mardi, 17 mars 2009
Les quatre saisons
Dans un monde qui n'arrête pas de faire semblant d’être bousculé par des préoccupations modernes, voire futuristes, tant du point de vue de sa science que de son art, je suis sans doute d’une sensibilité obsolète, d’une texture désuète, d’une émotivité surannée.
C’est un monde intelligent mais qui ne sait plus trop quoi faire de toute cette intelligence.
Un monde avec une telle conscience de son présent qu’il ne le voit plus que dans le futur.
Moi non. Je me soucie aujourd’hui de l’évolution des hommes, de leurs sociétés et de leurs éthiques, comme d’une guigne. Longtemps je me suis soucié de tout ça, depuis mes plus jeunes années et même jusqu’à fort tard dans la nuit. Je fomentais de l’espoir, je réunissais des conjurations, je tirais des plans pour l’avènement d’une belle, égalitaire et jolie société. Sans classes ! ? ? Oui, au tout début, pendant le catéchisme intellectuel et juste après la première communion des mutineries. Après, il m’est apparu qu’un concile s'avérait absolument nécessaire pour adapter la leçon ingurgitée à la réalité des non-événements.
Alors ça a évolué, ça a tergiversé, ça a dérivé, ça a vu autrement, d’autres espoirs sont venus, mieux ancrés, mais toujours dans un réel constamment se dérobant sous les pas.
Tout ça, il faut du temps, beaucoup de temps pour s’en débarrasser, pour décoder le discours, débusquer le mensonge, écarter les voiles obstruant la lucarne ouverte sur le monde et reprendre les illusions de la liberté à son propre compte. Autant, presque, je le suppose, que ceux qui ont débuté leur course vers la lumière sous l’ombre infâme des infâmes crucifix de l’excité de Nazareth. Quoique j'en ai vu de ceux-là, et j'en vois encore beaucoup, qui, nés à genoux, n'ont jamais réussi à vivre pleinement debout.
Je suis donc, du point de vue de ce qui m'émeut encore, certainement un réactionnaire. Si on veut. Ça ne me dérange pas d’être réactionnaire au milieu d’innovateurs de tous poils qui, depuis longtemps, ont fait la preuve de leur impuissance, de l’inexactitude de leurs vues et, bien souvent, de leur duplicité intellectuelle.
Car je m’intéresse quasiment plus aux paysages qui m'entourent qu’aux hommes qui les habitent. Ma grille de lecture, ce sont les saisons qui tournent, le grand mouvement des choses et le visage de ces paysages qui changent avec toujours la même et sereine éternité.
J’ai mis tout ça au propre dans un manuscrit actuellement en lecture chez Publie.net.
J'entends déjà aller bon train les commentaires des sages dialecticiens. Mais les paysages, c’est humain, c’est l’empreinte des pratiques humaines qui les sculptent aussi, c’est.... ! Oui, oui…Chassés par la porte, les matérialistes de la pensée pure s’empressent de revenir par la fenêtre. Mais je m’en fous, moi, de ce que l’activité humaine transforme des paysages ! Je vis ce que je lis. Je bois ce que je vois, je me détourne de ce que je ressens comme laid.
Parce que tourne la roue, dent après dent, inéluctablement, vers son fatidique terminus. Cette roue, c’est au travers des saisons que je la vois. Plus clairement que dans mon miroir.
Je tourne dans l’espace et dans le temps, au même point à la même date, même jour, même heure, même minute, même seconde que la saison dernière…Je me promène sur la boule bleue qui se promène et mes pas qui vont là-bas, que je les presse ou que je les somme de s’arrêter, vont leur chemin.
Les seuls paysages me parlent. Des sentiments qui vont de pair surgissent. Des souvenirs enfouis, à peine entrevus. Le bleu pâle du printemps, le jaune poussiéreux de l’été, la pagaille bariolée de l’automne, le blanc glacé de l’hiver, tout ça ce sont des pages qu’on tourne, d’un cahier où nous n’écrivons rien, que de solitaires balbutiements.
Je regardais, je furetais, je fouinais, je farfouillais hier sur ce territoire d’Internet consacré à la littérature, à l’écriture plus exactement, territoire dans lequel s’inscrit aussi ce blog. J’ai mesuré, un instant, un instant seulement puisque je suis revenu, parmi les textes, les félicitations des uns, les diatribes des autres, les m’as-tu-vu dans mon joli projet d’autres encore, tout le sérieux amusement d’une époque effondrée sur elle-même.
Maupassant et la belle simplicité de ses paysages me manquent terriblement.
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vendredi, 13 mars 2009
L'homme au bon mot
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Etre écrivain - Dernière suite, enfin !
Finalement, tout ce débat, c'est du blabla, de la bouillie pour les chats errants, de la crotte de chiens faméliques.
De l'écume aux lèvres désoeuvrées de la planète solitude.
De l'onanisme besogneux à l'ombre des forêts crevées.
Parce que, être écrivain, du moins le devenir, c'est simplement ça :
Le lien ne fonctionne pas, alors copiez/collez. Ça vaut le détour.
http://www.lemotif.fr/fr/actualites/actualites-du-motif/bdd/article/307
Et qu'on ne me parle plus de tous ces pauvres types autodidactes :





etc...etc...etc...
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mercredi, 11 mars 2009
Etre écrivain - suite -
Tout d’abord merci à Feuilly d’avoir "répondu à la réponse" que je lui avais formulée ici même sans qu’il en fasse la demande, donc une vraie réponse, une réponse étant toujours plus à propos quand on ne vous demande rien alors que vous êtes concerné par le sujet livré au public.
Merci à celles et ceux également qui ont apporté leur contribution sous forme de commentaires, Michèle, Débla Rosa, Philip, Meriem, commentaires que je vous invite à consulter ici et chez Marche Romane, ce qui m’évitera de les reprendre et de d’y faire référence sans entrer pour autant dans le détail de chacun. En filigrane, donc.
Si le sujet mobilise, c’est bien qu’il est essentiel pour nous autres qui écrivons et qui lisons sur la toile et ailleurs, qui sommes édités ou qui ne le sommes pas encore, qui nous éditons nous-mêmes, via nos blogs respectifs.
Crise existentielle ?
Feuilly est parti d’une recherche, assez réduite à mon sens, de ce qu’est l’écrivain et je lui ai donc fait écho, de façon pas assez précise à mon goût. En outre, les débats qui ont suivi ont partiellement fait évoluer ma réponse spontanée. Feuilly a offert alors des précisions dans un deuxième texte et, ma foi, si on a un peu avancé, on en est pour l’essentiel au même point : on ne sait toujours pas à partir de quand on peut dire de quelqu’un qu’il est un écrivain et on ne sait toujours pas si on doit qualifier d'« écrivain » un idiot(e) vautré(e) avec ses livres de merde sur les étals insolents de la marchandise pure.
Ceci dit, un épicier qui vend des petits pois véreux, reste un épicier. Mauvais, certes, mais un épicier quand même, avec un numéro de SIRET à la chambre du commerce...
Recommençons donc par le commencement : être édité. C‘est quoi ?
C’est tomber d’accord avec un éditeur pour qu’il imprime et distribue votre œuvre. Qu’il fasse de vous, donc, socialement, un écrivain. Pas une vedette. Un écrivain. Quelqu’un qui a écrit un livre qu’on peut trouver en librairie. Encore que... J’y reviendrai bientôt.
Le compte d’auteur ne compterait pas, alors ? Le compte d’auteur, c’est un gars qui écrit des trucs, que personne ne veut de ses trucs, mais que lui, il est tellement persuadé qu’il est un écrivain, qu’il finit par payer un imprimeur et qu’il se démerde ensuite tout seul à refiler son bouquin à ses amis, à sa famille, à ses anciens copains de lycée, à ses perruches, à ses chats et à ses chiens, s’il en a…
J’ai l’air de moquer. Hé bien non ! Parce qu’un gars qui fait ça, il a une qualité essentielle, que j’admire et qui nous manque peut-être à tous : il est convaincu de la qualité de son art. A tort ou à raison, peu importe.
Moi, en matière d’art, je respecte la conviction qu’on a de soi.
En tout cas, c’est pas une pute. C’est même tout le contraire parce que, lui, il paye pour se vendre !
Pour ne citer qu’un seul mais lumineux exemple dans ce sombre océan de l’échec : Apollinaire a publié d’abord Les Onze Mille Verges sous le manteau, à compte d’auteur. Heureusement qu’il était convaincu de son art, celui-là !
Bref, si je reprends, en substance, ce qui a été dit ici et là, au gars qui aura fait son bouquin en solitaire, on ne daignera dire en public, autour d’un verre, dans une soirée ou inopinément dans la rue, qu’il est un écrivain que s’il a trouvé autour de lui assez de réseaux sociaux pour écouler ses cartons de bouquins.
Permettez-moi de vous dire - et que personne ici n’en prenne ombrage - : Ça ne tient pas debout ! C’est comme les choux : Ça n’a ni queue ni tête.
J’ai déjà dit par ailleurs, dans ce débat, que j’avais été édité trois fois, que mon premier livre s’était vendu à 2000 exemplaires et que, pour autant, je ne me présenterai jamais à quelqu’un en qualité d’écrivain. J’aurais l’air de bomber le torse et je crois que je baisserais les yeux, honteux de ma ridicule fatuité.
Je dirai plutôt alors, si vraiment je suis sommé de dire ce que je fais de mes dix doigts, que j’écris et que, oui, j’ai été publié et le serai encore bientôt. Mais j’ajouterai aussitôt, et peut-être même que je commencerai par là, que je tiens un blog et j’en donnerai l’adresse.
Parce que l’essentiel de mon activité d’écriture, en volume, en temps, en diversité et en écho que j’en reçois, se passe ici !
Alors, la question de qui a le droit, sans être un usurpateur, de se déclarer écrivain ou pas, est une fausse question. La partie visible d'un iceberg à la dérive.
C’est une question d’intimité personnelle : celle de la conscience qu’on a de soi.
J’ai entendu un copain un jour, en Bretagne, un éditeur, un chanteur et un poète, oui un anar si vous voulez, dire à un connard qui lui cassait les oreilles avec je ne sais plus quelle balourdise sur la chanson, que Brassens et Ferré ne faisaient pas le même métier que Mike Brant.
Dont acte ici :
- François Bon ou Pierre Bergounioux ne font pas le même métier qu’Amélie Nothomb,
- Qu'un imbécile ou qu'une imbécile qui a commis une merde chez Gallinacés, Talbin Missel ou Tartapion, une merde qui marche bien parce que Gallinacés, Talbin Missel ou Tartanpion ont les moyens de fourguer des vessies comme étant des lanternes, se déclare écrivain, je m’en fiche éperdument. Du moment qu’il ou qu'elle ne prétend pas me donner la leçon et ne me prend pour son complice.
