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28.12.2009

Lettre ouverte

Chères lectrices et chers lecteurs de l’Exil,

…Parce que, où que nous soyons, quelque soit la latitude à partir de laquelle nous nous accrochons à nos rêves et à nos espoirs, nous sommes tous des exilés de quelque part…D’un intérieur perdu ou bradé aux circonstances, d’un monde spontané, quand nous faisions encore corps avec lui.

Les hommes, les femmes et les enfants du monde chrétien viennent donc de célébrer la naissance très hypothétique d'un dieu
de plus en plus improbable, à grands coups de flons flons, champagne, bises à la mémé et autres chocolateries.
Ils s’apprêtent désormais, avec les mêmes flons flons, les mêmes chocolateries, les mêmes bises à la mémé et le même champagne, à tourner une page du calendrier accroché à leur mémoire du temps, toujours chrétien et toujours très approximatif par rapport au grand mouvement des choses.
C’est ainsi…
Et comme nous n’avons pas d’autres grands repères, à part nos événements personnels, je sacrifie à l’environnement idéologique du calcul du temps et viens vous remercier de votre fidélité à l’Exil comme de vos divers commentaires, aux derniers desquels je n’ai pas fait écho ces temps-ci, accaparé par d’autres urgences de l’hiver polonais.
Vous m’en voyez fort marri.

Vous êtes, à peu près, 1000 visiteurs uniques pour plus de 3500 visites et plus de 8000 pages feuilletées mensuellement.
J’ignore si c’est beaucoup, moyen, peu ou carrément dérisoire. Je sais néanmoins que ça me satisfait beaucoup et m’invite à continuer à faire vivre l’Exil, vitrine au quotidien d’une activité d’écriture plus générale.

Comme vous le savez sans doute, j’ai participé à Tempête dans un  encrier, en compagnie de cinq autres auteurs. Je m’apprête ces jours-ci à abandonner cette part de mon activité, n’y trouvant plus ni l'inspiration ni le plaisir nécessaires à un travail cohérent, sans pour autant que mes compagnons de route y soient pour quelque chose.
Un autre projet en compagnie de Stéphane Beau et Solko verra peut-être le jour en février, une revue dont il reste à définir toutes les modalités, forme et contenu, les deux étant par ailleurs indissociables.

De l’autre côté de l’’écran,  j’ai entamé depuis plus de deux mois la rédaction d’un récit, roman, histoire, grosse nouvelle, je ne saurais vous dire, qui me donne beaucoup de plaisir, le plaisir de refaire un bout du voyage à l'envers dans mes paysages et qui pourrait voir le jour en 2011 ou 2012, si le manuscrit trouve preneur, ce qui n’est jamais gagné d’avance, nous le savons que trop, et si je ne suis pas mort, ce qui n'est, non plus, jamais garanti d'avance...

Polska B dzisiaj, chez Publie.net, semble rencontrer audience  et le 25 mars, « Géographies » - sans doute sous un autre titre que me proposera Georges Monti -  paraîtra à l’enseigne du Temps qu’il fait.
Une nouvelle est parue dans un recueil collectif, chez Antidata et en décembre.

Tout ça, donc, pour vous  faire un panorama de mon activité d’écriture.

Pour l’heure, l’hiver polonais a frappé brutalement. Un thermomètre aux alentours de – 30 avec le vent de l’est qui miaule comme une âme errante, les villages engloutis sous la blancheur pétrifiée et les paysages aux visages morfondus...Et s’il faut en croire les spécialistes de la chose météo, ça devrait frapper à nouveau très bientôt et très fort…
Ah, le réchauffement climatique !
Où ça ?

Je ne vous souhaite pas une bonne année, mais 8760 heures, 365 jours, 52 semaines et 12 mois d'espoirs poétiques et de redécouverte intime du monde.

Amitiés à toutes et à tous et encore merci de votre écoute.
À très bientôt
Bertrand

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11:03 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

22.12.2009

Mise en veille

C'est dans les conditions extrêmes que réapparaît l'essentiel,

Qui souligne d'un double trait la fatuité  des bavardages et des convictions de la normalité,

Ramène au premier plan les exigences premières.

L'écriture ne peut affronter la vie que légèrement décalée de la vie,

le reflet étant toujours et forcément en retard sur la lumière.

C'est même la condition sine qua non de son existence...

 

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09:33 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.12.2009

Il y a

gueule4.jpgUne vieille conviction, tantôt latente, tantôt manifeste, tantôt que j’accepte, tantôt que j’essaie de combattre, en tout cas une conviction avec laquelle il me faut vivre et composer, c’est que le bonheur n’existe qu’individuel et sous notre seule responsabilité.
Les colères que je pousse, depuis le début, contre un monde de fous furieux, injuste et trompeur, ne seraient que les jérémiades de l'impuissance et les transferts lénifiants de la responsabilité.

Si je m’arrête un peu, le nez au vent, comme quand on s’arrête pour reprendre son souffle,  je me dis que ça doit exister, ce foutu bonheur, mais seulement quand on a réussi à résoudre sa propre énigme.
Commencer par là. Ou finir, c'est selon.
Pas facile. Difficile de descendre de vélo pour se regarder pédaler.
Il faut d’abord vouloir abattre  la forêt qui fait tant d’ombre à l’arbre, couper des ponts, ravaler au rang de fantasmes aliénés d’autres convictions, qui refusent de se présenter comme telles, qui sont des poisons qui s’adaptent à tous les antidotes, qui, chassés par la porte reviennent en force par la fenêtre,  tels le confort, le travail, le fric, les liens ficelés autour de son histoire, la foule, la bagnole, la sécurité sociale, la retraite, la consommation du superflu érigé en nécessaire, les amis qui ne le sont jamais assez pour vous accepter dans votre nudité, les amours vieillissantes planquées sous la tendresse, la complicité et autres astuces de l'immobilisme aventurier, bref, la raison.
Le vouloir..Un monde malheureux ne s'écroule que lorsque les individus ont cessé de lui faire allégeance en s'inscrivant comme "individus de ce monde." Tout autre braîllement contre lui équivaut à mener pisser les poules.
En écrivant une page ? En parsemant la difficulté d’être de mots arrachés aux griffes de l’insomnie ? Non point.
L’écriture vient après la vie, elle en est l’empreinte laissée sur la neige et qu’on aime lire pour mesurer, par joie, le chemin qu'on est en train de faire, celui qu'on a parcouru et l'espace, devant, qu’il nous reste pour cheminer encore,  avant la chute des horizons. Le contraire, quand l'empreinte précède le pas, ça ne peut s’appeller qu'exercices de style, voire balbutiements.
Non...Pas le vouloir, tout ça.  Le faire sans vraiment savoir qu'on est  en train de le faire. Dans ce geste suicidaire qui redonne tous les espoirs à la vie, qui crée ce vide, cet appel d’air, ce gouffre dans lequel elle n’a plus d’autre issue que de s’engouffrer. Quand elle n'a plus de prétextes.
Le nez au vent qui vient des déserts de Sibérie, là, en bousculant les poudres de la neige, on est bien seul, on n'a rien, on n’est pas vu du monde, mais on sait ce qu’on est venu faire là.
Résoudre son énigme. Et après, mais seulement après, dire : je t'aime.

Mais sans absolu.
Les gens qui disent "je t'aime" en signant de l'absolu, seraient bien inspirés d'aller au plus court et de dire tout de suite : je te déteste.
Ils gagneraient dix ans de leur vie. Parfois vingt... ou trente. Voire la vie entière.

Image : Philip Seelen

11:58 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

15.12.2009

La Makhnovstchina...

Il neige, il y a  du vent...Il fait très froid sur les plaines immobiles de Pologne et d'Ukraine.

Je vous offre aujourd"hui d'écouter cette superbe version de la Makhnovstchina...

Ici.

 

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11:20 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.12.2009

Le génie de Balzac

sapins.jpgRelevé chez Balzac* :

" Les parvenus sont comme les singes desquels ils ont l'adresse : on les voit en hauteur, on admire leur agilité pendant l'escalade ; mais, arrivés à la cime, on n'aperçoit plus que leurs côtés honteux."

Et me suis dit que, certainement, c'était ça le génie littéraire : être capable  d'écrire quatre pages sur un bouquet de fleurs* et dire en deux lignes des milliers et des milliers de gens, intemporels, de tous les milieux - ceux-ci eussent-ils la prétention de se dire "éclairés" - et de toutes les conditions.

* Le Lys dans la vallée, édition de poche 1995, page 95

* Félix glanant  sur les champs de la vallée de l'Indre un bouquet pour Mme de Mortsauf


Image  : Philip Seelen

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11.12.2009

Nouvelles des nouvelles

Aux alentours du 15 décembre, les Editions Antidata publient  un recueil, auquel j'eus l'heur de participer : 10 nouvelles sur le thème de "La maison".

Dix récits et dix écrivains parmi lesquels notre ami Solko, que vous retrouverez au sommaire sous le nom d'emprunt de Roland Thévenet. Ou le contraire....

Cordial salut, donc, aux auteurs et compagnons de route dans cette aventure, magistralement initiée et conduite par Olivier Salaün.

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Je trouve, moi, qu'il aurait de la gueule, ce livre, sous votre sapin flairant bon la forêt et le verbe d'antan...


08:37 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

08.12.2009

Vacuité

Qu’est-ce qu’il y a d’évident à écrire ? Rien.
PB020007.JPGC’est parfois presser un citron qui n’a plus que la pulpe. C'est amer, la pulpe.
Alors, mieux vaut passer outre. Attendre que quelque chose survienne de l'intérieur et qui soit digne d’être dit.
Ouvrir un blog, c’est tellement  facile ! Un écritoire à la portée d’un enfant doté d’un QI à peine moyen…
Le faire vivre au quasi-quotidien, c’est ardu, fatigant, dangereux. On peut même y perdre le fil de ce qu’on se proposait d’en faire.

On peut même ne plus
trop s'y reconnaître. Est-ce qu'un citron se verrait en citron en ne voyant que sa puple ?
Y’a des moments, comme ça, où tout paraît cruellement vain.
S’énerver contre ce monde injuste, de mascarades et de merde, de petits hommes besognant sur la pointe des pieds et d'esclavage feutré  ?

À quoi bon, franchement ? C’est se taper la tête contre les murs  …I s’en fout le monde…Comme les murs....Peut-être  même s’en nourrit-il, de la colère qu'on lui voue et des cacas nerveux qu'on lui faits…Et puis, vraiment - mais vraiment - si on voulait s’énerver honnêtement sur tout ce qui nous agace, sur tout ce qu’on a perçu de faux et de vulgairement intéressé, on se fâcherait avec tout le monde. Peut-être même avec soi-même.
C'est comme ça, sans doute, qu'on devient tranquillement fou.
Alors, mieux vaut passer à autre chose. Attendre que quelque chose survienne de l'intérieur et qui soit digne d’être enfin dit.
Regarder du vent aux quatre horizons incertains des plaines. Regarder du rien, histoire de regarder du vrai dans les yeux.
Des ailes viendront pourtant qui  bien trop tôt le bec nous cloueront.

