regardait fixement les mélancolies du fleuve. Peut-être même était-elle là avant moi.
Je n’en sais plus rien à présent. Qui, d’elle ou de moi, avait choisi le premier de venir s’asseoir ici, si loin de tout, au bord de la Vistule ?
Elle tourna lentement son visage vers moi. Je sursautai et poussai un cri.
Car elle était vieille, immensément vieille, en même temps que d’une effroyable beauté. L'éclat d'une intelligence et d'une jeunesse exquises dansait dans ses vieux yeux et le contraste entre la peau telle un palimpseste  mille fois raturé et la jeunesse presque vierge du regard était terrifiant.
Elle souriait aussi. Je n’avais jamais vu de sourire avec autant de sérénité inscrite au bord des lèvres.

- Je t’ai fait peur. Voilà des années et des années que tu cours dans mon sillage et je t'ai fait peur. Fallait pourtant bien que je finisse par venir m’asseoir à tes côtés.

A quoi rêves-tu donc ici, au bord de ce grand fleuve ? Les mots te manquent et tu ne sais dire le monde que par des émotions agitées que semble préfigurer cette eau qui s'enfuit.
Tu ne perds pas ton temps. Les mots qui manquent sont toujours les mots essentiels. Tu ne les ramasseras qu’au bord des fleuves que tu as imaginés, qu’au long des chemins où tu as cru marcher, sur des grèves en furie que tu n'as jamais vues, sous les forêts les plus sombres qui soient et que tu as fuies.
Tu ne les écriras jamais, ces mots. Sitôt cueillis, ils t’échapperont. Tu écriras des mots qui leur ressemblent.  Quand  tu  veux écrire l’homme et son monde, écris d’abord leur absence.
Il faut me croire. Car je suis une vieille créature qui ne vit que par les mots. Mon destin et mon rôle interrogent tous les mots. Mais les mots qui m’interrogent sont morts-nés.
Mes enfants alors se disputent tous le droit de parler en mon nom, parce qu'aucun d'entre eux ne me veut encore adulte. Adulte moi, eux seraient morts.

Car je suis perverse. Tous ceux qui me consacrent leurs mots pensent trouver en moi un refuge d’élection quand c’est moi qui suis nourrie de leur sang. Et je suis éternelle et pourtant meurs souvent. Je meurs chaque fois qu'un poète se prosterne à mes jupes, chaque fois qu'il travestit ses mots et trahit son voyage à seule fin de me plaire.
Je suis vieille. Tu le vois.  Aussi vieille que le premier cri du premier être pensant.
Regarde encore le fleuve et les nuages qui baignent sur son eau. Je suis aussi ces nuages. Tu ne me trouveras que dans un monde reflété.
Il faut, pour parvenir jusqu'à moi, savoir lâcher la proie pour l'ombre.
- Mais qui êtes-vous, madame, pour me tant dire et pour parler ma langue, si loin d'où je viens ?
- Qui je suis ?  Mais je viens de le dire. Ne m’as-tu jamais vue auparavant ? Regarde-moi bien...
- ......
- Oui, peut-être. Il me semble à présent....Quel est ton nom, madame ?
- Les tiens m'appellent Littérature.

 

Texte publié en octobre 2008

12:49 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

25.03.2010

Géographiques, aujourd'hui

 

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C'est donc la fin d'une belle aventure et le début d'une autre tout aussi passionnante, mais où l'auteur ne  maîtrise plus grand chose. Pourtant, du déroulement de cette seconde aventure dépend exclusivement la vie de son livre et c'est vers elle qu'il a formulé ses espoirs, bientôt accompagné de son éditeur.

Amical  salut à  Georges Monti et Marie-Claude Rossard, dont le professionnalisme n'a d'égal que leur gentillesse et leur goût pour une complicé fraternelle.

C'est la fin d'une aventure entamée en novembre 2008, par un premier mot jeté sur une feuille muette, aux premiers frimas d'un automne continental, tout de pourpre et de jaune bruissant.

À partir d'aujourd'hui, lectrice et lecteur, les flots qui porteront mes mots appartiennent à ton seul océan...

Je te les confie et n'en prends surtout soin que s'ils trouvent  en toi quelque chose de nous.

Amicalement

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18.03.2010

Classique contemporain

ane.jpgSerais-je un égaré ? Un obsolète ? Un décalé de la lecture ? Un poussiéreux de l'intellect ?  Un lycéen demeuré demeuré demeuré contre vents et marées ?
C'est fort possible, tout ça.
Plaisantes interrogations qui se sont imposées quand, mettant un peu plus de désordre que de coutume dans ma bibliothèque -
en  jetant par endroits et par la fenêtre un regard sur la neige qui recouvre encore les halliers tout près - j'ai fait le constat de ce que j'avais lu, (relu, rassurez-vous, et, concernant certains livres, au moins pour la troisième fois) disons, à peu près, au cours de l'année qui vient de s'écouler.
Oyez plutôt comment ça fleure bon le passéiste :
Michelet et son histoire de la Révolution française, Le Grand Meaulnes, Splendeurs et misères des courtisanes, les Paysans, Lamiel, Manon Lescaut, Colomba, Jacquou le Croquant, Bouvard et Pécuchet, Boule de suif, Madame Bovary....
Je suis à peu près certain que j'en oublie quelques-uns, du même tonneau...
Et puis, évidemment, des visites régulières chez Mallarmé, Villon, Baudelaire, Rimbaud et Maupassant.
Hé ben, me suis-je murmuré, si la chaîne du livre est en crise parce que les gens ne lisent plus assez, tu y es  un peu pour quelque chose, mon bonhomme : Tu ne lis que des morts !
Ce qui peut quand même paraître contradictoire et pas très généreux de la part d'un homme qui  «  vend sa pensée et qui veut être auteur
Mais quel plaisir ! Non pas qu'ils soient morts, ces gens-là, mais de relire tous ces grands livres. Lire pour ce qui concerne «  Lamiel » de Stendhal ( livre inachevé, parfois à l'état d'ébauche), « Jacquou le Croquant »,  qui n'est pas un grand livre, et le volumineux Michelet, qui tient du chef-d’œuvre.
Quel plaisir parce qu'il y a sans doute autant de lectures d'une oeuvre  véritable qu'il y a de saisons dans la vie d'un homme. Ou d'une femme, il va sans dire. Et que sans doute, ces saisons ont besoin comme d'un goût d'éternité.
J'ai même dans la tête de relire, pour la troisième fois, Guerre et paix...Lu d'ici, de la frontière biélorussse, je suis certain que ce sera encore une découverte.

