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  <title>L'EXIL DES MOTS</title>
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  <subtitle>Le sage sait trop que l'opprimé qui se plaint aspire à devenir oppresseur. - Han Ryner -</subtitle>
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        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>Fraternelle guitare</title>
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      <updated>2013-06-19T07:57:53+02:00</updated>
      <published>2013-06-18T11:20:00+02:00</published>
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          &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-indent: 35.45pt; line-height: 150%; text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Je remets aujourd'hui en ligne ce texte extrait du &lt;em&gt;Silence des chrysanthèmes,&lt;/em&gt; parce que mon frère aîné, hier, a rejoint les ombres éternelles de l'éternel inconnu.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Il est le premier de ma famille à se rendre à l'universelle&amp;nbsp; convocation des destinées.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Avec tristesse, depuis mes contrées lointaines, ce sera ma manière à moi, en vous parlant de lui que vous n'avez jamais vu ni ne verrez jamais,&amp;nbsp; de lui rendre hommage et de fleurir sa mémoire.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Ne me tenez cependant pas rigueur, je vous prie, de ce que, exceptionnellement, j'ai cru bon de fermer les commentaires.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Bien à Vous tous.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt; &lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify; text-indent: 35.45pt; line-height: 150%;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4149168&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/02/02/2646818566.JPG&quot; alt=&quot;littérature,écriture&quot; width=&quot;263&quot; height=&quot;351&quot; /&gt;&lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt;enuisier ébéniste de son état, mon frère aîné fut un jour pris d'une idée lumineuse.&lt;br /&gt; Il me prouva de la sorte que ses outils étaient beaucoup plus utiles que mes livres ou du moins qu'il savait s'en mieux servir. Son idée donna en effet à ma jeune vie une impulsion nouvelle qui ne devait plus s'éteindre.&lt;br /&gt; Il poussa un beau jour la lourde porte de la maison, portant dans ses bras une guitare ; une guitare énorme qu'il avait eu la curieuse fantaisie de fabriquer lui-même, sur ses temps libres, dans l'atelier de son bonhomme de patron.&lt;br /&gt; Il était aux anges et souriait benoîtement en exhibant son chef-d'œuvre à bout de bras. Il fut accueilli comme un Père-Noël, toute la tribu regroupée autour de lui, questionnant, touchant et caressant du doigt le singulier instrument, balbutiant des questions, du style comment t'as fait ça, quand, pourquoi et c'est pour qui ?&lt;br /&gt; L'un ou l'une demanda même, c'est quoi exactement ?&lt;br /&gt; Ma mère resta tout bonnement perplexe devant tant d'ingéniosité. Elle regardait quand même avec forte suspicion l'objet, se demandant sans doute ce qu'il venait faire dans cette maison où seul l'utile avait eu jusqu'alors droit de cité. Elle prit l'instrument, le retourna, l'examina, dit nom d'un chien que c'était lourd et le rendit à son créateur en demandant qu'il en joue. Peut-être même nourrissait-elle quelque secret espoir d'être accompagnée et se préparait-elle à chanter.&lt;br /&gt; Le génial artisan tambourina énergiquement sa main d'expert menuisier sur les cordes, qui rendirent un timbre métallique tellement discordant et tellement abominable que ma mère ordonna qu'il arrêtât sur le champ. Sans doute fort déçue, elle fit pendre aussitôt au mur l'original ustensile par la bandoulière de tissu fleuri, dont mon frère avait pris soin de l'équiper.&lt;br /&gt; Ce fut tout. Le jugement était sans appel.&lt;br /&gt; On admira un temps l'ornement pittoresque aux formes joliment arrondies sous son vernis acajou. Puis on l'oublia, son gros ventre réduit au silence se recouvrit des poussières du mépris général.&lt;br /&gt; Mon frère passa à la fabrication de maisons et de monuments en allumettes, avec des fenêtres en papier brillant, de toutes les couleurs, vertes, orange, rouges et qu'on installa partout, sur la cheminée, sur les étagères, sur l'armoire, dans la chambre. La maison n'était plus qu'un grotesque musée en allumettes, d'autant plus qu'un deuxième frère s'était mis en devoir de plagier le menuisier. Tous les deux rivalisaient alors d'imagination et y passaient leurs soirées sous la chandelle, avec des doubles décimètres, du carton, de la colle, des papiers et des lames de rasoir faisant office de scies. Lorsque, leur délire de surenchère atteignant les mesures du déraisonnable, ils entreprirent la reconstitution commune de la cathédrale de Chartres, les maîtres du gothique flamboyant durent pousser des cris d'effroi et d'outre tombe !&lt;br /&gt; J'étais cependant tombé amoureux de la guimbarde et chaque fois que je le pouvais, je la décrochais de sa potence de proscrite pour en faire grincer les cordes. J'appuyais comme un forcené sur les cases, jusqu'à la troisième. Au-delà, la pression réclamée était si puissante qu'aucun son digne de ce nom ne pouvait en être espéré et que mes pauvres doigts s'en tordaient de douleur.&lt;br /&gt; Un jour de solitude et de désert, je volai des partitions, des livres de solfège et des grilles d'accords qui traînaient sur un vieux piano, au fond de la salle &lt;em&gt;dite&lt;/em&gt; de musique du collège. Bien sûr, tout indiquait la bande des trois ou quatre relégués dominicaux puisque le larcin avait été commis sur un week-end : le professeur de musique en était absolument certain, ce qui était pourtant misérablement faux. J'avais en effet récupéré ces écritures musicales un jeudi après-midi, quand tout le monde était à la télévision, récréation tellement nouvelle qu'elle en était sacrée, et dont j'avais été évidemment privé pour une énième insolence faite aux règlements. &lt;br /&gt;Cette erreur d'appréciation du professeur de musique - si elle n'était pas une manifestation de sa mauvaise foi - me donna par la suite le courage d'affronter d'aussi faillibles accusateurs. Plus même. Je n'ai dès lors jamais pu souffrir un accusateur, que ses accusations soient proférées à mon encontre ou&amp;nbsp; contre un camarade, sans en contester l'honnêteté et la légitimité. &lt;br /&gt; Plusieurs fois interrogé, jamais je n'avouai et m'indignai même ouvertement d'aussi désobligeantes&amp;nbsp; inculpations. J'avais vaguement entendu parler d'une espèce de pape de l'instruction publique chargé de vérifier si tout allait bien, si les professeurs faisaient bien leur travail et si les directeurs et les surveillants faisaient bien respecter les divers règlements. Je tentai un coup audacieux et menaçai alors d'écrire à l'inspecteur d'Académie, si on ne cessait pas de me harceler avec cette histoire de musique disparue, dont je n'avais que faire ! L'impudence effraya tout le monde, du balayeur au directeur. On eût dit que j'avais menacé d'introduire un putois dans un poulailler. On abandonna les perquisitions dans mon armoire et sous mon lit. Parmi mes livres et mes cahiers de la salle d'étude également.&lt;br /&gt; Ils n'auraient pas trouvé, de toutes façons. Un ami - où que tu sois aujourd'hui, je te salue, camarade ! - un des trois voyous qui allaient à la messe dans l'unique dessein de&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt; fumer des cigarettes,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; avait été chargé d'escamoter le larcin à l'extérieur.&lt;br /&gt; Je crois même que ma mère avait été interrogée par écrit. Elle avait réexpédié des salutations fort distinguées qui disaient sa haute considération pour le service public, qui m'innocentaient complètement et qui ne se démentirent jamais, même lorsqu'elle me vit bien plus tard absorbé, tel un moine sur ses grimoires, dans la contemplation des cahiers de portées musicales.&lt;br /&gt; J'appris les notes, une à une, pas encore les dièses et les bémols, mais les notes inaltérées. Comme tous les autodidactes, je commençai par massacrer &lt;em&gt;Jeux Interdits&lt;/em&gt;, juste avant de tordre le cou au &lt;em&gt;Pénitencier&lt;/em&gt;. Toutes les heures de mes vacances y étaient consacrées. J'avais l'énorme et lourd instrument sur les genoux, je suais sang et eau, besognant, recommençant, chantant, hurlant, m'égosillant. Je maîtrisais maintenant le mi mineur, tant romantique, si beau et si simple, et le la mineur aussi. Je passai à l'apprentissage du Do, puis du mi et du ré. L'heure était venue de m'aventurer jusqu'au fa.&lt;br /&gt; Sur cet instrument de torture, je m'échinai quasiment six mois pour lui donner une allure à peu près présentable.&lt;br /&gt; La guitare était mon amie, mon âme soeur, la confidente de toutes mes mélancolies et pensées secrètes d'adolescent. J'en délaissais les livres, du moins à la maison, et ma mère me conjurait d'arrêter le massacre. Elle menaça plusieurs fois de passer l'instrument par les flammes de la cheminée. En retour, je la menaçai moi-même d'incendier toute la maison si elle s'avisait de commettre un tel crime. Venant de moi, l'avertissement fut pris très au sérieux et il nous fallut trouver un compromis acceptable :&amp;nbsp; je ne jouerai désormais qu'au dehors ou dans la grange sur des tas de bûches et même, s'il faisait froid, dans le toit du cochon.&lt;br /&gt;Ce dernier sembla s'en distraire en battant la mesure de ses grandes oreilles poilues et en me regardant de ses gros yeux d'imbécile de cochon.&lt;br /&gt; Un goret fut ainsi mon premier auditeur.&lt;br /&gt; Je maîtrisais maintenant une gamme d'accords assez complète pour m'essayer à mes propres chansons. Même si elles débutaient toutes par un mi mineur ou par un la mineur, ou même si leur structure musicale se réduisait à ces deux accords-là, je n'en étais pas moins&amp;nbsp; fier. J'y mettais les paroles puériles d'une révolte déjà adulte. Je voulais toujours être un écrivain mais, en plus, un chanteur de poésie.&lt;br /&gt; Ma rencontre avec Brassens était dès lors inévitable.