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<title>L'EXIL DES MOTS</title>
<description>Le sage sait trop que l'opprimé qui se plaint aspire à devenir oppresseur. - Han Ryner -</description>
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<lastBuildDate>Mon, 20 May 2013 15:16:03 +0200</lastBuildDate>
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<title>Un p'tit malin de la mondialisation</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/05/19/p-tit-malin-de-la-mondialisation.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Mon, 20 May 2013 08:55:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4107650&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/02/00/1595387445.jpg&quot; alt=&quot;travail1.jpg&quot; width=&quot;228&quot; height=&quot;296&quot; /&gt;Le monde en a plein la bouche, de sa mondialisation. On se goinfre à qui mieux mieux de globalité, circulation de capitaux, délocalisations intempestives, trafics de savoir-faire, «virtualisation» des banques et des monnaies et tutti quanti. L’ère exclusivement financière du capitalisme, caractérisée par l'économie au service de la seule puissance bancaire, a donc réussi à faire sauter tous les vieux verrous et la planète sous sa houlette est un pays unique. Elle a détourné ainsi à son seul&amp;nbsp; profit le vieux et naïf slogan des adolescents pubères et beatniks que nous étions peu ou prou et selon lequel &lt;em&gt;les hommes sont tous des frères, plus de frontières&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Ce qui signifie aujourd’hui, bien évidemment, qu’où que vous soyez et qui que vous soyez vous êtes taillable et corvéable à merci aux yeux d'intérêts fumeux situés aux antipodes, de l’autre côté de la machine ronde, et dont vous n’avez seulement jamais entendu parler. Un gars qui gagne sa survie en enfonçant des pointes sur un chantier ou en réparant des mobylettes dans un paisible village des Ardennes ou de Corrèze, par exemple, peut très bien se retrouver du jour au lendemain à la rue parce qu’une banque de Californie ou de Zanzibar a fait de mauvaises opérations boursières et change brutalement de stratégie. C’est aussi con que ça. L’ennemi est devenu imbattable, puisque invisible, inconnu, hydre aux multiples têtes.&lt;br /&gt;Mais est-ce vraiment nouveau ? Qu'on se souvienne seulement des &lt;em&gt;Raisins de la colère &lt;/em&gt;où les expropriés, forcés de fuir en Californie, ne trouvent pas d'interlocuteurs responsables de leurs maux. On leur répond, &lt;em&gt;la banque, la banque&lt;/em&gt;...&lt;br /&gt;Je me garderai donc de dire si tout cela est triste, si c’est moral, si c’est pernicieux ou si c'est ceci ou cela. Là n’est pas mon propos. Que ce système ne me plaise pas est cependant à mes yeux une raison suffisante pour affirmer qu'il est mauvais, sans avoir à en décortiquer les perversions. &lt;br /&gt;En revanche, je voudrais bien illustrer par un fait divers qui m’a fait rire aux éclats combien le susdit système, ce filet jeté par-dessus la tête de tous les hommes et qui les mange à la même sauce, a des failles qu'une intelligence subversive peut exploiter, en trouvant la maille où s’engouffrer et en détournant ainsi cette organisation mondiale, parachevée par internet, pour se la couler douce et vivre bien sa vie.&lt;br /&gt;Ce qui, à mon sens, est fort louable et mérite estime et considération.&lt;br /&gt;Mais oyez plutôt&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Un informaticien américain ayant en charge d’établir des programmes, boulot spécialisé et ardu s’il en est, était salarié d’une entreprise qui le rémunérait à hauteur de 250&amp;nbsp;000 dollars par an. Pas mal, n’est-ce pas&amp;nbsp;? Le gars donnait entière satisfaction, était merveilleusement noté par sa hiérarchie, congratulé et à tous les étages respecté pour son sérieux, ses initiatives et son talent. Jusqu’à ce que -&amp;nbsp; je ne sais comment, peut-être par l’intermédiaire d’un bon collègue, jaloux et mouchard - on découvre avec stupéfaction qu’il passait ses journées sur Facebook ou twitter, jouait aux cartes, faisait ses courses, écrivait à ses amis, et, passionné de chats, regardait des films à longueur de journée sur ces animaux ! L’affaire ébruitée posa évidemment question et on découvrit alors sur un disque externe que le futé informaticien faisait faire tous ses programmes par des Chinois, non moins doués que lui, et qu’il les rémunérait pour un cinquième de son salaire&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Qu’advint-il&amp;nbsp;? Le gars a été bien sûr viré. Et moi je dis qu’il a été viré par excès d’allégeance au système, c’est-à-dire qu’il a démontré que la mondialisation, c’est bien, c’est beau, c’est magnifique, mais à la condition expresse qu’elle ne rapporte qu’aux détenteurs de capitaux et non pas aux vils prolos.&lt;br /&gt;Car enfin, de quoi se plaint-elle, cette entreprise, sinon qu’un de ses prisonniers a osé regarder par la lucarne et a pris un bon bol d’air&amp;nbsp;? Les programmes étaient bien faits, performants, le gars honorait donc les termes exacts de son contrat de travail. Ce qu’on lui reproche, en fait, c’est d’avoir honoré le susdit contrat, mais pas à la sueur de son propre front.&lt;br /&gt;Comme quoi le travail, c’est d’abord punitif et comme quoi un travail sans souffrances, ce n’est pas un travail mais de l’escroquerie. &lt;br /&gt;Normal, vu l’étymologie même du mot. &lt;br /&gt;D’ailleurs, l’entreprise a certainement retenu l’adresse des Chinois. Ayant viré son malin salarié, elle traite sans doute directement avec eux et, pour les mêmes services, débourse désormais 50 000 dollars au lieu de 250&amp;nbsp;000…&lt;br /&gt;Hé bien moi, je trouve que, ce gars, il devrait recevoir deux médailles rutilantes : une pour service rendu au capital financier, l'autre pour avoir dévoilé le véritable visage du travail salarié.&lt;br /&gt;CQFD&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>La mémoire des fusils</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/05/17/la-memoire-des-fusils.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Fri, 17 May 2013 11:55:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4105382&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/01/02/969645641.JPG&quot; alt=&quot;littérature&quot; width=&quot;321&quot; height=&quot;214&quot; /&gt;Sur la frontière, à cet endroit situé à une vingtaine de kilomètres de chez moi, un petit sentier descend d’abrupte façon jusqu’aux rives herbeuses du Bug. Il y a là un large méandre où bataillent des tourbillons.&lt;br /&gt;De l’autre côté, la Biélorussie veille à ce que l’Europe libérale ne vienne pas pervertir de ses souffles pseudo-démocratiques son flegme totalitaire.&lt;br /&gt;Sur la frontière, à cet endroit, il y a aussi une église toute blanche, ceinte d’un petit parc où murmurent au vent des arbres vénérables. C’est un sanctuaire et c’est un village nommé Pratulin.&lt;br /&gt;Un lieu où la tranquillité bucolique ombrage des ruisseaux ensanglantés.&lt;br /&gt; Rendre mémoire à ceux que les tumultes ont criblés de balles, ici à bout portant, c’est d’abord comprendre comment et pourquoi ces tumultes et ces massacres s’inscrivent dans l’histoire du monde. Comment comprendre en effet, pour prendre l’exemple le plus funeste, l’Holocauste, &amp;nbsp;si l’on ne sait pas la guerre de 14-18, le traité de Versailles, la crise du capitalisme américain ruinant l’Europe de 1929, l’organisation financière du monde au début des années 30 et si l’on ne retient, pour déterminante qu’elle fût, que la folie névrotique d’Adolph Hitler&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Ici, donc, pour comprendre le sang versé, il faut remonter très loin, jusqu’à la sécession de l’empire latin et la fondation de l’empire d’Orient par Constantin, hors de la zone d’influence de la langue latine et du siège apostolique de Rome.&lt;br /&gt;Les religions ne créent pas la géographie humaine, contrairement à ce qu’une idée répandue voudrait nous enseigner quand elle nous affirme qu’une certaine homogénéité de la culture et des traditions européennes nous viendrait de la chrétienté. C’est vrai mais c’est surtout prendre les causes pour les conséquences et inversement car les religions installent leurs zones d’influence et colonisent les cultures et les arts sur des terrains que la politique - au sens très large - a préparés et fondés. Ainsi, la création de l’église orthodoxe, identifiée au monde byzantin - ce qu’on appelle le schisme de 1504 - n’eut-elle d’autres raisons que d’affirmer et de structurer économiquement et politiquement l’indépendance des contrées orientales vis-à vis de Rome et de l'Occident en général.&lt;br /&gt;La différence entre l’orthodoxie et le catholicisme réside principalement &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;dans la liturgie, elle-même dictée par des interprétations quelque peu divergentes du dogme, mais ces différences ne furent point des causes, mais des prétextes. C’est-à-dire des justifications &lt;em&gt;a posteriori&lt;/em&gt; d’une organisation déjà établie du monde.&lt;br /&gt;Mais, dans toute sécession, dans toute séparation, dans tout divorce, il y a une zone-tampon. Et cette zone-tampon se situe précisément là, sur les rives du Bug, de part et d’autre, car aussi bien en Pologne qu’en Ukraine et qu’en Biélorussie.