mercredi, 10 février 2010

Chienne de vie

P1010012.JPGQuelqu'un qui n'aura jamais de nom, et qui n'a sans doute pas d'âme, a livré son chien à l'anonymat sauvage de la forêt, dans la pénombre glacée d'un crépuscule.
La pratique est courante. Dans les villages, se traînent souvent des chiens errants, livrés au vagabondage, mendiant pitance et chaleur. Ils vadrouillent d'une cour de ferme à l'autre, ils arpentent inlassablement la rue unique, le regard torve, les yeux malades, la queue basse, le museau obstinément rivé à la neige.
Je les entends parfois qui se battent autour d'un os arraché au hasard de la nuit.

Ça n'est point que je veuille vous attendrir avec une rubrique larmoyante sur les chats et les chiens écrasés. Non. Moi, je n'aime pas trop les chiens. Quand ils ne sont pas bassement serviles, ils sont faits pour mordre le monde, pour défendre les prétentieux et les paranoïaques de la propriété.
À moins qu'ils  ne soient  carrément  barbouzes dans la police.
Alors, je n'ai jamais eu de chien. Il paraît que c'est le meilleur ami de l'homme. Justement. Quand je vois comment les hommes traitent leurs amis, autant les laisser à leur condition de chiens, les chiens.
Je n'aime pas trop les chats non plus, quoique, eux, on m'ait souvent imposé leur présence. Je n'aime pas les allures chafouines et patelines de ces créatures-là. Ce sont là bêtes aux figures hautement politiques, n'en déplaise et révérence parler, à Baudelaire, Brassens et tant d'autres poètes chattophiles.
Bref, dans la neige, le froid, le vent et le gel, il y a un petit chien errant qui, du plus loin qu'il m'aperçoive désormais, accourt pour me rejoindre. Au début, il rampait. Ventre sur la glace, il se traînait lamentablement jusqu'à mes pieds.
Rien ne peut plus me révulser que l'abjecte soumission. Je maugréais...Je lui faisais signe de passer son triste chemin.
Un jour pourtant, j'ai tendu la main...Il s'est d'abord effarouché. Il a fui. Une main qui se tendait, apparemment, c'était une main qui voulait frapper...Puis il est revenu, il s'est apprivoisé, il a rampé un peu plus encore et je lui ai caressé l'échine. C'était sans doute une erreur. Le petit clochard s'est pris d'amitié pour moi. Il ne décolle pratiquement plus de mes talons.
Hier, tout l'après-midi, alors que je sciais et fendais du bois, il est resté là, à me regarder, à bayer aux corneilles, l'oeil attendri...Un reste de soupe, un os...Le vagabond a élu domicile entre mes pattes et jeté son dévolu sur ma gentillesse.
J'essaie bien de ne  pas sombrer dans l'anthropomorphisme, mais je me dis quand même que cette bête-là a bien de la constance à vouloir encore  se faire aimer des hommes.  En quoi, physiquement, différé-je de ses bourreaux ?
Je me demande où il dort...
Au printemps, la clémence des cieux redescendue sur terre, peut-être disparaîtra t-il, vers un autre village, vers une autre forêt, vers une autre tentative pour être aimé. Sa quête du Graal à lui.
Je m'attache à sa mélancolique présence.
Sans doute parce qu'il n'est pas un vrai chien. Il n'est rien, pas même une ombre.  Il vient du vent.

Et il est aussi une allégorie poilue de toute la lâcheté humaine.
Je lui tends souvent ma main.