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Georgia','serif'; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt; Elle eut pour moi valeur de révélation. Quelqu’un, un poète, interprétait sur une guitare le monde tel que je voulais qu’on l’interprétât. Je m’en sentis du coup beaucoup moins seul, il y avait là de quoi assouvir mes deux passions. Je me suis blotti sous l’aile protectrice de cet iconoclaste moustachu et jamais plus n’en suis sorti.&lt;br /&gt;J’y ai rencontré bien sûr quelques bons copains, des amis, des complices de passage, qui, eux aussi, étaient là pour chanter à la fois leur mal de vivre et leur plaisir du monde, comme si, sans jamais nous être croisés, nous avions grandi à la tétine d’une même mamelle.&lt;br /&gt;Aujourd’hui encore, il n’est pas de jour sans que je ne fasse vibrer sur ma guitare, une guitare si souple et si agile qu’elle ressemble à la première autant qu’une gazelle à un dinosaure, un des poèmes de l’oeuvre monumentale et toujours à découvrir, comme si elle suivait pas à pas les évolutions de ma pensée et de mes émois, comme si elle m’accompagnait dans l’inéluctable cheminement vers les ténèbres, m’offrant chaque fois, de ce cheminement et de ces émois, une lecture toujours remise au goût du cœur et des saisons. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Georgia','serif'; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Alors, Toi, le luthier velléitaire d’une unique lubie, le bâtisseur de burlesques monuments, Toi, mon frère, tu ne sauras jamais quelle indestructible cathédrale tu as élevée en moi&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Georgia','serif'; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;br /&gt;Quand tu mourras, quand le croquemort t’emportera, qu’il ait au moins la bonté de te conduire à travers ciel, au père éternel ou ailleurs. Là où tu voudras, mais en tout cas là où tu seras bien, mon frère lointain. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: book antiqua,palatino;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Le silence des chrysanthèmes&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>Le Docteur Zola</title>
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      <updated>2013-06-17T14:06:48+02:00</updated>
      <published>2013-06-17T12:04:00+02:00</published>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4147887&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/02/02/3174393771.jpg&quot; alt=&quot;R150074015.jpg&quot; width=&quot;231&quot; height=&quot;324&quot; /&gt;En situation d’attente, par désœuvrement, donc, beaucoup plus que par envie réelle, je lisais ce matin un texte sur la façon dont Emile Zola avait préparé son dernier roman de la série des Rougon-Macquart, le &lt;em&gt;Docteur Pascal&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;Comment faire un roman, qui par nature et tradition est une fiction, avec à l’esprit la prétention, sinon d’une démonstration, du moins d’une illustration scientifique&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Zola consulte des amis professeurs de médecine, tous spécialistes de l’hérédité et de ses lois, relit des notes, découpe dans de vieux journaux des articles sur le sujet, compare, compile, peaufine l’arbre généalogique qui, depuis le début, lui sert de canevas, et en oublie bientôt qu’il lui faudrait quand même un semblant d’intrigue.&lt;br /&gt; Il ébauche la rédaction, s’aperçoit qu’il a trop de personnages, délaye et en supprime, notamment une dénommée Marie, qui ne verra donc jamais le jour littéraire se lever sur son existence putative, supplantée par une certaine Clotilde, nièce et bientôt amante du Docteur Pascal.&lt;br /&gt;Le romancier ne perd cependant pas de vue qu’il fait &lt;em&gt;œuvre scientifique&lt;/em&gt; et la dernière note à son feuilleton fleuve doit aussi en être le point d’orgue.&lt;br /&gt;L’écrivain hésite donc entre l’inspiration littéraire et la connaissance didactique qu’il prétend avoir de son sujet.&lt;br /&gt;Tout cela se passe à Médan et tout cela se passe assez bien quand, tout à coup, patatras&amp;nbsp;! madame Zola découvre la liaison clandestine que monsieur Zola entretient avec Jeanne Rozerot. &lt;em&gt;Un orage furieux secoue&lt;/em&gt; alors le couple, on s’en doute un peu si tant est qu’on ait vécu en couple et qu‘on ait voulu, furtivement, vivre un jour une liaison volée au quotidien et à l’ennui des jours. Le bon petit père Zola, on peut s’en douter aussi si l’on a bien lu son œuvre et sa biographie, choisit la fuite en avant, et, pour bien montrer qu’elle reste prioritaire, embarque sa légitime dans un long périple en Normandie, puis à Lourdes (espérait-il un miracle&amp;nbsp;?), puis à Aix-en-Provence, Marseille, Cannes, Nice, Gênes, Monte-Carlo, délaissant ainsi, ostensiblement, la maîtresse.&lt;br /&gt;Voyager, c’est un peu guérir, sinon son âme, du moins les apparences de cette âme, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Mais le Docteur Pascal&amp;nbsp;dans tout ça ? Hé bien le Docteur pascal, lui, prisonnier dans la tête de l’amant pris la main dans le sac, tombe pendant ce temps-là amoureux de sa nièce, un amour impossible, à la limite de l’inceste, un amour de tragédie grecque.&lt;br /&gt;Le romancier peut dès lors se remettre au travail, sublimer sa frustration d’avoir sacrifié son amour fautif au profit de la bienséance sociale, et découvrir le plan général de son livre.&lt;br /&gt;Je dirais donc que sans l’aventure amoureuse de Zola et de Jeanne - la mésaventure plutôt -&amp;nbsp; le Docteur Pascal aurait certainement suivi un destin tout à fait différent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai l’air de moquer, mais l’air seulement.&lt;br /&gt;Car peu d’écrits au monde, même les plus peaufinés littérairement, peuvent en effet se targuer d’être pétris dans la pure fiction, nés, un peu comme les microbes de &lt;em&gt;la génération spontanée&lt;/em&gt; de Claude Bernard à qui Zola emprunta la méthode et le mot &quot;expérimental&quot; en l'appliquant au roman, de l’imaginaire absolu.&lt;br /&gt;A dire vrai, je ne me souviens plus très bien du &lt;em&gt;Docteur pascal&lt;/em&gt;, lu il y a quelque quarante ans. Mais, ce matin, en situation d’attente, par désœuvrement, donc, plus que par envie réelle, j’ai eu l’impression d’assister à sa véritable naissance et j'ai souri.&lt;br /&gt;L’hérédité et ses lois, dans tout ça, me semblent bien n’avoir que l’importance d’un décor, voire celle d’un prétexte.&lt;br /&gt;Et qu’est-ce qu’on peut ingurgiter comme fadaises, quand même, sur les bancs d’un lycée&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>Des branches branchées</title>
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      <updated>2013-06-13T09:46:03+02:00</updated>
      <published>2013-06-14T12:00:00+02:00</published>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: book antiqua,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;img id=&quot;media-2021049&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/01/01/142568998.jpg&quot; alt=&quot;savoir.jpg&quot; width=&quot;257&quot; height=&quot;345&quot; /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;D&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;ans un autre monde, dans un pays lointain, dans&amp;nbsp; une structure honorable mais en des temps pas si reculés que ça, des esprits bienveillants&amp;nbsp; m'avaient un jour choisi&amp;nbsp; pour être un communiquant.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Un qui relaierait sur toutes les branches et brindilles de l’arbre de la susdite structure honorable, les messages des grands décideurs perchés tout là-haut sur les cimes azurées, trop haut pour être entendus de tous.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; A moins qu’ils ne se soient mis en devoir de crier, ce qui aurait été quand même peu élégant et peu convenable en ces lieux réputés pondérés.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; On aurait pu raccourcir l’arbre, certes, enlever des branches pour qu'il soit plus lisible, l’émonder quoi ...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; Bien-sûr… Oui sans doute… C’eût été une solution… J'y pensais même souvent... Surtout qu'il y avait beaucoup de ces branches qui n'étaient que du vent : on ne les voyait que lorsqu'elles bougeaient.&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt; &lt;br /&gt; Mais tel&amp;nbsp; ne fut pas le cas, alors on me&amp;nbsp; gratifia&amp;nbsp; de cette grande marque de confiance qui consistait à être le haut-parleur des Olympes. Des esprits chagrins, des fâcheux, des qui n'sont jamais contents du sort des autres, allaient même jusqu’à dire « &lt;em&gt;à être la voix de son maître&lt;/em&gt; ».&lt;br /&gt; C'est malin !&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;Faisant fi de ces bas sarcasmes et bombant même avantageusement le torse, je m’étais senti&amp;nbsp; investi d’un bien noble mandat.&lt;br /&gt; Je fus en outre affublé du titre de c&lt;em&gt;hargé de communication&lt;/em&gt; et c'est ainsi travesti que je me mis d'arrache-pied au travail. Travail de réunion,&amp;nbsp; travail de compilation d'informations, travail de synthèse&amp;nbsp; et de rédaction.&lt;br /&gt; Mais, tout &lt;em&gt;chargé&lt;/em&gt; que je fusse, j’avais juste au-dessus de ma tête une branche plus &lt;em&gt;chargée &lt;/em&gt;encore, à qui je devais pépier mes élucubrations, laquelle branche avait elle-même une autre branche au-dessus d'elle, une &lt;em&gt;surchargée&lt;/em&gt;, à qui elle devait gazouiller l’avancée de mes travaux et dont elle recevait aussi des directives.&lt;br /&gt; Pas facile, tout ça…Un qui pépie, un qui gazouille, l'autre qui siffle, arrivé là haut, ça finit par faire une belle cacophonie.&lt;br /&gt; Bref, ces trois branches-là, dont moi, causèrent longtemps pour mettre au point une stratégie de distribution des messages.&lt;br /&gt; Et là, je n’y entendis soudain plus goutte.&lt;br /&gt; J’avais naïvement pensé qu’il s’agissait d’écrire, de bien écrire, clairement… Mais il était question de schéma directeur, de croquis barbares, de flèches qui montaient vers les cimes et qui en&amp;nbsp; rencontraient d’autres qui chutaient comme des vertiges et d’autres encore qui fuyaient dans le sens transversal, de gauche à droite et de droite à gauche, et puis des outils qu’il fallait aiguiser, des trucs qu’il fallait dire comme ci et pas comme ça, à ce moment là plutôt qu’à tel autre, des cloisons qui s'écroulaient, en ne blessant personne, bien sûr.