18.04.2014

Stéphane Beau : Les Perdants, dernier exercice d'équilibrisme

C'est donc le dernier texte de Stéphane sur le sujet - qui est loin d'être épuisé si tant est qu'il soit épuisable - que je vous propose.
J'ai été heureux de relayer ici sa réflexion.
Parce qu'il est un ami ? Oui. Bien évidemment. D'ailleurs, nous venons de travailler ensemble sur le livre que j'ai édité aux Éditions du Petit Véhicule et c'était bien agréable.
Mais, pour nécessaire qu'ait été cette condition d'amitié, elle fut loin d'être suffisante pour que je prenne le parti de publier ici ses textes.
J'ai relayé parce que son livre, Les hommes en souffrance, que j'ai lu et aimé, un livre courageux qui prête forcément le flanc aux morsures de toute la meute ordinaire des idéologues ordinaires, fut le point de départ de sa réflexion.
Réflexion d'un homme touché, ému, blessé sans doute, en tout cas sincère et qui avait besoin de dire son pourquoi.
Le fait est, hélas, assez rare à mes yeux pour mériter d'être souligné.
Merci à lui.

 

littérature, écritureMarcher sur les barrières, jouer les danseurs de corde, se hisser par delà la mêlée, tout cela est bien joli, sur le papier, mais dans la vraie vie, concrètement, ça donne quoi ? Tout soupeser, ne jamais trancher, ne jamais pencher définitivement dans un camp ou dans l'autre parce qu'aucune vérité n'est jamais absolue, c'est intellectuellement très noble, mais est-ce humainement viable ?

C'est une question que je me pose régulièrement, bien entendu, et que je me repose forcément depuis plusieurs semaines, à la lecture du blog de Bertrand et des fougueux débats qu'il a allumés autour de la crise ukrainienne. A de multiples reprises, j'ai eu envie d'y aller de mon petit commentaire, et à chaque fois je me suis heurté à mon incapacité à m'arrêter sur un jugement définitif. Dénoncer Poutine et les manœuvres des russes pour s'accaparer de la Crimée, voire de quelques provinces supplémentaires ? Oui, bien sûr. Accuser les États-Unis d'être omniprésents dans cette affaire et d'y jouer avec des dés qui, au fond, ne sont guère moins pipés que ceux de leurs adversaires ? Pourquoi pas ? S'indigner du fait que l'on veuille faire des rebelles de Kiev des héros de la démocratie en s'attachant à gommer les revendications parfois très douteuses de certains de ces dits rebelles ? Évidemment. S'agacer de la niaiserie de la diplomatie européenne qui bien que bombant le torse et roulant des mécaniques, reste aussi emmerdée et impuissante que dans les années trente lorsque la menace nazie commençait à prendre de l'ampleur ? D'accord. Mais après ? Une fois que tout cela sera dit ? Quand la lourde machine sera lancée, que le jeu des ultimatums, des alliances, des escalades d'avertissements et de sommations commencera à se mettre en branle, quelle valeur tous ces mots auront-ils ? Certes, nous pourrons éventuellement nous vanter d'avoir été plus malins que les autres et d'avoir percé à jour l'absurdité de tout cela, d'avoir mis nos contemporains (la poignée de lecteurs qui nous lit autrement dit...) en garde. Mais quand nous serons brassés dans la grande lessiveuse, est-ce que ce sera suffisant comme consolation ?

Je suis actuellement en train de lire le dernier numéro de la revue Agone, consacré à l'Ordinaire de la guerre. Le volume s'ouvre sur une querelle d'historiens, spécialistes de la première guerre mondiale, querelle portant sur la notion de consentement : peut-on dire que tous les soldats qui se sont battus en 14-18, qui y sont morts et/ou qui y ont tué, étaient « consentants ». La relative faiblesse du nombre de mutins et de déserteurs doit-elle nous laisser supposer que tous ceux qui ne le furent pas trouvèrent un sens aux combats qu'ils menèrent ? Quel choix avaient-ils ? Se révolter et finir presque à coup sûr avec douze balles dans la peau ? S'engager dans la guerre et espérer en ressortir sans trop de dégâts ? Sauf que dans la vraie vie, ce choix n'existe pas. Dans la vraie vie, on suit le mouvement. On prend la vague et on essaye de ne pas se noyer. Vous croyez que le type qui se fait embarquer par une rivière en crue a le temps de s'interroger sur le bien fondé de ses choix ? Couler ? Flotter ? Se raccrocher à une branche ? Non, il improvise et s'efforce juste de ne pas suffoquer.
Les choix, de toute manière, on les fera pour nous, sur le moment ou après coup. Car, comme nous le rappelle Ernst Jünger, dans Le Traité du rebelle, le non-engagement n'existe pas. On n'échappe jamais complètement aux barrières et on est toujours plus ou moins fermement sommé de choisir un camp. Et si on ne le fait pas, l'histoire s'en charge pour nous. Plus embêtant : la volonté de non engagement, qui pourrait se traduire comme le « choix de ne pas choisir » est presque toujours réinterprétée comme venant finalement faire le lit des pires horreurs, puisqu'elle ne s'y oppose pas catégoriquement. Cela s'est vu aussi bien en 1914 qu'en 1939. Et cela se reproduit à chaque fois que l'on enferme la pensée dans une opposition binaire et manichéenne, c'est-à-dire quotidiennement.

Certes, tous les choix auxquels nous sommes confrontés au fil des jours ne sont pas aussi cruciaux que ceux qu'ont connus les poilus ou les contemporains d'Hitler, mais quand même : adopter la posture du danseur de corde, de celui qui marche sur les barrières ou de celui qui s'élève au dessus des mêlées reste très compliqué. C'est un « non choix » qui nous engage presque autant, sinon plus, que d'opter pour tel ou tel camp ; car quelle que soit l'évolution de la situation, nous serons au final comptés parmi ceux qui se sont rangés du mauvais côté. Cela est très net au moment des élections où ce sont bien souvent ceux qui se sont abstenus de trancher, justement qui se retrouvent accusés la plupart du temps, par les commentateurs, d'avoir favorisé la victoire de tel parti (le Front National par exemple) ou d'avoir accéléré la chute de tel autre.
Dans un monde ou tout doit quasiment toujours pouvoir être résumé en une opposition binaire le danseur de corde, l'équilibriste de l'esprit, est un handicapé. Son besoin de tout soupeser, d'utiliser les oscillation de son balancier pour éviter de sombrer dans le manichéisme, n'est pas perçu comme une forme d'intelligence mais comme une inadaptation. Sa propension au doute n'est pas reconnue comme une preuve de raison mais comme un signe de faiblesse et d'impuissance. L'équilibriste de l'esprit est un perdant, un éternel perdant. Tant pis pour lui. Tant pis pour le monde aussi, peut-être...

Tiens, en parlant de « perdants », je vous rappelle que Philippe Ayraud a fait paraître, il y a quelques mois de cela, aux éditions Durand Peyroles, un très chouette recueil de nouvelles dont c'est précisément le titre : Les Perdants. Si vous avez trouvé quelque intérêt à me suivre dans ces réflexions, ces dernières semaines, je ne peux que vous inviter à le lire. Vous verrez que si la forme de son propos est forcément différente de la mienne, puisqu'on est là dans le fictionnel, le fond n'est pas si éloigné de ce que j'ai essayé d'exposer ici.

Stéphane Beau

12:03 Publié dans Stéphane Beau | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.04.2014

Stéphane Beau : par delà la mêlée

par_dela_melee.jpgMon approche de la question féministe ne doit donc pas être séparée de la manière dont je ressens intimement la notion de barrière. Mon problème en effet, aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, a toujours été, dans tous les domaines, de refuser d'être assigné à résidence d'un côté ou de l'autre des barrières que l'on m'opposait. Sans en avoir pleinement conscience, la plupart du temps. Et si je parle ici de problème, ce n'est pas par hasard, car c'est une position qui est assez inconfortable. C'est ainsi que j'ai toujours traîné, derrière moi, l'image d'un râleur, d'un réfractaire, d'un objecteur, d'un coupeur de cheveux en quatre, bref, d'un emmerdeur, car les humains, au fond, n'aiment pas qu'on interroge les fondements de leurs idées et les moteurs de leurs actes.
Mais c'est comme ça, c'est plus fort que moi, lorsque je me heurte à une barrière, il faut toujours que j'aille jeter un œil de l'autre côté pour voir ce qu'on y trouve. Et forcément, à chaque fois le constat est le même : il y a du bon et du mauvais des deux côtés. Cette posture, dont on pourrait a priori croire qu'elle est plutôt de nature à apaiser les choses, à gommer les conflits en ouvrant une porte de dialogue entre les deux camps, est au contraire très mal perçue. Car la plupart du temps, les deux parties n'ont pas envie de communiquer. C'est d'ailleurs justement pour cela qu'elles ont érigé une barrière entre elles, et toute tentative de conciliation n'est pas perçue comme un appel à la libération, mais comme une agression.
 
Mon livre sur les Hommes en souffrance, par exemple, même si le ton est volontairement polémique, a vraiment été pensé et écrit comme étant un livre sensé dépasser la barrière de la guerre des sexes. Je voulais vraiment qu'il invite les lecteurs à grimper sur cette barrière pour contempler l'ensemble du problème, objectivement et de manière non partisane. Je sais que certains l'ont lu ainsi et cela me fait plaisir. Mais je constate aussi que ces lecteurs-là ne sont pas majoritaires et que pas mal d'autres semblent n'avoir pas pu faire autrement que de ramener arbitrairement ma pensée d'un côté ou de l'autre de la barrière. C'est ainsi que pour les féministes les plus radicales mon livre est un livre masculiniste (donc abject et condamnable), alors qu'à l'opposé, chez les défenseurs les plus rugueux de la cause des hommes, je sens bien qu'on peine à accueillir chaleureusement un texte qui ne fait pas ouvertement l'apologie des pères perchés ou des femmes au foyer.
 C'est pour ça qu'une fois de plus, comme le note Bertrand Redonnet, je me retrouve à l'écart, en dehors. Positions qui ne relèvent pas de choix délibérés, mais découlent des circonstances. Bertrand sait bien mon attachement aux vieux journaux anarchistes. Notamment l'En Dehors, revue à laquelle il fait explicitement référence. Il sait probablement qu'il en existait une autre, publiée par E. Armand durant la première guerre mondiale, qui s'appelait Par delà la mêlée.
 
Par delà la mêlée... N'est-ce pas là, par définition, que se situe le danseur de corde ?
N'est-ce pas là aussi, dans cette mêlée, que le danseur de corde retombe quand il trébuche ?

Stéphane
 
Petit rajout de Bertrand : Tout à fait, Stéphane. Armand qui participa lui-même à L'En dehors (fondateur Zo d'Axa) avec Octave Mirbeau.
Armand, chantre de la camaraderie amoureuse... Avec Darien aussi.

13:17 Publié dans Stéphane Beau | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

15.04.2014

Apprenons à lire

écriture,histoire,ukraineJe vous propose un essai de décryptage de la presse officielle occidentale – et surtout française - sur l’Ukraine en m’appuyant sur un article signé Jacques Hubert-Rodier dans Les Echos.
Ce n’est pas que l’article en question soit plus brillant ou plus mauvais qu’un autre. Non. J’ai choisi celui-ci parce qu’il est un modèle du genre : suffit de lire le titre pour savoir la couleur de l'encre qui écrira le reste. Il reprend aussi tous les poncifs et montre l'art incomparable de l'éditorialiste qui consiste à tremper sa plume dans l’idéologie tout en faisant mine d’être impartial. En un mot comme en cent, l'art de faire rentrer une bonne fois pour toutes dans la tête des citoyens moyens que Poutine est un monstre et que nous, avec nos amis Américains – lesquels, comme chacun le sait, sont partout dans le monde les gardiens du Temple de la justice et de la paix -  nous sommes du bon côté du droit et de l’apaisement.
Un article typique de la propagande décomplexée.

Mais il me faut tout d'abord dire que Jacques-Hubert Rodier est un homme intelligent. Il écrit un article. Pas un tract. Donc, il commence par faire quelques concessions rapides, pour bien poser en guise de  prolégomènes à ce qui va suivre qu’il est un homme sérieux, sans opinion partisane.
Ça lui prend quatre lignes. Pas plus :

Certes, les pays occidentaux ont leur part de responsabilité dans cette crise. Les Etats-Unis et l'Union européenne en pratiquant une politique ambiguë à l'égard de Kiev, comme ce fut le cas pendant et après la « révolution orange » de 2004. Mais la responsabilité écrasante de la nouvelle crise en Ukraine incombe à Moscou.  

Quatre lignes sur lesquelles il faut cependant s’attarder un moment. Car en ces quatre lignes fortement condensées le journaliste évoque en les passant sous un savant silence tout le travail de taupes effectué en Ukraine par la CIA et les Européens de 2004 à 2010, avec une pression de plus en plus grande après 2010, c’est-à-dire après la victoire électorale du pro-russe corrompu Ianoukovitch.
En effet, la déconfiture du Président pro-occidental sortant, Viktor Iouchtchenko, 5,5% des suffrages au premier tour, immédiatement suivie de la victoire de Ianoukovitch au second tour face à l’oligarque milliardaire Ioulia Tymochenko, l’égérie venimeuse naviguant au gré de ses intérêts du moment d’un camp à l’autre, avait en effet plongé les Américains et les Européens dans la stupeur, les uns et les autres voyant s’éloigner les perspectives d’une mainmise politique et économique sur ce pays situé aux portes de Moscou, ouvrant sur la mer noire, peuplé par 45 millions d’habitants et aux ressources énergétiques potentiellement très riches.
Il faut donc revoir en profondeur cette page de l’Histoire de l’Ukraine, de la Révolution Orange, des combats incessants entre les pro-russes et les favorables à une coopération avec l’Ouest, cette éternelle opposition, congénitale, entre l’est et l’ouest, les fraudes électorales multiples et plus ou moins avérées, l’empoisonnement fortement soupçonné, sinon jamais prouvé, de Viktor Iouchtchenko, pour comprendre que la situation dramatique d’aujourd’hui ne tombe pas comme des cheveux sur la soupe et qu’en rejeter l’entière responsabilité sur Poutine, de la part d’un journaliste sérieux, aguerri, participe du confusionnisme intéressé. Certainement pas de l’ignorance.
La situation guerrière d’aujourd’hui est donc le fruit de l’exploitation par l’Occident d’une part et par Moscou d’autre part, de la faille culturelle et historique inhérente à l’Ukraine. Chacun y va ainsi de ses moyens, la Russie avec son armée plus ou moins déguisée, les Américains et les Européens avec leurs agents infiltrés, leurs promesses inconsidérées, le miroitement mordoré du fric du FMI et de Bruxelles et la propagande démocrate.
Non, Monsieur Jacques-Hubert Rodier, Les Etats-Unis et l'Union européenne n’ont pas pratiqué une politique ambiguë. Ils ont pratiqué la politique de déstabilisation la plus claire et qui servait leurs vues à moyen terme. Une politique sans équivoque.
En les édulcorant ainsi et en affublant Poutine des habits du diable, d’emblée, pour ceux qui savent encore lire, vous discréditez votre propos.