lundi, 08 février 2010

Confessionnettes politiques

Les gens qui me lisent, ceux qui m'ont fréquenté, voire aimé, comme ceux qui m'ont croisé de façon tout à fait fugitive,  au hasard de tortueux cheminements, savent que je ne suis pas un gars de droite. De là à croire que je suis un gars de gauche, il y a un monde que je n'ai jamais franchi et ne franchirai sans doute jamais.
la vie est un jeu.jpg Des gens de droite, j'en ai rencontré de franchement répugnants, des immondes, des salopards, de vrais partisans de l'apartheid social. J'ai mené contre eux la guerre, parfois même physiquement,  et ils m'ont bien rendu les quelques coups que j'avais su leur porter.
Au moins, à ce niveau-là, les rapports ont le mérite de la clarté. Irréconciliables.
J'en ai rencontré d'autres, les plus nombreux,  qui étaient carrément insignifiants, tout simplement nigauds, n'ayant pas l'énergie assez puissante pour entamer une critique conséquente du monde et prendre résolument parti pour quoi que ce fût. Des gens qui répètent ce que leur chantent Pujadas ou Claire Chazal, des gens qui croient que ce qu'ils voient en images, réelles ou  subtilement camouflées,  est forcément vrai.  Alors, de droite, dans ces piètres cas-là, ça sert de fourre-tout et ça donne les clefs du pouvoir à n'importe lequel imbécile avec de jolis bracelets et des montres qui brillent. Ne  cherchez pas plus loin le mystère de la décadence politique en France et partout en Europe. Ces gens-là relèvent plus de la faiblesse psychanalytique que de l'opinion politique. Je vote à droite parce que je ne supporte pas de m'opposer. Des qui voient des pères fouettards un peu  partout.
Des gens de droite, j'en ai même rencontré des gentils, des courtois, d'un agréable commerce. À un de ceux-ci, homonyme d'un de nos plus célèbres camarades du net littéraire, avec lequel j'entretenais des relations de travail très cordiales, j'avais un jour lâché : Putain, t'es sympa, t'es pas con, t'es même généreux dans ta tête, mais qu'est-ce que tu fous à droite ?
On avait bien rigolé. Et on ne s'était pas expliqué plus avant.
Parce que vient un moment où la frontière est trop ténue entre les idéologies qu'on porte en soi.  Où elles ne sont, justement, plus qu'idéologies qui fondent comme neiges au soleil sous la chaleur du regard humain. On n'est pas de droite ou de gauche. On se sent. Ça remonte très loin, bien plus loin que notre bagage culturel et notre vision apprise du monde.
Bien avant l'exil de nos mots.
Et qu'on se sente de droite ou de gauche, rien ne nous dispense de la gentillesse quand la contradiction n'est pas trop criante et agressive, comme dit plus haut, pour les philosophes de l'inégalité.

Et les gens de gauche alors ?
Ceux-ci, je les connais mieux, en fait...J'ai baigné dans leurs convictions depuis mon plus jeune âge. Je suis tombé tout petiot encore dans la marmite de leur potion magique, à tel point qu'il m'a été interdit toute ma vie d'en reprendre une dose.
Et beaucoup, beaucoup furent de mon entourage adulte. Alors, je n'avais plus qu'à les regarder s'abreuver de leur élixir magique, celui qui donne bonne conscience, et me tenir à l'écart de leurs différents druides.
Ces gens de gauche, pour la plupart,  n'étaient pas plus gentils que certains de droite et même, des fois, franchement plus répugnants dans leur conception étriquée du monde et l'obstination inique, ridicule, petite, mesquine, infantile presque, à vouloir défendre bec et ongles leurs privilèges sociaux, sans aucun souci de fraternité humaine.
En un mot comme en cent, de vrais cons. Mais du bon côté de la connerie. Son côté con déguisé en humanisme.
Allez, rigolons
un peu - mais très jaune -  avec quelques exemples. Pêle-mêle, même si je commence par le début.
La première fois que j'ai eu à batailler jusqu'à faire le coup de poing avec des gens de gauche, c'était à la Maison du Peuple, à Poitiers...Vous voyez que, avec mes camarades Apaches du moment, on avait bien choisi le terrain de boxe... On avait alors vingt ans et on est très sérieux quand on a vingt ans.
Bref, une manifestation contre la guerre au Vietnam et l'impérialisme  américain...On avait, inscrit sur nos jeans dégueulasses, le fameux symbole anti-armement et on portait à bout de bras des drapeaux noirs qui flottaient dans le vent de notre révolte et de notre jeunesse. Des drapeaux noirs qui n'aiment pas le rouge et n'en sont pas aimés. Les gens qui nous ont foncé dessus ne furent pas, comme on s'y préparait, les crânes rasés d'Ordre Nouveau amassés au coin de la rue,  goguenards et provocateurs, mais le service d'ordre du PCF, des gros cons staliniens, ceux qui se croyaient seuls, à force de mentir et d'avoir bien appris à le faire, autorisés à manifester leur indignation officielle contre les méchants Américains. Nous, nous n'étions que des provocateurs, des petits bourgeois, des anarchistes payés par le pouvoir et même par les services secrets étrangers. Bref, toute la nauséabonde salade avec laquelle ils ont
partout sali dans le monde  l'honneur des combattants, en France,  en Russie, en Ukraine, en Pologne, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Amérique du Sud...etc.
Beaucoup plus près de notre sale époque, un jour, voilà t-il pas que les gardiens de prison se mettent en grève. Conditions de travail, salaires, surpopulation carcérale, etc. Vous connaissez la juste rengaine : les prisons de France sont les plus pourries de toutes les prisons d'Europe même si, par essence, une prison, c'est d'abord pourri.
J'avais un copain instituteur. Dois-je préciser «  de gauche » ?
La conversation en vint donc sur la grève des matons qui réclamaient la retraite à 55 ans et, lui, le copain, qui avait cet avantage acquis depuis la nuit des temps et comptait bien dessus pour passer de jeunes-vieux beaux jours au frais de la princesse sociale, de s'indigner tout rouge : on se demande ce qui leur pète dans le citron, à ces corniauds !!
Véridique. À vomir ce qu'on n'a pas mangé encore.
Une autre, socialiste jusque dans les poils de son cul,  fustigeait les chauffeurs routiers en grève. Que des gros cons, des phallos et des alcooliques qui nous écraseraient si on n'y prenait garde, avec leurs effrayants camions !
Moi, j'ai un frère, un ami et un confident, qui est chauffeur routier. Je connaissais à l'époque, ses conditions de travail et son salaire. L'autre imbécile avec ses convictions de gauche, n'aurait même pas eu de quoi entretenir sa voiture, sa maison de campagne et ses sorties au théâtre,  avec les émoluments fraternels et n'aurait même pas eu le temps de dire des conneries, ni même d'ouvrir un  livre, avec ses 48 heures de boulot par semaine...Mon frangin, lui, gros con avec son gros camion, avait encore le temps de lire Tolstoї ou Balzac.