&lt;br /&gt; Je suais sang et eau, je m’épongeais le front dans tout ce brouillard, tant que je finis par avouer à mes deux branches supérieures, que, moi, j’étais vraiment débranché, que ce travail n’était pas fait pour moi, que je n’étais pas compétent, qu’il fallait choisir quelqu’un d’autre, que je n’étais pas à la hauteur et qu'il valait peut-être mieux que j'aille me percher sur une autre branche.&lt;br /&gt; On s’esclaffa, on brocarda, on se tint les côtes, on se tapa sur les cuisses en disant, les yeux rougis par le fou rire, quel ballot tu fais !&amp;nbsp; Nous non plus, on ne comprend pas vraiment ! En revanche, on sait que c’est comme ça qu’on doit parler de communication et de &lt;em&gt;management&lt;/em&gt; quand on est posé sur un arbre moderne !&lt;br /&gt;C’est-à dire, en ai-je conclu, q&lt;em&gt;u’il fallait faire profession de comprendre ce qui, de propos délibéré, ne signifiait strictement rien.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; Conclusion bien appliquée : Je fus, les quelques années que dura ma pause dans l'arbre, excellemment noté par toutes les ramifications supérieures.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;Avant de prendre mon envol, à tire-d'aile et vers des cieux où les arbres, déjà alourdis par les givres et la neige, ne supporteraient pas le poids des ambitions.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: book antiqua,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Image : Philip Seelen&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: book antiqua,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Janvier 2011&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>Marrant</title>
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      <updated>2013-06-13T09:14:36+02:00</updated>
      <published>2013-06-13T09:03:00+02:00</published>
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              <summary>  [...] et c'est en substance ce que je dis depuis le début de ce débat d'un...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;[...] et c'est en substance ce que je dis depuis le début de ce débat d'un autre temps où la calotte a largement fourré son museau, reniflant là une occasion de redorer son habit poussiéreux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;Mais il est vrai aussi que, lorsqu'on enseigne aux enfants et aux crédules qu'un homme-dieu est né d'une femme malgré tout restée vierge, il est un peu difficile de concevoir le côté multiple et humain de l'amour&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4143019&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/02/00/1337314854.jpg&quot; alt=&quot;mariage.jpg&quot; width=&quot;312&quot; height=&quot;384&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: x-small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Emprunté aux&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #0000ff;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://naufrageur.over-blog.com/&quot;&gt;&lt;span&gt; naufrageurs charentais&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>De l'espièglerie des étymons et locutions -3 -</title>
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      <updated>2013-06-12T12:00:56+02:00</updated>
      <published>2013-06-12T12:00:56+02:00</published>
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              <summary>    J'habite en Pologne. Et toi, mon vieux camarade, où&amp;nbsp;habites-tu donc...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4141793&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/00/1371824244.JPG&quot; alt=&quot;littérature&quot; width=&quot;375&quot; height=&quot;242&quot; /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;J'habite en Pologne. Et toi, mon vieux camarade, où&amp;nbsp;habites-tu donc ?&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;br /&gt; Moi ? Je suis à. Je reste à. Je passe ma vie à.&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Passer sa vie&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; Voilà donc le verbe&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;qui laisse enfin voir ce qu'il a vraiment dans les tripes, pour peu qu'&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;on tire dessus comme un forcené, qu'on l'allonge au point d'en faire une périphrase dramatiquement translucide.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Passer sa vie.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;C'est depuis ce coin de ciel-là, que j'appréhende le monde. C'est ce micro-mouchoir de poche de la machine ronde que j'occupe de ma présence assidue. C'est là que &lt;em&gt;je passe ma vie.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Non. C'est là que se passe ma vie, plutôt. Moi, j'habite et la vie, elle, elle se joue, jour après jour. Elle va son plus ou moins petit bonhomme de chemin.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt; &lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;J'habite là. &amp;nbsp;C'est à dire que j'y dors, j'y mange, j'y pense, j'y aime, j'y ris, j'y pleure, j'y baise, j'y lis, j'y écris, j'y tonds une pelouse, j'y allume le feu, j'y regarde des arbres, &amp;nbsp;j'y reçois quelques amis, je m'y promène... bref, j'y &lt;em&gt;demeure&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; Ah, j'y demeure&amp;nbsp;! Verbe statique s'il en est, celui-là, verbe de l'anti-mouvement à l'intérieur même d'une foule de mouvements.&lt;br /&gt; Verbe périlleux.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Il y &lt;em&gt;a péril en la demeure&lt;/em&gt; à ce que ce monde de cinoques et de faux-monnayeurs demeure en l'état, par exemple. Il y a grand danger à prendre du retard à bousculer l'ordre des choses... L'expression est bien mal comprise aujourd'hui, la demeure n'y signifiant pas l'habitat, le logis, mais &lt;em&gt;le retard&lt;/em&gt;, selon le premier sens latin.&amp;nbsp; Demeurer, c'est bien prendre du retard, qu'on le veuille ou non. &lt;em&gt;C'est reculer que d'être stationnaire,&lt;/em&gt; disait un vieux cantique anar. Tant et si bien que si, intellectuellement, on prend trop de retard, on finit, voire on demeure, demeuré.&lt;br /&gt; Rien à voir avec habiter, cette demeure-là...&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;J'habite un pays froid comme le ventre du glacier l'hiver et chaud comme les entrailles d'un four de boulanger l'été. Il n'y a cependant pas &lt;em&gt;péril en la demeure&lt;/em&gt; à ce que j'y reste.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;br /&gt; C'est là que je suis. Et quand je dis ça, je ne réponds pas à la question &lt;em&gt;tu es où&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; Je réponds à la question &lt;em&gt;tu es comment&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; Il y a de l'habit étymologique là-dessous, même si la racine fondamentale de &lt;em&gt;l'habit&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;d'habiter&lt;/em&gt; diverge... C'est quand même cousu de fil blanc. L'habit, au sens premier, c'est bien la manière d'être, avant de muer en vêtement d'ecclésiastique.&lt;br /&gt; Un vêtement qui ne faisait pas le moine pour autant, à ce qu'il paraît.&lt;br /&gt; L'habitat. Une façon d'être.&amp;nbsp; Si on voulait vraiment &amp;nbsp;se faire bien épouser le monde et ses mots - qui lui sont ce que la note est à la mélodie - on devrait faire du verbe &lt;em&gt;habiter&lt;/em&gt; un verbe d'état, un verbe de &lt;em&gt;l'essence.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Il habite à Lyon, il habite à Bruxelles, il habite à Nantes, elle habite à Tarbes... Lyon, Bruxelles, Nantes et Tarbes attributs du sujet «il». Car il n'y a pas d'action là-dedans, messieurs de la grammaire&amp;nbsp;! Le complément de lieu est révolu, il participe du passé, il était dans la décision, le déménagement, le trajet, la mutation, que sais-je encore ? D'ailleurs, quand on habite vraiment, on n'habite jamais un complément, voyons ! Ou alors un complément de soi.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;em&gt;J'habite&lt;/em&gt;... C'est une de mes définitions. Ça me qualifie. Je suis habitant, pas habité... Ah, là, ce serait tout autre chose&amp;nbsp;!&lt;br /&gt; Voyez que dès qu'on veut faire d'un verbe d'état un verbe d'état, il y a redondance fâcheuse. Il ne supporte pas la forme passive,&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;alors il se rebelle&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;et de son sujet&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;fait&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;un soumis, un aliéné, un irresponsable.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;br /&gt; Je suis habité par l'angoisse, par le remords, par la honte, par le désir. Je suis aux prises avec ma névrose, je suis hanté par... &lt;br /&gt; Dans les cas extrêmes hallucinés, par le Diable.&amp;nbsp; &lt;em&gt;Satan m'habite&lt;/em&gt;, disait plaisamment je ne sais plus qui !&lt;br /&gt;Y'a vraiment pas d'quoi.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>La dialectique des cons</title>
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      <updated>2013-06-11T13:37:15+02:00</updated>
      <published>2013-06-11T12:11:00+02:00</published>
