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        <title>L'exil des mots</title>
        <description>Je n'aime pas ma patrie, mais j'aime beaucoup la France...(Brassens)</description>
        <link>http://lexildesmots.hautetfort.com/</link>
        <lastBuildDate>Fri, 04 Jul 2008 16:23:51 +0200</lastBuildDate>
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                <title>La mémoire et la terre</title>
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                <author>noreply@ (Bertrand REDONNET)</author>
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                                                <pubDate>Fri, 04 Jul 2008 16:23:51 +0200</pubDate>
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                     &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/02/149728552.JPG&quot; id=&quot;media-1107555&quot; alt=&quot;P1280003.JPG&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left&quot; name=&quot;media-1107555&quot; /&gt;Sur le sable, sur la boue ou dans la neige, le marcheur laisse forcément l’empreinte d’un cheminement.&lt;br /&gt; C’est son second voyage, celui de la mémoire.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; Moi,&amp;nbsp; je suis un randonneur fatigué.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; Alors, je me retourne.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;La longue sinuosité de mes pas se perd dans une nébuleuse, derrière des rideaux de forêts.&lt;br /&gt; Je suis sorti de ces antiques futaies, tout là-bas. Je le sais bien. Comme d’une forêt hercynienne et devant le sol est vierge.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;J’ignore quels seront les dessins que mes souliers vont y inscrire.&lt;br /&gt; Mais je sais bien où ils vont. Je sais bien le projet accablant de mes pas. Je ne sais pas leur nombre.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Je vais peut être ralentir et penser à ces traces de pas, tendre l’oreille pour écouter comment elles vivent leur vie de traces de pas.&lt;br /&gt; Mais la plaine semble effrayante.&amp;nbsp; Balayée par les vents, on dirait qu’elle s’enfonce dans la terre, là-bas, qu’elle veut l’étreindre, s’y confondre et s’y perdre.&lt;br /&gt; Elle courbe l’échine, vaincue par l’horizon.&lt;br /&gt; Le courage m’abandonne, je le sens bien.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Je vais renoncer et remonter jusqu’aux forêts, derrière. Je vais marcher là où j’ai déjà marché pour arriver jusqu’à cette fatigue et jusqu’à cette peur.&lt;br /&gt; Mais, volontaire, j’abîme le contour des pas anciens. Dans ce sens là, je ne sais pas marcher avec aisance et naturel. Aller jusqu’au bout de ce muet sentier, c’est trébucher à coup sûr. Tomber peut-être.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;On ne descend pas de cheval pour se regarder monter.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; Et il n’y a que fantômes au bord de ces signatures qui ricanent de ma vaine aventure à vouloir les faire vivre deux fois. Parce qu’ils sont des fantômes, ils ne comprennent pas que c’est moi qui veux vivre deux fois.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Si j’avais su tout cela, si j’avais su la mélancolie de ce désespoir des étoiles, j’aurais tourné en rond. A un certain moment, forcément, je me serais revu, je me serais fait un signe de la main, je me serais salué, tout en continuant d’accomplir mon destin de marcheur vers cette échine,&amp;nbsp; là où l’horizon et la terre s’embrassent.&lt;br /&gt; Ces pas sont ma consternation. Ils n’ont rien résolu des fondements du voyage. Ils ne savent parler que morts.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Comme eux redoutable tautologie, le bonheur illusoire est dans la relecture de ces épitaphes à la rencontre desquelles je m’efforce désespérément d’aller, pour occulter la plaine.&lt;br /&gt; C’est une mémoire qui sert à oublier.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; 
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                <title>La douane et le lettré</title>
                <link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2007/07/03/la-douane-et-le-lettre.html</link>
                <author>noreply@ (Bertrand REDONNET)</author>
                                                <category>Acompte d'auteur</category>
                                                <pubDate>Tue, 01 Jul 2008 13:24:38 +0200</pubDate>