&lt;br /&gt; Il y avait donc là ce que j’appelle &lt;em&gt;des croyants riverains&lt;/em&gt; de l’une et l’autre des deux églises. Ainsi est née en 1566 une troisième église, dite église uniate, qui, voulant par nécessité ménager la chèvre et le chou - qu’on me passe l’expression - fit allégeance à Rome tout en conservant la liturgie orthodoxe.&lt;br /&gt;Et il arriva immanquablement ce qui arrive toujours dans ces cas de mixité idéologique, qu’elle ne fut pratiquement admise par personne, fut littéralement massacrée, s’attira la haine des Tsars et fut la cible d’une répression brutale et criminelle, en particulier sous Catherine II et même jusqu’au dernier Tsar, Nicolas II.&lt;br /&gt;Le sanctuaire de Pratulin entretient ainsi la mémoire du massacre du 24 janvier 1873. Quelques jours auparavant, le curé uniate, Jan Kurmanowicz, fut renvoyé par les autorités russes et &lt;em&gt;manu militari&lt;/em&gt; prié de ne plus officier. Refusant d’abjurer leur foi - je dirais plutôt leur choix - les paroissiens refusèrent alors de pénétrer dans l’église orthodoxe et se rassemblèrent sur le parvis. L’armée russe intervint aussitôt et les massacra, à genoux qu’ils étaient alors.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’athée anticlérical que je suis n’éprouve absolument aucune gêne ni contradiction intellectuelles à s’être rendu sur les lieux du crime pour mémoire car, pour lui, aucune idéologie au monde ne peut justifier qu’une armée crible de balles des villageois désarmés. Aucune vie ne mérite d’être ôtée parce qu’elle refuse de se soumettre à telle ou telle autorité. Que ces gens aient été des chrétiens, m’importe peu&amp;nbsp;: ils étaient, avant toute autre chose, précisémment &lt;em&gt;des gens.&lt;/em&gt; Des frères humains.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;img id=&quot;media-4105383&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/02/01/2121000089.JPG&quot; alt=&quot;littérature&quot; width=&quot;281&quot; height=&quot;186&quot; /&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Aucune idée sur terre n’est digne d’un trépas&lt;/span&gt;, &lt;/em&gt;chante Brassens. Mais c’est à un autre couplet du poète que j’ai pensé à Pratulin en apercevant soudain, derrière l’église, un peu à l’écart, un autre monument qui, surmonté de la célèbre étoile rouge, détonait fortement en ces lieux :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: small;&quot;&gt;&lt;em&gt;Mourir pour des idées, c´est bien beau, &amp;nbsp;mais lesquelles?&lt;br /&gt;Et comme toutes sont entre elles ressemblantes&lt;br /&gt;Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau&lt;br /&gt;Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;/em&gt;Là, en 1944, fut massacrée par les Nazis toute une escouade de soldats soviétiques.&lt;br /&gt;Comme quoi ni les crimes ni les monuments qui les rappellent à notre mémoire n’ont d’odeur que celle des fusils et du sang.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Illustration 1 :&lt;/strong&gt; Photo prise&amp;nbsp; à Pratulin d'un tableau représentant le massacre de janvier 1793&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Illustration 2 : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;Monument de Pratulin dédié aux soldats de l'Armée rouge&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Curriculum</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/05/16/curriculum.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Thu, 16 May 2013 10:44:27 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4103665&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/00/1292522797.jpg&quot; alt=&quot;littérature&quot; width=&quot;231&quot; height=&quot;308&quot; /&gt;Quand, au hasard des conversations, j’étais parfois amené, pour d’insignifiantes raisons, pour un détail, pour donner une précision, pour évoquer &amp;nbsp;un souvenir, à faire allusion à tel ou tel travail que j’avais pu pratiquer, les gens souriaient et me demandaient, un brin narquois et même compatissants, quel âge avais-je donc et combien avais-je eu de vies !&lt;br /&gt;L’ensachage de la poudre de lait en usine, le travail de nuit, du dimanche, les prolos, leur mentalité, les trois-huit&amp;nbsp;? Je connais, je connais, j’ai fait ça…. Pompiste du temps où il n’y avait pas de libre-service&amp;nbsp;? Oui, oui, me souviens très bien. C’était marrant. De jour comme de nuit. Ouvrier agricole&amp;nbsp;? Oui, c’était dur, je connais bien, les journées sont longues, harassantes, j’ai fait ça. L’éducation nationale, les profs, les collèges&amp;nbsp;? Oui, oui, je sais, je fus pion d’internat, pion d’externat, longtemps en lycée technique, puis maître auxiliaire dans un collège. Les photos aériennes&amp;nbsp;? Ah oui, ça, je connais bien, j’ai fait, me souviens bien. C’était ridicule comme les gens étaient fiers de leur bicoque vue du ciel&amp;nbsp;! Parfois, si le cliché était raté, on ne voyait que les tuiles, mais le gars était quand même content de voir son espace vital depuis les nuages. Ça lui donnait de la hauteur&amp;nbsp;! Surtout sur l’île d’Oléron. J’avais d’ailleurs inventé un slogan rigolo&amp;nbsp;: &lt;em&gt;survolez votre vie quotidienne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;! Marchand de tableaux&amp;nbsp;? Ah, ça, c’était cocasse&amp;nbsp;! En Allemagne, oui, j’ai fait. Un bon boulot, chiant mais de la thune dans les poches, vu que le mark valait trois fois plus que le franc&amp;nbsp;! La forêt, le meilleur bois de chauffage, les coupes franches, la replantation d’essences nouvelles&amp;nbsp;? Pendant plus de dix ans, oui, oui. J’aimais beaucoup. Dur mais plaisant. La communication dans les administrations&amp;nbsp;? Ah, mon pauvre monsieur, m’en parlez pas&amp;nbsp;! J’ai fait ça aussi… Là, ce n’était pas dur mais déplaisant. Et puis, je fais l’impasse - on va pas y passer la nuit- &amp;nbsp;sur les vendanges, la cueillette du tabac, des pommes, des framboises, et sur, aussi, la vente de produits cosmétiques au porte-à-porte, et puis, tenez, correcteur pigiste pendant six mois, et même, gardien de parking. Gardien de parking, quelle idée&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Alors, avec tout ça, on se demande, quand je raconte aujourd’hui, comme je le fais, là, si j’ai eu le temps de m’amuser, n’est-ce pas&amp;nbsp;? Et je réponds que, justement, c’est bien parce que je n’ai toujours eu dans la tête que l’idée de m’amuser que j’ai fait tant de boulots. Un gars qui a perdu l’enthousiasme veut de la stabilité, il veut être coupé en deux morceaux bien distincts&amp;nbsp;: être celui qui vit, qui a des envies, des désirs, avouables ou inavouables, et l’autre, celui qui a un statut social, un métier, un vrai travail, un truc qui le cadre aux yeux des braves gens. Une définition. &lt;em&gt;Machin&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Quel &lt;em&gt;Machin &lt;/em&gt;? Mais tu sais bien, &lt;em&gt;Machin&lt;/em&gt; qui travaille là-bas ou là-bas ou qui est soudeur, prof à, postier, boucher, conducteur de bus ! Ah, d’accord, je vois maintenant... Je croyais que tu parlais de &lt;em&gt;Machin qui&lt;/em&gt; &lt;em&gt;travaille à&lt;/em&gt;…&lt;br /&gt;Mais, quand on fait tant de métiers sans n’en exercer aucun, ça produit beaucoup de papiers. Des fiches, des contrats, des conventions, des relevés de cotisations, des attestations, des déclarations sur l’horreur. Bref, comme disaient les paysans du Poitou, &lt;em&gt;c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses&lt;/em&gt;. Et moi, à la fin de la foire, j’ai perdu tous mes papiers. Je n’ai conservé que ceux du dernier emploi, le plus long, Quinze ans, les autres se sont envolés à droite, à gauche. Au vent de mon désintéressement. On m’a pourtant dit que si, si, si, il fallait faire des demandes, s’adresser là, écrire ici, téléphoner là-bas, réunir tout ça et que, comme ça, je récupérerai la monnaie de mes pièces. Vous vous rendez-compte&amp;nbsp;? Faudrait des lustres pour faire ça. Presque un autre métier ! Si vous additionnez l’impéritie des administrations et ma fainéantise, vous arrivez à des temps infinis. Donc, socialement, sérieusement quoi, pour justifier de tel ou tel droit, bien maigre, auquel je peux prétendre en vertu de ce curriculum vitae bordélique, je dis et, mieux, je prouve, que j’étais un fonctionnaire territorial. Ça en jette, ça&amp;nbsp;! C’est-à-dire que je ne mentionne que les derniers pas de cette longue course dans le dédale de la survie. Un peu comme quelqu’un qui voudrait chanter une chanson qu’il a composée et qui ne se souviendrait que du dernier couplet.&lt;br /&gt;Finalement, la seule chose que j’aurais bien aimé être sans jamais y parvenir, c’est écrivain.&lt;br /&gt;Mais ce n’est pas un métier, ça. &lt;br /&gt;Si, c’est un métier&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;A condition de le faire mal.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Image : Philip Seelen&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Ecrivain et édition</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/05/13/ecrivain-et-edition.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Mon, 13 May 2013 14:09:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;img id=&quot;media-4099404&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/01/1979098894.jpg&quot; alt=&quot;tin.jpg&quot; width=&quot;220&quot; height=&quot;248&quot; /&gt;1&lt;/strong&gt; - Je suis énervé pour m’être &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;récemment &lt;/span&gt;laissé entraîner à m’énerver &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;encore &lt;/span&gt;contre un éditeur qui me faisait poireauter gentiment depuis plus d’un an sur un manuscrit ; qui ne répondait plus à mes mails et qui ne donnait, en dépit de sa promesse, aucune suite à l'appel téléphonique et courtois dont je m’étais, de guerre lasse, fendu à son égard.