Le passage suivant est du même tonneau et reprend mot pour mot ce que n’importe lequel journaliste de base peut écrire :

Car l'ambition de Vladimir Poutine est bien de rétablir la « grandeur » de la Russie. Et il ne peut se contenter de la seule Crimée. En massant quelque 40.000 soldats russes à la frontière et en provoquant par l'intermédiaire de « milices armées pro-russes », suspectées souvent d'être des soldats russes sans écusson, des incidents dans l'est de l'Ukraine, Moscou a fait monter d'un cran la tension, alors que les autorités pro-occidentales de Kiev hésitent à donner l'assaut contre les bâtiments occupés par ces « miliciens »

«Est bien de rétablir la grandeur de la Russie.» Notez, je vous prie, comme cet emploi de l'adverbe bien indique aux lecteurs qu’il n’y a aucun doute là-dessus, que la chose est entendue une fois pour toutes, que l’heure n’est plus à lire avec un esprit ouvert et critique, alors qu’il s’agit là du fantasme préféré et mille fois rabâché de la propagande occidentale préparée à la sauce américaine : Poutine en quête de restauration de l’empire de la Grande Catherine ou de Staline !
Soyons sérieux, Monsieur… L’OTAN, Obama et Bruxelles sont en quête de quoi, eux ? Vous n’en dites pas un mot… De l’unique bon droit ? Allons, si tel était le cas le monde ne serait pas dans l'état où il est ! Et vous le savez aussi bien, voire mieux, que moi.
Poutine vous serait-il plus agréable s’il laissait sans broncher l’OTAN venir faire ses manœuvres sous les remparts de Moscou, si l’Ukraine versant dans la Grande Europe le privait de ses sorties vers la mer noire et si, comme le projet en avait été conçu pour la Pologne en 2005 et à 200 Km de l’enclave russe de Kaliningrad, des missiles était installés à Kiev et pointés sur le Kremlin ?
Voulez-vous dire qu’un vilain qui refuse que des renards rentrent dans son poulailler et s’arme de bâtons pour les en dissuader est un gars qui rêve de reconquérir toute la forêt où s’ébattent les goupils ?
Oui, sans doute. C'est aller un peu vite en besogne...

En menant cette politique au nom de la « protection des populations russophones », le chef du Kremlin prend un risque immense : celui de raviver l'esprit des alliances. Déjà, Européens et Américains ont resserré les rangs au sein de l'Otan. Anders Fogh Rasmussen, son secrétaire général, doit participer aujourd'hui à une réunion des Vingt-Huit à Luxembourg. L'Union, elle-même, pourrait tenir un sommet extraordinaire la semaine prochaine. Mais si l'Alliance atlantique revient en force, sur quelle alliance aujourd'hui Vladimir Poutine peut-il compter ? Jusqu'à présent, seuls le Venezuela et la Syrie ont réellement applaudi à l'annexion de la Crimée. La Biélorussie a été plus prudente. On est loin du compte. Mais la Russie est bien décidée à aller plus loin. A moins qu'Européens et Américains parviennent à l'en empêcher en l'isolant encore plus.

Là, je reste carrément  pantois… Jacques Hubert-Rodier fait les comptes, procède à l’appel des soldats qu’on serait amenés à se faire étriper entre eux si ce salaud de Poutine continuait à faire la mauvaise tête et conclut en filigrane : pas de soucis, on est les plus forts !
La Syrie et le Venezuela, Pffft !
Il aurait dû commencer par là et boucler ainsi toutes velléités de raisonnement de son lecteur.
Car, comme chacun le sait, la raison des plus forts […] même si Poutine est loin d’être un agneau, même si son régime ne m’inspire aucune sympathie - je ne le dirai jamais assez - il faut tout de même savoir qu’il a en face de lui des loups qui enragent de ce qu’il est venu troubler l’eau de leur rivière.

11:57 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écriture, histoire, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.04.2014

Allez donc comprendre !

littératureJ'ignore bien volontiers, mais sans grand tourment moral, si celles du Seigneur sont impénétrables mais, beaucoup plus ennuyeux, je suis à peu près certain que celles des hommes le sont.
Je parle des voies, des desseins, des motivations, des plans, des résolutions,  bien entendu. Car voilà bien un domaine où les synonymes se ramassent à l'appel.
Le fonctionnement des hommes m'a donc souvent échappé.
Et je me rappelle toujours, chaque fois que je suis face à une situation dont je ne saisis pas exactement tous les tenants et les aboutissants, une anecdote vécue en 1976, à Toulouse.
J'ai habité un temps là-bas... Histoire de rejoindre quelques camarades éparpillés dans les faubourgs gris de la ville rose. Des couche-tard. On ne se couche jamais avant l'aube quand on attend l'Grand Soir. Des fois qu'il aurait pris du retard en route !
Bref, pour gagner quelques subsides en attendant de vivre d'amour et d'eau fraîche dans la société sans classes, la journée j'étais pompiste à la sortie de la ville, route de Castres exactement.
C'était l'automne. Un bel automne du sud-ouest. Parfois, si le ciel était vraiment généreux, on apercevait sur la ligne d'horizon, dans les lointains, la  nébuleuse fierté des Pyrénées.

Parmi mes chalands quotidiens, je comptais
un homme charmant, souriant, et qui habitait la cité voisine. Pour ceux et celles qui connaissent Toulouse, la cité Amouroux exactement. Mon client sympa était un homme originaire du Maghreb.
Il venait chaque jour, il tournait dans ma boutique, inspectait les rétroviseurs, les enjoliveurs, les paquets de bonbons, les bidons d'huile, les lunettes de soleil, les cartes Michelin, mais surtout les recharges pour camping-gaz, les petites, les moyennes et les plus grosses.
Il tournait en rond, disait deux ou trois mots agréables et repartait sur un jovial salut... Le bougre ne m'achetait jamais rien !
J'ai fini par me douter qu'il cherchait là quelque chose qu'il ne pouvait pas se payer... Les gestes maladroits, contrits, du voleur à l'étalage, je les connaissais bien.
Cet homme m'était dès lors agréable et je faisais tout pour qu'il parvienne à ses fins. Je sortais, je tournais le dos, je regardais par la baie vitrée les voitures qui descendaient le faubourg Bonnefoy, je proposais à un qui avait fait le plein de lui lustrer son pare-brise, histoire de prolonger mon absence de la boutique... Rien... Jamais rien...
Le gars repartait toujours les mains et les poches vides.
Puis, un beau matin, quand je me suis retourné, il n'était déjà plus là... Évanoui, mon lascar ! Et dans le rayon recharges pour camping-gaz, il y avait un trou, sur l'étagère des moyennes.
Ouf, que j'ai fait et que j'ai rigolé ! Mais, que je me suis dit aussi, s'il n'est pas plus efficace que ça, mon voleur, il ferait aussi bien de faire comme moi, de trouver vite un petit job à la noix.
En attendant le Grand Soir.
Dès lors, je ne le revis plus... Et j'étais déçu... J'avais pensé qu'il avait compris ma complicité et qu'il  était sûr de manœuvrer là sur un terrain amical, impuni. Notre tacite camaraderie était donc faussée.
Je l'oubliais.

Et puis, soudain, un mois passé, le voilà qui revient à pas feutrés, en rasant les murs et en baissant son nez !
Hélas, je n'étais pas seul.
Le patron  était là, en bleu de travail, qui comptait ses litres d'essence vendus dans la semaine.
Et mon homme, tout timide, un billet à la main qui s'approche de lui, qui dit d'une petite voix fluette que l'autre jour il n'avait pas de sous sur lui et qu'il a pris une bouteille de gaz quand même et qu'il vient la payer, c'est
combien, monsieur ?
L'œil broussailleux et mauvais du taulier qui me fusille et m'interroge.
Non, je ne suis pas au courant.
Le petit voleur paye en s'excusant beaucoup, le patron encaisse avec ses gros doigts maculés de cambouis, rend la monnaie avec mépris et grommelle méchamment que la maison ne fait pas crédit et que moi....
Moi ?

Je suis viré.
Je vais pouvoir me coucher encore plus tard que tard.

J'espère que cet homme n'habite plus une cité dégueulasse, poussiéreuse et bruyante et qu'il n'a plus besoin de bouteilles pour camping-gaz.
J'aimais bien la franchise de sa maladresse. Le code de la pauvreté acculée.
Mais nous ne nous sommes pas compris.
Des remords ? Un jeu ? Un réel besoin et un réel emprunt ? Une morale qui m'était inaccessible?
Je n'en saurai foutre jamais rien.

Image : Philip Seelen

11:07 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.04.2014

L'exil et la mort

P9180043.JPGLes juifs qui vivent en France ou ailleurs - tout du moins beaucoup d'entre eux même si j’en ignore la proportion – se font enterrer à tout prix sur (sous plus exactement) la Terre promise.
Ils font ce qu’ils veulent, ces braves gens, là n’est pas le problème, et quand bien même seraient-ils chrétiens, athées, bouddhistes ou derviches tourneurs, que j’aurais à leur égard les mêmes réflexions de perplexité.
C'est le genre de précautions farfelues et convenues qu'on est toujours tenu de prendre dès qu'on parle des juifs, dans un monde imbécile aplati par la culpabilité, la fausse conscience et la posture qui dicte que l'apparence prime sur l'essentiel. Toujours faire montre de son honnêteté et montrer âme blanche.
Des autres, on peut parler un peu plus à la légère. Sans offenser toutefois.

Bref, cette étrange pratique de vouloir faire dormir ses os ailleurs qu'au cimetière le plus proche, me semble le comble des inconfortables tourments - passez-moi le pléonasme- d’un exil. Comme si la terre, le pays, le bout de ciel où vous avez vécu votre vie, où vous avez aimé, où vous avez construit, pleuré, ri, bu et mangé tout votre soul, n’était pas assez sainte ni même assez saine pour accueillir votre précieux cadavre.
Ou alors comme si ceux qui restent derrière vous, les voisins, les amis, ceux que vous avez salués, n’étaient pas dignes de marcher et de respirer dans le voisinage direct de votre céleste sommeil.
Mépris ? Humm… Je l’ignore. Croyance en un dieu tellement sectaire qu’il ne vous accompagne dans votre salut que si vous reposez là et non pas là ? Chez lui, en fait. Un dieu contractuel, comme l’écrivait Nietzsche ?
Pour sûr que je ne voudrais pas d’un dieu pareil pour me conduire à travers ciel. Un dieu universel, un absolu, une entité des étoiles infinies, un dieu tellement évident qu’il n’a pas même besoin d'église pour être un dieu, ça, oui. Ou encore, mais à la grand’ rigueur, pas de dieu du tout.
Car un dieu qui discriminerait, qu’aurait-il de plus divin que le moindre des moindres mortels ?

Quand je mourrai, quand le croque-mort m’emportera, quand sonnera l’heure blême, donc, je ne chanterais pas à l’instar du Poète : que vers le sol natal mon corps soit ramené…
Car c’est sous ce coin de ciel polonais, tantôt glacé, tantôt étouffant, sous ces nuages qui courent de la mer noire à la Baltique, sur cette plaine qui se déroule de forêts en forêts, que j’aurai fini de tracer ma piste. Je dormirai sous ce pays qui, sans ambages, m’avait ouvert tout grand ses bras, avait tiré la chaise et m’avait invité à m’asseoir à sa table, sans rien demander de mes racines profondes.
Je dormirai là. Loin de ma langue et de la terre de mes ancêtres. Par respect pour tous ceux qui m’ont salué et avec lesquels j’aurai  partagé un bout de route, un bout de terre, un bout de monde.
Je dormirai chez eux ; un chez eux qu’ils ont fait chez moi.
Ce sera mon hommage posthume à la vie. Une vie qui habita, et non qui passa dans l'opportunité.

10:43 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.04.2014

Stéphane Beau : approfondissement

Tentative d'équilibrisme

N53006251_JPEG_1_1DM.jpgL'intérêt principal d'un blog, à mes yeux, c'est d'offrir un espace où la réflexion peut se développer au fil des jours, un peu comme dans un journal intime, mais avec une certaine obligation de rigueur et de cohérence due à son caractère public. C'est dans cet esprit que je poursuis aujourd'hui mes réflexions sur l'idée de barrière, ébauchée ici.
La barrière, qu'elle soit réelle ou virtuelle, coupe toujours le monde en deux. C'est là une évidence, je le sais, mais le grand tort des évidences, c'est justement qu'on finit par ne plus les voir. D'où la nécessité d'aller les chatouiller quelque peu, de temps en temps.

Dans notre vie quotidienne, nous nous comportons en général comme si les barrières étaient des réalités indiscutables, immuables, occupant logiquement, presque naturellement, la place qui est la leur. Dans les esprits, prédomine d'ailleurs l'intuition que la coupure pré-existe à la barrière qui ne vient au final que réunir deux parts distinctes, un peu comme la suture vient recoller les deux lèvres d'une coupure. La barrière n'étant pas envisagée alors comme ce qui sépare, mais comme ce qui rattache, comme ce qui permet de maintenir un semblant d'unité et de sens à l'ensemble. Son absence serait synonyme de chaos.
Car la barrière, on l'oublie trop souvent, a pour fonction première d'offrir aux hommes un repère, au même titre qu'un phare ou qu'une balise, et de fixer du même coup des normes qui s'appliquent à tous. En effet, pour qu'une barrière soit agréée par tous comme concrétisant une séparation objective il faut qu'elle repose sur une convention tacite. Tout comme le mètre, le litre, le degré centigrade ou l'hectopascal, la barrière pose un cadre conventionnel qui n'a de sens que si l'on en accepte le principe. Ce qui n'est pas toujours si simple, comme on peut le voir par exemple dans nos relations parfois tendues avec les peuples traditionnellement nomades qui, n'entendant pas la dimension conventionnelle de la barrière, ne comprennent pas ce qu'elle prétend scinder, et considèrent qu'elle n'a pas, symboliquement, plus de valeur normative qu'un arbre ou qu'une colline.
Si on visualise assez aisément les barrières physiques, on est généralement beaucoup moins à l'aise avec toutes les barrières psychologiques, morales ou idéologiques, qui balisent nos pensées et nos actes. Pourtant elles existent et elles fonctionnent de la même manière. Dans le domaine des idées, des valeurs, ou des croyances, aussi, les barrières viennent marquer une coupure entre deux mondes. Et là encore, l'erreur commune consiste à croire que la coupure pré-existe à la barrière ; qu'il existe par exemple un bien et un mal clairement différents, un vrai et un faux nettement distincts et que la barrière, là encore, se contente de concrétiser la ligne de fracture. Sauf que la réalité est beaucoup plus complexe, voire confuse, que cela.

Les barrières, que ce soit dans le monde physique ou dans le monde psychique, on l'oublie trop souvent, ne symbolisent pas des faits, mais des choix. Leurs emplacements ne doivent jamais rien au hasard. Bien au contraire, l'art de placer - et de déplacer - les barrières a toujours été éminemment stratégique. C'est une guerre de positions. Poser une barrière, ce n'est pas seulement délimiter son propre camp, c'est également définir, par défaut, celui de ses ennemis. Et, dans le champ des idées, cela est loin d'être neutre. Car, en plantant ma barrière, en plus d'affirmer mon droit, j'impose arbitrairement à mon adversaire le cadre dans lequel il devra exercer le sien.

