09.05.2013

René Guy Cadou

Bouleversant. Je n'ai pas d'autres mots pour dire ce poème de Cadou à sa femme.


Je t'atteindrai Hélène
À travers les prairies
À travers les matins de gel et de lumière
Sous la peau des vergers
Dans la cage de pierre
Où ton épaule a fait son nid

Tu es de tous les jours
L'inquiète la dormante
Sur mes yeux
Tes deux mains sont des barques errantes
À ce front transparent
On reconnaît l'été
Et lorsqu'il me suffit de savoir ton passé
Les herbes les gibiers les fleuves me répondent

Sans t'avoir jamais vue
Je t'appelais déjà
Chaque feuille en tombant
Me rappelait ton pas
La vague qui s'ouvrait
Recréait ton visage
Et tu étais l'auberge
Aux portes du village


René Guy Cadou, La vie rêvée, 1944

23.03.2013

Marc Robine : Les aventuriers

Dans un monde qui a tué l'aventure et qui tente de réduire la vie à une mésaventure économique, l'aventurier est forcément une figure de style, une allégorie, un être mythique.
C'est en ce sens que je lis les paroles de Marc Robine et je vous invite à écouter sa chanson parce qu'elle est fort bien écrite, à mon goût tout du moins.
En plus, la ligne de basse est très belle...


06.01.2013

Marc Robine : Lucienne

J'aime beaucoup cette chanson parce que j'aime beaucoup ce que faisait Marc Robine, parce qu'elle est très bien écrite, très sensible, authentique, et parce que l'arpège y est joliment empreint de cette tristesse particulière qui rend parfois joyeux le sentiment de vivre.



30.11.2012

René-Guy Cadou

Il y a des mots qui ne sont pas faits pour se dire, mais pour s'écouter.


13.11.2012

Murs

Portes de fer
qui s’ouvrent
qui claquent

veules promesses
longtemps déjouées
inscrites aux primes étoiles
des voies lactées
pas de surprise
comme venu
déjà

dormir
les chiens toujours vont au chenil
des odeurs rances
libertés égorgées
marches de crabes
sournois sur les coursives
et rêves peureux sur les non-dits
étroitesse malsaine
infects camemberts où s’agacent
les mouches d’un air putride
qui dansent aux
bruits des voix qui
hurlent
la douleur et les ordres
silences de vaincus

bourdons de radio
d’autobus au dehors
sous le Pont-Neuf
coule le Clain
à des siècles d'ici
à trois nuages bleus
  par-delà la lumière
déchirée  de
  six ombres verticales
tranxène pour
tes chaînes

valium pour delirium

et post-coma enfin
des gestes de survie
l’autre enfermement
celui des autres
au trottoir

tout droit de béton
il tourne en rond
l’espoir derrière les murs
cicatrices cousues
cicatrices quand même
et les rues qui défilent
les passants qui s’faufilent
entre la peur d’crever
et l'angoisse de vivre
les gardiens sont dehors
les gardiens sont dehors
ils sont dehors
et
gueulent
gueulent
ils gueulent
de plus en plus fort
et de plus en plus loin
rouges
comme le sang qu'on pissait
sur des tinettes immondes
où musardaient des rats
au museau de dément
ils gueulent

dans le vide sans fond
d'un océan où baigne
à perdre pied bientôt
la froide absurdité
des solitudes
humaines

28.09.2012

Marc Robine, La mémoire et la mer

... cette voix éraillée, légèrement cassée, au service d'un poème magnifique


27.09.2012

René-Guy Cadou, Marc Robine

littératureJe fais une petite pause dans l’enracinement de l’exil - sans jeu de mots facile -, car je voudrais vous faire partager mon émotion à l'écoute de ce texte de René-Guy Cadou mis en musique, simplement mais magistralement à mon goût,  par Marc Robine.
Marc Robine, René-Guy Cadou, Gaston Couté et bien d’autres… Si un jour je ne suis plus feignant, si un jour j’en ai la force et le talent, j'aimerais bien écrire une anthologie de tous ces poètes de cœur, ces poètes disparates, ces poètes du partage du monde, oubliés le plus souvent de notre mercantile saison, ces étoiles filantes comme j’aime à les appeler, qui ont traversé la vie avec la gourmandise du cœur, avec passion et très vite, trop vite, trop injustement foudroyés à la fleur de l’âge.
Marc Robine, grand passeur de mots, si vous ne le connaissez pas, je vous invite à lire ici, l’excellent hommage que lui rendit son copain Fred Hidalgo.
Quant à René-Guy Cadou, 1920-1951, le hussard en blouse, compagnon de Pierre Reverdy et de Max Jacob, vous le connaissez sans doute, poète sensible, très proche. On peut lire ici.
Ce texte-là me touche particulièrement, me donne des frissons aux cheveux, écrit par un jeune homme que la Faucheuse s'apprête à moissonner à l’âge de 31 ans, et qui le sait. Tout comme Couté, exactement quarante années auparavant :

 Que voulez-vous de moi,
Maintenant que je n’ai
Pas même pour saluer,
La grâce des poneys?


Peu d’années ont suffi

Pour voiler mon regard.

Et qu’on ne me cherche chicanes de droits d’auteurs pour cette mise en ligne, car je lancerai  alors le mot magnifique, généreux, de Marc Robine, inscrit sur un de ses albums :
Celui qui sera pris en flagrant délit de chanter l’une de ces chansons sans ma permission a toutes les chances de devenir l’un de mes bons copains.


Il faudra, hélas, faire fi, si possible, des fautes commises dans cette vidéo à peu d’années ont suffi, ainsi qu'à  graffiti


19.04.2012

Présidentielles élections

LE SIEUR HOLLANDE :

 LE SIEUR SARKOZY :

 LE RESTE DE LA CLIQUE :

Le Roi boiteux

Un roi d'Espagne, ou bien de France,
Avait un cor, un cor au pied;
C'était au pied gauche, je pense;
Il boitait à faire pitié.

Les courtisans, espèce adroite,
S'appliquèrent à l'imiter,
Et qui de gauche, qui de droite,
Ils apprirent tous à boiter.

On vit bientôt le bénéfice
Que cette mode rapportait;
Et de l'antichambre à l'office,
Tout le monde boitait,boitait.

Un jour, un seigneur de province,
Oubliant son nouveau métier,
Vint à passer devant le prince,
Ferme et droit comme un peuplier.

Tout le monde se mit à rire,
Excepté le roi qui, tout bas,
Murmura: "Monsieur, qu'est-ce à dire ?
Je vois que vous ne boitez pas."

"Sire, quelle erreur est la vôtre!
Je suis criblé de cors, voyez :
Si je marche plus droit qu'un autre,
C'est que je boite des deux pieds."

Gustave Nadaud - Musique G. Brassens

30.08.2011

Est-ce qu'on appelle ça un poème ?

 NON CREDO

 

Je ne crois ni à dieu ni à diable ni à hue ni à dia
Ni en haut ni en bas
Ni aux oiseaux ni aux demains
Qui chanteraient
Je ne crois plus aux nuits d’ivresse
Aux mots du philosophe aux phrases de l’écrivain
Au verbe du poète

Je ne crois pas n’ai jamais cru aux gens publics
Je ne crois ni aux hommes ni aux femmes ni même aux enfants
Je ne crois ni à la langue ni aux systèmes
De quelque côté des océans qu’ils se trouvent
Fussent-ils même de la lune des espaces intersidéraux
Je ne crois pas aux épaules des amis où appuyer ses doutes
Je ne crois pas aux larmes d’un frère
Mêlées aux miennes
Aux petits matins
Des grandes douleurs

 Je ne crois pas à l’univers
Que des yeux éberlués dans la nuit voudraient
  Infini
A la symbiose des esprits
A la vérité aux mots d’amour
Aux serments par le vent dilapidés
Je ne crois pas à la puissance des armes
Aux mémoires affligées des vaincus
Aux cris des vainqueurs
Aux guerres justes aux croisades
Aux idées
Aux démocrates

Je ne crois ni à l’argent ni à l’or
Je ne crois pas aux voleurs aux pilleurs aux vandales
A la bonté à la morale à l’éthique
Aux chiens perdus aux gens heureux aux repentants aux honnêtes gens