Je me suis tout de même offert quelques heureuses incursions dans le présent... Riches heures de Jean-Louis Kuffer, Stasiuk, son Corbeau blanc et Fado, le premier roman de Stéphane Beau, le Coffret, Atelier 62 de Martine Sonnet, le manuscrit d'un ami du net...Quelques autres aussi, sans doute...
Mais quand même...Quand même...
Trois raisons peut-être à mes épouvantables archaïsmes  : J'ai toujours été plus ou moins classique - un classique révolté, c'est pas facile à porter-, je suis loin des librairies françaises, je suis d'une autre latitude, et, surtout, je lis tous les jours sur le net, de l'excellent, du bon, du passable et du très mauvais.
Et ça, c'est du contemporain en live.

Mais quand même, que je répète.

Parce que j'ai un livre qui sort en librairie jeudi prochain et si tout le monde attend que j'aie passé le clavier à gauche pour le lire...
Bref...

Image d'un contemporain : Philip Seelen

12:16 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

15.03.2010

La vie s'écoule

P1150016.JPGPar alternance régulière avec des pans de ciel bleu, la neige est tombée encore, en giboulées telles des colères. L'hiver continental résiste au grand mouvement des choses, refuse bêtement l'inéluctable basculement et lance ses dernières forces dans la bataille.
Jean Ferrat est mort.
C’est samedi qu’un  copain attristé, francophone et francophile, me l’a appris, sitôt  l’avoir lui-même su.
Je me suis dit que Ferrat
aurait été content de savoir que des Polonais l’avaient aimé...Ferrat compagnon de route des communistes, mais très critique vis à vis de Moscou et de l'écrasement de Prague de 1968.

Sobres hommages rendus à Ferrat,  ici, ici, et ici.
Moi, Ferrat, il m’évoque tout de suite un petit tourne-disque que ma mère avait eu la fantaisie d’acheter, une excentricité ramenée de la ville. Les voisins goguenards venaient voir le curieux instrument et tordaient leur gros nez, bouche bée vers le bas.
Ça ne les étonnait pourtant pas outre mesure qu’une femme en pantalons, avec du rouge aux lèvres, des talons hauts, qui fumait ostensiblement la cigarette, conduisait son aronde et prenait volontiers l’apéritif, se fût acheté une espèce d'inutilité pareille.
Un tourne disque et deux 45  tours. La Montagne et Le Gorille. Le début d’une longue amitié, pour le second titre.
Il m’évoque aussi l’écrivain Raymond Bozier, avec qui je fus un temps copain, pions que nous étions dans un lycée technique d’Angoulême. Il aimait beaucoup Ferrat, Bozier. Aragon plutôt, je crois.
Il m’évoque surtout des chansons poignantes, quelques vers puissants :

« Je twisterais les mots s’il fallait les twister »
et
«  Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille ! »

La France, reconnaissante envers les bourreaux de son peuple et de ses enfants,  orne encore ses rues, ses places, ses avenues du nom infâme de cet ignoble sanguinaire versaillais.
C'est en dire assez long sur les orientations perverses de sa mémoire.
La France, lointaine, qui vient de repousser la bouillie que lui servent régulièrement ses politiques, lesquels n’en tireront aucune leçon, mais se convaincront qu’il leur faut être plus mauvais encore, plus fourbes, plus dissimulateurs, pour ramener au bercail les citoyens égarés dans un mutisme assourdissant.
Ce gros con de Le Pen réapparaît. Gageons que pour les fins analystes qui se goinfrent à l'auge du spectacle, ce sera la faute aux abstentionnistes plutôt qu’à la déliquescence de mentalités fourbues.

La campagne est blanche avec du soleil au-dessus. Trois mois maintenant de paysages blafards. Il manque du vert qui s'accrocherait aux talus. Et du jaune timide aussi, tremblant aux berges d'une rivière.
Géographiques est imprimé. Il prépare sa métamorphose, du manuscrit au livre posé sur la table d'un libraire.
Je vais relire mon récit paysan, achevé il y a quelques semaines. Ira t-il jusqu'au bout de sa métamorphose, celui-ci ?
C’est marrant : Il y a dans ce récit un domestique agricole né en 1930 et qui, face aux radotages d’un poilu de 14-18, se dit que lui, il n’était pas né à la première guerre, trop jeune à la deuxième et trop vieux à la troisième…Il en éprouve comme une sorte de solitude qui n'a rien à raconter de dramatique.
Mêmes réflexions, donc, que l’ami Solko.
L’écriture aurait-elle quelque chose d'une tacite complicité ?
Mais le temps s’écoule vers les horizons promis...

Salut l'artiste ! Maintenant, toi, tu sais...



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10.03.2010

Clins d’œil des latitudes

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Là-bas,
sous les respirations océanes, le vieux Lacus Duorum Corvorum, au retour promis de l'équinoxe, quand le grand mouvement des choses se décidait enfin à peser équitablement sa lumière, s'habillait d’une
subtile aquarelle.
Le vert et le bleu y tenaient le haut de la toile. Le bleu deux fois, qui se mirait avec volupté, vers le bas. Deux fois parce qu’épuisé par sa longue absence, comme s’il voulait reconquérir le temps puni de réclusion , derrière la voûte des mortes saisons.
La terre était ivre alors. Elle déversait sur les paysages son surplus d'orgie liquide et des souffles en vadrouille, déjà confortables, dessinaient sur ce lac  impromptu  des vaguelettes tremblantes.
C'était de l'eau qui n'avait jamais été que de l'eau. De l'eau entière.

La fille rebelle et victorieuse des décors gris.
Parfois,
surgies de leurs blanches falaises, les mouettes et les goélands poussaient le coup d'aile jusque là, voir si la machine ronde ne venait pas de leur offrir un  nouvel océan.