&lt;br /&gt;Je me suis donc emporté et l’ai traité sans ambages de &lt;em&gt;mufle&lt;/em&gt;, comptant ainsi mettre un point final à une relation qui n’avait pas encore commencé. Mais il arriva contre toute attente que l’éditeur me répondît soudain &lt;em&gt;que son silence n’était pas un signe de désintérêt.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;J’en suis resté pantois.&lt;br /&gt;Parce qu’il me semblait jusqu’alors que lorsqu’on s’intéresse à quelqu’un, on le fait savoir à l’intéressé, sinon à court ou moyen terme, du moins à long terme. Sans quoi, où se situe &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;donc &lt;/span&gt;l’intérêt&amp;nbsp;de s’intéresser ou d'intéresser ? Je vous le demande bien.&lt;br /&gt;Si vous avez la réponse à cette bizarrerie, vous seriez gentils, les uns et les autres, de me la communiquer car là, j’avoue, mon bon sens achoppe sur quelque chose de trop ardu pour mon cervelet.&lt;br /&gt;Mais à toute chose malheur est bon. Car si d’aventure vous écrivez des manuscrits, que vous les jetez régulièrement au vent qui passe, via la poste qui coûte cher, et que jamais plus vous n’en entendez parler, soyez alors certain que votre délicieuse écriture a retenu toute la vertueuse attention d’un comité de lecture.&lt;br /&gt;Il vous faut savoir composer avec les oxymores si vous voulez que le silence retentisse de la qualité de vos écrits. Le gros problème, c’est que vous serez seul à entendre à force d'attendre. &lt;br /&gt;A moins que, comme moi, vous rendiez public le non-sens, lui donnant ainsi une chance &lt;em&gt;in extemis&lt;/em&gt; d’avoir un sens.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;2 -&lt;/strong&gt; J’ai remarqué la chose suivante&amp;nbsp;: les écrivains qui ont un blog rougissent de plaisir non contenu à y étaler les différentes critiques qui sont faites, de-ci, de-là, à l’ouvrage qu’ils viennent de publier. Certains ne tiennent même un blog que pour cela et, entre deux livres, restent quasiment muets, comme si, à part les quelques commentaires qu'ils peuvent susciter, rien n'était digne d'être transmis.&lt;br /&gt; Donc, dire ce qui s’est dit de votre livre. Je l’ai moi-même &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;fait &lt;/span&gt;pour &lt;em&gt;Zozo, chômeur éperdu,&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Géographiques&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Théâtre des choses&lt;/em&gt;, et je le referai, j’en suis certain, si je publie un jour un autre livre.&lt;br /&gt;Je le referai et pourtant je sais que ça n’a absolument aucun sens, sinon celui d’une certaine fatuité ou d’un désespoir qui n’ose avouer son nom. Les deux peut-être. Car qu’est-ce que c’est que ce système où l’écrivain se fait le relais des critiques, c’est-à-dire l’écho des échos&amp;nbsp;? Jusqu’où&amp;nbsp;peut-on rabâcher ainsi son nombril &amp;nbsp;? Une voix qui s'égosille à hurler l'écho de son propre écho peut-elle être encore une voix autre que celle de Narcisse ? Ou alors a-t-on si peu confiance en soi, dans ce que l’on fait, qu’il faille encore écrire sur le mur où d'autres viennent d’écrire vos louanges ? A force d'enfoncer le clou, ne risque t-on pas&amp;nbsp; de se taper sur les doigts ?&lt;br /&gt;Imaginez-vous, par ailleurs, Flaubert ou Maupassant ou Genevoix ou Giono, qu’importe, avoir publié dans un petit recueil les critiques qui avaient été faites de leurs différents ouvrages et&amp;nbsp; étalé ce recueil à la barbe d'un public médusé ?&lt;br /&gt;J’ose ainsi le dire&amp;nbsp;: c’est là un des signes tangibles de la dramatique stupidité d’une époque. &lt;br /&gt;Stupidité à laquelle, je le répète, je participe. A mon grand dam.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Amalgame étymologique dramatique</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2011/04/18/amalgame-etymologique-dramatique.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Fri, 10 May 2013 11:19:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: book antiqua,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4095518&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/01/3790922102.jpg&quot; alt=&quot;littérature&quot; width=&quot;224&quot; height=&quot;289&quot; /&gt;Si le langage est la conscience mise en voix et l’écriture sa fixation sur un support, cette mise en voix et cette fixation empruntent le même et lent cheminement, &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-size: medium;&quot;&gt;concrétisé par la présence étymologique dans&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-size: medium;&quot;&gt; la conceptualisation du monde.&lt;br /&gt;Ecouter les mots, les dire ou les écrire, c’est toujours jouer d’instinct la musique dont leur histoire les a chargés.&lt;br /&gt;Mais le langage est pressé. Il traduit son époque et il arrive alors que les mots s'en retrouvent profondément blessés, humiliés dans leur chair, bafoués dans leur mémoire, niés dans leur histoire.&lt;br /&gt;C’est le cas dramatique pour ce mot qui qualifie le &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-size: medium;&quot;&gt;criminel qui viole des enfants. Un mot qui dit tout le contraire de ce qu’il veut dire. Un anti-mot.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Pédophile&lt;/em&gt; - faut-il le préciser ? - signifie littéralement &lt;em&gt;l’ami des enfants&lt;/em&gt;, celui &lt;em&gt;qui aime les enfants&lt;/em&gt;. Et ce qu’on appelle un pédophile, c’est précisément celui qui les déteste au point de les réduire au rang d’instruments sexuels à la solde de ses pulsions, qui les meurtrit dans leur vie, dans&amp;nbsp; leur chair et dans leur&amp;nbsp; âme. Qui les détruit à jamais.&lt;br /&gt;Une Cour d’Assises qui condamne un «pédophile» devrait préalablement ouvrir le grand livre des racines grecques et condamner officiellement cette crapule en tant que &lt;em&gt;pédophobe.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Mais le mot n’existe pas. Le vrai mot, &lt;em&gt;pédéraste&lt;/em&gt;, prenait soin, lui, de ne pas emprunter à l’étymon &lt;em&gt;phil &lt;/em&gt;mais à &lt;em&gt;eros&lt;/em&gt; - plus précisément à ἐραστής, &lt;em&gt;erastès&lt;/em&gt;, amant - pour dire clairement le côté sexuel des choses. Le concept a été volé pour qualifier (honte à cette déviation du sens&amp;nbsp;!) l’homosexuel, qui n’est pourtant pas plus pédéraste que vous et moi !&lt;br /&gt;Affligeante discrimination par le biais de la falsification du langage.&lt;br /&gt;On voit que l’étymologie trahie se venge et fait dire aux hommes tout le contraire de ce qu’ils voudraient exprimer.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;Les conquêtes militaires, depuis la nuit des temps, ont toutes pratiqué le viol des femmes de la nation conquise. &amp;nbsp;Un&amp;nbsp; enlèvement des Sabines violent et récurrent. De façon atavique, primaire, barbare, psychanalytique même, humilier un peuple, le soumettre jusque dans ses racines et sa raison d’être, le détruire en tant que peuple culturellement singulier, c’est planter la graine du vainqueur dans le ventre du vaincu.&lt;br /&gt;Que dirait-on alors si des soldats conquérants, véritables criminels de guerre,&amp;nbsp; étaient jugés par la&amp;nbsp; Cour Internationnale de Justice sous le chef d'inculpation de &lt;em&gt;xénophilie&lt;/em&gt; ?&lt;br /&gt;Aberration insensée des mots employés à contre-sens de leur réalité constitutive !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>René Guy Cadou</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/05/09/rene-guy-cadou.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Musique et poésie</category>
<pubDate>Thu, 09 May 2013 09:19:00 +0200</pubDate>
