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mercredi, 03 octobre 2007
Voltaire et la Pologne
Enoncer que Voltaire était un esprit exceptionnellement brillant est un lieu tellement commun qu’il en est déconcertant.
Dire que Voltaire était également éminemment versatile, sans être tout à fait original, constitue une allégation est un peu plus relevée.
Affirmer, comme je me propose de le faire, que c’était aussi un piètre observateur des choses de son époque, participe alors d’une appréciation scandaleuse que beaucoup ne manqueront pas de ranger au rang des hérésies intellectuelles.
Mais les anathèmes ne m’effraient pas.
D’abord, si ses écrits, comme ceux de bien d’autres, servirent de terreau fertile aux idées révolutionnaires, ils furent aussi les lumières qui permirent au despotisme de perdurer un peu plus longtemps, en se prétendant justement éclairé. Mais ne lui en tenons pas rigueur : c’est le lot de toute critique radicalement intelligente que de renseigner l’adversaire sur ses failles les plus réelles et les plus menaçantes pour sa survie afin qu’il y sursoie, tout aussi intelligemment, et assure ainsi la pérennité de sa domination.
C’est le lot de toute critique mais, à mon goût, on le passe bien trop souvent sous silence s’agissant de Voltaire.
Ensuite, s’il fut certes, deux fois embastillé par un régime qu’il conspuait à merveille, il se fit aussi le thuriféraire d’une Angleterre royale, qualifiée de pays de la liberté, et fut également accueilli à bras ouverts par le roi de Prusse. Passons encore.
Nul n’est prophète en son pays.
Ce qui me dérange beaucoup plus, ce sont ses divagations sur la Pologne, où il n’a jamais mis les pieds, où il ne comptait aucun ami et où il était cependant beaucoup lu et même influent. Ses détracteurs y étaient bien évidemment les catholiques.
Mais pour être décrié par des catholiques point n’est besoin d’être un grand subversif. Suffit juste d’être un homme qui écrit le mot « liberté ».
Pour être déjà une République, la Pologne intriguait donc Voltaire. Le nom sans doute le fascinait.
Mais une République nobiliaire. Une République avec un roi, donc une forte centralisation du pouvoir. Voltaire y perdait son latin.
Ainsi quand les nobles non catholiques exigèrent eux aussi de participer au pouvoir, Voltaire les soutint-il en même temps que Catherine de Russie. On ne peut être que d’accord. Mais les aristocrates catholiques, soucieux de leur hégémonie, comme tous les catholiques de l’histoire et du monde et pour juguler l’influence grandissante de la Russie, ne l’entendirent pas de cette oreille. Ils constituèrent alors la confédération de Bar, notre Fronde, et s’attirèrent ainsi les foudres de la grande Catherine, qui n’attendait que le prétexte de l’intransigeance de ces catholiques polonais pour voler au secours de son amant, le roi de Pologne, et surtout pour engloutir le pays.
Attiré, subjugué, séduit par les discours de la grande impératrice, despote sanguinaire, plus encline à convaincre ses contradicteurs par le glaive que par la joute verbale et au regard de laquelle Louis XV eût pu apparaître comme un grand démocrate, Voltaire se prononça avec enthousiasme pour une intervention militaire en Pologne.
C’est assez troublant pour une Lumière.
Une Lumière aveuglée par ses propres reflets et qui ne voyait en la Russie qu’une adversaire redoutable du catholicisme et de « la cour de Rome ».
Funeste et grossière erreur d’appréciation. La Tsarine nymphomane écrasa les confédérés mais aussi et surtout la Pologne, qu’elle se partagea comme une ogresse avec l‘Autriche et la Prusse.
C’était en 1772. Le premier partage d’une série de trois dont le dernier, en 1795, rayera carrément le pays de la carte, même dans sa dénomination, pendant 123 ans, jusqu’au 11 novembre 1918.
Le moins que l’on puisse dire c’est que si Voltaire n’était pas un salopard, il était un candide qui n’entendait strictement rien aux préoccupations expansionnistes des despotismes de son temps et d’Europe.
Il avouera d’ailleurs, dans une lettre à Frédérique II à propos de cette affaire de la mise à sac de la Pologne: « J’ai été attrapé comme un sot .. .»
C’est exactement ce que je voulais dire. Sans vraiment oser.
Mais il l’avait dit mieux que moi.
Dire que Voltaire était également éminemment versatile, sans être tout à fait original, constitue une allégation est un peu plus relevée.
Affirmer, comme je me propose de le faire, que c’était aussi un piètre observateur des choses de son époque, participe alors d’une appréciation scandaleuse que beaucoup ne manqueront pas de ranger au rang des hérésies intellectuelles.
Mais les anathèmes ne m’effraient pas.
D’abord, si ses écrits, comme ceux de bien d’autres, servirent de terreau fertile aux idées révolutionnaires, ils furent aussi les lumières qui permirent au despotisme de perdurer un peu plus longtemps, en se prétendant justement éclairé. Mais ne lui en tenons pas rigueur : c’est le lot de toute critique radicalement intelligente que de renseigner l’adversaire sur ses failles les plus réelles et les plus menaçantes pour sa survie afin qu’il y sursoie, tout aussi intelligemment, et assure ainsi la pérennité de sa domination.
C’est le lot de toute critique mais, à mon goût, on le passe bien trop souvent sous silence s’agissant de Voltaire.
Ensuite, s’il fut certes, deux fois embastillé par un régime qu’il conspuait à merveille, il se fit aussi le thuriféraire d’une Angleterre royale, qualifiée de pays de la liberté, et fut également accueilli à bras ouverts par le roi de Prusse. Passons encore.
Nul n’est prophète en son pays.
Ce qui me dérange beaucoup plus, ce sont ses divagations sur la Pologne, où il n’a jamais mis les pieds, où il ne comptait aucun ami et où il était cependant beaucoup lu et même influent. Ses détracteurs y étaient bien évidemment les catholiques.
Mais pour être décrié par des catholiques point n’est besoin d’être un grand subversif. Suffit juste d’être un homme qui écrit le mot « liberté ».
Pour être déjà une République, la Pologne intriguait donc Voltaire. Le nom sans doute le fascinait.
Mais une République nobiliaire. Une République avec un roi, donc une forte centralisation du pouvoir. Voltaire y perdait son latin.
Ainsi quand les nobles non catholiques exigèrent eux aussi de participer au pouvoir, Voltaire les soutint-il en même temps que Catherine de Russie. On ne peut être que d’accord. Mais les aristocrates catholiques, soucieux de leur hégémonie, comme tous les catholiques de l’histoire et du monde et pour juguler l’influence grandissante de la Russie, ne l’entendirent pas de cette oreille. Ils constituèrent alors la confédération de Bar, notre Fronde, et s’attirèrent ainsi les foudres de la grande Catherine, qui n’attendait que le prétexte de l’intransigeance de ces catholiques polonais pour voler au secours de son amant, le roi de Pologne, et surtout pour engloutir le pays.
Attiré, subjugué, séduit par les discours de la grande impératrice, despote sanguinaire, plus encline à convaincre ses contradicteurs par le glaive que par la joute verbale et au regard de laquelle Louis XV eût pu apparaître comme un grand démocrate, Voltaire se prononça avec enthousiasme pour une intervention militaire en Pologne.
C’est assez troublant pour une Lumière.
Une Lumière aveuglée par ses propres reflets et qui ne voyait en la Russie qu’une adversaire redoutable du catholicisme et de « la cour de Rome ».
Funeste et grossière erreur d’appréciation. La Tsarine nymphomane écrasa les confédérés mais aussi et surtout la Pologne, qu’elle se partagea comme une ogresse avec l‘Autriche et la Prusse.
C’était en 1772. Le premier partage d’une série de trois dont le dernier, en 1795, rayera carrément le pays de la carte, même dans sa dénomination, pendant 123 ans, jusqu’au 11 novembre 1918.
Le moins que l’on puisse dire c’est que si Voltaire n’était pas un salopard, il était un candide qui n’entendait strictement rien aux préoccupations expansionnistes des despotismes de son temps et d’Europe.
Il avouera d’ailleurs, dans une lettre à Frédérique II à propos de cette affaire de la mise à sac de la Pologne: « J’ai été attrapé comme un sot .. .»
C’est exactement ce que je voulais dire. Sans vraiment oser.
Mais il l’avait dit mieux que moi.
08:40 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : litterature



Commentaires
Il est un fait que le soutien de Voltaire aux despotes éclairés m’a toujours surpris. Mais bon, il faut se remettre dans le contexte de l’époque. Le fait qu’ils fussent éclairés donnait sans doute l‘impression d’un progrès.
Et puis je crois que nous sommes beaucoup plus démocrates que Voltaire ne pouvait l’être. C’était finalement un grand bourgeois, qui possédait un château et qui fréquentait les grands de ce monde.
Son esprit aiguisé me plait par ailleurs, mais il est clair qu’en luttant contre l’ancien régime il a contribué à la chute de la noblesse et à l’avènement de la bourgeoisie. Pensait-il au peuple, quand il parlait de la liberté ? Ce n’est pas si sûr.
Pour le coup de la Pologne, il est clair qu’il n’a rien compris. On peut supposer d’ailleurs que les princes se servaient de lui à son insu, profitant de sa réputation pour cautionner leurs actions.
Mais on a connu d’autre génies aussi peu clairvoyants. Voir Sartre et son obstination à nier l’existence des goulags.
Ecrit par : Feuilly | jeudi, 04 octobre 2007
Sartre,oui, il a nié aussi l'inconscient parce que, évidemment, ça collait pas avec le libre arbitre de l'existentialisme. Il avait donc besoin de cette négation pour sa recette de cuisine. Il s'est retracté, quand même, rendons-lui cette justice. Mais que dire d'Aragon et de son "ignorance" du massacre de Katyn et des ignobles procès de Moscou ?
Je me suis toujours demandé comment on pouvait etre poète, intellectuel, ècrivain et communiste après le pacte Hitler /Staline.
On sait que la Pologne envahie le 1er septembre 1939, la guerre a été déclarée. On ignore, on passe sous silence, on triche, car on ne dit pas que cette même Pologne a été envahie et mise a sac le 17 septembre par Staline...Pourquoi les belles démocraties donneuses de leçons n'ont-elles pas déclaré la guerre à Staline ? La réponse est dans la question....
Ecrit par : redonnet | jeudi, 04 octobre 2007
De fait, comme on oublie de dire que les communistes envoyés par Moscou en Espagne durant la guerre civile étaient plus efficaces dans l’élimination des anarchistes que dans la lutte anti-franquiste (n’en déplaise à Monsieur Malraux).
Voir la fin de Victor Serge (qui avait pourtant contribué, un temps, à mettre en place le système d’état voulu par Lénine), mais qui moura dans la misère au Mexique (après avoir été enfermé dans les camps de Sibérie pour trotskisme).
Notons que là Malraux (et quelques autres comme Romain Roland) a su être efficace en montant une campagne internationale pour le faire libérer.
Ecrit par : Feuilly | jeudi, 04 octobre 2007
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