Je ne crois en Rien
Sinon en Toi
Alors je crois en Tout

Puisque je crois en Nous
Ton cul est une étoile

Janvier 2009

26.08.2011

Gaston Couté - 1880.1911

littératureGaston Couté fait partie de ces étoiles filantes, incompréhensibles au cœur du bourgeois, qui traversent à toute vitesse le ciel des poésies mutines, mais ne meurent cependant jamais complètement, laissant derrière eux, comme une blessure, comme un désespoir,  une traînée de lumière sur le ciel de la nuit, dont on ne cesse d’être ébloui.
Il avait chanté : J’ai vingt ans et j’peux en vivre cent. Il est mort à  31 ans, terrassé par la sous-alimentation et l’alcool.
Fils d’un meunier de Meung-sur-Loire, la cité où plane toujours le souvenir de François Villon, ce libertaire au grand cœur - à qui Brassens et Ferré doivent beaucoup - prit le travers des champs et voulut s’essayer dans les cabarets parisiens où, parfois, comme à l’Ane rouge, son cachet n’était constitué que d’un café crème.
Devant son  cercueil, juste après avoir jeté la poignée de terre symbolique sur le cercueil,  le père Couté, incapable de pardonner et de comprendre les errances de son fils, prononça : "T'as voulu y venir à Paris, eh ben, t'y v'là maint'nant !"

Beaucoup de respect, et plus encore, pour ce lointain et fraternel En-dehors.

L'Amour qui s'fout d'tout

Le gars était un tâcheron
N’ayant que ses bras pour fortune ;
La fille : celle du patron,
Un gros fermier de la commune.
Ils s’aimaient tous deux tant et plus. (bis)
Ecoutez ça, les bonnes gens
Petits de cœur et gros d’argent !
Ecoutez ça ils s’aimaient tant et plus
L’Amour, ça se fout des écus !

 Lorsqu’ils s’en revenaient du bal
Par les minuits clairs d’assemblée,
Au risque d’un procès-verbal,
Ils faisaient de larges roulées
Au plein des blés profonds et droits, (bis)
Ecoutez ça, les bonnes gens
Qu’un bicorne rend grelottants !
Ecoutez ça des blés profonds et droits
L’Amour, ça se fout de la Loi !

 Un jour, s’en furent tous deux prier
Elle : son père ! Et lui : son maître !
De les laisser se marier.
Mais le vieux les envoya paître ;
Alors, ils prirent la clé des champs. (bis)
Ecoutez ça, les bonnes gens
Qui respectez les cheveux blancs !
Ecoutez ça ils prirent la clé des champs
L’Amour, ça se fout des parents !

 S’en furent dans quelque cité,
Loin des labours et des jachères ;
Passèrent ensemble un été,
Puis, tout d’un coup, ils se fâchèrent
Et se quittèrent bêtement. (bis)
Ecoutez ça, les bonnes gens
Mariés, cocus et
puis contents !
Ecoutez ça ils s’quittèrent bêtement
L’Amour, ça se fout des amants !

 

03.03.2011

La musique ça se conjugue au présent

A l'époque de la publication de mon bouquin sur Brassens, je recevais beaucoup de courrier. Par la poste.
Un monsieur québecois et médecin de son état m'avait ainsi fait parvenir une longue missive pour me dire tout le bien qu'il pensait de mon livre et aussi qu'il s'était acheté à Paris la même guitare que Brassens, chez le fameux luthier Jacques Favino, et qu'il s'évertuait à jouer exactement, au centième de mesure près, comme le bon Maître.
J'avais répondu - gentiment - que je n'en voyais ni l'utilité, ni le plaisir qu'on pouvait en tirer. Que l'éternité d'une oeuvre résidait précisément dans sa relecture subjective, affective, sensible, adaptée à soi.

Plus tard, beaucoup plus tard, comme pour faire écho à ma réponse, j'avais découvert ça.  C'est simple et c'est beau et c'est juste.
Contacté, l'artiste m'avait  donné l'autorisation de publier ici sa vidéo.
La musique, ça se conjugue vraiment  au présent.

Quand on prend sa guitare, il n'y a pas de concordances des tons au passé, sinon décomposé.


02.10.2010

Cadeau pour Hortefeux et sa clique


"Preuve peut-être bien de votre inexistence...."

23.06.2010

Le plaisir des mots entrelacés

24.04.2010

Quand les mots servent le rire et l'absurde...

...ils sont aussi littérature .

17.12.2008

Franche répartie

Le colonel Bigeard à Brassens :

- Et vous, Brassens, vous aimez votre patrie ?

Brassens :

- Je n'aime pas ma patrie. En revanche, j'aime beaucoup la France.

 

 

05.12.2008

Quand le désespoir est beauté par force de poésie

 

12.11.2008

Rue Réaumur

Chanson écrite vers 2001, retrouvée par hasard en tentant de ranger divers papiers jetés pêle-mêle dans un carton -  Musique : Lam, Mi 7, Lam, Rém, Sol 7, Do.....Mim....Lam..etc.
Y'a guère plus simple.

 

DSCF2282.JPG

 

Un soir d’intempérie
Les rues de La Rochelle
Etaient noires de pluie
Et pas une donzelle
Ne battait le pavé
De son talon usé.
Le vent rasait les murs
De la rue Réaumur

Devant un p’tit bistrot
Délabré, mal famé
Chantait un vieux poivrot
Sur l’mode improvisé
Une espèce de romance
Qui parlait de l‘enfance.
Le vent rasait les murs
De la rue Réaumur.

Son soulier défoncé
Titubait au ruisseau :
« Même que j‘ai voyagé
Jadis j’étais mat’lot
Mon père a fait de moi
Le pauvre hère que voilà,
Pour m’avoir trop nourri
De sa philosophie.

Les roses de mon berceau
Etaient bardées d’épines
Il disait qu’cétait beau
De vivre de rapines,
Que de violer les lois
Ecrites pour le bourgeois,
C’était faire le bien
Pour les pauvres et les chiens !

J’ai suivi son chemin
De Damas en prison
Et c’est pas pour demain
Qu’jaurai plus mes haillons.
Que c’est triste de vivre
J’crois qu’jai lu tous les livres
Déférence gardée
Pour  Stéphane  Mallarmé. »

Mais bientôt il hurlait
Les mots de sa chanson
Plus qu’il ne les chantait,
C’était vraie déraison.
Alertés par le bruit
De ces cris  dans la  nuit
Surgirent des pandores
Pour le prendre à bras l’corps.

Ils furent accueillis
Par une volée d’injures.
Soudain le vieux débris
Perdant toute mesure
Planta son grand couteau
Dans le ventre du plus gros
Qui mourut aussitôt
Le nez au caniveau.


Quelques années passées
J‘appris dans les journaux
Qu’on avait condamné
Sa tête  à l’échafaud.
On y disait à tort
Qu’il n’avait point d’remords
D’avoir donné la mort
A ce bougre d’ pandore.

Car moi qui l’ai connu,
Je n’vous dirai pas où,
Lui qui avait tant lu
Il n’était pas voyou
Terminant sa chanson
Même de piètre  façon
Jamais n’aurait commis
C‘pourquoi on l'a occis !

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20.05.2008

Sans la musique, la vie serait une erreur - Nietzsche

J'aime vraiment le jeu de Gary Moore.
Sa façon un peu inquiète de se retourner vers les musiciens, de lever le doigt juste avant d'entamer le solo et aussi, époustouflant, la dextérité du phrasé quand il revient au micro.  Les doigts à la vitesse de la lumière.
Et puis, écoutez vraiment jusqu'au bout : L'impro, abandon du thème principal, du moins son prolongement en sauts de gammes...L'artiste emporté par son art. Osmose . La guitare comme  organe et  protubérance visible de l'émotion du langage.
Un grand.
J'aime vraiment et je mets ça en littérature, n'en déplaise aux puristes, (la pureté étant souvent l'arbre cache-sexe d'une forêt de médiocrité) parce que cette sensation d'une totalité, d'un bonheur fugace, elle submerge aussi et parfois l'écrivain.
Quand ça veut rire.