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&lt;div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;Bouleversant. Je n'ai pas d'autres mots pour dire ce poème de Cadou à sa femme.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;Je t'atteindrai Hélène&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; À travers les prairies&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; À travers les matins de gel et de lumière&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Sous la peau des vergers&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Dans la cage de pierre&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Où ton épaule a fait son nid&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Tu es de tous les jours&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; L'inquiète la dormante&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Sur mes yeux&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Tes deux mains sont des barques errantes&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; À ce front transparent&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; On reconnaît l'été&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Et lorsqu'il me suffit de savoir ton passé&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Les herbes les gibiers les fleuves me répondent&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Sans t'avoir jamais vue&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Je t'appelais déjà&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Chaque feuille en tombant&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Me rappelait ton pas&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; La vague qui s'ouvrait&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Recréait ton visage&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Et tu étais l'auberge&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Aux portes du village&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: right;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: small;&quot;&gt; René Guy Cadou, La vie rêvée, 1944&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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<title>Vérité en deçà, erreur au-delà</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/05/08/verite-en-deca-erreur-au-dela.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Wed, 08 May 2013 13:15:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4093149&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/02/1688146135.jpg&quot; alt=&quot;littérature&quot; width=&quot;239&quot; height=&quot;159&quot; /&gt;Au début des années 80, je séjournais en Allemagne, d’abord à Cologne, puis à Hambourg. Je fréquentais pas mal les bars et étais ainsi devenu plus ou moins camarade avec un tenancier, tout du moins autant que peut l’être un habitué du zinc avec un taulier.&lt;br /&gt; C'était à Cologne, ça.&lt;br /&gt;La machine à sous, légale dans les bistrots allemands, s’activait dur. Mais j’étais moi-même, de fait, une machine à sous à deux pattes pour le susdit taulier.&lt;br /&gt;Bref, un matin, voulant trinquer avec une connaissance, je me dirige vers l’estaminet et, chemin faisant, me mets à réfléchir que,&amp;nbsp; merde, on est le 8 mai, c’est férié&amp;nbsp;! Car on a beau séjourner dans un autre pays, on trimballe toujours sur ses épaules une tête formatée.&lt;br /&gt; Joyeusement surpris de voir l’établissement grand ouvert, j’interpelle alors le patron et lui dis que j’avais pensé me casser le nez pour cause de fermeture. Ce à quoi, il avait répondu, sourire très contrit&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;- Chez nous, c’est comme chez toi&amp;nbsp;: on fête les victoires, pas les raclées.&lt;br /&gt;Je lui avais demandé d’excuser ma balourdise et j’avais eu tort. Tout comme les Allemands, a moins qu'ils ne soient nazillons, ont tort de ne pas fêter le 8 mai qui les a débarrassés d’Hitler et du nazisme. Taire le 8 mai comme une défaite, à Cologne ou à Hambourg, c’est louche.&lt;br /&gt;Ici, en Pologne, on ne fête pas le 8 mai. Car comment fêter la chute d’Hitler sans célébrer la victoire de Staline&amp;nbsp;? L’histoire a une autre signification et Varsovie a été ensanglantée et détruite avec la complicité de l’armée rouge. Célébrer la chute d’un sanguinaire venu de l’Ouest remplacé par un sanguinaire venu de l’Est serait de nature à faire perdre le Nord.&lt;br /&gt;Alors, pour les salariés, pas de 8 mai et pas de pont qui les mènerait jusqu’à lundi, parce que pas d’Ascension non plus. Tout comme il n’y a pas de lundi de Pentecôte, ce fameux lundi de Pentecôte que cet imbécile de Raffarin avait voulu voler pour climatiser les maisons de retraite&amp;nbsp;! Il voulait faire du froid, lui, avec la sueur des autres ! &lt;br /&gt;Bref, quand je pense à tous ces jours fériés dans mon pays laïc, qui s’agrippent à des ponts, voire à des viaducs, ça me fout le bourdon. Croyez-moi ou ne me croyez pas, mais quand je travaillais (un peu) j’avais honte. Mal à l’aise. Honte de fêter la victoire de l’adversaire incrusté dans nos vies, dans nos pensées, nos morales, depuis plus de 2000 ans&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Mais un jour férié, ça ne se refuse pas, pardi&amp;nbsp;! Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Il est pourtant de basses ivresses qui s’apparentent plus à de l’ivrognerie de caniveau.&lt;br /&gt;Et s’il y en a qui rêvent à une &lt;span style=&quot;font-size: 12.0pt; line-height: 115%; font-family: 'Georgia','serif'; mso-fareast-font-family: Calibri; mso-fareast-theme-font: minor-latin; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman'; mso-bidi-theme-font: minor-bidi; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: EN-US; mso-bidi-language: AR-SA;&quot;&gt;VI&lt;sup&gt;ème &lt;/sup&gt;&lt;/span&gt; République, là-bas, moi, je m’en fous de la République et de son numéro matricule&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Ce que j’aimerais, c’est un autre calendrier&amp;nbsp;! Un calendrier joli et qui ne tremperait pas dans l’eau bénite. &lt;br /&gt;Qui ne puerait pas la légende dogmatique.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>C'était quoi, exactement ?</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/05/07/c-etait-quoi-exactement.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Tue, 07 May 2013 14:46:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4091773&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/02/2424849449.jpg&quot; alt=&quot;littérature,écriture&quot; width=&quot;258&quot; height=&quot;201&quot; /&gt;Mon billot, mes haches et mes clopes sont à la lisière de la forêt que remue doucement le vent du printemps. Quelque part, haut dans les bouleaux et les pins, j’entends la mélodie du loriot jaune et noir. Alors j’arrête de fendre mes bûches pour écouter une minute. Le voir est impossible. Je le sais bien. Cet oiseau des tropiques est farouche, comme s’il était ici voyageur clandestin. Il ne se montre jamais&amp;nbsp;; il joue de la flûte dans l’ombre. C’est un grand musicien qui pense, sans doute, que l’entendre est essentiel et que le voir est dérisoire. De fait, du mois de mai jusqu’à la mi-août, je l’entends tous les jours et suis obligé d’ouvrir mes grands livres d’oiseaux pour le voir couché sur du papier. D’imaginer ce que j’entends. Mais n'est-ce pas là un peu lire ?&lt;br /&gt;Parfois, je m’assieds sur mon billot, je fume une cigarette, je pense à des choses, certaines pleines de joies, d’autres plus tristes, d’autres carrément insipides.&lt;br /&gt;J’aime le chuchotis du vent dans les branches nouvelles...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un bruit de pas derrière moi, sur l’herbe naissante. Elle me montre son livre, s’accroupit et sans plus d’ambages&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;- Explique-moi le communisme. C’était quoi&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Me voilà soudain à des années-lumière de mon loriot&amp;nbsp;! Quoiqu’il me traverse soudain l’esprit qu’une radio musicale sous le régime communiste en Pologne s’appelait &lt;em&gt;Wilga&lt;/em&gt;, le loriot. Mais bon, ça fait bien peu pour entamer une réponse à une aussi vaste et abrupte question.&lt;br /&gt;- Comme ça&amp;nbsp;? De but en blanc&amp;nbsp;? Tes leçons portent là-dessus&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- Pas exactement. C’est sur les dictatures - elle feuillette son bouquin, murmure des noms - Hitler, Franco, Staline.&lt;br /&gt;- Ah, c’est encore plus vaste&amp;nbsp;alors ! Pourquoi donc le communisme&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- Parce qu’ici - elle montre les champs et la forêt - il y avait le communisme. Je comprends pas trop ce que c’était exactement.&lt;br /&gt;- Ben…&lt;br /&gt;Je prends une cigarette, je pose ma hache, je m’essuie le front car je viens d’avoir chaud et présume que je vais avoir plus chaud encore pour m’en sortir.&lt;br /&gt;- En deux mots, c’est difficile à dire, que je bredouille.&lt;br /&gt;- Essaye quand même.&lt;br /&gt;- Bon, voilà&amp;nbsp;: C’était une idée qui voulait qu’il n’y ait plus ni riches ni pauvres mais tout le monde à égalité.&lt;br /&gt;- Ah&amp;nbsp;! Mais c’est bien, alors&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- Attends, attends. Je t’ai dit que c’était une idée. Retiens bien ça. Mais c’est pas comme ça que ça s’est passé, en fait. D’abord, ici, l’idée n’est pas vraiment venue des Polonais, des gens du pays. Elle est venue avec les chars de Staline repoussant ceux d’Hitler, à la fin de la guerre. Comme en Hongrie, en Roumanie, en Tchécoslovaquie…&lt;br /&gt;- C’est &amp;nbsp;quoi&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- C’est&amp;nbsp; quoi &lt;em&gt;quoi&amp;nbsp;&lt;/em&gt;?&lt;br /&gt;- C’est quoi la Tchécoslovaquie&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- C’était un pays qui aujourd’hui en fait deux&amp;nbsp;: la République Tchèque et la Slovaquie.&lt;br /&gt;- Bon… Je sais où c’est. D’ailleurs, en juin avec l’école, on va à Prague, tu sais.&lt;br /&gt;- &lt;em&gt;Wiem&lt;/em&gt;. Donc, l’idée a été imposée aux Polonais. Ce qui fait qu’il n’y avait que très peu de gens au pouvoir, très peu qui commandaient et qui surveillaient continuellement les autres qui obéissaient. Tu me suis&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- Oui, mais je vois pas trop la différence avec aujourd’hui…&lt;br /&gt;Aïe, aïe ! que je dis in &lt;em&gt;petto&lt;/em&gt;. Je me suis déjà fourvoyé et on s’en va là sur un terrain glissant. Je suis dans l’obligation de me faire violence, de me faire apologiste de la démocratie, bref, de chanter la messe.