Pourquoi est-ce que je vous explique tout cela ? Parce que mon dernier billet, disant que j'avais le sentiment, sur la question du féminisme, de me situer du mauvais côté de la barrière, ne me satisfaisait pas. Pas plus que ma conclusion laissant supposer qu'un jour les choses s'inverseraient et que je finirais par me retrouver du bon côté (même si du point de vue l’ego c'était une jolie chute qui m'accordait généreusement le bon rôle). En prétendant cela, je restais en effet englué dans le piège tendu par ceux qui ont intérêt à décréter que les barrières sont des réalités intangibles et que l'on n'a pas d'autre option que de choisir le côté derrière lequel on doit se ranger.
La question qui se pose à moi, maintenant, est la suivante : comment peut-on s'affranchir malgré tout de ces barrières, les dépasser, les contourner, les éviter. Nietzsche nous a déjà indiqué une piste : se situer définitivement par-delà le bien et le mal. Il nous a également proposé une posture : celle du danseur de corde qui confie sa destinée aux lois de la pesanteur. D'où l'hypothèse que je pose ici : le meilleur moyen de s'affranchir des barrières n'est-il pas de grimper dessus et de rester en équilibre sur leurs tranches, là où les deux camps se rejoignent et retrouvent leur unité première ? Position délicate, certes, inconfortable car elle attisera incompréhension et haine dans les deux camps.
Position difficile, donc, mais en existe-il une autre possible quand on a la prétention de vouloir être honnête ?

Stéphane Beau

08:29 Publié dans Stéphane Beau | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écrtiture |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.04.2014

Devinettte pas facile...

staline_reference.jpg« Imprédictibles, ces coups d'éclat contraignent les services de renseignement à déminer le danger en multipliant les cyber-patrouilles. Des groupes d'enquête spécialisés explorent blogs, pages Facebook ou messages sur Twitter. Prévoir nous oblige à des investigations plus poussées, concède un officier. Par mots-clés, nous tentons de cibler des profils à risque et des mots d'ordre, mais cela reste aléatoire.»

Ah, lecteur lointain, doux et paisible lecteur, toi qui, tout comme moi sans doute, regardes s’agiter le monde dans ses ébats et ses débats de plus en plus liberticides, qui te dis peut-être que nous avons, nous-autres, cette chance historique, acquise de haute lutte, de vivre sous des cieux éclairés où fleurissent les fleurs toujours nouvelles des démocraties apaisées, de quel pays indigne parle donc ce petit paragraphe édifiant, prélevé dans la presse ?
De la Tunisie ? De l’Ukraine ? De la Russie de Poutine ? De la Chine ? De l’Inde ? Du Pakistan ? De la Corée du Nord ? De l’Afghanistan ? De l’Irak ? De la Lybie ?

Allez, encore un petit effort… Oui, oui, c'est ça... Tu brûles, lecteur !

09:30 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

05.04.2014

Stéphane Beau : un texte témoin

Ce texte me touche particulièrement par sa force de renversement. L’ami Stéphane nous montre en effet comment l’idéologie dogmatique, sectaire, totalitaire, de la gauche bien-pensante - toutes fausses tendances confondues, même jusqu'à ses extrêmes - peut nous acculer à prendre des positions jugées par elle réactionnaires alors qu’elles ne sont que des tentatives pour rétablir le bon sens, l'honnête sens, du réel.
Il a raison, Stéphane, même s'il ne s'en ouvre pas expressément : Zemmour dit moins de conneries et de saloperies que Bernard-Henri Lévy. Une femme du peuple, de droite mais de bon sens, qui se situe naturellement sur un pied d'égalité avec son compagnon, qui n'a nul besoin pour ce faire que des grenouilles-prêtresses suivies des enfants de choeur de la pensée convenable lui servent la messe, qui aime son compagnon, qui aime qu’on la respecte et qui veut aimer l’amour et la vie, énonce moins de dégueulasseries que Vallaud-Belkacem, baptisée à la tambouille PS, version "ambitions démesurées".
Les idéologues de la contre-vérité érigée en humanisme ont détruit tous les repères afin que ses sujets errent désormais sans boussole sur l’océan des infâmes solitudes.
On parle de dérive droitière. J’ai un sourire amer, crispé. La nausée du dégoût : c’est exactement à ce prétexte que Staline fit torturer et fusiller tous les communistes et anarchistes de la première heure !
La pensée socialiste est le dernier stade du pourrissement du stalinisme et l'homme libre se situe par-delà ses discours autorisés. Par-delà aussi les ignominies droitières et les manœuvres répugnantes de la pensée de gauche. L'homme libre est dissident. A l'écart. En-dehors.
Il se doit ainsi d'être fier de toutes les insultes dont le couvre la horde miaulante des salopards !

  Le bon côté de la barrière

jardin_vagabond_grille.jpg

Ma mise en accusation du dogme féminisme, que ce soit sur ce blog ou dans mon livre sur les Hommes en souffrance a, je le vois bien, posé quelques problèmes même à ceux qui me connaissent et qui me lisent habituellement. Car critiquer le féminisme aujourd'hui, dans l'esprit de beaucoup c'est, sur le plan politique et idéologique, prendre place du mauvais côté de la barrière. Mais comme ces lecteurs-là savent à qui ils ont affaire, ils ont généralement assez bien compris ce que je voulais dire. Par contre, ceux qui ne me connaissent pas ou mal, ont globalement porté sur mon travail des jugements sans appel (et légers en termes d'argumentation, ceci dit en passant...) : « risible », « masculiniste », d'une « bêtise crasse », « réactionnaire », « misogyne »... aucun rachat possible.

Je mentirais en disant que cela ne me touche pas, ne me trouble pas, ne me questionne pas. Car comme le fait très justement remarquer Philippe Ayraud dans la recension qu'il a consacrée à mon livre, je reste persuadé que je porte clairement le cœur à gauche, parfois même très à gauche, depuis toujours. Avec tout le pack psychologique et idéologique – pas toujours conscient – qui va avec : la certitude d'être du « bon » côté de l'histoire, celui des faibles, des opprimés, d’être dans le camp de la justice et du bien général. Bref, d'être un « gentil ».
Et là, brusquement, en m'en prenant au féminisme, considéré par beaucoup comme étant un des plus nobles combats de la gauche contemporaine, je me retrouve non seulement à m'opposer à celles et ceux qui me sont habituellement les plus proches et du même coup à partager certaines convictions avec ceux que j'avais toujours tenus comme étant indubitablement mes adversaires : penseurs de « droite » voire d’extrême droite, cathos, traditionalistes bornés...

Alors forcément, je me suis posé la question – et je me la repose encore régulièrement – suis-je en train de déconner ? Me suis-je trompé de route ? Quelque part, j'aimerais bien, cela simplifierait nettement les choses pour moi. Mais j'ai beau retourner le problème dans tous les sens, et même si cela m'embête, j'en reviens toujours à la même conclusion : le féminisme, tel qu'il se développe actuellement est une idéologie dangereuse qui ne pourra rien produire de bon sur du long terme. Et aujourd'hui, oui, hélas, face à ce dogmatisme froid, aveugle, fermé au dialogue et aux débats, c'est chez les penseurs « réactionnaires », de droite, hostiles à la gauche, que l'on trouve parfois les réflexions et les critiques les plus intelligentes dans le sens où elles nous invitent à de réels questionnements.
Qui sont les responsables de cet état de fait ? Ceux qui, comme moi, essayent d'y voir clair, de comprendre, ou ceux qui ont transformé le féminisme en en bloc compact, inattaquable, indiscutable ? Dans un article paru dans le n°1 de la nouvelle fournée de l'Idiot international (1er avril 2014), Stéphane Legrand s'en prend par exemple à la « dérive droitière » de Michel Onfray qui a, dans un article de son site internet, dit sa prise de distance avec l'idéologie du genre. Dérive droitière. Qu'est-ce que cela veut dire ? Je ne suis pas un grand fan d'Onfray dont j'ai déjà pu dire le peu de bien que je pensais à plusieurs reprises. Mais pourquoi parler ici de dérive droitière ? Je reste persuadé que l'on peut être très critique (dans le sens constructif du terme) vis-à-vis de l'idéologie du genre et rester de gauche. Car si dérive il y a, ne peut-on pas l'imputer plus justement à ces gardiens du temple de ce que Jean-Pierre Le Goff nomme assez justement le « Gauchisme culturel » qui, en fermant la porte à tous débats, laisse les clés de l'intelligence à la disposition de leurs adversaires ?
Et parmi ces adversaires, s'il y en a de parfaitement abjects et lamentables, on en trouve aussi de brillants. C'est pour ça qu'aujourd'hui, hélas, c'est chez les « réacs » qu'il faut peut-être aller rechercher ces clés de la résistance au nivellement du monde, des humains et des idées ; chez les râleurs, les énervés, les infréquentables, Nietzsche, Georges Palante, Léon Bloy, Léon Daudet, Barrès, ou, plus proches de nous Cioran, Philippe Murray, Alain de Benoist, Michel Maffesoli... Autant de penseurs qui, même s'ils peuvent parfois emprunter des routes discutables, même si on peut parfois se retrouver en complet désaccord avec eux, ont au moins ce mérite de n'avoir jamais eu peur de mettre les pieds dans le plat et d'appeler un chat un chat.

Il faudra donc que je m'habitue à être un réactionnaire. Cela ne devrait pas me poser trop de problèmes car, après tout, réagir à l'évolution du monde actuel ne me semble pas être criminel. Résister aux surenchères de la société de consommation, aux méfaits du libéralisme économique, à la destruction de l'équilibre écologique, lutter contre la transformation et l'uniformisation des humains modelés pour n'être plus que des consommateurs décérébrés, voilà des combats qui me parlent. Et être de gauche aujourd'hui, être écolo, être hostile au modèle capitaliste, c'est quelque part être réactionnaire justement, c'est espérer que l'humanité donne un petit coup de frein à son évolution et revienne à un peu de bon sens, quitte à revenir sur ses pas dans certains domaines. Être de gauche, c'est affirmer son amour des humains, certes, mais surtout de leurs différences, de leurs cultures, de leurs parcours, de leurs spécificités, de leur intégrité. Être de gauche, c'est regretter qu'aujourd'hui les ouvriers ne soient plus fiers d'être ouvriers, que les agriculteurs ne soient plus fiers d'être agriculteurs, que les femmes ne soient plus fières d'être des femmes, que tous et toutes n'aient plus qu'une seule ambition : ressembler à un modèle unique qui mange pareil, s'habille pareil, pense pareil, fantasme pareil, lit les mêmes livres, voit les mêmes films, achète ses meubles dans les mêmes boutiques... Être de gauche, c'est refuser que les hommes et les femmes ne soient plus que des corps soumis à des normes hygiénistes de plus en plus totalitaires...

Être de gauche aujourd'hui ce n'est plus voter socialiste ; être de gauche c'est accepter d'être réactionnaire, au sens noble du terme. C'est lutter contre tous les mouvements sociétaux dogmatiques susceptibles d’entraîner le monde à sa perte. Et parmi ces mouvements, il y a le féminisme. Aujourd'hui, le critiquer me rejette du mauvais côté de la barrière, comme je l'ai dit. Mais ce n'est pas définitif, je le pressens. Nous en reparlerons dans cinq, dix ou vingt ans. Les côtés de la barrière s'inverseront forcément et le bon sens retrouvera ses droits.

Stéphane Beau

14:00 Publié dans Stéphane Beau | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

02.04.2014

Pan Żurek

cabane.jpgQuand le fictif et le réel en justes noces convolent, ils enfantent le plus souvent un récit. Ou un conte.
Puisque c’est ce que je me propose de faire sur l'heure, oyez donc je vous prie l’aventure – ou la mésaventure selon que l’on se place de tel ou de tel autre côté de la morale - qui advint à Pan Żurek, ci-devant citoyen de la région de Dęblin et ouvrier menuisier de son état.
Un citoyen lambda. L’ordinaire même du citoyen. Sans envergure aucune mais n’en planant pas moins bien au-dessus des cruelles interrogations et contingences de ce monde, virevoltant à son aise dans son univers étriqué, en brave homme de peu.
Il aimait cultiver son jardin. Potager, il va sans dire.
Ce petit bout de terrain acquis de hautes privations et que longeait un ruisseau cristallin, constituait l’essentiel de son bonheur. Il y soignait de mille et amicales attentions, carottes, poireaux, haricots et autres vertes salades... N’ayant charge d’aucune famille, il y passait le plus clair de son temps, pour tout dire chaque fois qu'il était de loisir, bêchant et jardinant avec, parfois, à la lèvre un doux chant, exactement comme dans la chanson du poète.
Quand les plantes arrosées et binées comme il se doit ne réclamaient pas de soins particuliers, Pan Żurek installait un petit fauteuil pliant sur les berges du ruisseau, et là, sous les frondaisons des saules et des frênes où dansaient des rayons de soleil au rythme capricieux de la brise, il taquinait le goujon.
Il avait aussi, comme tout bon jardinier-menuisier qui se respecte, construit une jolie petite cabane de bois entre les plates-bandes. S’il y remisait bien entendu ses outils de jardinage et tout son attirail de pêche, il l’avait en outre sommairement meublée d’une table, de quelques chaises, d'étagères, d’un buffet et d’un placard.
A la belle saison, quand s’attardaient les jours sur les vallons de la rase campagne, il prenait là ses repas, dans le silence solitaire et joyeux des longues soirées.
Le placard et le buffet recelaient donc
de la vaisselle rudimentaire et de bien jolies victuailles, telles que des pâtés en croûte, des saucissons, des harengs à l'huile d'olive, des fromages, des fruits secs, de la bière et de la vodka. Pour faire couler tout ça, comme on dit plaisamment chez nous.

Or, à la belle saison justement, chaque fois que Pan Żurek rejoignait son petit paradis, il trouvait la porte de sa cabane immanquablement fracturée, les vis de la serrure torturées par un pied de biche rageur et, sur la petite table, les reliefs éparpillés d’un repas clandestinement pris.
Il enrageait. Il grommelait. Il pestait. Tous les jours il gaspillait un temps précieux à réparer les dégâts, ajustant à chaque fois une nouvelle serrure, plus forte, plus sûre.
Las ! Las !  Las ! Les visiteurs indélicats ne désarmaient pas et s’armant sans doute, eux aussi, d’outils de plus en plus costauds, continuaient à saccager son bien et à se sustenter sans vergogne de ses provisions.
De guerre lasse, il eut alors une idée lumineuse. Plutôt que de sonner enfin les gendarmes, comme l'eût sans doute fait n'importe lequel intellectuel du commun, il placarda sur la porte cent fois torturée un écriteau qui disait sans ambages : Messieurs les voleurs, la clef est sous la grosse pierre, au pied du vieux pommier, face aux rangs de carottes. Mangez et buvez tout votre saoul mais, de grâce, ne fracassez plus ma cabane !
Et c’est sans grande surprise qu’il découvrit le lendemain que sa porte était enfin restée intacte sur ses gonds, que la serrure était en bonne santé et n’avait pas eu à souffrir de la nuit. Un mot laissé sur la table lui savait même gré de sa sollicitude : Merci beaucoup. Nous avons fait comme vous l’aviez proposé et avons remis la clef sous sa pierre. Mais il n’y a plus de pain ! Pouvez-vous en ramener pour demain ?

Ainsi le propriétaire et les voleurs trouvèrent-ils, sans pour autant en appeler aux sévères et coûteux arbitrages des chats fourrés, un modus vivendi sympathique et continuèrent-ils, chacun à leur guise, l’un ses rêveries bucoliques au jardin des Hespérides, les autres leur vagabondage interdit sous les étoiles .
Ah, société prétentieuse, que n’as-tu jamais déniché dans tes diverses inspirations, la saine intelligence de tes gens les plus simples !