09:09 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.11.2009

La beauté des choses

PA140021.JPGLes champs ce matin sont blancs, tout blancs. Ils s’étalent, ils s’étalent, ils s’étalent jusqu’aux portes des villages et meurent aux pieds de noirs et hiératiques sapins.
Il y a du vent.  Vent de poussière blanche en voltige. Je regarde ce novembre continental qui vient de sonner le glas des jours intarissables. La machine ronde a basculé doucement de l’autre côté de la lumière.
Hier dans la nuit,  j'ai pissé sur l'herbe scintillante.
Le nez sur l'anonymat des ombres glacées. Des oies, ou des grues, ont cacardé longtemps leur errance sous la lune en brumes, au déclin
. Cap sur l’île de Ré peut-être. Cap sur les plages chatoyantes et les algues, cap sur le clocher noir et blanc d’Ars-en-Ré.
La force des ailes déployée pour la survie, plus forte que nos désirs, plus forte que nos mots, plus forte que nos voyages, plus forte que nos espaces. Chimère sublime de l'instinct !
Il y a du vent.  Vent de poussière blanche en voltige.
Et je marche dans la tourmente livide.
Cette phrase si simple et grandiose de Missak Manouchian à sa bien aimée, à l’heure de mourir debout sous le couteau des assassins :
« Toi qui vas  rester dans la beauté des choses.. », surgit dans une saute du vent.
Nous sommes dans la beauté des choses. Nous y sommes.
Qu’est-il besoin de tordre la phrase, de subjuguer le verbe, de renverser le propos, de couper le flux des mots pour le dire ?
Hier encore, pour la troisième fois consécutive, j’ai abandonné un livre contemporain. D’un auteur que j’aime, pourtant.  Exercice ciselé dune vaine érudition…
Pour qui parle la littérature si elle ne murmure la beauté des choses qu'aux oreilles d'un  esthétisme bientôt restreint à l'espace d'une schizophrènie de bon aloi ?
Je dois être d’ailleurs. Je dois être trop tard.
Un loup qui ne hurle pas reste t-il un loup ?

Je vais relire Balzac et Maupassant, encore, au coin des poêles, et laisser les vents éternels soulever la neige des éternels retours.

08:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.11.2009

Stéphane Beau : Le Coffret

PB030003.JPGOn ne sort pas intact de la lecture du livre de Stéphane Beau, Le Coffret, récemment paru aux éditions du Petit pavé.
On n’en sort pas intact parce qu’on y rencontre ses propres peurs et ses propres angoisses.
- Qu’est-ce que tu lis, papa ? m’a demandé ma fille.  Question récurrente, histoire que j’arrête de lire un peu et que je prête attention à ses dessins, ses peintures et ses images.
- Je lis un livre qui se passe vers 2100, que j’ai répondu, histoire de répondre à peu près.
-  Et comment il sait ce qui va se passer en 2100 , ton écrivain ? J’aurai cent ans, moi, et j’en sais rien comment ça sera quand j'aurai cent ans !

Ben oui. Comment il sait ?
Science fiction ?  Non. Pas plus que le Nautilus de Jules Verne n’était une science fiction.
Pas plus que Matin brun de Franck Pavloff ne relevait de ce domaine de l’art d’écrire.
Un apologue. Je dirais un apologue, oui. Et écrit avec une élégance et une conviction qui font de Stéphane Beau un véritable écrivain.
Je ne vous raconterai pas le livre. Bien sûr. Un livre se lit avec ce qu’on porte en soi. Je ne vous raconterai pas l’histoire de Nathanaël, de son grand-père et de son ami le libraire. C’est pas une histoire qu’on raconte. C’est une histoire qui se lit de l’intérieur. Un avertissement. Un feu clignotant de la nuit dans laquelle nous nous enfonçons.
En lisant Stéphane Beau on est en présence d'une conscience qui veille à ce qu’une nouvelle catastrophe majeure ne s’abatte pas sur l’humanité. Une catastrophe qui pour l’heure avance masquée, chafouine, drapeau à peine muet brandi par plus de 50 pour cent d’abrutis.
Ce que j’aime dans ce livre, qui porte l’éloquent sous-titre « À l’aube de la dictature universelle », c’est d'abord qu’il existe. Et que son existence  même, au cas où, sera et serait un déni à tous ceux et celles qui pourraient dire un jour : On savait pas. On n’a pas fait gaffe. On n’a vu venir le loup….
Car dans cette société de demain que l’écriture de Stéphane Beau explore, beaucoup de similitudes à peine voilées nous sont déjà bien actuelles. On sent bien cette évidence, en écoutant aujourd’hui les discours du pouvoir, en examinant l’évolution des esprits depuis une trentaine d’années, que ce demain envisagé est justement très près de notre pendule. Qu’il n’y a plus que le rideau à soulever, que les trois coups ont déjà été frappés…
Juste une petite phrase, aiguë comme une arme de précision :
« (….) C’est parce qu’ils* avaient oublié que le meilleur moyen de se soumettre un esclave, c’est de l’affranchir.»
Il y a, dans ce Coffret,  vraiment, de quoi réveiller tous les zombies, victimes ou consentants, qui peuplent notre monde presque parfait.

On ne sort pas intact de cette lecture parce que, aussi, plus convaincu encore que les loups-garous reniflent à nos portes.
Et Stéphane, qui termine quand même sur une note d’espoir, ne m’en voudra pas de dévoiler un petit bout de la dédicace qu’il me fit de son ouvrage  :  "Il faut espérer pourtant que tout ceci relève plus de la fiction que de l’anticipation."
Je joins évidemment mes espoirs aux siens.
Mais il n’y a plus vraiment de temps à perdre.

Les régimes autoritaires d’avant la dictature universelle

10:24 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

02.11.2009

Vient de paraître, à l'enseigne de publie.net

POLSKA B DZISIAJ

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" (....)Ses parents étaient venus d’Ukraine après la guerre, des environs de Lwów.  Poussés vers le nord-ouest, mais pas beaucoup, quelque deux cent kilomètres. Et il se mit à évoquer les grandes plaines de l’Ukraine avec ses yeux bleus qui vacillaient légèrement et le bras vigoureusement tendu qui montrait l’est. Et tandis qu’il racontait, je le regardais, interloqué. Moi l’étranger, j’étais venu voir un autochtone et j’étais assis devant un gars qui ne se sentait pas chez lui, là, à Gnojno, et qui parlait de son déracinement et dont la voix monocorde, je le sentais bien, était tout empreinte de tristesse.
Il inversait joliment les rôles et sans doute avait-il raison. Car moi j’étais tout de même là de mon pauvre chef, tandis que lui, c’étaient les chambardements frontaliers qu’il l’avait échoué dans ce village comme les tempêtes échouent sur les plages, les algues des fonds marins et les objets qu’on jette par-dessus bord des navires. Mais tous ces rejets, ça se ramasse, ça se conditionne, ça s’élimine. Lui, soixante ans après, il était resté tel qu’aux premiers jours, planté sur le même sable.
Il dit encore qu’avec les communistes, il avait trois vaches, un cheval, un cochon et des poules et, par-dessus tout, une paix royale. Personne ne venait fouiner dans ses affaires. Maintenant, il avait une vingtaine de vaches, une trayeuse électrique et il vendait tout son lait à la laiterie. Le lait devait être comme ci et pas comme ça, il avait fallu faire des évacuations, des aérations, des vaccins, des prévisions et il n’entendait rien à la paperasserie qu’on lui demandait. Et puis au final,  il n’avait pas plus de sous qu’avant avec des tonnes d’emmerdements en plus. Alors ? Hein ? A quoi ça avait servi tout ça ?  Hein ?
Il posait la question en se penchant en avant. D. balbutiait liberté, droit des gens, démocratie…Il haussait les épaules, hautement moqueur mais sans aucune brutalité.
J’ai appris beaucoup de cet homme. J’ai découvert en quoi, peut-être, résidait la force pérenne des dictatures. Pour ce paysan, comme pour bien d’autres qui m’ont tenu le même discours, le communisme tel qu’appliqué à l’est, c’était le droit de faire ce qu’il voulait dans son jardin. Pourvu qu’il ne s’y enrichisse pas de façon trop ostentatoire et ne fasse montre de ses opinions, on ne lui demandait rien. Il  avait un gîte, de la pitance et la course du soleil pour éclairer les jours et compter les années. Le reste, la liberté d’écrire, de parler à voix haute, d’écouter, de lire, de voyager plus loin que la rivière, c’était affaires d’intellectuels, de penseurs et de gens des villes parce que leurs maisons, leurs rues et leurs usines étaient trop étroites. Le petit paysan, lui, il s’en fout de ces libertés-là. On ne lui a jamais appris à s’en servir, alors leur privation ne le meurtrit pas. La muselière intellectuelle ne le gêne pas. La vie est ailleurs. Elle se mesure au jour le jour, saison après saison. Elle se joue au printemps avec les labours et les semailles, l’été avec les moissons, l’automne avec le ramassage des pommes de terre et l’hiver avec la lutte obstinée contre le froid, la neige et le vent. Ce qu’il y a par delà ces rideaux quotidiens,  il ne faut pas s’en mêler. C’est de la politique et la politique…La politique, ça fait des guerres et des morts.
Je pensais à la Makhnovchtchina. Que des paysans, incultes de notre point de vue, et pourtant vainqueurs de Dénikine. Et s’ils n’eussent été par la suite crapuleusement égorgés par Trotski, qu’auraient-ils fait de l’unique expérience anarchiste au monde qu’ils avaient mise en place en Ukraine ? Jusqu’où les tsars les avaient-ils volés et jusqu’où avaient-ils violé leur droit à l’existence, qu’ils aient pris une part aussi cruciale, intelligente et violente à la grande déferlante de l’histoire ?
Cet homme sec aux mains raboteuses, là devant moi, ce paysan d’origine ukrainienne, s’il était né seulement quelque trente ans plus tôt, aurait-il fait partie de l’épopée et été un compagnon de Makhno ?  J’étais sûr que oui, ça me plaisait d’en être sûr et je le regardais décliner ses phrases et ses mots nostalgiques et je me disais que l’histoire, les luttes, les trahisons, les échecs, les vérités, les morts, les prisonniers, les réussites, les idéaux, les tactiques, les alliances, les buts, les systèmes, tout ça, c’était les hasards du réel, les leurres d’un prisme déformant et que les hommes n’entendaient rien, absolument rien à la mise en scène de leur propre destin. Ils étaient des ombres. Des balbutiements.
J’en éprouvai une profonde tristesse.
"

10:07 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

29.10.2009

Spleen

photo_1208522524555-3-0.jpgLe cœur, lui, n’a jamais de stratégie.
Ni de projets, ni d’anticipation. Il éclate sa lumière ou déverse son venin avec sa logique autonome.
La tête, elle, n’appréhende le monde qu’au travers ses volontés, ses velléités et ses dogmes, ces derniers fussent-ils même libertaires.
J’entends par "monde" aussi bien les rivières, les prés, les fleuves, les forêts, les oiseaux, le temps qu’il fait, les autobus, les gares, les cités, les bouts de ferraille immondes du désordre urbain, les ponts…. que le regard humain qu’on porte à l’autre, l’estime ou l’amour ou l’amitié ou le mépris dont on le gratifie, une femme aimée emportée par des torrents d'orgasmes ou  alors, les jours où Cupidon s'en fout, lamentablement échouée sous la tristesse d'une réalité obstinément standard.
J’appelle  "monde" le chemin que se fraient ensemble ma tête et mon coeur  dans le dédale de la pauvreté des hommes de petite condition, la lâche, pusillanime et prétentieuse fourberie des hommes-collabos de la moyenne, le hold-up permanent de ceux de grande condition et la misère* de tous confondus.
Je ne sais pas où ira ma tête dans ce capharnaüm du déclin universel, admis et consenti par tous, ma pauvre carcasse comprise. Je sais cependant où elle voudrait aller, parce qu’elle est une tête qui ne tient  compte du réel que par l’image du coeur qu’elle en reçoit.
Je ne sais pas où va mon cœur non plus  parce qu’il est un cœur. Mais je sais où ma tête ne voudrait  pas qu’il aille.  C’est-à-dire que je ne sais rien, finalement, de leur synthèse : De ce moi entier et qui a commencé de m'être volé par une inscription à l’état civil sous le nom de Bertrand Redonnet, acte de naissance numéro 068, commune 038.
Je ne sais rien.
Comme toi, comme vous, comme nous.
Nos cris sont ceux de prisonniers qu'on égorge.
Parce qu'il n’y a que la synthèse qui vaille la peine d'être vécue et si l’une de ses thèses est malade de la peste, l’autre a forcément le choléra.

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, nous faisait-on réciter au catéchisme des initiations philosophiques. Affligeant aphorisme qu’on répète comme un con quand on a vingt ans et pour faire croire qu’on est intelligent mais dont on s’aperçoit très vite, si on l’est devenu un tant soit peu, qu’il renferme les premiers principes de la séparation de l’individu en deux entités contraires et combattantes, c’est-à-dire qu’il en fait un parfait aliéné, un malheureux, un fin prêt à être dominé, gouverné, culpabilisé, christianisé.  Un lâche
corvéable et taillable à merci.
Mais y a t-il autre chose chez Pascal qui puisse servir aux hommes à se sentir autrement que des larves ?
L’invention de la calculette et des transports en commun, peut-être…

* Considérée sous ses trois aspects, économique, intellectuel et sexuel tels que magistralement mis au jour par la brochure de Strasbourg, 1967.

11:19 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

17.10.2009

Pologne, ma bonne amie

DSC_0735.JPGLa prise de conscience qu’on a des réalités est rarement immédiate. Il faut souvent prendre un peu de recul, rassembler et comparer des éléments, faire se recouper des situations, pour pénétrer derrière les tissus qui nous entourent.
The dark side of the moon.
Après, on est content ou on a mal, ça dépend. En tout cas, on croit y voir plus clair.
Ainsi la question s’est-elle posée, à la longue, de savoir pourquoi des gens de là-bas, que j’aime et dont je pense être aimé, hésitent à venir en villégiature chez moi.
Dans l’immédiateté, une foule de raisons prosaïques viennent à l’esprit : La Pologne, c’est loin, les billets d’avion sont chers, l’autobus c’est vraiment trop pénible et en France, c’est la crise, les gens ont de moins en moins de moyens.
Tout ça est indéniable. Et puis chacun a sa vie, ses préoccupations et ses priorités… Un affectueux salut au passage en direction du  frangin et de sa compagne venus cet été en bus…Plus de 75 heures aller/retour. Par motivation et manque de finances. L’avion, c’est un truc encore très sélectif.
Quand on se pose une question, il y a donc d’abord l’avalanche des bonnes raisons et après, inévitablement, apparaît la véritable clef, celle qui va plus loin, celle qui ouvre des portes qu’on voulait laisser fermées.  Le fameux « mais ».
Mais si j’habitais en Sicile, dans les îles, sous les cieux embaumés de l’Espagne, aux Seychelles, au Canada (pardon François), en Tunisie, au Portugal et même à Zanzibar, ces bonnes raisons, pour une bonne part, ne fondraient-elles pas comme neige au soleil ?
Neige justement, vent froid, l’Est, la plaine, tout ça, ça rime en images avec Pologne. On hésite un peu….Et puis….
Qu’est-ce qu’il y a à voir là-bas, à part toi ?

Pauvre Pologne, je sais tes richesses intimes ! Mais comment les faire aimer ?
Comment déboulonner cet inconscient collectif qui pèse sur ton nom, qui date de très vieux, de tous tes hommes et femmes contraints à l’exil et qui fut, il y a trente ans à peine - 3 secondes à la vitesse historique -  ravivé encore par le dictateur aux lunettes noires, l’état de guerre et les longues queues qui grelottaient devant les étalages vides et sur nos confortables écrans de télévision ?
Tenez, Renaud, le chanteur, le rebelle, celui qui était pourtant loin d’être le plus con et le plus méchant de la bande, ne chantait-il pas :

P'tite conne
Tu rêvais de Byzance
Mais c'était la Pologne
jusque dans tes silences...

Deux pôles contraires : Byzance et la Pologne. On ne peut guère être plus clair. Tout est dit.
Et cette abomination, si elle avait quelque maigre excuse dans les années 80, continue ses ravages dans des têtes qui se croient pourtant haut perchées alors qu'elle n'a plus aucun fondement.
Rayée de la carte pendant 123 ans, la Pologne est négativement inscrite dans la plupart des consciences, comme s’il lui fallait encore payer tous les tourments de son histoire.
Et vont bon train les clichés les plus niais. Quand ce n’est ni le froid, ni la neige, ni la plaine, ni le délabrement fantasmé, c’est l’Èglise.
Un ancien copain qui se croyait intelligent – il doit certainement le croire encore à moins qu’il ne le soit réellement devenu  – m’écrivait lors de mon premier Noël en Pologne : Noël en Pologne, ça doit être quelque-chose !
Eh ben mon pote, Noël en Pologne, c’est beau comme la neige sous des constellations livides. Et aucune loi, aucun décret, aucune convenance, aucun code ne t’oblige à aller à la messe de minuit.
Je te dirais même plus : La Naissance ici passe beaucoup plus inaperçue, en flonflons luminaires, orgies, cadeaux, champagne, foies gras et autres singeries, que sous les cieux sacrés de ta laïcité.

La Pologne, c’est une plaine qui rêve sous des cieux capricieux et des hivers tenaces en houppelandes blanches. Ce sont de sombres forêts au front altier. Ce sont de grands oiseaux venus des antipodes. Ce sont de grands silences et des rivières et des lacs. Ce sont des arts, tels les chefs-d'oeuvre de Stasiuk. Ce sont surtout des hommes et des femmes longtemps déchirés, séparés, et qui se retrouvent enfin sous le même toit.
Et sous ce toit, l’étranger jamais n’est montré du doigt ni inculpé, comme sous les cieux sécuritaires de la sarkoparanoïa, d’être « d’ailleurs ».
Il est tout bonnement naturalisé ami.

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16.10.2009

Le prix Poitou-Charentes

zozo.jpg

Je serais bien faux-cul de bouder mon plaisir.
D’autant plus que je ne m'y attendais nullement.
J’ai donc découvert hier, en musardant sur Internet, que mon Zozo s’était glissé dans le peloton de tête de la course au prix Poitou-Charentes… Rusé, le Zozo, sous ses airs de bonhomme paresseux.
Reste le  plus difficile cependant : Le sprint.
Et je ne sais pas s'il en a encore sous la pédale après les efforts consentis pour faire partie de l'échappée...

Allez, un dernier coup de reins, Zozo, et ma foi, si tu faillis là, eh bien tu  auras failli avec bonheur.
Car tu es, en plus, en très bonne compagnie.

Te sachant fort maladroit,
je suis tout de même un peu inquiet. Alors fais gaffe à ça :

 

Le velo pete !.jpg

 


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15.10.2009

L'automne assassiné

j.JPGDans sa récitation de rentrée, consciencieusement ponctuée, l’enfant avait pourtant célébré l’automne :
" Dlaczego na drzewach są rude liście?
To wiewórki pomalowały je ogonem puszystym.
"
Pourquoi y a t-il des feuilles rousses sur les arbres ?
Parce que les écureuils les ont peintes de leurs queues duveteuses …

Mais les vents quand ils sont fous n’entendent pas les enfants et poussent les artistes au creux des chemins d’infortune.
Comme ces vents-là.…
Ils arrivaient du sud-ouest, de la Méditerranée via les Carpates de Roumanie peut-être, rageurs et pressés,
encore chauds  cependant. Ils venaient du sud et l’arche noirâtre d'un ciel brouillon galopait tout droit vers les steppes de  Russie.
Qu’ont-ils donc  rencontré là-bas, ces vents, bien au-delà de Moscou,  qui les ait effrayés au point qu'ils fassent prestement demi-tour et qu'ils reviennent alors dans un galop encore plus débridé, comme fuyant devant  une épouvante ?
Demi-tour trop tardif, trop lent sans doute. Fatale hésitation. Les givres déjà s’étaient emparés de leur bagage liquide, l'avait solidifié, appesanti et glacé. Et avant de continuer plus au sud, vers les mers lointaines d’où ils étaient venus, pour fuir plus vite et plus certainement, sur la plaine polonaise ils se sont délestés de leur pénible surcharge.
Octobre enluminé  s’est recroquevillé soudain sous ces averses de gel. Au beau milieu de la fête, au plus fort de leurs effets de robe, les arbres ont tremblé et se sont alourdis.
Un arbre, c’est fait pour supporter le poids de ses feuilles et le souffle du vent. Des feuilles, du vent et de la neige épaisse, c‘est bien trop lourd pour leur altière silhouette. Beaucoup se sont penchés alors, résistant encore, ils ont courbé la tête, vaincus par la morsure livide, puis ils ont plié le tronc dans une dernière tentative de survie, et enfin
leurs grands moignons gelés ont effleuré le sol.
De guerre lasse,  des arbres se sont couchés sur la blancheur du monde.

Je les ai entendus.
Et ce sont ces vents fous et cette neige d’automne, inconcevable en plaine et sous nos climats gaulois, me suis-je dit en rassemblant mes bûches,  qui avaient pris dans leurs embuscades mortelles le conquérant ventru au sinistre bicorne…
Affligeante métonymie de nos livres d’histoire !
C’étaient des milliers de pauvres gars en haillons, le pied nu et la faim sur les dents, qui, comme mes arbres d’hier, s’étaient endormis, de guerre lasse aussi, sur l’étendue gelée d’un automne assassiné.

" Dlaczego na drzewach są rude liście?
To wiewórki pomalowały je ogonem puszystym.
"

Hier, c'était pourtant l'été...

 

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09.10.2009

Cigogne qui claque du bec !

P9010008.JPG- Dans un couple à longue histoire, quand un, ou une, décide de s’envoler vers de plus vastes horizons, c’est un mort inachevé qui parle. Un ou une qui « ne reconnaît pas  le bien-fondé de son trépas » et exige que soit réintroduite  la poésie dans sa vie.

- On ne devient pas poète. On naît poète. Pas génétiquement bien sûr, ce serait effrayant et idiot.
On naît poète comme le chiendent pousse sur certains sols et pas sur d'autres.
Après seulement intervient l'être et le devenir : On laisse chanter ce poète ou on lui tord le cou.

- Le poète est souvent amoureux de l'impossible. Il n'est guère payé de retour.

- La poésie c'est le monde sans ses fonctionnalités. Autrement dit, les fleurs sans la botanique, l'amour sans la gynécologie et la mélancolie sans la psychologie.

- La poésie n'a pas de rôle en dehors de celui qu'elle s'assigne elle-même. C'est sa lecture qui a un rôle social.
Et il n'y a là-dedans aucune dialectique de la poule et de l'oeuf, tant il arrive souvent qu'on ne lise pas exactement ce qu' écrit la poésie.