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Ici,
Sous l’haleine encore gelée des grands continents, la plaine et les bois, au retour promis de l’équinoxe, quand le grand mouvement des choses se décide enfin à peser équitablement sa lumière, s’habillent  d’une aquarelle, plus compacte, et jouent un moment aux rivages océaniques.
Le bleu et le blanc y tiennent le haut de la toile, le bleu qui se mire aussi, mais de façon moins péremptoire…. Il sait bien, allez, qu’il n’a pas encore purgé toute sa réclusion derrière les nuages.
Il  a dès lors tous les délices de l’éphémère illusion.
La terre s’est enivrée. Pas d’eau. De tempêtes neigeuses et de glace. Elle exige maintenant de respirer liquide, épuisée par les mois d’attente sous le noir d’une chape, froide comme les tombeaux.
C’est de l’eau devenue. Qu’on ne voyait pas telle. Parce que jusqu'alors déguisée en fantôme, pour vaincre les ténèbres.
La fille rebelle et victorieuse des lourds hivers continentaux.
Parfois,
surgis de leurs sombres forêts, de grands corbeaux poussent le coup d'aile jusque là, voir si la machine ronde ne vient pas de leur voler un bout de territoire.

Les latitudes sont sur ma peau comme la fraternité. Elles s’épousent de leurs contraires.
Et j'aime sur ma promenade l’unisson de leurs dissemblances.
Inextinguible sentiment de l'unité du monde.
L'exil est une notion du dedans.

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03.03.2010

Naufrage

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Touché dans l'âme  par les nouvelles de la tempête qui a balayé la côte ouest de mon pays et ma région, évènement climatique comparable à celui de 1999 auquel j'ai consacré une page de " Géographiques" , et lisant par ailleurs que la colonisation urbaine et marchande du littoral est mise en cause (ça fait plus de 25 ans qu'on déplore ce gâchis et cette insulte permanente aux paysages sans jamais être entendu) je remets en ligne ce texte écrit à l'automne dernier pour les éditions Antidata.

 

Au nord de La Rochelle, battues par les vents mouillés, aspergées par les embruns ou ruisselantes de soleil, s’élèvent de blanches falaises au sommet desquelles pavoisent les bourgades d’Esnandes et de Lhoumeau.
Toutes les maisons font face à l’océan et depuis les fenêtres où pendent des rideaux à fleurs, les habitants, rêveurs, discernent parfois sur le lointain brumeux des eaux, les lourdes cheminées d’un bâtiment fantomatique glissant sur la crête des flots.
Les parcs à moules hérissent l’estran de leurs noirs bouchots, quand la mer est basse et que le ciel au-dessus d’elle vient s'envaser dans l’horizon morose. Territoires humides et froids des opiniâtres artisans de la marée, tout enveloppés de noirs cirés de pluie.
Les maisons regardent l’océan, oui, mais d’assez loin. L’autorité les a contraint à reculer d’une centaine de mètres, pour la sérénité du littoral et la sécurité des citoyens : La falaise est abrupte, soumise à la violence des éléments et son herbe humide, aplatie sous  la puissante haleine du large, peut être glissante, incertaine à la marche.
Aussi les vieux villages, les vrais villages de pierres brunes et de pêcheurs, conscients de l’énergie supérieure de l’océan, prévenus de son tumulte caractériel, sont-ils sagement retirés.
Plus impavides, par le lucre rendus audacieux, les lotissements de maisons toutes semblables se sont aventurés, eux, plus loin en avant, pour mieux voir, pour mieux être vus et mieux être balayés par les vents marins. Ils font désormais écran entre les villages historiques et la fougue des tempêtes récurrentes. Aux premières loges du spectacle, ces habitations-là en prennent à leur aise, bombent avantageusement le torse, se négocient à prix d’or et se réservent aux gens confortablement dotés.

À Lhoumeau cependant, eussiez-vous emprunté, voici quelque vingt ans déjà, cette allée de sable et d’herbes folles étrangement baptisée d’un oxymore, Ruelle du large, jusqu’à son terminus, en réalité un cul de sac, que vous auriez aperçu sur votre gauche une construction rebelle aux règlements de la prudence et des paysages, une maison aux volets bleu très foncé, coquette et basse, aux larges baies vitrées, qui lançait un défi à l’immensité venteuse et qui se dressait, provocante, solitaire, bravache et magnifique sur les bords même des escarpements de craie.
Son jardin se déroulait jusqu’à l’extrémité même de la falaise. C’était une maison du bout du monde. La maison des extrêmes où le vide vertigineux puis, au- delà, l’indomptable univers des flots, tenaient lieu de clôture.
On entendait jusqu’à l’intérieur de ses murs respirer la gigantesque poitrine de l’océan. Et les gens du lieu, les nouveaux venus dans les alignements des lotissements, jalousaient ce site d’exception. Ils commentaient, accusaient, récusaient et murmuraient des suppositions. Un homme de la plus haute importance ? Un qui aurait le bras tellement long qu’il lui aurait été permis, par-dessus l’austérité de la loi, de tendre ce bras pour caresser la houle ?
Les gens du cru, eux, ceux des maisons de pierre, les pêcheurs, les gens de moules et d’huîtres, ceux qui savent causer avec la mer, qui luttent avec ses caprices, dont la vie dépend de sa sagesse ou de sa fureur, haussaient simplement les épaules et levaient les yeux au ciel si on en venait à leur parler de la demeure isolée sur les hauteurs interdites.
N’empêche. La grâce déraisonnable de cette propriété soustraite au regard avide des curieux, côté continent, par de hautes palissades de haies vives, imposait le respect, forçait l’admiration et l’envie du promeneur, celui-ci eût-il été des plus insensibles aux charmes de la côte. On s’arrêtait là un moment, on contemplait les cormorans, les grands goélands et les mouettes qui venaient faire demi-tour au-dessus du jardin avant de regagner leurs lointains horizons de brume, on voyait les arbres d’ornement dodeliner sous la brise océane, on devinait les grandes baies vitrées où réfléchissait la lumière tremblante de l’eau et on se disait  ne pouvoir rêver séjour plus marin  et plus fidèle métaphore d’un paradis sur terre.

Mais aujourd’hui, vous aventurant au bout de la Ruelle du large, vous pourrez seulement lire le décret d’une autorité placardé sur un poteau de bois et qui vous interdira absolument de tourner sur le vide chaotique de votre gauche, là où s’amoncellent encore, protégés par d ‘épaisses pelotes de barbelés toutes rongées de rouille, les débris d’une effroyable érosion.
Car une folle nuit de décembre, une nuit où la houle en délire soulevait des vagues comme des montagnes et creusait des tourbillons profonds comme des vallées, qu’elle frappait et creusait et rongeait le socle de la falaise avec une férocité démentielle en projetant très haut sur la noirceur des cieux des gerbes mêlées d’algues et d’écume, que l’ouragan brisait les beaux arbres d’ornement, faisait se plier les haies vives, éparpillait les buissons du jardin, que les radios signalaient au large  un cargo des antipodes en détresse, le nez piqué tel un monstre marin mortellement blessé et qui, ne pouvant plus n’y avancer ni reculer, aurait chercher à fuir vers les gouffres abyssaux, la falaise s’était éventrée en une profonde crevasse qui avait couru sur toute sa largeur, tel un répugnant lézard soudain libéré des entrailles mugissantes de la terre.
Vieillie, éreintée et fourbue par cette lutte inégale menée depuis la nuit des temps, elle venait de plier le genou sous les coups de boutoir des fureurs océanes. Vaincue, elle s’était enfin résignée à jeter au vacarme des vagues tout un pan de son bel équilibre, entraînant dans sa défaite et sa rémission la maison solitaire et son infortuné occupant.

Devant le drame, les gens du lieu, ceux des lotissements, s’étaient faits gens du cru, gens qui savent. Ils avaient donc dit que c’était couru d’avance, que la mer, la vaste mer, l’énigmatique mer, ne se laissait approcher que de loin, comme toutes les idoles, et que l’orgueil coupable des hommes était seul responsable de ses colères meurtrières.
Les gens du cru, les vrais, ceux des cirés de pluie, des huîtres, des moules et des pierres antiques, n’avaient rien dit.
Des femmes s’étaient signées et avaient dans des murmures égrené de vieux chapelets de buis.
Les hommes avaient constaté le désastre, donné de précieuses et brèves indications aux services de secours, regardé au loin le dos arrondi et maintenant paisible de l’océan, hoché la tête, et, traversant les rues des lotissements pour s’en revenir chez eux, un peu plus loin sur l’abri des terres, avaient posé sur les maisons alignées, toutes semblables, un regard infiniment triste et d’une profonde commisération.

Image AFP

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24.02.2010

Amer et dialectique constat

bienvenue.jpgLe mensonge, surtout quand son fondement consiste à défendre et à justifier un vol,  a cela de fabuleux qu’il se nourrit de lui-même, grandit, prend de l’élan, de la superbe, et n’a tantôt plus de limites.
Il s'affuble dès lors des habits de la vérité, la menteuse, ou le menteur, ayant fini par se persuader qu’elle ne profère que la vérité et rien que la vérité.
À ce stade-là, assez proche des états seconds de l'enfermement schizophrène, même le plus engagé des hommes, même le plus farouche défenseur de son bon droit et de sa dignité, n’a plus qu’une issue : la fuite, l’abandon de la lutte, la rémission, le dépôt des armes.
Car c’est en persistant qu’il perdra toute dignité et sera ainsi doublement humilié.
Il s’enfoncera dans la contradiction, dans la démesure et l’incohérence, il s'avilira dans la menace, il écumera d'une douloureuse colère, le mensonge étant beaucoup plus serein que la vérité, beaucoup plus sûr de son fait, beaucoup plus armé pour la guerre totale.
Il a en effet pour lui la non-réalité des faits sur lesquels il a grandi, il ne peut
donc offrir de flanc tangible, cette non-réalité changeant en fonction des épisodes de la lutte alors que la vérité, elle, ne balbutie toujours et toujours que sur les mêmes bases, jusqu'à n'être plus bientôt qu'un murmure épuisé.
Elle est donc vite dépassée par la dialectique du cours des choses. Les pôles s’inversent soudain et le bon droit change de camp.
C’est la raison pour laquelle je suis un pauvre et le resterai toute ma vie.
Il est une lutte que je mène depuis des années et que j’ai dû abandonner, mes arguments figés, immuables, pulvérisés par les foudres d’une hydre aux multiples têtes.

Lecteur, lectrice, pardonne-moi, je te prie,  le ton sibyllin de cet écrit.
Juste te dire, pour qu’au moins mes mésaventures aient valeur d’avertissement : on ne se bat pas à coups de vérités mais à coups de falsifications et le refus de brandir de telles armes en guise d'arguments offensifs ou défensifs ne doit conduire le sage qu’à l’abandon du combat ou, mieux encore, à ne pas engager de combat du tout.
Ainsi, beaucoup d’énergies, mentales et viscérales, seront économisées et le bonheur de vivre, vivre pauvre, démuni, vaincu par le réel, mais bonheur quand même, bonheur debout, n’en sera pas moins intouchable et  brillant.

Image : Philip Seelen

11:25 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

22.02.2010

À propos de "Polska B dzisiaj"

1534880181.2.jpgJe l'ai appris de la bouche même des Polonais : Il y a deux Polognes, la A, à l'ouest de Varsovie, et la B au-delà, jusqu'aux frontières biélorusse, russe et ukrainienne....Comme si ce pays avait du mal, encore et toujours, à se reconnaître comme définitivement assis sur sa chaise.
Comme un et indivisible.
Car « « frontière » est en Pologne un mot indécis et fourbe. Un mot qui bouge comme les feux follets des cimetières de novembre, un mot qui se dit dans toutes les langues pour ne pas forcément dire les mêmes choses définitives.
Un mot de la fortune des armes et des imperfections de l'histoire.
La Pologne B, celle que je hante de ma vie, de mon regard et de ma langue maternelle, est rurale. Deux grandes villes seulement,  Lublin au sud et Białystok au nord. Et c'est un pays tourné vers les vents d'est, un pays en bois le long de routes interminables sur la blancheur d'une plaine.  Un pays où les gens savent le prix d'un pays et voient les grandes mutations avec encore un demi-sourire accroché au coin des lèvres.
La Pologne A, elle, a la mémoire plus guérie, plus tournée vers les nuées océanes, vers le nouveau monde. Ses grandes cités , Wrocław, Poznań, Katowice, ont leurs  pierres taillées dans l'architecture de l'ancienne Allemagne et la même frénésie désordonnée que leurs sœurs occidentales.
Ici, à l'est, on flotte dans l'époque, toujours un peu sceptique : L'histoire, enfin, a t-elle jeté son venin et la route est-elle vraiment libre pour escalader les siècles futurs ?  Le grand voisin est là, à un vol de cigognes, de l'autre côté de la rivière Bug... Son ombre tarde à disparaître des mémoires et les mains tardent à se tendre pour une fraternelle embrassade.
C'est ce pays que j'habite, ce pays qui m'a pris dans ses grands bras maigres, sans me demander mon nom, sans me demander pourquoi et sans me demander qui j'étais.
Être là, simplement, c'est aimer...
Et je l'habite avec ma langue. Face à lui, face à son passé de désastres, face à son présent entre deux eaux, la langue pour l'aimer a force de littérature.
C'est ce que j'ai tenté de vous traduire par « La Pologne B aujourd'hui ». Tenté de traduire aussi avec les mots de mon berceau, l'universel humain sur le chemin de la dignité et aussi ce qui me bouleverse particulièrement de cette Europe centrale dont Stasiuk, mon voisin de quelques centaines de kilomètres, dit qu'elle ne sera bientôt plus qu'une notion pour les météorologues.
Avant donc qu'elle ne disparaisse sous la gomme des vents venus de l'autre bout du monde. Les vents confortables et, contradictoirement, combien dévastateurs de l'âme.
Il n'y a que la littérature pour fixer ces moments qui vacillent, qui meurent pour se multiplier
autrement.
Sous nos yeux. Pendant notre humble passage.
Aujourd'hui.

13:28 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

Passage supprimé - 2-

ici.jpgLes gens avaient peur de la mort, bien entendu. Les gens, de quelque lénifiante idéologie qu'ils se réclament,  ont toujours eu peur du Grand peut-être.
Mais c'était là une peur qui leur appartenait. Une peur à eux, génétique, atavique, héréditaire ou alors très intime.
Ça n'était pas la peur fabriquée. La peur politique, subtil outil de l'asservissement.
Aussi, quand elle survenait en vrai, la prenait-on de plein fouet, cette mort, surtout si elle se montrait brutale. Elle était d'autant plus redoutable qu'on n'avait pas appris à la redouter chaque jour, on ne l'avait pas vue tous les jours fleurir chez les autres ou venir nous menacer nous-mêmes par le biais d'un écran obstiné, entre la poire et le fromage, comme si de rien n'était.
La mort, c'était le mystère, le très lointain, la méchanceté occulte, l'inexplicable détresse. Si, comme ce fut le cas dans la descente de Chez-Fouché, en plein bois du Fouilloux, une voiture, une R8 précisément, venait à heurter le talus et que des morts déchiquetés par la violence fussent retrouvés dedans, on en parlait des mois entiers avec effroi de maison en maison, on se rendait même longtemps après sur les lieux, et on regardait la Nationale 10 d'un œil torve, on la traitait d'infernale en sourdine, on tâtonnait l'herbe arrachée du talus par l'impact du drame, on jaugeait l'arbre meurtrier, on tentait d'imaginer ce qui avait bien se passer là de ténébreux et on maudissait des années durant  ce lieu que la mort avait vu de ses yeux, avait foulé de ses pas et où elle avait frappé telle la foudre tombée des cieux.
C'est dire si (..........) jeta toute la communauté dans une épouvante inconsolable. Car la mort n'était pas venue d'elle-même. Quelqu'un l'avait appelée, quelqu'un la fréquentait, quelqu'un était capable de lui donner même des ordres, quelqu'un la maîtrisait.
Un loup enragé se promenait donc parmi tous et qui ressemblait à tous. Et il était bien là, le grand tourment : le monstre était comme tout le monde et tout le monde, ou presque, pouvait du même coup être perçu désormais dans la peau d'un monstre. On espérait éperdument - pour le peu sachant prier, on allait même jusqu'à prier -  que la police allait bientôt mettre un nom sur ce fauve anonyme et pourtant si proche, faire tomber le masque, c'est lui, le criminel, pour que chacun puisse se trouver à nouveau beau et fréquentable, puisse respirer plus librement et recommencer à vaquer à ses occupations sans sentir sur son dos peser le regard d'une  suspicion
honteuse.
Mais l'instruction de cette affaire pataugeait et  avait bien du mal à trouver un rai de lumière.  Parce qu'elle soupçonnait trop de monde et trop superficiellement, sans pénétrer à fond dans la fibre même du tissu. Elle regardait avec un  regard de myope, un regard de moraliste et de citadin, aveugle aux mécanismes du tissage  souterrain des relations paysannes. Elle ne trouvait pas de mobile  à cet (.....) parce qu'elle en voyait partout et,  examinés à la loupe, tous ces mobiles lui apparaissaient dès lors comme des balivernes, presque des enfantillages.
Le raisonnement échouait donc sur l'essentiel, par ignorance.

Devant cette défaillance, les hommes et les femmes s'auto-proclamèrent, par murmures,  forcément juges et désignèrent un coupable, chacun le sien, parfois plusieurs, et même en changeant souvent de conviction.
La communauté se fissura donc en profondeur. Chacun se mit à claudiquer, comme marchant sur des oeufs pourris.

Image : Philip Seelen

Le premier passage supprimé de ce manuscrit aujourd'hui à peine terminé est ici.

08:24 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

15.02.2010

Couverture

En avant-première, donc, la couverture de mon livre qui sera en librairie le 25 mars prochain.
Fraternel salut à Georges Monti, Marie-Claude Rossard  et Marc Deneyer, artiste photographe et écrivain, ainsi qu'à vous tous et toutes, futurs lecteurs et lectrices.

Géographiques.jpg

14:55 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.02.2010

Chienne de vie

P1010012.JPGQuelqu'un qui n'aura jamais de nom, et qui n'a sans doute pas d'âme, a livré son chien à l'anonymat sauvage de la forêt, dans la pénombre glacée d'un crépuscule.
La pratique est courante. Dans les villages, se traînent souvent des chiens errants, livrés au vagabondage, mendiant pitance et chaleur. Ils vadrouillent d'une cour de ferme à l'autre, ils arpentent inlassablement la rue unique, le regard torve, les yeux malades, la queue basse, le museau obstinément rivé à la neige.
Je les entends parfois qui se battent autour d'un os arraché au hasard de la nuit.