Et d'aimer les gens.

Un autre, socialo ou coco, j'en sais rien, une fois, peu avant que je ne quitte la France, alors que j'étais en grève et que je glandais au bistro devant des demis en attendant - c'était contre la réforme Fillon  et on devait être dix sur 1200 employés à faire cette grève - cet autre, disais-je, responsable d'une section syndicale, s'était opposé avec succès quelque temps après à ce que j'ai une toute petite promotion lors de la Commission Administrative Paritaire, parce que...je buvais beaucoup et que jallais au bistro pendant les heures de travail ! Un mouchard et un falsificateur, en plus, celui-ci ! Je me suis toujours promis de le retrouver un jour et de le souffleter comme un laquais.

Et puis, il y en a tant encore que j'ai vu discourir sur la justice sociale, la culture avec un C plus grand que leur vide intérieur, et dont les seules préoccupations étaient la sauvegarde d'un gentil confort et le maintien d'un statut brillant comme des couilles de chat, des vacances à tour de bras, des retraites mirobolantes, avec prise en compte des six derniers mois d'activité contre les vingt-cinq meilleures années pour d'autres -  hop, on change d'échelon ou de grade juste avant de partir et le tour est joué pour le restant des jours, c'est ce qu'on appelle être un homme ou une femme de justice et de progrès - des congés pour se former, pour passer une licence ratée à la saison, pour peigner la girafe, une mise à disposition près d'une cheminée plus chaude et moins polluante, etc....etc..  et et cætera encore.
Moi, tout ça, moi qui ne suis pas de droite, je le précise encore tant les gens de gauche sont férus des amalgames et prêts à mettre dans le sac réactionnaire tout ce qui s'oppose à leur nombril, ça m'a fait tendre l'oreille des fois vers ce qu'ils disaient, les gens de droite, sur les privilèges sociaux et autres. Pas pour abolir les privilèges en question dans un souci de justice, mais histoire de niveler tout le monde par le bas, qu'ils disaient ça et qu'ils disent encore ça, les gens de droite, bien sûr. Mais ça m'a fait tendre l'oreille quand même et ça m'a fait dire souvent, prenant la mesure des raisons intimes de l'opposition des gens de gauche à ces propos, que, finalement, les intentions humaines, fraternelles, honnêtes, en profondeur, n'étaient pas plus reluisantes du côté gauche que du côté droit.
Il n'y a que des gens ayant quelque chose à sauver de leur peau au détriment d'un bout de peau du voisin, pour croire que l'appartenance, avec ou sans carte, à la gauche soit un engagement fort, citoyen et humaniste. Et c'est même pour l'avoir bien compris que la droite est partout victorieuse aujourd'hui et joue sur du velours.
Immondes foutaises, donc, que tout cela.
La vérité est pour moi dans l'engagement quotidien, sans stratégie, sans espoir et sans allégeance, aucune, faite à qui que ce soit. Se tenir à l'écart des batailles rangées du mensonge et de l'égocentrisme et faire sienne cette devise de Léon-Paul Fargue que me citait, il n'y a pas longtemps, un homme fraternel :

" Espérer beaucoup, attendre peu, ne demander rien..."

Image : Philip Seelen

vendredi, 05 février 2010

Nouvelle agression contre écrivains

photo-124036.jpgJe ne puis que vous inviter à vous associer à la protestation contre cette nouvelle agression de Sarkozy, de sa clique et de son bouffon Frédéric Mitterrand.

Une résidence d'écrivains que l'on projette de transformer en hôtel de luxe....

La logique implacable et totalitaire du rouleau compresseur avance de plus en plus et avec de plus en plus d'arrogance dans sa construction des déserts de l'esprit.

Relayer sur vos blogs et sites, SVP.

C'est à la littérature, à l'art, à la culture, bref  à la liberté et à la dignité du monde de demain, que l'aristocratie libérale tente de tordre définitivement le cou.

Qui, dès lors et à moins qu'il ne soit complice, pourrait prétendre ne pas se sentir  concerné ?

jeudi, 04 février 2010

L'épreuve de la correction

P2040009.JPGLe ciel ayant pour l'heure troqué ses couteaux de glace pour la nonchalance plus ouatée des flocons et m'ayant ainsi consenti quelque répit, je viens d'en terminer avec la correction des épreuves du livre à paraître le 25 mars à l'enseigne du Temps Qu'il Fait, justement.
Les corrections d'épreuves sont toujours un grand moment de tension. La dernière ligne droite, le souci et l'angoisse de l'impossible perfection. Lire aussi comme si ce texte était extérieur, avec l'oreille collée au bruissement de la phrase.
Quelqu'un, dont j'aime beaucoup le travail d'écriture, me faisait part il y a quelque temps d'une appréciation qui me fit bien plaisir :  «  Il y a dans votre écriture une attention au sol, aux paysages, aux hommes que je goûte vraiment.  Et dans votre phrasé quelque chose de vif et de jubilatoire. Une voix, plus qu'un style : Cela vous vient sans doute de la chanson.»

Je l'en remercie vivement. Et j'ai repensé à cette critique en relisant mes épreuves, c'est la raison pour laquelle je la mentionne et non par imbécile forfanterie.
Mais qu'ai-je ici à m'en justifier ?
Car besoin parfois de changer un mot pour un autre, au sens pourtant très proche, tant que je fus amené  à me demander réellement pourquoi. Et c'est en lisant à haute voix que je me suis effectivement aperçu que je demandais à ma phrase de chantonner, de dire ce que je voulais dire sans fioritures excessives, mais avec du mouvement sonore à l'intérieur.

Un paysage, une saison, des souvenirs, les hommes et les femmes, le monde, je ne conçois rien de tout cela qui puisse être écrit sans une certaine mélodie sous-jacente.
Et puis, par-delà ces considérations - au demeurant très agréables - sont ces règles tordues de la grammaire qui vous piègent, qui vous font douter et froncer le sourcil....Vous aviez pourtant spontanément enjambé les écueils, il y a déjà longtemps, quand vous écriviez votre texte. Maintenant, c'est plus l'artisan que l'artiste qui travaille..Et, tiens, en passant, merci à l'ami que je savais pouvoir solliciter sans vergogne pour requérir son avis sur tel ou tel caprice grammatical. Car vient un moment où le doute est plus fort que la conviction, même avec « Pièges et difficultés de la langue française »  à son chevet.

Ne reste donc plus qu'à vous entendre, vous lecteurs, quand vous aurez ce «Géographies» - sous un autre titre sans doute - entre les mains.
Vous entendre me dire si j'ai passé ou non avec succès l'épreuve de mes épreuves.
De toutes façons, le vin est quasiment tiré.
À votre santé, donc, et pour faire plaisir à Solko, un passage supprimé, non pas des susdites épreuves, mais de la source, du manuscrit initial :

" Entre la Rochelle et Niort s’étire sur une quinzaine de kilomètres la forêt de Benon, traversée par la Nationale 11,  large et impeccablement droite.
Normal. Elle aboutit directement sur l'île de Ré et les gens qui se proposent de  consommer le soleil n'ont que faire de l'ombre imbécile des forêts.
Forêt ingrate, habillée de chênes noirs rabougris et d’érables, aux sous-bois rongés par le noisetier. Forêt  ingrate parce qu’ayant eu à payer le lourd tribut de la surexploitation. Son chêne en effet, mais surtout la qualité des fours qui y étaient installés, donnait un charbon d’une valeur calorifique nulle part inégalée. À tel point qu’un historien a noté qu’à La Rochelle, le charbon de Benon se vendait de 25 à 30 % plus cher que tout autre charbon.
Un charbon pour les bourgeois qui ne vont pas au charbon...."

mardi, 02 février 2010

Consultations janvier

A l'instar de François Bon, quoique plus succinctement et quoique très, très loin derrière ses quelque 5000 visiteurs  uniques au quotidien, je publie les chiffres de lecture de l'Exil.
Je ferai de la sorte chaque début de mois. Histoire de transparence et de coup d'oeil jeté en coulisses.
Merci de votre fidèle intérêt.

Image1.gif


samedi, 30 janvier 2010

Le Grand Pan est mort

Un des textes les plus difficiles de Brassens. L'auteur lui-même disait pourtant qu'il n'était pas réussi, mais il faut dire que Brassens était rarement content de lui-même.

Je considère pour ma part " Le Grand Pan" comme étant son chef-d'oeuvre.

Il est dit là, en quelques strophes et refrains, beaucoup plus que les élucubrations amphigouriques des  philosophes de tout poil et de tout bord ont prétendu nous enseigner sur la question.

Même s'il y a quelque chose de Nietzsche dans ces vers.

Comme quoi...

En farfouillant sur Youtube, j'ai trouvé cettte interprétation assez remarquable :




 

vendredi, 29 janvier 2010

Solitudes d'abord

jk.JPGLa brume est blanche et meurt figée aux noirs moignons des arbres.
Dernière extrémité sauvage qui se penche  sur le vide.
Au-dessus, l'azur n'existe plus qu'en un rêve très incertain. Il est translucide, bleu et rose, mais bleu et rose diaphanes, tel un tissu onirique, telle une vague pensée qui lutterait encore avec du néant....
Mes yeux ont faim d'un monde nouveau,  yeux qui ont froid, qui s'accrochent plus loin, qui ont déjà vu cette colère de la mort, cette inquiétude des horizons glacés.
Voir plus loin.
Qu'est-ce là bas sur le coin des champs ?  Mais qu'est-ce donc ? Un mirage humain ? Oui, ça doit être un mirage humain. C'est assez sombre pour être un mirage humain. C'est toujours sombre, les mirages humains. C'est toujours nu aussi, avec un sexe de deux façons mais aux universels balbutiements.
Les yeux verront. C'est leur savoir de voir... Et le mirage, des fumées de charbon. Des hommes brandissent au bout de leurs faisceaux incandescents des boulets rouges pour réchauffer l'azur, faire reculer un peu les spectres qui les hantent.
Des spectres humanistes que seul le feu peut renvoyer aux territoires des ombres. Les humanistes sont les premiers adversaires des hommes nus. Ils ne bredouillent qu'aux chaudes saisons. Ils bredouillent de l'insignifiance, de la gratuité. Les humanistes sont les amis des hommes quand nul n'a besoin de leur humanité.
Les autres, les hommes seuls et debout, soufflent sur l'azur et le font translucide.
Marcher.

Enjamber les glaces et les neiges, surtout ne pas tomber et dépasser la forêt. C'est dans ses entrailles touffues, que rôdent la vraie mort et ses entourloupettes. La plainte de la plaine sous les pas gelés, solidifiés par des couteaux tombés du ciel, ne pas l'écouter.
Je suis certain d'avoir entendu la lune frigorifiée comme une épée sur ma tête.

jeudi, 28 janvier 2010

Donne-moi plutôt ta main...

ringo.jpgSur les marches de l'hôtel, l'homme balaie la neige tombée durant la nuit.
Son geste est las et mécanique. Sa cotte de travail verte est foncée. Son bonnet de laine est saupoudré de blanc, ses sourcils ombrageux, ses yeux sombres, les yeux du travailleur des petits matins.
C'est l'heure de ma première clope. L'heure de dire bonjour au ciel.
De translucide, aigu, inexistant qu'il était presque sous moins trente degrés, il est devenu épais sous moins vingt degrés et la neige tombe, tombe, en plumes glacées sur la ville.
Les fumées de charbon se mêlent aux flocons, le blanc contre le noir.

L'homme balaie pour que les messieurs-dames de l'hôtel puissent sortir bientôt sans risquer de  glisser et sans  trop maculer leurs belles chaussures.
Je le salue.
Il me salue aussi. Mais de loin, sans sourire, sans civilité excessive inscrite sur son visage. Distant.
Je regarde son geste las et mécanique. Je secoue la tête. J'écrase ma cigarette.
Je suis un de ces messieurs pour lesquels il balaie dans le froid gris d'un matin gris d'un hiver des plus gris et des plus redoutables.
Il y a entre cet homme et moi une zone profonde, un no man's land, un océan de préjugés bien plus infranchissable que la langue et ses sonorités contraires.
Une fausse zone, comme toutes les zones qui séparent le regard des hommes.
Ces  zones-là sont des alibis pour les feignants du cœur et les menteurs de partout.
Car lui, le balayeur à la cotte verte, le balayeur taciturne, il a dormi chez lui, dans son lit.  Ce matin il a fait le feu, il a regardé les flammes danser et il a entendu se fendre le bois sous la chaleur épaisse, il a  bu un café fumant et dégusté des toasts grillés. Sa confiture, rouge, pourpre, sentait bon les fruits de son jardin enfui...
Moi, je suis échoué ici, comme une algue marine sur l'ocre des plages. Réfugié. J'ai quitté mon navire assiégé par des couteaux glacés.
Je regarde le ciel qui se déplume.
Le mauvais sort n'est pas du côté que donnent les apparences sociales, tant les hommes
aux hommes sont devenus étrangers .
J'ai souri à celui qui balayait les marches de l'hôtel.
J'eusse aimé lui dire que pour moi, ça n'était pas la peine.
Que j'avais déjà glissé et que la neige sur les marches, les culbutes et les chutes, ne me faisaient plus peur depuis longtemps.
Que son geste las et mécanique n'était pas pour moi.