J’en reviens maintenant à ce que je disais s’agissant des livres qu’on trouve en librairie.
Si tout le monde est un peu perdu dans ces notions d’écrivains, d’auteurs et d’éditeurs, c’est parce que les grandes maisons d’édition se sont faites les avocats du Diable Marchand. Elles ont biseauté les cartes, avili la noblesse du métier, réduit notre art à des palettes de gribouillis livrables rayon culture chez Leclerc ou Carrefour.
Le système a parfaitement été explicité par François Bon et d’autres avec lui. Je schématise à outrance : un éditeur édite à tour de bras, inonde les librairies, retour au bout de 15 jours tout au plus, pilonnage et hop…Il y en a un ou deux qui vont « marcher »…Ça suffira pour couvrir les frais et réaliser une plus-value substantielle. D'autant que c'est l'auteur, in fine, qui paye les frais de retour avec des exemplaires non rémunérés.
Et le gars qui a édité son livre, personne ne l’aura vu, personne n’en aura entendu parler, sauf lui, ses amis, sa famille, ses perruches, ses chats et ses chiens, s’il en a…Il aura été, en fait, édité à compte d’auteur par un éditeur parce que c’est lui qui aura fait les frais de ses désillusions. Pire : il aura contribué par son anonymat englué dans la masse d'autres anonymats à promouvoir un autre livre que le sien !
Mais, en dépit de cet ignoble gâchis, la littérature n’est pas morte, n’en déplaise à tous ceux qui aiment célébrer prématurément les obsèques des grandes activités humaines. Laissons cela à ceux qui, de plus en plus besogneux dans leurs érections, déclarent tout à coup que le genre humain a cessé de bander et accusent je ne sais quelle déviance médico-technique du corps social !
La littérature est prise en otage par les perversions marchandes et spectaculaires, à tel point que le bon grain n’est plus dissocié de l’ivraie.
Un écrivain, cher Feuilly, c’est quelqu’un qui essaie, avec ses moyens, de soustraire cette littérature aux griffes de ses répugnants geôliers.
Un éditeur, c’est quelqu’un qui fait sienne la devise du Monsieur qui m’éditera au mois d’avril :
« Nous avons choisi d’éditer des auteurs plutôt que des livres », ou qui, comme Publie.net, propose de court-circuiter le bordel marchand en diffusant des créations littéraires à l’écran, en complémentarité de l’édition traditionnelle digne de ce nom.
Oui, j’ai cité mes deux éditeurs.
Parce que j’en suis fier. D'une fierté qui n'a pas à rougir. Une fierté militante, à des années-lumière de la forfanterie.
Amitié à toutes et à tous.
PS : Sitôt après avoir mis en ligne, je vois que Feuilly, ici, écrivait en même temps que moi et sur le même sujet. Nous nous sommes croisés...Nous nous retrouverons bientôt, comme toujours les amis se retrouvent. En tout cas, une nouvelle fois, merci à lui...
Comme il le dit lui-même : arg ! ça va trop vite !
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lundi, 09 mars 2009
Ècrivain : Réponse à Marche romane
Mais pourquoi t’obstines-tu à vouloir confronter, comparer, mettre en parallèle, faire se jauger, le statut social d’un homme d’une part et son ambition, ses velléités, son talent ou sa médiocrité d’écrivain, d’autre part ?
Je sens bien que la question te turlupine, plusieurs fois sur le tapis, ici ou là, qu'elle revient.
L’écrivain, qu’il soit de génie, de talent intermédiaire ou pitoyable grimaud, est un homme qui écrit. C’est là, tout bêtement, la source étymologique. C’est l’écrivain au sens large. Humain, pourrait-on dire.
La définition sociale, plus restreinte, c’est qu’il est un homme ou une femme, de génie, de talent intermédiaire ou piètre grimaud encore une fois, qui est publié(e) et qui touche à cet égard des droits d’auteur, contractuels et au prorata des ventes de ses ouvrages, quoique l’espace numérique investi comme lieu de création littéraire ait profondément modifié cette définition du concept social.
En effet, tu es un écrivain et je le suis. Débla est un écrivain, Solko, Andréas sont des écrivains, Michèle, philip (dont je n'ai plus de nouvelles mais que je salue très amicalement au passage), et tous les autres que je ne cite pas et qui me le pardonneront, sont des écrivains qui disent des choses qui s’inscrivent dans une volonté d’être lue et qui le sont. Peu importe à quel niveau...
Il faudrait y revenir dans un autre débat. Il y a beaucoup, beaucoup à dire là-dessus.
Mais revenons à l’écrivain, tel que précédemment défini. Ce qu’il fait ou ce qu’elle fait par ailleurs de sa vie n’intéresse que médiocrement l’amateur de littérature. Et c’est là qu’à mon sens tu te perds dans des conjectures qui n’aboutiront pas, parce que tu confrontes deux sujets totalement étrangers l’un à l’autre.
L’écrivain publié, qu’il soit rentier, professeur, prisonnier, capitaine de gendarmerie, chômeur, rien du tout sinon écrivain, clochard ou ministre des finances, donne à lire la sensibilité qu’il a du monde par lui traversé, le témoignage de sa fonction autre qu’écrivain, son idéologie, ses tourments, ses joies, ses erreurs ou ses convictions.
