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08.06.2015

Considération générale sur le mensonge - 2 -

url.jpgLa falsification pure et simple de l’information est le moyen  le plus efficace de gouverner, non seulement les pays en particulier mais la planète toute entière.
Et ce moyen de gouverner est d’autant plus opérant que lorsque le mensonge est découvert par tous, il est trop tard pour revenir en arrière et, de toute façon, il n’y a plus personne pour s’en offusquer vraiment : l’information spectaculaire à haut débit a déjà noyé tout cela sous des torrents nouveaux d’inventions, toutes plus préoccupantes les unes que les autres.
Le citoyen passe outre, apeuré par des peurs nouvelles, au regard desquelles les anciennes passent pour dérisoires.
C’est là la grande astuce du spectacle médiatico-politique : savoir réinventer la peur en fonction des besoins du moment.
Il se passe donc à l’échelle planétaire ce qui se passe simplement au niveau individuel pour le petit menteur du dimanche, toujours contraint d’inventer un second mensonge pour en dissimuler un premier, et ainsi de suite, de plus en plus effrontément et d’un modèle de plus en plus invraisemblable, par une sorte de réaction atomique en chaine de la mystification.
L’exemple le plus probant et de tous connu, à l’échelle mondiale dans la dernière décennie, est évidemment l’intervention de 2003 en Irak, dont on sait hélas aujourd’hui qu’elles en sont les dramatiques et chaotiques conséquences.
Fausses photos satellites à l’appui, la planète entière a été convaincue de ce que le régime de Saddam Hussein possédait des armements de destruction massive et de ce que ce régime s’était doté d’une armée des plus redoutables. La troisième puissance militaire du monde, disait-on…
L’objectif une fois atteint, les preuves ont été apportées  sans vergogne et même les Britanniques – c’est dire ! - l’ont admis : ces informations déroutantes justifiant tous les coups étaient inventées de toutes pièces.
L’Irak a été balayé en quelques semaines et le citoyen est passé à autre chose de plus pressant pour lui. Peu importe qu’il ait été pris pour le dernier des imbéciles ! Il faut consommer l’instant dans l'émotion et le propre de l'émotion est de ne se conjuguer, justement, qu'au présent.
Cet état d’esprit aliéné, futile, inconséquent, est bien connu des grands stratèges de l'anéantissement du sens critique. Ils savent ainsi que tout mensonge d’importance, mensonge institutionnel bien emballé, produira ses effets bien mieux qu’une vérité sottement énoncée et, de plus, ne restera dans la mémoire qu’à l’état d'une vague broutille, la montée d'adrénaline étant résorbée.
D’autres exemples, la Syrie, la Libye et tutti quanti pourrait être ici cités, mais il me faut abréger.
Il va sans dire, mais je le dis quand même, que tous ces régimes détruits pas les forces occidentales étaient des régimes peu fréquentables. Mais là n’est pas mon propos car l’eussent-ils été, fréquentables, que cela n’eût rien changé au cours des évènements et qu’on m’épargne ainsi de faire la preuve de ce que les puissants n’agissent jamais par humanisme et par souci de propreté morale. Qu’on regarde simplement derrière soi, les grands stigmates de l’Histoire.
Mon propos, c’est le mensonge comme arme de destruction des consciences et comme redoutable outil de domination politique.

On assiste aujourd’hui à une dramatique confrontation entre les vues et desseins des États dominateurs  et la vérité des faits.
Rien de nouveau, c’est là une constante de l’histoire, depuis l’Antiquité.
Mais ce qu’il y a de nouveau dans l’histoire moderne, c’est que les vues et les desseins entrent toujours de plus en plus violemment et de plus en plus souvent en contradiction avec les faits, car la population mondiale compte maintenant sept milliards d’individus. L’appauvrissement logique des ressources traditionnelles et les nouvelles exigences de coexistence  géopolitique qui en découlent, pose le problème énorme aux dirigeants les plus puissants de l’harmonisation des populations de plus en plus nombreuses, d’idéologies de plus en plus multiples et d’intérêts de plus en plus divergents avec un espace qui, lui, est toujours le même, c’est-à-dire de plus en plus réduit.
Il faut donc à tout prix faire correspondre les besoins politiques avec les faits, et ce, aussi bien dans le domaine des politiques intérieures que dans celui des politiques internationales.
Quand les faits contredisent les vues, on  modifie les faits.
Nous en arriverons ainsi à l’Ukraine qui, dans la misère et par le sang versé, vit cette dramatique confrontation depuis février 2013.
Ce faisant, nous ne perdrons jamais de vue que tout cela n’est rendu possible que parce que les dirigeants – principalement occidentaux - de la planète ont l’aval des peuples par le truchement d’élections régulières, où le plus beau et le plus présentable des mensonges a toujours force de persuasion pour un électorat que le désespoir plus ou moins conscient d'une vie ressentie plus ou moins consciemment comme minable à tout point de vue, rend imbécile.

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07.06.2015

Considération générale sur le mensonge - 1 -

urlu.jpgIl n’y a guère plus niais – et il m’arrive souvent de l’être à cet effet - que de reprocher à un homme politique de mentir, surtout en période de publicité électorale.
C’est comme si on reprochait à un coureur du tour de France de monter sur un vélo ou à un footballeur de taper du pied dans un ballon.
On peut donc légitimement reprocher à un politique de faire de la politique ou, mieux, de pousser le vice jusqu’à être un candidat, mais on ne peut en aucun cas lui tenir grief de ses mensonges.
Car le mensonge est une institution. La clef de voûte de tout l'édifice politique ; clef de voûte  admise en l'état par tous ceux qui y nourrissent quelque ambition.

Ce couillon de Redonnet ne sait plus quoi raconter, alors il enfonce des portes ouvertes, ricanez-vous peut-être. Si tel est le cas, messieurs et mesdames du jugement lapidaire, expliquez-moi pourquoi – avec une explication qui tienne bien la route et non avec une sauce trempée dans l’idéologie  bon marché - des millions  et des millions de gens s’en vont partout dans le monde, à tout instant scrupuleusement voter.
Car on ne peut sérieusement supposer qu’ils s’en vont courir, leur bulletin à la main  et leur conscience dans la poche, pour élire un affligeant menteur en toute connaissance de cause.
S'il en était ainsi, après tout, ce serait quelque peu désespérant mais, au moins, ça aurait un sens. Un sens peu glorieux, certes, mais un sens quand même. Celui d'une volonté exprimée.
Ce postulat étant posé, on peut donc dire que, partout où il se manifeste, l’électeur est un fieffé imbécile et, vu l’état du monde et vu les insignifiants qui sont portés au pinacle, ça me plait bien, à moi, de voir en chaque électeur un imbécile.
Car il est, in fine, le géniteur  de tous ces braillards qu’on appelle les élus.
Le géniteur fuyant. Car on entend très souvent, oui mais, moué, j’ai pas voté pour celui qu’a été élu. Quand un Président s’assoit sur le trône et que, forcément, son comportement immédiat contredit fondamentalement ses paroles publicitaires, on ne trouve plus quasiment personne pour avouer qu’il a voté pour ce connard. Du fait, je me suis souvent demandé, en riant, si le résultat des urnes n’était pas tout simplement falsifié de fond en comble.
Mais c’est bien normal. Question d’amour propre. Difficile d’avouer qu’on peut être con à ce point-là, surtout quand ça dure depuis des siècles et qu’à la prochaine convocation électorale, on remettra le couvert et qu’on ira poser vitement son p’tit papier dans la p’tite boîboîte !

L’inversion de toute perspective étant achevée dans le sens de la déconfiture, il faut donc dire et redire que la politique, c’est d’abord l’art de mentir avec le plus d’aplomb possible et, surtout, en se rapprochant toujours le plus près possible de la vérité, comme d’un fil ténu, sans la jamais toucher, au risque d’être éliminé sur-le-champ, sans espoir de refaire surface un jour. Et c'est bien cette expérience des limites du discours fallacieux qui fait d’un mec ou d’une bonne femme un grand politique : dire des choses tellement fausses qu’elles apparaissent comme vraies tant le servum pecus ne  peut concevoir qu’un menteur puisse ne pas se dissimuler à ce point là !
L’attraction sémantique des pôles.
Quand tout cela sera entré une fois pour toutes dans toutes les têtes - et ailleurs qu’au café du commerce - la conviction descendra lentement dans les tripes et le temps de l’action sanitaire sera venu.
En attendant – car il y a longtemps que je serai clamsé quand adviendront ces jours lumineux d’un retour de l’intelligence - l’abstentionnisme est une question d’honnêteté morale et une façon de se sentir à peu près propre sur soi.
Une manière de bonheur facile et tranquille, en quelque sorte.

08:50 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : écriture, histoire, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

31.05.2015

Un couinement de plus

url.jpgSur le cours de ma vie, je n’ai rencontré qu’un seul individu digne d’être qualifié de courageux.
C’est-à-dire capable de répliquer un Non total aux conditions d’existence que proposent depuis des lustres et des lustres nos sociétés pourries de l’intérieur, et de vivre pleinement ce Non.
Je n’ai donc rencontré qu’un seul primitif. Nous avons été très liés, d’une joyeuse et turbulente amitié. Il est mort à la cinquantaine à peine sonnée et je me demande souvent ce qu’il penserait de ce blog à la noix où j’étale, aussi trop souvent que vainement, mes griefs contre nos modes de société.
Des couinements. Un blog, c’est fait pour couiner. Piteusement, telles des souris prises au piège. Et les gens aiment ça, entendre couiner des souris…
Tous les autres copains, ceux auxquels j’ai accordé quelque crédit, disaient bien Non mais un Non nuancé d’un si, apposant donc à leur refus une clause : si le monde changeait, devenait plus égalitaire, plus juste et moins aliénant, j’y ferais allégeance.
En un mot comme en cent, si j’y trouvais ma place et s’il devenait ce que je pense.
Voilà pourquoi, me semble-t-il, la pérennité de ce monde fabriqué sur le mensonge d’une politique au service exclusif de l’économique ! Cette pérennité vient du fait que ses détracteurs les plus farouches et les plus sincères sont des loosers,  qui lui envient quelques qualités.
Un ennemi dont on jalouse peu ou prou les frasques est imbattable, immortel.