Dans le hall de l'hôtel, j'ai regardé tout un moment une grande et vieille image sous verre, qui trônait là sur le mur. L'équipe de foot polonaise, médaille d'argent de la coupe du monde 1974.

Je me suis demandé ce que je faisais en 1974 et j'ai vu que j'avais alors les mêmes espoirs qu'aujourd'hui. Que les hommes se serrent fraternellement les mains.
Il n'y a pas d'âge pour être idiot
. Les utopies ont la peau dure.

Et, lui, le balayeur pour pas que je glisse, moi, un monsieur qui sommeille dans les hôtels, qu'est-ce qu'il faisait, en 1974 ?
Où en est-il de ses espoirs et de ses défaites ?

Il neige sur les fumées du charbon...Le blanc contre le noir...

Image : Philip Seelen

lundi, 25 janvier 2010

Du réchauffement climatique d'une bande de pingouins ...

rochanow_550.jpeg

Pourvu qu'ils ne nous suppriment pas l'effet de serre !

samedi, 23 janvier 2010

Les mots de l'écho, l'écho des mots...

Quand on écrit les pieds au chaud, qu’on a le ventre plein, que les lendemains, ma foi, sans être des promesses d’Eldorado, au moins s’envisagent avec  l’essentiel de la survie satisfait, on peut se permettre d’être sévère avec le monde.naufrage.jpg
On peut en interpréter l’adversité. En faire littérature.
On peut même se pencher sur son propre style, le message étant filtré par la réflexion poétique inhérente à  tout art.
Couteau émoussé. Dérisoire. Fautif.
Car il est loin, le monde. On peut dès lors le tarabuster tels des enfants qui taquineraient une bête féroce enfermée derrière les barreaux d'une cage de cirque.
Les tourments et les souffrances ne s’offrent à la littérature que lorsqu’ils ont été dépassés, vaincus, et cette littérature n'est en cela, pour moi, qu'une étoile morte qui renvoie encore sa lumière, par le truchement des lois espace/temps/vitesse.
Directement vécu et image transmise sont irrémédiablement antinomiques.
L’écriture n’a pas d’objet sous les feux d’une tempête.

Aux prises avec la brutalité d’un climat et n’ayant pas les moyens matériels de l’affronter, j’essaie de corriger les épreuves de mon livre, écrit dans le calme et la sérénité, sur les climats, leurs intempérances et leurs douceurs, sur les bonheurs ou les âpretés de la machine ronde.
Impossible pour l'heure.
Sujet trop présent, qui colle à la page.
Comme le capitaine d'un navire en perdition et qui se mettrait en devoir d’écrire un sonnet sur la catastrophe.
L’écriture n’est pas un cri du réel...
Elle n'en est que l’écho.
Un écho peut-il renvoyer exactement ce que disait un cri ?

mercredi, 20 janvier 2010

Un monde de fous au service des fous

P1150019.JPGQuand Pujadas, le sourire enfariné, ouvre sa poubelle en annonçant : La France sous des températures polaires alors qu'il fait - 4 à Paris, qu'il y a 5 cm de neige par ci par là, il oublie une chose fondamentale, le pauvre bougre : il oublie qu'il est, avec l'enchaînement des individus au même caisson audiovisuel relayé par Internet, en plus, visible et entendu de partout dans le monde. Le jocrisse ne croit peut-être s'adresser qu'aux beaux quartiers de Paris, allez savoir  !
Que ce bouffon du pouvoir truque des reportages parlant de l'Iran sur des images de l'Honduras, ma foi, ça finit par passer sans trop de bobo tant la falsification a fait jurisprudence,  tous les voyous de la parole spectaculaire de la planète en faisant autant. La stratégie politique de la panique permanente de l'individu et de la démoralisation universelle a maintenant trouvé ses marques et maîtrise parfaitement ses moyens. Les gens n'ont qu'à balancer leur poubelle à la poubelle. Après tout, les tribuns pervers ne sont entendus que par des oreilles complices de les écouter.
Là, pour les effets d'annonce météo,  c'est un mail privé qui me le dit, goguenard, et je vérifie....
En Europe centrale, sous la neige et la glace depuis le 15 décembre, où il fait encore en-dessous de moins vingt, où ça va descendre encore, peut-être jusqu'à moins trente ce week-end, où les particuliers sont aux prises avec une lutte quotidienne, harassante,  pour se déplacer, chauffer leur maison, envoyer les enfants à l'école, ne pas tomber malades, où les communes, les régions, l'état dépensent des sommes astronomiques pour essayer d'assurer le minimum sur les voies publiques, quand  on entend ça,  on se demande à quelle communauté on a fait allégeance en entrant dans l'Europe.
On dit que de telles annonces ne peuvent être que l'œuvre d'un fou isolé.
On se trompe lourdement, bien sûr...Pujadas n'est pas un fou isolé. Il est la marionnette, l'employé servile, d'un système qui n'est même plus capable d'annoncer la météo sans dire un mensonge, une énormité, un truc qui se vend, un truc qui fait peur, un truc de misérable comédien.
Bon sang, que la terre, les saisons et tous les paysages seraient beaux à vivre s'il n'y avait le sempiternel tintamarre de tous ces perfides salopards acteurs !

Et le temps passe, inexorable, jusqu'à la fin des horizons. Nous sommes des individus vaincus et nous mourrons dans des agonies de perdants pour avoir passé le plus clair de notre temps à tenter de résister au lieu de nous laisser porter par le bonheur et la chance d'exister.

lundi, 18 janvier 2010

Est-il encore debout le chêne ou le sapin de mon cercueil ?

Brassens était mécontent de son poème, un fois enregistré.
" J'ai laissé traîner une piètre assonance... " disait-il...

J'aimerais bien que mes pages sur le sujet laissent traîner des milliers de telles assonances.

 

samedi, 16 janvier 2010

Hier : l'électrification des campagnes

photo_1216834263111-1-2.jpgJe n'ai jamais vu de contrevents aux deux fenêtres de notre maison, pas même de rideaux, mais les vitres y étaient d'une propreté éclatante. Y poser les doigts était formellement défendu et la chatte était durement fouettée si elle s'avisait de les effleurer du bout de ses moustaches.
Avec deux fenêtres, une par pièce, la lumière du jour était une largesse de la nature qu'aucune souillure ni fioriture ne devait en effet venir contrarier. Il fallait qu'elle pénètre jusques à nous sans rencontrer d'obstacle car il s'agissait d'apprivoiser cette chandelle qui allait et venait sur le ciel et d'en tirer le maximum. Ma mère avait alors, selon une de ses locutions récurrentes et somme toute assez singulière dans sa bouche, une sainte horreur de l'hiver. Elle abhorrait la déchéance des jours.
Ainsi, fin juin elle avertissait, morose, que les jours n'augmenteraient plus. À Noël, elle criait victoire et annonçait que ces mêmes jours avaient fini de baisser. C'était incontestable et cette façon de vivre les choses en vaut bien une autre.
L'ennui c'est que, à part dans l'esprit, on n'est jamais dans le moment.
De fait, ma mère m'a peut-être légué ce décalage tantôt du bonheur et tantôt de l'angoisse, ce pessimisme latent quand tout va bien et cet optimisme fâcheux quand tout va mal.

L'ampoule électrique, au-dessus de la table, n'était sollicitée que lorsqu'on ne pouvait plus distinguer que des mouvements de silhouettes. C'est dire si les mois d'été elle sombrait dans un oubli quasi-total.
Personne n'aurait même pensé à s'en plaindre. Une ampoule, c'était fait pour être allumée quand, vraiment, il n'y avait plus moyen de faire autrement sans se heurter aux meubles ou bien les uns contre les autres. L'ampoule était l'apport le plus éclatant des technologies nouvelles de mon enfance et on n'en usait qu'avec circonspection. C'était cher et c'était dangereux. Chaque village avait son martyr stupide et prétentieux, tétanisé et cloué au bout d'un fil pour avoir voulu en savoir plus long sur ce mystère de la lumière sans feu, sans bougie et sans lanterne. Il y avait eu aussi des incendies dans les écuries où les fils de tissu tressé couraient sur les murs des fenils, parmi les foins et la paille.
Aussi loin que je puisse remonter dans ma mémoire, je l'ai toujours vue là, cette lumière auréolée d'un large abat-jour vert pâle qui focalisait sur le milieu de la table et abandonnait les quatre coins de la pièce à l'obscurité.
Mais mon frère aîné, celui qui se targuait d'être né avant les autres, disait se souvenir des nombreux gars qui avaient planté des poteaux partout le long des routes et des chemins. Il racontait comment ils étaient grimpés comme des singes en haut de ces poteaux pour tendre des fils et comment, une à  une, ils avaient rattaché les maisons à ces fils. Cela avait duré longtemps. Les gars, de rudes gaillards en bleu de travail, rigolaient, plaisantaient, buvaient  des grands coups de vin ou des petits verres de gnôle chez l'habitant et cassaient la croûte à l'ombre des buissons. Même, il y en avait un, très grand, le plus gentil de toute cette armée de pionniers, qui venait chez nous boire du café avec de la chicorée. Il lui avait donné des petits restes de bout de  fil et un bel isolateur en verre, pour qu'il s'amuse au-dehors pendant qu'il prendrait tranquillement son café.
Son histoire paraissait vraie. D'ailleurs, prise à témoin, ma mère avait attesté et raconté l'arrivée de la fée électricité dans des termes à peu près similaires, sauf qu'elle avait démenti formellement l'existence du buveur de café à la chicorée et ajouté que tout ça, c'était surtout grâce aux ouvriers.
Cette dernière et lapidaire précision reste encore aujourd'hui un mystère pour moi, à tel point que je me demande si j'ai vraiment bien compris ou si je n'ai retenu qu'un bout de la phrase.

Le silence des chrysanthèmes (2006)

mercredi, 13 janvier 2010

Passage supprimé

dead.jpgLes gens d’hier, surtout ceux des champs et des bois, ne vivaient que ce qu’ils vivaient.
Ils  n’existaient pas encore comme décalcomanies. On ne les assommait pas chaque soir avec les tumultes des antipodes mis à feu et à sang, on ne leur disait pas de se bien couvrir le bout du nez parce qu’il allait faire froid, de se vacciner vite au risque d’être bientôt malades, sinon pour des fléaux d’antan comme tuberculose et variole, de penser comme ci plutôt que comme ça, de faire de leur argent ça plutôt que ça, de prendre bien garde à ce qu’il y avait dans leur assiette parce qu’un récent congrès de scientifiques venaient de découvrir que…
On ne leur disait pas non plus que la terre sur laquelle ils se promenaient était malade, avait la fièvre et serait tantôt inhabitable, la proie de tempêtes apocalyptiques, de cataclysmes et de naufrages titanesques s’ils ne prenaient garde à ce qu’ils faisaient chaque jour de leur poubelle, de leur auto, de leurs cartons, de leur chauffage, de leur papiers de bonbons. On ne leur disait pas que leurs enfants risquaient de mourir en vivant leurs amours ou alors qu’ils seraient peut-être des clochards, des trimardeurs, parce qu’on n’avait plus besoin d’eux pour construire, produire et imaginer un avenir bouché comme un ciel d’ouragan. On ne dressait pas chaque année la liste macabre de milliers de gens écrasés sous leur automobile, chaque commune, chaque village, chaque lieu-dit, chaque maison n’avait pas encore à déplorer un que la route avait cueilli à la fleur de l’âge.
On ne leur disait pas grand chose, aux gens d’hier. Que des broutilles. L’organisation méthodique de la peur et de l’angoisse n’était pas encore en place. Tout au plus, s’inquiétait-on vaguement, depuis que les hommes parlaient de monter voir la lune, des soucoupes volantes qui sillonneraient le firmament et d’êtres hideux débarquant des espaces sidéraux. Des inquiétudes à la Jules Verne.
Leur vie était encore sous leurs pieds, aux gens d’hier, à portée de mains, directement palpable. Nous ne disons pas qu’elle était plus belle ; nous laissons bien volontiers ce genre d’appréciation à la morale et à la sociologie. Nous disons qu’il la voyait de leurs propres yeux, cette vie.
Ces gens d’hier voyageaient donc seuls, comme les marins avant la boussole. Au flair, aux caprices des étoiles, au gré des vents, à la force du vouloir. Face aux tempêtes, ils serraient les dents ; avec un bon vent arrière, ils tâchaient d’en profiter pleinement.
Tout ça, bien moins longtemps qu’aujourd’hui, c’est vrai. Parvenu à quatre vingt ans, on n’était plus un vieillard anonyme dans une foule anonyme de vieillards, on était un fossile, une exception, un monument, presque un contre-nature.  Car on ne traînait pas son semblant de vie jusqu’à des âges sans nom. On mouchait la chandelle beaucoup plus tôt et bien plus fatigué.  Bien sûr… Mais le chemin parcouru n’avait pas chaque jour été habité par la mort, on ne l’avait pas soupçonnée d’être planquée en embuscade derrière chaque buisson, derrière chaque touffe suspecte de la végétation, derrière chaque virage à prendre.
On ne craignait le tranchant de la faux que la saison venue de la moisson.

Plus tard viendraient les temps où, pour asservir le monde, on brandirait la Camarde dans tous les instants de la vie, les serfs devant désormais considérer que respirer encore constituait le bonheur.

Passage supprimé d'un  récit en cours de rédaction

Image : Philip Seelen

mardi, 12 janvier 2010

Polska B dans l'étau

Températures, bientôt -25°....Quand la recherche du nécessaire mobilise toute l'énergie cérébrale

 

P1110028.JPG

 

P1110034.JPG
P1110030.JPG

P1110033.JPG
P1110038.JPG