14:28 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

31.03.2014

Ukraine : un ami témoigne

La photo de couverture de mon livre, Le Diable et le berger, tout récemment publié aux «éditions du Petit véhicule» m’avait gracieusement été offerte par Jacek Piasecki.
Jacek revient aujourd'hui d’Ukraine et livre ici, spécialement pour L’Exil des mots, son témoignage et les convictions qui en découlent.
Je l’en remercie de tout cœur. Même si je ne  suis pas d’accord avec toutes ses conclusions et toutes ses analyses - je me propose d’ailleurs de publier bientôt mes propres interrogations en forme de réponse -,  je considère son texte comme un précieux document, un écrit pris sur le vif et qui vaut au centuple toutes les spéculations que nous pouvons faire les uns et les autres, loin du théâtre où se déroule le drame.
Par-dessus tout, je rends honneur à une qualité, essentielle pour moi, qui surpasse même toutes les autres en toutes circonstances et dont Jacek a fait preuve : le courage.
Courage d’aller voir de ses propres yeux, qu’il a bien failli payer de sa vie.

    L’Ukraine : une datcha qu'on avait  "piquée" aux Russes

4.JPGMes amis, l’écrivain et barde français Bertrand Redonnet et sa compagne, m’ont demandé d’écrire quelques réflexions sur ma dernière mission d’observation en Ukraine.  Prenant cela comme une opportunité qui m’était offerte de partager mes observations, c’est avec un grand plaisir que je vous transmets donc quelques impressions ukrainiennes.
Envoyé en tant qu’observateur de l’Association «Pokolenie» de Katowice (ville de Silésie), je suis allé en Ukraine fin mars avec deux amis. Initialement, nous avions prévu d’arriver le 16 mars à Simfieropol pour observer le déroulement du pseudo-référendum en Crimée. Hélas, nous n’avons pas réussi à entrer dans la ville, car les séparatistes pro-russes prenaient grand soin de ce que le moins possible d’observateurs, indépendants de Moscou, puissent voir les exploits de ceux que l’on appelle là-bas les « petits bonhommes verts ». Il s’agit des soldats russes habillés en uniformes verts de combat, mais sans  signes distinctifs.
Pour vous décrire ce que j’ai eu l’occasion de voir en Ukraine, il faut que je vous dise d’abord que je connais ce pays depuis vingt ans et que je suis à l’aise dans les langues russe et ukrainienne. J’ai beaucoup d’amis dans ce pays qui sont citoyens ukrainiens, tout en constituant une large mosaïque culturelle et ethnique : des Ukrainiens, Russes, Juifs, Polonais, Tatars, Géorgiens, Arméniens, Grecs, Karaïmes.
Ne pouvant pas entrer en Crimée, de Kiev nous sommes donc allés, avec deux journalistes (un Ukrainien et un Polonais), à l'est, à Donetsk.
Donbass est une région industrielle dont la densité de population est la plus forte d’Ukraine. En Europe, on peut la comparer à la Ruhr allemande. L'industrie lourde, version soviétique, ce sont des mines et des aciéries gigantesques mais ruinées. Dans un mélange architectonique de tape-à-l'œil à l’occidental, de splendeurs byzantines et de pacotille primaire, cohabitent les Russes et les Ukrainiens. Malgré les subventions énormes provenant de Kiev, il n'y a que les oligarques qui y mènent bon train. Cela provient du système malade post-soviétique et du fonctionnement de l'économie, lequel repose sur le principe d'un subventionnement par l’État de l'exploitation du charbon et de la coulée de l'acier dans des entreprises semi-privées. Les bénéfices de la vente des matières premières tombent ainsi dans les poches des oligarques.
Dans cet endroit particulier, à moins de 100 km de la frontière avec la Russie - frontière qui de facto n'existe pas - coexistent une extrême pauvreté et une richesse inimaginable. C'est là-bas que j'ai eu l'occasion d'observer des manifestations de vingt mille séparatistes pro-russes. Les manifestants étaient surtout des gens qui avaient été amenés de Russie et appelés « touristes de Poutine ». La foule  était scindée en petits groupes de 30 à 40 personnes (un car) guidés par un leader qui donnait le ton en  les exhortant sur son signal à crier : RUSSIE ! LA MILICE AVEC LA NATION ! POUTINE ! RE-FE-REN-DUM et NATION DE DONETSK !
Ce sont ces exclamations appelant au référendum qui démasquent le plus le but des séparatistes. En effet, un référendum comme celui de Crimée pour « la nation de Donetsk » -  nation dont personne n’a jamais entendu parler jusqu'alors, - n’envisage rien d'autre qu’un nouveau morcellement de l'Ukraine.
La foule qui criait était surveillée par la milice  dite "Tituszki” (du nom de Wadim Tituszk qui, payé par le régime de Janukovich, rossa copieusement deux journalistes sous les yeux de la police au printemps 2013). Ces jeunes gens, très sportifs, qui se distinguent par les tatouages spécifiques à la prison, un style vestimentaire particulier et leur façon d’utiliser le dialecte propre aux prisons russes, déambulent le long de la manifestation et protègent les manifestants. En marchant moi aussi dans la foule, je me demandais de qui ils les protégeaient car personne ne les agressait : le vrai danger, c’étaient eux-mêmes.
Même ivres, dans la journée, ils sont assez calmes. Bridés comme par d’invisibles laisses, ils tiennent leurs dobermans marchant toujours derrière, grands, costauds chefs de gangs et de mafias particulières. Pour les gens du commun, les problèmes commencent à la nuit tombante. Laissés sans surveillance, ils rôdent par petits groupes dans le centre-ville à la recherche d’ennemis.
Nous avons d’ailleurs eu le plaisir - dont nous nous serions bien passés -  de rencontrer deux de ces groupes. La première fois, il s'est avéré que nous étions "des pédérastes européens" et qu’il serait bien de nous tuer sur-le-champ. La seconde fois, nous étions devenus des Ukrainiens de Bandera qu'il serait intéressant de découper au couteau. En fait, c'est le hasard qui nous a sauvés, et ce retour de nuit à la maison aurait bien pu nous être fatal. Comme ce fut le cas de Dmytro Czarniawski, jeune homme de 22 ans, à l'enterrement duquel j'ai assisté à Donetsk. Dmytro est mort d'un coup de couteau dans le dos assené par un criminel. Il assistait à une manifestation pour l'unité de l'Ukraine, soi-disant protégée par la police. Mais ce jour là, la police ne surveillait rien du tout, elle protégeait des bandits ! Derrière le dos de la milice, le groupe « tituszki” jetait des pierres aux manifestants, avant que les fonctionnaires de la milice ne fassent un corridor permettant à „tituszki” de se joindre aux manifestants pour les battre férocement. Pendant ce temps là, la milice n’intervenait pas et ne s’interposait pas pour défendre des gens complètement désarmés.
Ces événements qui se sont déroulés sur la place Lénine m'ont été racontés par un ami de Dmytro Czarniawski, à qui Dmytro avait donné son gilet pare-balles (les gilets pare-balles protègent des balles de petits calibres, des armes pneumatiques et des coups de couteau), en considérant que lui-même n’en avait pas besoin car il ne risquait rien en tant qu'assistant parlementaire d'un député.
Hélas, ce n'était pas vrai !
En me rendant à son enterrement, j'étais convaincu que dans cette ville d’un million d'habitants (Donetsk), ce serait une manifestation énorme de protestation contre la violence. Mais non ! Seulement 200 personnes
environ assistèrent aux funérailles et cela s’explique par le fait que les habitants de Donetsk sont terrorisés. Les gens n'ont pas confiance dans le pouvoir régional, la milice et la justice, qui ne sont pas loyaux envers le nouveau pouvoir de Kiev.
Nos observations de Donetsk sont déprimantes. En toute conscience, Poutine a réveillé les vieux démons nationalistes et ces démons se promènent déjà dans les rues, en attendant seulement un signe pour commencer leur danse mortelle. A mon avis, l'Europe est naïve et regardera bientôt sur ses écrans de télé des hécatombes et des tueries telles qu’il en fut dans les Balkans. Hélas, je crains que cela ne se produise très vite. Avec l'arrivée des "bonhommes verts" et ensuite de l'armée russe, le scénario à répétition de la Russie impériale se réalisera. Il a été dernièrement répété en Crimée, et avant la Crimée, en Tchétchénie, en Abkhazie, en Ossétie et en Géorgie.
Poutine suit une vieille tactique soviétique : pour détourner l'attention de ses problèmes intérieurs, il a aperçu un ennemi à Majdan de Kiev. Et c’est un ennemi dangereux pour la Russie de Poutine, car il dévoile à un homme post-soviétique qu'on peut vivre autrement. Qu'on peut être libre et qu’on peut protester contre l’énorme appétit de pouvoir des oligarques et de l'administration gouvernementale corrompue, contre aussi le totalitarisme qui bafoue la dignité humaine.
Les Européens n'ont peut-être pas conscience de ce que la machine de propagande de Poutine contrôle tous les médias en Russie. Actuellement, il n'y a aucun journal indépendant, sans parler de la télévision, qui pourrait se permettre d’émettre des opinions différentes de celles dictées par le Kremlin. Aucune forme de critique n'est admise. C'est ainsi que Poutine a convaincu les Russes, et beaucoup d'Européens je pense, que les gens qui sont au pouvoir en Ukraine sont des fascistes et des nationalistes.  Si tel était le cas, moi, en tant que Polonais, je ne pourrais pas me promener tranquillement dans les rues de Kiev, Lviv ou Tarnopol. Là- bas, en tant que Polonais et citoyen de l'Union Européenne, j'ai ressenti beaucoup de sympathie et un grand espoir que nous ne les laisserions pas seuls dans cet affrontement avec l’Ours du Kremlin.
Les émeutiers de Majdan  décrits par la propagande comme fascistes de l'Ukraine de l'ouest, sont bien plus européens que la Russie et Poutine.
Certes, en Ukraine, comme dans toute l'Europe, l'extrême droite est présente. Elle ressemble au Front National de Le Pen en France,  à la Ligue du Nord en Italie, ou encore au Parti de Liberté en Hollande et en Autriche. Comme dans d'autres pays, Secteur Droit est anti-européen, nationaliste et inconciliable dans ses extrêmes. Il s'est cristallisé à Majdan lors de la protestation de trois mois. C'est un amalgame hétérogène de quelques organisations de l'Ukraine de l'ouest et il n'a pas de programme politique cohérent. Dans toute l’Ukraine,  Secteur Droit compte environ 500 membres dont seulement 300 réellement actifs. A Majdan, les activistes de Secteur Droit n’avaient que deux tentes dans lesquelles il y avait par moments environ 40 activistes. Pour un état de 44 millions d’habitants, c’est un minuscule échantillon de la société ukrainienne ! Dans le dernier sondage pour les élections présidentielles, Dmytro Jarosz,  leader de Secteur droit, est crédité de moins d’un pour cent des suffrages.
A part sa carrière politique très rapide et ses sources de financement difficiles à déterminer, Jarosz s’est illustré par une visite au Président Victor Janukowic, quelques heures seulement avant le massacre par les snippers.  Il n’y pas de preuves formelles, mais plusieurs personnes de Majdan pensent qu’il a été financé par les Russes. Le fait d’être présenté  par les médias russes comme un personnage influent (avec moins  d’un  pour cent !) de l’extrême droite, est une raison suffisante pour que la Russie intervienne pour la défense de ses citoyens résidant en Crimée.

Pour comprendre la mentalité d’un Russe moyen contemporain et sa fierté d’appartenir à  la grande et puissante Russie, il faut savoir la peur très profondément ancrée chez l'individu d'un pays totalitaire. Savoir la peur qui habite ces gens depuis des générations et qui fait partie de leur vie quotidienne – comme le fait de respirer, de manger ou de boire de la vodka. Ces esclaves dans leur mentalité à ne pas être libres, courageux et forts en tant que citoyens, enivrent leur soif de liberté afin qu’elle ne puisse pas se réveiller un jour avec  la "gueule de bois". C’est la raison pour laquelle ils voient dans Poutine une sorte d’illusion, un trompe-l’œil, de leur bonheur personnel et le montrent dès lors fièrement au monde entier.
Une discussion que j’ai eue dans le train de nuit d’Odessa à Tarnopol illustre mon affirmation. Mon interlocutrice, une jeune et  jolie Tania, m’a dit, tout en trinquant avec du cognac, que l’Ukraine était une petite datcha russe que le monde leur avait volée et que la Russie récupère maintenant. Elle m’affirmait également ne pas comprendre quel était le questionnement de tout le monde en Europe. Car l’Ukraine n’est qu’une fiction : le fait doit être pris en compte non seulement par la Russie, mais aussi par nous, Polonais.  Ce sera ainsi mieux pour tout le monde.

Dans le monde post-soviétique, les hommes politiques qui entretiennent de vieilles relations à l’intersection du pouvoir, de l’argent et de la pègre, voient d’un mauvais œil le changement proposé par Majdan. Ils ne veulent pas de principes transparents quant au fonctionnement de l’État, ils préfèrent plutôt le flou de la pègre soviétique et, avec ce flou-là, les comptes illégaux à Chypre et en Suisse, ainsi que de belles demeures sur la Côte d’Azur.
Et l’Europe, en appréhendant le monde à travers les lunettes rose de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ne comprend pas (ou ne veut pas comprendre comme d’habitude)  la Russie impériale… L’Union Européenne vit avec la conviction que cela ne la concerne pas. Donetsk? Mais c’est où ça, pour que l’on s’en soucie ? Donetsk, mes chers amis français, est là, tout près de vous... Dans vos banques de la Côte d’Azur et dans les  yachts ancrés là-bas. Tout à fait sérieusement, pourquoi pas ?
Dans un premier temps, les « bonhommes verts » en civil déclareront que les Français les persécutent et que la minorité russophone se sent menacée dans ses villas de bord de  mer. Et ces gens, cette fois-ci en uniformes, réclameront la défense des intérêts de la nation de la Côte d’Azur» et demanderont à Poutine d’envoyer son armée à Nice et à Cannes. 
Vous devez certainement penser que ce sont là les coquecigrues d’un Polonais déséquilibré… Pourtant, il y a quelques années, quand je buvais du cognac de Crimée avec mes amis russes, ukrainiens ou tatars en chantant des romances russes, je n’aurais jamais cru non plus que mes amis allaient bientôt s’entretuer.
Et c’est maintenant ce qui se passe là-bas. Les Ukrainiens et les Tatars sont contraints de partir et les Russes occupent désormais leurs maisons.
Réfléchissez bien si cela serait complètement impossible sur la Côte d’Azur. Pourquoi pas, après tout, mes chers amis français ?

Jacek Piasecki

Traduction du polonais : Dorota
Illustration :  
Jacek Piasecki  

12:50 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : histoire, écriture, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.03.2014

Le numérique : une réforme, pas une révolution

littératureIl y eut successivement - et en même temps durant des périodes charnières plus ou moins longues - l’odeur, le gestuel et le grognement, puis la parole, puis, enfin, le langage.
Certains paléontologues attribuent au langage, autrement dit à la faculté de désigner le monde par des sons particuliers bientôt structurés, la suprématie de Cro-Magnon sur le Neandertal, jusqu’à la disparition complète de ce dernier.
Ce serait donc grâce à la maîtrise de la communication qu’une espèce se serait imposée à une autre,
jusqu’à la faire disparaître au cours de la longue conquête de la planète. Une espèce qui parle, qui a une conscience parlée, est donc, déjà, beaucoup plus armée dans la lutte pour la survie qu’une autre qui n’a pas encore acquis ces techniques et en est restée au gestuel et aux onomatopées, aux cris et aux grognements. Imaginer par exemple que les loups, dotés d’un langage complexe et seulement intelligible à l’intérieur de leur espèce, auraient pu vaincre les hommes et s’imposer à leur place dans l'environnement, n’est, à mon sens, une idée farfelue que pour les farfelus dans leur conception de l‘organisation et de la genèse des sociétés.
Le langage fut ainsi la première grande et victorieuse révolution des hommes dans leur entreprise de domination du monde.
Faisons l’impasse sur des siècles et des siècles au cours desquels s’affina ce langage, jusqu'à être capable de dépasser sa fonction primaire d’oralité et de se doter d’une représentation graphique. Nous abordons la théorie du langage, c'est-à-dire l’écriture,  et nous  sortons ainsi de la Préhistoire pour rentrer triomphants dans l’Antiquité.
L’écriture, fille de la parole,  fut ainsi la deuxième grande et victorieuse révolution des hommes dans leur longue entreprise d’appropriation de leur environnement.

Il n’y en eut plus aucune de cette envergure. Les autres révolutions dans cette appropriation par la conceptualisation, ne consisteront désormais qu’en de gigantesques réformes à l’intérieur même de la parole et de l’écriture.
La première de ces grandes réformes, celle qui a bousculé la vitesse de diffusion du langage, fut l’imprimerie. Ceci dit en passant, non inventée par le sieur Gutenberg comme l’ânonnaient nos premiers livres d’histoire au chapitre CM2 des Grandes inventions et découvertes, mais par lui perfectionnée au point de la rendre incontournable. Mais Gutenberg n’a pas plus inventé l’imprimerie que Google n’a inventé internet : Il en a eu "l'intelligence".

Il nous faut encore
faire l’impasse sur presque un siècle avant que l’ingéniosité des caractères typographiques, en métal et mobiles, ne porte, ailleurs que chez le clergé tout occupé à faire imprimer ses livres saints, ses véritables fruits.
Un siècle où l’imprimerie ne révolutionna rien du tout et, même, n'intéressa quasiment personne. C’est Luther qui, le premier, comprit l’utilisation militante qu’on pouvait tirer de la nouvelle technique. C’est par l’écriture qu’il afficha ses 95 thèses à Wittenberg, thèses qui jetèrent les fondements de la Réforme et du luthérisme. Mais, si on en était resté à cette diffusion, le luthérisme en serait resté, lui, au stade confidentiel. L’imprimerie vola à son secours et c’est par milliers d’exemplaires et de brochures que se dispersèrent les principes du protestantisme. Quand Rome prit la mesure du danger et voulut intervenir, il était bien trop tard : la quasi-totalité de l’Europe était au courant des fameuses thèses, approfondies et développées.
L’écriture imprimée selon Gutenberg ne cessa dès lors de se perfectionner encore, de plus en plus, et de servir de point d’appui essentiel à la diffusion de l’art et de la pensée.

littératureJe fais à nouveau l’impasse sur six siècles de ce perfectionnement et j’en arrive au numérique.
Mais je ne passe pas pour autant d’une Préhistoire à une Antiquité ou d’une Antiquité à un Monde contemporain ou d’un Monde contemporain à un Monde plus nouveau encore ; je reste à l’intérieur de l’écriture et de la socialisation de la pensée, choses acquises depuis longtemps. Je suis encore dans l’Antiquité. Je change de support. Je change de technique. Pas d'ère humaine.
Car un examen approfondi des sociétés dans lesquelles ces situations successives d’évolution de la communication, très sommairement évoquées ici, ferait apparaître que ces révolutions et réformes de la propagation du langage et de la pensée n’étaient pas des exigences en soi, pour la beauté du geste, si j’ose, mais étaient fondamentalement dictées par des révolutions existant en profondeur dans les infrastructures de ces sociétés : on changeait à chaque fois de mode de production des besoins, on changeait à chaque fois de structure sociale, on élargissait aussi les horizons de la machine ronde, on traversait des mers jamais traversées, on découvrait des terres jusqu'alors ignorées.
En gros, le langage de Cro-Magnon avait annoncé la Préhistoire et l'organisation hiérarchique, structurelle,  du clan, l’écriture avait annoncé l’organisation étatique de plus en plus centralisée ainsi que la littérature et la philosophie, l’imprimerie avait annoncé la fin de la féodalité et la Renaissance... Ce qu’annonce le numérique n’est pas encore audible.
La vitesse de communication d’internet, la concentration du savoir qu’il détient dans sa sphère, savoir directement accessible, est complètement décalée, presque jusqu’au handicap, quand on considère que les hommes en sont en même temps restés aux sources d’énergie du XIXe siècle, charbon et pétrole, et que les sociétés, toujours courbées sous la dictature économique, n’ont pas avancé d’un poil, sinon dans l’accumulation perfectionnée de marchandises de plus en plus inutiles.
Il y a là un hiatus que le monde n’est pas prêt de rendre agréable à l’oreille.
L’adaptation du monde au nouveau mode de diffusion du monde, ne semble pas pour demain.  L’esprit de ce qui s’écrit sur internet ne révolutionne en rien, absolument en rien, l’esprit, ni n’ouvre d’autres projets de société, d’autres destinations humaines, d'autres façons du construire ensemble. La preuve : on se bat aux quatre horizons du monde comme on se battait à l'Antiquité, au Moyen-âge et à toute autre époque.
Dès lors, nous pataugeons presque dans l’inutilité en perfectionnant un outil de communication sans changer le destin de ce que nous avons de fondamental à communiquer. Nous risquons - si ce n'est déjà fait -  de faire ainsi de notre langage un simple bavardage, un luxe divorcé du réel, comme le serait la faux extraordinaire d'un cantonnier là où l'herbe ne pousse jamais plus.
Autant dire, pour la première fois dans l'histoire, nous risquons de signifier la fin de la communication par manque de matière à  communiquer, comme un moulin finit par se briser quand il continue de tourner et qu’il n’y a plus de grain  à moudre.
Le numérique, donc, celui avec lequel nous écrivons, n’aurait pas été plus pauvre qu'il n'est actuellement avec Balzac, Zola ou Maupassant tenant un blog. C’est dire comme ils étaient en avance, ceux-là, ou alors, plus sûrement, comme nous sommes encore en retard, nous autres, et combien nous manquons d'esprit d'initiative pour réinventer, non pas les outils du monde, mais le monde lui-même.
J’ajoute que diffuser Balzac, Maupassant ou Zola en numérique revient à faire du numérique l'outil performant d'un stockage rationnel, si cher aux thuriféraires de la production capitaliste. Avoir 2500 livres dans sa liseuse et dans la poche intérieure de son blouson, relève plus de la performance technique que d'une technique de la performance. Cela revient à satisfaire sans satisfaction une préoccupation majeure de la fin du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe en matière de conditionnement des marchandises, jusqu'à la " géniale trouvaille" du flux tendu  supprimant la logique du stockage.
Avouons que pour pratique que ce soit, il n’y a pas de quoi sauter aux nues ni de quoi crier à la  révolution fondamentale ! A moins d'être résolument du parti pris des imbéciles qui, comme chacun le sait, est le parti majoritaire auquel, pourtant, chacun d'entre nous se défend d'appartenir...
Je crois donc que les ethnologues du futur ne situeront pas la révolution numérique au XXe siècle, ni même, peut-être, au début du XXIe siècle. Ils la situeront - si tant est qu'elle intervienne un jour - quand le numérique
aura fait la preuve qu'il a changé le mode de fonctionnement des sociétés, en a amélioré considérablement le destin et l'esprit.

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26.03.2014

Limites

littératureEn ce minuscule lieu perdu de l'arrière- campagne, les pieds sur la mousse humide, je mesure combien est encore dérisoire, préhistorique, antédiluvienne même, l’organisation des hommes entre eux.
Si je fais deux pas en avant, je réintègre mon monde. Je suis en Europe, Schengen, je suis sous les lois de Paris, de Madrid, de Lisbonne, de Rome et de Trifouillis les oies…Je n’ai pas besoin de visa sur un passeport, je n'ai même pas besoin de passeport du tout, je suis quasiment à la maison.
Si je pouvais faire deux pas en arrière, toutes les lois et la plupart des valeurs qui régissent ma vie sociale seraient abolies en une seconde à peine. Même mon alphabet, mon cher alphabet, celui que j'ai appris en culottes courtes, au début, avec lequel tous les jours j’essaie de me dire dans ce monde, ne me serait plus d’aucune utilité.
Peut-être même irais-je manu militari tâter de la paille humide du cachot néo-collectiviste.
Je mesure, là, combien est fragile la liberté de mettre un pied devant l’autre sur une planète aplatie sous la botte et
raccommodée, rapiécée, par la politique des hommes. Homo erectus, lui, passait les fleuves, les ruisseaux et les montagnes sans avoir à montrer patte blanche. Homo erectus ignorait la politique. Une ignorance qui faisait de lui un savant.
J’ai une vague impression, aussi, d’avoir toujours vécu ici. Sur des frontières. Entre crépuscule et aurore, sans jamais savoir trop dissocier lequel annonçait la nuit et lequel anticipait la lumière. Sinon par l'illusion et la volonté d'exister. Vécu sur l'expérience des limites.
De l'autre côté de ce poteau blanc et rouge, commencent les Russies. Celle de Minsk et celle de Moscou. Où ronronnent des canons. Au cas où...

Et je me demande bien ce qu’en pensent les gens de la ferme, là, tranquilles, peinards, sur leur petite colline. Savent-ils qu’ils sont un pointillé. Un pointillé virtuel sur la carte et tellement dangereux sur la terre ferme, quand la folie risque de rallumer une fois encore le feu aux poudres.
Et ces grands corbeaux que je vois tournoyer, avec des reflets bleus sous leurs ailes déployées, qui vont d’un saule à l’autre, d’une rive à l’autre du fleuve, qui croassent d'un système à l'autre, savent-ils leur supériorité politique ?
Qu’ils sont bien au-dessus de l'intelligence barbare des hommes ?

08:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.03.2014

Illusions

1795756_10151969869723235_1640376065_n.pngUn homme vit aussi d’illusions. C’est là son voyage dans la stratosphère, sa projection dans les ailleurs, et seuls les imbéciles, les pragmatiques, les menteurs et les salauds (qui sont souvent les mêmes) prétendent ne pas avoir d’illusions. En confondant, d’ailleurs, excusez-moi du peu, « illusions » et « espoirs », car même le désespéré a des illusions, ne serait-ce que la pire d'entre toutes : celle de croire que la mort sera plus vivable que la vie.
Ainsi suis-je également un imbécile, un pragmatique, un menteur et un salaud quand je dis à qui veut bien l’entendre que je ne me fais aucune illusion sur la capacité (voire la volonté) de la politique à changer une part du monde et à la rendre un peu meilleure.
C’est faux. Tout homme, s’il n’est un fou brasseur de néant, qui se mêle de la critique du monde, à quel que niveau que ce soit, se fait forcément des illusions. Il espère que sa critique, si peu entendue qu’elle soit, si infime soit-elle, contribuera à réparer des erreurs, lever des malentendus, mettre au grand jour des injustices, dénoncer des crimes, prévenir des catastrophes, que sais-je encore ?
Que cette critique n’atteigne que très rarement son but n’est pas, hélas, très important. Le vital est dans l’illusion. Dans le prisme déformant que crée le rapport au monde car ce prisme déformant a ses racines dans les profondeurs, non pas de l’idéologie – qui n’est somme toute que la mise en scène masquée du « moi », le tuyau social de son expression– mais de l’être que l’on est.

Ces quelques lignes pour te dire, lecteur, combien j‘ai été bouleversé, jusqu’à la nausée, par l’attitude politique de Hollande et de l’Europe entière dans le drame ukrainien. Bouleversé non pas dans mes convictions politiques, qui ne sont ni convaincues ni guère convaincantes, mais dans ma conception, mon ressenti plutôt,  de l’honnêteté et de l’intelligence humaines.
Bouleversé en profondeur. Remué. Tétanisé même.
C’est donc bien que je me faisais encore des illusions en dépit de tout mon mépris pour les grands de ce monde qui, comme se plaît à le dire l’exergue de ce blog, ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.
Je ne vais pas, une fois encore, décrire la situation. Reste qu'un gouvernement insurrectionnel qui compte dans ses rangs des nazis déclarés, est reçu à bras ouverts dans les palais républicains de toute l'Europe. Pire : à peine les morts de Maïdan (dont on ne sait toujours pas avec certitude par qui ils ont été tués) sont-ils refroidis que cette Europe signe un bout de papier de coopération avec ce gouvernement. Tout en jetant sur la Russie l’opprobre et l’indignation des gens bien, blancs comme neige, non-violents, démocrates et jamais délinquants.
La nausée, te dis-je, lecteur. Et si Toi, tu ne l’as pas encore eue, cette nausée, je me fais encore l’illusion de te contaminer par ces quelques paragraphes. J’irais même jusqu’à dire que si tu es en bonne santé, tu devrais tout de suite te sentir malade. De honte.
Et je rigole de colère ce matin quand j’entends ces Français socialisto-républicains s’indigner de ce que quelques frontistes-nationaux ont gagné (ou sont en passe de gagner) des élections municipales alors que leur lamentable chef, leur tartuffe de chef, caresse dans le dos les héritiers de Bandera et les thuriféraires de la division SS Halychyna.
Peut-on, dans ce cas-là, éprouver autre chose que le dégoût ? Me le diras-tu ? Si les tueurs de Maïdan s’étaient revendiqués de Nestor Makhno plutôt que de Bandera est-ce que l’Europe leur aurait fait ainsi les yeux doux ? Est-ce que l'onctueux Hollande miaulerait ainsi ses phrases convenues sur l'intégrité du territoire ukrainien ? Cet homme a le génie de faire en sorte qu'une vérité éculée qui sort de sa bouche sonne tout de suite comme un misérable mensonge.
Il est là, mon malaise. Dans mon (notre) impuissance à relever le défi de l’odieuse stratégie des calculateurs.
Il est aussi dans le fait de n’avoir pas été assez fort pour trouver dans mon propre bonheur d’exister, dans mon plaisir à vivre avec des gens que j’aime,
loin des brouhahas, dans un village désert de la frontière européenne ; dans la satisfaction aussi de publier un nouveau livre, la force d’éviter les haut-le-cœur du désarroi.

Mon illusion ? Elle est désormais cruelle : que tous ceux qui ont joué avec les ordures se réveillent bientôt dans une poubelle.

Illustration dénichée je ne sais où par Jagoda

12:31 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

19.03.2014

En direct

 DSCN0621(1).JPG1- Dans un texte écrit fin décembre, je faisais allusion à un ami qui, toutes les semaines, fait le voyage pour Moscou, aller-retour.
Pendant que les occidentaux, défendant une part d’indéfendable (en tout cas ne défendant pas en profondeur ce qu’ils prétendent défendre dans leurs discours et divers effets de menton) menaçaient la Russie de sanctions commerciales, nous nous inquiétions, D. et moi, de ce que cet ami pourrait dès lors perdre son travail si les choses venaient à empirer.
D. lui ayant posé la question, notre copain a répondu,
nullement inquiet :
- Bah ! Penses-tu ! Ce que je transporte en Russie, l’Allemagne nous l’achètera pour le revendre à Moscou. On a déjà vu ça…
Et vlan ! C’est ce que j’appelle avoir, à la base, la conscience et l’intelligence du monde plus franches que ceux qui prétendent le gouverner, ce monde !
Alors, les gesticulations Merkel/Hollande et consorts, c’est quoi exactement ?
Ah, si seulement les chaumières avaient la bonne idée de se réveiller enfin !