Pourquoi ? Parce qu’il en a le droit. Même si c’est pour noircir de conneries et de mensonges des tonnes de papier qui seraient mieux exposées dans les latrines que chez les libraires, parfois.
Souvent même.
Mais là, si j’ai bien compris, n’est pas le propos.
Je crois que tu ne trouves pas le bon chemin parce que tu t’obstines à vouloir faire de l’écrivain une profession. Un métier. Ça peut l’être mais ça peut aussi ne pas l’être. Et cela ne change rien, absolument rien à la qualité, excellente ou misérable, de l’écrit.
Tu cherches une morale, une éthique, plutôt, là où il n’y a pas lieu d’en chercher et je dirais même : où il n’en est nul besoin.. Parce que le lecteur est souverain dans son plaisir. Même quand il prend plaisir à lire d’immondes bêtises.
Si je te dis Choderlos de Laclos. Tu peux me dire que c’était un officier militaire, intrigant malpropre près le Duc d’Orléans, puis chez les Jacobins, royaliste et courtisan félon, puis républicain artisan de Valmy, puis bonapartiste, inventeur de l’obus, et finalement crevé je ne sais où et dont la sépulture fut profanée et détruite par les Bourbons revenus au pouvoir. Je te répondrai : oui c’est ça, Choderlos de Laclos . Comment pourrais-je te dire le contraire ? Nous parlons d’un homme.
Mais si tu t’en fous de tout ça, de la saleté politique, de l’armée et de l’histoire, et que nous sommes devant un verre en train de parler littérature, dès la première syllabe du nom, tu vas évoquer - magistralement, j'en suis sûr - une oeuvre majeure du patrimoine littéraire.
Je te cite cet exemple – il y en a des foules de la sorte – pour dire que, dans le débat d’une définition de l’écrivain, l’essentiel est de savoir de quoi on parle : de littérature ou de la façon qu'a le littérateur de mener sa barque…
Personnellement, ça ne m’intéresse pas de savoir ce que les hommes et les femmes font de leur survie et de leur vie ailleurs que ce qu’ils en font dans le domaine précis qui serait susceptible de m’intéresser, de s’adresser à moi.
Parce que les gens que je lis ne sont pas mes amis. Au mieux et à un moment donné, des complices.
Ceci dit, il y a souvent corrélation entre la teneur de l’écriture et la position sociale de l’écrivain. Je te l’accorde sans difficultés.
Mais c’est encore un autre débat et encore une fois : le lecteur, de quelque horizon, pourri ou somptueux, qu’il vienne, est souverain.
Amitiés
Bertrand
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vendredi, 06 mars 2009
EXIL - Poème à l'ancienne -
C’étaient de grands marais et des lumières diaphanes,
Des aquarelles en pluie, des senteurs océanes,
Des chemins de halage au bord de lourds canaux,
Les printemps jaunes et verts des paysages en eaux.
Et j’écrivais ma vie sur des gouttes de sable,
Que mes lèvres buvaient au goulot de mes fables.
Je regardais dans l’eau, j’y voyais des miroirs,
Des prismes agités et d'ultimes espoirs.
Le vent était salé et commandait la soif,
Le vent était humide et chahutait mes coiffes.
Plus loin, beaucoup plus loin, par-delà l’horizon,
Par-delà les plaines, les vallées, les vieux monts,
J’ai voulu voir enfin jusqu’où les solitudes,
Peuvent détruire et brûler le poids des habitudes.
Aux portes des Russies, au bout de mon voyage,
Je me suis arrêté et j'ai tué le naufrage.
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jeudi, 05 mars 2009
Ah, la criiiiiise !
Sapiens sapiens, définition : animal bipède terrestre en crise perpétuelle.
Crise de foie, crise de foi, crise de nerfs, crise du logement, crise amoureuse, crise de l'édition, crise cardiaque, crise des valeurs, crise morale, crise de l’emploi, crise économique, crise familiale….tout plein de crises. Partout des crises. Un univers de crises, le sapiens sapiens.
Sans doute faudra t-il attendre, mais pas certain qu’il arrive un jour, homo sapiens sapiens sapiens pour en finir enfin avec cet état de déséquilibre permanent dans lequel est englué l’animal le plus intelligent de la planète.
Alors, comment peut-il être toujours en crise, s’il est si intelligent que ça ? Hé ben, parce qu’il est en perpétuelle crise d’intelligence justement. C’est ça, le gros hic.
Tiens, au hasard, une crise financière, qu’est-ce que c’est ? hein ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Alerte rouge : le monde connaît une crrrriiiiise financière énooooorrrrme !
On tremble d’effroi dans les chaumières et le vent furibond secoue les volets tout de guingois. On claque des dents. Une crise financière ? Où ça ? Comment ça ?
Dans les chaumières, on panique à juste titre que soit annoncé, d’en haut, de très haut, des olympes métaphysiques, du château, du palais, un événement catastrophique qui tomberait comme des cheveux gras sur la soupe qui ne l’est pas, événement avec lequel on vit depuis la nuit des temps…Pas de sous pour faire réparer le toit, pas de sous pour changer la voiture, pas de sous pour les vacances, pas de sous pour aider le gamin à se lancer dans sa vie, pas de sous pour aller au théâtre, pas de sous pour goûter les grands crus, pas de sous pour rembourser les dettes qu’on a contractées parce qu’on n'avait pas de sous…….Bref, c’est quoi la crise, hein, qu’est-ce qu’ils nous veulent encore, avec leur crise ?