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              <summary>   Je suis un con pour une foule de cons. Voilà donc bien un gros mot à...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4140389&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/02/2681625821.jpg&quot; alt=&quot;ane1.jpg&quot; width=&quot;142&quot; height=&quot;210&quot; /&gt;Je suis un con pour une foule de cons.&lt;br /&gt;Voilà donc bien un gros mot à tiroirs. Une anguille. Un serpent de mer. Car qu’est-ce donc qu’un con si tout le monde revendique ne pas en être un mais affirme que le voisin, oui, lui, il en est vraiment un&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;C’est comme l’ennemi, c’est toujours, forcément, l’autre. Le con ne s'exprime donc que par confrontation des contraires et il a une définition négative&amp;nbsp;: il est ce que je ne suis pas. &lt;br /&gt;Mais de là à dire qui il est, il y a un monde. Il y a en effet un nombre impressionnant de choses que je ne suis pas.&lt;br /&gt;Brassens chantait ainsi&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;Qu'au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi&lt;br /&gt;Mieux vaut attendre un peu qu'on le change en ami.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;Certes. Moi je veux bien, généreux &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; poète &lt;/span&gt;moustachu ! Mais en quoi peut-on changer un con pour faire de lui une personne convenable ? Il apparaît, puisqu’il est con et pas moi, qu’il faut qu’il se change de telle façon qu’il me ressemble. Mais comment un con peut-il vouloir se transformer en con puisque, pour lui, je suis un con&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Vous voyez, là, au moment où je vous écris, il faudrait que j’adopte la vision du monde de tous ceux qui me considèrent comme un con, c’est-à-dire que je me glisse dans la peau d’un connard pour enfin ne plus en être un&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Ce n’est pas facile, tout ça. &lt;br /&gt;J’en conclue donc que les cons ne se parlent pas, ne se côtoient pas, ne s’aiment pas et n'échangent pas avec les cons. Que les cons ignorent le consensus. Normal, puisqu'ils ils sont tous cons dans les yeux du con.&lt;br /&gt;Le con est un &lt;em&gt;miroir sans tain.&lt;/em&gt; &lt;br /&gt;Et c’est ce qu’écrivit,&amp;nbsp; en substance, Mérimée à Stendhal, en 1831&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;em&gt;Vous me croyez plus con que je ne suis, pour me servir d’une de vos expressions.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      </author>
      <title>Hasard et vanité</title>
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            <id>tag:lexildesmots.hautetfort.com,2013-06-10:5093709</id>
      <updated>2013-06-12T11:08:10+02:00</updated>
      <published>2013-06-10T09:51:00+02:00</published>
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              <summary>    C'était il y a quelques jours.  Lentement s’estompait la lumière sur les...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4138664&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/00/461939912.jpg&quot; alt=&quot;brassens-poete-erudit.jpg&quot; width=&quot;213&quot; height=&quot;299&quot; /&gt;C'était il y a quelques jours.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;Lentement s’estompait la lumière sur les rives de la &lt;em&gt;Krzna,&lt;/em&gt; charmante rivière qui coule ses eaux sur des prairies émaillées d’arbres et de maigres halliers.&lt;br /&gt;Des hommes et des femmes, harcelés par de méchants moustiques sanguinaires, étaient assis autour d’un barbecue, sous un préau en bois, faiblement éclairé.&lt;br /&gt; On discutait, on échangeait joyeusement, en polonais et en français, et les conversations régulièrement s’interrompaient pour laisser le temps aux interprètes de faire l’indispensable lien en brisant de leur verbe la fameuse barrière des langues.&lt;br /&gt;C’était là un groupe d’ornithologues français venus observer, guidés en cela par leurs amis et homologues polonais, quelques &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;rares &lt;/span&gt;spécimens de la gente ailée nichant dans la vallée du Bug et dans ses alentours.&lt;br /&gt;Une fraternelle ambiance saluait cette fin de journée, passée à courir la campagne derrière les oiseaux. Les visages, quelque peu rosis par la bonne chère et - échange de bons procédés culturels oblige -par un ou deux verres de vodka et de pineau des Charentes - souriaient d’aise.&lt;br /&gt;J’étais de furtif passage. Je venais de saluer tout le monde et j’allais me retirer quand un homme, d’une voix gaillarde, demanda à quelqu’un s’il avait sa guitare et s’il n’agrémenterait pas la soirée d’un ou deux couplets de Brassens.&lt;br /&gt;Je me retournai, croyant, fort égocentriquement, que la voix s’adressait à moi, bien que je n’aie pas fait état ici de mon goût pour l’interprétation du poète sétois.&lt;br /&gt;Mais l’homme interpellait ainsi un de ses camarades, lequel déclina gentiment l’invitation, assez timidement me sembla-t-il, en prétextant qu’il n’avait de toute façon pas son &lt;em&gt;biniou&lt;/em&gt; avec lui.&lt;br /&gt;Ce dont je lui sus gré. On peut en effet avoir envie de chanter pour souligner le caractère convivial et joyeux d’une soirée, mais rien ne s’y prête moins que les chansons de Brassens.&lt;br /&gt;Elles n’y sont pas vraiment dans leur élément.&lt;br /&gt;Mais comme je suis un curieux, je revins &amp;nbsp;aussitôt vers le guitariste-chanteur sollicité et nous engageâmes une petite discussion faite de ces bribes récurrentes, convenues, qui sortent spontanément quand on parle du troubadour moustachu et de sa musique entre gens qui ne se connaissent pas et se rencontrent tout à fait par hasard sur le sujet.&lt;br /&gt;Nous en vînmes néanmoins à évoquer quelques livres et le monsieur me dit alors&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;- Je vous en conseille un, si je puis me permettre. Un ouvrage qui note des expressions et locutions diverses employées par Brassens tout au long de son &lt;span style=&quot;font-size: 12.0pt; line-height: 115%; font-family: 'Georgia','serif'; mso-fareast-font-family: Calibri; mso-fareast-theme-font: minor-latin; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman'; mso-bidi-theme-font: minor-bidi; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: EN-US; mso-bidi-language: AR-SA;&quot;&gt;œuvre&lt;/span&gt; et qui décrit de belle façon leur lien avec la mythologie, la littérature, etc. Il fait état, en quelque sorte, des références de Brassens et certaines sont étonnantes, je vous assure.&lt;br /&gt;- Tiens&amp;nbsp;?dis-je, soudain intrigué. Et quel en est le titre&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- &lt;em&gt;Brassens, poète érudit&lt;/em&gt;. J’ai les deux éditions. Mais je ne me souviens plus, hélas, du nom de l’auteur. Peu importe, à vrai dire&amp;nbsp;! Si vous voulez, en rentrant, je vous enverrai les références par mail.&lt;br /&gt;Que pouvais-je faire&amp;nbsp;? Un plus modeste que moi se serait-il tu&amp;nbsp;? Peut-être. Sans doute… Mais je trouvai cela assez cocasse et je suis un vaniteux qui, comme tous les vaniteux, n’a guère l’occasion de l’être. &lt;br /&gt;Alors je lui dis en riant&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;- C’est très gentil à vous, mais je les ai déjà, les références de ce livre.&lt;br /&gt;- Ah bon&amp;nbsp;? Vous les avez&amp;nbsp;? Vous l’avez lu&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- Oui, je l’ai lu et relu. Plus que ça, même&amp;nbsp;: j’ai le nom de l’auteur inscrit sur mon passeport, pour tout vous dire.&lt;br /&gt;- Votre..? Votre passeport&amp;nbsp; ?&lt;br /&gt;- Ben oui. Et je suis bien heureux que ce livre vous ait plu.&lt;br /&gt;Il comprit soudain et écarquilla tout grand les yeux. Il me dévisagea, fit soudain le rapprochement en se rappelant le prénom sous lequel je lui avais été présenté en début de soirée et retrouva le nom de son auteur méconnu.&lt;br /&gt;- Bertrand Redonnet ? C’est… C’est vous&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- C’est&amp;nbsp;&lt;em&gt; ben moué&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;Le brave homme n’en revenait pas. Il exultait, il disait aux autres, il prenait à témoin, il répétait et il s'exclamait qu’il lui avait fallu faire 2500 km pour rencontrer, dans une soirée consacrée aux oiseaux, autour d’un barbecue improbable, l’auteur d’un livre qu’il avait aimé.&lt;br /&gt;Le hasard l’estomaquait.&lt;br /&gt;Moi aussi.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;Morale : Ecrivez, écrivez, écrivez donc ! Il arrive que vos bouteilles confiées à la mer atteignent aux rivages les plus inattendus.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>Brassens : les mots du cygne</title>
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      <updated>2013-06-07T11:11:51+02:00</updated>
      <published>2013-06-09T09:00:00+02:00</published>
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              <summary>   Mourir pour des idées      Les Saints Jean Bouche d’or qui prêchent le...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000080; font-family: georgia,palatino; font-size: large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mourir pour des idées&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: small; color: #000000;&quot;&gt;&lt;em&gt;Les Saints Jean Bouche d’or qui prêchent le martyre,&lt;br /&gt;Le plus souvent, d’ailleurs, s’attardent ici bas.&lt;br /&gt;Mourir pour des idées, c’est le cas de le dire,&lt;br /&gt;C’est leur raison de vivre, ils ne s’en privent pas.&lt;br /&gt;Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent&lt;br /&gt;Bientôt Mathusalem dans la longévité.&lt;br /&gt;J’en conclus qu’ils doivent se dire, en aparté&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente,&lt;br /&gt;D’accord, mais de mort lente.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;img id=&quot;media-3227707&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/01/01/1532781810.jpg&quot; alt=&quot;20081208Grece.jpg&quot; width=&quot;292&quot; height=&quot;200&quot; /&gt;&lt;/em&gt;Ce sont là des vers qui ont fait grincer bien des dents.&lt;br /&gt;Pour comprendre pourquoi, il faut revenir en pensée vers une époque où l’engagement pour «changer le monde» était en permanence à l’ordre du jour.&lt;br /&gt;Toute la horde gauchiste issue d’une bien mauvaise lecture d’un non moins mauvais centralisme démocratique à la Lénine ou à la Mao Tsé Toung, tous les militants staliniens des vieux partis poussiéreux, qui avaient vu, un moment, leurs troupes ébranlées par le souffle de mai 68 et qui, peu à peu, en bons charognards de l’histoire, reprenaient du poil de la bête grâce à l’écrasement de ce même mai 68, - souvenons-nous que &lt;em&gt;L’Humanité&amp;nbsp;&lt;/em&gt;titrait partout que les anars étaient des flics payés par l’étranger- ces mêmes anars perdus quelques années plus tard, à l’époque de ce poème, dans les fumées romantiques de la reprise individuelle ou de la propagande par le fait ou encore dans celles des feux de camp «baba», tous les pro-situs courant derrière une théorie qui, déjà, avait perdu sa complicité avec la réalité, tous, ou à peu près, crièrent haro sur cette voix qui prétendait que se battre, et surtout mourir, pour un quelconque idéal était chose débile.&lt;br /&gt;Tous ces gens-là, jeunes et généreux (excepté les staliniens), ne l’étaient pas encore assez, généreux, pour lire correctement entre les lignes visionnaires du vieux poète.&lt;br /&gt;Je comptais beaucoup de camarades parmi eux.&lt;br /&gt;J’avais alors vingt-deux ans et, quoique moi-même embarqué dans les illusions des préparatifs du Grand Soir, j’essayais de convaincre ceux que je comptais au nombre de mes amis, ceux qui, depuis longtemps, avaient déchiré les cartes et fui les séminaires de l’idéologie, qui menaient leur combat au quotidien, qui n‘avaient que le mot &lt;em&gt;Vie&lt;/em&gt; à la bouche, qui méprisaient le prêcheur de quelque paroisse qu’il fût, que Brassens ne disait pas autre chose qu’eux. Que &lt;em&gt;nous.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;J’avais sur eux le privilège d’être accompagné depuis ma première adolescence par le verbe du poète moustachu.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Bien avant que les pavés ne volent dans l’air enjoué des rues, j’avais chanté &lt;em&gt;Le Pluriel&lt;/em&gt; et aussi ces vers des &lt;em&gt;Deux Oncles&lt;/em&gt;&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;em&gt;Qu’aucune idée sur terre n’est digne d’un trépas,&lt;br /&gt;Qu’il faut laisser cela à ceux qui n’en ont pas…&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;En écrivant &lt;em&gt;Mourir pour des idées,&lt;/em&gt; Brassens alliait donc l’intelligence au courage, car il fallait être bien téméraire pour chanter ainsi à contretemps de toute une époque.&lt;br /&gt;Mais, individualiste désespéré, le poète n’a jamais crié avec les loups, qu’ils soient braves gens, d’âme guerrière, bourgeois, prêtres d’une Eglise ou prêtres d’une Révolution.&lt;br /&gt;Et plus, il sait trop que tous ces combats sont perdus d’avance et que ceux qui brandissent le plus ostensiblement les drapeaux, sont souvent les premiers à jeter l’éponge ou à changer de direction, dès que souffle un vent nouveau.&lt;br /&gt;L’avenir, c'est-à-dire notre présent, lui a hélas donné raison…&lt;br /&gt;Car le temps se fout des combats d’antan et de leurs sacrifiés. Seule demeure la solitude de l’homme face à son éphémère destin et cet homme n’a à opposer à ce destin que la poésie, qui sublime et sait aller plus loin encore que la fuite du temps. Qui veut inscrire dans les temps non encore venus son empreinte.&lt;br /&gt;C’est la seule chose dont soit convaincu Brassens, quoique, se sachant condamné à mourir sous peu, à un&amp;nbsp; ami qui&amp;nbsp; tentait de le consoler en disant&amp;nbsp;: «Mais Georges, il y a ton œuvre&amp;nbsp;!», il avait répondu&amp;nbsp;: &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;«&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;Tu sais, une œuvre, quand on sait qu’on va mourir bientôt…&amp;nbsp;!»(1)&lt;br /&gt;N’empêche que Brassens fut, toute sa vie, très vigilant devant tous les prosélytismes, tous les prophètes et tous ceux dont la parole cherche à convaincre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Pour embrasser d’un seul trait de plume tout ce beau monde hétéroclite des prêcheurs, Brassens fait référence à Saint-Jean Chrysostome, docteur et père de l’Eglise primitive, né à Antioche en 349, mort en 407.&lt;br /&gt;Du grec &lt;em&gt;Khrusos&lt;/em&gt;, l’or et &lt;em&gt;stoma&lt;/em&gt;, la bouche, Chrysostome signifie littéralement «bouche d’or».&lt;br /&gt;Ce nom de Chrysostome ne fut pourtant donné à Saint-Jean, autrement dit &lt;em&gt;Saint-Jean bouche d’or&lt;/em&gt;, qu’au VIe siècle. Il avait en effet étudié l’art oratoire avant de devenir avocat, puis évêque d’Antioche, avant qu’Arcadius, empereur d’Orient, ne le nommât patriarche de Constantinople.&lt;br /&gt;D’une intelligence féconde, virulent contre les vices, prêchant avec force et talent l’austérité des mœurs, les sermons de &lt;em&gt;Saint-Jean bouche d'or&lt;/em&gt; lui valurent d’être considéré comme le premier et le plus grand orateur de l’Eglise primitive. Il fait partie de cette génération de grands prédicateurs qui contribuèrent à l’édification de l’Eglise, après l’avènement de l’empereur chrétien d’Orient.&lt;br /&gt;Véritable apôtre de la &lt;em&gt;Bonne Nouvelle&lt;/em&gt; contre les déviances doctrinales qui menaçaient la jeune communauté chrétienne, servi par une éloquence hors du commun, &lt;em&gt;Saint-Jean&amp;nbsp; bouche d’or&lt;/em&gt; cherchait à concilier le message des évangiles et la vie sociale de son époque.&lt;br /&gt;Il a laissé des traités, des liturgies, des homélies et des épîtres.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Il a surtout fait, dans toutes les idéologies et à toutes les époques du monde, des émules à l’écart desquels l’esprit chanteur doit toujours se tenir, sous peine de perdre sa liberté créatrice.&lt;br /&gt;C’est exactement ce que nous dit Brassens et c’est exactement ce que les mutins de mai et de l’après-mai voulaient signifier. Mais ils ne se sont pas compris.&lt;br /&gt; Ou&amp;nbsp; alors trop tard.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-size: small; font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;(1) Pierre Cordier, &quot;Je me souviens de Georges&quot;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-size: small; font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Illustration&amp;nbsp; : Rue89, 7 décembre 2008, Grèce.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>De l'espièglerie des étymons et locutions -2-</title>
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      <updated>2013-06-07T10:03:50+02:00</updated>
      <published>2013-06-07T10:03:50+02:00</published>
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              <summary>   Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas ! Voilà bien encore un de...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4134545&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/02/01/4165218864.jpg&quot; alt=&quot;poker-213.jpg&quot; width=&quot;319&quot; height=&quot;215&quot; /&gt;Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas !&lt;br /&gt;Voilà bien encore un de ces vieux adages de la résignation de la parole, une sorte d'injonction à la boucler déguisée en principe de tolérance. C’est d'ailleurs souvent comme ça, les principes de tolérance&amp;nbsp;: ça vous lie pieds et poings devant l’offense.&lt;br /&gt; Je m’inscris donc en faux, par principe justement, mais aussi parce que, comme pas mal de gens sans doute, j’ai remarqué que lorsque que l’on veut m’imposer une chose qui ne me convient nullement ou que l’on me tient des propos qui ne sont pas du tout à mon goût, je deviens rouge. De colère, bien entendu. A moins que ça ne soit de honte.&lt;br /&gt;Ou alors &lt;em&gt;je deviens vert&lt;/em&gt;, ça dépend de la nature profonde du goût qui vient d’être heurté. Bref, je change de couleur et ai bien l’intention dès lors d’en discuter, jusqu’à en découdre.&lt;br /&gt;Rouge, d'accord, on peut aisément comprendre. C’est physique, le sang qui empourpre les joues, la montée d’adrénaline, le visage qui change de couleur. Tout ça se voit comme le nez sur la figure…&lt;br /&gt;Mais vert&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Avez-vous déjà vu quelqu’un &lt;em&gt;devenir vert&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Moi jamais. Ce doit être effrayant, quelqu’un qui &lt;em&gt;devient vert&lt;/em&gt;. &lt;br /&gt;Il faut donc, pour se le figurer, reprendre la couleur à sa racine et remonter la sève du temps qui passe. Le verbe latin &lt;em&gt;virere,&lt;/em&gt; être vert, qualifiait initialement et exclusivement les plantes, jeunes, saines, regorgeant de chlorophylle, avant de donner, par allégorie, &lt;em&gt;viridis&lt;/em&gt;, frais et vigoureux.&lt;br /&gt;Est-ce à dire que, fâché par un &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;insolent &lt;/span&gt;quidam, je deviendrais alerte et sémillant ? Hum… Si tel était le gars, je ne serais quasiment jamais abattu. En tous les cas, je serais le plus souvent en pleine forme. C’est donc plus loin, en aval du mot, qu’il me faut remonter. Car si le vert symbolise, fidèle à son histoire linguistique, la vigueur, le renouveau, la force, il s’est aussi glissé dans un autre sens, par la porte toujours féconde de l’argot des rues.&lt;br /&gt;On a ainsi appelé, au début du XIXe et par métonymie, &lt;em&gt;langue verte&lt;/em&gt;, la langue des tripots et des joueurs autour du tapis de même couleur. On a ainsi quitté la santé initiale du végétal pour rentrer dans la sémantique de la brutalité, celle des mots. &amp;nbsp;Et on fait la synthèse, du végétal &amp;nbsp;à l’humain, si on reçoit, ou si l’on donne, une &lt;em&gt;volée de bois vert à &lt;/em&gt;quelqu'un. Avec des mots crus et acides, tout ce qui est vert étant acide.&lt;br /&gt;Bon, d’accord, mais &lt;em&gt;devenir vert&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? J’avoue, quelque peu honteux, ne pas très bien saisir le rapport dans les explications des différents dictionnaires. Alors, comme en toponymie, &amp;nbsp;j’outrepasse mes droits à l’interprétation, je laisse vaquer l’imagination en disant &lt;em&gt;qu’être vert&lt;/em&gt;, finalement, c’est s’apprêter à le devenir par les mots. Et, au contraire du rouge, franc, honnête, incoercible, qui inonde tout de suite le visage et trahit l’émotion de l’âme, &amp;nbsp;le vert, &amp;nbsp;plus sournois et plus intelligent, ne monte pas aux joues afin que l’offenseur n’ait pas le temps de s'enfuir.&lt;br /&gt;Rencontrant un jour, au hasard d’une conversation contradictoire, un homme qui soudain devient horriblement vert - un vert de peau, pas un vert galant - ne vous effrayez donc pas d’une éventuelle et intempestive réaction à votre encontre. Les causes n’en seront indubitablement que cliniques et, charitablement, appelez &amp;nbsp;au plus vite les secours d’urgence.&lt;br /&gt;Dans ce cas-là, oui, d'accord : le vert, ça ne se discute pas.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>De l'espièglerie des étymons et locutions -1-</title>
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            <id>tag:lexildesmots.hautetfort.com,2013-06-04:5088340</id>
      <updated>2013-06-05T07:45:43+02:00</updated>
      <published>2013-06-04T08:48:00+02:00</published>
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              <summary>   Juin a repris son tour de garde dans la ronde du temps annuel - ce temps...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4130389&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/01/01/3709910430.JPG&quot; alt=&quot;P7180044.JPG&quot; width=&quot;333&quot; height=&quot;221&quot; /&gt;Juin a repris son tour de garde dans la ronde du temps annuel - ce temps qui nous conduit subrepticement au pied du mur -&amp;nbsp; et, avec lui, les nuits dans l’est polonais s’en trouvent désormais réduites à la portion congrue. Dès trois heures, l’aube rosâtre franchit la ligne d’horizon au-dessus du Bug, cependant qu’aux halliers l’oiseau sifflote déjà la fin du petit intervalle nocturne.&lt;br /&gt;Cinq heures d’une obscurité&amp;nbsp;velléitaire : les hommes, forcément, ne peuvent plus suivre le rythme du grand mouvement et font sur la clarté déborder leur repos, soit qu’ils dorment encore quand le soleil est déjà haut perché sur l’échelle du matin, soit, comme mézigue, amoureux de l’aurore, qu’ils prennent congé bien avant les pénombres du soir.&lt;br /&gt;Avec juin, se profilent aussi dans un futur proche, l’été et ses espoirs de grand soleil&amp;nbsp;; l’été et ses projets de villégiatures sous le ciel bleu, commandé à la carte.&lt;br /&gt;On va &lt;em&gt;prendre congé&lt;/em&gt; car on va &lt;em&gt;prendre des congés.&lt;/em&gt; Mais, à moins d’un plan social fumeux, comme disent - l’adjectif en moins- les imbéciles du langage euphémistique officiel et spectaculaire, on espère bien ne pas &lt;em&gt;recevoir son congé&lt;/em&gt;. Dans cette dernière acception, comme l’énonce avec plus de délicatesse que moi le Dictionnaire historique de la langue française, &lt;em&gt;congé &lt;/em&gt;signifie tout bonnement «être viré comme un malpropre». &lt;br /&gt;Congédier sine die, en quelque sorte…&lt;br /&gt;Dans les deux autres cas, et bien que l’origine en soit la même, il y a, non pas une injonction de partir, mais une permission, sens qui nous vient du lointain latin &lt;em&gt;commeare, «&lt;/em&gt;se mettre en marche, voyager.»&lt;br /&gt;Durant la longue évolution phonétique et sémantique de la langue latine, un substantif &lt;em&gt;comméatus&lt;/em&gt; s’était formé dans le langage militaire pour dire exactement «un ordre de marche». Un&amp;nbsp;«ordre de partir», donc, qui s’est adouci au point de se transformer au cours des siècles en une&amp;nbsp;«permission de partir», une autorisation de quitter son poste.&lt;br /&gt;On voit que l’étymologie joue avec ses racines parce que le gars auquel je faisais allusion plus haut et à qui &lt;em&gt;on donne son congé,&lt;/em&gt; lui, n’est pas &lt;em&gt;autorisé&lt;/em&gt; à partir mais &lt;em&gt;obligé&lt;/em&gt;. D’ailleurs, pour bien noter la différence, le langage des ayants droit s’applique à dire &lt;em&gt;prendre ses congés&lt;/em&gt;, c’est-à-dire des congés souverains, exercices d’une liberté, faire-valoir d’un acquis. &lt;br /&gt;On &amp;nbsp;prend ses congés comme on prend sa chemise ou son vélo.&lt;br /&gt;Nous ne sommes donc pas très loin du premier sens de &lt;em&gt;voyager&lt;/em&gt;, de &lt;em&gt;se mettre en marche.&lt;/em&gt; Dans la plupart des cas en effet, quand on prend son congé, on entasse dans un coffre les valises et quelques vivres, voire quelques livres, et on taille la route. A la conquête de quoi&amp;nbsp;? D’une illusion bien méritée, sans doute.&lt;br /&gt;Mais c’est redondant ce que je dis là, parce que toutes les illusions se méritent...&lt;br /&gt;Bref, on est autorisé à partir, alors on fuit. On accélère l’autorisation, tel l’oiseau cruellement retenu en cage et devant lequel s’ouvre brusquement une porte.&lt;br /&gt;Remarquons par ailleurs, avec les auteurs du dictionnaire historique précité, que ce terme de &lt;em&gt;congés&lt;/em&gt; s’applique surtout au droit privé.&amp;nbsp;Et c’est historiquement logique car c’est en ce domaine que légiféra le Front populaire de 1936 sur les fameux &lt;em&gt;congés payés&lt;/em&gt;, honnis et moqués jusqu’au sarcasme pendant des décennies par les milieux conservateurs qui, comme partout et toujours, n’appréhendent le monde qu’à l’aune de leurs intérêts, réels ou fantasmés.&lt;br /&gt;En revanche, dans la fonction publique au firmament de laquelle scintille, telle l’étoile du berger, l’éducation nationale, on parle traditionnellement de &lt;em&gt;vacance&lt;/em&gt;s, pour dire exactement la même chose.&lt;br /&gt;Est-ce à dire que, dans&amp;nbsp; ladite fonction publique, on n’a nul besoin d’être autorisé à partir pour être absent&amp;nbsp;? Les fâcheux pourraient bien aller jusqu’à le prétendre&amp;nbsp;! D’autant que - voyez comme est malicieuse l’étymologie&amp;nbsp;! - ce temps libre des fonctionnaires leur vient alors de &lt;em&gt;vacans&lt;/em&gt;, participe présent de &lt;em&gt;vacare&amp;nbsp;; &lt;/em&gt;être vide. &lt;br /&gt;Un vide dont on espère avec bonhommie et sincérité que les joies de l’été, avec ses embouteillages à l’oxyde de carbone, ses gares et ses aérogares encombrées jusqu’au tumulte poisseux, ses shorts, ses moustiques, ses chemins de randonnées solitaires piétinés par la foule, ses brûlures au soleil, ses plages dégoulinantes de sueur agglutinée, sauront le combler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais je le sais bien, lecteur : j’ai là abusé les racines et, perfidement, les ai renversées cul par-dessus tête ! Car c’est à la chaise qu’on laisse au bureau ou à l’école que s’applique étymologiquement et stricto sensu ce &lt;em&gt;vacans.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Qu’on me pardonne cependant la facétie&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Car, dans ma vie, j’ai rencontré tellement de gens qui se promenaient avec cette chaise vide dans la tête&amp;nbsp;que j’en suis arrivé, par métonymie désabusée, à confondre et leur chaise et leur tête !&lt;br /&gt;Ceci dit sans mépris aucun, mais avec l’ironie de la tristesse, ayant moi-même, une dizaine d’années durant, vaquer de vacance en vacances.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>Trois nains, dit-on...</title>
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      <updated>2013-05-31T07:45:49+02:00</updated>
      <published>2013-05-30T08:03:00+02:00</published>
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              <summary>    Il se passe des trucs     vraiment   couillons du côté de Tuczna, petite...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-3590642&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/00/01/1822706116.JPG&quot; alt=&quot;P4290435.JPG&quot; width=&quot;381&quot; height=&quot;249&quot; /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;Il se passe des trucs &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;vraiment &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;couillons du côté de Tuczna, petite bourgade toute en longueur de l’est polonais. Plus exactement entre Tuczna et Piszczac, autre petite bourgade toute en longueur de l’est polonais.&lt;br /&gt;Mais je ne sais pas exactement où et je ne sais pas exactement quoi. C’est dire si mon billet présente ce matin un indéniable intérêt documentaire.&lt;br /&gt;Mais c’est là où on sait le moins, qu’on imagine le plus, c’est bien connu.&lt;br /&gt;C’est une dame qui me l’a dit, qu’il se passait des trucs couillons là-bas. Mais cette dame, bien qu’en sachant un peu plus que moi, ne sait pas grand-chose non plus. Je ne sais donc pas la part d'imagination qui rentre dans le récit qu’elle me fit, s’il est vrai que c’est là où on sait le moins… etc.&lt;br /&gt;Entre Tuczna et Piszczac, donc, il y a quelque part dans la campagne, trois arbres. Enfin, il y en a plus que cela, bien sûr, il y a même des forêts, mais il y en a trois qui sont remarquables et intriguent beaucoup.&lt;br /&gt;Quelle essence&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Je ne sais pas, la dame ne le sachant pas.&lt;br /&gt;Alors qu’ont-ils, ces trois arbres&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Hé bien, ils sont bien portants, ils arborent un feuillage des plus sains, épais, mais ils ne grandissent jamais. Depuis quinze ans au moins, - notez la précision - ils ont la même taille. Ils sont petits, ils laissent leurs feuilles tomber chaque automne et en refont de nouvelles au printemps, comme tous les arbres à feuilles caduques de la terre, mais ils restent à la même hauteur, ne font aucune ramification nouvelle, ne s’élèvent pas d’un pouce.&lt;br /&gt;Tout le contraitre de ce chêne de &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;Jabłeczna,&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt; 700 ans dans les branches, que vous voyez là, à gauche, et qui est classé &quot;Pomnik przyrody&quot;, &lt;em&gt;Monument de la nature.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Les trois arbres dont je vous parle, eux, ne présenteront jamais, semble-t-il, cet auguste et large maintien. Ils sont bloqués. Si un arbre avait une hypophyse, je dirais que, chez ces trois sujets là, elle dysfonctionne. Elle ne produit pas l'hormone de croissance.&lt;br /&gt;C’est fort étrange. Feuilles nouvelles à chaque printemps veut pourtant dire montée de sève, énergie, pousse… Mais là, non. Impassibles, les trois arbres. Ils refusent de grimper à l’assaut des nuages.&lt;br /&gt;Mais il y a bien plus étrange encore. Le phénomène est assez singulier pour avoir attiré à lui des cameramen de la télévision… qui en furent quittes pour rembobiner des pellicules vierges. Les trois immobiles n’ont pas voulu se laisser mettre en image et, sur le film, on ne voit que du blanc et du flou.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Evidemment, j’ai prêté une oreille attentive à ce récit.&lt;br /&gt;Des ondes particulières, ai-je dit, en bon bêta matérialiste.&lt;br /&gt;Peut-être. On ne sait pas. Mais en quoi des ondes, banales, peuvent-elles nourrir un imaginaire&amp;nbsp;?&amp;nbsp; Des ondes&amp;nbsp;! Pouah&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Non… Elevons-nous un peu, de grâce&amp;nbsp;! Le&amp;nbsp; bruit court, dit la dame, qu’il y aurait eu là, autrefois, une église. &lt;br /&gt;Quand&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;Autrefois. Très autrefois.&lt;br /&gt;Tiens&amp;nbsp;! C’est curieux… Et quelle relation de cause à effet&amp;nbsp;? Mystère.&lt;br /&gt;Le bêta matérialiste se creuse la cervelle et en remet une couche. Les ruines en dessous, bloquent la végétation peut-être. Que de la pierre. Plus rien à se mettre sous la racine et qui fasse grandir. &lt;br /&gt;Allons&amp;nbsp;! Allons&amp;nbsp;! Les arbres poussent allègrement sur toutes les ruines du monde ! Ce n’est pas ça… Et puis, est-ce que des ruines enfouies empêcheraient une caméra de fonctionner&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Le bêta matérialiste convient sans ambages de la bêtise de ses vaticinations&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;Alors&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Un autre bruit court - à mon avis c’est le même - que la Vierge aurait visité cette église.&lt;br /&gt;Quand ça ?&lt;br /&gt;Le bêta matérialiste se rend soudain compte de l’incongruité de sa question et ravale sa salive. On ne date pas un mystère de cette envergure, voyons !&lt;br /&gt;Bon. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le mieux sera de me renseigner plus avant, dans une des deux mairies, Tuczna ou Piszczac, et d’aller voir de mes propres yeux. Je&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt; connais bien la route qui relie les deux bourgades. J'irai avec &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;mon appareil photo. Il est têtu, mon appareil photo. On verra bien qui, des ruines, des ondes, de la Vierge ou de mon appareil aura le dernier mot&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Et puis, le matérialiste bêta aime à rêvasser sur des lieux de mystères auxquels il ne croit pas. Il aime se nourrir d’étrange, d’ésotérique. S’envoler vers les suppositions les plus folles.&lt;br /&gt;Avec du vent qui caresse les trois arbres, de l’herbe douce en-dessous, du sol sablonneux et un brin de soleil.&lt;br /&gt;Il aime renifler ce qui semble contre-nature dans la nature. La littérature fait le reste ou ne fait rien.&lt;br /&gt;Le matérialiste bêta aime les arbres, en plus. Et les dames qui racontent des histoires.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>Coucou !</title>
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      <updated>2013-05-29T09:13:29+02:00</updated>
      <published>2013-05-29T09:04:00+02:00</published>
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              <summary>  Je le dis : il fait beau sur la Pologne de l'est, la campagne sèche ses...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium; font-family: georgia,palatino; color: #000000;&quot;&gt;Je le dis : il fait beau sur la Pologne de l'est, la campagne sèche ses plumes mouillées des dernières pluies orageuses et j'ai la flemme. J'ignore si les deux faits sont intimement liés. &lt;br /&gt;Je me méfie des évidences établies, surtout quand elles me touchent de près.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium; font-family: georgia,palatino; color: #000000;&quot;&gt;Bref,&amp;nbsp; je vous invite aujourd'hui à lire &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000080;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium; font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://52par3.hautetfort.com/archive/2013/05/27/le-forban-des-frondaisons.html&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000080;&quot;&gt;le coucou&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium; font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;. &lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;L'oiseau, pas la fleur.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;A très bientôt !&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>France</title>
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      <updated>2013-05-27T15:30:33+02:00</updated>
      <published>2013-05-27T15:30:33+02:00</published>
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              <summary>   D’ici, je vois la France à travers ce qu’elle a toujours eu de plus moche...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4119707&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/01/01/3605876250.jpg&quot; alt=&quot;littérature&quot; width=&quot;271&quot; height=&quot;202&quot; /&gt;D’ici, je vois la France à travers ce qu’elle a toujours eu de plus moche et de plus veule : ses politiques baveux et chafouins, ses journalistes et toute la racaille d’extrême droite qui montre le bout de son groin souillé par le lisier, sous prétexte que les homos, tout aussi cons et tout aussi indignes d’intérêt que leurs voisins hétéros, sont tombés dans le piège du code civil pour baiser &lt;em&gt;légal&lt;/em&gt; au fond des grands draps blancs!&lt;br /&gt;Je ne vois jamais le pays qu’aime mon souvenir parce que j’y suis né, parce que j’y ai grandi et parce que j’y ai appris à vivre la vie. Je ne sens pas cette odeur qui manque à l’exilé,&amp;nbsp;celle des chemins de terre et de traverse, des campagnes, des villages, des petites routes, des bistros à l’heure de l’apéro, des rires pour rien, pour le plaisir de rire, des collines et des bois éparpillés sur des plaines qui courent jusqu’à la plage.&lt;br /&gt;Je ne vois que la laideur d'un vieux pays essoufflé. &lt;br /&gt;Je la voyais aussi, cette laideur, quand je me promenais là-bas. Seulement, il y avait, comme contre-vision, comme évasion possible, bien autre chose. D’ici, non. On ne voit que le moche de la tête amochée des hommes, qui dégouline sur les scènes publiques et on imagine, tant bien que mal, la beauté. On l’écrit même.&lt;br /&gt;Or, l’imagination est dangereuse. L’absence peut sublimer. L’absence sublime toujours même.&lt;br /&gt;Et il m’arrive dès lors ce à quoi je n’osais songer il y a quelques années&amp;nbsp;: le pays ne me manque plus guère.&lt;br /&gt;Car si les Polonais, englués sous les plis des soutanes, ne me paraissent pour la plupart pas plus avancés dans leur conscience que ne le sont les Français, au moins parlent-ils une langue inaccessible à mes colères et à mon dégoût.&lt;br /&gt;C’est comme ça que l’on devient un loup solitaire. &lt;br /&gt;Quand on n'a plus besoin de la parole. Seulement du langage, &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;sans avoir à prendre la posture du pédant misanthrope revenu de tout avant même d'avoir levé le cul de sa chaise.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>Les idiots qui nous gouvernent</title>
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      <updated>2013-05-24T12:57:07+02:00</updated>
      <published>2013-05-25T10:00:00+02:00</published>
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              <summary>   On en serait mort de rire, on se taperait sur les cuisses, si on ignorait...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;On en serait mort de rire, on se taperait sur les cuisses, si on ignorait que cette femme, aux dents plus longues et plus acérées que celles du loup, fut &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt; ministre du... budget !&lt;br /&gt;Hé ben, ça fait peur ! En même temps ça rassure : ils ne sont grands que parce que, vraiment, nous sommes à genoux !&lt;br /&gt;Suffirait de prendre la peine de se lever un peu pour qu'ils s'aplatissent aussitôt et la ferment enfin.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>Salut, poète !</title>
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              <summary>   Il était le dernier survivant de mon panthéon personnel, au demeurant...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4115289&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/01/00/164254508.jpg&quot; alt=&quot;littérature&quot; width=&quot;247&quot; height=&quot;188&quot; /&gt;Il était le dernier survivant de mon panthéon personnel, au demeurant guère original, des poètes-chanteurs de langue française. Le dernier après Brassens, Brel, Ferré et Ferrat. Tous ont donc désormais rejoint &lt;em&gt;les Gentils de l’au-delà&amp;nbsp;; tous sont partis mener le bal à l’amicale des feux follets, &lt;/em&gt;comme l’écrivit Brassens au &lt;em&gt;Vieux Léon.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Cet homme m’était profondément sympathique, même si la &lt;em&gt;Révolution permanente&lt;/em&gt; d’un autre Léon, celui aux petites lunettes perçantes et grand massacreur de la Makhnovtchina, n’a jamais été ma tasse d’histoire et ne le sera jamais.&lt;br /&gt;Cela n’enlevait rien cependant, à notre époque, au talent de l’artiste. Laissons-lui sa marge d’erreur comme nous l’avons laissée à Aragon, Céline, Vailland et tant d’autres pour ne retenir que leur verbe artistique.&lt;br /&gt;Moustaki s’appelait Georges par reconnaissance à Brassens. C’est le poète sétois, en effet, de treize ans son aîné et lui-même pas encore sorti de l’ombre de l’impasse Florimont, qui, en 1951 l’avait initié aux cabarets chantants de Saint-Germain-des prés. Ces deux-là, accrochés à la rime et à la musique, &lt;em&gt;ne se mettaient pas &amp;nbsp;du tartre sur les dents&lt;/em&gt; et ne faisaient pas partie de la horde existentialiste. Ils ne faisaient partie de rien. Brassens fréquentait bien les copains de la Fédération&amp;nbsp; Anarchiste et dans le &lt;em&gt;Cri des gueux&lt;/em&gt; signait des articles sous le pseudonyme de Jo la cédille, mais il en ressortit très vite&amp;nbsp;: les anars fédérés considéraient que ce gars-là parlait un peu trop de dieu dans ses poèmes&amp;nbsp;(!)&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Bras dessus, bras dessous, donc, les deux poètes attendaient leur heure, à une époque où le talent avait encore une chance de recevoir la reconnaissance d'un écho. Eussent-ils, avec les mêmes mots, tenter leur chance en 2013, qu’ils n’auraient rencontré que le mépris d'un temps méprisable.&lt;br /&gt;En 1969, sac au dos, jean déchiré et crasseux, cheveux au vent, quand il me prit fantaisie, avec un camarade, de sacrifier à la mode de l’errance contestataire et d’entreprendre une grande tournée européenne sur un continent qui n’était pas encore plié sous des critères faussement communs, c’est le &lt;em&gt;Métèque &lt;/em&gt;que nous nous plaisions à jouer pour faire la manche. Cette chanson nous collait à la peau, nous en avions fait quasiment notre profession de foi. On s’imaginait même, parfois, l’avoir nous-mêmes écrite.&lt;br /&gt;Bien sûr que ces illusions naïves n’ont pas résisté aux vents cruels de l’âge et que tout ça est retombé bien vite. Mais ne reconnaît-on pas la complicité qu'on a avec un artiste, quel qu’il soit, à ce qu’il brasse chez nous à un moment donné ? Et si une œuvre, ou une œuvrette - foin de la hiérarchie culturelle des pédants ! - fait partie de notre histoire, même ponctuellement, alors c’est que l’auteur fait aussi un peu partie de notre vie.&lt;br /&gt;Adieu, poète&amp;nbsp;! &lt;br /&gt;Tu n’as point démérité de mon souvenir anonyme. Me reste juste à te souhaiter que &lt;em&gt;longtemps tes chansons traînent encore dans les rues.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>Habiter sa langue dans une autre langue</title>
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      <updated>2013-05-22T10:13:59+02:00</updated>
      <published>2013-05-22T10:13:59+02:00</published>
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              <summary>   C’est un restaurant de très belle facture, massive, à vingt kilomètres...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4112291&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/01/02/3129468190.JPG&quot; alt=&quot;01kalina01mapa.JPG&quot; width=&quot;364&quot; height=&quot;234&quot; /&gt;C’est un restaurant de très belle facture, massive, à vingt kilomètres environ de la frontière, sur la grand-route Varsovie-Brest (Litovsk). Tout y est en bois, les colonnes sont des arbres entiers, les tables sont lourdes, les plafonds énormes, les meubles rustiques, les sols sont de gros parquets, les toits des bardeaux aux galbes élégants. Tout y semble brut et avoir été directement sculpté à coups de hache au cœur de la forêt pour être ramené ici, dans la pure tradition de la Pologne orientale et de Biélorussie.&lt;br /&gt;C’est tout simplement magnifique et j’aime m'y rendre parfois, pour prendre le thé avec des pâtisseries ou pour déguster des pirogis faits maison, quand ce n’est pas une pharaonique &lt;em&gt;kotlet schabowy&lt;/em&gt; .&lt;br /&gt;A l’étage, dans un dédale de marches, de poutres et de piliers levés comme des étais, une inscription gravée sur une&amp;nbsp; planche épaisse attire mon œil&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Osoba godna pije do dna&lt;/em&gt;, à savoir&amp;nbsp;: Une personne digne de ce nom boit cul sec.&lt;br /&gt;Car les Polonais boivent ainsi. Ils ne goûtent pas, ils ne tergiversent pas, ils ne brassent pas le verre pour qu’en remonte la subtilité du parfum qui excitera les papilles. Ils vident d’un trait, la tête renversée, à la slave. A la hussarde même. Et c’est comme ça qu’ils apprécient le goût d’une vodka - petite eau - qu’ils savent si elle est bonne ou si elle est frelatée. Car les cultures, on le sait, sont aussi dans les gestes et dans la façon de déguster le monde.&lt;br /&gt;Ça m’impressionne toujours. Je me souviens qu’une compatriote en visite à la maison nous avait fait cadeau d’une très belle bouteille de vieux Calvados. J’avais alors voulu, par orgueil et par sympathie - ce qui n’est antinomique que pour les imbéciles n’ayant jamais décollé la semelle de leur terroir - faire voir à mon voisin que, nous aussi, on avait des alcools forts et qu’on n’était pas que de frileux buveurs de vin au gosier cacochyme.&lt;br /&gt;Quoique je susse pertinemment qu’il avait coutume de faire cul sec, je m’attendais, allez savoir pourquoi, à ce qu’il se fende d’une exception et vide son verre à la française, par &lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;petites et délicates&lt;/span&gt; goulées. Cul sec&amp;nbsp;! J’en eusse été, bien qu’autrefois moi-même fier buveur, absolument incapable.&lt;br /&gt;Cul sec. En voilà bien une expression… Et me voilà donc cherchant querelle aux mots devant cette planche du restaurant massif qui, de façon on ne peut plus péremptoire, juge que si je suis un homme, je dois boire comme ça. L’inscription annonce littéralement &lt;em&gt;do dna&lt;/em&gt;, c’est-à dire, jusqu’au fond.&lt;br /&gt;Je suis un peu vexé, trituré dans mes racines de lent siroteur. Alors cela ne me plaît pas du tout et je dis à D. que ça n’a aucun sens, cette expression, car, en vitesse, d’un trait ou par petites gorgées, un verre, si tant est que le liquide qu’il contient flatte notre plaisir, se vide jusqu’au fond.&lt;br /&gt;Oui, et en français, donc&amp;nbsp;? En français, vois-tu, que je m’apprête à pérorer… En français, hé ben… Hé ben c’est la même chose. Oui. Jusqu’à ce que le fond soit sec, sans préciser dans quel laps de temps...&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Et ce n’est pas la première fois, c’est même assez souvent, que je suis pris au piège et que je suis obligé, face à la langue polonaise, de traduire ma propre langue et de reconsidérer dans leur signification une foule d’expressions automatiques.&lt;br /&gt;D’aller au fond. De les boire par petites lampées plutôt que cul sec.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Bertrand REDONNET</name>
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      <title>Un p'tit malin de la mondialisation</title>
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            <id>tag:lexildesmots.hautetfort.com,2013-05-19:5074337</id>
      <updated>2013-05-20T10:27:52+02:00</updated>
      <published>2013-05-20T08:55:00+02:00</published>
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              <summary>   Le monde en a plein la bouche, de sa mondialisation. On se goinfre à qui...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino; font-size: medium; color: #000000;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-4107650&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://lexildesmots.hautetfort.com/media/02/00/1595387445.jpg&quot; alt=&quot;travail1.jpg&quot; width=&quot;228&quot; height=&quot;296&quot; /&gt;Le monde en a plein la bouche, de sa mondialisation. On se goinfre à qui mieux mieux de globalité, circulation de capitaux, délocalisations intempestives, trafics de savoir-faire, «virtualisation» des banques et des monnaies et tutti quanti. L’ère exclusivement financière du capitalisme, caractérisée par l'économie au service de la seule puissance bancaire, a donc réussi à faire sauter tous les vieux verrous et la planète sous sa houlette est un pays unique. Elle a détourné ainsi à son seul&amp;nbsp; profit le vieux et naïf slogan des adolescents pubères et beatniks que nous étions peu ou prou et selon lequel &lt;em&gt;les hommes sont tous des frères, plus de frontières&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Ce qui signifie aujourd’hui, bien évidemment, qu’où que vous soyez et qui que vous soyez vous êtes taillable et corvéable à merci aux yeux d'intérêts fumeux situés aux antipodes, de l’autre côté de la machine ronde, et dont vous n’avez seulement jamais entendu parler. Un gars qui gagne sa survie en enfonçant des pointes sur un chantier ou en réparant des mobylettes dans un paisible village des Ardennes ou de Corrèze, par exemple, peut très bien se retrouver du jour au lendemain à la rue parce qu’une banque de Californie ou de Zanzibar a fait de mauvaises opérations boursières et change brutalement de stratégie. C’est aussi con que ça. L’ennemi est devenu imbattable, puisque invisible, inconnu, hydre aux multiples têtes.&lt;br /&gt;Mais est-ce vraiment nouveau ? Qu'on se souvienne seulement des &lt;em&gt;Raisins de la colère &lt;/em&gt;où les expropriés, forcés de fuir en Californie, ne trouvent pas d'interlocuteurs responsables de leurs maux. On leur répond, &lt;em&gt;la banque, la banque&lt;/em&gt;...&lt;br /&gt;Je me garderai donc de dire si tout cela est triste, si c’est moral, si c’est pernicieux ou si c'est ceci ou cela. Là n’est pas mon propos. Que ce système ne me plaise pas est cependant à mes yeux une raison suffisante pour affirmer qu'il est mauvais, sans avoir à en décortiquer les perversions. &lt;br /&gt;En revanche, je voudrais bien illustrer par un fait divers qui m’a fait rire aux éclats combien le susdit système, ce filet jeté par-dessus la tête de tous les hommes et qui les mange à la même sauce, a des failles qu'une intelligence subversive peut exploiter, en trouvant la maille où s’engouffrer et en détournant ainsi cette organisation mondiale, parachevée par internet, pour se la couler douce et vivre bien sa vie.&lt;br /&gt;Ce qui, à mon sens, est fort louable et mérite estime et considération.&lt;br /&gt;Mais oyez plutôt&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Un informaticien américain ayant en charge d’établir des programmes, boulot spécialisé et ardu s’il en est, était salarié d’une entreprise qui le rémunérait à hauteur de 250&amp;nbsp;000 dollars par an. Pas mal, n’est-ce pas&amp;nbsp;? Le gars donnait entière satisfaction, était merveilleusement noté par sa hiérarchie, congratulé et à tous les étages respecté pour son sérieux, ses initiatives et son talent. Jusqu’à ce que -&amp;nbsp; je ne sais comment, peut-être par l’intermédiaire d’un bon collègue, jaloux et mouchard - on découvre avec stupéfaction qu’il passait ses journées sur Facebook ou twitter, jouait aux cartes, faisait ses courses, écrivait à ses amis, et, passionné de chats, regardait des films à longueur de journée sur ces animaux ! L’affaire ébruitée posa évidemment question et on découvrit alors sur un disque externe que le futé informaticien faisait faire tous ses programmes par des Chinois, non moins doués que lui, et qu’il les rémunérait pour un cinquième de son salaire&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Qu’advint-il&amp;nbsp;? Le gars a été bien sûr viré. Et moi je dis qu’il a été viré par excès d’allégeance au système, c’est-à-dire qu’il a démontré que la mondialisation, c’est bien, c’est beau, c’est magnifique, mais à la condition expresse qu’elle ne rapporte qu’aux détenteurs de capitaux et non pas aux vils prolos.&lt;br /&gt;Car enfin, de quoi se plaint-elle, cette entreprise, sinon qu’un de ses prisonniers a osé regarder par la lucarne et a pris un bon bol d’air&amp;nbsp;? Les programmes étaient bien faits, performants, le gars honorait donc les termes exacts de son contrat de travail. Ce qu’on lui reproche, en fait, c’est d’avoir honoré le susdit contrat, mais pas à la sueur de son propre front.&lt;br /&gt;Comme quoi le travail, c’est d’abord punitif et comme quoi un travail sans souffrances, ce n’est pas un travail mais de l’escroquerie. &lt;br /&gt;Normal, vu l’étymologie même du mot. &lt;br /&gt;D’ailleurs, l’entreprise a certainement retenu l’adresse des Chinois. Ayant viré son malin salarié, elle traite sans doute directement avec eux et, pour les mêmes services, débourse désormais 50 000 dollars au lieu de 250&amp;nbsp;000…&lt;br /&gt;Hé bien moi, je trouve que, ce gars, il devrait recevoir deux médailles rutilantes : une pour service rendu au capital financier, l'autre pour avoir dévoilé le véritable visage du travail salarié.&lt;br /&gt;CQFD&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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