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31.12.2015

A califourchon sur deux siècles - 11 -

coureur.jpgLa publicité est le nerf guerrier de toute ambition politique.
C’est par elle, et par elle seule, que l’ambitieux compte parvenir à ses fins et cette publicité use exactement des mêmes canons que ceux de la publicité chargée de promouvoir telle ou telle marque d’une marchandise au détriment de telle autre, avec des pôles inversés cependant : pour le politique, il s’agit en effet de vendre une idée - soit la juste réalité pensée avec justice - qui ait les allures d’un programme de gouvernement, pour l’industriel il s’agit de vendre un programme de production qui ressemblerait à une idée, soit la satisfaction d’un prétendu besoin.
Le fait est cependant tellement devenu évident, même dans la tête du plus obtus des citoyens, que cette politique marchande est nommée par les politiciens eux-mêmes « politique politicienne ». En voilà une trouvaille ! Une trouvaille qui constitue en même temps un affligeant pléonasme et un euphémisme tendancieux. Toujours selon le même principe énoncé plus haut, il s’agit de montrer la vérité toute crue avant tout le monde, pellicule à l’envers, sous un jour négatif, afin de la rendre inopérante dans la tête de chacun.
Car un politicien, ou un camp de politiciens, qui accuse un concurrent de « faire de la politique politicienne » sous-entend bien évidemment que, lui, il fait de la politique sacerdotale au seul service des citoyens. Ce dont il ne se rend pas bien compte, c’est que, par là-même, il use lui-même de la rhétorique de la politique marchande, dite « politicienne ». La fausse critique de la nature sournoise de la politique devient un des éléments constitutifs de cette sournoiserie.
Si un menteur s’accuse publiquement de mentir, comment ne pas le croire et le prendre alors pour un honnête homme ? C’est là tout l’art de savoir encore manier la vieille dialectique hégélienne.
Les électeurs, en fait, se déplacent donc pour élire un produit prêché par une publicité plutôt qu’un autre vanté par la concurrence. Tout comme, en matière de dentifrice par exemple, on préfèrera Signal qui affirme que son seul but est de prévenir les caries et que pour ce faire ses laboratoires ont mis au point une meilleure pâte antibactérienne que Colgate.
J’ai dès lors toujours dit qu’ils seraient mieux inspirés, ces électeurs, d’aller à la pêche ou au bordel les jours de grande convocation démocratique car, quel que soit le dentifrice sur lequel se sera porté leur choix, ils auront de toute façon toujours mal aux dents… De fait, l’isoloir du suffrage universel n’a jamais été aussi bien nommé : le citoyen y est voué à une exécrable solitude face à un jeu pipé, mille fois prouvé, dont il s’est mordu mille fois les doigts pour y avoir engagé sa voix et pourtant mille fois recommencé.
S’il n’y a pourtant qu’un seul moyen, non violent, pour virer une marchandise frelatée du marché, c’est bien de ne pas l’acheter. Ça tombe sous le sens. Participer à ce jeu de dupes, c’est donc souscrire à sa légitimité et c’est s’accepter soi-même comme éternel dindon de la farce.
Il n’y a rien de plus accablant !
Je dis « non violent » car s’il s’agit de changer un monde sanguinaire, violent, barbare, cruel, la subversion ne peut en aucun cas se proposer d’imiter ce monde dans sa perversion et de distribuer la mort.

Au royaume de la sémantique révolutionnée, toute cette mascarade s’appelle de «la communication ». Il est vrai qu’un monde qui ne se communique plus que par du faux vrai ou que par du vrai faux, ne mérite guère mieux et la tendance s’est d’ailleurs évidemment fort accentuée avec les progrès réalisés par les techniques et supports de la susdite « communication », lesquels sont devenus incontournables vers la dixième année  de ce siècle.
Les deux derniers présidents du XXe, Mitterrand et Chirac, n’ont jamais publié le moindre tweet. Or, un politicien qui n’aurait aujourd’hui pas de compte twitter pour déblatérer ses avis et sentences lapidaires à deux balles, à usage unique et en dix mots, serait comme un coureur du tour de France sans son vélo au pied de l’Alpe d’Huez sauf, quand même, que le spectateur féru de cyclisme applaudit le sportif, l’homme dans sa tentative de performance, alors que le spectateur-citoyen n’applaudit que le vélo.
C’est normal : il n’y a personne dessus.

Ceci étant dit, nous entamons, déjà et demain, la quinzième année de ce siècle.
Je vous souhaite de trouver en vous l’inspiration qui mène aux joies individuelles au milieu du charivari collectif.
Bonne année !

09:11 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, politique, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

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