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                     &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/02/247670756.JPG&quot; id=&quot;media-1101975&quot; alt=&quot;P5310020.JPG&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left&quot; name=&quot;media-1101975&quot; /&gt;C’est une étrange impression que d’enseigner à l’autre, l’étranger, la conversation française.&lt;br /&gt; Surtout si c’est toi l’étranger.&lt;br /&gt; On s’y perd et c’est tant mieux. Parce que rien n’a jamais été sans doute aussi stupide que le concept d’étranger. C’est un concept ignorant de la dialectique, à tel point que&amp;nbsp; l’étranger, c’est toujours l’autre.&lt;br /&gt; Cette impression, donc, de sortir de toi. Comme si tu te regardais voir.&lt;br /&gt; Tu dessines le monde avec un crayon difficile et qui t’est pourtant aussi naturel que l’odorat, l’ouie ou la vue. Tu ne croyais pas détenir tant de savoir parler.&lt;br /&gt; Et l’élève te regarde. Admiratif, il dit que c’est beau, le sourcil cependant froncé par l’effort pour tenter de capter cette cascade bouillonnante qui sort de ta bouche, trop vite, trop vrai. Il faut alors prendre le temps de la faire s’écouler,&amp;nbsp; la faire extérieure à toi.&lt;br /&gt; En fait, tu asperges l’élève du lait dont tu as été nourri, et c’est là l’essence même de ton art. Ton talent, c’est un berceau, une voix lactée.&lt;br /&gt; Alors tu l’invites à boire avec toi ce lait. Qu’il raconte une histoire avec les mots de ta mère. L’aventure est risquée. Il lui faut s’extirper de lui. Se faire orphelin de la sienne.&lt;br /&gt; «&amp;nbsp;J’ai été en frontière rrrousse avec Pologne alentour quinze années passées…A Kaliningrad. Oui&amp;nbsp;? Bon.&amp;nbsp; J’avais revenou de voyager à Saint Petersbourg…» Mais les mots se cherchent et les conjugaisons trébuchent. Tu le corriges, bien sûr. Mais doucement, pas tout à fait,&amp;nbsp; juste un peu,&amp;nbsp; pour ne pas troubler l’accouchement qui s’opère et ne pas altérer ce plaisir évident qu’il a de jouer les premières gammes de cette musique baroque. Il chante une histoire et, avec tes mots atrophiés, il te la donne.&lt;br /&gt; Toi le prof, tu te fais soudain indulgent avec la grammaire, pardonnes les glissements de sens, laisses passer les synonymes intempestifs et les homonymies douteuses, ne relèves pas les pataquès.&lt;br /&gt; Et l’histoire se sculpte. Devant toi, l’homme construit un château. Un château qui branle, certes,&amp;nbsp; mais un château quand même, un château que tu vois, que tu entends, que tu comprends et, même, ô bonheur, que tu aimes.&lt;br /&gt; Ta&amp;nbsp; langue, tes mots, sont à lui.&lt;br /&gt; Incorrigible natif, tu as rebâti cependant le château dans ta tête, au fur et à mesure qu’il l’élevait, pierre après pierre&amp;nbsp;:&lt;br /&gt; «&amp;nbsp;Il y a une quinzaine d’années environ,&amp;nbsp; je revenais d’un voyage à Saint-Pétersbourg, par Kaliningrad à la frontière russo-polonaise. C’était juste après la chute du mur, en 1990, je crois. Saint-Pétersbourg est une ville magnifique, une ville de rêveur, sillonnée par les eaux. Une sorte de Venise russe.&lt;br /&gt; J’avais fait le tour des librairies. Elles n’étaient hélas plus qu’un grotesque déballage de livres de science fiction américaine et de lamentables romans anglo-saxons à gros tirages. J’ai regardé, curieux et déçu.&lt;br /&gt; J’attendais autre chose des vents de&amp;nbsp; l’Ouest.&lt;br /&gt; Le prix était aussi trop élevé pour moi. Beaucoup de roubles pour un seul de ces bouquins et je n’avais pas beaucoup d’argent. Alors, j’ai musardé parmi les rayons obscurs de l’arrière boutique et là j’ai découvert, abandonnés, mis au rebut, de vrais livres, Dostoïevski, Tolstoï, Tourgueniev, Tchekhov. De vieux livres méprisés, abandonnés dans leur pousssière. J’ai pu en remplir un plein sac à dos tant ils étaient bradés.&lt;br /&gt; A la frontière, les douaniers étaient vigilants et&amp;nbsp; fort soupçonneux de tout. Devant moi, ils ont arrêté un homme qui portait un sac semblable au mien. Ils ont ouvert ce sac qui s’est avéré receler beaucoup de vodka et de cigarettes.&lt;br /&gt; J’observais leur manège. L’un d’eux surtout avait un comportement étrange, poussant du coude le contrevenant, plaisantant avec lui, goguenard.&lt;br /&gt; En fait, il traitait une affaire. Quand il fut subrepticement payé en tabac et en alcool,&amp;nbsp; le voyageur put enfin rentrer sans plus d’encombres en Pologne.&lt;br /&gt; Vint mon tour.&lt;br /&gt; Le fonctionnaire déjà se délectait à la vue de mon sac à dos aux coutures martyrisées, aux lanières douloureusement bandées par la surcharge. Et puis, il y avait ma gueule, cheveux longs, barbue. Une sale gueule de fumeur et de buveur.&lt;br /&gt; La stupéfaction et le désappointement furent tels qu’il recula d’un pas et montra du doigt, révulsé,&amp;nbsp; demandant ce que c’était que ça.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;Je dis des livres.&lt;br /&gt; Des livres&amp;nbsp;! Pour quoi faire&amp;nbsp;?&lt;br /&gt; Pour lire, enfin.&lt;br /&gt; Lire&amp;nbsp;? Pour quoi&amp;nbsp;faire? Qu’est-ce que c’est&amp;nbsp;exactement ?&lt;br /&gt; Les frères Karamazov, Anna Karénine, La Mouette, Raskalnikov et autres récits d’un chasseur….&lt;br /&gt; Rien à&amp;nbsp; fumer là-dedans. Rien à boire non plus. Que de l’ésotérique.&lt;br /&gt; La colère avait succédé à l’étonnement. La vindicative botte du fonctionnaire dépité maltraita les livres. Il me fit violemment signe de déguerpir avec ma poubelle et sa bouche n’était plus qu’insultes et mépris.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Epuisé, l’homme te regarde. Il voit que tu as compris son aventure. Alors il exulte. Il sait parler.&lt;br /&gt; Sans appeler le conditionnel passé deuxième forme à son secours, l’élève vient de te raconter l’universalité de la connerie humaine.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;br /&gt;&lt;/div&gt; 
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                <title>A Phillippe de Jonckheere,</title>
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                <author>noreply@ (Bertrand REDONNET)</author>
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                                                <pubDate>Fri, 27 Jun 2008 10:08:32 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;img src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/02/00/796864130.JPG&quot; id=&quot;media-1095793&quot; alt=&quot;P6140031.JPG&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left&quot; name=&quot;media-1095793&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; Ces strophes et nous regrettons bien que son voleur n'ait pas eu la classe du cambrioleur de Brassens :&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&quot; Prince des monte-en l'air et de la cambriole,&lt;br /&gt; Toi, qui eus le bon goût de choisir mon &lt;a href=&quot;http://www.desordre.net/blog/blog.php3&quot;&gt;wagon&lt;/a&gt;,&lt;br /&gt; Cependant que je colportais mes gaudrioles,&lt;br /&gt; En ton honneur j'ai composé cette chanson.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Sache que j'apprécie à sa valeur le geste&lt;br /&gt; Qui te fit bien fermer la porte en repartant&lt;br /&gt; De peur que des rôdeurs n'emportassent le reste,&lt;br /&gt; Les voleurs comme il faut, c'est rare de ce temps.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Tu ne m'as dérobé que le strict nécessaire,&lt;br /&gt; Délaissant, dédaigneux, l'exécrable portrait&lt;br /&gt; Que l'on m'avait offert pour mon anniversaire&lt;br /&gt; Quel bon critique d'art, mon salaud, tu ferais.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;b&gt;Autre signe indiquant toute absence de tare,&lt;br /&gt; Respectueux du brave travailleur, tu n'as&lt;br /&gt; Pas cru décent de me priver de ma guitare,&lt;br /&gt; Solidarité sainte de l'artisanat.&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Pour toutes ces raisons, vois-tu, je te pardonne,&lt;br /&gt; Sans arrière pensée,&lt;br /&gt; Après mûr examen&lt;br /&gt; Ce que tu m'as volé, mon vieux, je te le donne,&lt;br /&gt; Ca pouvait pas tomber en de meilleures mains. &quot;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; A partir de &lt;a href=&quot;http://tierslivre.net/spip/spip.php?article1328&quot;&gt;là&lt;/a&gt;, belle illustration de l'amitié qui anime le Net littéraire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <guid isPermaLink="true">http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2008/06/26/livres-guitare-et-incident-de-parcours.html</guid>
                <title>Livres, guitare et incident de parcours</title>
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                <author>noreply@ (Bertrand REDONNET)</author>
                                                <category>Acompte d'auteur</category>
                                                <pubDate>Thu, 26 Jun 2008 15:16:51 +0200</pubDate>