- Le poète aime  écrire parce qu'il ne sait guère discuter calmement.
Comme d'autres aiment discuter parce qu'ils ne savent pas écrire calmement.

- Le poète sait trop qu'il n'y a guère que des pigeons n'ayant jamais su voler plus haut que leur perchoir pour croire qu'un seul battement de leurs ailes puisse les projeter jusqu'aux nuages.

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- Un ami très proche, un jour aux prises avec les tourments de l'amour resurgi impromptu sous ses pas débonnaires, m'avait ingénument demandé, dans son désarroi, ma conviction du bonheur.
- C'est l'absence de tourments, avais-je assuré.
C'était une réponse de poète et ça ne l'avait pas beaucoup aidé.

- La belle écriture est celle qui a la précision d'une partition, celle qui ne prête pas à la cacophonie des interprétations.
Elle se situe bien au-delà du style.

- Je ne conçois de poésie que subversive.
C'est une lecture de mon parcours. Conception réductrice ?
L'histoire inclinerait en effet à ne me donner que très partiellement raison.

- Le poète qui devient riche ou (et) qui compose avec les douloureuses aberrations sociales n'en cesse pas pour autant d'être un poète.
Qu'il en souffre ou non est du domaine de l'intime et, en dernier ressort, de l'éthique intime.

- La vie d'un poète - dans ce que j'en pressens - est forcément en dents de scie, chaotique, décalée à l'intérieur, voire partout.
Ce qui ne signifie pas que toute vie chaotique soit celle d'un poète. Sans quoi les conditions pitoyables d'existence imposées par le monde n'auraient produit que des poètes.
Ce qui depuis longtemps l'aurait conduit à sa perte.

P9290008.JPG- Je pense la poésie comme étant très accessoirement une écriture et essentiellement un art de vivre sa vie.
Encore une évidence qu'on se refuse à brasser. Bien évidemment.

- L'amour qui ne convoque pas chaque matin une muse à son chevet, sombre dans l'institution.

- Quand les poètes se feront des voyous et les voyous des poètes, l'espoir aura peut-être une chance de changer de camp.
Mais pour avoir fréquenté, voire aimé, les uns et les autres,  je peux prédire que c'est pas demain la veille !

- Le poète n'entend rien aux chefs-d'oeuvre : Il n'est guère que des imbéciles faisant les intellectuels et des intellectuels faisant les imbéciles  pour s'extasier devant un chef-d'oeuvre.


- Mon regard n'a rencontré qu'un seul chef-d'oeuvre de détresse poétique : dans les yeux d'un condamné à mort.

- Un homme qui lit peut se dispenser d'écrire. Fort heureusement.
Mais un homme qui écrit et qui se dispenserait de lire serait comme un muet qui tenterait de s'égosiller.

- Je demande à mon écriture de me ramener chez moi, à mes lectures de me conduire chez les autres.
Mais il arrive souvent que les rôles soient inversés.

- L'éternité est une dimension de la poésie confisquée, dénaturée, désamorcée par les religions et leur dieu totalitaire..
L'éternité, au regard de l'univers, n'admet pas d'être régentée. Admettre Dieu, c'est admettre une fin arbitraire, entendue comme objectif et limite, à l'éternité poétique, au même titre que d'admettre comme souveraine la seule matière connue des hommes comme principe fondamental de l'éphémère.
Pour le poète, Le matérialisme et le déisme sont deux garde-fous complices d'une même tentative de conjuration de l'angoisse de l'impensable.

4.JPG- L’imagination est une autre dimension du réel. Par-delà cette imagination sont les inconnues que j’appellerais volontiers, n'ayant pas d'autres concepts à ma disposition, les abstractions vécues par la poésie.

- Ce que nous appelons le réel n'est que la dimension de nos maigres possibilités.

- Un poète qui aurait toujours raison serait dégoûté, non pas d'avoir toujours raison, mais d'être poète.

- Le poète est sans doute celui qui lit le monde avec le magma qu'il porte en lui. Les mots sont ses lampes de chevet.
Quoiqu'il arrive souvent qu'il lise dans le noir....

- Le fondement de toute idéologie est la poursuite d'objectifs, clairs ou non-dits. La pierre angulaire de toute poésie est de marcher à l'aveuglette.

- Un poète  qui séduit tout le monde ne plaît à personne.

- J'ai vécu certaines années dans un monde salarié et nous ne nous comprenions pas. Spontanément, on m'avait affublé d'un sobriquet. Le poète.
Ça n'était pas méchant, ça n'était pas gratifiant, ça n'était pas gentil non plus.
Je crois que ça voulait dire "l'Autre".

- Un poète qui sait dans quel lit il mourra est déjà mort.

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28.09.2009

Zozo, chômeur éperdu

Voilà cinq mois exactement aujourd’hui que Zozo, casse-croûte et nonchalance en bandoulière,  bat le pavé de France et de Navarre, de librairies en librairies et de lecteurs en lecteurs, par quelque temps qu'il fasse.
C'est du moins ce que j'imagine parce que je l'espère.

Un auteur est toujours soucieux du parcours de son livre. Il guette les retours...
9.JPGBeau mot. Ceux qui font de la scène savent l'importance de ces baffles posés sur le devant et qui vous renvoient clairement votre prestation...Quand je faisais ça, ma première question
aux organisateurs avant d'accepter une proposition, était  : "Vous avez une sono complète avec retours ?"
Des fois, c'était "oui, bien sûr ", des fois c'était "non, on n'a pas de ça", des fois c'était carrément " qu'est-ce que c'est ?"

Rien n'est pourtant plus cruel que de parler dans le vide. Sensation glaciale d'être soudain parfaitement inutile et néantisé.
L'auteur, donc, a besoin de retours. Mais là, c'est une autre voix que la sienne qu'il veut entendre.  Quand il y a de l'écho, est-ce le crieur ou le paysage qui parle ? Alors, il glane de-ci, de-là, les lointaines résonances d’un ou d’une qui donne des nouvelles :
- Hé, t’inquiète, j’ai vu passer ton Zozo ! Il va bien !

Curieusement sur internet,   incontournable beffroi de notre activité d'écrivain et où chacun pose le maillon d'un fraternel relais,  ce sont les gens vers lesquels Zozo était venu s’offrir bras ouverts, qui, jusqu’alors du moins, n’en ont pas fait état, alors que beaucoup d’autres qui spontanément étaient allés vers lui, l’ont gratifié d’un bel  hommage. Comme quoi le livre a cela d'humain qu'il doit être désiré plutôt que de s'imposer.
Ces renvois spontanés font bien plaisir. Oui.
Car l’auteur, je le répète, d'autant plus qu'il est un auteur à peine connu et sans être celui qui attend qu’on  lui inonde le nombril de suaves compliments, n’existe bel et bien que par ce que
son écriture suscite d'émotion. C'est là tout l'espoir de son plaisir d'écrire.
Parmi ces spontanés, je veux ici remercier avec chaleur et amitié Solko et Feuilly (relayé par le Magazine des livres), Jean-Louis Kuffer et Sahkti, Philip Seelen et Michèle Pambrun dans leurs divers commentaires…et puis Anthony Dufraisse, pour son  très bel article  du Matricule des Anges.

Il y eut aussi Jean-Luc Terradillos de l’Actualité Poitou-Charentes et sans doute quelques autres que j’oublie et auxquels, humblement, je demande qu'ils m'excusent.
Il y a quelques jours, Stéphane Beau, compagnon de route des Sept mains puis de Tempête dans un encrier,
m’avait fait gentiment parvenir deux exemplaires de l'excellente revue aux destinées de laquelle il préside. C'est avec une grande sincérité de coeur que je vous recommande d'ailleurs la lecture de ce Grognard. On en ressort avec le sentiment d'appartenir à cette diaspora des gens qui savent encore penser autrement.

Dans le numéro de septembre, Stéphane Prat signait un article que je reproduis ici, avec l’aimable autorisation des deux Stéphane :

zozo.jpg«  Le droit à la paresse, Zozo ne le gagne pas, il le prend. Zozo a beaucoup trop à faire pour travailler. Débordé, Zozo, entièrement pris par la vie, et pour une bonne part par la sieste : « (…) chaque jour consciencieusement consacrée, l’été sous la fraîcheur ombragée de ses noyers, l’hiver sous les couettes en plumes d’oie d’un lit douillet. (…) une nécessité régénératrice après le gros déjeuner où Zozo avalait sans coup férir soupe, pâté, rillettes, volaille, lapin ou goret, fromages gâteaux, fruits, arrosé d’un bon litre et demi de pinard tellement rouge qu’on eût dit qu’il était noir… »(p. 8)
Seulement, nous sommes en pleine euphorie gaullienne, début soixante du siècle dernier, et le Progrès pousse à la roue, on va de l’avant dans le Poitou de Zozo, on veut l’eau courante et l’instruction civique. Deux gros chantiers, celui de l’adduction d’eau et de l’école républicaine, que Zozo, s’il n’y coupera pas, devra esquiver coûte que coûte, au moral comme au physique, quitte à s’inoculer lui-même une flemmardite chronique, ou à s’attribuer l’héroïsme du progrès qu’il vomit, pour mieux lui échapper. Non, ce corniaud de maire ne le prendra pas au travail, Zozo a décidément trop à faire : « On était au début février. Un vilain crachin tombait d’un ciel si bas que les cimes des bois disparaissaient dans le brouillard. La campagne se languissait tout le jour dans une morne pénombre mais Zozo, dégoulinant des pieds à la tête, n’en arpentait pas moins les champs et tâchait de tirer des merles qui fuyaient le long des haies. Aucun de ces satanés oiseaux n’était cependant disposé à se laisser abattre. Avec un sifflement furieux, ils déboulaient des buissons en pluie et filaient à tire d’aile en zigzaguant. Malchanceux, Zozo tirait invariablement dans le zig quand le merle était dans le zag et inversement. » (p.16)
Car Zozo a deux amours dévorantes : la chasse (vouant à sa passion une maladresse surréelle) et Pinder, son cochon annuel, perpétuel, qu’il engraisse de discussions et de confidences passionnées avant de lui faire son affaire, invariablement le 2 Novembre, l’équilibre de sa petite famille en dépend. Et les quolibets, les vannes à deux balles que lui valent sa nature lunaire et soliloqueuse, délivrent un fin parfum de consécration, tellement il parvient à s’en moquer comme de Colin Tampon : « Pour un observateur superficiel ou résolument partial, la vie de Zozo évoluait dans une espèce de bohème anarchique, sans repère, au p’tit bonheur la chance.(…) Les années de Zozo cheminaient pourtant selon un ordre bien défini qui, s’il n’était pas réfléchi, n’en était pas moins réglé sur le grand mouvement des choses, en fonction des saisons, les saisons elles-mêmes vécues par rapport aux mois et les mois articulés sur les lunes.(…)Invariablement. » p33.