Ça n'est point que je veuille vous attendrir avec une rubrique larmoyante sur les chats et les chiens écrasés. Non. Moi, je n'aime pas trop les chiens. Quand ils ne sont pas bassement serviles, ils sont faits pour mordre le monde, pour défendre les prétentieux et les paranoïaques de la propriété.
À moins qu'ils  ne soient  carrément  barbouzes dans la police.
Alors, je n'ai jamais eu de chien. Il paraît que c'est le meilleur ami de l'homme. Justement. Quand je vois comment les hommes traitent leurs amis, autant les laisser à leur condition de chiens, les chiens.
Je n'aime pas trop les chats non plus, quoique, eux, on m'ait souvent imposé leur présence. Je n'aime pas les allures chafouines et patelines de ces créatures-là. Ce sont là bêtes aux figures hautement politiques, n'en déplaise et révérence parler, à Baudelaire, Brassens et tant d'autres poètes chattophiles.
Bref, dans la neige, le froid, le vent et le gel, il y a un petit chien errant qui, du plus loin qu'il m'aperçoive désormais, accourt pour me rejoindre. Au début, il rampait. Ventre sur la glace, il se traînait lamentablement jusqu'à mes pieds.
Rien ne peut plus me révulser que l'abjecte soumission. Je maugréais...Je lui faisais signe de passer son triste chemin.
Un jour pourtant, j'ai tendu la main...Il s'est d'abord effarouché. Il a fui. Une main qui se tendait, apparemment, c'était une main qui voulait frapper...Puis il est revenu, il s'est apprivoisé, il a rampé un peu plus encore et je lui ai caressé l'échine. C'était sans doute une erreur. Le petit clochard s'est pris d'amitié pour moi. Il ne décolle pratiquement plus de mes talons.
Hier, tout l'après-midi, alors que je sciais et fendais du bois, il est resté là, à me regarder, à bayer aux corneilles, l'oeil attendri...Un reste de soupe, un os...Le vagabond a élu domicile entre mes pattes et jeté son dévolu sur ma gentillesse.
J'essaie bien de ne  pas sombrer dans l'anthropomorphisme, mais je me dis quand même que cette bête-là a bien de la constance à vouloir encore  se faire aimer des hommes.  En quoi, physiquement, différé-je de ses bourreaux ?
Je me demande où il dort...
Au printemps, la clémence des cieux redescendue sur terre, peut-être disparaîtra t-il, vers un autre village, vers une autre forêt, vers une autre tentative pour être aimé. Sa quête du Graal à lui.
Je m'attache à sa mélancolique présence.
Sans doute parce qu'il n'est pas un vrai chien. Il n'est rien, pas même une ombre.  Il vient du vent.

Et il est aussi une allégorie poilue de toute la lâcheté humaine.
Je lui tends souvent ma main.

08:52 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

08.02.2010

Confessionnettes politiques

Les gens qui me lisent, ceux qui m'ont fréquenté, voire aimé, comme ceux qui m'ont croisé de façon tout à fait fugitive,  au hasard de tortueux cheminements, savent que je ne suis pas un gars de droite. De là à croire que je suis un gars de gauche, il y a un monde que je n'ai jamais franchi et ne franchirai sans doute jamais.
la vie est un jeu.jpg Des gens de droite, j'en ai rencontré de franchement répugnants, des immondes, des salopards, de vrais partisans de l'apartheid social. J'ai mené contre eux la guerre, parfois même physiquement,  et ils m'ont bien rendu les quelques coups que j'avais su leur porter.
Au moins, à ce niveau-là, les rapports ont le mérite de la clarté. Irréconciliables.
J'en ai rencontré d'autres, les plus nombreux,  qui étaient carrément insignifiants, tout simplement nigauds, n'ayant pas l'énergie assez puissante pour entamer une critique conséquente du monde et prendre résolument parti pour quoi que ce fût. Des gens qui répètent ce que leur chantent Pujadas ou Claire Chazal, des gens qui croient que ce qu'ils voient en images, réelles ou  subtilement camouflées,  est forcément vrai.  Alors, de droite, dans ces piètres cas-là, ça sert de fourre-tout et ça donne les clefs du pouvoir à n'importe lequel imbécile avec de jolis bracelets et des montres qui brillent. Ne  cherchez pas plus loin le mystère de la décadence politique en France et partout en Europe. Ces gens-là relèvent plus de la faiblesse psychanalytique que de l'opinion politique. Je vote à droite parce que je ne supporte pas de m'opposer. Des qui voient des pères fouettards un peu  partout.
Des gens de droite, j'en ai même rencontré des gentils, des courtois, d'un agréable commerce. À un de ceux-ci, homonyme d'un de nos plus célèbres camarades du net littéraire, avec lequel j'entretenais des relations de travail très cordiales, j'avais un jour lâché : Putain, t'es sympa, t'es pas con, t'es même généreux dans ta tête, mais qu'est-ce que tu fous à droite ?
On avait bien rigolé. Et on ne s'était pas expliqué plus avant.
Parce que vient un moment où la frontière est trop ténue entre les idéologies qu'on porte en soi.  Où elles ne sont, justement, plus qu'idéologies qui fondent comme neiges au soleil sous la chaleur du regard humain. On n'est pas de droite ou de gauche. On se sent. Ça remonte très loin, bien plus loin que notre bagage culturel et notre vision apprise du monde.
Bien avant l'exil de nos mots.
Et qu'on se sente de droite ou de gauche, rien ne nous dispense de la gentillesse quand la contradiction n'est pas trop criante et agressive, comme dit plus haut, pour les philosophes de l'inégalité.

Et les gens de gauche alors ?
Ceux-ci, je les connais mieux, en fait...J'ai baigné dans leurs convictions depuis mon plus jeune âge. Je suis tombé tout petiot encore dans la marmite de leur potion magique, à tel point qu'il m'a été interdit toute ma vie d'en reprendre une dose.
Et beaucoup, beaucoup furent de mon entourage adulte. Alors, je n'avais plus qu'à les regarder s'abreuver de leur élixir magique, celui qui donne bonne conscience, et me tenir à l'écart de leurs différents druides.
Ces gens de gauche, pour la plupart,  n'étaient pas plus gentils que certains de droite et même, des fois, franchement plus répugnants dans leur conception étriquée du monde et l'obstination inique, ridicule, petite, mesquine, infantile presque, à vouloir défendre bec et ongles leurs privilèges sociaux, sans aucun souci de fraternité humaine.
En un mot comme en cent, de vrais cons. Mais du bon côté de la connerie. Son côté con déguisé en humanisme.
Allez, rigolons
un peu - mais très jaune -  avec quelques exemples. Pêle-mêle, même si je commence par le début.
La première fois que j'ai eu à batailler jusqu'à faire le coup de poing avec des gens de gauche, c'était à la Maison du Peuple, à Poitiers...Vous voyez que, avec mes camarades Apaches du moment, on avait bien choisi le terrain de boxe... On avait alors vingt ans et on est très sérieux quand on a vingt ans.
Bref, une manifestation contre la guerre au Vietnam et l'impérialisme  américain...On avait, inscrit sur nos jeans dégueulasses, le fameux symbole anti-armement et on portait à bout de bras des drapeaux noirs qui flottaient dans le vent de notre révolte et de notre jeunesse. Des drapeaux noirs qui n'aiment pas le rouge et n'en sont pas aimés. Les gens qui nous ont foncé dessus ne furent pas, comme on s'y préparait, les crânes rasés d'Ordre Nouveau amassés au coin de la rue,  goguenards et provocateurs, mais le service d'ordre du PCF, des gros cons staliniens, ceux qui se croyaient seuls, à force de mentir et d'avoir bien appris à le faire, autorisés à manifester leur indignation officielle contre les méchants Américains. Nous, nous n'étions que des provocateurs, des petits bourgeois, des anarchistes payés par le pouvoir et même par les services secrets étrangers. Bref, toute la nauséabonde salade avec laquelle ils ont
partout sali dans le monde  l'honneur des combattants, en France,  en Russie, en Ukraine, en Pologne, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Amérique du Sud...etc.
Beaucoup plus près de notre sale époque, un jour, voilà t-il pas que les gardiens de prison se mettent en grève. Conditions de travail, salaires, surpopulation carcérale, etc. Vous connaissez la juste rengaine : les prisons de France sont les plus pourries de toutes les prisons d'Europe même si, par essence, une prison, c'est d'abord pourri.
J'avais un copain instituteur. Dois-je préciser «  de gauche » ?
La conversation en vint donc sur la grève des matons qui réclamaient la retraite à 55 ans et, lui, le copain, qui avait cet avantage acquis depuis la nuit des temps et comptait bien dessus pour passer de jeunes-vieux beaux jours au frais de la princesse sociale, de s'indigner tout rouge : on se demande ce qui leur pète dans le citron, à ces corniauds !!
Véridique. À vomir ce qu'on n'a pas mangé encore.
Une autre, socialiste jusque dans les poils de son cul,  fustigeait les chauffeurs routiers en grève. Que des gros cons, des phallos et des alcooliques qui nous écraseraient si on n'y prenait garde, avec leurs effrayants camions !
Moi, j'ai un frère, un ami et un confident, qui est chauffeur routier. Je connaissais à l'époque, ses conditions de travail et son salaire. L'autre imbécile avec ses convictions de gauche, n'aurait même pas eu de quoi entretenir sa voiture, sa maison de campagne et ses sorties au théâtre,  avec les émoluments fraternels et n'aurait même pas eu le temps de dire des conneries, ni même d'ouvrir un  livre, avec ses 48 heures de boulot par semaine...Mon frangin, lui, gros con avec son gros camion, avait encore le temps de lire Tolstoї ou Balzac.

Et d'aimer les gens.

Un autre, socialo ou coco, j'en sais rien, une fois, peu avant que je ne quitte la France, alors que j'étais en grève et que je glandais au bistro devant des demis en attendant - c'était contre la réforme Fillon  et on devait être dix sur 1200 employés à faire cette grève - cet autre, disais-je, responsable d'une section syndicale, s'était opposé avec succès quelque temps après à ce que j'ai une toute petite promotion lors de la Commission Administrative Paritaire, parce que...je buvais beaucoup et que jallais au bistro pendant les heures de travail ! Un mouchard et un falsificateur, en plus, celui-ci ! Je me suis toujours promis de le retrouver un jour et de le souffleter comme un laquais.

Et puis, il y en a tant encore que j'ai vu discourir sur la justice sociale, la culture avec un C plus grand que leur vide intérieur, et dont les seules préoccupations étaient la sauvegarde d'un gentil confort et le maintien d'un statut brillant comme des couilles de chat, des vacances à tour de bras, des retraites mirobolantes, avec prise en compte des six derniers mois d'activité contre les vingt-cinq meilleures années pour d'autres -  hop, on change d'échelon ou de grade juste avant de partir et le tour est joué pour le restant des jours, c'est ce qu'on appelle être un homme ou une femme de justice et de progrès - des congés pour se former, pour passer une licence ratée à la saison, pour peigner la girafe, une mise à disposition près d'une cheminée plus chaude et moins polluante, etc....etc..  et et cætera encore.
Moi, tout ça, moi qui ne suis pas de droite, je le précise encore tant les gens de gauche sont férus des amalgames et prêts à mettre dans le sac réactionnaire tout ce qui s'oppose à leur nombril, ça m'a fait tendre l'oreille des fois vers ce qu'ils disaient, les gens de droite, sur les privilèges sociaux et autres. Pas pour abolir les privilèges en question dans un souci de justice, mais histoire de niveler tout le monde par le bas, qu'ils disaient ça et qu'ils disent encore ça, les gens de droite, bien sûr. Mais ça m'a fait tendre l'oreille quand même et ça m'a fait dire souvent, prenant la mesure des raisons intimes de l'opposition des gens de gauche à ces propos, que, finalement, les intentions humaines, fraternelles, honnêtes, en profondeur, n'étaient pas plus reluisantes du côté gauche que du côté droit.
Il n'y a que des gens ayant quelque chose à sauver de leur peau au détriment d'un bout de peau du voisin, pour croire que l'appartenance, avec ou sans carte, à la gauche soit un engagement fort, citoyen et humaniste. Et c'est même pour l'avoir bien compris que la droite est partout victorieuse aujourd'hui et joue sur du velours.
Immondes foutaises, donc, que tout cela.
La vérité est pour moi dans l'engagement quotidien, sans stratégie, sans espoir et sans allégeance, aucune, faite à qui que ce soit. Se tenir à l'écart des batailles rangées du mensonge et de l'égocentrisme et faire sienne cette devise de Léon-Paul Fargue que me citait, il n'y a pas longtemps, un homme fraternel :

" Espérer beaucoup, attendre peu, ne demander rien..."

Image : Philip Seelen

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04.02.2010

L'épreuve de la correction

P2040009.JPGLe ciel ayant pour l'heure troqué ses couteaux de glace pour la nonchalance plus ouatée des flocons et m'ayant ainsi consenti quelque répit, je viens d'en terminer avec la correction des épreuves du livre à paraître le 25 mars à l'enseigne du Temps Qu'il Fait, justement.
Les corrections d'épreuves sont toujours un grand moment de tension. La dernière ligne droite, le souci et l'angoisse de l'impossible perfection. Lire aussi comme si ce texte était extérieur, avec l'oreille collée au bruissement de la phrase.
Quelqu'un, dont j'aime beaucoup le travail d'écriture, me faisait part il y a quelque temps d'une appréciation qui me fit bien plaisir :  «  Il y a dans votre écriture une attention au sol, aux paysages, aux hommes que je goûte vraiment.  Et dans votre phrasé quelque chose de vif et de jubilatoire. Une voix, plus qu'un style : Cela vous vient sans doute de la chanson.»

Je l'en remercie vivement. Et j'ai repensé à cette critique en relisant mes épreuves, c'est la raison pour laquelle je la mentionne et non par imbécile forfanterie.
Mais qu'ai-je ici à m'en justifier ?
Car besoin parfois de changer un mot pour un autre, au sens pourtant très proche, tant que je fus amené  à me demander réellement pourquoi. Et c'est en lisant à haute voix que je me suis effectivement aperçu que je demandais à ma phrase de chantonner, de dire ce que je voulais dire sans fioritures excessives, mais avec du mouvement sonore à l'intérieur.

Un paysage, une saison, des souvenirs, les hommes et les femmes, le monde, je ne conçois rien de tout cela qui puisse être écrit sans une certaine mélodie sous-jacente.
Et puis, par-delà ces considérations - au demeurant très agréables - sont ces règles tordues de la grammaire qui vous piègent, qui vous font douter et froncer le sourcil....Vous aviez pourtant spontanément enjambé les écueils, il y a déjà longtemps, quand vous écriviez votre texte. Maintenant, c'est plus l'artisan que l'artiste qui travaille..Et, tiens, en passant, merci à l'ami que je savais pouvoir solliciter sans vergogne pour requérir son avis sur tel ou tel caprice grammatical. Car vient un moment où le doute est plus fort que la conviction, même avec « Pièges et difficultés de la langue française »  à son chevet.

Ne reste donc plus qu'à vous entendre, vous lecteurs, quand vous aurez ce «Géographies» - sous un autre titre sans doute - entre les mains.
Vous entendre me dire si j'ai passé ou non avec succès l'épreuve de mes épreuves.
De toutes façons, le vin est quasiment tiré.
À votre santé, donc, et pour faire plaisir à Solko, un passage supprimé, non pas des susdites épreuves, mais de la source, du manuscrit initial :

" Entre la Rochelle et Niort s’étire sur une quinzaine de kilomètres la forêt de Benon, traversée par la Nationale 11,  large et impeccablement droite.
Normal. Elle aboutit directement sur l'île de Ré et les gens qui se proposent de  consommer le soleil n'ont que faire de l'ombre imbécile des forêts.
Forêt ingrate, habillée de chênes noirs rabougris et d’érables, aux sous-bois rongés par le noisetier. Forêt  ingrate parce qu’ayant eu à payer le lourd tribut de la surexploitation. Son chêne en effet, mais surtout la qualité des fours qui y étaient installés, donnait un charbon d’une valeur calorifique nulle part inégalée. À tel point qu’un historien a noté qu’à La Rochelle, le charbon de Benon se vendait de 25 à 30 % plus cher que tout autre charbon.
Un charbon pour les bourgeois qui ne vont pas au charbon...."

10:30 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

25.01.2010

Du réchauffement climatique d'une bande de pingouins ...

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Pourvu qu'ils ne nous suppriment pas l'effet de serre !

14:35 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

23.01.2010

Les mots de l'écho, l'écho des mots...

Quand on écrit les pieds au chaud, qu’on a le ventre plein, que les lendemains, ma foi, sans être des promesses d’Eldorado, au moins s’envisagent avec  l’essentiel de la survie satisfait, on peut se permettre d’être sévère avec le monde.naufrage.jpg
On peut en interpréter l’adversité. En faire littérature.
On peut même se pencher sur son propre style, le message étant filtré par la réflexion poétique inhérente à  tout art.
Couteau émoussé. Dérisoire. Fautif.
Car il est loin, le monde. On peut dès lors le tarabuster tels des enfants qui taquineraient une bête féroce enfermée derrière les barreaux d'une cage de cirque.
Les tourments et les souffrances ne s’offrent à la littérature que lorsqu’ils ont été dépassés, vaincus, et cette littérature n'est en cela, pour moi, qu'une étoile morte qui renvoie encore sa lumière, par le truchement des lois espace/temps/vitesse.
Directement vécu et image transmise sont irrémédiablement antinomiques.
L’écriture n’a pas d’objet sous les feux d’une tempête.

Aux prises avec la brutalité d’un climat et n’ayant pas les moyens matériels de l’affronter, j’essaie de corriger les épreuves de mon livre, écrit dans le calme et la sérénité, sur les climats, leurs intempérances et leurs douceurs, sur les bonheurs ou les âpretés de la machine ronde.
Impossible pour l'heure.
Sujet trop présent, qui colle à la page.
Comme le capitaine d'un navire en perdition et qui se mettrait en devoir d’écrire un sonnet sur la catastrophe.
L’écriture n’est pas un cri du réel...
Elle n'en est que l’écho.
Un écho peut-il renvoyer exactement ce que disait un cri ?

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