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                     &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;On ne le découvre bien souvent qu’après coup, au bout du voyage, un soir de désoeuvrement, devant sa bibliothèque où l’on fouine pour prendre un livre indéfini : Il en est qu’on trimballe partout avec soi.&lt;br /&gt; Des livres qui sont plus gros que les autres parce qu’en plus de leur texte propre, ils contiennent aussi les étapes de votre histoire. Quand vous les prenez dans les mains, sans même les ouvrir, ils racontent.&lt;br /&gt; J’en possède quelques-uns comme ça. Deux surtout, du même auteur et qui occupent le&amp;nbsp; dessus du panier. De vieux livres. Des 10/18.&lt;br /&gt; Je les avais à Poitiers, je les avais à Toulouse, je les avais à Paris, je les avais en Allemagne, je les ai eus les vingt cinq ans que je suis resté en Charente-maritime, je les ai emmenés avec moi en Pologne.&lt;br /&gt; Georges Darien. &lt;i&gt;L’épaulette&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le voleur&lt;/i&gt;, avec une grande préférence pour le premier. Un chef-d’œuvre qu’en ces matins de peste brunâtre, on devrait relire comme une piqûre de rappel.&lt;br /&gt; Il en est bien d’autres encore qui ont pris la clef des champs chaque fois que j'ai hissé les voiles ou qui m’ont rejoint plus tard, levant les bras au ciel comme des orphelins laissés un instant au bord de la route, des qui me collent aux basques&amp;nbsp;: des Maupassant, des Dostoïevski, des Villon, Baudelaire et Rimbaud dans la Pléiade, des Céline, des Vaillant.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;De ce dernier, j’ai tout de même fini par perdre le meilleur, &lt;i&gt;Les Mauvais coups&lt;/i&gt;, avec sa couverture de poche écornée, pleine de chiures de mouches et Milan traînant derrière lui le grand corbeau tué dans les vignes.&lt;br /&gt; Il me manque, celui-là. Rarement un livre ne m'avait autant secoué.&lt;br /&gt; Sont-ce des miroirs, ces livres ? Ils sont noyés parmi les autres, ils peuvent se taire des années, fondus dans le décor des étagères.&lt;br /&gt; Mais à la moindre velléité de tremblement du bateau, ils sautent d’eux-mêmes dans une valise. Comme des chats.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; Je ne parle pas des livres- partitions de Brassens. Eux, ils sont vieux comme mes matins d’adolescent,&amp;nbsp; ils ont voyagé par tous les temps, en tous les lieux, même très brefs,&amp;nbsp; aussi fidèles que l’air qu’on respire.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; La guitare, c’est plus une protubérance organique qu’un objet. Ma Takamine a fait six fois le trajet aller/retour Paris-Varsovie dans une soute de bus.&lt;br /&gt; Une mutante aussi.&lt;br /&gt; De ma première, un dinosaure de trois kilos, fossile endormi, rétif à faire vibrer et fabriqué par un frère, jusqu’à mon actuelle en passant par bien d’autres, des bonnes et des moins bonnes, partout l’instrument s’est promené de mes promenades.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; Des fois, c’était pas nécessaire du tout. Voire pas recommandé.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Comme dans ce wagon-lit d’un train de nuit qui filait de Paris à Copenhague.&lt;br /&gt; La couchette au-dessus de moi était libre au départ de la gare du nord. Une aubaine. J’y mis mon Epiphone, hors de sa housse et bien à son aise sur les oreillers.&lt;br /&gt; Il advint cependant qu’en gare de Cologne une belle, grande et blonde dame réclamât dans un anglais que je compris aussitôt puisqu'aussi approximatif que le mien, la couche molle qu’elle avait préalablement louée.&lt;br /&gt; Norvégienne et artiste peintre de son état, elle était empêtrée dans des toiles, des dessins, des tableaux et un chevalet&amp;nbsp; qu’elle portait&amp;nbsp; sous les bras.&lt;br /&gt; Je l’aidai à grimper tout ça là-haut, virai ma guitare et, ce faisant, maladroit malotru, transperçai de part en part la plus grande de ses toiles avec le manche de l’Epiphone.&lt;br /&gt; Ce ne fut plus dans le petit dortoir assoupi que cris et lamentations haut perchés de l’artiste en crise tandis que je&amp;nbsp; me confondais en excuses aussi plates que vaines.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;En anglais, c’est facile, il n’y a qu’à répéter comme un triple idiot&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Sorry, sorry, sorry&lt;/i&gt;...&lt;br /&gt; Les six couchettes étaient cependant en émoi, celle-ci goguenarde, celle-la joliment offusquée, cette autre encore froidement compatissante.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; J’accusais, moi, l’étroitesse de ces wagons-lits, le rapport frelaté qualité-prix, le stalinisme des moyens de transport, mauvaise foi qui ajoutait encore à la confusion bruyante des sentiments contradictoires.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;br /&gt;&lt;/div&gt; 
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