Et il faut une écriture diablement truculente pour suivre un personnage pareil, passionné des bobards les plus énormes, moins pour leurrer son monde que pour rester lui-même, et continuer à voir, et jouir des cycles entremêlées des gestes, des attentes ou des natures sensibles. Et Bertrand Redonnet a l’art du détail comme des variations célestes, des couleurs, des friches, des traces animales et des sons, et surtout des saisons dans tout ça… Un visionnaire, pour le coup, mais pas dans le sens théoricien ou catastrophiste. Un simple visionnaire, avec l’imprévisible qui va avec. On s’attend à un « Zozo le bienheureux » et on se retrouve avec un drame, on redoute le tragique d’un embrouillamini de clocher et c’est son côté farce qui l’emporte, ou on tombe en pleine intrigue rurale comme au beau milieu d’un tableau ethnographique. C’est le côté indéfinissable de ce livre qui est particulièrement saisissant, et pour tout dire imparable. Avec ce Zozo éperdument terrien, les prémices trop vertes des dévastations humaines du travail de masse à venir, dans l’héroïque sillage des chocs dits pétroliers, sont débusqués dans le regard de gens simples sur un des leurs, rétif à la sueur imbécile, chômeur avant le chômage. Il ne fait que leur opposer la vie, qui n’est pas rose, mais rosse, cocasse et répétitive, à laquelle l’idéologie du travail, en germe dans ce Poitou légendaire, se proposera rien de moins que de tourner le dos, et la saccagera dès qu’il le faudra… Pour le bien de tous, comme de bien entendu, et pour celui d’aucun."

Stéphane Prat

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22.09.2009

Le 22 septembre : Un flamboyant poncif

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Septembre lumineux, l’équinoxe qui bascule à pas de loup sur l'autre versant des jours, ces feuilles qui s’accrochent à l’arbre jaune, dont les dernières gouttes de vie flamboient du feu des désespoirs et le vent sous le ciel, déjà frais, déjà haut , déjà bleuté qui le presse d'en finir.
Et tourne la roue d’un automne à l’autre, qui nous broie en silence.
Nous tâtonnons sur des convictions obscures et des chemins incertains.
L’automne, antichambre des frimas et des endormissements, antichambre des nuits qui réduiront le monde à son essentiel.
J’aime l’automne.
Les déclins sont toujours plus pathétiques que les ascensions et atteignent plus sûrement à leurs rivages.

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11.09.2009

La Mouche

2.JPGC’est une toile et c’est une allégorie.
Non, ça n’est pas une toile. C’est le minuscule morceau d’une toile posée en travers du  monde et immense comme ce monde.
C’est un morceau de toile où des poètes accordent leur lyre, affûtent leurs pensées, confrontent leur point de vue, disent leur friction au monde, ancien, présent ou à venir.
À ciel ouvert. Comme les chanteurs de rue qui donnent à la ville anonyme un bout de dimension humaine. On est dans une rue parallèle ; il y a une voûte ancienne, des magasins et des gens qui se pressent et qui vaquent à d’obscures et importantes occupations, alors on ne les voit pas encore mais on entend la mélodie - plus ou moins heureuse il faut bien le dire - de leur art.
On sait qu’ils sont là. L’air en devient tout à coup plus joyeux sur la mélancolie résignée des vieilles pierres.
C’est donc un morceau de cette immense toile et les tisserands de ces contrées-là se font des clins d’œil, s’apprécient ou se conspuent les uns les autres, s’invitent ou s’évitent. Car chacun a bien le droit d’aller et de venir sur ce bout de toile, de s’y promener à sa guise et de jeter un œil sur le travail de sa tisseuse d’araignée de voisine. De dire même ce qu’il en ressent.
Conversations de bon aloi et d’artisans tisserands.
Un bruissement d’ailes cependant leur fait lever la tête, aux tisserands. Une mouche au-dessus d’eux papillonne, butine et gambade d’un fil cousu à l’autre, bourdonne que c’est bien là, que c’est  beau ici, que c’est très bien et que c’est très beau plus loin encore, apprécie la finesse du fil et la qualité du point, s’extasie dans une pirouette en l’air et, quoique chaque tisserand ait pourtant une approche fort différente de son art, apprécie tout dans une égale mesure de jubilation.
Car la Mouche est fédératrice. Elle englobe tout dans une seule façon d’englober et partout laisse l’empreinte élogieuse de son passage. D’une gentillesse exquise, elle distribue à chacun accessits et compliments, d’un frémissement joyeux de ses fines pattes de mouche.
Non. D’un frémissement joyeux de ses pattes de fine mouche, plutôt.

Le chanteur de rue qu’on entend mais à côté duquel on passe sans un regard ni un sourire ni un mot, est un homme, ou  une femme, seul. Qu’on s’arrête à lui, qu’on le félicite un instant pour la dextérité et l’harmonie de ses accords, et il sera soudain aux anges. Qu’il reste accroché trop longtemps à ces anges-là et il ne chantera plus, le chanteur. Ou alors faux car à la recherche d’un autre passant complimenteur.
Qui ne viendra pas parce qu’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre…
Le tisserand de ce coin de toile, avec ses fils régulièrement jetés à la mer océane, succombera t-il, lui aussi, sous le feu nourri de la Mouche bruissant là, bruissant ici, posée là-bas et qui danse de l’un à l’autre, gratifiant chaque artiste d’un prix d’excellence ?
Finira t-il par y croire le tisserand, qu’il est au sommet de son art ? S’endormira t-il ainsi sur des lauriers dont il n’a même pas encore vu les premières germinations ou s’interrogera t-il enfin sur le bien fondé de cette admiration de l’insecte volage ?
On pense pourtant difficilement librement à l’ombre d’un admirateur tant que, dans les cas extrêmes, c’est l’admirateur qui finit par créer la musique.
Pendant que la Mouche danse, le coche et les chevaux s’éreintent.

Et le tisserand sait-il que l’araignée, parfois, est terrassée par la Mouche qu’elle croyait prendre et pour laquelle elle avait tendu, d’une branche incertaine à l’autre, d’une herbe frivole à l’autre, un canevas de fines dentelles qu’arrosait  le premier rayon d’un soleil humide ?

10:36 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.09.2009

Tempête dans un encrier

P9010013.JPGVous en souvient-il ?
Non ? Comme c’est dommage ! Mais encore faut-il que je vous dise de quoi il en retourne, tout de même…
Vous en souvient-il - disais-je - des Sept mains, ce blog collectif initié en février 2009 par Marc Villemain et qui sévit gaillardement jusqu’en juin ?
Il n’existe plus, ce blog,  en tant que tel.
Mais nous sommes quelques-uns et unes à avoir fomenté d’en faire renaître, sinon l’exacte réplique, du moins l’esprit de travail d'écriture sur un même espace.
Nous avons donc laissé passer l’été et son cortège de sacro-saintes flemmardises, nous nous sommes concertés et nous sommes tombés d’accord.
Ce sera donc pour lundi prochain, 14 septembre à 8 heures tapantes.
Ça vous laisse alors une semaine pour prévenir vos amis(es), mettre en lien sur votre propre territoire si vous pensez que ça vaut le coup et, surtout, pour réfléchir sur votre éventuelle participation à cette initiative collégiale.
Car vous verrez….
C’est le  dimanche, nous, qu’on invite les gens à venir s’asseoir à notre table..
Déjà des copains, des plumes sûres, finement aiguisées, ont répondu présent à l’invitation qui leur a été lancée…Feuilly, Solko, Marc, Jean-Claude….


Et c’est ici, que ça se passera…

 

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04.09.2009

Koniec Świata

P9010011.JPGÀ force d’être indisposé par des murmures persistants et aussi mu par une curiosité que je qualifierai volontiers de malsaine, j’ai fini par craquer et, aujourd’hui, j’ai perdu ma matinée à rechercher - bien pire, à lire - ce qu’on pouvait bien dire du 21 décembre 2012, date eschatologique de la fin du monde.
Eh bien, à voir et à entendre tous les fous furieux exposer leurs différentes thèses au service d’une même prédiction délirante, on serait tenté de dire : Enfin ! C’est pas trop tôt !
On se surprendrait même à soupirer que le 21 décembre 2012,  bon sang d'bon sang, c’est décidément bien loin encore !
En fait, braves gens, le monde est fini. Consumé. Un monde qui envisage régulièrement sa fin au travers de fantasmes sanguinolents aussi déroutants plutôt que de sourire à son devenir, est déjà bien mort et enterré.
Car le thème est récurrent. C’est en cela seulement qu’il mérite quand même qu’on y jette un coup d’œil, comme on jetterait un coup d'oeil sur une pustule revenant à intervalles réguliers sur le visage d'un quidam.
La peur de l’inéluctabilité de la mort, poussée à son paroxysme, donne des visions et même, on le sent bien finalement, d’affreux désirs. Une mort collective, incendiaire, apocalyptique, ça doit dédouaner de pas mal de choses. On se sent moins seul et désemparé face à la brutalité de l’échéance finale. Disparaître avec la planète dans un  terrifiant feu d’artifice, le ciel bombardé d’astéroïdes incandescents et les entrailles de la terre vomissant des monstres visqueux, c’est quand même plus glorieux que de mourir seul dans son lit comme un vrai con !
Je ne vois que ça dans cette récurrence. Et ça m'évoque -  sur un tout autre registre quoique dans le même climat psychopathe - Hitler se sachant perdu et éructant qu'il fallait que l'Allemagne entière soit engloutie sous les bombes, brûlée et expédiée en enfer !

Poubelle
hétéroclite non soumise au tri sélectif, ce 21 décembre 2012 recèle tout un tas de références : La Bible, Dieu, la Sibylle de la Rome antique, la Pythie du sanctuaire de Delphes, une grosse planète à la dérive, Nostradamus, le calendrier Maya, le champ magnétique de la terre, de la numérologie, les taches sur le soleil, la profession de ma grand-mère...
J’ai tout de même lu une page qui vaut quelque réflexion. Elle est d’un gars qui est mort. C’est sans doute pour ça. De Camille Flammarion et ce qu’il dit de ce dégoûtant fantasme de la fin du monde est assez éloquent, en partant de la fondation même du christianisme et de son fameux Jugement dernier régulièrement annoncé mais toujours remis, et pour cause, aux calendes grecques.

Voilà, c’est à peu près tout ce que je voulais dire de cet affligeant galimatias et c’était aussi pour éviter, en vertu de la gentillesse qui me caractérise,  que vous vous montriez aussi sots que moi et alliez perdre votre temps dans les tunnels de l’obscurantisme le plus accompli.
Une dernière petite chose quand même…..L’expression « s’en foutre comme de l’an 40 », pourrait provenir - entre autres explications - d'une  prophétie selon laquelle le monde devait exploser à la gueule des humains en 1040, prophétie qui avait provoqué la panique, l’épouvante, la terreur, les crimes et les comportements les plus délirants parmi les populations.

Décidément, la mèche apocalyptique doit être bien humide et les artificiers bien incompétents.
Et  de tout ça, on s’en fout finalement comme de l’an 12 !

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28.08.2009

Regards

.....choisis d'une jeune stagiaire française sur la Pologne de l'est, en novembre 2008

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Biała Podlaska, la poste

 

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Biała Podlaska


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Tempête sur taxis


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Toute de bois coquette

 

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Petit déjeuner polonais


 

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Village


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La Jérusalem de l'Est, étrange lumière..


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Lublin, le château

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La mémoire en émoi

 

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Lac gelé, déjà...


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Pomału...Pomału..(Doucement...Doucement)


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Pierogi



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Signature éphémère

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24.07.2009

Savez-vous qui ?