Crise pas, je t’explique. La crise financière, c’est quand les banques ont plus d’sous ! Plus d’sous, les banques ? Alors ça, c’est la tuile ! Comment on va faire pour leur en emprunter, des sous, qui rembourseraient ceux qu’elles nous avaient gentiment prêtés pour acheter de quoi vivre un peu ? Hein ?
T’énerve pas, Chaumière…Tu me fais penser au manant d’avant la tête à Louis XVI qui se désolait parce que le seigneur du voisinage n’avait plus assez de fortune pour se payer de beaux équipages qui forceraient bientôt le cerf et le goupil dans ses blés en herbe.
Les banques ont plus d’sous parce qu’elles ont acheté trop d’argent. Voilà tout.
Ah ? Je savais que les banques vendaient de l’argent. Je savais pas qu’elles en achetaient.
Si. Beaucoup même. Le tien, par exemple. Celui que tu n’as jamais eu. Ta vie, si tu préfères...
Glups ? ! ?
Oui, mon gars, c’est comme ça…Et, à force, les banques, comme elles ont acheté de plus en plus de sous, elles n’ont plus eu de vrais sous pour acheter des vrais sous, alors elles ont acheté des sous qui n’existaient pas avec des sous qu’elles n’avaient pas…Tu me suis ?
Non. Pas trop.
Pas grave. Contente-toi de savoir que c’est ça, la crise financière. Des trucs qui sont en train de crever pour n’avoir jamais existé. Comme un gars qui n'aurait jamais mis les pieds sur terre et qui se mettrait en tête de vouloir y revenir !
C’est grave ça !
Ben oui, c'est grave ! Ecoute, Chaumière, je veux pas te faire trop la leçon, mais il faut que je t’explique quand même le mot… La crise, en fait, ça ne veut pas dire ça…C’est un vieux mot. Un mot aussi vieux que toi, Chaumière. Ça vient du 14ème siècle, tu vois que c’est pas d’hier…Crisis, « le moment le plus grave d’une maladie… »….Hé, pour qu’il y ait crise, faut donc une maladie avant…Tu vois ?
Je commence, oui… Je commence...Qu’est- ce qu’on fait, alors ?
Ecoute, si tu peux t’approcher du malade, si, par hasard, mais n’y compte pas trop, il est bien gardé ; Si tu pouvais quand même te porter à son chevet, subrepticement, tu sais quoi ?
Non ?
Fais-toi sapiens sapiens sapiens, Chaumière : débranche les tuyaux.
15:28 Publié dans Critique et contestation | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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vendredi, 27 février 2009
Transition
On pourrait faire de la neige une allégorie de la beauté en même temps que l’antinomie du chef-d’œuvre.
Comme la beauté, elle subit les affronts du temps, d’autant plus sévèrement que le souvenir de son éclat est encore très présent à l’esprit. Tout le contraire du chef-d’œuvre.
Avec les premières velléités de redoux, la blancheur accumule la fatigue et se fait bâtarde. Les paysages s'abîment dans le chaos d’une boue glissante. Les trottoirs sont maculés comme d’une gélatine et les forêts et les villages et les clôtures et la ville se répandent des pleurs de l’éternel éphémère.
La lutte est rude entre la saison qui meurt et celle qui voudrait naître. Des tourbillons de neige voltigent encore sous une saute brutale du vent, rageurs, opiniâtres, arrière-garde désespérée du temps passé, sitôt remplacés par une averse de gouttes, puis de gros flocons à nouveau, puis des salves de pluie qui frappent le sol comme pour en reprendre possession et chasser enfin les derniers stigmates de l’hiver, qui s’agrippent pourtant aux fossés et résistent encore sous abri des sous-bois.
Le thermomètre observe le combat et marque les points. + 1 pour le nouveau né. 0 pour l’ancien. + 2, attention ! - 3 et nouvelle contre-offensive du prétendant au trône, très forte, + 4…
Les hommes éternuent sous le souffle de l’indécision et interrogent la course des nuages.
Seules les premières mélodies de la grive litorne revenue de ses villégiatures océanes et des mortes saisons, siffleront impérativement la fin de la partie.
Bientôt. Et cessant d’éternuer, les hommes remiseront enfin au placard bonnets, gants, écharpes, vestons et autres pelures.
Le grand mouvement des choses qui, comme promis dès la première heure, nous conduit vers la onzième.
10:42 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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mardi, 24 février 2009
Quand le talent avait un coeur grand comme ça
Écriture parfaite, message sans haine et sans violence balancé à la face du petit, du mesquin et de l'éternel faux-cul.
Cet homme, c'était Rabelais, c'était Villon. C'était toute la généreuse précision du langage populaire remis en pleine lumière, la voix de la nuit, la voix du ruisseau et la voix du coeur.
Le monde a perdu, avec cet homme, une corde vocale essentielle : celle qui donne à la littérature ses mots les plus authentiques. Les mots qui la réconcilient avec le monde.
Juste un mot encore : l'éclair dans le regard, tout à la fin, quand se meurt le dernier accord.
Un regard comme ça, ça ne s'invente pas.
11:02 Publié dans Brassens | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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vendredi, 20 février 2009
20 février, c'est toujours l'hiver...