&lt;br /&gt;- Aujourd’hui, ma belle, il y a des partis politiques qui se disputent, des élections pour le Président de la République, les députés, les maires, les powiats, les régions. Avec les communistes, il y avait aussi quelques élections mais un seul parti. Alors, forcément, les gens étaient obligés de voter pour ce parti ou de ne pas voter du tout. Et c'était très mal vu de ne pas voter, en plus... Dangereux même.&lt;br /&gt;- C’était malin !&lt;br /&gt;- Ben oui, c’était malin. Le temps que ça a duré. Donc, égalité dans la pauvreté et quelques riches aux commandes. Voilà ce qu’est devenue l’idée communiste apportée par les chars de Staline. Pas le droit de penser autrement qu’eux.&lt;br /&gt;- C’est dégueulasse !&lt;br /&gt;- Ben oui, c’est dégueulasse. Le temps que ça dure.&lt;br /&gt;- Alors, c’était une vraie dictature ici. Elle a l'air étonnée. A nouveau elle regarde les champs, les prairies et la forêt, comme si elle voulait que ce soit eux qui racontent, eux qui ont vu, qui ont senti, qui ont vécu tout ça.&lt;br /&gt;Le loriot siffle là-haut sur ses branches.&lt;br /&gt;- C’était une dictature, oui. Et tu vois l’immeuble moche, au carrefour de Bokinka où on passe souvent&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- Oui. C’est vrai qu’il est moche.&lt;br /&gt;- Hé ben, c’étaient là des logements collectifs pour les paysans qui cultivaient tous ensemble la même terre avec les mêmes outils. Pour l’Etat. Une coopérative, que ça s’appelait. Un Kolkhoze en Russie.&lt;br /&gt;Elle pouffe.&lt;br /&gt;- T’imagines le voisin obligé de vivre avec d’autres et de travailler avec eux&amp;nbsp;tous les jours ?&lt;br /&gt;J’imagine.&lt;br /&gt;Et je sais pourquoi elle pouffe. Parce qu’elle sait déjà que les gens sont renfermés sur eux-mêmes et fiers des quelques lopins qu’ils cultivent et fiers de leur tracteur qui est à eux, rien qu’à eux, payé à crédit avec des sous de la banque et que plus ils travaillent, plus ils risquent de gagner des sous et que le dimanche ils vont à la messe pour faire voir comme ils sont honnêtes.&lt;br /&gt;Alors je dis&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;- J’imagine mal en effet. Mais retiens bien que c’était une bonne idée au départ. Et que la trahison de cette idée, son abandon même, a fait beaucoup, beaucoup de mal. En fait, il n’y a jamais eu de communisme ici. Qu’un semblant. Mais ne le dis pas à ta prof, elle se vexerait.&lt;br /&gt;- Bien sûr que non. T’inquiète. Je saurai dire ce qu’il faut si je suis interrogée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est temps pour moi de reprendre la hache. Je ne sais pas si je m’en suis bien sorti. Je crois que non. Il aurait fallu des heures. Et encore…&lt;br /&gt;De toute façon, elle a déjà refermé le livre, s'est relevée et court maintenant après un papillon jaune qui, sur la prairie, voltige de fleurs en fleurs.&lt;br /&gt;Et je suis content que la prairie lui raconte les papillons plutôt que la dictature.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Le passéiste</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2011/09/29/le-passeiste.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Mon, 06 May 2013 10:52:26 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-3220372&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/02/01/3388443439.jpg&quot; alt=&quot;littérature&quot; width=&quot;305&quot; height=&quot;228&quot; /&gt;Ils étaient des vieillards.&lt;br /&gt;Le bout clouté d’un bâton tenu dans leurs grosses mains frappait la pierre des chemins.&lt;br /&gt;Ils étaient des vieillards. Leurs longs sourcils blancs, broussailleux, retombaient en voltigeant sur leurs paupières. On eût dit des halliers bousculés par le vent.&lt;br /&gt;Ils étaient des vieillards.&lt;br /&gt;Trop longtemps, leur douloureuse échine s’était penchée sur les sillons d’automne ; elle en avait tellement pris le pli qu’elle ne se redressait plus beaucoup. Certains d’entre eux marchaient alors le buste en avant, qui semblait vouloir se jeter sur le sol. La terre est basse,&amp;nbsp; disaient-ils !&lt;br /&gt;Ils étaient des vieillards et ils ricanaient avec des dents jaunies par la chique, tavelées par le tanin de la vendange, de longues dents déchaussées, semblables à celles de leurs chevaux broyant l’avoine. Ils ricanaient à tout : rien, sinon les nuages et les vents qui ravineraient leurs labours, coucheraient leur blé ou enterreraient trop profondément leurs graines, ne leur faisait vraiment peur. Ni les bruits lointains du monde crachés par le&amp;nbsp;gros poste à lampe, ni les idées des autres, ni les maladies sournoises.&lt;br /&gt;Certains d’entre eux avaient vu l’enfer. C’était &lt;em&gt;avant&lt;/em&gt;, trop loin &lt;em&gt;avant&lt;/em&gt;, alors ils n’en parlaient guère. Ou, s’ils en parlaient, c’était avec des mots qui avouaient ne pas être les bons, des mots qui ne savaient pas dire tout à fait tant c'était difficile à dire. Alors, ils maugréaient seulement de sourds jurons, avec des hochements de tête désabusés et de vagues haussements d'épaules.&lt;br /&gt;Ils ne lisaient jamais. Ils savaient seulement compter des poids, des mesures et des coûts. Des coûts simples comme &lt;em&gt;bonjour.&lt;/em&gt; Des coûts qui soustrayaient tout bêtement ce qu’on avait donné pour obtenir ce qu’on avait reçu, et personne ne venait s’interposer entre eux et les opérations qu'ils griffonnaient dans un cahier bleu marine et que des souris, parfois, avaient échancré. Au dos de ce cahier bleu marine que des souris, parfois, avaient échancré, les tables de multiplication toujours étaient inscrites. En cas de défaillance soudaine. &lt;br /&gt;C’étaient leurs calculs. A eux. Au cheval. A la vache. A la chèvre. Aux poules. Au sac de graines. A la charrue et au pain du boulanger. On ne leur disait pas comment il fallait compter et ce qu’il fallait faire de ce qui sortirait de bon ou de mauvais de l’opération. Ils comptaient simplement, comme jadis la craie du maître sur un grand tableau noir.&lt;br /&gt;Et quand ils avaient fini de compter, ils relevaient d'un geste las leur béret crasseux, crachaient dans leurs mains, puis se remettaient à éventrer&amp;nbsp; la terre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parfois, le dimanche, ils s’asseyaient sur l’herbe du talus et regardaient au loin le soleil ensanglanté ruisselant sur les bois. Leurs yeux clignaient, comme pour ne pas trop en voir. Ils savaient bien que c’était là-bas qu’ils allaient. Que, même, ils arrivaient déjà.&lt;br /&gt;Je me souviens bien d’eux.&lt;br /&gt;Ils étaient des vieillards. De soixante à soixante-cinq printemps.&lt;br /&gt;Je crois voir aujourd'hui, parfois, au loin, un soleil ensanglanté qui ruisselle sur les bois.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Petite escapade</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/04/29/petite-escapade.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Mon, 29 Apr 2013 13:47:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4080226&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/01/02/369554890.2.jpg&quot; alt=&quot;littérature&quot; width=&quot;204&quot; height=&quot;308&quot; /&gt;Je ne suis pas la mer - je n’en suis comme tout le monde que le fils minuscule et lointain - mais je me retire quand même.&lt;br /&gt;Pas pour six heures, mais pour quelques jours.&lt;br /&gt;Car j’ai d’autres plages à visiter, d’autres écumes à faire rouler. &lt;em&gt;Des trucs à faire&lt;/em&gt;, comme on dit quand on veut rester évasif.&lt;br /&gt;Mais je reviendrai vers vous d’ici quelques jours. En cas d’urgence, veuillez sonner sur les commentaires et attendre la réponse. C’est toujours comme ça, les urgences&amp;nbsp;: vient un moment où il faut attendre.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Mercredi 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;&lt;/span&gt;, vous aurez cependant, sur &lt;span style=&quot;color: #000080;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://52par3.hautetfort.com/&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000080;&quot;&gt;Chemineaux 52&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;,&amp;nbsp; Philippe qui vous parlera d’un livre épatant, un livre dont la parution avait fait date et qui, pour un 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai, tombera justement à pic. Un livre à ne pas manquer, c’est certain.&lt;br /&gt;Chers lecteurs de&lt;em&gt; l’Exil&lt;/em&gt;, merci en tout cas pour votre fidélité depuis bientôt six ans. C’est avec vous, vous sachant derrière ma page, que j’écris ces textes, disparates, décousus, hétérogènes.&lt;br /&gt;- Ça veut dire avec des gênes d’hétéro&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- Oh, oh, oh&amp;nbsp;! Par les débats qui courent, je n’apprécie pas trop ces jeux de mots faciles et tendancieux&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;- Bon. Trêve de plaisanterie, ma trêve n’est pas une plaisanterie.&lt;br /&gt; A très bientôt, donc&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Et si d’aventure vous rejoignez une kermesse &lt;em&gt;enmuguettée &lt;/em&gt;du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai, tâchez que vos noirs étendards y pavoisent, dans le soleil et le vent, loin du bleu, du rouge, du blanc et du rose, et disent la soif de vivre et l’opiniâtre refus de la résignation&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Belle phrase, hein&amp;nbsp;? Un peu longue, certes, mais tout de même.&lt;br /&gt;Allez, sur ce coup là, je file, moué !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Image :Philip Seelen&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Oh oui ! Faites nous encore rigoler avec vos dettes !</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/04/26/oh-oui-faites-nous-encore-rigoler-avec-vos-dettes.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Fri, 26 Apr 2013 14:24:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;img id=&quot;media-4075820&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/01/00/3142596640.gif&quot; alt=&quot;dette.gif&quot; width=&quot;281&quot; height=&quot;193&quot; /&gt;Il a des dettes. Il est endetté.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Dans mon enfance, pauvre mais où l’on avait le sens de l’honneur des pauvres, le mot &lt;em&gt;dette &lt;/em&gt;résonnait comme la dernière des infamies, comme une indélébile salissure. &lt;br /&gt;On pouvait dire d’un quidam, &lt;em&gt;il boit&lt;/em&gt;, d’un autre, &lt;em&gt;il galope les femmes&lt;/em&gt;, voire d’un autre encore, &lt;em&gt;l’est pas ben courageou &lt;/em&gt;(il n’est pas très courageux), sans que l’opprobre en soit pour autant jeté sur lui d’irréversible façon. &lt;br /&gt;C’était presque de bon ton, tout ça.&lt;br /&gt;Mais dire de quelqu’un qu’il était endetté, là, c’était rédhibitoire ! C’était un sale type. Un gars qui avait emprunté des sous pour péter plus haut qu’il n’avait le trou de balle et qui ne pouvait pas rendre ces sous. Un vaurien. Un sycophante&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Car les pauvres peuvent être bien conciliants à l’égard des riches. A mon goût, ils ont même toujours été trop conciliants... Mais avec un pauvre qui a tenté de devenir riche, de les trahir en quelque sorte, de filer à l’anglaise en empruntant aux riches, qui a échoué dans sa félonie et qui est pris la main dans le sac, ça non&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Le pilori.&lt;br /&gt;Car on avait le droit d'emprunter. Certes. Mais jamais des sous. Trop dangereux. Trop tabou. Trop sale, sans doute. L''épicier, oui, on pouvait, par exemple lui faire crédit pour la farine, l'huile, le sel. Mais attention, à la fin du mois, on était fier de rembourser tout ça, la tête haute ! Quitte à faire crédit la semaine d'après. &lt;em&gt;Qui paye ses dettes,&lt;/em&gt; &lt;em&gt;s'enrichit,&lt;/em&gt; proclamait ma mère.&lt;br /&gt;Alors, quand elle disait de quelqu’un &lt;em&gt;qu’il était endetté jusqu’au cou&lt;/em&gt;, j’avais l’impression d’entendre prononcer une terrible sentence, de voir tomber dans l’ombre de notre chaumière un couperet sur la tête d’un traître.&lt;br /&gt;On en tremblait d’effroi.&lt;br /&gt;Remarquez bien que, quand elle disait que les riches étaient des voleurs et même pire, qu’elle les vouait aux gémonies, ce n’était pas tendre non plus. Pas du tout même ! Mais c’était dans l’ordre normal des choses et c’était entendu une fois pour toutes&amp;nbsp;: les riches sont riches, les pauvres sont pauvres et ils doivent se haïr. Mais un pauvre riche, ou un riche pauvre, bref, un endetté, un contre-nature, un clone, ça n’avait pas de place dans la dialectique sociale. &lt;br /&gt;Celui-ci perdait le droit autant d’être aimé que d’être détesté. Il n’était plus rien.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Aujourd’hui, alors que je ne suis toujours pas riche après soixante printemps d’escapade au pays des joyeux drilles, que je ne suis plus endetté non plus - même si je l’ai été parfois très fortement - j’ai l’impression que je n’y suis pour rien dans tout ça. Que c’est héréditaire. Et j’en rigole à gorge déployée.&lt;br /&gt;Ma vieille mère aura 92 ans dans les premiers jours de mai et lorsque, d’ici, je pense à elle qui n’écoute plus guère le monde, je me demande bien ce qu’elle dirait, quels cris d’épouvante elle pousserait, si elle entendait que, non seulement les pauvres gens pataugent dans la dette la plus gluante, mais qu’en plus, les Etats, les riches, les banques, tout le monde, annoncent des dettes qui se traduisent par des chiffres qu’elle ne saurait même pas lire et que le mot&lt;em&gt; dette &lt;/em&gt;est dans toutes les bouches fétides des hommes du pouvoir, sur tous les écrans de télévision, sur toutes les radios, dans tous les journaux. &lt;br /&gt;Dette, dette, dette, dette et dette encore… On n’entend plus que ça. &lt;br /&gt;Du drame honteux, on est passé à une espèce de fierté à être endetté.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;Si ma mère entendait et voyait ça, donc, et qu’elle me demandait, comme parfois elle le faisait : &lt;em&gt;Dis donc, toué qui as de l’instruction, qu’en penses-tu&lt;/em&gt; ? Hé ben, je ne sais pas ce que je répondrais.&lt;br /&gt;Ce qui, pour elle, serait la fin des haricots, parce qu’un gars qui aurait de l’instruction et qui ne saurait pas répondre à une question aussi essentielle, ne serait en fait qu’un jean-foutre&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Alors peut-être que je lui dirais la vérité&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;- Tu sais, c’est un nouveau mot. Ce n’est pas le mot que tu as connu dans le temps. Du temps où on avait encore un peu d'honneur. C’est un mot qui veut dire que les riches, les banquiers, les Etats, les voyous de la finance, se sont tellement gavés de foie gras et de bon vin qu’ils sont ivres en permanence à présent. Alors, comme tous les ivrognes, ils en veulent toujours plus et ils ont donc inventé des chiffres, uniquement écrits sur de la paperasse, et ils exhibent ces infâmes gribouillis à la barbe naïve des petites gens pour qu’ils se serrent la ceinture encore plus.&lt;br /&gt;Si tu veux, ils font semblant d’avoir des dettes pour pas que les pauvres soient jaloux et leur cassent la gueule. &lt;em&gt;Ah, pauvres riches, comme ils sont dans la merde&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; Tu vois le genre&amp;nbsp;? Donc, la dette, ça veut dire&amp;nbsp;«paperasses» et non pas sous, les vrais sous, tu sais, comme ceux que tu avais dans le tiroir de la vieille armoire. Ceux-là, vois-tu, ils sont bien à l’ombre dans les coffres-forts, les patrimoines, les villas, les bâteaux, les îles où on ne paye pas d'impôts... Tu comprends&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- Ah bon ?&amp;nbsp; Ah, les salopards ! Alors, dans ce cas-là, y’a qu’à les laisser se démerder avec leurs paperasses. Les brûler même. C’est pas nos affaires.&lt;br /&gt;- C’est bien ce que je pense aussi.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Des marchandages de la conscience</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/04/25/des-marchandages-de-la-conscience.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Fri, 26 Apr 2013 08:04:29 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4074321&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/02/00/2025945239.jpg&quot; alt=&quot;Dostoïevski.jpg&quot; width=&quot;245&quot; height=&quot;340&quot; /&gt;Dès le lycée, on nous a savonné l’esprit avec ce «Tout est permis» de Dostoïevski, exprimé le plus clairement dans son &lt;span style=&quot;font-size: 12.0pt; line-height: 115%; font-family: 'Georgia','serif'; mso-fareast-font-family: Calibri; mso-fareast-theme-font: minor-latin; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman'; mso-bidi-theme-font: minor-bidi; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: EN-US; mso-bidi-language: AR-SA;&quot;&gt;œuvre&lt;/span&gt; par les Karamazov.&lt;br /&gt;Cette œuvre - tout du moins la lecture que j’en ai - est un perpétuel va-et-vient entre l’existentialisme et le christianisme. D’où la richesse de sa lecture mais d’où, aussi, ce «tout est permis» posant comme principe que si dieu n’existe pas, l’homme est alors seul responsable de son destin et, par-delà la morale et l’effroi du châtiment, &lt;em&gt;par-delà le bien et le mal&lt;/em&gt;, grand responsable des agissements de son libre-arbitre.&lt;br /&gt;C’est la porte ouverte à tous les débordements criminels, dont découle la nécessité de dieu. C’est aussi la conviction d’Aliocha Karamazov, le messager de son auteur et nous sommes là dans le Dostoïevski à la recherche de dieu. Pas dans la recherche de la foi, mais dans celle de &lt;em&gt;l’utilité de dieu&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;Aliocha avoue en substance&amp;nbsp;: je ne suis même pas certain de croire en dieu.&lt;br /&gt;Avec Raskalnikov, l’homme qui s’est essayé à être un surhomme, nous sommes dans l’existence. Car en lui faisant payer son double crime par la souffrance psychologique et les tourments beaucoup plus que par le bagne, Dostoïevski marque le pas contraire&amp;nbsp;: même sans dieu, tout n’est pas permis.&lt;br /&gt;Devançant largement Sartre et avec plus de brio, Raskalnikov sait à ses dépens que l’enfer expiatoire peut très bien se trouver sur terre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je demande toute l’indulgence de mon lecteur pour cette introduction digne d’une dissertation de terminale, mais voilà exactement où je veux en venir&amp;nbsp;: ce «tout est permis», quelle que soit la signification qu’on veuille bien lui donner, est une aberration du raisonnement, un membre amputé d’une équation qui n’a aucun sens humain.&lt;br /&gt;Il part du postulat idéologique selon lequel le crime m’est interdit que parce qu’il est forcément suivi d’une expiation, terrestre ou céleste. C’est dire dans quel mépris il tient ma force intérieure d’homme qui ne tue pas (même si j’en ai eu, comme tout le monde, parfois envie) parce que simplement, le plus simplement du monde mais avec une conviction sensuelle imprégnée dans ma chair, je considère que la vie est une chance unique, un hasard absolu, une beauté par-delà toute beauté, l’élément central et fondateur de toute poésie et de toute intelligence et que donc l’enlever brutalement et volontairement à qui que soit, pour quelque raison que ce soit, ce serait me couper radicalement de cette sensation que j’ai de la vie.&lt;br /&gt; Ce serait suicider ma propre conviction et possibilité du bonheur. Ce serait nier, violer, mon propre droit à l’existence : ce n’est pas par amour d’autrui que je ne tue pas, mais par amour de ma propre vie.&lt;br /&gt;Ce n’est donc par parce que dieu existerait que le crime me serait interdit, ni parce que les remords seraient trop lourds à porter, mais parce que je suis un être vivant, un homme sans morale apodictique mais avec une éthique incontournable du respect de la vie dans toutes ses dimensions.&lt;br /&gt;Qu’ai-je alors besoin d’un dieu&amp;nbsp;pour m’interdire d’égorger mon voisin ? Un dieu qui, de surcroît, représente l’absolu contraire de tout ce que j’aime de tout mon sang puisqu’il n’est «rencontrable» que dans ma mort&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Horreur et absurdité, tout simplement&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Et quelle dimension mesquine donnée au ciel que de ne le faire exister au-dessus de nos têtes que comme le grand flic de l’univers, le grand juge et le grand procureur&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Si j’étais croyant, je suis persuadé que j’aurais une plus haute estime, un amour plus désintéressé pour mon dieu que cette espèce d’échange de bons procédés, dont la hauteur ne doit guère dépasser celle des pâquerettes&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Pour grands que je considère donc des auteurs tels que Dostoïevski et pour grand que soit le plaisir que j’ai à les lire, je ne les en trouve pas moins aberrants.&lt;br /&gt;Presque perversions de l'esprit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il y a pire encore dans l’escobarderie de ce «tout est permis». Qu’on veuille pour s’en convaincre considérer qu’une religion telle que la religion catholique a prévu un dieu qui peut pardonner le crime commis, et ce, en échange d’une confession&amp;nbsp; en bonne et due forme, de regrets exprimés au cours de cette confession, ainsi que la promesse de ne pas récidiver suivie de celle d’essayer de réparer son forfait.&lt;br /&gt;Sans aller jusqu’au crime, disons pour les péchés plus véniels, les mêmes boniments déblatérés au confessionnal, vous absoudront, même si cette religion a aussi prévu -histoire de ne pas paraître trop systématique dans l’échange sans doute - que préjuger du pardon du Saint-Esprit comme de sa condamnation, était un péché mortel.&lt;br /&gt;Dès lors, j’ai vu beaucoup de chrétiens se conduire comme de véritables crapules, égoïstes, menteurs, voleurs, escrocs, méchants, sachant qu’une bonne confession laverait tout ça d’un coup de postillons magiques.&lt;br /&gt; Pendant la semaine sainte, par exemple. Là, c’est le grand ménage de printemps pour les âmes sales.&lt;br /&gt;Je déclare donc, avec le sourire en plus, que si dieu existe, alors tout est permis.&lt;br /&gt;Et non le contraire, monsieur Aliocha Karamazov, alias Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski.&lt;br /&gt;Car l’athée, lui, n’aura que le juge d’instruction pour recevoir sa confession et là, il ne lui sera pas accordée l’ombre d’un pardon. Le crime de l’athée se paye rubis sur ongle, celui du déiste à crédit. &lt;br /&gt;Avec l’espoir chafouin que les traites seront invalidées, en appel, par le juge suprême.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Le Grand Inquisiteur d'Ivan Karamazov</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/04/23/le-grand-inquisiteur-d-ivan-karamazov.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Wed, 24 Apr 2013 08:23:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4071782&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/00/1102418681.gif&quot; alt=&quot;littérature&quot; width=&quot;240&quot; height=&quot;396&quot; /&gt;Beaucoup d’auteurs et de critiques, sans doute de bonne foi mais également grands fouineurs d’une quintessence inaccessible aux communs des lecteurs et dévoilée &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt; seulement &lt;/span&gt;à leur intelligence autoproclamée, se sont perdus en conjectures à propos d’un chapitre - au demeurant fort ennuyeux à mon goût - du livre de Dostoïevski, &lt;em&gt;les Frères Karamazov.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Ce chapitre s’intitule &lt;em&gt;Le Grand Inquisiteur&lt;/em&gt; et se présente sous la forme d’une discussion, qui tourne très vite au monologue, entre deux Karamazov, Aliocha et Ivan.&lt;br /&gt;A mon sens, pour bien saisir la nécessité de cette longue incise dans la trame du roman, tout comme l’opportunité de celle qui consacrera un livre entier au staretz Zosima, il ne faut pas perdre de vue Dostoïevski&amp;nbsp;; savoir qui il était, quels ont été ses tourments et quelles ont été, tout au long de sa vie, ses interrogations sur dieu, les religions et le libre-arbitre.&lt;br /&gt;En partant de là, on sait que l’auteur des &lt;em&gt;Frères Karamazov&lt;/em&gt;, ex-bagnard politique, slavophile, mystique et en même temps curieux du socialisme révolutionnaire au point de rencontrer et d’échanger avec Proudhon et Bakounine, avait besoin, à la fin des années 1870, de mettre au clair sa pensée philosophique et religieuse et qu’il a pour ce faire choisi Aliocha, le novice, comme son porte-parole et Ivan, l’athée, comme son antithèse.&lt;br /&gt;Dmitri sera son mauvais ange, son double de l’ombre, sa part maudite.&lt;br /&gt;Car si &lt;em&gt;Les frères Karamazov&lt;/em&gt; est le dernier ouvrage de l'écrivain russe, le plus accompli, son chef-d’œuvre, il est aussi celui - excepté évidemment son &lt;em&gt;Souvenirs de la maison des morts &lt;/em&gt;- qui porte le plus l’empreinte de sa biographie. L’idée même du parricide autour duquel s’articule toute la problématique, lui a été inspirée par un codétenu du bagne d’Omsk, finalement innocent et acquitté après dix ans de détention pour avoir été suspecté d'assassinat sur son père. C’est son dernier ouvrage, disais-je, mais pas son chant du cygne, pas non plus son testament littéraire et philosophique puisque, sa rédaction en étant terminée, Dostoïevski espérait sur une vingtaine d’années à vivre encore et pensait avoir le temps de construire une œuvre monumentale.&lt;br /&gt;La camarde, hélas, en décida autrement. L’auteur est mort à soixante ans, en 1881, tout juste un an après la fin de la parution de son roman en feuilleton, dans le &lt;em&gt;Messager russe&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Quand, en 1878, &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Dostoïevski&lt;/span&gt; jette sur le papier les premières notes du roman, un drame intime vient de meurtrir sa vie. Son fils de trois ans est mort d’une crise d’épilepsie, maladie qu'il lui a transmise. On imagine dès lors le grand tourment de culpabilité qui assaille l’auteur et on comprendra mieux qui est Aliocha Karamazov quand on aura pris la peine de se souvenir que le fils prématurément disparu de &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Dostoïevski&lt;/span&gt; s’appelait lui-même Aliocha. L'auteur le fera donc revivre dans un des frères Karamazov, lui donnant jusqu’à son nom, et, entre multiples autres choses, le fera destinataire unique &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;de la confession de son frère Ivan&lt;/span&gt;, au cours d’une rencontre fortuite dans une auberge. Cette confidence philosophique d'Ivan Karamazov se présente sous la forme d’un long poème qu’il se proposait d’écrire quelques années auparavant, qu’il n’a pas écrit et n’écrira jamais : &lt;em&gt;Le Grand Inquisiteur&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;N’en déplaise aux inconditionnels du maître - mais les intellectuels sont toujours, dans un sens ou dans l’autre, des inconditionnels - cette scène est tout simplement artificielle et mal venue. On la ressent comme un passage &lt;em&gt;off.&lt;/em&gt; Comme une mise en scène &lt;em&gt;ad hoc&lt;/em&gt;. Car on sent bien que le grand romancier voulant exposer à tout prix l’antiphrase de sa pensée par la bouche d’un matérialiste athée, Ivan, il fallait que ce soit son héros,&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt; Aliocha,&lt;/span&gt; l’ombre de son fils tragiquement décédé, qui en soit le dépositaire.&lt;br /&gt;D’où cette rencontre dans une auberge, dans laquelle est en train de déjeuner Ivan. Juste un décor, mais pas du tout un décor juste, même si nous savons que Dostoïevski, à la grande différence de Tolstoï, est d’abord l’écrivain de &lt;em&gt;l’intérieur&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;Brièvement, voici donc le sujet du poème avorté et imaginé par Ivan.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;En pleine Renaissance et alors que l’Inquisition resplendit de toute sa furie meurtrière, en Espagne, Jésus redescend parmi les hommes, qui le reconnaissent et se prosternent aussitôt devant lui. Il ressuscite une enfant qui se lève de son cercueil. La foule autour de lui est transie d’amour et d’émoi.&lt;br /&gt;Le cardinal, grand brûleur de chair humaine, &lt;em&gt;Le Grand Inquisiteur&lt;/em&gt; donc, ne le voit cependant pas de cet œil. Il commande donc à ses gardes qu’ils se saisissent du fils de dieu et le jettent au cachot. Là, il expose à Jésus le reniement de l’église catholique quant à ses enseignements déjà vieux de 15 siècles et annonce à son prisonnier qu’il le fera brûler vif, dès le lendemain. Jésus ne dit absolument rien. &lt;em&gt;Le Grand inquisiteur&lt;/em&gt; lui reproche essentiellement d’avoir laissé aux hommes la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de la foi, et de les avoir ainsi fourvoyés, animaux stupides qu’ils sont, dans un rêve qu’ils sont incapables d’atteindre et qui les tuent et les font s’entre-tuer. L’œuvre de l’Inquisition consiste dès lors à soumettre les hommes à une obligation draconienne d'avoir la foi, à être des esclaves sans âme critique, en échange du pain et, donc, à les rendre heureux, car enfin débarrassés du fardeau du libre-arbitre, bien trop lourd à porter pour eux&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;. &lt;/span&gt;&lt;br style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot; /&gt;Le cardinal inquisiteur dit ainsi à Jésus&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Pourquoi es-tu venu nous déranger&amp;nbsp;dans notre œuvre ? Nous sommes en quelque sorte en train de réparer tes erreurs.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Bien que mon résumé soit ici succinct jusqu’à l’outrance, on n’en voit pas moins que le message est lourd de conséquences dans la tête d’Aliocha, le croyant. Dieu étant renié, du moins sa parole sinon son existence, tout est permis. C’est là la philosophie d’Ivan, avouée sur l’interrogation pressante (scandalisée) d’Aliocha. Si on sait vraiment lire, il faut bien prendre ce fait en considération, car c’est ce &lt;em&gt;Tout est permis&lt;/em&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;qui pose &lt;em&gt;a contrario&lt;/em&gt; la nécessité de dieu, qu’il ait créé les hommes ou qu’il ait été créé par eux. Peu importe, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;Ce &lt;em&gt;Tout est permis&lt;/em&gt; - à proscrire absolument selon &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Dostoïevski - &lt;/span&gt;ne pouvait donc être formulé que par antiphrase dans la bouche de son porte-parole avant d'être confirmé dans celle de son antithèse.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;On voit dès lors combien les intellectuels de la quintessence et de la chose littéraire ont pu élucubrer à qui mieux mieux sur ce message dostoïevskien du &lt;em&gt;Grand Inquisiteur&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;C’est, à mon sens, faire tout bonnement fi de Dostoïevski, de l'homme, du slave, du slavophile, de l'orthodoxe. C’est chercher midi à quatorze heures et lui faire dire ce qu’on a envie de dire ou d'entendre soi-même. Car par-delà toute spéculation philosophico-religieuse, il ne faut retenir, selon ma propre lecture de ce poème putatif, qu’une violente diatribe contre Rome, l’église catholique et les jésuites qui, selon l’église byzantine, ont renié les &lt;em&gt;enseignements&lt;/em&gt; du Christ.&lt;br /&gt;Le génie du romancier est là&amp;nbsp;: il fait dire sa conviction non pas par un orthodoxe - ce qui eût été une argumentation binaire quant au schisme qui s’est opéré dans la chrétienté - mais par un athée.&lt;br /&gt;Et ce sont là, je l’avoue, les passages de ce grand livre qui m’importunent le plus. Parfois même jusqu’à l’ennui, la question de dieu étant et ayant toujours été la fausse question destinée à éviter soigneusement celle des hommes. Une sorte de sortie par le haut.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Je reviendrai d’ailleurs, d’ici quelques jours, sur ce fallacieux et désastreux &lt;em&gt;Tout est permis&lt;/em&gt;, pierre angulaire de la pensée philosophique de Dostoïevski.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Souvenirs</title>
<link>http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2013/04/22/souvenirs.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Bertrand REDONNET)</author>
<category>Acompte d'auteur</category>
<pubDate>Mon, 22 Apr 2013 14:12:00 +0200</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4070423&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/02/00/3806305240.jpg&quot; alt=&quot;bois.jpg&quot; width=&quot;238&quot; height=&quot;177&quot; /&gt;Quentin est un bûcheron.&lt;br /&gt;Dans la forêt de Benon, il pratique des tailles blanches, orientées nord-sud, dans d’immenses parcelles de chênes noirs, d’érables et de gros noisetiers.&lt;br /&gt;Il coupe des bandes larges de dix mètres, laisse dix mètres de forêt et ainsi de suite. Dans ces bandes, sitôt sa récolte débardée en grumes ou en stères, des machines essouchent, d’autres percent des trous où des essences nouvelles sont replantées. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;Des merisiers, des noyers, et une fois, des chênes truffiers, à titre expérimental.&lt;br /&gt;Ce qui fait ricaner Quentin. Comme il avait ricané à la barbe de l’ingénieur forestier, il y a cinq ou six ans de cela, pour les eucalyptus.&lt;br /&gt;- L’orientation est parfaite et le terrain est bon, avait dit le jeune ingénieur.&lt;br /&gt;- Ils gèleront, avait prédit Quentin.&lt;br /&gt;- Ils peuvent supporter jusqu’à moins dix. C’est exceptionnel chez nous. Tous les vingt, vingt cinq ans, et encore…&lt;br /&gt;- Et ils sont exploitables au bout de combien de temps, vos eucalyptus ?&lt;br /&gt;- A peu près vingt ans. Le terrain est bon, avait répété le jeune homme, au demeurant fort sympathique et qui, quand il n’était pas en train d’échafauder de nouvelles erreurs en prenant des échantillons de terre et en calculant des orientations, était d’un agréable commerce et aimait s’entretenir avec Quentin. &lt;br /&gt;De politique, de livres, de nature. Ou alors d’histoire. Celle du XIXe surtout.&lt;br /&gt;Ils s’asseyaient alors autour de la petite table de la cabane où Quentin rangeait ses outils et faisait réchauffer son déjeuner. Là, ils sirotaient un verre de vin chaud ou alors, si l’heure était propice, ils allaient manger un morceau à Saint-Georges, &lt;em&gt;chez Mémène&lt;/em&gt;, petit établissement sombre, aux plafonds bas, où la lumière ne s’éteignait jamais et qui faisait tout : café, restaurant, coiffeur, bureau de tabac, grainetier, dépôt de pain, épicerie.&lt;br /&gt;- Ça tombe mal, avait encore moqué Quentin à propos des eucalyptus…Voilà bien longtemps qu’il n’a pas gelé comme ça chez nous. Si vos prévisions sont justes, ils ne passeront pas au travers.&lt;br /&gt;L’ingénieur l’avait chahuté et traité d’emmerdeur pragmatique. Il avait assuré aussi que rien, dans les climats, n’était systématique.&lt;br /&gt;Sauf que, au tout début de janvier, le quatre exactement, sous un ciel livide, le vent avait brusquement tourné au nord. Un blizzard épouvantable qui avait fait se tapir, gémir et trembler les chiens de ferme au fond des granges.&lt;br /&gt;Huit jours d’un froid polaire avaient momifié la campagne. Les rivières et les canaux étaient devenus durs et les vieux disaient qu’ils avaient déjà vu ça, &lt;em&gt;autfoué, &lt;/em&gt;pendant la guerre évidemment. Mais les vieux ont toujours ce privilège de l’âge de prétendre avoir tout vu, comme s’ils se plaisaient à vouloir banaliser l’exceptionnel et comme si cette banalisation était de nature à conjurer leurs peurs.&lt;br /&gt; Il n’en reste pas moins que des canalisations d’eau avaient éclaté, que les camions étaient restés coincés sur les routes, leur gas-oil gelé, et que sous les épaisses rangées de houppiers alignées le long de chaque coupe, Quentin avait ramassé par dizaines des cadavres d'oiseaux - grives, merles, mésanges, rouge-gorge - que l'énergie d'un dernier désespoir avait traînés jusqu’à ce fragile abri.&lt;br /&gt;Petits squelettes de plumes et d’os.&lt;br /&gt;Quatre hectares d’eucalyptus avaient grillé sur place, foudroyés par la morsure d’un gel à fendre les pierres.&lt;br /&gt;On avait tout arraché. Au printemps, lorsque Quentin en avait fait d’immenses brasiers, les feux avaient embaumé les sous-bois d'une odeur de pastilles de pharmacie.&lt;br /&gt;Et l’ingénieur n’avait plus reparlé d’eucalyptus. En lieu et place,&amp;nbsp; il avait mis des merisiers. Plus rustiques, disait-il. Mais les chevreuils, en dépit des protections installées autour de chaque plant, grignotaient une à une, méthodiquement, chaque nouvelle pousse. Alors, on avait clôturé&amp;nbsp; les parcelles replantées.&lt;br /&gt;- Une fortune, avait grogné Quentin en haussant les épaules.&lt;br /&gt;- Une fortune, avait rétorqué malicieusement l’ingénieur en embrassant d’un geste fier les plantations gaillardes et toutes ces belles ramures vert-tendre, soigneusement alignées, que la brise de mai faisait trembloter.&lt;br /&gt;Et ils avaient échangé un clin d'oeil, ils s'étaient amicalement toisés, comme si ça les amusait de rejouer la scène, en la tournant en dérision, de l'éternelle différence d'appréciation entre celui qui pense la besogne et celui qui besogne la pensée.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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