Vaillant.jpg« C’était un de ses hommes politiques à plusieurs faces, sans convictions, sans grands moyens, sans audace et sans connaissances sérieuses, avocat de province, joli homme de chef-lieu, gardant un équilibre de finaud entre tous les partis extrêmes, sorte de jésuite républicain et de champignon libéral de nature douteuse, comme il en pousse par centaines sur le fumier populaire du suffrage universel.
Son machiavélisme de village le faisait passer pour fort parmi ses collègues, parmi tous les déclassés et les avortés dont on fait des députés...»

Mais qui a bien pu avoir entre les mains une plume assez finement aiguisée pour offrir une vision aussi précise et tellement intemporelle de "la chose politique" ?

Un indice : ça n'est pas lui....


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17.07.2009

La langue et ses hasards

P7170005.JPGNous sommes bien sérieux avec la langue : Grammaire,  étymologie,  histoire des tournures, écriture stylisée, figures de style chères aux métalinguistes, etc.
Comme en toponymie, j'aime cependant me permettre de temps à autres des rapprochements intempestifs et des entorses fantaisistes. Faire parler le réel par-delà "l'établi", le ramener à moi seul, à ma propre histoire, au détriment de la vérité pure. Jouer avec le hasard et la tonalité des mots.

Ainsi en va t-il pour le haricot. Le légume. Pas le vert, le blanc, le flageolet, Rognon d'Oise ou autres Pont l'Abbé. Bref, la mojette, celle que Rabelais, par la voix de Panurge, accuse de rendre le carême encore plus déplaisant.

C'était le plat avec un grand P - si j'ose - de mes étés d'adolescent passés dans les fermes aux divers travaux des champs, pour quelques francs à boire sans retenue au bal du samedi soir suivant.
Quand il n'y avait pas de mojettes au menu, il y avait des pommes de terre. Et vice-versa. Ça limitait considérablement les horizons de l'apprentissage du goût.
Par un doux euphémisme allégorique, le paysan nommait en ricanant le précieux légume " les musiciens", en évocation des flatulences, frappées là-bas comme partout ailleurs d'un fort tabou social, qu'il provoque.
- Tu reprends des musiciens, gamin ?

Or il se trouve qu'en polonais, le facétieux féculent se dit fasola.

Carrément une demi-gamme.

Comme quoi les mots, s'ils restent de la conscience parlée, sont parfois,  avec un peu d'imagination, du pur et plaisant hasard. 

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16.07.2009

Les figures de style d'un exil

P7050023.JPGChacun a son histoire, plus ou moins maîtrisée, mais qui en tout cas fait qu’il est ce qu’il est, agissant en fonction d’elle, pour elle et en même temps qu’elle. Espace restreint de notre liberté ? Vieille controverse byzantine qui se fourvoie à vouloir éclaircir la part de déterminisme qui serait en nous !
Foin de ces spéculations, surtout si ce déterminisme, c’est d'abord nous.

Mon récent retour en France, au bout de plus de deux ans et demi d’absence, a profondément changé mes émotions de l’exil. Ça n’a plus les mêmes couleurs. Elles sont désormais plus contrastées, se détachant plus nettement les unes des autres dans le paysage intérieur.
Un pays, comme un lieu, comme une ville, comme un village, comme un chemin,  ne vaut dans notre mémoire que par ce qu’on y a vécu. S'inscrivent dans notre cerveau les images, douces ou désastreuses, de ce vécu. On dit pour l’exil, fût-il volontaire,  l’appel des racines, l’atavisme de la terre natale. On est là, il me semble, plus sur le champ de l’idéologie cérébrale que sur celui de l’émotion viscérale.
La culture, les us et coutumes ?  Oui, sans doute. Mais la culture et les habitudes, c’est comme les idées : qui n’en change pas n’en a pas. D’autant qu’un exil aujourd’hui supporte mieux l’éloignement culturel grâce à ce subtil cordon qu’est l’internet. Je vis aux frontières orientales de l’Europe mais je lis, je consulte, j’écris, je communique avec mes signifiants culturels. Il en était certes pas de même pour les exilés du début de la première moitié du siècle dernier et, a fortiori, pour ceux d’avant.
Partir, quelle que soit la distance parcourue, c’est donc boucler une valise pleine de vécu, ne plus rien y ajouter, la reléguer au rang de la mémoire, certains effets sur les étagères de la mémoire neutre, en fichiers morts, en lecture seule, d’autres sur les étagères de la mémoire active et capables de susciter sentiments et émotions. C’est là la vraie mémoire, cet oxymore quantique constitué de passé qui se vit au présent.
C’est cette mémoire là que j’utilisais avant, quand je  regardais le pesant soleil disparaître  par-delà les crêtes de la forêt ou sur l’échine de la plaine, très loin. D’où je venais. Ce point cardinal rougissant réveillait en moi les amis, ce que nous avions fait, dit, ri et espéré ensemble.

Mes nostalgies passagères étaient en fait une métonymie, nommant une partie, l’affectivité particulière, par un tout, le pays natal. La France.
Mais l’histoire est intervenue. Tout ce petit peuple de mon cercle libidinal a été défiguré par les trois ans de mon absence. Quand je les ai revus, j’ai revu les fantômes de ma mémoire, les négatifs de la pellicule, les traces de pas qu’ils avaient imprégnées sur notre bout de route commun.

Mais pas eux. Ils avaient disparu. Passons sur les très peu honorables raisons de cette disparition.
Je leur suis cependant redevable de cet incomparable service rendu de ne plus avoir à les regretter. Quelque chose s’est brisé.  Quand je dis «mon pays» les choses sont désormais nettement plus claires. Il est seul concerné. La métonymie s’est effritée, s’est faite simple comparaison. Pas même l'élégance de la métaphore.

Le soleil disparaît tous les jours aux mêmes endroits pourtant et selon la course des mêmes saisons. L’ouest qui incendie les nuages montre maintenant la direction de rumeurs océanes et de marais. Il est une géographie et ce sont mes propres pensées, mes propres solitudes, mon propre vécu, mon histoire et mon cheminement intérieur que me montre la chute du jour. Rien ni personne d’autre ne m’accompagne dans cette réappropriation de l'orientation.
Je suis redevenu entier face à mes  seules décisions. Libre.
L’exil est parfait quand il n’a plus grand chose à regretter des affections humaines.
La Pologne est ma nouvelle métonymie.

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07.07.2009

Quelques mots à propos de Pierre Michon

Solitude.jpgUn homme qui écrit a t-il la prétention, toujours, d’inscrire son nom dans la pierre ?
Je n’en sais rien en vérité. Je pense parfois que oui. Je crois à ce désir-fantasme, avoué ou inavoué, conscient ou occulte.
Immense travail cependant, travail titanesque de l’anti-deuil de soi-même.
Car facile pour chacun d’entre nous d’inscrire son nom sur une feuille de papier ou sur un écran.  Difficulté énorme à vouloir cependant l'orthographier convenablement dans la pierre : il demande alors l’absolue qualité de la calligraphie et l’inébranlable solidité de chaque lettre.
Elle n'est sans doute pas donnée à tout le monde, cette opiniâtreté poétique du sculpteur quand le propos de l’artiste et la précision de son petit coup de marteau puisent à la source même de sa propre vie. Quand la qualité de la pierre, sa docilité ou sa dureté, est imprégnée du sang qui coule dans les veines de l’artiste.
Une chose est certaine pour ma gouverne personnelle : le doute, immense et despotique. Plus je persiste à écrire et plus je doute. Surtout à la relecture. Quand je prends du recul, que j’ai laissé reposer, que je me fais exclusivement lecteur. Extérieur et me dédoublant.
Mais est-il décemment possible  de descendre de vélo pour se regarder pédaler? Je ne vois alors pas grand chose de l’effort, guère de relief venir s'inscrire dans la pierre. Je n’aperçois en tout cas pas ce contraste précieux qui fait qu’une praxis humaine devient une œuvre.
Plus je lis les autres aussi.  Pas les grandes cathédrales. Celles-ci ont le front altier et vierge de toute érosion. Elles ont la fierté des grands voyageurs, la fiabilité des vieux chênes et la
noblesse enjouée du granit. Elles ont bravé le souffle de bien des tempêtes, essuyé bien des coups de butoir et parfois même – comme Villon – des siècles d’ombres silencieuses.
Elles sont bien plus que des œuvres, elles sont des preuves, car passées sous toutes les fourches caudines, soumises à mille feux brûlants et toujours ressorties victorieuses de leurs cendres.
L’écart abyssal qui les sépare de ma propre écriture me les rend inoffensives.  Un moineau ne partage pas exactement les mêmes portions de ciel que l’aigle. Il vole comme lui, avec la même technique, mais très loin en-dessous.
Le doute, il est chez les contemporains. Chez les artistes qui respirent la même époque que moi. Plus je les lis, plus je les aime (pour certains d’entre eux) et plus je mesure, dans ces moments d’incertitude qui peuvent aller jusqu’au découragement, ma vanité à vouloir écrire. Cette vanité est pourtant constitutive, pour une bonne part,  d’une folle entreprise dont je ne pris pourtant pas l’initiative : Exister.

Quand on doute, ça ne peut être évidemment permanent, sans quoi ça ne serait plus du doute mais, au mieux des jérémiades, au pire de la déprime et il faudrait alors changer radicalement son fusil d’épaule.
Car il arrive qu’on rencontre sur ses chemins de lecture, un homme qui vous fait signe, qui semble parler de ce dont vous parlez. Mieux, certes, mais qui dit des choses que vous portez. Qui manie la gouge et le cisèlement avec une telle ampleur qu’il vous semble que c’est ainsi qu’il faut les manier pour tenter d’inscrire dans la pierre son bref passage.
Je parle  de Pierre Michon.
Je  ne l’avais pas rencontré par les Vies minuscules, mais par La Grande Beune, livre admirable, je n’ai pas d’autres mots pour en parler et, cherchant à en utiliser d’autres, j’abîmerais ce que j’en ai ressenti. Livre tout imprégné d’une douce violence, aucun mot superflu, aucun synonyme qui ne soit à son exacte place, aucune virgule qui ne défaille, aucun adjectif superfétatoire, aucune émotion, aucun sentiment qui ne soit planté dans le cœur du lecteur par un seul trait, à peine ébauché, avec la pudeur et la délicatesse de l’honnête homme. De l’art accompli. De ces livres qu’on garde toujours près de soi, en référence.
Vinrent ensuite les Vies minuscules, dont on a à peu près tout dit de ce qu’elles ont ouvert de nouveaux espaces et d’espoirs à la littérature. Après les Vies, difficile de vouloir en effet s’écrire comme avant. Pierre Michon a pour ainsi dire volé au secours de la littérature et lui a sans doute donné la bouteille d’oxygène qui lui manquait pour continuer son ascension vers les sommets.
A trente-neuf ans et après des années d'un travail solitaire, silencieux et profondément réfléchi. Un chef-d'œuvre ne s'improvise pas.

Je lis actuellement – en autres – le livre qu’Agnès Castiglione lui a consacré dans la Collection Auteurs, chez Culturesfrance éditions.
Dans le document audio qui accompagne l’ouvrage, j’entends l’artiste qui parle des lieux des Vies minuscules, dans la Creuse, lieux qu'il est revenu hanter de son écriture, pour les réhabiter,  tuer ses fantômes peut-être, en les faisant revivre mentalement.
« On fait tous un musée de nos… »
ou encore :
« Je devais en finir avec le deuil… Il fallait que je redouble cette perte et que je m’en affranchisse. »
et
« Quand on ne peut s'en sortir de sa famille, de ses fatas, il faut en faire du Sophocle, les mettre sur un théâtre mythologique.»


j'ai cité de mémoire.
Mais quand c’est exactement ce que l'on tente de faire soi-même, l’entendre d’un homme dont l’oeuvre fait école et traversera sans doute les vicissitudes du temps, ça met plein de choses dans la tête et dans le cœur.
Pas l’espoir de réussir, non. Pas du tout, et ça n’est pas primordial. C'est même dérisoire.

Plus glorieux et plus gai que tout ça, c'est le signe qu’on n’est pas seul et qu’on travaille dans le bon sens à sculpter son morceau de pierre pour - par le subtil agencement des lignes, des courbes et des angles - voir apparaître bientôt son archéologie.
Ce que Pierre Michon appelle "la réhabilitation de nos propres vies".

Entendre ou ré-entendre absolument, ici, Pierre Michon, Jean Echenoz, Jean-Baptiste Harang....

Image : Philip Seelen

13:53 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

02.07.2009

Bulletin météo

tarnow00872_v2.jpeg

J’insiste.
Lourdement, c’est le cas de le dire : les cieux sont devenus fous furieux….Peut-être ont-ils en cela décidé d’imiter les hommes.
Si Noël n’est pas blanc et ne croule pas sous sa tunique moelleuse,  on dit que les Polonais ont l’impression que la terre s’est arrêtée de tourner.
Là, au solstice d’été à peine dépassé, aux antipodes exacts du réveillon donc,  ils ont l’impression contraire qu’elle tourne trop vite, qu’elle s’est emballée et que la voûte des cieux, essoufflée, qui ne parvient plus à suivre le mouvement, va bientôt se morceler et s’éparpiller sur nos têtes en mille funestes morceaux.
Dès le matin, grand ciel bleu, chafouin quand même, avec quelques nuages blancs qui moutonnent sur l’horizon, comme des soldats planqués en embuscade et qui attendraient le moment opportun pour se lancer à l’assaut d’un terrain laissé à découvert.
La chaleur cependant monte progressivement, les nues aussi, dans un parfait mouvement d’invasion synchronisée. La fin d’après-midi est alors accablante, les cigogneaux sur les nids ouvrent large leur bec, l’air est immobile, toute l’artillerie est en place là-haut, jaune, grise, flamboyante par endroits, noire comme l’encre en d’autres… et soudain, le champ de bataille, ce chaos, se déchire de toutes parts, dans un vacarme épouvantable.
Hier, la foudre est tombée à vingt mètres, pas plus, de ma maison. Ce fut une lueur démente et un claquement monstrueux de fin du monde. Nous avons sursauté et les vitres ont dangereusement tremblé. Grosse grêle et pluies diluviennes. Je n’avais jamais vu autant d’eau tombée en si peu de temps et avec une telle ponctualité. Chaque jour au rendez-vous, à la demi-heure près.
Protégé par la forêt, qu’ils disaient. Le problème c’est que l’orage, une fois franchies les cimes de ce rideau sylvestre, est comme un cheval fou. Prisonnier de la clairière, il y tourne en rond, de plus en plus hystérique, pétaradant, donnant force ruades, la crinière échevelée, affolé et cherchant désespérément l’issue.

Les champs sont bien sûr inondés et si l’on regarde le paysage dans sa  totalité, si on ne fixe pas son attention que sur ces lacs intempestifs, si on embrasse en même temps, les arbres tout feuillus, l’herbe verte et les fleurs, on se demande bien sur quelle saison on est en train de naviguer. On ne sait plus à quel équinoxe se vouer. Dans les sillons creux, entre les pommes de terre, s'écoulent de petits ruisseaux boueux où des hommes ont….pêché des poissons fourvoyés !
Le soleil tout le jour chauffe à blanc cette eau stagnant sur la prairie, qui macère, qui manque d’oxygène et qui pourrit en dessous.
Les moustiques, vindicatifs à souhait, par milliers s’en donnent partout à dard joie et la campagne sent le mauvais marais. Surtout dès le matin, quand l'air est à nouveau d'une fraîcheur délicieuse et que le champ de bataille est purifié, lavé des furieuses effusions de la veille,  fin prêt pour une nouvelle débauche d'affrontements aux lance-flammes et canons gros calibre.

 

Photo : Marek Raczyński

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30.06.2009

L'écrivain des hautes terres

JLK chargé de bouquins sur le chemin de la Désirade.jpgIl lit.
Il  lit tout.  De Léautaud à Houellebecq en passant par Dostoïevski, Proust, Simenon, Genêt, Balzac, Flaubert, Sagan, Littell, Tolsto
ï, Aragon, Calet, j’en oublie, qu’on me le pardonne, des kyrielles et des kyrielles. Il me faudrait,  pour être juste, y consacrer trois écrans. Au moins.
Insatiable gourmand, il lit.

Mais il referme bientôt le livre, le repousse doucement sur son bureau encombré, pose ses lunettes sur la quatrième de l'ouvrage, avant de relaxer ses yeux d’une lente mais énergique pression des majeurs.
Il reprend les lunettes. Par la grande baie vitrée, il jette alors un œil reposé sur l’éternité bleutée d’une montagne, contemple un instant la cime des pins accrochés à la pente et qui se dandinent sous un souffle invisible de l’équinoxe, hésite un moment encore et, dans un sourire sans doute, nous tend les bras et s’élance à notre rencontre.
Il nous écrit. Il ne veut pas rester seul, garder par-devers lui tout l’enchantement.
Et nous nous rejoignons. Nous traversons le fil de milliers de pages. Des qu’on a lues nous-mêmes, des qu’on n'a pas lues encore, ou qu’on ne voulait pas lire mais qu’on regrette déjà d’avoir boycottées, comme si, mal renseigné, mal aiguillé,  on avait loupé un autobus, une fête, une occasion de se régaler.
Quand je dis, il lit tout, je ne fais nullement dans le quantitatif d’un ermite studieux, préoccupé d’une névrose papyrophage.
Je dis exactement l’inverse.
Je dis que je viens de lire un artiste brillamment libre.
Et c’est cela qui m’a enchanté jusqu’aux délices dans ma lecture des lectures de Jean-Louis Kuffer, Riches Heures, compilation de textes écrits sur son blog et publiés aujourd’hui - illustration magnifique de la modernité incontournable et double de notre activité d'écrivain - aux Èditions l'Âge d'Homme, Collection Poche Suisse.

Cet homme le dit : l’idéologie m’a toujours serré  aux entournures. Son esprit est donc libre du poids des convictions et du conformisme, celui-ci prétendrait-il appartenir au camp de l’anticonformisme.
Et la liberté suppose le courage. Presque l’aveuglement de la volonté innée.
En 1972, époque triomphante des lendemains qui chantent, époque aux drapeaux noirs et rouges plantés sur les certitudes du basculement prochain vers l’Eden d’une société sans classes – le « s » est peut-être superflu -  Jean-Louis Kuffer, jeune homme à la fleur de l’âge, mais jeune homme déjà émancipé des entraves de l’appartenance, rencontre Lucien Rebatet et l’interviewe à propos de « Les Deux
Ètendards », roman paru en 1952 et écrit «chaînes aux pieds».
Au lendemain de sa visite, Jean-Louis Kuffer publie son entrevue, ce  qui « lui valut pas mal d’insultes, de lettres de lecteurs indignés et même une agression physique dans un café lausannois. Bien fait pour celui qui se targuait d’indépendance d’esprit… »
Oui Jean-Louis, parce que les apôtres de la liberté et autres pourfendeurs des aliénations,  les bons quoi, les Jacobins des clubs,  les Robespierre du vrai, n’aiment pas qu’on fasse usage de la liberté autrement que pour  cirer les pompes de leurs généreux idéaux. Ou généraux idéeux, comme on veut.
Les chiens aboient. Certes. Mais la caravane passe tout de même.
J’ai noté  ce passage de  « Riches Heures » parce qu’il est significatif – autant que peut l’être un passage -  de tout ce qui se dégage de la lecture de Jean-Louis Kuffer. Un esprit clair uniquement préoccupé de littérature et d’esprit, donc de vie, et s’exprimant « par-delà le bien et le mal », par-delà l’ombre, fût-elle rafraîchissante et prometteuse, des chapelles.

Et puis, ceux ou celles qui me lisent ici, comme ceux ou celles qui connaissent Chez Bonclou ou Zozo, savent l’importance constitutive des paysages, des horizons, des saisons, des intempéries et des bois et des forêts et des chemins de traverse, sur mon écriture.
En filigrane, par de brèves et précises annotations, j’ai retrouvé cette fibre qui m’est chère chez Jean-Louis Kuffer.
Quand il a posé son livre, défatigué ses yeux, remis ses lunettes, Jean-Louis Kuffer regarde son pays des grands plissements chaotiques. Par ce regard à peine évoqué, il aime profondément sa terre, la terre, et la vie, sa vie, qui s’accroche aux arbres, ses arbres, du parcours, son parcours, de ce côté-ci de l’écorce terrestre :

« Peu importe - dit-il - que je ressuscite avant ou après la mort. Ce qui compte est que le présent que je vis annule la mort. »
Comment ne pas entendre dans cette voix, la voix lointaine d’un frère, l’appel de la forêt des vivants, pour qui tire sur sa chaîne et regarde plus loin que semble porter le regard humain ?

Ceux qui penseraient alors, jaloux, mauvaises langues ou aigris, ou tout ça à la fois, que Redonnet écrit sur le livre de Jean-Louis Kuffer pour renvoyer l’ascenseur, Jean-Louis Kuffer ayant lui-même gratifié son récit «Zozo» d’un très bel article, ceux-là  auront beau tendre l’oreille.
Jamais ils n’entendront cette voix-là.
Ils auront beau insister encore, aplatir leur corps, plaquer un tympan obstiné contre terre, ils n’entendront pas celle-ci non plus :

« Bien plus que la différence, dont on nous rebat les oreilles et qui signifie peu de choses à mes yeux, c’est la ressemblance qui m’importe en cela qu’elle surmonte les particularismes raciaux, sociaux ou sexuels au bénéfice de valeurs plus fondamentales. »

La plume des hautes terres. Oui. Et d’un humanisme plus élevé encore. Jusqu'aux tourbillons de l'espérance.


Jean-Louis KUFFER - Riches Heures (Blog-Notes 2005-2008) - Èditions l'Âge d'Homme - Collection Poche Suisse - Avril 2009 - 276 pages - Illustration couverture : Philip Seelen

Image ci-dessus : Philip Seelen itou

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26.06.2009

Frayeur ancestrale

brule.jpgLes Polonais disent  : duszno !
Moi, ça ne me dit rien, ce duszno …Quand je dis rien, je veux dire rien qui vaille.
Parce que, quand ils disent duszno, c’est en s’épongeant le front perlé de sueur, le cheveu humide rassemblé par mèches, le visage qui luit et en soufflant.
Duszno. Il fait lourd.
Doux euphémisme.  En fait, il fait étouffant.

Hier, le ciel de Varsovie, de la belle et rose Varsovie, bleu, très bleu dès le matin, s’est laissé peu à peu nier par une espèce de couvercle qui aurait été posé à l’envers, un couvercle blanc et gris, de ces couvercles qui, au lieu de tamiser la lumière, se font abat-jour, la multiplient, violente et inquiètante. Jaune glauque, jaune reptile. Et plus le couvercle se referme, plus la marmite en-dessous est en ébullition, 26 degrés, 28, 30 et 31…
Bardzo duszno, très lourd.  Accablant, tranchons le mot !

Alors que je regagnais ma clairière en milieu d'après-midi, le couvercle s'est carrément laissé choir sur le monde. Comme s'il n'en pouvait plus d'être un couvercle en suspension dans les airs. Dix-huit heures et la nuit noire. Une nuit soudain déchirée par les zébrures hallucinantes d’une énergie monstrueuse, une cocotte minute qui explose, fracas démentiel avec des vitres qui tremblent,  des pluies comme des rideaux et qui inondent les routes, les cours, les fossés, un vent qui se tord de douleur,  qui vient de partout à la fois et qui brise les arbres, met à terre les réseaux électriques, se propose d’enlever bientôt le toit des maisons.
Plus de trois heures d’une furie d’encre. Une éternité.

L’orage. Divinité furibonde des cieux surchauffés.
Je n’aime pas l’orage. Ma mère m’a transmis ses épouvantes.
Elle nous emmenait en courant, comme sous un bombardement où chaque enjambée aurait  bien pu être la dernière, chez les voisins. Maintes fois, nous avons fui en un exode désemparé et sous les salves d'un ciel en délire.

Parce que chez les voisins, dans une maison qui n’est pas la vôtre, on n’a pas peur. On écoute à peine les furies du lointain dehors, qui se font quasiment dérisoires.
J’en conclus ce matin, le calme revenu, la campagne ruisselante encore des mille blessures infligées, les branches au sol comme des membres arrachés à la dignité des arbres, les foins coupés baignant dans des mares impromptues, que ce n'est pas pour mais de sa propre vie dont on a peur, sous l’orage.
Peur profonde, atavique, du destin qui frappe et détruit l'embarcation du voyageur solitaire. Peur d'une petitesse sous le feu nourri d'une adversité gigantesque.
Comme si, chez les autres, déjoué par l'haleine tribale, ce même destin ne pouvait, en aucune façon, se montrer cruel et fatal.
Comme si, aussi, ces "autres" étaient forcément à l'abri d'une malédiction dont on serait, isolément et en expiation de je ne sais quel crime, l'élu.


Image : Philip Seelen

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24.06.2009

Le ciel finira bien par nous tomber sur la tête

DSCF2282.JPGLa voûte céleste de la Pologne orientale est comme un miroir de son histoire : tumultueuse.
C’est un champ de bataille où toutes les influences se donnent rendez-vous pour en découdre et tâcher d’imposer chacune son hégémonie. Et comme elles sont vindicatives et de puissance égale, qu’une arrive avant que l’autre n’ait eu le temps de déguerpir, la guerre n’en finit pas. Il y a bien des armistices, certes, mais jamais de traité de paix : l’horizon est toujours incertain.
Ça vient du Nord, de la Baltique, et c’est humide et froid avec du vent qui fait se balancer dans un brouillard les cimes de la forêt. Ça vient du Sud et c’est chaud, mais alors étouffant, pesant, inconfortable, d’énormes nuages noirs lézardés de gris, un ciel lépreux et des orages d’une fureur explosive.
Si c’est l’Est qui l’emporte en hiver, c’est de la glace, de la neige, du mercure déprimé laissant très loin derrière lui le fatidique point zéro. Des hurlements transis. Les Polonais eux-mêmes plaisantent par analogie avec leur histoire : un cadeau des Russes, rigolent-ils. En été, l’Est donnera une chaleur à peu près sereine, un semblant de stabilité. Les Polonais ne parleront  plus dès lors de cadeau des Russes, ils ne diront rien, sauf si ça dure trop longtemps, que ce satané anticyclone de Sibérie provoque la sécheresse et qu’on entend le souffle d’une brise chahuter la maturité trop précoce des blés et des seigles.
Si c’est l’Ouest, c’est n’importe quoi, comme on peut s’en douter. C’est tout à la fois, ça dépend si la masse d’air, pressée, a filé directement de l’océan jusqu’à nous, ou si elle a musardé sur l’Espagne et l’Italie, ou, empruntant la voie du Nord, sur le Danemark et la Suède,  sur n’importe où, ramassant au passage les débris d’autres humeurs climatiques. L’Ouest, c’est la pagaille des indécisions et des atermoiements, le double langage. Ça peut être chaud, mouillé, neigeux, très neigeux même,  ou rien. Que du vent avec du gris et du bleu qui luttent pour imposer de là-haut sa couleur au jour.

Je ne suis pas en train, en dépit des apparences, de vous faire un bulletin météo ou de vous dresser une carte climatique, sujets futiles, ô combien !
Je suis néanmoins convaincu, à tort ou à raison - mais pour moi à raison, puisque j’en suis convaincu - que le temps qu’il fait sur nos têtes (sans clin d’œil facile à mon récent éditeur) est, sinon déterminant, du moins participe pour une bonne part à notre sensibilité, à la qualité de notre humeur, à notre goût de faire ou de ne pas faire. Les climats sont aussi climats intérieurs, ils sont littérature. Ils font partie de nos choix esthétiques et de notre façon de vivre les poésies du monde. Sculpteurs des paysages, ils plantent le décor interactif de nos émotions, de notre réflexion, de nos rêveries des  "maintenant" , des "ailleurs" et des "autrement".  Car nous sommes, jusqu’à plus ample mutation, des êtres essentiellement aérobies ; L’air nous est primordial, constitutif même. Un poisson n’est-il pas différent selon qu’il évolue en eaux douces ou saumâtres,  tropicales ou sous la banquise ?
Il y a un certain pédantisme à vouloir faire fi de la météorologie, le même qui s'évertue à détester le football ou à affirmer qu'on a lu tout Proust. La météorologie n'est que la manière, caractérielle ou sereine selon les latitudes, dont le climat – c’est-à-dire le bocal dans lequel nous tournoyons – aborde le quotidien.
Les pédants résument la météo à leurs congés payés. C’est une autre vision. J’en suis resté, moi,  loin devant : à la météo du laboureur, au Gaulois qui craint que tout ça ne s'écroule un beau jour sur sa tête.

Mais le climat change. On nous en rebat assez les oreilles ! Tellement qu'on finirait par en douter si nous n'avions autour de nous les visages de nos paysages.
Ce mois de juin 2009 Polonais, par exemple, est d’une exceptionnelle morosité. La lumière ne brille que par une désastreuse absence. Pluies, vents, orages, températures tantôt très basses, tantôt très hautes…  La délicate et tendre  camomille a pourri sur pied, les foins sont avariés, perdus. Rien à voir, me dit-on, avec les mois de juin d’antan. Même les hivers, que je trouve pour ma part d’une rigueur légendaire parce que mes fondements ont été creusés sous une autre latitude, sont plus doux, moins neigeux. J’en viendrais presque à m’essuyer le front et à remercier in petto l’effet de serre.
Le climat change, donc, et tout le monde est d'accord. Les points d’achoppement sont d’ordre idéologique : sur les causes. Cycle normal de la boule bleue, bribes de ses conversations avec l’univers, son environnement à elle, et qui nous échapperaient,  ou sales pattes des activités humaines déréglant la machine ronde ?
On voit fleurir depuis vingt ans les grandes réunions, les grandes déclarations  de principe, les ministères à la noix de coco et…jamais de décision. Et pour cause : la seule décision qui vaudrait – si l’homme est responsable de la détérioration de ses conditions de respiration  - serait de mettre fin immédiatement  à toute activité industrielle et de profit.
Ce qui reviendrait, comme dit par ailleurs, à demander à homo sapiens de retourner à la case homo erectus.
Les politiques, de gauche imités par ceux de droite, à moins que ça ne soit l’inverse mais c'est bonnet blanc et blanc bonnet, et même le minuscule prince de la seconde restauration, orléaniste du libéralisme sauvage, sont devenus des développeurs durables convaincus, malheureusement orthographiés en un seul mot...

PB020002.JPGAh, le développement durable ! Cette idéologie conceptuelle et consensuelle qui ménage tellement la chèvre et le choux qu'elle finira bien par asphyxier la bête en laissant pourrir le légume. Le développement durable, ingénieux avatar de l'âne de Buridan !
Quand, dans le début des années soixante-dix, on leur disait que leur vision de la vie des hommes était incompatible avec la santé de la planète, leurs flics nous fichaient anarchistes et nous bouclaient dans des cellules.
Intelligences à puissance de torche : à peine capables d’éclairer plus loin que les doigts de pieds !
Ne nous étonnons pas dès lors, si, suivant d’aussi lumineux timoniers, nous pataugeons le plus souvent dans la gadoue.

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22.06.2009

Quand les heures sont riches

P6200050.JPGIl faisait gris comme si l’été avait changé d’avis et c’était vendredi.
Je venais de regagner ma clairière.
Sur les talus de la forêt, il y avait - il y a toujours d’ailleurs - de grands lupins rose et bleus qui se dandinaient sous le crachin de juin.
Dans ma clairière, je vis d’abord, je lis beaucoup ensuite et, s’il y a des choses qui semblent l’exiger, j’écris aussi. Mais les trois verbes sont indissociables, en fait.
Au programme de ce week-end qui s’annonçait, côté cieux, pas très lumineux, du bois à tronçonner en prévision du rude hiver. Ça me fait parfois sourire : l’hiver, on se projette aux beaux jours, les petites fleurs dont on agrémentera les abords immédiats de la maison, les arbres qu’on a plantés sur le jardin et qui pousseront leurs bourgeons. Puis, le solstice revenu, on a la tête dans l’hiver, prévoir le chauffage, ne pas se laisser encercler, comme l’an passé, par  les moins 25 degrés sans précautions. 
Bref, on est rarement dans le moment, sinon  avec les pieds.
C’est un subtil mélange d‘essences, mon bois. Du bouleau, du pin et de l’aulne. Magnifique bois que cet aulne des forêts humides ! Un bois à la chair délicate et très blanche mais qui prend, au contact de l’air, une teinte magnifique,  orangée, rouge par endroits. Ce qui lui valut, dans les temps anciens où la superstition tenait lieu de poésie, une réputation d’être ensorcelé. Ça me plaît mieux, à moi, qu’une oxydation due à l’air, tellement c’est joli et séducteur, cette couleur soleil couchant, cet avatar de la fibre …Je préfère l’ensorcellement de la matière à ses réactions chimiques.

Avec ce bois, je clôture mon domaine. Bien empilé, il matérialise joliment une limite entre la prairie et ma prairie. Une sorte d’arrogance narquoise de la propriété privée.
C’est à tout cela que je pensais vendredi.
Je ne savais évidemment pas qu’un livre m’attendait. Un livre qui avait escaladé des montagnes, franchi des vallées, survolé des forêts et enjambé des fleuves. C’est qu’il venait de Suisse.
Riches heures. Un beau livre. Plein de choses dedans, de l’émotion personnelle, humaine en force, des pensées plus générales mais précises sur le monde qui nous entoure et que nous entourons. Tout ce qui fait pour qui, pour quoi et comment nous sommes des hommes qui aimons vivre et l’écrivons sans le dire.
Merci Jean- Louis.
Vendredi soir, j’ai remis à plus tard le tronçonnage de mon énergie des jours froids. De toute façon, il pleuvait et l’hiver est encore loin.
J'en reparlerai ici, bien sûr.

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