Ceci me semble vrai, comme partout ailleurs, ni plus ni moins,  dans le domaine de l’écriture et de l’édition. Je ne suis pas certain que tous les « écrivains », fustigeant et vilipendant le système qui les exclut,  ne mettraient pas deux ou trois bémols à leur clef s’ils parvenaient à sortir du trou et à produire un succès de librairie.
J’ai même des doutes sérieux à mon propre égard. Si - hypothèse on ne peut plus fantasque, je vous l’accorde- on me proposait le Goncourt, je ne ferais certainement pas la fine bouche et ne bouderais certainement pas mon fier plaisir.
Ça, c’est bon pour ceux qui sont déjà au pinacle et qui ont déjà bouffé au râtelier jusqu’à la gueule. «Ça ajoute à leur gloire une once de plus-value» dirons-nous.

Parmi  les autres, ceux que je dirais authentiques, prenons le rusé  Debord.
Les auteurs à opinions politiques révolutionnaires, quand la critique littéraire bourgeoise les félicite, devraient chercher quelles fautes ils ont commises,  écrivait-il.
Diantre !  Quand on sait le succès planétaire de La Société du spectacle, quand on sait que ce livre d’une intelligence redoutable a servi au spectacle à colmater ses propres failles, à renverser la perspective au point de faire de la critique du spectacle un élément indispensable à sa survie, quand on sait le nombre d’abrutis ou de salopards - lesquels ne sont pas toujours les mêmes - qui aujourd’hui se réclament de ses thèses, on se demande bien quelles erreurs monumentales  a pu commettre le pauvre Debord.
Je n’en vois qu’une : celle d’avoir intelligemment ouvert sa gueule.  Il a dénoncé, il a mis au jour si bien que son livre a agi comme agit une radio pour le chirurgien, quand elle identifie clairement le mal et permet, sinon de le guérir, du moins de le rendre à peu près supportable.
Ainsi,  après Debord vint Mitterrand et son «changer la vie.» C'est dire !

De même pour Vaneigem. Refuser un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s’échange contre celle de mourir d’ennui.
Ben oui, c’est joliment dit et ça veut tout dire.
Seulement, Vaneigem a omis cette vérité d’ordre quasiment ethnologique : les hommes préfèrent de loin la sérénité de l’estomac à celle du cœur et de l’esprit.
Et depuis le Traité de savoir-vivre,  la prostitution corps et âme dans les ateliers du Capital ou dans ceux de sa superstructure idéologique, l’État, est devenue la valeur avec un  grand V, le but, la préoccupation grandiose de la recherche du bonheur absolu.

C'est ainsi. Le savoir, c'est bien. Le dire ne sert strictement à rien.
Un couinement de plus.

 

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26.05.2015

PIS au menu

Rys_Andrzej_Mleczko_Unia_4553953.jpgLa Pologne vire à droite toute, l’Espagne à gauche toute… Et, entre les deux, il y a la France qui, elle, file tout droit…dans le mur.
Tout cela est joliment risible. C’est une Europe qui a le tournis, fatiguée des diktats financiers de Bruxelles. Car entre les Espagnols indignés et les Polonais résignés, qu’un esprit superficiel  pourrait aujourd’hui diamétralement opposer, il y a ce point commun d’un rejet épidermique de la technocratie politique européenne.
Les Polonais ont pourtant profité à fond de ce que leur a apporté cette Europe consumériste en matière de reconversion infrastructurelle et économique : Ils rejettent par la porte de droite.
Les Espagnols, eux, se sont englués jusqu’au cou dans l’austérité et la crise européennes : ils rejettent  par la porte de gauche.
Les anciens pauvres et les anciens riches se retrouvent sur une même insatisfaction globale et montre du doigt le même coupable. Marrant, non ?
Car n’allez pas croire ce que vous chante la presse, à savoir que le conservateur polonais a été élu Président par les exclus du « boum économique polonais ». Rien n’est plus simpliste. Je connais en effet des individus qui ont fait leurs choux gras avec la nouvelle époque, qui roulent carrosse, qui ont su tirer profit de tout ce qui passait par là de libéralisme et d’européen, et qui n’en militent pas moins avec ferveur au PIS, parti conservateur, dit Droit et Justice. (Voir illustration)
Ceux-là sont du genre à demander le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière, c’est-à-dire une Pologne réactionnaire, renfermée sur elle-même, mais, en même temps, des subventions, des marchés, des banques, des sous, de la consommation, du travail bien payé pour eux et leurs rejetons…
D’ailleurs, ceux-là veulent sortir leur pays bien-aimé des griffes de Bruxelles pour le jeter tout chaud et tout rôti dans celles de l’Otan et de l’Oncle Sam.
Ils hurlent leur patriotisme polonais à tout venant, et, en même temps, veulent soutenir à fond Kiev qui vient de promulguer  des lois à la grandeur et à la gloire des bandéristes ayant égorgé, assassiné, fait disparaitre des milliers de Polonais en Volhynie.
Curieux.  A l’instar du Poète, je n’ai qu’une explication spontanée sur le cas de ces malfaisants : quand on est con, on est con.
Les adversaires de ce PIS, ceux qui viennent de ramasser une branlée électorale, vous les connaissez mieux. Pour vous les décrire sans passer par le menu, je dirais Sarkozy, Le Maire, Hollande, Fabius, Juppé et compagnie…
C’est à peu près tout.
Un dernier mot, tout de même : les culs mielleux socialistes de France ne manqueront certainement pas de toiser cette Pologne qui semble vouloir se rapprocher encore un peu plus de son église catholique. Qu’ils moquent l Qu’ils moquent, ces imbéciles dont le pays est en train de sombrer, sous leurs yeux bovins, placides et complices, sous le poids de la mosquée.
Islamophobie ?
Mais non ! Religiophobie, imbécile heureux !

Mais, in fine, moi,  je m’en bats l’œil un peu de tout ça.
Car tout cela n’empêche nullement  les Polonais – même ceux de l’est avec lesquels je vis depuis dix ans et qui constituent l’essentiel de la Pologne conservatrice -,  d’être souriants, accueillants, sympas, pas xénophobes pour un sou à mon égard, et mon jardin de fleurir sous mai, avec des oiseaux qui chantent dès trois heures du matin, des nuages sur un ciel bleu, et ma vie de marcher, jour après jour, inexorablement, vers le Grand Peut-être.

Illustration : " Alors, on s'entend comme ça. On vous fournit la morale et vous, vous nous filer la caisse."

Mleczko - dessinateur satirique polonais

08:37 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

20.05.2015

Celui qui sur le Silence des Chrysanthèmes

jlk.JPGMerci à Jean Louis Kuffer de faire la part belle, dans une de  ses remarquables chroniques, Mémoire vive, au Silence des chrysanthèmes.
Sa lecture m’agrée à plusieurs niveaux, au premier rang desquels celui de la certitude que j'ai de ce que JLK n’est pas du tonneau à faire état de ses lectures pour faire forcément plaisir à un auteur ou à un éditeur.
Il est de ceux qui lisent librement, pour eux, et qui sans ambages disent publiquement leur sentiment de lecture, loin des passeurs de rhubarbe et séné
Mais si vous connaissez Riches heures,  vous savez déjà tout cela.
Il y a un autre niveau qui me touche beaucoup dans son texte, c’est celui des références, et particulièrement celle à Fred Deux.
Une amie, qui se reconnaitra si elle vient à passer par là, m’avait fait parvenir, il y a quelques années La Gana, parce qu’elle venait de lire le manuscrit Le Silence des chrysanthèmes.
Elle avait rapproché ces deux lectures, ce qui me flatte beaucoup, et avait alors eu ce geste d’amitié de me faire lire Fred Deux, alors republié par l’excellent Georges Monti.
Un livre remarquable, bien au-dessus de mon Silence, un livre à couper le souffle, tant que j’avais dû abandonner ma lecture vers le milieu pour le reprendre un peu, justement, mon souffle.
Et c’est plaisir abondant que de voir que cette amie et Jean-Louis Kuffer, qui ne se connaissent ni des lèvres ni des dents, se soient chacun de leur côté envolés vers La Gana, une page des Chrysanthèmes accrochée à leur esprit.

13:12 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.05.2015

Traduire Józef Kraszewski

1 (1).jpgLes éditions du Bug se proposent de traduire et de publier un roman de l’écrivain polonais Józef Kraszewski, Szalona, La Folle.
Dans la conduite de ce projet à moyen terme, nous avons ouvert une page sur le site de financement participatif Ulule.
Merci, lecteurs, d’avoir la curiosité de nous rendre visite et, selon votre bon plaisir, de nous soutenir.

09:39 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

12.05.2015

Foire du livre de Varsovie

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Je serai dimanche après-midi à Varsovie. Plus précisément entre 15 heures et 16 heures.
Je te dis, ça, lecteur, au cas où tu aurais des emplettes à faire par là... Ce serait alors gentil de venir me saluer.
En tout cas, je serai en bonne compagnie : Le programme
complet, déroulé de jeudi à dimanche, est dense.
Je serai interviewé par un homme que j'apprécie beaucoup, tant du point de vue humain que du point de vue de sa culture des livres, Frédéric Constant, directeur de la médiathèque de l'Institut Français.
Il fut le premier en Pologne à m'inviter à une soirée publique, dès octobre 2005, pour y parler livres, Brassens et musique.
Nous avons depuis lors toujours entretenu d'amicales relations.

De plus, la libraire française de Cracovie m'a fait le plaisir de me proposer de vendre quelques-uns de mes livres.
Je passerai donc à son stand et, le cas échéant, signerai de ma moins moche écriture.
Mais oyez, oyez le programme du dimanche 17 mai.

Bon, à dimanche, alors ?

11:26 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

10.05.2015

L'insoumission totale à la question, quelle qu'elle soit

urlere.jpgIl m’apparaît de plus en plus évident que ceux qui, dur comme fer, croient en dieu et en font montre, comme ceux qui, dur comme fer également, se réclament de l’athéisme et en font tout aussi montre, sont également victimes d’une impuissance congénitale de la pensée.

Cette impuissance à résoudre en toute simplicité leur propre énigme, à appeler un chat un chat, une vie une vie et des ténèbres des ténèbres, les conduit à poser sous leurs pas apeurés les rails des vérités définitives.
L’homme sage, et libre, se situe en dehors de la question de dieu.
Il se situe là où il est en vérité : dans le hasard.
Or, toutes les spéculations sur l’origine et les desseins du hasard sont, par essence,  hasardeuses.
Un peu comme si la fleur des champs se mettait à vouloir disserter sur la course du vent qui l’a fait naître ici plutôt que là.
Cette fleur-là oublierait assurément de fleurir et serait fanée bien avant le glas des équinoxes d’automne.

Dans un monde ensanglanté par ses contradictions, la question de dieu est une aberration.
D’abord, quel dieu ? Les visages multiples revêtus par le fantasme suprême auraient depuis longtemps dû alerter les intelligences. Sinon à considérer, et là on rentre de plein fouet dans le domaine de la folie, que le fantasme que l’on s’est choisi est le bon.
Dieu est le reflet en même temps que le fondateur tronqué d’une culture, d’une histoire, d’une tradition et d’une civilisation.
Ne pas renier cette histoire, cette culture, cette tradition et cette civilisation, la vouloir même sauvegarder, n’est pas faire allégeance  à dieu.
C’est faire allégeance à soi-même, à son hasard d'être né dans un décor géographique donné plutôt que dans un autre, d'être né sous des époques monothéistes plûtot que dans celles des mythologies antiques ou des peintures rupestres.
C’est faire allégeance à soi-même, comme on fait allégeance à tout ce qui nous constitue.
Et là, les névrosés soi-disant athées comme les névrosés soit-disant déistes, les uns en niant bêtement, les autres en confondant la cause et l’effet, s’enlisent dans la même erreur, tous prisonniers du même dogme étriqué, mais à l'envers.

Le postulat que devrait poser un homme à la recherche de son équilibre est, en ce qui me concerne,  le suivant :
Que dieu existe ou qu’il n’existe pas ne change rien pour moi. La question, c’est moi, moi seul, et dans quelle émotion je vais traverser cette prairie qui se déroule sous mes pas et qui, avec certitude, mêne de l’autre côté des pissenlits.
La question des pissenlits est une question anachronique.

11:42 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

06.05.2015

Petite piqûre de rappel

Le 24 avril dernier, j'avais déjà mis en ligne cette annonce au profit de la compagnie de théâtre Je suis ton père.
La date du spectacle approchant, je réitère, car, entre gens du même esprit :

Aidons-nous mutuellement, comme dit le poète...

*

" Mon cher ami,

Nous avons longuement discuté de toi ce dernier dimanche. Cornes d'Auroch s'obstinait à te vouloir fait pour la philosophie. J'ai gueulé. Je lui ai dit qu'aider un ami à tout abandonner pour suivre la voie de la poésie ne pouvait jamais être une faute. Car un poète est à la fois philosophe, philologue, moraliste, historien, physicien, jardinier et même marchand de maisons. De plus, on ne trouve la quadrature du cercle que par la poésie. Émile a trop réfléchi et inutilement. Moi, je sens que si tu persévères dans tes recherches métaphysiques, tu te perdras dans une forêt. Nom de Dieu, j'insiste ! Sans doute, ta récente définition de l'art est très belle, mais pourquoi ne pas la remplacer par des ailes de moulin ? Il faut que ça bouge, comme sur l'écran. Le reste se fait tout seul. Ce n'est pas à toi d'expliquer les mécanismes ; c'est aux autres de les deviner et de les démonter eux-mêmes. Tu perds ta force et ton temps à faire le travail des imbéciles. Oui, je sais : Bergson est quand même un poète. Et toute la poésie de Valéry est faite d'opérations critiques. Et tu ne le sais que trop, toi. Mais il me semble que tu t'exténues en t'imposant déjà, par goût de la cérébralité, des exigences qui ne tarderont pas à devenir surhumaines. Que veux-tu que cela me fasse, à moi, que tout « fond apparent représente ce que la forme n'a pas pu exprimer » ? Suis-je plus avancé maintenant que tu me l'as fait savoir ? Non, je sais une pensée de plus.

Extrait d’un lettre de Georges Brassens à son ami Roger Toussenot

 

BrassMuse.jpgLe jeune Brassens, à cette époque, croupit au fond de l’impasse Florimont.
Croupit ? Ah, nom de dieu !  Voilà bien le langage de la « canaille bourgeouille » pour qualifier l’existence du gueux !
Non ! Brassens, complètement méconnu, vit une vie précaire, économiquement misérable, certes, mais il la vit chez des gens de cœur, tels que notre époque n’en produit plus : Jeanne Le Bonniec et son mari Marcel Planche, à qui il dédiera – sans le nommément dire – L’Auvergnat.
Et il écrit, il écrit, le jeune Brassens… Il écrit et il lit sans relâche et il écume les bibliothèques et les marchés aux puces pour y trouver des livres à quatre sous, mais aux mots les plus riches.
C’est d’ailleurs, soit dit en passant, sur un de ces marchés aux puces, en 1942 porte de Vanves, qu’il dénichera, signé d’un obscur inconnu, Antoine Pol, un recueil de poésies non moins obscur mais duquel il extirpera, tel le chercheur de pépites fouillant les cailloux de la rivière,  le poème devenu fameux Les Passantes.
En cette période de vaches maigres – Pierre Onteniente confiera plus tard : « Nous avions peur qu’il ne devienne un gangster » - le jeune homme entretient avec son ami Toussenot, journaliste et philosophe  anar,  une correspondance assidue, pleine de verve, d'intelligence et d’émotion. Les deux compères s’étaient rencontrés au siège du journal Le Libertaire. Roger Toussenot vivait alors à Lyon.
Je suis d’ailleurs ému d’entendre le Poète parler ici de Cornes d’auroch, alias Émile Miramont, avec lequel j’ai passé quelques agréables soirées à picoler quelques ballons et à rigoler sur tout et sur rien,…  Assis côte à côte, nous dédicacions alors chacun notre livre et Emile me glissait à l’oreille : "fais comme moi, Redonnet, fais un brouillon d’abord, c’est mieux."
Immanquablement, je lui entonnais, à l’oreille également :

Et sur les femmes nues des musées, ô gué ! ô gué !
Faisait l’brouillon de ses baisers,  ô gué ! ô gué !

Émile m’a, par courrier postal, plusieurs fois gratifié de sa prose enjouée …. Un extrait d’une de ses lettres figure à la quatrième de couv' de mon bouquin Brassens, Poète érudit, aux côtés d’un texte de mon ami Dominique Le Saout.
Émile y écrit :

[….] Tu as bien mérité de Georges ! Comme à la la pétanque ; il a envoyé superbement le bouchon et tu as bien pointé [….]
Quelle meilleure critique pouvais-je donc recevoir ?  Et de quel homme, miladiou !
Fraternellement, je salue ici ta mémoire, Emile !

 

unnamed.jpgMais foin des évocations nostalgiques et quelque peu narcissiques ! Faudra quand même que je finisse par prendre au sérieux une autre quatrième de couv', celle de mon dernier bouquin, Le Silence des chrysanthèmes !  Ah ha ha ha !
C’est donc cette correspondance entre Toussenot et Brassens qu’une compagnie de théâtre, Je suis ton père,  a eu l’idée de mettre en scène. Idée lumineuse, s’il en est ! Et je regrette bien de ne pas être de passage «  en la mère patrie J)»  pour avoir le plaisir d’aller goûter la performance.

Toi, tu es l'ami du meilleur de moi-même.
Ainsi parlait Georges Brassens de son ami Roger Toussenot, quelques années avant "Le Gorille".
A travers ses lettres, Toussenot, le Philosophe, provoque intellectuellement Brassens, le Poète.
Au fond de l'impasse Florimont, chansons et coups de gueule baignent d'insolite la misère quotidienne.
Accompagné de sa Muse, reflet espiègle de son imagination, Georges Brassens dévoile les contours de son univers poétique et libertaire.

Le spectacle présente un pan méconnu de la vie de Brassens à travers une correspondance d'une grande richesse humaine et littéraire qu'il échangeait avec Roger Toussenot. Ces lettres, adaptées et mises en scène pour le théâtre, sont un trésor de littérature intime d'un poète doté d'une âme soignée, d'une grande pudeur et dont la renommée n'est plus à faire.

  Du 8 mai au 14 juin 2015, au Guichet Montparnasse (Paris 14),
les vendredis et samedis 19h ainsi que les dimanches 15h

 ICI, Interview d'un des metteurs en scène et scènes filmées en répétition

Illustrations :
1 : La compagnie Je suis ton père, en scène
2 : Affiche

 

07:26 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, poésie, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.05.2015

Hommage

Patachou_coupe_la_cravatte_de_Brassens.jpgDans le texte précédent, je disais que Brassens ne trouverait aujourd’hui pas une thune pour l’aider à enregistrer ses chansonnettes à la noix et serait abondamment moqué par tout le sérail des bobos et des imbéciles heureux qui tiennent maintenant le haut du pavé, avec le succès que l’on sait et en tirant tout le monde par le bas.
De toutes façons, même s’il se trouvait encore un fou pour risquer un kopeck sur ses vers, une nana comme Vallaud Belkacem, aussitôt suivie par la cour piaillante et caquetante de toutes les pintades idéologues du féminisme, crierait au scandale, au vieux phallo dégueulasse, au couillu ringard, et finirait bien par le faire se terrer définitivement impasse Florimont !
Peut-être même, puisqu’il ne brosserait pas le vers dans le sens de ses poils, le traiterait-elle de pseudo-intellectuel… Ce que le Poète entendrait en pouffant car, beaucoup plus fin qu’elle, lui, saurait qu’il y a là une affligeante tautologie, un intellectuel étant toujours un pseudo, une fausse identité, une posture, et que c’est même ce qu’il a de plus commun avec une ou un ministre.
Mais je digresse, je digresse à l’envi…
La peste soit de tout ce beau linge !

Je disais donc tout ça, en substance et en filigrane, quand, coïncidence, le jour même, comme si le glas sonnait une dernière fois sur une époque définitivement révolue, s’éteignait une  vieille dame de 96 ans, celle-là même qui, la première,  avait donné sa chance au Poète moustachu en lui ouvrant les portes de son petit cabaret : Madame  Henriette Ragon, alias Patachou.
Je me suis laissé dire par quelques joyeux drilles ayant côtoyé l’une et l’autre - eux aussi maintenant disparus - que la première fois que Brassens se présenta à Patachou, sa guitare rustique à la main,  faisant le dos rond, il expliqua que, lui, ne voulait pas chanter, ne savait pas chanter, mais qu’il écrivait des chansons pour que quelqu’un les chantât.
Ce qu’il cherchait, c’était un interprète.

-  Voyons ça ! avait dit gaiement la dame

Le Poète s'était alors saisi d’une chaise, avait posé le pied dessus et, "grattant avec ferveur les cordes sous ses doigts," avait entonné Le Gorille et Le Mauvais sujet repenti.

Sitôt le dernier accord plaqué, Patachou s’était cependant écriée :

-  Mais enfin, Georges, qui voulez-vous qui chante ça ? ! A part vous, bien sûr…

 Rendez-vous avait donc été pris... et le reste fut.

 * Patachou interpréta tout de même deux titres un peu moins sarcastiques, disons mineurs, La Chasse aux papillons et Le Bricoleur.

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30.04.2015

La rançon d'une époque : je suis un passéiste

Chaque automne, au seuil des premiers frimas, un brillantissime jury consacre le chef-d’œuvre littéraire concocté au cours des quatre dernières saisons écoulées et dépose sur le crâne respectueusement incliné  du nouvel Elu, le diadème du Goncourt.
Ce qui permet, le plus souvent, à un auteur complètement inconnu de se retrouver soudain sous les feux de la rampe. Pas longtemps, mais quand même le temps d’un
url.jpgéblouissement. Tous les auteurs, de vive-voix comme des fats ou in petto comme des faux-culs, ont rêvé de ce flash-là. Comme d’un shoot.
Ne serait-ce que pour se faire le malin et, du coup, entrer dans l'histoire en le refusant.
L’auteur est donc ébloui. Le public, lui, fait mine de l’être. Il prend la chandelle qu’on lui tend obligeamment et il se la met sous les yeux. Il s’écrie que c’est  beau et il retourne lire dans l’ombre. De l’aveu même de celui qui en fut gratifié en 2010, - pas un inconnu, celui-là - ca sert à ça, un prix Goncourt : ça permet à de pauvres gens qui ne sont jamais éblouis de voir un peu de lumière au moins une fois dans l’année.
Comme quoi, si le Goncourt a la faculté de porter un écrivain au pinacle, il n’a pas celle, hélas, de le rendre soudainement intelligent !
Mais ils ne sont pas tous comme ça, les prix Goncourt. Je médis, je médis… Certains furent d’une indéniable valeur et je pense, entre autres, à Vailland et La Loi, à Rouaud et Les Champs d’honneur, à Tournier et Le Roi des aulnes
Mais je  pense surtout à un autre. Un vieux celui-là. Une vieille barbe. Un ancêtre fossilisé. Un des premiers. Lui, ce fut un cas. Mais pas un cas d’école.
Pourtant, il était instituteur.
Figurez-vous que cet auteur, que j’affectionne particulièrement parce que sa plume est champêtre, intelligente et, aussi, parce que c’est quelqu’un de mon pays, quelqu’un des Deux-Sèvres, un lointain voisin du temps qui passe et que les villages, les hommes et les paysages qu’il évoque, je les vois parfaitement dans ma tête, figurez-vous, disais-je, que lui, il ne trouvait pas d’éditeur. Il avait sans doute beau chercher, il avait beau solliciter, un lourd refus, voire un silence obstiné, toujours lui faisait écho.
On connaît tous ça. La routine.
De guerre lasse, notre auteur publie donc un livre à ses frais. Chez Clouzot, à Niort et... à compte d’auteur. Le geste de l’opiniâtreté. Parfois du désespoir. Dans notre présent, il faudrait y croire bougrement, à son livre, pour faire ça quand tous les éditeurs vous disent qu’il est bon mais qu’il ne correspond à rien, en tout cas pas à eux.
Quoi répondre à ça ? Rien. Mettre l’écritoire au clou ou alors faire l’insolent. Mépriser le mépris en se publiant ?
C’est donc ce que fit ce modeste instituteur de vers chez moué, des Deux-Sèvres. Ce hussard en blouse.  Et l’Académie Goncourt, éblouie, lui décerna son fameux prix… Du coup, l’auteur obscur, le campagnard des bocages et des plaines, fut projeté en pleine lumière et cessa d’être instituteur pour devenir un écrivain.
Oui, en ce temps-là, quand on écrivait, quand on était un passionné de l’écriture, quand on trempait sa plume dans l’encrier des lettres, on n’aurait su la tremper ailleurs.
On était animé par une foi. On rentrait en Écriture, en quelque sorte !
Et on écrivait - le plus souvent - des choses pleines comme des œufs frais.

L’avez-vous lu, vous, ce prix Goncourt publié à compte d’auteur en 1920 ? Son auteur avait nom Ernest Perrochon.
Et je suis sûr que s’il était en lice cette année, le livre de l’instituteur, il serait brillamment moqué par tout le sérail au bec pincé. D’ailleurs, son livre aurait cette constance de ne pas trouver d’éditeur, donc, en plus, publié à compte d’auteur, il ne verrait même pas le bout du nez du moindre lecteur, sinon celui d’un ou deux membres de la famille et de quelques rares amis. Tous complaisants. Par affection autant que par charité.
Au grenier ! Même pas déballé de ses cartons, tout neuf, sous de vieilles poutres de chêne, parmi les vieilles roues de bicyclette, les vieux meubles, les souris, les vieilles valises, les vieilles pendules, les vieux chiffons, les toiles d’araignées et les poussières éternelles des objets mis au rebut, le prix Goncourt hyper putatif !

Un de mes amis, qui a quelques accointances avec le monde du cinéma, me disait, il y a peu dans un mail, que Godard ne trouverait pas un sou aujourd’hui pour tourner, ne serait-ce qu’un clip minable pour une marque de saucisses congelées !
Brassens, quant à lui, ne dénicherait aucun fou prêt à miser une thune sur ses chansonnettes et ses rimes à la noix !  Il gratterait sa guitare et réciterait ses vers au fond d’une cave obscure, comme un pauvre type !

Quand je vois ça, moi, je ressens plein de dédain pour mon époque et je me sens profondément romantico-passéiste.
Mais ça n’arrange pas pour autant mes affaires, tout ça.
Car je  ne me suis jamais totalement fait à l’idée d’avoir eu la malchance d’être obligé de partager la même époque que des milliards et des milliards de cons…
Sans doute parce que j’en suis forcément un aussi.
A leurs yeux.

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26.04.2015

La fleur de quoi ?!

cerf01.jpgDans le truculent et vaudevillesque poème A l’ombre des maris, Georges Brassens, toujours féru d’archaïsmes,  emploie une expression que pas grand monde, en 1972, n’avait encore à l’esprit.
Et je suis certain que nombreux sont ceux, à commencer par moi-même, qui ont chanté ces vers sans s’arrêter sur leur délicieuse ambigüité.
Je ne suis même pas sûr que le Poète lui-même ait intentionnellement écrit  le double sens.

 

Car pour combler les vœux, calmer la fièvre ardente,
Du pauvre solitaire et qui n‘est pas de bois,
Nulle n’est comparable à l’épouse inconstante.
Femmes de chef de gare, c’est vous la fleur des pois !

 La fleur des pois. Diantre ! Qu’est-ce à dire ?
L’expression remonte en fait au XVIIe siècle et son auteur – du moins le premier chez qui on la trouve, car les expressions le plus souvent vivent dans l’anonymat des rues et des faubourgs avant de s’immortaliser sous la plume d’un auteur, Cf. Rabelais et Villon – en fut sans doute Saint-Simon dans ses mémoires à propos d’une dame de la Cour de Louis XIV, Madame de Nangis.
L’expression n’avait alors rien de plaisant ni d’ironique. Bien au contraire, elle désignait quelqu’un de profondément distingué, l’élite, et son équivalent était le Dessus du panier, qu’on retrouve chez Madame de Sévigné.
Pois avait alors une valeur très positivement connotée, le mot désignant de nombreux légumes, comme le haricot ou la fève, très présents dans l’alimentation des XVIIe  et XVIIIe siècles.

Mais, à l'oreille, on découvre une toute autre connotation et Brassens aurait dès lors très bien pu écrire :

Femmes de chef de gare, c’est vous la fleur d’époi !

Vu le contexte, c’eût été une merveille car l’époi désigne le dernier cor des vieux cerfs et on sait que le cerf, plaisamment, avec ses cornes majestueuses, est l’allégorie parfaite du cocu.
Dans le Cocu, Brassens chante d’ailleurs ;

 J’ai du cerf sur la tète

Il serait évidemment précieux de savoir exactement comment Brassens avait orthographié son manuscrit.

 Quant à Vous, Messeigneurs, chantez à votre guise,
En ce qui me concerne, ayant enfin compris,
J’abandonne à son sort le petit pois honni
Pour désormais chanter la fleur d’époi jolie.

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20.04.2015

L'Ours lâche ses loups

media_xll_7635850.jpgIl faut être polonais pour éprouver ce sentiment de rancœur et de méfiance que ce peuple nourrit encore à l’égard des Russes.
Si les Anglois avaient rayé notre pays de la carte de l’Europe, s’ils avaient pendant 123 ans imposé leur langue dans les écoles, imposé la religion anglicane en lieu et place de la catholique, s’ils avaient ensuite, 20 ans après le fragile retour de notre identité, installé chez nous un régime coercitif pendant 50 ans, nous éprouverions pour eux le même, sinon bien pire, ressentiment.
Déjà, qu’on a du mal à leur pardonner les guerres de cent ans et Sainte-Hélène !
Il faut donc être un polonais.
Moi qui vis avec eux, qui les apprécie, je comprends ce sentiment, sans jamais pour autant l’éprouver, mes aïeux n’ayant pas été assommés pendant plusieurs générations par les coups de griffes de l’Ours.
Et je leur dis sans ambages chaque fois que j’en ai l’occasion, aux Polonais.
A leur tour, ils me comprennent…
Le drame dans tout cela, à mon sens, c’est comment l’OTAN*, les Américains et L'Europe mettent à profit cette inimitié historique, presque fédératrice, pour étendre leur influence maligne à l’est ; comment ils se servent de la Pologne et des Pays Baltes comme fers de lance dans leur espoir d’anéantissement économique et militaire de la Russie. Comment, par ce biais, ils attisent les haines et justifient toutes les peurs et tous les fantasmes.
Là, mes amis Polonais, je ne les comprends pas. Pas du tout, même. Ils devraient quand même avoir appris que les grandes puissances ne les aiment pas pour leurs beaux yeux de Polonais ! Ils devraient avoir intégré que les véritables amis jamais n’attisent les feux mais tentent au contraire de les éteindre. Pour que vive la paix et se taisent les canons.

Poutine, lui, sait tout ça. Et, en bon joueur d’échecs, il en joue.
Je prends dès lors tel un jeu provocateur, moqueur, le fait que ses amis-motards, les Loups de la nuit, pour célébrer le 70ème anniversaire de la victoire de l’Armée rouge sur les Nazis, se proposent de s’élancer bientôt sur la route suivie par cette Armée rouge, de Moscou à Berlin.
Dans la tête des Polonais effrayés, ça résonne fort. Des hordes russes, tatouées et pétaradantes, qui traversent le pays telle une colonne de chars, ils prennent ça comme un avertissement, comme un pied-de-nez… Comme une mise en scène de leurs angoisses ataviques.
Poutine n’a évidemment aucune intention – ni les moyens - d’envahir la Pologne, comme le susurrent les esprits les plus fous, les plus aigris, les plus paranoïaques ou encore les plus pervers ; ceux qui ont intérêt à ce que perdure la haine.
Il a sans doute, en revanche, la ferme intention de réveiller l’histoire par un spectacle allégorique. Un peu comme on fait avec les enfants quand on leur  raconte Le Petit chaperon rouge, en faisant de grotesques grimaces de loup et en prenant une voix caverneuse.
Et il se dit peut-être : ils me prêtent des intentions loufoques, ils se racontent, avec leurs amis américano-européens, des histoires à dormir debout, offrons-leur donc un succédané de leurs divagations, comme au théâtre, comme au cinéma.

Et ça marche, en plus ! Les Polonais sont bon public.

_______________

* Rappelons cette évidence : l'OTAN a été créée pour contrebalancer le pacte militaire communiste dit "Pacte de Varsovie " et aurait dû dès lors être dissoute à la dissolution du susdit Pacte...Cette organisation belliqueuse avait, en outre, signé un traité en 1991 selon lequel elle ne chercherait pas à s'étendre à l'est après la chute du mur.
Et la voilà aujourd'hui qui guigne sur l'Ukraine,
après avoir guigné sur la Géorgie et après avoir englobé les Pays Baltes et la Pologne...
Où sont les véritables agresseurs ?

14:24 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écriture, europe, histoire |  Facebook | Bertrand REDONNET

19.04.2015

Louis XIV

tous-les-recoins-et-les-secrets-de-l-hermione-se-devoilent_2164359_480x300.jpgAu cours des dix-sept années – notez que je vis en Pologne depuis dix ans - qu’a demandé la construction de la réplique de l’Hermione, à Rochefort, j’ai trois ou quatre fois visité le chantier, il faut le dire, un chef d’œuvre d’ingéniosité, une œuvre d’un grand art.
J’avais même, il m’en souvient, poussé le bouchon jusqu’à y emmener un copain anglais, lequel avait pendant toute la visite dû supporter mes amicales mais néanmoins sarcastiques boutades.
Il n’en pouvait plus, le pauvre !  J’en souris encore.
Hier,  donc, la pimpante frégate a pris les flots depuis les rivages d’une île que je connais bien et que j’ai beaucoup aimée, l’ile d’Aix… Notez derechef que c’est de là que le conquérant au bicorne, main posée sur son ulcère à l'estomac, prit, lui, les flots pour Saint-Hélène….
Ils ont l’humour tenace et revanchard,  les Anglois…
Bref, présent sur les lieux, et puisqu’on en est à évoquer l’humour, Monsieur petite blague y est allé de la sienne :
"Et voilà comment on rassemble des millions d'euros sans que l'Etat n'y mette trop d'argent, c'est pour ça que je voulais compenser par ma présence."

On était donc dans l'imitation jusqu'au cou.
Mais, quoique tout aussi mégalo, le petit-fils d'Henri IV avait été, lui,  beaucoup plus clair.

 

12:21 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

15.04.2015

In memoriam

Non pas parce que c'était un pur chef-d’œuvre,  mais parce que ce morceau de soul  a marqué l'année de mes seize ans.
Et qu'est-ce qu'on a pu les faire miauler là-dessus, nos guitares électriques à quatre sous !

J'en ai encore mal aux oreilles !

11:33 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : musique |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.04.2015

Nul n'est censé ne pas ignorer la loi

285270.jpgIl serait vain d’argumenter et de pinailler ici, de propos byzantins en propos byzantins, pour déterminer si oui ou non la loi sur le renseignement que se propose de voter bientôt, dans une belle unanimité, la représentation nationale, encadre oui ou non une surveillance de masse de l’ensemble de la population.
Vous avez lu tout ça comme moi et peut-être avez-vous compris qu’il ne sera nul besoin d’accuser quelque penchant pour le djihad pour être répertorié et analysé par ces "boites noires" installées bientôt chez les hébergeurs.
Nécessité fait loi. D’une pierre deux coups. Écrire cette naïveté obsolète, par exemple, Vive la mort du monde systématiquement marchand ! suffira à vous mettre dans le collimateur de Big Brother.
C'est surtout ce "Vive la mort" qui va attirer son œil. Parce qu'un espion est toujours attiré par le mot comme les mouches le sont  par la m...
Mais, après tout, me dis-je, puisque le troupeau bien-pensant semble accepter sans trop de ruades qu’on lui colle aux fesses une meute de molosses à la dent dure, qu’en ai-je bien à foutre, moi ?
Et il y a une raison - fondamentale – à mon je-m’en-foutisme : ce que je pense d’eux, de leurs salades et de leurs mensonges bleu blanc rouge, tout comme ce que je pense du troupeau bien-pensant qu'ils sont en train de garrotter, ça fait plus de quarante ans qu’ils le savent !
Et je n’ai rien de nouveau, ni à ajouter, ni à retrancher.
C’est pourquoi, persistant et signant, j’ai titré ce que j’ai titré. 

Photo AFP

14:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | Bertrand REDONNET

05.04.2015

Souvenir...

11870609-Chaffinch-singing-spring-song-on-branch-Stock-Photo-bird.jpgElle chantait.
Elle chantait sans cesse.  Peut-être pour faire taire le silence des pauvres conditions.
Les gens qui, au bord des lèvres, ont toujours une chanson, aussi anodine soit-elle, célèbrent in petto des ailleurs poétiques.  Des espoirs, des bouts de bonheur entrevus.
Elle chantait donc...
Et depuis quelques jours un de ses couplets trotte dans ma mémoire, que je reprends à haute voix en tâchant d’imiter, moqueur facétieux, les trémolos surannés et les vibrations chères à l’époque.
C’est un couplet que, jamais, je n’ai entendu chanter nulle part ailleurs, par aucune autre glotte. Je ne sais pas quel ou quelle était l’artiste qui chantait ces mots et je ne sais pas d’où elle tenait sa chanson.
Du poste TSF sans doute. Mais quel poste ?

Si jamais vous traversez la mer immense
Pour fuir un horizon chargé d’ennuis,
Vous direz, apercevant le ciel de France :
C’est ici que j’aimerais passer ma vie.

Rien que cela ! Mais pourquoi, fuyant l’ennui, devrait-on forcément traverser une mer ?
La mer, le voyage, l’autre rive convenue, et cette ridicule prétention à la puissance de l’infini et aux sortilèges du mystère.
La mer est un vulgaire ventre à poissons. Une poubelle mazoutée.
J’ai fui l’ennui et les habitudes qui tuent.
En traversant un continent. En tournant le dos au ciel de France.

Le refrain maternel ne s’en accroche pas moins à ma mémoire, aujourd’hui attendrie et amusée.

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31.03.2015

Le ridicule qui tue

D’ordinaire, la langue des politiciens, rPS.jpgelayée par celle des journalistes, me fout en pétard. Mais pas toujours.
Il arrive parfois qu’elle déclenche chez moi un grand éclat de rire, ce dont je leur sais gré, parce que je ne suis pas un ingrat.
Ainsi, ce matin…
Un escogriffe socialiste, qui eut tout de même le bon goût de garder l’anonymat,  se gargarisait la glotte en disant que «finalement la déroute électorale n’était pas si catastrophique que prévue car la gauche conservait malgré tout 34 départements, si on compte Paris et Lyon où l’on ne votait pas.»
Ça tombe sous le sens ! Il n’y a plus guère que là où l’on ne vote pas qu’ils ne sont pas battus !
Des fous ! Ce n‘est pas possible autrement.

15:34 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

28.03.2015

Frédéric Chambe a lu

Merci à lui pour avoir fait état, ici et ici, des réflexions  que lui inspira cette lecture

silence 1.jpg

pirées sa lecture.

16:35 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.03.2015

Le Silence des chrysanthèmes

silence 1.jpg

 

 

 

Dominique Sudre nous parle de sa lecture du Silence des Chrysanthèmes et je l'en remercie vivement.

19:25 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

20.03.2015

L'espoir grec sous la botte de ses juges

Au premier rang desquels vous reconnaitrez l'Innommable, celui dont "l'ennemi est la finance" :

4620481_clockwise_545x460_autocrop.jpg

AFP/Y.HERMAN

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13.03.2015

Interlude


08:52 | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.03.2015

Quatrième

Chers lecteurs de l'Exil des mots et d'ailleurs, il vous est loisible de vous inscrire en faux contre cette quatrième de couverture, en poussant la porte de votre librairie de prédilection ou en cheminant jusqu'à cette page.

littérature,écriture

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08.03.2015

Entre la grotte et le pavillon

 1is.JPG

Sur un léger repli du terrain, herbeux et fleuri à l’orée des sombres forêts, elle fut longtemps là.
Bien plus d’un siècle sans doute. Elle était faite des éléments résineux qui l’entouraient, elle faisait corps avec eux et j’aimais m’arrêter à ses côtés...
Nous avions ensemble de longues discussions. Elle me parlait des temps d’une Pologne lointaine, qui n'avait plus de nom. Elle avait vu ses paysans courbés sous la misère, rentrant le soir, poussiéreux, mal rasés et fourbus, de leurs champs de sable. Elle me parlait de Reymont, puis des Russes du Tsar, puis des Allemands du IIIème Reich, puis de la botte de Staline et des neiges dont elle tâchait de protéger, tant bien que mal, ses habitants.
De générations en générations, ceux-ci s’étaient partagé ses maigres os.
Avec son toit de chaume véritable, elle avait quelque chose de la construction néolithique. Entre la grotte et la pacotille  des temps post-modernes.
Rudimentaire propriété de pauvres gens, elle était ainsi, à la faveur de sa longévité, devenue un objet d’art, un objet des mémoires englouties, un fossile fleuri.
Et puis, un beau matin, elle s’est envolée. En fumée.
La pelle et les râteaux vers les flammes d’un poêle ou d’une cheminée, l’ont déménagée.
Là où s’achève la mémoire pour l’éternité des cendres.
Dans le léger repli du terrain, herbeux et fleuri à l’orée des sombres forêts, il n’y a plus rien.
Si. Un nain de jardin.
Chaque époque a les œuvres d’art qu’elle mérite, sans doute.

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02.03.2015

Une histoire polonaise...

menu_du_reveillon_du_nouvel_an-zoom.jpgAu début, était l’euphorie…
La Pologne sortait de l’ombre collectiviste et montait, guillerette et gonflée d'espoir, à l’assaut de l’économie dite de marché (comme si, soit dit entre parenthèses, il en existait une qui ne le soit pas).
Bref, qui dit nouvelle économie, dit démocratie enfin, liberté, égalité, élections d’hommes nouveaux, intègres si possible, et tout et tout…

Sitôt le mur tombé, donc, un jeune député fraichement élu à la Diète de Varsovie, rend visite à un vieux briscard de la députation française, duquel je tairai la circonscription par prudence et pour faire semblant d’être courtois.
Ce jeune député vient ici pour apprendre, pour voir, pour regarder, pour s’enquérir enfin des subtils fonctionnements des eldorados démocratiques de l’Ouest, auxquels il a tant rêvé et pour lesquels il s’est battu, au péril de sa vie, contre "ces salauds de communistes !"
Il est chaleureusement reçu par son homologue français, dans une somptueuse demeure de campagne, un manoir rustique, où il est invité à dîner.
Après les agapes, bien arrosées de vins fins, les deux hommes sortent fumer une petite cigarette sur le balcon.
Le jeune démocrate-député-polonais est émerveillé par le cadre champêtre, les jardins coquets et tout le luxe environnant.

- Mais comment avez-vous fait pour habiter un endroit aussi merveilleux ? demande-t-il poliment et tout novice qu’il est.

L’autre lui tape amicalement sur l’épaule, un brin condescendant, et lui montre l’horizon brumeux où l’on entend dans le lointain la rumeur d'une intense circulation :

- Entends-tu, là bas ?
- Des voitures ?
- Oui…Tu vois, qu’il dit, il y a eu un projet d’autoroute et j’ai bataillé dur, très dur, pour parvenir à le faire passer par là ! Il a fallu brasser des sommes énormes...
-  Et alors ? demande l'apprenti démocrate, interloqué
- Ah, ah, ah ! s’esclaffe son hôte bienveillant, en lui tapant derechef sur l'épaule. Tu apprendras… Tu apprendras… Allez, viens, on va se j’ter un dernier p’tit cognac.

Le novice est rentré chez lui, perplexe et ébloui. Et il réfléchit… Il réfléchit si bien que trois ans s’étant écoulés, il rend la politesse au vieux briscard français et le reçoit alors dans un château meublé avec un goût exquis, charmant, entouré d’arbres vénérables et ceint d’une rivière aux eaux limpides.
Un luxe qui laisse pantois le vieux renard de la politique française.
Les deux hommes dînent fort copieusement à la vodka et le Français, admiratif et, pour tout dire, un tantinet envieux, demande :

- Alors, comment t’as fait tout ça ? Dis-moi…

Le Polonais entraine son visiteur sur le balcon, lui offre un cigare des plus fins et, lui tapotant familièrement sur l’épaule, montre l’horizon enneigé.

- Entendez-vous ce bruit de circulation dans le lointain ?

L’autre se penche, tend l’oreille, fait des efforts, met même sa main en entonnoir et se penche encore plus. Il avoue enfin :

- Non… Je  suis désolé, je n’entends rien.
- Ben justement… Il n’y a rien à entendre ! Il y a eu pourtant un projet d’autoroute que j’ai pourtant, soi-disant, réussi à faire passer par là… Ah ! Ah ! Ah ! Ah !!!

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28.02.2015

Embrouilles

la-taupe-sortant-de-sa-galerie_m.jpgPensez-vous qu’un dictateur, aguerri à toutes les ruses et à tous les complots politiques, puisse être assez ballot pour faire assassiner son opposant principal juste sous ses murs, à deux pas de son bureau présidentiel ?
Personnellement, cela me semble, de prime abord, tout simplement grotesque. Vraiment.
Mais, comme je présume hélas des machiavéliques combines des pouvoirs en place partout dans le monde, de quelque couleur qu’ils soient, je me demande si, justement, en conférant au crime une allure aussi improbable, on n’a pas voulu se doter d’un imparable argument.
Je veux éliminer quelqu’un, par exemple… Bon, je cherche un traquenard secret à lui tendre, je me pare d’alibis solides, indémontables pour le jour du forfait, je le fais exécuter à Paris alors que je suis moi-même à Varsovie. Je ne sais pas, moi, n'importe quoi…
Mais, de toute façon, je serais soupçonné, je le sais bien… Alors, le mieux c’est de rendre l’évidence encore plus évidente, jusqu’à l’invraisemblance : je le fais exécuter dans mon jardin, un soir où, justement, j’ai rendez-vous avec lui pour dîner.
Comme les flics savent que je suis matois, retors et rusé, ils ne vont pas me croire assez con pour avoir commis une telle bévue.

Deux solutions, donc.
Et peut-être une troisième.

J’ai des ennemis puissants qui veulent ma peau. Ils savent que j’ai, autrement qu’eux, un ennemi acharné… Ils le tuent pour que j’endosse le crime.
Trop évident. Cousu de fil blanc. Rouge, plutôt.
Alors, ils raisonnent comme je viens de le faire et ils se disent : on va le tuer dans son jardin, tout le monde pensera que ce ne peut pas être lui qui s’est montré aussi imprudent et on dira que, justement,  l'apparente imprudence planque son crime.
Compliqués, hein, les esprits tordus ?
Et pourtant…

Par ailleurs - mais pas si ailleurs que ça, en fait,- je me disais hier qu’entre la Grèce et l’Ukraine, il n‘y a pas vraiment beaucoup de points communs, historiquement, culturellement, géographiquement. Ianoukovitch ressemblait à Tsipras comme moi au pape. Pas de convergence.
Aucune ? Si. Et de taille. Ils sont tous les deux - "était" pour Ianoukovitch relayé par celui qui fait assassiner sous ses fenêtres - des gêneurs quant aux désirs d’expansion de l’Europe dans sa recherche de laboratoires géopolitiques où expérimenter le Tout financier.
Le premier, on l’a éliminé sans vergogne, l’accusant de tous les maux, même si, certes, il n’était pas un ange. Mais pas plus démon que Bruxelles, Merkel, Obama ou Hollande.
Le second…. Le second…. Ça lui pend au nez. Il aura certainement son Maïdan à lui, offert sur un plateau et sans doute les taupes sont-elles déjà à l’œuvre.

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26.02.2015

La Guerre et la paix

littératureEn une trentaine d'années environ, je me suis offert l’extravagance de lire trois fois cette chanson de geste, bien qu'en prose, de Léon Tolstoï, La Guerre et la paix.

Il s'agit là d'une pièce maîtresse de l’écrivain russe, bien sûr, mais aussi du patrimoine littéraire mondial. Le lire ici, aux frontières des steppes russes, au pays de la neige et du froid, dans cette région que j’habite et qui, à la période où se déroule le roman, était russe par la force des armes, prend une autre dimension encore.
On devrait toujours relire les livres que l’on a aimés. Les grands livres, les inextinguibles dinosaures. Parce qu’ils ne sont jamais les mêmes à chaque lecture et que le plaisir est donc à chaque fois autre. On dirait que ce sont eux, les livres, qui se sont adaptés à notre relecture et non notre vision du monde. Le temps qui passe, les saisons, réécrivent ainsi ces ouvrages. Il en va ainsi de La Guerre et la paix et de bien d’autres.
N’est-ce pas là, d’ailleurs, le propre des grandes œuvres que d’être intemporelles ?

J’ai toujours gardé en mémoire la foule des personnages, Pierre, les Rostov, Natacha, Denissov, Bolkonsky et la figure austère de son vieux père, comme s'ils eussent réellement existé. Le doigté avec lequel Tolstoï pénètre la complexité intérieure de cette foule de créatures n'a d'égal, à mon sens, que celui de Dostoïevski.
Ce qu'il me semble intéressant de dire aujourd'hui, à l'heure où la politique américano-européenne tente d'isoler et d'écraser la Russie et nous inonde des fantasmes de cette Russie en matière de conquêtes alors que c'est cette politique-même qui, en février 2014, a ouvert la boîte de Pandore à Kiev, ce sont les sentiments nationalistes de Tosltoi et, forcément, ses contradictions.
Tolstoï nous livre sa vision de l’histoire ; vision qui réfute toutes les théories des historiens. Pour lui, Napoléon, Alexandre 1er, les rois, les ministres et tous les grands acteurs de la scène historique ne sont que les instruments sans envergure des événements. Sa métaphore de prédilection est que l’histoire serait une vaste horloge dont les millions d’engrenages se mettraient en route, du plus minuscule au plus grand, et feraient ainsi tourner les aiguilles.
Les historiens interprètent le mouvement des aiguilles et l’attribuent le plus souvent au génie, à l’arbitraire, à la volonté d’un seul homme ou d’un seul groupe d’hommes.  Pour Tolstoï, cette vision est une aberration.  Ainsi, dans l’invasion de la Russie par six cent mille hommes venus de l’occident, Napoléon, un des engrenages les plus en vue du mouvement, ne décide rien. Il est le jouet du mécanisme de la vaste horloge et n’a dès lors pas plus d’importance que le moindre des multiples et minutieux engrenages, c’est-à-dire pas plus d'importance que le dernier de ses fantassins.
«Pour l’histoire, reconnaître la liberté des hommes en tant que force capable d’influencer les événements historiques, donc non soumise à des lois, équivaudrait à la reconnaissance par l’astronomie d’une force libre mouvant les corps célestes.
L’admettre rendrait impossible l’existence des lois, autrement dit rendrait impossible toute science. […] S’il n’existe ne fût-ce qu’un seul acte libre humain, alors il n’existe plus une seule loi historique et il n’est plus possible de comprendre les événements historiques», écrit-il.
Oui, c’est fort logique. Mais la grosse erreur, la monumentale présomption, à mon sens, commise par le génial auteur est de vouloir attribuer à l’histoire des lois aussi rigides, aussi sévères, aussi mathématiques, aussi conséquentes que celles qui s'appliquent à la physique de l’équilibre des forces ou à toute autre science.
Cette erreur sera celle d’une des idéologies les plus liberticides du XXe siècle, le marxisme.
C’est un postulat jamais prouvé. L’histoire est d’abord humaine, donc insaisissable dans ses méandres et ses soubresauts et jamais les mêmes causes ne sont à même de produire les mêmes effets.
Ce qui détruit à mes yeux toute prétention de l'histoire à être une science.

Certes, on peut néanmoins adhérer aux affirmations selon lesquelles les gouvernants, les décideurs, ne gouvernent rien de la marche de l’histoire, qui les dépasse, et ne décident que de solutions qui leur sont soufflées par la nécessité historique. Cette approche pragmatique de l’histoire a sa valeur incontestable, à condition cependant qu’elle reste cohérente.
Or, tantôt l’auteur de La Guerre et la paix fait un éloge à peine camouflé du tsar Alexandre 1er, homme bon et sensible - tellement bon et sensible qu’il envoya pas mal de ses sujets croupir sous les latitudes clémentes de la Sibérie - tantôt il traite Napoléon de bandit, de hors-la-loi, de vaurien, d’insignifiant, de menteur et de criminel.
Je veux bien lui passer tous ces glorieux qualitatifs. Le conquérant au bicorne fut en effet un des plus sanguinaires tyrans de l’histoire. Mais ce qui m’amuse, c’est le chauvinisme de Tolstoï qui, après avoir tenté de démontrer que ce bandit n’était que l’outil dérisoire d’une marche occulte et autonome des événements, le traite moralement, comme si la méchanceté de son personnage était soudain cause de l’invasion en 1812 de la Russie et de la chute de Moscou.
Comme si la perversité du tyran était soudain l’engrenage principal qui a fait tourner la pendule.
Tolstoï s’en prend souvent - ce qui n’est pas pour me déplaire - à l’abominable monsieur Thiers, grand exégète de Napoléon dans son Consulat et L’Empire. N’ayant jamais mis le nez dans ce torchon, je ne puis évidemment juger de sa qualité, mais je subodore fortement quelle idéologie nauséabonde pouvait inspirer le massacreur du peuple de Paris en 1871 et quelle vision manichéenne de l’histoire était la sienne.

Manifestement, Tolstoï avait, quoiqu’il s’en défende, mal à sa Russie pour cette invasion cruelle effectuée 57 ans auparavant. Reste que le roman est une fresque grandiose et que l’art de l’écrivain y est incomparable à nul autre.
Et même s’agissant de cette vision un peu délirante de l’histoire, on peut dire qu'il s'agit d'une critique en marge, d'un défaut, à mon avis, qui rend encore plus charnel, vivant, contradictoire et humain, le grand écrivain.
Car son roman - Tolstoï disait d’ailleurs que ça n’en était pas un - pousse par ailleurs l'art littéraire à des sommets rarement atteints.
En tout cas pas dans la littérature de notre temps.

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25.02.2015

Identité flamboyante

164717913.jpgL’intermède aura été de bien courte durée.
J’avais pourtant fortement envie de prendre du recul avec cette écriture sur blog, envie de faire autre chose, mais voilà qu’une nouvelle étonnante, qui me comble de bonheur, hier est tombée dans ma boîte aux lettres.
Je ne puis décemment garder par-devers moi tant de félicité impromptue et me dois de la partager avec mes lecteurs.
Et je leur dis sans ambages : Haut les cœurs ! Courage ! Jamais ne désespérez ! Tout arrive à qui sait attendre !
Oyez donc ! Oyez donc ! Mais oyez donc ça, miladiou !

Quoique coulant mes jours et mes nuits sous des cieux éloignés de la mère patrie, je n’en reste pas moins un Français. Un vrai Français, pur et dur, avec pas une goutte de sang arabe, ni slave, ni juif, ni arménien, ni italien, - pas même anglais -  qui ne vienne irriguer mes pauvres artères désespérément gauloises ! Avec, derrière moi, une mère, une grand-mère, un grand-père, des aïeux de toutes sortes mais tous bien culs-terreux jusques dans les poils du c…, justement.  Français cousu mains. Athée, en plus. La totale.
Par les temps sauvages qui courent, où il faut appartenir à quelque chose d’un peu plus bouillant pour être digne d’intérêt, ce n’est pas forcément brillant à porter tout ça ; cette espèce de généalogie plate comme une galette, sans âme, convenue. Une généalogie comme l’eau potable : inodore, incolore et sans saveur.
Jestem Francuzem. Point. Je me définis en deux mots. Y a-t-il au monde plus grande misère aujourd’hui que d’être en mesure de faire le tour de soi en deux petits mots ?

Mais voilà qu’hier matin, je trouve dans ma boîte aux lettres une très longue missive, manuscrite et d’un certain Anatole Rigonnaud, arrière-petit-fils d’un grand’ oncle à moi, du côté du deuxième lit de mon arrière-grand-mère – ou du troisième, je ne sais pas trop – bref,  passionné d’histoire et de généalogie, et que j’avais, ma foi, perdu de vue depuis une bonne trentaine d’années. Quelle surprise ! Je ne me souvenais même plus de son existence, à ce pauvre bougre !
Il habite du côté de Dijon, Anatole, et Dijon, hein, on n’y va pas tous les jours, même avec l’arrière-petit-fils dijonnais d’un frère d’une grand-mère à soi dont la mère avait connu trois lits !
Qu’est-ce que vous voulez allez foutre à Dijon ? Franchement…
Cet Anatole, donc, a planché, rendez-vous compte, pendant plus de trente ans sur ses origines ! C’est une question qui devait vraiment le tourmenter jusqu’à l’invivable ! Ou alors, c’est un fou ! Il a creusé, il a creusé, il a creusé, il a farfouillé dans les archives, il a interrogé des milliers de gens, il s’est déplacé, il a voyagé, il a dépassé le cap de cette Révolution de malheur qui avait brûlé des églises et des documents d’état civil, il est parvenu, éreinté, jusqu’au Roi Soleil, il a remonté jusqu’au grand-père du susdit Soleil, Henri IV, il a traversé le Moyen-âge, il est tombé en plein dans l’époque Gallo-Romaine, (j’sais pas comment il a pu faire tout ça !) et il s’est enfin arrêté vers le milieu des invasions barbares, en 402 exactement, me dit-il, en rouge et avec trois points d’exclamation.
Moi, derrière une telle prouesse, j’en aurais collé au moins cinq, de points qui s'exclament !
Il s’est arrêté là, Anatole. Tétanisé…
Heureusement, sinon il était parti pour remonter jusqu’à Lascaux !
Figure-toi, Cher Bertrand, écrit-il, la plume agitée d’un léger tremblement, que toi et moi sommes des Goths ! Des Wisigoths, plus exactement.  Notre passé est on ne peut plus flamboyant !
Et voilà que, se prenant sans doute et soudain pour Houellebecq, cet Anatole Rigonnaud me recopie des phrases entières de Wikipédia : « Les Wisigoths sont ceux qui, migrant depuis la région de la mer Noire, s'installèrent vers 270-275 dans la province romaine abandonnée de Dacie (actuelle Roumanie), au sein de l'Empire romain, alors que les Ostrogoths s'installèrent, pour leur part, en Sarmatie (actuelle Ukraine). Les Wisigoths migrèrent à nouveau vers l'ouest dès 376 et vécurent au sein de l'Empire romain d'Occident, en Hispanie et en Aquitaine. »

En Aquitaine ! Ah ! Ah ! Ah !  Ah ! Ah ! qu’il jubile, le Rigonnaud. C’est là que la famille a rendez-vous avec l’histoire, nom de dieu d'bon dieu ! Car il apparaît, selon les dires savamment établis de mon cousin - ou arrière-petit-cousin, je ne sais pas comment on dit dans ces cas-là – qu’un certain chef de clan, un certain Andric Duboutducirc, installé avec sa horde de farouches barbus tout près de ce qui serait aujourd’hui Saint-André-de-Cubzac,  séduisit honteusement une belle gallo-romaine un tantinet volage et lui fit, après avoir convolé en justes noces, beaucoup d’enfants.
Normal, les Goths ne savaient pas compter et avaient des appétits barbares, commente Anatole, pour bien me faire comprendre, sans doute, combien je suis redevable à cet Andric Duboutducirc et combien je suis resté un Goth. Sinon, je ne vois pas pourquoi une telle allégation dans un texte par ailleurs plein de sagesse et si bien documenté.
La descendance de cet Andric fut donc nombreuse et au fil des temps anciens, elle s’éparpilla en remontant lentement vers le nord pour s’installer en Poitou, et ce, bien après l’écroulement total de l’empire latin, après 476 donc. Il y eut des gens de ceci, des gens de cela, des gens de la soldatesque, des gens d'église,  des serfs, des paysans, beaucoup de Goths gueux, des... et ainsi de suite jusqu'au mari du deuxième ou troisième lit de mon arrière-grand-mère.

Hé ben ! J’ai relevé la tête. Suis un Goth, moi aussi ! Pas un Français de souche, tant veule et à juste titre tellement méprisé pour son étroitesse d’esprit et d’histoire !
Suis fier… Pauvres Français de souche qui n’avez pas l’heur d’avoir un proche cousin généalogiste et arrière-petit-fils d’un grand' oncle d’une grand-mère dont la mère avait connu deux ou trois lits, comme cela doit être pénible et lassant !
Je compatis. Je compatis... Je viens de passer par là.
Mais, allez, pour vous consoler un peu, je vous dis que le complexe n’est pas nouveau, en fait. C’est pour ça que les gens s’inventent des cousins germains et que, dans les cas extrêmes, j’ai même croisé des gens qui évoquaient des cousins issus de germains !
Des cousins issus de germains ! N'importe quoi !
Pire encore, il y en a qui s’affublent carrément d’un nom de pays. J’ai connu un gars, à Poitiers, qui s’appelait Italie ! Et un autre, beaucoup plus tard - je l’ai pas connu celui-là, mais j’en ai entendu parler - Hollande !

Bon, allez, je vais relire la lettre d’Anatole, voir si j’ai bien tout compris.
Et puis, les Goths, tout barbares qu'ils aient été, sont maintenant des gens polis et courtois : il faut que je lui réponde.
Je vais lui dire, pour faire le philosophe gothique, que peu importe la souche ; la souche n’est que le support matériel de l’arbre. Un truc à la portée du premier venu, une boutique politico-religieuse.
Ce qui compte, c’est ce qui a fait la souche. La racine.
Que dis-je ? La radicelle ! 

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23.02.2015

Stand by...

L’envie n’y étant plus,  reviendrai avec elle
A moins que d'ici là me poussent d'autres ailes.
Tchao !

 

 

 

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17.02.2015

Le temps et la terre

P8050803.JPGLongtemps, je me suis couché de bonne heure… le matin.
Fut même une époque éloignée où je n’étais que noctambule. La nuit tous les chats sont gris, c’est bien connu, et certaines rues n’y sont  parfois hantées que par des voyous en mal de philosophie, mêlés à des philosophes en mal de voyoucratie.
 Mes matins avaient alors le goût des nuits inachevées et la frustration des voyages brutalement interrompus, tandis que mes soirées m’apparaissaient toujours trop brèves. Comme des courses contre la montre.
J’aimais donc vivre comme la lune, à l’inverse de la course du soleil.
Est-ce le changement de latitude ? Est-ce le changement brusque du climat ? Est-ce tout simplement parce que je ne vois plus du tout de la même façon le profit existentiel qu’on peut tirer de cette chance de vivre
que nous avons, je me couche désormais comme se couchent les poules, dès qu’à l’horizon faiblit le jour.
Côté ouest, par-delà la forêt silencieuse.
Et de même qu'il me plaît de voir la boule de feu s’éclipser derrière les troncs des grands pins qu’elle arrose d’une lumière moribonde, poussiéreuse, il me plaît de la voir réapparaître, toute neuve, toute fraîche, par-dessus la maison de ma vieille voisine, là-bas, au-delà du Bug.
Chaque matin, j’ai cette impression délicieuse de recommencer une nouvelle vie. Ce soleil, je veux le capter le plus à l’est possible et, l’été, dès quatre heures, parfois même avant, quand la petite prairie déroulée jusqu’aux sombres lisières, peine à s’extirper de sa brume alors que la cime des arbres joue déjà avec le soleil, j’imagine les plages de l’océan encore baignées de nuit.

Ces changements d’horaire, ce besoin, ce plaisir de vivre avec les allées et venues de la lumière, c’est mon décalage. J’imagine mal ici des nuits vécues comme des jours et des jours comme des nuits. C’est sans doute parce que le plaisir d’une espèce de diapason atavique avec le grand mouvement des choses m’est revenu. Sans doute aussi parce que l’exilé a besoin de vivre au plus près de sa latitude, pour que, si son âme fait souvent le voyage du retour au pays, son corps, lui, soit ancré dans un territoire et s'en délecte.
Pour se l’approprier par le plaisir d’habiter.
Et l’hiver, quand la nuit gouverne le monde dès quinze heures, j’imagine à l'inverse les plages de l’océan, avec  le soleil  oblique qui, du bout de ses doigts falots, caresse les écumes.
Parce que la boule bleue est ronde et que cette évidence primaire, tombée en désuétude, s’affiche chaque matin et chaque soir sur la pendule de celui qui vit ses jours loin des lieux où il vit le jour.

10:50 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET