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07.02.2014

Ukraine

carte_ukraine.jpgJe suis pessimiste. Alarmiste même, mais ce qui se passe de l’autre côté de la frontière ukrainienne, à une cinquantaine de kilomètres, donc, de ma paisible demeure sous la neige dormante, ne cesse de m’inquiéter.
Pour bien comprendre, il faut d’abord savoir que l’Ukraine est un vaste pays, culturellement partagé en deux : la partie orientale est profondément slave, très russophile, la partie occidentale est de tradition plus romane, très attirée par l’Ouest et l’ouverture vers l’Europe.
De tout temps.
Mais le problème n’est pas tant l’Ukraine elle-même, quoique aux prises avec cette contradiction et  au bord du chaos, que les intérêts qui sont en jeu dans la mise en place de ce chaos.
La cible réelle, c’est Moscou et Poutine, la puissance militaire russe. Les guerriers de l’ombre sont les Américains qui tiennent là une occasion de couper la Russie de la Mer noire et de lui interdire ainsi toutes sorties, donc toutes politiques, vers le Proche et le Moyen-Orient
(1).
C’est ça, l’enjeu réel et, à moyen terme, la Syrie et l’Iran dont on sait que leur allié le plus militairement sûr est la Russie. C’est un enjeu de taille qui, s’il est avéré, ne se souciera guère des millions de morts qu’il pourrait exiger.
Il n’est pas, comme le disent nos putains de médias et nos non moins putains de dirigeants politiques, une volonté de l’Ukraine d’intégrer la communauté européenne, avec un désir ardent de liberté occidentale et tout, et tout…. Vous connaissez la messe depuis le temps qu’on nous fait prier aux sons de cette liturgie !
De cela, les Américains n’ont que faire, et peut-être même le verraient-ils d’un très mauvais œil.
Il paraîtrait d’ailleurs que la  secrétaire d'Etat adjointe américaine pour l'Europe, Mme Nuland, aurait dit (info à prendre avec les précautions d'usage) à l’Ambassadeur des États-Unis en Ukraine en parlant des pro-européens et des européens eux-mêmes : qu’ils aillent se faire enculer !
Sous-entendu, « ce qui nous intéresse, nous, c’est de mettre les ultranationalistes, à forte proportion nazie, au pouvoir, d’isoler ainsi Moscou tout en nous prémunissant, avec des gens pareils aux commandes, d’une entrée de l’Ukraine dans le grand marché européen."
Car les Américains n’ont pas pardonné et ne pardonneront pas au rusé Poutine (même derrière les simagrées diplomatiques et consensuelles de Genève) d’avoir déjoué leur plan de démembrement de la Syrie à grands coups de bombes. Avec Hollande derrière qui courait comme un p’tit chien haletant derrière un gibier inopinément levé.
Cette tentative d’encerclement de l’ogre russe n’est cependant pas nouvelle. Qu’on se souvienne de la Géorgie en 2008… Là, les chars russes avaient en une nuit réglé la question et la CIA s’était prudemment retirée du champ de bataille.
Mais Poutine est actuellement coincé par l’enjeu médiatique et politique des jeux olympiques d’hiver, pour la première fois de leur histoire organisés en Russie.
Mais jusques à quand ? Ce n’est pas par hasard si les taupes américaines présentes en Ukraine ont choisi ce moment pour mettre le feu aux poudres.

Je vous dis donc, en espérant me lourdement tromper et même que ce texte soit limite ridicule (2), qu’une Europe à feu et à sang comme elle le fut entre 39 et 45, c’est autant de dollars et de perspectives de croissance durable qui rentre dans la poche de l’Oncle Sam.
Et c’est aussi, cette fois-ci, une fois Moscou stratégiquement anéanti,  les pieds et les mains du susdit Oncle déliés pour frapper le monde quand il veut et comme il veut, au gré de ses intérêts.

Voilà l’enjeu réel des troubles et des émeutes en Ukraine, à deux pas de ma paisible demeure sous la neige dormante.
Bon week-end quand même !

_________

(1) Un accord entre l"Ukraine et Moscou permet à la Russie de mouiller une importante flotte militaire dans le port de Sébastopol.

(2) Je fais ici le pari pascalien : si tout cela n'est que pur fantasme, je n'aurai perdu qu'une petite occasion de me taire. En revanche, si c'est réalité et que je ne dis rien de mes pensées sur la question, j'aurai perdu une immense, une irréparable occasion de ne pas m'en ouvrir à mes lecteurs.

11:30 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Je crois malheureusement que cette analyse de la situation est très pertinente. Il y a déjà eu, comme en Syrie au début, quelques tireurs isolés et des manifestants tués. Qui étaient-ils? Par ailleurs, plus l'opposition sera violente, plus le régime sera obligé de ripsoster durement, sosu peine de disparaître. Mais s'il riposte, cela fera un prétexte pour intervenir au nom des "droits de l'homme" (dont on se soucie bien peu quand un Palestinien voit sa maison détruite par l'armée israélienne ou quand des intellectuels ou des poètes sont enfermés pour trente ans au Qatar). Or Moscou ne pourra pas rester indifférent pour les motifs que tu exposes. Attaqué dans son antre, le vieil ours va riposter et alors nous sommes tous aux premières loges.

Écrit par : Feuilly | 07.02.2014

Le texte n'est pas "limite ridicule" : mais comme toujours, tous les éléments de langage sont prêts dans les tiroirs des ambassades pour, quoi qu'il arrive, fournir des événements une lecture adaptée aux diverses raisons d'état.

Écrit par : solko | 07.02.2014

Analyse très judicieuse.

Écrit par : Alfonse | 07.02.2014

Cher Bertrand,

merci de votre texte, de sa lucidité inaudible dans l'hexagone où les médias crachent sur Poutine, sur Bachar Al Assad, se félicitent du printemps arabe...

Comme Solko, je vous certifie que ces quelques lignes n'ont rien de ridicules...

Écrit par : nauher | 07.02.2014

Merci de votre lecture à tous.
Nul ne sait bien sûr ce qu'il en adviendra. Ce peut être rien du tout comme ce peut être le pire.
Ce qui est certain c'est que les EU sont, depuis quelques années maintenant, à la recherche d'un vaste champ de bataille, rentable et capable de les extirper de leur failite.
L'Histoire ne se répète que très rarement car les mêmes causes ne produisent que très rarement les mêmes effets, mais ce n'est pourtant un secret que pour ceux qui veulent bien encore l'ignorer : ils avaient en grande partie financé l'Allemane hitlérienne.
A ce prix-là, je veux bien être taxé d'anti américanisme primaire !

Écrit par : Bertrand | 08.02.2014

Mais non, mais non, Bertrand,

Tes analyses sont trop sombres et désespérantes! Il n'y a pas que les sordides intérêts et passions effrénées qui gouvernent les humains...
Pour ma part, je reste optimiste : aux plus critiques moments de la Guerre froide, l'apocalypse nucléaire a été évitée; lors de la chute du mur de Berlin, un bain de sang a été évité... Nombreux sont les exemples où lors de crises historiques la raison et la sagesse humaine l'a emporté!
Crois-moi, les hommes sont bons par nature et une petite lueur de bienveillance et de tendresse brille toujours au fond de leur cœur. C'est mon paris pascalien à moi...

Bises de Paris (où nous n'avons pas eu d'hiver cette année)

@+

Écrit par : Lesly | 09.02.2014

Pardonne-moi si je reviens à la charge sur une petite chose qui me chagrine depuis que je te lis.

Comment un vieil anar comme toi peut-il être aussi pessimiste et nourrir autant de ressentiment à l'égard de ses frères humains?

Putain, Bertrand, ce sont quand même bien les pires enculés réactionnaires autoritaires de droite qui partent du postulat que les hommes sont mauvais par nature, ne cherchent que leur intérêt égoïste, etc. Et qu'il faut par conséquent les priver de leur liberté et soumettre à la loi, à l'Etat pour leur éviter de faire des conneries...

Nan? J'ai tout faux?...

Écrit par : Lesly | 09.02.2014

Parier sur l'homme bon est aussi absurde que parier sur l'homme mauvais. L'homme est homme : hélas, ou tant mieux, on s'en fout. Il peut faire de belles choses, mais il a toujours su en faire de dégueulasses aussi. Je comprends donc la prudence de Bertrand qui n'a rien, à mon sens, d'un ressentiment (mot tellement utilisé par tous les camps qu'il ne veut plus dire grand chose).

Écrit par : stephane | 09.02.2014

Ah, cher Lesly, on te croirait fraîchement sorti des pages du "Contrat social" ou de "l’Emile" !
Et c’est bien. Ça me fait plaisir qu’un jeune gars comme toi fleure encore bon l’optimisme et la bienveillance.
Il y a quand même un trouble : si mes analyses te semblent désespérantes, Lesly, elles ne sont pas pour autant celles d’un misanthrope. Mais quand bien même cela serait-il, sais-tu ce qu’est un véritable misanthrope, Lesly ? C’est un amoureux déçu, éconduit. Un grand humaniste finalement.
J’aime trop la vie – celle que je mène et non la vie en tant que concept métaphysico-philosophique et qu’on invoque comme un psaume – pour avoir l’envie et le temps de détester les hommes. Comme Stéphane, je ne sais s’ils sont bons ou mauvais, je sais qu’ils sont et, en plus, je ne suis pas sûr qu’ils se laissent enfermer dans des définitions aussi simples et binaires.
Le monde est un ramassis chaotique de grands cœurs et de salopards. Les grands cœurs n’ont pas besoin qu’on parle d’eux alors que les salopards – de mon point de vue – doivent être identifiés sans relâche.
Ainsi, viens donc me voir : nous irons dans ces endroits où, selon le mot de Pierre Michon, « dieu et les hommes ont définitivement cessé d’exister ». Tu verras les fours immondes et les tuyauteries d’eau chaude alimentées par ces fours où grillaient des cadavres pour que le gardien de service puisse prendre sa douche une fois son service fini, tu verras les tables de dissection encre maculées du sang fossilisé des suppliciés, les chambres, les baraquements, les rails de Treblinka où le silence hurle encore telles d’innommables souffrances, les forêts où des milliers de gens ont été abattus d’une balle dans le crâne, un à un, méthodiquement, avec la froideur répugnante du serpent frappant sa proie. Tu verras tout ça - tout ce qu’intellectuellement tu sais déjà - et je te poserai fraternellement la main sur l’épaule et je te demanderai : où est la bonté des hommes, Lesly, dans tout ça?
Et puis, sans aller à ces extrémités, regarde autour de toi : des milliers de gens croulant sous les dettes et la misère avec 1400 euros mensuels à bouffer quand d’autres roulent carrosse, amassent, trichent et calculent, et ce, en 2014, après tout ce qui a été dit et fait. Et puis des hommes et des femmes abandonnés à la solitude des trottoirs, des enfants violés, des guerres et des massacres pour le fric, des mensonges politiques éhontés pour une misérable graine de pouvoir…
Où est-ce que tu vois de la bonté humaine dans tout ça ?
Et le mur de Berlin écroulé sans bain de sang, dis-tu … Sans doute, mais c’est là une aiguille dans un tas de foin, Lesly ! Car sais-tu bien ce qu’ont enduré les hommes et les femmes, ces frères humains, ces voisins, des pays ceints du rideau de fer pendant cinquante ans ? Sais-tu les milliers de gens morts dans les camps, les familles disloquées, les opposants trucidés anonymement sur la glace sibérienne, les milliers d’autres ayant passé vingt ans derrière les barreaux pendant que l’ouest repu se bronzait sur les plages et que ses ouvriers abrutis prenaient leurs cartes au PC ?
Où vois-tu de la bonté là-dedans, cher Lesly ? Dis-le moi… Eclaire mon pessimisme sénile !

Non, Lesly. Les hommes sont ainsi. La bonté, elle est dans le regard que tu portes sur ton jeune enfant s’ouvrant au plaisir de vivre, sur la douceur de ta compagne, sur l’envie que tu as d’aider ton ami et ton frère.
Ailleurs, sont les fauves sans scrupules. La forêt primaire. L'inculture et la méchanceté par intérêts.

Pour finir et commenter d’un mot l’expression « vieil anar », j’accepte, hélas, le premier qualificatif :)) Pour le second, même si c’est avec l’anarchie, en tant que façon de vivre « poétiquement » sa vie, que mon esprit et mon corps sont le mieux en phase, je ne me définirai jamais comme tel.
C’est quand on commence à se définir comme anar qu’on ne l’est déjà plus, si tant est qu’on ait voulu l’être un jour.
Car ça présente des risques majeurs aussi… ça se paie cher. Des risques qu’il faut assumer un jour ou l'autre ailleurs que dans son salon, en causeries avec les potes ou par deux ou trois textes balancés sur un blog… Mais c’est une autre histoire.

Bien à Toi, Lesly. La bise itou

Écrit par : Bertrand | 10.02.2014

Si je comprends bien c'est la poursuite de la guerre froide. Difficile quand même de faire confiance à Poutine.

Écrit par : Rosa | 10.02.2014

Ah! Bonjour Rosa ! Longtemps que je ne vous avais entendue et bien content de vous"revoir"...
Entre Poutine et les Armerloques, dans cette histoire, les Ukrainiens ont somme toute le choix entre la peste et le choléra.
Je ne l'ai pas dit mais je l'ai pensé si fort que je croyais l'avoir dit:))

Écrit par : Bertrand | 11.02.2014

Je reviens lire ce texte car pour tout vous avouer je ne l'avais pas parfaitement compris à une première lecture.

Je crois me souvenir que, pendants la seconde guerre mondiale, les Ukrainiens s'étaient mis du côté des Nazis par rejet de Staline : déjà la peste et le choléra...

N'avaient-ils pas d'ailleurs été les auteurs du premier génocide par balles ?

C'est donc cette Histoire qui continue ? Pourquoi sont-ils "russophobes" ? Je veux bien croire qu'ils sont manipulés mais pourquoi sont-ils "manipulables" ?

J'ai lu votre note sur Hollande : pour nous aussi c'est le choix entre peste et choléra.

Écrit par : Rosa | 07.03.2014

Des questions légitimes, Rosa.
Les Ukrainiens ne sont pas a priori russophobes.Mais l’Europe a joué un rôle de salopards en leur faisant miroiter des tonnes de promesses qu'ils ne verront jamais tenues. Ce qui intéresse l'Europe, c'est un marché de 45 millions d'âmes.Ce qui intéresse les Américains, c'est L'OTAN aux portes de Moscou.
Dans cette histoire, tout le monde s'en fout des Ukrainiens. Et le réveil sera dur. Et pas seulement pour eux.
Car l'Europe ne peut pas ignorer que les Nazis d'Ukraine sont puissants, comme nulle part ailleurs sur le continent. Ils ne se laisseront pas voler "leur révolution".
Et dans tout ça, Fabius et Hollande se conduisent de façon ignoble. J'espère que l'Histoire leur soldera rapidement leur compte !

Écrit par : Bertrand | 11.03.2014

Merci pour cette réponse...

En fait j'ai été très marquée dans mon enfance par un livre de la collection Rouge et Or qui s'appelait "Maroussia" et que me soeur a gardé ! Dommage car j'aimerais le relire. Ce livre m'a donné une vision assez romantique de l'Ukraine : un peuple de paysans paisibles qui cherchait à se libérer de l'emprise russe...

Écrit par : Rosa | 17.03.2014

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