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jeudi, 19 février 2009
1984
1984. A force d’avoir lu Orwell dans notre adolescence, on en avait presque peur, de cette année là, qu’il nous tombe encore une calamité sur le coin de la gueule qu’on avait déjà pas mal cassée. Bon sang, qu’on se disait, où peut-il bien se cacher, le Big Brother ? Hein ? Où il est ? Quel sale coup il nous prépare, le fumier ?
On ne savait pas encore qu’il était en train de se mettre partout en place, doucement et sans effet d’annonce, sans bruit de bottes ni cliquetis de culasses automatiques…Matois. Sûr de lui et de la puissance de l’endormissement humain.
1984. Pour nous, c’était surtout le retour de l’ennui après les effervescences des années soixante-dix. On avait eu beau courir vite et à travers la montagne, on avait eu beau semer sur notre fuite Rimbaud, Vaneigem, Lautréamont et autres élixirs empoisonnés pour que le vieux monde en nous pistant en crève d’asphyxie, il nous avait une nouvelle fois rattrapés par la peau du cul et on s’était arrêté alors sur le bord de la route, le cheveu encore long, l’œil encore un peu rêveur, mais essoufflé quand même, l’espoir en berne.
La social-démocratie au ventre replet battait son plein, pétait dans la soie et rotait du bourgogne grand cru. Les plus cons d’entre nous rosissaient de plus en plus et entraient un peu partout à reculons. C’est comme ça, le drapeau blanc de la reddition : la marche arrière. A votre bon cœur, tapez où bon vous semble !
Y’en avait même un qui avait perdu en même temps et la cause et le peuple et qui se retrouvait le cul par terre, sur la moquette d’un ministère.
1984. Maurois I est mort. Lui a succédé Maurois II, par la volonté de Mitterand Ier au fait de sa gloire mais dans une France qui patauge dans la crise, le chômage, la politique de rigueur et tout le merdier.
Les derniers Apaches se radicalisent, prennent le maquis. « Quand le désespoir n’a plus que le choix des armes ».
Nous, on leur fait un signe de la main, on leur souhaite bonne chance quand même et on se retrouve dans des cafés à nous. Tu pouvais boire un coup à Amsterdam avec un gars comme toi que tu croisais par hasard, la main sur l’épaule, et le retrouver huit jours plus tard au Marsella à Barcelone, devant une absinthe…On s’en foutait des boniments de la crise. Je ne les répète même pas là, ces boniments. Vous les connaissez par cœur, parce que ce sont exactement les mêmes qu’aujourd’hui. Suffit juste d’ouvrir un journal ou une télé, si vous en avez une. Moi, j’en ai pas. Mais même si j’en avais une, elle causerait polonais et je comprendrais pas, alors...
Les chroniqueurs putasses et les salopards politiques ont ça de génial quand même : Intemporels. Quantiques presque.
Un monde en crise, pour nous, c’est comme quand les loups se dévorent entre eux. On va pas les séparer, hein, risquer un coup de dents, donner notre avis, ramener le calme et négocier. Non, on reste sur notre cul et on attend, espoir bien vain, qu’ils s’égorgent jusqu’au dernier.
Mais les loups ne sont pas que cruels. Ils sont surtout intelligents. L’instinct de conservation de leur espèce est toujours plus fort que leur passion. Stop. On arrête et on recommence comme avant… Y’a encore des ouailles à croquer dans les prés.
Pas comme nous. Nous, on se distille jusqu’au dernier. On n’arrête pas de vider des bouteilles et on fume des fumées qui devraient nous redonner de l’espoir, élargir notre champ de vision et réaiguiser notre sens critique. Mais finalement on s’endort un peu plus. Trop fatigués. Trop chimérique, tout ça…Le coeur n'y est plus.
Alors on se lève un à un dans un bâillement, on se salue, on s’embrasse et on dit qu’on rentre chez nous. Qu’il est tard.
Où ça chez nous ?
On a la trentaine bien sonnée, la tempe déjà un peu grise et on n'a jamais eu de chez nous. Les autres, les renégats, ceux qu’ont mis leurs rêves en bandoulière et le pantalon sur les chevilles, ils sont déjà installés aux commandes. Les couilles molles ont tous couche molle.
Bon, ben, chez nous, on va trouver. Au hasard.
C’est comme ça qu’on s’est séparé.
On s’est jamais revu. Ou alors quelques-uns et longtemps, longtemps après.
On a parlé d’aucun souvenir. Comme si tout ça avait été un ailleurs.
Les vaincus ne parlent jamais de leur guerre entre eux.
Ils en parlent la nuit.
Quand la lune au firmament blafard arrose la solitude des insomniaques.
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Le livre

12:54 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
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mercredi, 18 février 2009
L'étranger
Ce sera fin avril.
En France, là-bas, ce sera le vrai printemps déjà. Plein de feuilles partout, accrochées aux branches des marronniers, aux arbustes des buissons et des halliers aussi. Et des fleurs jaunes qui vagabonderont sur des talus.
Mais 2500 km, c’est long à parcourir pour un printemps !
La sève ici commencera à peine d’escalader les troncs et les branches, poussant devant elle les premières velléités de bourgeons, les premiers embryons de feuilles en tortillons encore, indécises entre le blanc et le vert. L’herbe au fossé sera encore un peu jaune, étouffée des mois et des mois durant sous le gel et la neige.
2500 km, des bords d’un océan aux frontières des Russies, c’est si long à parcourir, pour un printemps !
Il y aura plus d’oiseaux, des ramiers et des passereaux, tous revenus de leurs quartiers d’hiver. Des cigognes aussi qui planeront sur les champs et claqueront du bec, comme les poètes, le cou très renversé en arrière sur le gros amoncellement de brindilles qui leur tient lieu de nid.
Ce sera fin avril.
Le vent léger sera frais encore quand nous sauterons, très tôt le matin, dans un tout petit bus. Jusqu’à Varsovie. Puis dans un gros bus, avec une télévision qui braille des fois, et des gens qui causent fort. Nous nous installerons là pour vingt-quatre ou vingt-six heures, direction la frontière ouest, puis Berlin dans la nuit, Hanovre, Bruxelles, puis enfin, exténués mais joyeux, Paris.
Nous aurons passé la frontière sans frontière après Bruxelles. On aura doucement chuchoté sur mon épaule endormie, "c’est la France." J'aurai regardé défiler mon pays, de l’autre côté d'une vitre anonyme. Je n’aurai pas bien vu ces routes et ces buissons et ces maisons encore assoupies sous l’aurore. Trop de souvenirs devant les yeux. Trop longtemps. Trop d'échecs. Trop de désillusions. Trop de tout.
2500 km, c’est long à parcourir, même quand on n’est plus un printemps !
Le soir, après métro et train rapide, racketteur des pauvres gens, je verrai s’abandonner le jour sur les ondulations de cette campagne charentaise où j’ai si longtemps promené ma vie.
J’irai saluer mon ami. Je lui dirai un mot tendre. Je lui dirai qu'il me manque tellement et que c'était bien sa visite en Pologne. Juste avant...Jamais je ne suis revenu en France depuis qu'il a quitté la terre. Je ferai un baiser sur ma main et le soufflerai vers son silence. Une larme. Une seule. Celle de l'amitié trahie par le destin.
Puis, je ne sais pas…J'embrasserai mon fils, mon frère et quelques amis. Ensuite, je ferai ce que je suis venu faire. Pour mon livre.
Je regarderai l’océan, sans doute, comme on regarde les écumes du passé venir encore mouiller ses pas.
Je ne sais pas quel remous de lui s'agitera dans ma poitrine. Mais ça n'a pas d'importance : on est nulle part et partout chez soi quand on ne sait plus exactement où on est un étranger.
Ce sera fin avril…
Il neige.
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lundi, 16 février 2009
Sept mains dans la forêt Écriture

C'est ici et c'est ouvert.
Un cahier d’écriture à autant de mains que la semaine compte de jours : foin, donc , du repos dominical : n'ayant pas la prétention des créateurs d'univers, le cahier ne se sent guère plus fatigué le dimanche que les autres jours !
Cordialement à toutes et tous et bon voyage parmi nous, au fil des jours...
09:11 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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samedi, 14 février 2009
La louve
Je m’étais procuré, il y a quelque temps de cela, un vieux livre de contes et légendes dans une bibliothèque. Un mauvais livre de reprises et qui ne citait même pas les auteurs ! Parmi ces légendes, mal dites, mal écrites, souvent bêtes comme chou, de ce vieux livre, une seule m’avait accroché quand même. Son sujet.
Sans que le mot ne soit évidemment prononcé, il s’agissait en fait de lycanthropie. La Louve blanche, qu’elle s’appelle, cette légende.
La lycanthropie. L’être redoutable qui remonte à la surface. Le monstre humain atavique qui prend soudain le dessus. Légende, fantasme ou réalité psychotique ?
Alors, je me suis documenté un peu. Faut dire qu’ici, en Pologne où la forêt et la plaine sont toujours blanches, avec ce silence immaculé des hivers continentaux, je suis un peu hanté, des fois, par l’image des loups.
Je suis resté pantois : je me suis en effet aperçu que la légende du mauvais livre était, en fait, un copier/coller d’un fait divers rapporté comme authentique !
Elle disait mot pour mot le cas d’Arline de Barioux, dont le procès avait eu réellement lieu en 1588, à Riom.
Je vous livre à peu près ce que j’ai pu en lire :
Arline de Barioux, épouse de Nicolas de Barioux, vivait une vie ordinaire et agréable dans les montagnes du Cantal. Elle était jolie, aimable, et son mari en était, paraît-il, fortement épris.
On est content pour lui, mais c’est drôle comme on a besoin de le préciser…Un mari, ou un compagnon, qui ne serait pas épris de sa compagne, franchement, qu’est-ce qu’il foutrait là ? Le monde est vaste, quand même !
Bref, trêve de digressions…Monsieur de Barioux aimait sa gentille petite femme. Point.
Tous les vendredis après-midi, celle-ci avait cependant l’habitude de quitter le logis familial pour aller, la chère âme, porter de quoi se nourrir aux pauvres de la campagne environnante.
Une femme, ou un homme, qui s’absente régulièrement, même jour, même heure, sous quelque prétexte que ce soit, moi qui suis parano, je trouve ça bizarre depuis la Fée Mélusine.. Mais bon, passons…
En fait, là, dans cette histoire précise, j’ai raison. Parce que tous les vendredis après-midi, l’angélique Madame de Barioux se rendait à la forêt où elle…. se changeait en loup et dévorait des enfants !!! C’est en tout cas ce que l’enquête a déterminé.
Où ça, des enfants ? Est-ce que ça pousse dans la forêt, des enfants ? Oui, ça peut arriver…Enfin, je veux dire…Bref, ne soyons pas insidieux. C’est pas le moment.
Mais, las, las, las, trois fois las, un vendredi du gai printemps de 1588, Roger Griffoul, le chasseur du coin, revient bredouille de sa chasse. Il est pas content du tout, Griffoul. Comme tous les chasseurs bredouilles du monde.
Comme tous les chasseurs du monde quand ils rentrent bredouilles, je veux dire. C’est plus clair comme ça. Parce que les chasseurs bredouilles du monde, c’est un beau pléonasme et…
Ça me fait penser, tiens, à une réflexion de Léautaud : Si les lièvres avaient des fusils, on en tuerait moins…
Mais ça n’a rien à voir ici…Et puis Léautaud, c’étaient plutôt des chats…
Revenons donc à nos moutons : Roger Griffoul, tout dépité qu’il était, voit alors surgir devant lui un énorme loup qui a vraiment l’air féroce. C’est dit comme ça dans l’histoire, d’où je me suis mis à supposer qu’il y en a des qui ont l’air gentil.
Griffoul tire. Sans succès. En fait, ce Griffoul, ça doit être un maladroit, que je me dis. Parce que louper un merle, d’accord. Mais un loup ? Hein, c’est gros, quand même, un loup féroce !
Le loup, lui, en dépit de ce coup de fusil raté du chasseur dépité, veut en découdre et il montre d’horribles crocs baveux….Pour se défendre, Griffoul saisit son couteau de chasse et un combat féroce s’engage alors entre le loup et l’homme.
Courageux, Griffoul. Moi, poltron comme tout, j’aurais détalé de là en vitesse ou j’aurais grimpé à un arbre, quitte à attendre là-haut jusqu’au jugement dernier.
Mais Griffoul, lui, il est pas comme ça. Il réussit même à trancher une patte du loup…La patte droite, disent exactement les minutes du procès de Riom. L’animal abandonne alors le combat et s’enfuit, tout sanguinolent, sous les taillis épais.
Sur trois pattes, en claudiquant et en gémissant…Ça, c’est moi qui le dis…Comme la chienne de Léo Ferré, qui n’avait que trois pattes….
Bon mais, Ferré, Léautaud, je vais finir par m’embrouiller, moi…
Peu après, Nicolas de Barioux rencontre le chasseur Griffoul sur la route. Par hasard, sans doute. L’histoire ne le dit pas… Mais le hasard fait bien mal ou mal bien les choses. Parce que le chasseur, la face livide, le menton convulsif et la lèvre sèche et exsangue, balbutie :
- “Je me suis battu avec un loup, dis donc, je lui ai coupé la patte et voilà ce que je rapporte! ” et il montre une main de femme !
On serait effrayé à bien moins, convenons-en….Nicolas, lui, sent sa tête qui chavire : il reconnaît la bague au doigt de la main sanglante. Il s’agit de la bague de sa femme, bon sang de bon sang !
Arline de Barioux revient, elle, subrepticement au logis en fin de journée, longe les murs et se renferme dans sa chambre à double tour.
Se renferme à double tour dans sa chambre. C’est plus clair comme ça.
Mais comme de Barioux sait tout, il force la porte, et oblige la femme dont il est follement amoureux, à montrer l’ignoble blessure. Il exige des aveux. Comment ? Je sais pas…Toujours est-il que la louve, heu, la femme, avoue tout et moi c’est tout ce que je sais.
Eh, ben, dis-donc, il a dû avoir une de ses frousses a posteriori, le gars de Barioux ! Moi si je m’apercevais un jour que j’ai couché avec une louve sanguinaire pendant des années, que je l’ai caressée, aimée, qu’elle m’a embrassé le cou, la pomme d'Adam et même pire, je deviendrais vraiment fou à lier...
Pas lui. Il garde la tête froide et sa femme, heu, sa louve, il la livre à la justice.
Elle eut donc droit à un procès qui passionna les foules et elle fut brûlée le 12 juillet 1588 sur la grand-place de Riom. Vous ne me croyez pas ? Allez-y, à Riom, vous verrez ! Vous demandez le tribunal, les greffes, les archives...Allez-y ! En plus, c'est joli, Riom...J'y suis allé. Une fois.
Voilà donc l’histoire…Je me demande quand même : en quoi un tribunal humain était-il compétent pour juger un animal ? Mais c’était une femme ! Bon, ben alors, où était le problème ? On la jugeait parce que c’était pas une femme, justement..
Je suis stupéfait. La légende du mauvais livre, figure dans les archives d’un tribunal comme un fait avéré !
Et la question qui me tarabuste : qui, du juge ou du grimaud, s'est inspiré de l'autre ?
L’Inquisition, peut-être ? J’en sais bougrement rien….
En tout cas, une femme qui se change en louve, moi, légende, fantasme, manipulations des gens d’église ou réalité, ça me fout la chair de poule.
Le contraire, non, ça serait pas pareil…Ça irait dans le bon sens, en quelque sorte...
Mais personne n'a, à ce jour, fait mention d’une métamorphose dans ce sens là…
Ce qui ne veut pas dire que ça n'existe pas, hein ? Faut pas me faire dire ce que je ne dis point.
Des fois, les gens, i disent pas tout de ce qu'ils savent.
Photo du haut : Wikipédia
08:49 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
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