2- Une dame ayant une très grande connaissance professionnelle de l’Ukraine dit qu’effectivement on sent très bien, et depuis longtemps, chez les nationalistes ukrainiens un mépris et une attitude hautaine à l’égard des Polonais…
Ce n’est pas une trouvaille, certes. Mais c’est mieux de le savoir par des témoins directs que par la pensée déléguée.
Et ce sont des gens de cet acabit que l’Europe, les Américains et le FMI s’apprêtent à financer. Pourtant, quand on nourrit des renards, en général, on ne s’attend pas à ce qu’ils vous mangent un jour vos poules.
Mystère des diplomaties…

Cette dame dit aussi que si la grande majorité du peuple russe est derrière Poutine et même s’exalte de sa fermeté et de son patriotisme, c’est qu’il a tiré les gens de la misère noire dans laquelle les avait laissés Boris Eltsine.
Poutine a donc derrière lui une force qui ne s’invente pas, une force qui ne se crée pas par l'artifice du discours, une force que jamais n’auront ni Obama ni Hollande : un peuple.
Cela, il faut être russe pour le comprendre sans y aller de ses petits jugements préconçus dans les Hautes Écoles de l’Administration.
Il faut savoir ce que signifie d’avoir survécu par le pain rassis et les patates.
Les occidentaux ne comprendront donc jamais rien à la Russie.
Et en espérant de toute mon âme qu’il soit cette fois-ci encore conjuré, je pense, hélas, que, sur le vieux continent, entre l’Ouest expansionniste, de plus en plus à la botte américaine, et l’Est qui s'éveille aux délices du capitalisme sauvage sans renier encore le sentiment de "nation",
l’affrontement sera, à l‘échelle de l’Histoire, inévitable. 

Illustration : Une photo prise en Russie par notre ami , tout comme celles ci-dessous

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12:53 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture, ukraine, histoire |  Facebook | Bertrand REDONNET

18.03.2014

Diplomatie

- Comment rendre un ours encore plus  féroce encore qu’il n’a coutume de l’être ?
- Avoir l’imagination grandiose des diplomaties européennes :

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13:37 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : histoire, politique, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

17.03.2014

Je me pose des questions

NR.JPGQui ne sont pas forcément légitimes, mais le fait est qu'elles sont.
Tenez, ce matin par exemple, je voulais écrire ça :

"Un clown

L'UE ne reconnaîtra pas la "pseudo consultation" en Crimée…
Quand il a dit ça, le galant en mobylette, on aurait dit qu’il venait de découvrir l’eau chaude.
Pourtant… Déjà en 2005, il n’avait pas reconnu la vraie consultation qui sanctionnait négativement le traité européen et, au congrès de Versailles, avait déclaré la susdite consultation nulle et non avenue.
C’est une manie chez lui. Une manie de clown.

Interrogé sur la possible suspension de la vente de navires militaires français de type Mistral à la Russie, il a déclaré que ces sanctions "liées à la coopération militaire" relevaient du "troisième niveau de la sanction". "Nous en sommes au premier", a-t-il relevé.
Ben voyons…
Moi, je serais ukrainien que je ne voudrais pas pour un sou d’un ami pareil ! Genre qui vous caresse la joue droite et qui vous flanque une beigne sur la gauche. Genre qui vous chante la messe de l’apaisement le doigt sur une gâchette…
Tant il est vrai que des millions de dollars paraphés sur un contrat, ça vaut bien tous les Ukrainiens et toutes les Crimées du monde !
Un clown, certes, mais pas désopilant du tout. Un clown tragique."

Je voulais donc écrire ça, mais je ne l’écrirai pas.
Parce que je me pose des questions. Depuis que je publie mes textes sur le drame ukrainien et la fourberie démocrate des Européens, les lecteurs sont très nombreux.
En revanche, peu, très peu de réactions. Aucun débat sur cette exceptionnelle situation qui risque fort de nous tous embarquer sur le pire des radeaux.
Pourquoi ?
Peur de se tromper de camp parce que, cette fois-ci, le chaos n’est plus aux antipodes, sous d’autres cieux que nous ne verrons jamais, mais  bien à notre porte ?
Pourtant, je ne fais allégeance à aucun des protagonistes, même si je dénonce plus facilement ceux d’entre eux qui avancent les plus masqués.
Je ne fais allégeance qu’à l’amitié entre les peuples.
C'est-à-dire à une Idée.

J'ai signé ici un article dans la Nouvelle République du Centre-ouest.

11:42 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature, écriture, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.03.2014

Impérities ou immondes calculs ?

reuters.jpgLe ministre russe des affaires étrangères, Lavrov, porte-parole de Poutine-Bonaparte, s’étonne avec juste raison de ce que son homologue français, Laurent Fabius, affirme sans vergogne sur France Inter que le gouvernement insurrectionnel de Kiev n’est pas un gouvernement d’extrême-droite. Bien à droite, admet le rusé Fabius, mais pas à l’extrême-droite  quand même.
On est en droit de se demander où, dans sa stratégie de brouilleur de cartes déjà biseautées, Fabius classe ce gouvernement dans lequel officient trois membres de Svoboda, parti nationaliste, xénophobe, résolument et ostensiblement – brassards croix gammée arborés sans vergogne -  antisémite. Très légèrement à gauche d’Hitler, sans doute. François Copé, dans les «fabiuseries» diplomatiques et eu égard à l’idéologie de ceux qui ont pris le pouvoir en Ukraine, est un anarchiste partisan de la démocratie directe et du partage social. Marine Le Pen, quant à elle, comme chacun ne saurait à présent l’ignorer, est une dangereuse trotskiste !
Si ce n’était à ce point dramatique d’entendre des embrouilles pareilles, si ce n’était pas par ces discours irresponsables ou pervers qu’un nouveau cataclysme guerrier risque de nous trancher la tête, le fou rire nous ferait mal au ventre…
Fabius est un menteur. D’ailleurs Lavrov lui rappelle qu’en octobre 2013 le parlement européen déclarait à propos de Svoboda "que ce parti allait à l'encontre des valeurs fondamentales de l'Union européenne".
Alors qu’est-ce qui a changé en cinq mois, Monsieur le digne diplomate français ? Le parti nazi ukrainien ou les valeurs européennes ? Hum... La question mériterait plus ample examen.
Et Lavrov d’ajouter : « Désormais, on arrive à une situation où les dirigeants de Svoboda, parmi lesquels une figure aussi odieuse qu'Oleg Tiagnibok, sont devenus en Occident des personnalités tout à fait respectables ».
Vous avez bien entendu :
Oleg Tiagnibok. L’Europe a donc bel et bien vendu son âme au diable mais c’est pour nous qu’elle ouvre les portes de l’enfer. Car connaissez-vous bien cet Oleg Tiagnibok ?
Pour plus de rapidité, je pique quelques éléments dans Wikipédia et je jette à la face de Fabius, Hollande, et de tous les soi-disant démocrates européens les lignes suivantes : « Parti Svoboda. Son dirigeant est Oleg Tiagnibok. En automne 2011, le parti avait organisé un défilé contre l'arrivée massive de juifs hassidiques, qui effectuent chaque année en Ukraine un pèlerinage sur la tombe d'un célèbre rabbin.
De même, l’organisation a souvent été pointée du doigt pour la glorification du passé collaborationniste d'une partie du peuple ukrainien avec l'Allemagne nazie et pour avoir organisé la commémoration en 2013 du 70e anniversaire de la création de la division SS Halychyna, qui a combattu dans les rangs hitlériens.»
Est-ce assez  clair ? Fabius sait-il lire ?
Rappelons aussi que les pires fauves, plus redoutables que leurs maîtres SS allemands, fauves parmi les fauves ayant égorgé, pendu et torturé à Sobibor, Majdanek et dans le ghetto de Varsovie étaient ukrainiens et que certains nationalistes se réclament aujourd'hui de cette glorieuse descendance !

 Ce n’est donc pas tant de Poutine – même si ses intentions n’ont rien d’angélique - qu’il faut avoir peur aujourd’hui, mais de ces politiques européens qui, par suivisme à l'égard de la volonté américaine de détruire une fois pour toutes la Russie géopolitiquement gênante, ont fait allégeance aux pires nazis que compte encore sous son ciel le vieux continent.

Et maintenant ?

1 - Dimanche, en Crimée, jour du référendum (duquel on peut effectivement douter de la légitimité), sera la journée de tous les dangers. Des provocations sont à craindre et si cette journée se termine par un bain de sang, il faudra que les citoyens européens réfléchissent pour une fois dans le bon sens et se demandent à qui profite le crime.
A tout le monde sauf à Poutine, ça tombe sous le sens le plus élémentaire.

2 – Tout se passe dans l’ordre. La Crimée verse du côté russe et n’est reconnue au plan international  que par elle. S’en suivra une longue déstabilisation, économique et politique, de toute la région.

3 –L’Ukraine amputée de sa province méridionale, blessée, versera dans le chaos des rancœurs intestines, dans les règlements de compte, et, partant, dans le nationalisme le plus intransigeant et le plus rétrograde.  Elle se tournera vers l’Ouest. Avec un œil gourmand, revanchard, sur les territoires polonais les plus proches, comme le montre une carte de l'Ukraine récemment revue et corrigée par les nationalistes.

4 – La Pologne, par russophobie historique et culturelle, s’est pourtant jetée à corps perdu dans les bras de l’Occident. Le chef de sa diplomatie, Sikorski, a traité publiquement Poutine « de rapace dont l’appétit grandit en mangeant». Avouez que dans la bouche d'un diplomate ayant en charge de calmer les esprits, ces propos sont pour le moins curieux !
Moscou ne lui pardonnera pas le camouflet. Et bien d'autres choses encore...
Les nationalistes ukrainiens, quant à eux, la haïssent… Les deux partis nationalistes, dont Svoboda, se sont déjà illustrés par des propos violemment polonophobes.
La Pologne donc, en fonçant tête baissée dans le brouillard américano-européen, n'a retenu aucune leçon de sa situation géographique et culturelle de pays tampon entre l’Est et l’Ouest, situation qui lui a valu pourtant d'essuyer au centuple toutes les grandes catastrophes du XXe siècle !
Des jours noirs l’attendent.
Je le crains.
Car une fois que Poutine, l’Oncle Sam, l’Allemagne, Londres et Paris - parce qu'ils n'ont que cette solution de compromis pour éviter le troisième cataclysme - se seront tendu la main par-dessus sa tête, ils ne se fâcheront pas une deuxième fois pour les beaux yeux de Varsovie.

En espérant, encore une fois, me lourdement tromper. Par amour pour mon pays d'accueil et amitiés pour tous les peuples de la terre.

Bon week-end à tous cependant !


Photo : Thomas Peter - Reuters

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13.03.2014

Les revenants

littérature,écritureCet après-midi je serai à Włodawa, petite bourgade jouxtant la frontière ukrainienne.
J’y serai avec le ciel bleu, encore froid, et sous le soleil, encore falot.
Je traverserai des villages de bois et de larges forêts de pins aux bouleaux mêlés.
Je verrai, en contrebas, le Bug-frontière qui suinte sur les prairies alentour la fonte des neiges de son amont ukrainien.
Je verrai des passants, je verrai des rues et je verrai des commerces.
Tout près de là, de l’autre côté de la forêt où gémissent encore les esprits de Sobibor, je me dirai une fois encore ce que je sais déjà par cœur et par le cœur : que les hommes sont des chiens qui ne retiendront jamais rien de la piste qu’ils ont suivie…
Je penserai à la Pologne une nouvelle fois - mais cette fois-ci par la vanité d’être européenne - aux premières loges du danger ; danger dont les occidentaux n’auront cure si, par malheur, la folie venait à glisser du mauvais côté de l’esprit…
Et je penserai, comme je le pense en cet instant, que l’Histoire est cruellement ironique : Yalta est une station balnéaire de Crimée…

Cet après-midi, je serai à Włodawa, petite bourgade jouxtant la frontière ukrainienne.
Jagoda me dira peut-être – comme elle m'a
récemment dit – qu’elle a peur de la guerre. Et je m’esclafferai, goguenard, grand sage et bonhomme, en disant que les guerres, pouah, ah ! ah ! ah ! c’est comme les revenants : ça n’existe que dans les cauchemars et les mauvais livres !

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11.03.2014

Vient de paraître : Le Diable et le berger

vp diable et berger.jpg

Pour lire plus confortablement et, le cas échéant, commander, c'est ici

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10.03.2014

Car tel est notre bon plaisir

littérature

Il y a quelques années déjà, j'avais lu avec délectation le Roman de Renart.
Je n'en avais jusqu'alors lu que des extraits, assez larges tout de même, et l’envie m’avait donc pris de lire ce maître-livre du Moyen-âge, d’un seul trait, dans sa totalité.
Car voilà bien un roman - au sens où il fut rédigé en langue romane - qui a bercé notre apprentissage littéraire sur les bancs de bois de la prime école et dont les célèbres animaux-personnages ont longtemps hanté notre imaginaire.


On y apprend beaucoup sur la langue et, en filigrane, sur une certaine société des XIIe et XIIIe siècles.
Bref, voyez comme, sur les susdits bancs de bois des écoles de notre enfance, on nous a gentiment gavés d’erreurs qui, par la suite, se sont accrochées à notre âme comme le chapeau chinois à son rocher.
Je me suis donc souvenu de cette phrase avec laquelle les rois de France motivaient leurs ordonnances et expédiaient leurs sujets sur la paille humide des cachots, phrase qu’on nous rabâchait pour nous bien montrer l’arbitraire des despotismes d'antan et, par contraste, pour nous éclairer
sans doute sur cette belle République à la lumière de laquelle nous avions la chance de nous épanouir : Car tel est notre bon plaisir.
Je me souviens aussi du sentiment de révolte qui sourdait alors en mes juvéniles tripes devant ces dictateurs "emperruqués" qui, par plaisir, par jouissance perverse, se plaisaient à faire la pluie ou le beau temps.

Il en était peut-être ainsi. Certes. Mais l’exemple qu’on nous donnait pour faire entrer dans nos jeunes caboches les abus de l’Ancien Régime, n’en était pas moins traîtreusement falsifié.
Dans le procès de Renart, deuxième livre, le chien Rooniaus est désigné comme justice. C’est-à-dire comme juge. Les Anglais ont d’ailleurs gardé ce sens primitif et désigne sous le nom de justice le Président d’un tribunal. Le plaids, c’est l’enquête, l’instruction, en même temps que la décision du juge motivée par cette enquête et cette instruction.
Et ce plaids-là apparaissait en latin dans le tale placitum, soit " telle est la décision prise par la cour."
Voilà la traduction exacte de notre fameux tel est notre plaisir.
Ne nous a donc pas dès lors enseigné un véritable contresens, la décision d’une cour après instruction étant censée être l’exact contraire de l’arbitraire et du plaisir pris à punir ?
Ah, combien de mots et combien de formules employons-nous ainsi, dans nos paroles comme dans nos écrits, à l'envers de leur véritable mission ?
J'en suis presque effrayé.

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09.03.2014

Métaphysique de l'amour

Quand on fait l'amour sans la sublimation amoureuse, on tire un coup ou on se fait mettre.
C'est selon.
Quand on fait l'amour par amour, quand la sensualité passe aussi au spirituel, on engage un combat avec la mort dont on ressort vainqueur.
Pour un temps encore...
P7040666.JPG

14:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.03.2014

Le vent se lève...

Avant le drame qui se déroule actuellement en Ukraine, je ne m’intéressais que de loin aux gesticulations sociales-démocrates, sans surprise, atones, d’Hollande et de ses complices.
Mais, de par la nationalité de ma petite famille et de par la géographie où s’écoulent mes jours, ce drame ukrainien me touche et il m’a dès lors bien fallu entendre, lire et comprendre l’attitude haïssable de toute cette clique
littérature,écriturefrançaise.
Voilà pourquoi j’ai Fabius et Hollande dans mon collimateur…
Je lisais donc ce matin que 81% des Français étaient mécontents de leur gouvernement. Après - et pendant- les mensonges et les tricheries diverses qu’il assène, j’aurais dû sauter au plafond. Mais non… Pas du tout…
Car ce que j’ai trouvé dramatique dans les données de ce sondage, c’est qu’il y ait encore 19% de contents. Ce doit être à n’en pas douter des imbéciles endurcis, des gens rompus à la duplicité de l’esprit, à la mollesse du raisonnement, à l’humanisme intéressé, et ça fait beaucoup, quand même, presque 1 sur 5, pour une nation tellement orgueilleuse d’elle-même ! Du coup, c’est le cas de le dire : cocus, battus et contents !
Mais je ne dis plus un mot là-dessus. J’en suis fatigué de rabâcher. Et surtout, qu’est-ce que j’en ai à foutre, au fond ? Ai-je seulement ‘l’ombre d’un ami là-dedans ?
Ah, tout de même ! Un dernier truc. Un truc qui m’a fait écarquiller les yeux tant il prouve encore et encore combien les politiques ont cet art accompli de maquiller, de dénaturer et de manipuler le langage pendant que ces corniauds d’avaleurs de médias n’y voient que du feu. Mais oyez plutôt :
Un journaliste annonce à Ayrault qu’il est à 17% et lui demande, en prenant un petit air mi-affligé, mi-goguenard, mi je-ne-sais-trop-quoi comment il fait, vains dieux, pour gouverner avec une telle impopularité sur le dos ! Une fois n’est pas coutume, il a raison le journaliste : comment fait-on, sinon à coups de bâtons et de mensonges, pour légiférer la vie de millions de gens qui ne vous aiment pas et ne vous accordent aucun crédit ?
Réponse fière et digne du premier ministre :
- Nous gouvernons parce que nous sommes élus. On ne gouverne pas avec la popularité.
Ianoukovitch et Napoléon III auraient pu faire exactement la même réponse ! La manière dont ils ont quitté la scène devrait pourtant inspirer le premier ministre, surtout qu’il soutient comme parfaitement légitime et méritée la chute récente du premier.
Il oublie, ce monsieur Ayrault, que pour être élu, il faut d’abord être populaire dans les urnes et que si cette popularité a fondu comme neige au soleil, c’est qu’il y a eu un problème en route, un couac, et qu’une remise en question s’impose. Mais non, droit dans ses bottes, le gars. En clair : on est élu, on peut faire n’importe quoi et qu’ils aillent se faire foutre !
D’où l’inconvénient de la démocratie quand elle n’est pas directe et avec des pantins révocables à tout instant.
Bon, j’arrête…
Car, comme susdit, qu’ai-je à faire de tout ce chaos de lâchetés ? Ma vie est-elle concernée ?
Mes deux meilleurs amis, plus que des frères, sont morts et ne peuvent dès lors pas en souffrir, et les deux ou trois autres qui me restent sont trop loin pour être réellement vivants. Ma petite famille, quant à elle, a autre chose à faire que de se lamenter sur l’état du monde ; elle a à vivre pleinement sa vie.
Mes solitudes du bord du Bug sont dès lors peuplées de désirs qui ne demandent qu’à être honorés.
Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
J’entendais hier soir sur les prairies humides le cri des grues sauvages claironnant leur retour. Le grand mouvement des choses continue, la lumière devient plus gourmande, le soleil plus jaune et plus tiède, l’air plus accueillant, la chanson aux lèvres plus guillerette…
Le vent se lève, il faut tenter de vivre !

 Bon week-end à tous et, si vous en avez l'envie et le temps, je vous recommande cet article très bien documenté de Jacques Sapir

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06.03.2014

Des menteurs sans scrupules

iran-fabius-hollande1.jpgJ’avais pris la résolution de ne plus parler ici de l’Ukraine. D'en revenir aux livres, à la littérature, aux textes. Mais je ne le puis…
Ce sera la dernière fois sans doute. Du moins l’espéré-je.
Car il ne sert à rien d’écrire sur un petit blog misérable contre le mensonge des hommes quand il est érigé en puissance institutionnalisée.
Tout ce que je retire de cela, c’est la souffrance impuissante de voir des millions et des millions d’hommes avaler comme de la bonne soupe, dans leurs journaux ou le soir, abrutis devant leur télé, ce que les autorités américaines et européennes leur servent comme de la bonne morale.
La réalité est toute autre que ce qu’ils racontent. Ce que joue Poutine en portant ses armes en Crimée, ce n’est ni plus ni moins que l’existence même de la Russie. Car ce que les Européens appellent l’Ukraine libre, c’est une Ukraine vassale de l’OTAN, c’est-à-dire des missiles bientôt pointés sur Moscou, quasiment depuis sa banlieue.
J’exagère ? Qu’on se souvienne des missiles qui devaient être plantés en Pologne, à 200 km de l’enclave de Kaliningrad, et ce, au mépris d’accords conclus en 1994, je crois, et aux termes desquels l’Otan ne rechercherait pas à s’étendre à l’est
après la chute du mur.

Que font donc les journaux d’investigations en France ? Que fait Mediapart ? Que fait le très fin et très subtil leveur de lièvres Le Canard enchaîné ? Il n’y a donc que le linge sale de la famille, Cahuzac, Buisson, Copé, Sarkozy qui les fasse bander ? A moins qu'ils ne participent eux-mêmes de l'enfumage général ?
Car enfin, ce que je sais, par un  site d’info polonais, officiel, ils doivent bien le savoir aussi, s’ils sont si malins dans l’investigation ?!

En effet, le 27 février dernier, le ministre des affaires étrangères estonien s’est inquiété auprès de Mme Catherine Ashton (représentant l’UE en Ukraine) de ce que les snipers de Maïdan, photos à l’appui,  tiraient tantôt sur la police, tantôt sur les manifestants. Ils étaient des tireurs d’élite, très entrainés, des professionnels, visant à la carotide et au cœur, les médecins l’ont certifié. Des tueurs. Madame Ashton et la coalition aujourd’hui au pouvoir en Ukraine ne veulent pas entendre parler d’enquête là-dessus.
Pourquoi ? Qui étaient ces tueurs ? Eussent-ils été des Russes au service de Ianoukovitch, que Madame Ashton aurait alerté aussitôt tout l’occident à grands cris terrorisés.
Elle a simplement et calmement répondu :

- C’est embêtant. Cependant nous ne voulons pas d'enquête là-dessus...

Alors, Hollande, Fabius, vous recevez donc dans vos palais des tueurs, des assassins, et, la mine austère et fière, abondamment parfumés, le cheveu gominé, la parole docte, le port altier des gens de pouvoir, vous négociez avec eux ?
Et vous assénez en même temps au peuple de France que Poutine est un dictateur fou et que vous, vous êtes du côté du droit et du dialogue ??
En plus, vous vous faites le bras armé et les vassaux aplatis d’un pays, les USA, qui n’a que le droit international, la légitimité et la démocratie à la bouche alors que, comme le dit un journal russe de langue française « son rôle dans l’histoire de l’humanité a justement été non pas d’éviter les bains de sang mais au contraire de les accroître. Un pays responsable des pires crimes contre l’humanité : seul utilisateur d’armes nucléaires contre la population à ce jour, guerre du Vietnam, putschs criminels en Amérique latine, soutien actif des régimes racistes d’apartheid en Afrique du Sud et Israël, bombardement de la Yougoslavie et de la Libye. Financement, soutiens armés et logistiques de rébellions responsables de crimes contre l’humanité, comme en Côte d’Ivoire et plus récemment en Syrie, maintes tentatives de déstabiliser aujourd’hui les alliés de la Russie en Amérique latine, comme en ce moment au Venezuela, des victimes aux quatre coins du monde parmi lesquelles beaucoup de femmes, d’enfants et d’hommes de tous les âges. »

Messieurs Fabius, Hollande et consorts,  un proverbe polonais dit : le mensonge a de courtes jambes.
Ce mensonge-là ne courra donc pas plus vite que ne court l’Histoire. Vous serez rattrapés et vous en serez comptables.
Le plus tôt possible ; je l’espère vivement.

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04.03.2014

"Le bon côté de l'Histoire"

littérature,politique,ukraine,écritureUn échange hier avec un vieil et très cher ami des Deux-Sèvres – que je resalue au passage -  me donne envie ce matin de préciser quelques points :
Les quelques textes que j’ai pu écrire ici-même sur l’Ukraine, sont des textes qui mériteraient évidemment plus ample travail en profondeur. Car ils pourraient donner l’impression que je considère
en bon papa binaire les évènements qui se déroulent de l'autre côté de la frontière, avec des bons et des méchants et moi, bien évidemment, plaidant pour les bons.
Ce serait bien… Hélas, si je suis en colère contre la bave sans cesse dégoulinante des médias pro-occidentales, comme sur l’attitude mensongère de la diplomatie européenne qui fait semblant de ne pas voir d’où vient le feu alors que depuis des années les Américains arrosent de leurs dollars tous les mouvements radicaux ukrainiens capables un jour de déstabiliser leur pays et de le définitivement fâcher avec la Russie, je ne me fais aucune illusion sur l’humanisme et la sagesse de Poutine.
Poutine est un rapace qui se bat avec d'autres rapaces sur le partage d'une proie. Car dans cette histoire dramatique, tout le monde s'en fout comme de Colin Tampon du bonheur du peuple ukrainien !
Mais je suis Français, j’écris en français, je suis principalement lu par des Français : il n’est dès lors pas nécessaire que je rabâche pour eux ce qu’ils entendent et lisent partout à longueur d’année, à savoir que la Russie n’est pas un pays démocratique et que Poutine est un dictateur.
Il se trouve que dans la situation présente, la fourberie des uns et des autres lui a donné l’occasion d’exprimer visiblement ce qui est essentiel dans sa politique, à savoir l’inféodation plus ou moins marquée de certaines républiques de l’ex-URSS, dont la plus importante, l’Ukraine.

Quand j’écris également que le coup d’État – applaudi par ces anges immaculés que sont les chefs d’État européens tous démocratiquement*élus sur une foule de fausses promesses - a surtout été mené par des groupes paramilitaires ne faisant nullement complexe de leur nostalgie du troisième Reich, il faudrait dire aussi, (comme me le fait justement remarquer mon ami, là-bas, du côté de la Sèvre niortaise) que parmi les milliers de gens rassemblés à Maïdan, il y avait aussi des milliers de gens qui ne calculaient rien politiquement, des milliers de gens sincèrement épris de liberté et qui ne poursuivaient pas d’autre but que de chasser toute la veulerie corrompue du système Ianoukovitch.
Mais ce ne sont pas ceux-là, trop naïfs, trop sincères avec eux-mêmes et avec tout le monde, qui font les révolutions ! Ils n’en sont que le décor en même temps que le prétexte spectaculaire.
Cela vaut hélas pour toutes les révolutions : à un moment donné, ce qu’il y a de substantiel et de spontané dans les tripes du plus grand nombre passe dans la tête de quelques stratèges.
Disons alors que les révoltés sincères, ne sont jamais  du bon côté de l’Histoire.

Et, justement, ce matin, en lisant les titres, cette vieille petite phrase sortie de la bouche d’Obama m’a fait pouffer de rire : la Russie n’est pas du bon côté de l’Histoire !
Enfin un brin de vérité, monsieur Obama ! Mais seriez-vous donc un marxiste qui s’ignore ? Car savez-vous que votre sortie suggère que l’histoire a un sens, une trajectoire juste et inéluctable, qu’elle marche pas à pas vers le bonheur des hommes libérés de leurs aliénations et que ceux qui ne marchent pas dans ses clous sont des tordus ou des réactionnaires ?
Ce matin, monsieur Obama, vous m’avez semblé plagier les discours enflammés d’un certain Vladimir Illich Oulianov…
Mais vous avez raison : la Russie n’est pas du bon côté de l’Histoire… Ça, c’est certain.  Je vous ferais cependant respectueusement remarquer- en exagérant à peine mais en soulignant fortement  qu’il n’y a aucune dimension humaine commune entre eux et Poutine, -  que Sitting Bull, Géronimo, non plus, n’étaient pas du bon côté de l’Histoire.
Pas plus que les Girondins de 1793, les Africains contemporains du triangle d’Ébène, les Arméniens de 1915, les juifs polonais et européens de 1939, les millions de gens des goulags staliniens,  et tutti quanti et tutti quanti…
Alors, de grâce, Monsieur le Président ! Ne présumons pas de ce qu’est la bonne ou la mauvaise histoire et lisons là telle qu’elle est réellement : une suite ininterrompue de crimes commis au nom d'idéologies dévastatrices et passagères, mais toujours servant la pérennité des  intérêts d’un petit nombre d'acteurs...

*Qu'on veuille bien se souvenir - en se souvenant du référendum de mai 2005 en France sur le traité européen - dans quelle estime les démocraties donneuses de leçons  tiennent les sanctions populaires !

11:50 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, politique, ukraine, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.03.2014

Moi, Président, …

rubon66.gifCe que je disais, en craignant pourtant le ridicule, dans mon premier texte sur l’Ukraine, semble chaque jour, hélas, mille fois hélas, un peu plus près de la réalité.
Comment donc un pauvre bougre comme moi, aussi pauvre que tous les pauvres bougres que peut porter la terre,  a-t-il pu comprendre avant les maîtres du monde ce qu’il allait advenir de Maïdan pris d’assaut par les groupes paramilitaires ultranationalistes et nazis?
On s’en doute et on me fera cet honneur : cela n’est nullement dû, ni à ma clairvoyance, ni à la finesse de mes analyses, ni à des infos occultes, mais au simple fait que les susdits maîtres du monde mentent comme un seul homme et comme de véritables arracheurs de dents. On les entend aujourd’hui faire mine de pleurnicher sur le brasier qu’ils ont eux-mêmes alimenté, dès le départ, de leurs sournoises jerricanes d’essence et on les voit tous, vierges effarouchées, chantres de la paix et grands prêtres du droit international, exhorter Moscou à la sagesse, après avoir tenté de lui planter carrément un couteau dans le dos !
Poutine porte aujourd’hui ses armes en Crimée : n’allez surtout pas penser que cela me réjouisse ! Mais cette dramatique éventualité était écrite comme le nez sur la figure. Peut-être même était-elle espérée par les grands stratèges qui tirent les ficelles du drame. Car il est impossible, absolument impossible, que l’OTAN,  l’onctueuse armée des diplomates et la horde souterraine des renseignements n’aient tiré aucune leçon de l’expérience de 2008 en Géorgie et n’aient pas envisagé une réaction violente de Moscou. Absolument impossible, répété-je !
De là à penser que l’intervention russe constitue un moment particulier de la vaste partie d’échecs engagée par l'Occident, il n’y a qu’un pas que je me hasarderais bien à franchir… Pourquoi Poutine est-il acculé à cette extrémité ? Parce que c’est lui l’agressé et l’OTAN, avec son rêve d’extension jusqu’à la mer noire suivi d’un isolement total de la Russie, est l’agresseur. La taupe terroriste. Le puissant manipulateur.

Comment dès lors Hollande et les autres «démocrates» peuvent-ils mentir à ce point-là à leurs peuples ? Comment peuvent-ils les tenir dans un tel mépris, dans une telle ignorance de ce qui se joue réellement sur la scène ukrainienne, soutenus qu'ils sont par la meute écumante des médias de tous poils ?
On en a le vertige !
«Moi Président, je soutiendrai toutes les manœuvres de déstabilisation qui s’avèreront nécessaires à une hégémonie des forces de l’Otan partout dans le monde et ce, même en reconnaissant comme démocratiques des coups d’État fomentés par des mouvements d’extrême-droite  dans la poursuite de cet objectif. »

De deux choses l’une, donc : soit ce Président est perdu et ne comprend rien à rien, soit il est un dangereux escamoteur. Un trompeur.
En tout cas, il est indigne de notre considération.
Et en tout cas aussi, quand on pense que ce président sans envergure, versatile, hésitant, est aujourd’hui le chef des armées d’un pays qui se présente comme la cinquième puissance mondiale, quand on pense qu’en deux ans de pouvoir il a déjà engagé son pays dans deux guerres et était sur le point de l'engager,
n’eût été la ruse de la diplomatie russe, dans une troisième en Syrie, on a des frissons dans le dos si on n'est pas un guerrier obtus ou un imbécile chafouin du socialisme made in France !
La crise ukrainienne ne fait que commencer, qui va en révéler bien d’autres.
Une issue fatale au vieux continent n’est plus à écarter, car on a intimé purement et simplement à la Russie l’ordre suivant : laisse-toi encercler sans broncher !
Et déjà Obama laisse entendre-  il laisse entendre seulement - qu’il n’ira pas au G8 prévu en Russie, en juin.  Aussitôt Hollande lui court aux baskets et, sans doute voulant faire mieux que son maître et faire montre de son zèle sans faille, déclare : moi je n’irai  pas ! Na !
On est pris d’effroi !  J’ai mal à ma France ! Aurait-il 
dans ses vues, ce président, de célébrer grandeur nature le centenaire de la Grande Guerre ?

Pour l’heure, Poutine contrôle donc la Crimée sous ses armes. Et il dit maintenant aux occidentaux, pris à leur propre piège ou parvenus à leurs fins  :
- Maintenant qu’on a tous des cartes en mains, discutons, Messieurs !
C’est sans doute ce qui va se passer dans les jours qui viennent. L’ours acculé aux parois de sa caverne par des braconniers qui ne disent pas leur nom a donné son premier coup de patte.
Parmi ces braconniers, figurent la diplomatie française et son président, lequel serait bien inspiré, pour une fois, de chausser de meilleures lunettes et d'examiner d'un peu plus près l'échiquier pour avancer lui-même, d'une main souveraine, responsable et réfléchie, ses pièces, sans attendre qu'on souffle à son oreille défaillante la stratégie à suivre !

11:03 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture, ukraine, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

28.02.2014

Ecriture et littérature

littérature, écritureEn fait, nous avons certainement plus besoin de la littérature qu’elle n’a besoin de nous. Ceci dit dans l’abstraction, si on lui prête une identité autonome dans l’humaine civilisation, si on la considère comme une vertu de notre patrimoine. Elle a ses étoiles qui brillent au firmament, elle a ses lettres de noblesse, elle a son royaume.
Chaque écrivain, avec l’esthétisme qui est le sien, avec son positionnement particulier au monde, avec son histoire individuelle, la nourrit régulièrement de ses écrits. Certes. Mais ce n’est pas pour l’enrichir qu’il agit ainsi, ce n’est pas pour « porter le maillon de sa chaîne éternelle », mais bien pour qu’elle daigne lui ouvrir ses portes et qu’elle veuille bien le compter bientôt parmi les siens.
C’est pourquoi un écrivain - au risque de se déconsidérer lui-même - ne peut pas être modeste, sinon de sycophante façon ; en mièvre faux-cul. Car lorsqu'on en vient à se déconsidérer dans une activité cérébrale ou artistique, à moins d’être un maso – car la déconsidération de soi est aussi souffrance - on passe à autre chose. On va vers quelque chose qui serait peut-être mieux à sa portée.
En essayant de ne pas descendre trop bas toutefois.

A la veille de publier un nouveau livre, ces considérations m’embarrassent ; Quel est le plaisant objectif poursuivi ? Quelle motivation ? Être lu. Tout écrivain, s’il n’est pas le grand Montaigne qui assurait dans son introduction aux Essais n’écrire que pour lui-même, écrit pour ça. Comment pourrait-on dès lors faire montre de modestie quand on s’est persuadé d’avoir quelque chose à offrir qui vaille la peine d’être offert ?
A-t-on déjà vu un écrivain qui clamait que son livre était insipide et n’apporterait rien à ses lecteurs, qu’il ne valait même pas la peine qu’on perde un temps précieux à le lire ? Quand je dis « ne rien apporter à ses lecteurs », je parle de plaisir de lire une écriture censée avoir été  soignée, une fiction – si tant est qu’une fiction existe - bien ficelée, et non pas ouvrir l’esprit des lecteurs vers des horizons nouveaux, les éduquer, leur montrer la bonne route ou je ne sais encore quelle autre indigeste et malsaine billevesée.

A la veille de publier un nouveau livre, ces considérations m’embarrassent donc. Pourquoi suis-je tellement content ?
J’ai un poulailler à construire, des livres à lire, une clôture à faire, du bois à fendre, un voyage à entreprendre et, en plus, ce qui se passe de l’autre côté de la frontière ukrainienne, la déstabilisation téléguidée par l’OTAN et ses petits valets de pied tels Hollande, ne cesse de me révolter et de m’inquiéter...
Alors ?
Serais-je vaniteux au point de considérer que faire plaisir à d’éventuels lecteurs, est ma plus grande satisfaction ? Que je suis bon ? Je n’ai pourtant rien ni de l’altruiste forcené, ni du philanthrope, ni du bon Samaritain. Je n’ai pas mauvais cœur, je ne suis pas un mauvais bougre, certes, même si j’ai mauvais caractère, mais de là à n’être préoccupé que du plaisir de l’autre, il y a un monde.
La réponse est donc sans doute à l’intérieur. Plus loin en moi. Beaucoup plus profonde et moins accessible que toutes ces considérations.
Décortiquer son plaisir, c’est déjà l’entacher de déplaisir, n’est-ce pas ? Le fait est donc acquis : j’ai certainement plus besoin de la littérature qu’elle n’a besoin de moi.
Dès lors, ce sont mes futurs lecteurs qui sont bons. Et non mézigue.

Mais s’il est vrai, comme le note Stéphane Beau dans la préface ouvrant Le Diable et le berger, que « […] la pointe de sa plume [la mienne] a incontestablement été taillée aux siècles passés…» pourquoi ne trouvé-je pas dans mon encrier les mots qui colleraient à mon temps ?
Là, j’ai une réponse dont je suis certain : parce que je n’y colle pas du tout, à ce temps. Parce que je n’y ai jamais collé. Ni de loin, ni de près.
Et, stricto sensu, il n’y a là-dessous pas l’ombre d’une quelconque et sournoise vantardise, mais, bien au contraire, constat d’une incompatibilité d’humeur qui ne fut pas toujours confortable à vivre...

Agréable week-end à tous !

11:44 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.02.2014

A paraître en mars : Le Diable et le berger

littérature,écritureC’est donc une excellente nouvelle pour mézigue, que j’espère évidemment transformer en bonne nouvelle pour tout le monde : en mars et à l’enseigne des Editions du Petit Véhicule - aux destinées desquelles préside Luc Vidal -, paraîtra Le Diable et le berger, version littéraire et dramatique de la vie de Guste Bertin, que les lecteurs de Zozo, chômeur éperdu ont déjà rencontré, en tant qu’assassin du paisible Zozo.

Mais  cette fois-ci, comme le dit le préfacier qui n’est autre que mon ami Stéphane Beau : […] ce nouveau roman qui, bien qu’il reprenne, pour toile de fond, le même petit village perdu quelque part dans le Poitou, au cœur des années soixante, n’a plus grand chose de commun avec la farce. Au contraire, avec ce nouvel opus Bertrand Redonnet nous plonge dans une véritable tragédie, presque au sens Grec du terme, avec une histoire qui se déroule, inexorablement, qui file droit vers la chute, sans temps morts, en entraînant tout sur son passage, hommes, femmes, passions, rêves et espoirs.

Publiquement, je remercie ici Stéphane, chargé de la mise en pages du livre, pour le travail éditorial que depuis des semaines nous faisons ensemble.
Longtemps, bien longtemps même, que je n’avais travaillé dans ces fraternelles conditions et ça met du baume au cœur.
Les Editions du Petit Véhicule sont une petite structure qui fonctionne aussi avec la contribution active de l’auteur.
Je me chargerai donc, avec mes faibles moyens, d’une partie de la promotion et distribution.
Mais, je vous en dirai plus le moment venu.

 Illustration : projet de couverture
Crédit photographique : Jacek Piasecki  (Lublin)

08:26 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

22.02.2014

Ecrire ou être écrit

P1010031.JPGMettant aujourd'hui la dernière main à un texte qui me tient particulièrement à cœur, je  me suis soudain posé bêtement la question : dans quelle mesure l’écrivain n’est-il pas écrit autant qu’il n'écrit ?
Question sans doute emberlificotée et qui se mord la queue… Une sensation fugace, en tout cas.
Car au début, quand je me suis mis à cette rédaction - il y a peut-être un mois - je ne savais pas du tout  où j’allais. J’étais parti d’un lieu que j’aime beaucoup et les associations d’idées, les retours en arrière, des hommes et quelques anecdotes sont venues, tout ça sorti d'une source presque impromptue.
Ces anecdotes, je les avais oubliées. Elles doivent remonter à une trentaine d’années, en France. Elles sont revenues à la surface parce que des mots, un rythme, une évocation,  les ont rappelées à la vie.
On peut s’étonner alors des libertés que prend l’écriture par rapport à l’écrivain lui-même. Comme si des personnages, des paysages, des lieux enfouis dans la mémoire lui tenaient la main.
Et l’imaginaire fait le reste. Ce qu’on appelle aussi Le traitement littéraire.
Mais ceux qui pensent que l’imaginaire ne se nourrit que d’imaginaire ne s’imaginent pas grand-chose. Imaginent-ils un potier sculptant son amphore avec ses seules mains, sans terre et sans eau ? Une amphore virtuelle peut-être, simulée par gestes. L’écriture est sûrement faite de ces résurgences, souvent insignifiantes, et qui constituent le fonds invisible à l’œil nu de l’inspiration de celui qui tient la plume.
J’ai rédigé ce texte devant la fenêtre où j’ai l’habitude de travailler, avec un vieux verger à deux pas, de la neige, quelques oiseaux frigorifiés sautillant d’une brindille gelée à une autre, et, un peu plus loin, au bord de la route luisante de glace, la petite maison de bois, désormais vide et muette, de ma voisine.
Là même où j’ai écrit le Théâtre des choses et Géographiques. La constance des lieux et des décors quand je lève la tête donne - tout du moins l’espéré-je - la diversité des résurgences et de ce que peut en faire le goût d’écrire.

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21.02.2014

L'Histoire et ma littérature

littérature, écriture« Ça n’est agréable ni à écrire ni à penser mais je ne suis pas de ceux qui bêlent à tout vent que l’Europe est à jamais sauvée des cataclysmes guerriers. Parce que derrière les poteaux que cette Europe plante pour marquer sa souveraineté, aussi loin qu’elle puisse étendre ses ailes, il y aura toujours un pays qui ne reconnaîtra pas ces poteaux comme plantés au bon endroit ou, derrière eux, une nation qui s’en sentira bafouée. De plus, à l’intérieur même de son enceinte, et ce d’autant plus sûrement qu’elle ne cesse de s’élargir, longtemps des nations seront agitées par leur sentiment équivoque d’une adhésion forcée à une histoire usurpée, sentiment tellement nébuleux qu’il faudra bientôt le taxer, pour être de son temps, de barbare. Peut-être alors les générations d’un futur plus ou moins lointain aboutiront-elles à l’effacement de ce sentiment occulte : lorsque la dissolution liquide des pays dans un même bocal sera devenue plus compacte et plus solide.
Mais les hommes aiment lire le chemin dallé par leurs ancêtres pour arriver jusqu’à eux. Les hommes aiment réveiller les fantômes de leur généalogie qui murmurent sans cesse au plus profond de leur identité. Les hommes déracinés laisseront alors un vide, un trou béant, une incompréhension à leurs enfants des siècles futurs, soucieux de savoir leurs premiers Edens. Et tant qu’il y aura ce manque de traçabilité de l‘histoire individuelle, subsistera ce sentiment d’appartenir à de lointains vaincus, la nation exterminée par le pays.
Prévoir que cette Europe est pour l’éternité à l’abri des guerres et des combats, c’est en outre juger que nous serions des hommes bien meilleurs, bien plus accomplis, bien plus intelligents, bien plus humanistes et bien plus généreux que tous ceux qui nous ont précédés.
Et ça, c’est d’une incommensurable vanité partout démentie par les réalités. »

J’eusse aimé que ce passage tiré de Polska B dzisiaj et écrit en 2009 restât dans le domaine de la littérature.
Mais, quelle que soit la solution que trouveront désormais les diplomates de Kiev et de Bruxelles - chevaux de Troie respectifs de Moscou et de Washington - cet extrait est, et je le regrette douloureusement, hélas vérifié par la centaine d’hommes qui ont versé leur sang sur les trottoirs de Kiev.
Aucune idée sur terre n’est digne d’un trépas, écrivait le poète.
Bien vainement et c’est à désespérer des hommes.

Illustration : un insurgé à Kiev

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20.02.2014

Ukraine : questions aux politiques occidentaux

1596459151.jpgOn pouvait lire ce matin dans la presse et sur divers sites d'informations :

"Il faut rétablir le dialogue politique entre opposition et pouvoir", a déclaré Laurent Fabius, en présence du secrétaire d'Etat américain John Kerry. "Chacun doit se mobiliser pacifiquement pour revenir au dialogue", a-t-il ajouté.
Mais dites-moi : que vient faire ici l'Américain ? Quels oignons vient-il faire frire dans l'arrière-cuisine ? Personne ne songe à poser la question... Pourquoi ? Parce que ça coule de source informelle ?
Transposez cependant la situation au Mexique ou n'importe où ailleurs, mais que ce soit aux portes des États-Unis, et imaginez alors Fabius faisant une déclaration passe-partout comme celle-là et qu'on nous précise : "en présence de Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères."
Vous imaginez qu'il se passerait quoi ?

08:16 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture, politique, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET