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31.03.2014

Ukraine : un ami témoigne

La photo de couverture de mon livre, Le Diable et le berger, tout récemment publié aux «éditions du Petit véhicule» m’avait gracieusement été offerte par Jacek Piasecki.
Jacek revient aujourd'hui d’Ukraine et livre ici, spécialement pour L’Exil des mots, son témoignage et les convictions qui en découlent.
Je l’en remercie de tout cœur. Même si je ne  suis pas d’accord avec toutes ses conclusions et toutes ses analyses - je me propose d’ailleurs de publier bientôt mes propres interrogations en forme de réponse -,  je considère son texte comme un précieux document, un écrit pris sur le vif et qui vaut au centuple toutes les spéculations que nous pouvons faire les uns et les autres, loin du théâtre où se déroule le drame.
Par-dessus tout, je rends honneur à une qualité, essentielle pour moi, qui surpasse même toutes les autres en toutes circonstances et dont Jacek a fait preuve : le courage.
Courage d’aller voir de ses propres yeux, qu’il a bien failli payer de sa vie.

    L’Ukraine : une datcha qu'on avait  "piquée" aux Russes

4.JPGMes amis, l’écrivain et barde français Bertrand Redonnet et sa compagne, m’ont demandé d’écrire quelques réflexions sur ma dernière mission d’observation en Ukraine.  Prenant cela comme une opportunité qui m’était offerte de partager mes observations, c’est avec un grand plaisir que je vous transmets donc quelques impressions ukrainiennes.
Envoyé en tant qu’observateur de l’Association «Pokolenie» de Katowice (ville de Silésie), je suis allé en Ukraine fin mars avec deux amis. Initialement, nous avions prévu d’arriver le 16 mars à Simfieropol pour observer le déroulement du pseudo-référendum en Crimée. Hélas, nous n’avons pas réussi à entrer dans la ville, car les séparatistes pro-russes prenaient grand soin de ce que le moins possible d’observateurs, indépendants de Moscou, puissent voir les exploits de ceux que l’on appelle là-bas les « petits bonhommes verts ». Il s’agit des soldats russes habillés en uniformes verts de combat, mais sans  signes distinctifs.
Pour vous décrire ce que j’ai eu l’occasion de voir en Ukraine, il faut que je vous dise d’abord que je connais ce pays depuis vingt ans et que je suis à l’aise dans les langues russe et ukrainienne. J’ai beaucoup d’amis dans ce pays qui sont citoyens ukrainiens, tout en constituant une large mosaïque culturelle et ethnique : des Ukrainiens, Russes, Juifs, Polonais, Tatars, Géorgiens, Arméniens, Grecs, Karaïmes.
Ne pouvant pas entrer en Crimée, de Kiev nous sommes donc allés, avec deux journalistes (un Ukrainien et un Polonais), à l'est, à Donetsk.
Donbass est une région industrielle dont la densité de population est la plus forte d’Ukraine. En Europe, on peut la comparer à la Ruhr allemande. L'industrie lourde, version soviétique, ce sont des mines et des aciéries gigantesques mais ruinées. Dans un mélange architectonique de tape-à-l'œil à l’occidental, de splendeurs byzantines et de pacotille primaire, cohabitent les Russes et les Ukrainiens. Malgré les subventions énormes provenant de Kiev, il n'y a que les oligarques qui y mènent bon train. Cela provient du système malade post-soviétique et du fonctionnement de l'économie, lequel repose sur le principe d'un subventionnement par l’État de l'exploitation du charbon et de la coulée de l'acier dans des entreprises semi-privées. Les bénéfices de la vente des matières premières tombent ainsi dans les poches des oligarques.
Dans cet endroit particulier, à moins de 100 km de la frontière avec la Russie - frontière qui de facto n'existe pas - coexistent une extrême pauvreté et une richesse inimaginable. C'est là-bas que j'ai eu l'occasion d'observer des manifestations de vingt mille séparatistes pro-russes. Les manifestants étaient surtout des gens qui avaient été amenés de Russie et appelés « touristes de Poutine ». La foule  était scindée en petits groupes de 30 à 40 personnes (un car) guidés par un leader qui donnait le ton en  les exhortant sur son signal à crier : RUSSIE ! LA MILICE AVEC LA NATION ! POUTINE ! RE-FE-REN-DUM et NATION DE DONETSK !
Ce sont ces exclamations appelant au référendum qui démasquent le plus le but des séparatistes. En effet, un référendum comme celui de Crimée pour « la nation de Donetsk » -  nation dont personne n’a jamais entendu parler jusqu'alors, - n’envisage rien d'autre qu’un nouveau morcellement de l'Ukraine.
La foule qui criait était surveillée par la milice  dite "Tituszki” (du nom de Wadim Tituszk qui, payé par le régime de Janukovich, rossa copieusement deux journalistes sous les yeux de la police au printemps 2013). Ces jeunes gens, très sportifs, qui se distinguent par les tatouages spécifiques à la prison, un style vestimentaire particulier et leur façon d’utiliser le dialecte propre aux prisons russes, déambulent le long de la manifestation et protègent les manifestants. En marchant moi aussi dans la foule, je me demandais de qui ils les protégeaient car personne ne les agressait : le vrai danger, c’étaient eux-mêmes.
Même ivres, dans la journée, ils sont assez calmes. Bridés comme par d’invisibles laisses, ils tiennent leurs dobermans marchant toujours derrière, grands, costauds chefs de gangs et de mafias particulières. Pour les gens du commun, les problèmes commencent à la nuit tombante. Laissés sans surveillance, ils rôdent par petits groupes dans le centre-ville à la recherche d’ennemis.
Nous avons d’ailleurs eu le plaisir - dont nous nous serions bien passés -  de rencontrer deux de ces groupes. La première fois, il s'est avéré que nous étions "des pédérastes européens" et qu’il serait bien de nous tuer sur-le-champ. La seconde fois, nous étions devenus des Ukrainiens de Bandera qu'il serait intéressant de découper au couteau. En fait, c'est le hasard qui nous a sauvés, et ce retour de nuit à la maison aurait bien pu nous être fatal. Comme ce fut le cas de Dmytro Czarniawski, jeune homme de 22 ans, à l'enterrement duquel j'ai assisté à Donetsk. Dmytro est mort d'un coup de couteau dans le dos assené par un criminel. Il assistait à une manifestation pour l'unité de l'Ukraine, soi-disant protégée par la police. Mais ce jour là, la police ne surveillait rien du tout, elle protégeait des bandits ! Derrière le dos de la milice, le groupe « tituszki” jetait des pierres aux manifestants, avant que les fonctionnaires de la milice ne fassent un corridor permettant à „tituszki” de se joindre aux manifestants pour les battre férocement. Pendant ce temps là, la milice n’intervenait pas et ne s’interposait pas pour défendre des gens complètement désarmés.
Ces événements qui se sont déroulés sur la place Lénine m'ont été racontés par un ami de Dmytro Czarniawski, à qui Dmytro avait donné son gilet pare-balles (les gilets pare-balles protègent des balles de petits calibres, des armes pneumatiques et des coups de couteau), en considérant que lui-même n’en avait pas besoin car il ne risquait rien en tant qu'assistant parlementaire d'un député.
Hélas, ce n'était pas vrai !
En me rendant à son enterrement, j'étais convaincu que dans cette ville d’un million d'habitants (Donetsk), ce serait une manifestation énorme de protestation contre la violence. Mais non ! Seulement 200 personnes
environ assistèrent aux funérailles et cela s’explique par le fait que les habitants de Donetsk sont terrorisés. Les gens n'ont pas confiance dans le pouvoir régional, la milice et la justice, qui ne sont pas loyaux envers le nouveau pouvoir de Kiev.
Nos observations de Donetsk sont déprimantes. En toute conscience, Poutine a réveillé les vieux démons nationalistes et ces démons se promènent déjà dans les rues, en attendant seulement un signe pour commencer leur danse mortelle. A mon avis, l'Europe est naïve et regardera bientôt sur ses écrans de télé des hécatombes et des tueries telles qu’il en fut dans les Balkans. Hélas, je crains que cela ne se produise très vite. Avec l'arrivée des "bonhommes verts" et ensuite de l'armée russe, le scénario à répétition de la Russie impériale se réalisera. Il a été dernièrement répété en Crimée, et avant la Crimée, en Tchétchénie, en Abkhazie, en Ossétie et en Géorgie.
Poutine suit une vieille tactique soviétique : pour détourner l'attention de ses problèmes intérieurs, il a aperçu un ennemi à Majdan de Kiev. Et c’est un ennemi dangereux pour la Russie de Poutine, car il dévoile à un homme post-soviétique qu'on peut vivre autrement. Qu'on peut être libre et qu’on peut protester contre l’énorme appétit de pouvoir des oligarques et de l'administration gouvernementale corrompue, contre aussi le totalitarisme qui bafoue la dignité humaine.
Les Européens n'ont peut-être pas conscience de ce que la machine de propagande de Poutine contrôle tous les médias en Russie. Actuellement, il n'y a aucun journal indépendant, sans parler de la télévision, qui pourrait se permettre d’émettre des opinions différentes de celles dictées par le Kremlin. Aucune forme de critique n'est admise. C'est ainsi que Poutine a convaincu les Russes, et beaucoup d'Européens je pense, que les gens qui sont au pouvoir en Ukraine sont des fascistes et des nationalistes.  Si tel était le cas, moi, en tant que Polonais, je ne pourrais pas me promener tranquillement dans les rues de Kiev, Lviv ou Tarnopol. Là- bas, en tant que Polonais et citoyen de l'Union Européenne, j'ai ressenti beaucoup de sympathie et un grand espoir que nous ne les laisserions pas seuls dans cet affrontement avec l’Ours du Kremlin.
Les émeutiers de Majdan  décrits par la propagande comme fascistes de l'Ukraine de l'ouest, sont bien plus européens que la Russie et Poutine.
Certes, en Ukraine, comme dans toute l'Europe, l'extrême droite est présente. Elle ressemble au Front National de Le Pen en France,  à la Ligue du Nord en Italie, ou encore au Parti de Liberté en Hollande et en Autriche. Comme dans d'autres pays, Secteur Droit est anti-européen, nationaliste et inconciliable dans ses extrêmes. Il s'est cristallisé à Majdan lors de la protestation de trois mois. C'est un amalgame hétérogène de quelques organisations de l'Ukraine de l'ouest et il n'a pas de programme politique cohérent. Dans toute l’Ukraine,  Secteur Droit compte environ 500 membres dont seulement 300 réellement actifs. A Majdan, les activistes de Secteur Droit n’avaient que deux tentes dans lesquelles il y avait par moments environ 40 activistes. Pour un état de 44 millions d’habitants, c’est un minuscule échantillon de la société ukrainienne ! Dans le dernier sondage pour les élections présidentielles, Dmytro Jarosz,  leader de Secteur droit, est crédité de moins d’un pour cent des suffrages.
A part sa carrière politique très rapide et ses sources de financement difficiles à déterminer, Jarosz s’est illustré par une visite au Président Victor Janukowic, quelques heures seulement avant le massacre par les snippers.  Il n’y pas de preuves formelles, mais plusieurs personnes de Majdan pensent qu’il a été financé par les Russes. Le fait d’être présenté  par les médias russes comme un personnage influent (avec moins  d’un  pour cent !) de l’extrême droite, est une raison suffisante pour que la Russie intervienne pour la défense de ses citoyens résidant en Crimée.

Pour comprendre la mentalité d’un Russe moyen contemporain et sa fierté d’appartenir à  la grande et puissante Russie, il faut savoir la peur très profondément ancrée chez l'individu d'un pays totalitaire. Savoir la peur qui habite ces gens depuis des générations et qui fait partie de leur vie quotidienne – comme le fait de respirer, de manger ou de boire de la vodka. Ces esclaves dans leur mentalité à ne pas être libres, courageux et forts en tant que citoyens, enivrent leur soif de liberté afin qu’elle ne puisse pas se réveiller un jour avec  la "gueule de bois". C’est la raison pour laquelle ils voient dans Poutine une sorte d’illusion, un trompe-l’œil, de leur bonheur personnel et le montrent dès lors fièrement au monde entier.
Une discussion que j’ai eue dans le train de nuit d’Odessa à Tarnopol illustre mon affirmation. Mon interlocutrice, une jeune et  jolie Tania, m’a dit, tout en trinquant avec du cognac, que l’Ukraine était une petite datcha russe que le monde leur avait volée et que la Russie récupère maintenant. Elle m’affirmait également ne pas comprendre quel était le questionnement de tout le monde en Europe. Car l’Ukraine n’est qu’une fiction : le fait doit être pris en compte non seulement par la Russie, mais aussi par nous, Polonais.  Ce sera ainsi mieux pour tout le monde.

Dans le monde post-soviétique, les hommes politiques qui entretiennent de vieilles relations à l’intersection du pouvoir, de l’argent et de la pègre, voient d’un mauvais œil le changement proposé par Majdan. Ils ne veulent pas de principes transparents quant au fonctionnement de l’État, ils préfèrent plutôt le flou de la pègre soviétique et, avec ce flou-là, les comptes illégaux à Chypre et en Suisse, ainsi que de belles demeures sur la Côte d’Azur.
Et l’Europe, en appréhendant le monde à travers les lunettes rose de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ne comprend pas (ou ne veut pas comprendre comme d’habitude)  la Russie impériale… L’Union Européenne vit avec la conviction que cela ne la concerne pas. Donetsk? Mais c’est où ça, pour que l’on s’en soucie ? Donetsk, mes chers amis français, est là, tout près de vous... Dans vos banques de la Côte d’Azur et dans les  yachts ancrés là-bas. Tout à fait sérieusement, pourquoi pas ?
Dans un premier temps, les « bonhommes verts » en civil déclareront que les Français les persécutent et que la minorité russophone se sent menacée dans ses villas de bord de  mer. Et ces gens, cette fois-ci en uniformes, réclameront la défense des intérêts de la nation de la Côte d’Azur» et demanderont à Poutine d’envoyer son armée à Nice et à Cannes. 
Vous devez certainement penser que ce sont là les coquecigrues d’un Polonais déséquilibré… Pourtant, il y a quelques années, quand je buvais du cognac de Crimée avec mes amis russes, ukrainiens ou tatars en chantant des romances russes, je n’aurais jamais cru non plus que mes amis allaient bientôt s’entretuer.
Et c’est maintenant ce qui se passe là-bas. Les Ukrainiens et les Tatars sont contraints de partir et les Russes occupent désormais leurs maisons.
Réfléchissez bien si cela serait complètement impossible sur la Côte d’Azur. Pourquoi pas, après tout, mes chers amis français ?

Jacek Piasecki

Traduction du polonais : Dorota
Illustration :  
Jacek Piasecki  

12:50 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : histoire, écriture, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.03.2014

Le numérique : une réforme, pas une révolution

littératureIl y eut successivement - et en même temps durant des périodes charnières plus ou moins longues - l’odeur, le gestuel et le grognement, puis la parole, puis, enfin, le langage.
Certains paléontologues attribuent au langage, autrement dit à la faculté de désigner le monde par des sons particuliers bientôt structurés, la suprématie de Cro-Magnon sur le Neandertal, jusqu’à la disparition complète de ce dernier.
Ce serait donc grâce à la maîtrise de la communication qu’une espèce se serait imposée à une autre,
jusqu’à la faire disparaître au cours de la longue conquête de la planète. Une espèce qui parle, qui a une conscience parlée, est donc, déjà, beaucoup plus armée dans la lutte pour la survie qu’une autre qui n’a pas encore acquis ces techniques et en est restée au gestuel et aux onomatopées, aux cris et aux grognements. Imaginer par exemple que les loups, dotés d’un langage complexe et seulement intelligible à l’intérieur de leur espèce, auraient pu vaincre les hommes et s’imposer à leur place dans l'environnement, n’est, à mon sens, une idée farfelue que pour les farfelus dans leur conception de l‘organisation et de la genèse des sociétés.
Le langage fut ainsi la première grande et victorieuse révolution des hommes dans leur entreprise de domination du monde.
Faisons l’impasse sur des siècles et des siècles au cours desquels s’affina ce langage, jusqu'à être capable de dépasser sa fonction primaire d’oralité et de se doter d’une représentation graphique. Nous abordons la théorie du langage, c'est-à-dire l’écriture,  et nous  sortons ainsi de la Préhistoire pour rentrer triomphants dans l’Antiquité.
L’écriture, fille de la parole,  fut ainsi la deuxième grande et victorieuse révolution des hommes dans leur longue entreprise d’appropriation de leur environnement.

Il n’y en eut plus aucune de cette envergure. Les autres révolutions dans cette appropriation par la conceptualisation, ne consisteront désormais qu’en de gigantesques réformes à l’intérieur même de la parole et de l’écriture.
La première de ces grandes réformes, celle qui a bousculé la vitesse de diffusion du langage, fut l’imprimerie. Ceci dit en passant, non inventée par le sieur Gutenberg comme l’ânonnaient nos premiers livres d’histoire au chapitre CM2 des Grandes inventions et découvertes, mais par lui perfectionnée au point de la rendre incontournable. Mais Gutenberg n’a pas plus inventé l’imprimerie que Google n’a inventé internet : Il en a eu "l'intelligence".

Il nous faut encore
faire l’impasse sur presque un siècle avant que l’ingéniosité des caractères typographiques, en métal et mobiles, ne porte, ailleurs que chez le clergé tout occupé à faire imprimer ses livres saints, ses véritables fruits.
Un siècle où l’imprimerie ne révolutionna rien du tout et, même, n'intéressa quasiment personne. C’est Luther qui, le premier, comprit l’utilisation militante qu’on pouvait tirer de la nouvelle technique. C’est par l’écriture qu’il afficha ses 95 thèses à Wittenberg, thèses qui jetèrent les fondements de la Réforme et du luthérisme. Mais, si on en était resté à cette diffusion, le luthérisme en serait resté, lui, au stade confidentiel. L’imprimerie vola à son secours et c’est par milliers d’exemplaires et de brochures que se dispersèrent les principes du protestantisme. Quand Rome prit la mesure du danger et voulut intervenir, il était bien trop tard : la quasi-totalité de l’Europe était au courant des fameuses thèses, approfondies et développées.
L’écriture imprimée selon Gutenberg ne cessa dès lors de se perfectionner encore, de plus en plus, et de servir de point d’appui essentiel à la diffusion de l’art et de la pensée.

littératureJe fais à nouveau l’impasse sur six siècles de ce perfectionnement et j’en arrive au numérique.
Mais je ne passe pas pour autant d’une Préhistoire à une Antiquité ou d’une Antiquité à un Monde contemporain ou d’un Monde contemporain à un Monde plus nouveau encore ; je reste à l’intérieur de l’écriture et de la socialisation de la pensée, choses acquises depuis longtemps. Je suis encore dans l’Antiquité. Je change de support. Je change de technique. Pas d'ère humaine.
Car un examen approfondi des sociétés dans lesquelles ces situations successives d’évolution de la communication, très sommairement évoquées ici, ferait apparaître que ces révolutions et réformes de la propagation du langage et de la pensée n’étaient pas des exigences en soi, pour la beauté du geste, si j’ose, mais étaient fondamentalement dictées par des révolutions existant en profondeur dans les infrastructures de ces sociétés : on changeait à chaque fois de mode de production des besoins, on changeait à chaque fois de structure sociale, on élargissait aussi les horizons de la machine ronde, on traversait des mers jamais traversées, on découvrait des terres jusqu'alors ignorées.
En gros, le langage de Cro-Magnon avait annoncé la Préhistoire et l'organisation hiérarchique, structurelle,  du clan, l’écriture avait annoncé l’organisation étatique de plus en plus centralisée ainsi que la littérature et la philosophie, l’imprimerie avait annoncé la fin de la féodalité et la Renaissance... Ce qu’annonce le numérique n’est pas encore audible.
La vitesse de communication d’internet, la concentration du savoir qu’il détient dans sa sphère, savoir directement accessible, est complètement décalée, presque jusqu’au handicap, quand on considère que les hommes en sont en même temps restés aux sources d’énergie du XIXe siècle, charbon et pétrole, et que les sociétés, toujours courbées sous la dictature économique, n’ont pas avancé d’un poil, sinon dans l’accumulation perfectionnée de marchandises de plus en plus inutiles.
Il y a là un hiatus que le monde n’est pas prêt de rendre agréable à l’oreille.
L’adaptation du monde au nouveau mode de diffusion du monde, ne semble pas pour demain.  L’esprit de ce qui s’écrit sur internet ne révolutionne en rien, absolument en rien, l’esprit, ni n’ouvre d’autres projets de société, d’autres destinations humaines, d'autres façons du construire ensemble. La preuve : on se bat aux quatre horizons du monde comme on se battait à l'Antiquité, au Moyen-âge et à toute autre époque.
Dès lors, nous pataugeons presque dans l’inutilité en perfectionnant un outil de communication sans changer le destin de ce que nous avons de fondamental à communiquer. Nous risquons - si ce n'est déjà fait -  de faire ainsi de notre langage un simple bavardage, un luxe divorcé du réel, comme le serait la faux extraordinaire d'un cantonnier là où l'herbe ne pousse jamais plus.
Autant dire, pour la première fois dans l'histoire, nous risquons de signifier la fin de la communication par manque de matière à  communiquer, comme un moulin finit par se briser quand il continue de tourner et qu’il n’y a plus de grain  à moudre.
Le numérique, donc, celui avec lequel nous écrivons, n’aurait pas été plus pauvre qu'il n'est actuellement avec Balzac, Zola ou Maupassant tenant un blog. C’est dire comme ils étaient en avance, ceux-là, ou alors, plus sûrement, comme nous sommes encore en retard, nous autres, et combien nous manquons d'esprit d'initiative pour réinventer, non pas les outils du monde, mais le monde lui-même.
J’ajoute que diffuser Balzac, Maupassant ou Zola en numérique revient à faire du numérique l'outil performant d'un stockage rationnel, si cher aux thuriféraires de la production capitaliste. Avoir 2500 livres dans sa liseuse et dans la poche intérieure de son blouson, relève plus de la performance technique que d'une technique de la performance. Cela revient à satisfaire sans satisfaction une préoccupation majeure de la fin du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe en matière de conditionnement des marchandises, jusqu'à la " géniale trouvaille" du flux tendu  supprimant la logique du stockage.
Avouons que pour pratique que ce soit, il n’y a pas de quoi sauter aux nues ni de quoi crier à la  révolution fondamentale ! A moins d'être résolument du parti pris des imbéciles qui, comme chacun le sait, est le parti majoritaire auquel, pourtant, chacun d'entre nous se défend d'appartenir...
Je crois donc que les ethnologues du futur ne situeront pas la révolution numérique au XXe siècle, ni même, peut-être, au début du XXIe siècle. Ils la situeront - si tant est qu'elle intervienne un jour - quand le numérique
aura fait la preuve qu'il a changé le mode de fonctionnement des sociétés, en a amélioré considérablement le destin et l'esprit.

11:07 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.03.2014

Limites

littératureEn ce minuscule lieu perdu de l'arrière- campagne, les pieds sur la mousse humide, je mesure combien est encore dérisoire, préhistorique, antédiluvienne même, l’organisation des hommes entre eux.
Si je fais deux pas en avant, je réintègre mon monde. Je suis en Europe, Schengen, je suis sous les lois de Paris, de Madrid, de Lisbonne, de Rome et de Trifouillis les oies…Je n’ai pas besoin de visa sur un passeport, je n'ai même pas besoin de passeport du tout, je suis quasiment à la maison.
Si je pouvais faire deux pas en arrière, toutes les lois et la plupart des valeurs qui régissent ma vie sociale seraient abolies en une seconde à peine. Même mon alphabet, mon cher alphabet, celui que j'ai appris en culottes courtes, au début, avec lequel tous les jours j’essaie de me dire dans ce monde, ne me serait plus d’aucune utilité.
Peut-être même irais-je manu militari tâter de la paille humide du cachot néo-collectiviste.
Je mesure, là, combien est fragile la liberté de mettre un pied devant l’autre sur une planète aplatie sous la botte et
raccommodée, rapiécée, par la politique des hommes. Homo erectus, lui, passait les fleuves, les ruisseaux et les montagnes sans avoir à montrer patte blanche. Homo erectus ignorait la politique. Une ignorance qui faisait de lui un savant.
J’ai une vague impression, aussi, d’avoir toujours vécu ici. Sur des frontières. Entre crépuscule et aurore, sans jamais savoir trop dissocier lequel annonçait la nuit et lequel anticipait la lumière. Sinon par l'illusion et la volonté d'exister. Vécu sur l'expérience des limites.
De l'autre côté de ce poteau blanc et rouge, commencent les Russies. Celle de Minsk et celle de Moscou. Où ronronnent des canons. Au cas où...

Et je me demande bien ce qu’en pensent les gens de la ferme, là, tranquilles, peinards, sur leur petite colline. Savent-ils qu’ils sont un pointillé. Un pointillé virtuel sur la carte et tellement dangereux sur la terre ferme, quand la folie risque de rallumer une fois encore le feu aux poudres.
Et ces grands corbeaux que je vois tournoyer, avec des reflets bleus sous leurs ailes déployées, qui vont d’un saule à l’autre, d’une rive à l’autre du fleuve, qui croassent d'un système à l'autre, savent-ils leur supériorité politique ?
Qu’ils sont bien au-dessus de l'intelligence barbare des hommes ?

08:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.03.2014

Illusions

1795756_10151969869723235_1640376065_n.pngUn homme vit aussi d’illusions. C’est là son voyage dans la stratosphère, sa projection dans les ailleurs, et seuls les imbéciles, les pragmatiques, les menteurs et les salauds (qui sont souvent les mêmes) prétendent ne pas avoir d’illusions. En confondant, d’ailleurs, excusez-moi du peu, « illusions » et « espoirs », car même le désespéré a des illusions, ne serait-ce que la pire d'entre toutes : celle de croire que la mort sera plus vivable que la vie.
Ainsi suis-je également un imbécile, un pragmatique, un menteur et un salaud quand je dis à qui veut bien l’entendre que je ne me fais aucune illusion sur la capacité (voire la volonté) de la politique à changer une part du monde et à la rendre un peu meilleure.
C’est faux. Tout homme, s’il n’est un fou brasseur de néant, qui se mêle de la critique du monde, à quel que niveau que ce soit, se fait forcément des illusions. Il espère que sa critique, si peu entendue qu’elle soit, si infime soit-elle, contribuera à réparer des erreurs, lever des malentendus, mettre au grand jour des injustices, dénoncer des crimes, prévenir des catastrophes, que sais-je encore ?
Que cette critique n’atteigne que très rarement son but n’est pas, hélas, très important. Le vital est dans l’illusion. Dans le prisme déformant que crée le rapport au monde car ce prisme déformant a ses racines dans les profondeurs, non pas de l’idéologie – qui n’est somme toute que la mise en scène masquée du « moi », le tuyau social de son expression– mais de l’être que l’on est.

Ces quelques lignes pour te dire, lecteur, combien j‘ai été bouleversé, jusqu’à la nausée, par l’attitude politique de Hollande et de l’Europe entière dans le drame ukrainien. Bouleversé non pas dans mes convictions politiques, qui ne sont ni convaincues ni guère convaincantes, mais dans ma conception, mon ressenti plutôt,  de l’honnêteté et de l’intelligence humaines.
Bouleversé en profondeur. Remué. Tétanisé même.
C’est donc bien que je me faisais encore des illusions en dépit de tout mon mépris pour les grands de ce monde qui, comme se plaît à le dire l’exergue de ce blog, ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.
Je ne vais pas, une fois encore, décrire la situation. Reste qu'un gouvernement insurrectionnel qui compte dans ses rangs des nazis déclarés, est reçu à bras ouverts dans les palais républicains de toute l'Europe. Pire : à peine les morts de Maïdan (dont on ne sait toujours pas avec certitude par qui ils ont été tués) sont-ils refroidis que cette Europe signe un bout de papier de coopération avec ce gouvernement. Tout en jetant sur la Russie l’opprobre et l’indignation des gens bien, blancs comme neige, non-violents, démocrates et jamais délinquants.
La nausée, te dis-je, lecteur. Et si Toi, tu ne l’as pas encore eue, cette nausée, je me fais encore l’illusion de te contaminer par ces quelques paragraphes. J’irais même jusqu’à dire que si tu es en bonne santé, tu devrais tout de suite te sentir malade. De honte.
Et je rigole de colère ce matin quand j’entends ces Français socialisto-républicains s’indigner de ce que quelques frontistes-nationaux ont gagné (ou sont en passe de gagner) des élections municipales alors que leur lamentable chef, leur tartuffe de chef, caresse dans le dos les héritiers de Bandera et les thuriféraires de la division SS Halychyna.
Peut-on, dans ce cas-là, éprouver autre chose que le dégoût ? Me le diras-tu ? Si les tueurs de Maïdan s’étaient revendiqués de Nestor Makhno plutôt que de Bandera est-ce que l’Europe leur aurait fait ainsi les yeux doux ? Est-ce que l'onctueux Hollande miaulerait ainsi ses phrases convenues sur l'intégrité du territoire ukrainien ? Cet homme a le génie de faire en sorte qu'une vérité éculée qui sort de sa bouche sonne tout de suite comme un misérable mensonge.
Il est là, mon malaise. Dans mon (notre) impuissance à relever le défi de l’odieuse stratégie des calculateurs.
Il est aussi dans le fait de n’avoir pas été assez fort pour trouver dans mon propre bonheur d’exister, dans mon plaisir à vivre avec des gens que j’aime,
loin des brouhahas, dans un village désert de la frontière européenne ; dans la satisfaction aussi de publier un nouveau livre, la force d’éviter les haut-le-cœur du désarroi.

Mon illusion ? Elle est désormais cruelle : que tous ceux qui ont joué avec les ordures se réveillent bientôt dans une poubelle.

Illustration dénichée je ne sais où par Jagoda

12:31 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

19.03.2014

En direct

 DSCN0621(1).JPG1- Dans un texte écrit fin décembre, je faisais allusion à un ami qui, toutes les semaines, fait le voyage pour Moscou, aller-retour.
Pendant que les occidentaux, défendant une part d’indéfendable (en tout cas ne défendant pas en profondeur ce qu’ils prétendent défendre dans leurs discours et divers effets de menton) menaçaient la Russie de sanctions commerciales, nous nous inquiétions, D. et moi, de ce que cet ami pourrait dès lors perdre son travail si les choses venaient à empirer.
D. lui ayant posé la question, notre copain a répondu,
nullement inquiet :
- Bah ! Penses-tu ! Ce que je transporte en Russie, l’Allemagne nous l’achètera pour le revendre à Moscou. On a déjà vu ça…
Et vlan ! C’est ce que j’appelle avoir, à la base, la conscience et l’intelligence du monde plus franches que ceux qui prétendent le gouverner, ce monde !
Alors, les gesticulations Merkel/Hollande et consorts, c’est quoi exactement ?
Ah, si seulement les chaumières avaient la bonne idée de se réveiller enfin !

2- Une dame ayant une très grande connaissance professionnelle de l’Ukraine dit qu’effectivement on sent très bien, et depuis longtemps, chez les nationalistes ukrainiens un mépris et une attitude hautaine à l’égard des Polonais…
Ce n’est pas une trouvaille, certes. Mais c’est mieux de le savoir par des témoins directs que par la pensée déléguée.
Et ce sont des gens de cet acabit que l’Europe, les Américains et le FMI s’apprêtent à financer. Pourtant, quand on nourrit des renards, en général, on ne s’attend pas à ce qu’ils vous mangent un jour vos poules.
Mystère des diplomaties…

Cette dame dit aussi que si la grande majorité du peuple russe est derrière Poutine et même s’exalte de sa fermeté et de son patriotisme, c’est qu’il a tiré les gens de la misère noire dans laquelle les avait laissés Boris Eltsine.
Poutine a donc derrière lui une force qui ne s’invente pas, une force qui ne se crée pas par l'artifice du discours, une force que jamais n’auront ni Obama ni Hollande : un peuple.
Cela, il faut être russe pour le comprendre sans y aller de ses petits jugements préconçus dans les Hautes Écoles de l’Administration.
Il faut savoir ce que signifie d’avoir survécu par le pain rassis et les patates.
Les occidentaux ne comprendront donc jamais rien à la Russie.
Et en espérant de toute mon âme qu’il soit cette fois-ci encore conjuré, je pense, hélas, que, sur le vieux continent, entre l’Ouest expansionniste, de plus en plus à la botte américaine, et l’Est qui s'éveille aux délices du capitalisme sauvage sans renier encore le sentiment de "nation",
l’affrontement sera, à l‘échelle de l’Histoire, inévitable. 

Illustration : Une photo prise en Russie par notre ami , tout comme celles ci-dessous

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17.03.2014

Je me pose des questions

NR.JPGQui ne sont pas forcément légitimes, mais le fait est qu'elles sont.
Tenez, ce matin par exemple, je voulais écrire ça :

"Un clown

L'UE ne reconnaîtra pas la "pseudo consultation" en Crimée…
Quand il a dit ça, le galant en mobylette, on aurait dit qu’il venait de découvrir l’eau chaude.
Pourtant… Déjà en 2005, il n’avait pas reconnu la vraie consultation qui sanctionnait négativement le traité européen et, au congrès de Versailles, avait déclaré la susdite consultation nulle et non avenue.
C’est une manie chez lui. Une manie de clown.

Interrogé sur la possible suspension de la vente de navires militaires français de type Mistral à la Russie, il a déclaré que ces sanctions "liées à la coopération militaire" relevaient du "troisième niveau de la sanction". "Nous en sommes au premier", a-t-il relevé.
Ben voyons…
Moi, je serais ukrainien que je ne voudrais pas pour un sou d’un ami pareil ! Genre qui vous caresse la joue droite et qui vous flanque une beigne sur la gauche. Genre qui vous chante la messe de l’apaisement le doigt sur une gâchette…
Tant il est vrai que des millions de dollars paraphés sur un contrat, ça vaut bien tous les Ukrainiens et toutes les Crimées du monde !
Un clown, certes, mais pas désopilant du tout. Un clown tragique."

Je voulais donc écrire ça, mais je ne l’écrirai pas.
Parce que je me pose des questions. Depuis que je publie mes textes sur le drame ukrainien et la fourberie démocrate des Européens, les lecteurs sont très nombreux.
En revanche, peu, très peu de réactions. Aucun débat sur cette exceptionnelle situation qui risque fort de nous tous embarquer sur le pire des radeaux.
Pourquoi ?
Peur de se tromper de camp parce que, cette fois-ci, le chaos n’est plus aux antipodes, sous d’autres cieux que nous ne verrons jamais, mais  bien à notre porte ?
Pourtant, je ne fais allégeance à aucun des protagonistes, même si je dénonce plus facilement ceux d’entre eux qui avancent les plus masqués.
Je ne fais allégeance qu’à l’amitié entre les peuples.
C'est-à-dire à une Idée.

J'ai signé ici un article dans la Nouvelle République du Centre-ouest.

11:42 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature, écriture, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.03.2014

Impérities ou immondes calculs ?

reuters.jpgLe ministre russe des affaires étrangères, Lavrov, porte-parole de Poutine-Bonaparte, s’étonne avec juste raison de ce que son homologue français, Laurent Fabius, affirme sans vergogne sur France Inter que le gouvernement insurrectionnel de Kiev n’est pas un gouvernement d’extrême-droite. Bien à droite, admet le rusé Fabius, mais pas à l’extrême-droite  quand même.
On est en droit de se demander où, dans sa stratégie de brouilleur de cartes déjà biseautées, Fabius classe ce gouvernement dans lequel officient trois membres de Svoboda, parti nationaliste, xénophobe, résolument et ostensiblement – brassards croix gammée arborés sans vergogne -  antisémite. Très légèrement à gauche d’Hitler, sans doute. François Copé, dans les «fabiuseries» diplomatiques et eu égard à l’idéologie de ceux qui ont pris le pouvoir en Ukraine, est un anarchiste partisan de la démocratie directe et du partage social. Marine Le Pen, quant à elle, comme chacun ne saurait à présent l’ignorer, est une dangereuse trotskiste !
Si ce n’était à ce point dramatique d’entendre des embrouilles pareilles, si ce n’était pas par ces discours irresponsables ou pervers qu’un nouveau cataclysme guerrier risque de nous trancher la tête, le fou rire nous ferait mal au ventre…
Fabius est un menteur. D’ailleurs Lavrov lui rappelle qu’en octobre 2013 le parlement européen déclarait à propos de Svoboda "que ce parti allait à l'encontre des valeurs fondamentales de l'Union européenne".
Alors qu’est-ce qui a changé en cinq mois, Monsieur le digne diplomate français ? Le parti nazi ukrainien ou les valeurs européennes ? Hum... La question mériterait plus ample examen.
Et Lavrov d’ajouter : « Désormais, on arrive à une situation où les dirigeants de Svoboda, parmi lesquels une figure aussi odieuse qu'Oleg Tiagnibok, sont devenus en Occident des personnalités tout à fait respectables ».
Vous avez bien entendu :
Oleg Tiagnibok. L’Europe a donc bel et bien vendu son âme au diable mais c’est pour nous qu’elle ouvre les portes de l’enfer. Car connaissez-vous bien cet Oleg Tiagnibok ?
Pour plus de rapidité, je pique quelques éléments dans Wikipédia et je jette à la face de Fabius, Hollande, et de tous les soi-disant démocrates européens les lignes suivantes : « Parti Svoboda. Son dirigeant est Oleg Tiagnibok. En automne 2011, le parti avait organisé un défilé contre l'arrivée massive de juifs hassidiques, qui effectuent chaque année en Ukraine un pèlerinage sur la tombe d'un célèbre rabbin.
De même, l’organisation a souvent été pointée du doigt pour la glorification du passé collaborationniste d'une partie du peuple ukrainien avec l'Allemagne nazie et pour avoir organisé la commémoration en 2013 du 70e anniversaire de la création de la division SS Halychyna, qui a combattu dans les rangs hitlériens.»
Est-ce assez  clair ? Fabius sait-il lire ?
Rappelons aussi que les pires fauves, plus redoutables que leurs maîtres SS allemands, fauves parmi les fauves ayant égorgé, pendu et torturé à Sobibor, Majdanek et dans le ghetto de Varsovie étaient ukrainiens et que certains nationalistes se réclament aujourd'hui de cette glorieuse descendance !

 Ce n’est donc pas tant de Poutine – même si ses intentions n’ont rien d’angélique - qu’il faut avoir peur aujourd’hui, mais de ces politiques européens qui, par suivisme à l'égard de la volonté américaine de détruire une fois pour toutes la Russie géopolitiquement gênante, ont fait allégeance aux pires nazis que compte encore sous son ciel le vieux continent.

Et maintenant ?

1 - Dimanche, en Crimée, jour du référendum (duquel on peut effectivement douter de la légitimité), sera la journée de tous les dangers. Des provocations sont à craindre et si cette journée se termine par un bain de sang, il faudra que les citoyens européens réfléchissent pour une fois dans le bon sens et se demandent à qui profite le crime.
A tout le monde sauf à Poutine, ça tombe sous le sens le plus élémentaire.

2 – Tout se passe dans l’ordre. La Crimée verse du côté russe et n’est reconnue au plan international  que par elle. S’en suivra une longue déstabilisation, économique et politique, de toute la région.

3 –L’Ukraine amputée de sa province méridionale, blessée, versera dans le chaos des rancœurs intestines, dans les règlements de compte, et, partant, dans le nationalisme le plus intransigeant et le plus rétrograde.  Elle se tournera vers l’Ouest. Avec un œil gourmand, revanchard, sur les territoires polonais les plus proches, comme le montre une carte de l'Ukraine récemment revue et corrigée par les nationalistes.

4 – La Pologne, par russophobie historique et culturelle, s’est pourtant jetée à corps perdu dans les bras de l’Occident. Le chef de sa diplomatie, Sikorski, a traité publiquement Poutine « de rapace dont l’appétit grandit en mangeant». Avouez que dans la bouche d'un diplomate ayant en charge de calmer les esprits, ces propos sont pour le moins curieux !
Moscou ne lui pardonnera pas le camouflet. Et bien d'autres choses encore...
Les nationalistes ukrainiens, quant à eux, la haïssent… Les deux partis nationalistes, dont Svoboda, se sont déjà illustrés par des propos violemment polonophobes.
La Pologne donc, en fonçant tête baissée dans le brouillard américano-européen, n'a retenu aucune leçon de sa situation géographique et culturelle de pays tampon entre l’Est et l’Ouest, situation qui lui a valu pourtant d'essuyer au centuple toutes les grandes catastrophes du XXe siècle !
Des jours noirs l’attendent.
Je le crains.
Car une fois que Poutine, l’Oncle Sam, l’Allemagne, Londres et Paris - parce qu'ils n'ont que cette solution de compromis pour éviter le troisième cataclysme - se seront tendu la main par-dessus sa tête, ils ne se fâcheront pas une deuxième fois pour les beaux yeux de Varsovie.

En espérant, encore une fois, me lourdement tromper. Par amour pour mon pays d'accueil et amitiés pour tous les peuples de la terre.

Bon week-end à tous cependant !


Photo : Thomas Peter - Reuters

11:38 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, ukraine, littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

13.03.2014

Les revenants

littérature,écritureCet après-midi je serai à Włodawa, petite bourgade jouxtant la frontière ukrainienne.
J’y serai avec le ciel bleu, encore froid, et sous le soleil, encore falot.
Je traverserai des villages de bois et de larges forêts de pins aux bouleaux mêlés.
Je verrai, en contrebas, le Bug-frontière qui suinte sur les prairies alentour la fonte des neiges de son amont ukrainien.
Je verrai des passants, je verrai des rues et je verrai des commerces.
Tout près de là, de l’autre côté de la forêt où gémissent encore les esprits de Sobibor, je me dirai une fois encore ce que je sais déjà par cœur et par le cœur : que les hommes sont des chiens qui ne retiendront jamais rien de la piste qu’ils ont suivie…
Je penserai à la Pologne une nouvelle fois - mais cette fois-ci par la vanité d’être européenne - aux premières loges du danger ; danger dont les occidentaux n’auront cure si, par malheur, la folie venait à glisser du mauvais côté de l’esprit…
Et je penserai, comme je le pense en cet instant, que l’Histoire est cruellement ironique : Yalta est une station balnéaire de Crimée…

Cet après-midi, je serai à Włodawa, petite bourgade jouxtant la frontière ukrainienne.
Jagoda me dira peut-être – comme elle m'a
récemment dit – qu’elle a peur de la guerre. Et je m’esclafferai, goguenard, grand sage et bonhomme, en disant que les guerres, pouah, ah ! ah ! ah ! c’est comme les revenants : ça n’existe que dans les cauchemars et les mauvais livres !

11:15 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.03.2014

Vient de paraître : Le Diable et le berger

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Pour lire plus confortablement et, le cas échéant, commander, c'est ici

10:11 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

10.03.2014

Car tel est notre bon plaisir

littérature

Il y a quelques années déjà, j'avais lu avec délectation le Roman de Renart.
Je n'en avais jusqu'alors lu que des extraits, assez larges tout de même, et l’envie m’avait donc pris de lire ce maître-livre du Moyen-âge, d’un seul trait, dans sa totalité.
Car voilà bien un roman - au sens où il fut rédigé en langue romane - qui a bercé notre apprentissage littéraire sur les bancs de bois de la prime école et dont les célèbres animaux-personnages ont longtemps hanté notre imaginaire.


On y apprend beaucoup sur la langue et, en filigrane, sur une certaine société des XIIe et XIIIe siècles.
Bref, voyez comme, sur les susdits bancs de bois des écoles de notre enfance, on nous a gentiment gavés d’erreurs qui, par la suite, se sont accrochées à notre âme comme le chapeau chinois à son rocher.
Je me suis donc souvenu de cette phrase avec laquelle les rois de France motivaient leurs ordonnances et expédiaient leurs sujets sur la paille humide des cachots, phrase qu’on nous rabâchait pour nous bien montrer l’arbitraire des despotismes d'antan et, par contraste, pour nous éclairer
sans doute sur cette belle République à la lumière de laquelle nous avions la chance de nous épanouir : Car tel est notre bon plaisir.
Je me souviens aussi du sentiment de révolte qui sourdait alors en mes juvéniles tripes devant ces dictateurs "emperruqués" qui, par plaisir, par jouissance perverse, se plaisaient à faire la pluie ou le beau temps.

Il en était peut-être ainsi. Certes. Mais l’exemple qu’on nous donnait pour faire entrer dans nos jeunes caboches les abus de l’Ancien Régime, n’en était pas moins traîtreusement falsifié.
Dans le procès de Renart, deuxième livre, le chien Rooniaus est désigné comme justice. C’est-à-dire comme juge. Les Anglais ont d’ailleurs gardé ce sens primitif et désigne sous le nom de justice le Président d’un tribunal. Le plaids, c’est l’enquête, l’instruction, en même temps que la décision du juge motivée par cette enquête et cette instruction.
Et ce plaids-là apparaissait en latin dans le tale placitum, soit " telle est la décision prise par la cour."
Voilà la traduction exacte de notre fameux tel est notre plaisir.
Ne nous a donc pas dès lors enseigné un véritable contresens, la décision d’une cour après instruction étant censée être l’exact contraire de l’arbitraire et du plaisir pris à punir ?
Ah, combien de mots et combien de formules employons-nous ainsi, dans nos paroles comme dans nos écrits, à l'envers de leur véritable mission ?
J'en suis presque effrayé.

13:24 Publié dans Acompte d'auteur, Lettres à Gustave | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.03.2014

Métaphysique de l'amour

Quand on fait l'amour sans la sublimation amoureuse, on tire un coup ou on se fait mettre.
C'est selon.
Quand on fait l'amour par amour, quand la sensualité passe aussi au spirituel, on engage un combat avec la mort dont on ressort vainqueur.
Pour un temps encore...
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14:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.03.2014

Le vent se lève...

Avant le drame qui se déroule actuellement en Ukraine, je ne m’intéressais que de loin aux gesticulations sociales-démocrates, sans surprise, atones, d’Hollande et de ses complices.
Mais, de par la nationalité de ma petite famille et de par la géographie où s’écoulent mes jours, ce drame ukrainien me touche et il m’a dès lors bien fallu entendre, lire et comprendre l’attitude haïssable de toute cette clique
littérature,écriturefrançaise.
Voilà pourquoi j’ai Fabius et Hollande dans mon collimateur…
Je lisais donc ce matin que 81% des Français étaient mécontents de leur gouvernement. Après - et pendant- les mensonges et les tricheries diverses qu’il assène, j’aurais dû sauter au plafond. Mais non… Pas du tout…
Car ce que j’ai trouvé dramatique dans les données de ce sondage, c’est qu’il y ait encore 19% de contents. Ce doit être à n’en pas douter des imbéciles endurcis, des gens rompus à la duplicité de l’esprit, à la mollesse du raisonnement, à l’humanisme intéressé, et ça fait beaucoup, quand même, presque 1 sur 5, pour une nation tellement orgueilleuse d’elle-même ! Du coup, c’est le cas de le dire : cocus, battus et contents !
Mais je ne dis plus un mot là-dessus. J’en suis fatigué de rabâcher. Et surtout, qu’est-ce que j’en ai à foutre, au fond ? Ai-je seulement ‘l’ombre d’un ami là-dedans ?
Ah, tout de même ! Un dernier truc. Un truc qui m’a fait écarquiller les yeux tant il prouve encore et encore combien les politiques ont cet art accompli de maquiller, de dénaturer et de manipuler le langage pendant que ces corniauds d’avaleurs de médias n’y voient que du feu. Mais oyez plutôt :
Un journaliste annonce à Ayrault qu’il est à 17% et lui demande, en prenant un petit air mi-affligé, mi-goguenard, mi je-ne-sais-trop-quoi comment il fait, vains dieux, pour gouverner avec une telle impopularité sur le dos ! Une fois n’est pas coutume, il a raison le journaliste : comment fait-on, sinon à coups de bâtons et de mensonges, pour légiférer la vie de millions de gens qui ne vous aiment pas et ne vous accordent aucun crédit ?
Réponse fière et digne du premier ministre :
- Nous gouvernons parce que nous sommes élus. On ne gouverne pas avec la popularité.
Ianoukovitch et Napoléon III auraient pu faire exactement la même réponse ! La manière dont ils ont quitté la scène devrait pourtant inspirer le premier ministre, surtout qu’il soutient comme parfaitement légitime et méritée la chute récente du premier.
Il oublie, ce monsieur Ayrault, que pour être élu, il faut d’abord être populaire dans les urnes et que si cette popularité a fondu comme neige au soleil, c’est qu’il y a eu un problème en route, un couac, et qu’une remise en question s’impose. Mais non, droit dans ses bottes, le gars. En clair : on est élu, on peut faire n’importe quoi et qu’ils aillent se faire foutre !
D’où l’inconvénient de la démocratie quand elle n’est pas directe et avec des pantins révocables à tout instant.
Bon, j’arrête…
Car, comme susdit, qu’ai-je à faire de tout ce chaos de lâchetés ? Ma vie est-elle concernée ?
Mes deux meilleurs amis, plus que des frères, sont morts et ne peuvent dès lors pas en souffrir, et les deux ou trois autres qui me restent sont trop loin pour être réellement vivants. Ma petite famille, quant à elle, a autre chose à faire que de se lamenter sur l’état du monde ; elle a à vivre pleinement sa vie.
Mes solitudes du bord du Bug sont dès lors peuplées de désirs qui ne demandent qu’à être honorés.
Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
J’entendais hier soir sur les prairies humides le cri des grues sauvages claironnant leur retour. Le grand mouvement des choses continue, la lumière devient plus gourmande, le soleil plus jaune et plus tiède, l’air plus accueillant, la chanson aux lèvres plus guillerette…
Le vent se lève, il faut tenter de vivre !

 Bon week-end à tous et, si vous en avez l'envie et le temps, je vous recommande cet article très bien documenté de Jacques Sapir

12:46 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

06.03.2014

Des menteurs sans scrupules

iran-fabius-hollande1.jpgJ’avais pris la résolution de ne plus parler ici de l’Ukraine. D'en revenir aux livres, à la littérature, aux textes. Mais je ne le puis…
Ce sera la dernière fois sans doute. Du moins l’espéré-je.
Car il ne sert à rien d’écrire sur un petit blog misérable contre le mensonge des hommes quand il est érigé en puissance institutionnalisée.
Tout ce que je retire de cela, c’est la souffrance impuissante de voir des millions et des millions d’hommes avaler comme de la bonne soupe, dans leurs journaux ou le soir, abrutis devant leur télé, ce que les autorités américaines et européennes leur servent comme de la bonne morale.
La réalité est toute autre que ce qu’ils racontent. Ce que joue Poutine en portant ses armes en Crimée, ce n’est ni plus ni moins que l’existence même de la Russie. Car ce que les Européens appellent l’Ukraine libre, c’est une Ukraine vassale de l’OTAN, c’est-à-dire des missiles bientôt pointés sur Moscou, quasiment depuis sa banlieue.
J’exagère ? Qu’on se souvienne des missiles qui devaient être plantés en Pologne, à 200 km de l’enclave de Kaliningrad, et ce, au mépris d’accords conclus en 1994, je crois, et aux termes desquels l’Otan ne rechercherait pas à s’étendre à l’est
après la chute du mur.

Que font donc les journaux d’investigations en France ? Que fait Mediapart ? Que fait le très fin et très subtil leveur de lièvres Le Canard enchaîné ? Il n’y a donc que le linge sale de la famille, Cahuzac, Buisson, Copé, Sarkozy qui les fasse bander ? A moins qu'ils ne participent eux-mêmes de l'enfumage général ?
Car enfin, ce que je sais, par un  site d’info polonais, officiel, ils doivent bien le savoir aussi, s’ils sont si malins dans l’investigation ?!

En effet, le 27 février dernier, le ministre des affaires étrangères estonien s’est inquiété auprès de Mme Catherine Ashton (représentant l’UE en Ukraine) de ce que les snipers de Maïdan, photos à l’appui,  tiraient tantôt sur la police, tantôt sur les manifestants. Ils étaient des tireurs d’élite, très entrainés, des professionnels, visant à la carotide et au cœur, les médecins l’ont certifié. Des tueurs. Madame Ashton et la coalition aujourd’hui au pouvoir en Ukraine ne veulent pas entendre parler d’enquête là-dessus.
Pourquoi ? Qui étaient ces tueurs ? Eussent-ils été des Russes au service de Ianoukovitch, que Madame Ashton aurait alerté aussitôt tout l’occident à grands cris terrorisés.
Elle a simplement et calmement répondu :

- C’est embêtant. Cependant nous ne voulons pas d'enquête là-dessus...

Alors, Hollande, Fabius, vous recevez donc dans vos palais des tueurs, des assassins, et, la mine austère et fière, abondamment parfumés, le cheveu gominé, la parole docte, le port altier des gens de pouvoir, vous négociez avec eux ?
Et vous assénez en même temps au peuple de France que Poutine est un dictateur fou et que vous, vous êtes du côté du droit et du dialogue ??
En plus, vous vous faites le bras armé et les vassaux aplatis d’un pays, les USA, qui n’a que le droit international, la légitimité et la démocratie à la bouche alors que, comme le dit un journal russe de langue française « son rôle dans l’histoire de l’humanité a justement été non pas d’éviter les bains de sang mais au contraire de les accroître. Un pays responsable des pires crimes contre l’humanité : seul utilisateur d’armes nucléaires contre la population à ce jour, guerre du Vietnam, putschs criminels en Amérique latine, soutien actif des régimes racistes d’apartheid en Afrique du Sud et Israël, bombardement de la Yougoslavie et de la Libye. Financement, soutiens armés et logistiques de rébellions responsables de crimes contre l’humanité, comme en Côte d’Ivoire et plus récemment en Syrie, maintes tentatives de déstabiliser aujourd’hui les alliés de la Russie en Amérique latine, comme en ce moment au Venezuela, des victimes aux quatre coins du monde parmi lesquelles beaucoup de femmes, d’enfants et d’hommes de tous les âges. »

Messieurs Fabius, Hollande et consorts,  un proverbe polonais dit : le mensonge a de courtes jambes.
Ce mensonge-là ne courra donc pas plus vite que ne court l’Histoire. Vous serez rattrapés et vous en serez comptables.
Le plus tôt possible ; je l’espère vivement.

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04.03.2014

"Le bon côté de l'Histoire"

littérature,politique,ukraine,écritureUn échange hier avec un vieil et très cher ami des Deux-Sèvres – que je resalue au passage -  me donne envie ce matin de préciser quelques points :
Les quelques textes que j’ai pu écrire ici-même sur l’Ukraine, sont des textes qui mériteraient évidemment plus ample travail en profondeur. Car ils pourraient donner l’impression que je considère
en bon papa binaire les évènements qui se déroulent de l'autre côté de la frontière, avec des bons et des méchants et moi, bien évidemment, plaidant pour les bons.
Ce serait bien… Hélas, si je suis en colère contre la bave sans cesse dégoulinante des médias pro-occidentales, comme sur l’attitude mensongère de la diplomatie européenne qui fait semblant de ne pas voir d’où vient le feu alors que depuis des années les Américains arrosent de leurs dollars tous les mouvements radicaux ukrainiens capables un jour de déstabiliser leur pays et de le définitivement fâcher avec la Russie, je ne me fais aucune illusion sur l’humanisme et la sagesse de Poutine.
Poutine est un rapace qui se bat avec d'autres rapaces sur le partage d'une proie. Car dans cette histoire dramatique, tout le monde s'en fout comme de Colin Tampon du bonheur du peuple ukrainien !
Mais je suis Français, j’écris en français, je suis principalement lu par des Français : il n’est dès lors pas nécessaire que je rabâche pour eux ce qu’ils entendent et lisent partout à longueur d’année, à savoir que la Russie n’est pas un pays démocratique et que Poutine est un dictateur.
Il se trouve que dans la situation présente, la fourberie des uns et des autres lui a donné l’occasion d’exprimer visiblement ce qui est essentiel dans sa politique, à savoir l’inféodation plus ou moins marquée de certaines républiques de l’ex-URSS, dont la plus importante, l’Ukraine.

Quand j’écris également que le coup d’État – applaudi par ces anges immaculés que sont les chefs d’État européens tous démocratiquement*élus sur une foule de fausses promesses - a surtout été mené par des groupes paramilitaires ne faisant nullement complexe de leur nostalgie du troisième Reich, il faudrait dire aussi, (comme me le fait justement remarquer mon ami, là-bas, du côté de la Sèvre niortaise) que parmi les milliers de gens rassemblés à Maïdan, il y avait aussi des milliers de gens qui ne calculaient rien politiquement, des milliers de gens sincèrement épris de liberté et qui ne poursuivaient pas d’autre but que de chasser toute la veulerie corrompue du système Ianoukovitch.
Mais ce ne sont pas ceux-là, trop naïfs, trop sincères avec eux-mêmes et avec tout le monde, qui font les révolutions ! Ils n’en sont que le décor en même temps que le prétexte spectaculaire.
Cela vaut hélas pour toutes les révolutions : à un moment donné, ce qu’il y a de substantiel et de spontané dans les tripes du plus grand nombre passe dans la tête de quelques stratèges.
Disons alors que les révoltés sincères, ne sont jamais  du bon côté de l’Histoire.

Et, justement, ce matin, en lisant les titres, cette vieille petite phrase sortie de la bouche d’Obama m’a fait pouffer de rire : la Russie n’est pas du bon côté de l’Histoire !
Enfin un brin de vérité, monsieur Obama ! Mais seriez-vous donc un marxiste qui s’ignore ? Car savez-vous que votre sortie suggère que l’histoire a un sens, une trajectoire juste et inéluctable, qu’elle marche pas à pas vers le bonheur des hommes libérés de leurs aliénations et que ceux qui ne marchent pas dans ses clous sont des tordus ou des réactionnaires ?
Ce matin, monsieur Obama, vous m’avez semblé plagier les discours enflammés d’un certain Vladimir Illich Oulianov…
Mais vous avez raison : la Russie n’est pas du bon côté de l’Histoire… Ça, c’est certain.  Je vous ferais cependant respectueusement remarquer- en exagérant à peine mais en soulignant fortement  qu’il n’y a aucune dimension humaine commune entre eux et Poutine, -  que Sitting Bull, Géronimo, non plus, n’étaient pas du bon côté de l’Histoire.
Pas plus que les Girondins de 1793, les Africains contemporains du triangle d’Ébène, les Arméniens de 1915, les juifs polonais et européens de 1939, les millions de gens des goulags staliniens,  et tutti quanti et tutti quanti…
Alors, de grâce, Monsieur le Président ! Ne présumons pas de ce qu’est la bonne ou la mauvaise histoire et lisons là telle qu’elle est réellement : une suite ininterrompue de crimes commis au nom d'idéologies dévastatrices et passagères, mais toujours servant la pérennité des  intérêts d’un petit nombre d'acteurs...

*Qu'on veuille bien se souvenir - en se souvenant du référendum de mai 2005 en France sur le traité européen - dans quelle estime les démocraties donneuses de leçons  tiennent les sanctions populaires !

11:50 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, politique, ukraine, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.03.2014

Moi, Président, …

rubon66.gifCe que je disais, en craignant pourtant le ridicule, dans mon premier texte sur l’Ukraine, semble chaque jour, hélas, mille fois hélas, un peu plus près de la réalité.
Comment donc un pauvre bougre comme moi, aussi pauvre que tous les pauvres bougres que peut porter la terre,  a-t-il pu comprendre avant les maîtres du monde ce qu’il allait advenir de Maïdan pris d’assaut par les groupes paramilitaires ultranationalistes et nazis?
On s’en doute et on me fera cet honneur : cela n’est nullement dû, ni à ma clairvoyance, ni à la finesse de mes analyses, ni à des infos occultes, mais au simple fait que les susdits maîtres du monde mentent comme un seul homme et comme de véritables arracheurs de dents. On les entend aujourd’hui faire mine de pleurnicher sur le brasier qu’ils ont eux-mêmes alimenté, dès le départ, de leurs sournoises jerricanes d’essence et on les voit tous, vierges effarouchées, chantres de la paix et grands prêtres du droit international, exhorter Moscou à la sagesse, après avoir tenté de lui planter carrément un couteau dans le dos !
Poutine porte aujourd’hui ses armes en Crimée : n’allez surtout pas penser que cela me réjouisse ! Mais cette dramatique éventualité était écrite comme le nez sur la figure. Peut-être même était-elle espérée par les grands stratèges qui tirent les ficelles du drame. Car il est impossible, absolument impossible, que l’OTAN,  l’onctueuse armée des diplomates et la horde souterraine des renseignements n’aient tiré aucune leçon de l’expérience de 2008 en Géorgie et n’aient pas envisagé une réaction violente de Moscou. Absolument impossible, répété-je !
De là à penser que l’intervention russe constitue un moment particulier de la vaste partie d’échecs engagée par l'Occident, il n’y a qu’un pas que je me hasarderais bien à franchir… Pourquoi Poutine est-il acculé à cette extrémité ? Parce que c’est lui l’agressé et l’OTAN, avec son rêve d’extension jusqu’à la mer noire suivi d’un isolement total de la Russie, est l’agresseur. La taupe terroriste. Le puissant manipulateur.

Comment dès lors Hollande et les autres «démocrates» peuvent-ils mentir à ce point-là à leurs peuples ? Comment peuvent-ils les tenir dans un tel mépris, dans une telle ignorance de ce qui se joue réellement sur la scène ukrainienne, soutenus qu'ils sont par la meute écumante des médias de tous poils ?
On en a le vertige !
«Moi Président, je soutiendrai toutes les manœuvres de déstabilisation qui s’avèreront nécessaires à une hégémonie des forces de l’Otan partout dans le monde et ce, même en reconnaissant comme démocratiques des coups d’État fomentés par des mouvements d’extrême-droite  dans la poursuite de cet objectif. »

De deux choses l’une, donc : soit ce Président est perdu et ne comprend rien à rien, soit il est un dangereux escamoteur. Un trompeur.
En tout cas, il est indigne de notre considération.
Et en tout cas aussi, quand on pense que ce président sans envergure, versatile, hésitant, est aujourd’hui le chef des armées d’un pays qui se présente comme la cinquième puissance mondiale, quand on pense qu’en deux ans de pouvoir il a déjà engagé son pays dans deux guerres et était sur le point de l'engager,
n’eût été la ruse de la diplomatie russe, dans une troisième en Syrie, on a des frissons dans le dos si on n'est pas un guerrier obtus ou un imbécile chafouin du socialisme made in France !
La crise ukrainienne ne fait que commencer, qui va en révéler bien d’autres.
Une issue fatale au vieux continent n’est plus à écarter, car on a intimé purement et simplement à la Russie l’ordre suivant : laisse-toi encercler sans broncher !
Et déjà Obama laisse entendre-  il laisse entendre seulement - qu’il n’ira pas au G8 prévu en Russie, en juin.  Aussitôt Hollande lui court aux baskets et, sans doute voulant faire mieux que son maître et faire montre de son zèle sans faille, déclare : moi je n’irai  pas ! Na !
On est pris d’effroi !  J’ai mal à ma France ! Aurait-il 
dans ses vues, ce président, de célébrer grandeur nature le centenaire de la Grande Guerre ?

Pour l’heure, Poutine contrôle donc la Crimée sous ses armes. Et il dit maintenant aux occidentaux, pris à leur propre piège ou parvenus à leurs fins  :
- Maintenant qu’on a tous des cartes en mains, discutons, Messieurs !
C’est sans doute ce qui va se passer dans les jours qui viennent. L’ours acculé aux parois de sa caverne par des braconniers qui ne disent pas leur nom a donné son premier coup de patte.
Parmi ces braconniers, figurent la diplomatie française et son président, lequel serait bien inspiré, pour une fois, de chausser de meilleures lunettes et d'examiner d'un peu plus près l'échiquier pour avancer lui-même, d'une main souveraine, responsable et réfléchie, ses pièces, sans attendre qu'on souffle à son oreille défaillante la stratégie à suivre !

11:03 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture, ukraine, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

28.02.2014

Ecriture et littérature

littérature, écritureEn fait, nous avons certainement plus besoin de la littérature qu’elle n’a besoin de nous. Ceci dit dans l’abstraction, si on lui prête une identité autonome dans l’humaine civilisation, si on la considère comme une vertu de notre patrimoine. Elle a ses étoiles qui brillent au firmament, elle a ses lettres de noblesse, elle a son royaume.
Chaque écrivain, avec l’esthétisme qui est le sien, avec son positionnement particulier au monde, avec son histoire individuelle, la nourrit régulièrement de ses écrits. Certes. Mais ce n’est pas pour l’enrichir qu’il agit ainsi, ce n’est pas pour « porter le maillon de sa chaîne éternelle », mais bien pour qu’elle daigne lui ouvrir ses portes et qu’elle veuille bien le compter bientôt parmi les siens.
C’est pourquoi un écrivain - au risque de se déconsidérer lui-même - ne peut pas être modeste, sinon de sycophante façon ; en mièvre faux-cul. Car lorsqu'on en vient à se déconsidérer dans une activité cérébrale ou artistique, à moins d’être un maso – car la déconsidération de soi est aussi souffrance - on passe à autre chose. On va vers quelque chose qui serait peut-être mieux à sa portée.
En essayant de ne pas descendre trop bas toutefois.

A la veille de publier un nouveau livre, ces considérations m’embarrassent ; Quel est le plaisant objectif poursuivi ? Quelle motivation ? Être lu. Tout écrivain, s’il n’est pas le grand Montaigne qui assurait dans son introduction aux Essais n’écrire que pour lui-même, écrit pour ça. Comment pourrait-on dès lors faire montre de modestie quand on s’est persuadé d’avoir quelque chose à offrir qui vaille la peine d’être offert ?
A-t-on déjà vu un écrivain qui clamait que son livre était insipide et n’apporterait rien à ses lecteurs, qu’il ne valait même pas la peine qu’on perde un temps précieux à le lire ? Quand je dis « ne rien apporter à ses lecteurs », je parle de plaisir de lire une écriture censée avoir été  soignée, une fiction – si tant est qu’une fiction existe - bien ficelée, et non pas ouvrir l’esprit des lecteurs vers des horizons nouveaux, les éduquer, leur montrer la bonne route ou je ne sais encore quelle autre indigeste et malsaine billevesée.

A la veille de publier un nouveau livre, ces considérations m’embarrassent donc. Pourquoi suis-je tellement content ?
J’ai un poulailler à construire, des livres à lire, une clôture à faire, du bois à fendre, un voyage à entreprendre et, en plus, ce qui se passe de l’autre côté de la frontière ukrainienne, la déstabilisation téléguidée par l’OTAN et ses petits valets de pied tels Hollande, ne cesse de me révolter et de m’inquiéter...
Alors ?
Serais-je vaniteux au point de considérer que faire plaisir à d’éventuels lecteurs, est ma plus grande satisfaction ? Que je suis bon ? Je n’ai pourtant rien ni de l’altruiste forcené, ni du philanthrope, ni du bon Samaritain. Je n’ai pas mauvais cœur, je ne suis pas un mauvais bougre, certes, même si j’ai mauvais caractère, mais de là à n’être préoccupé que du plaisir de l’autre, il y a un monde.
La réponse est donc sans doute à l’intérieur. Plus loin en moi. Beaucoup plus profonde et moins accessible que toutes ces considérations.
Décortiquer son plaisir, c’est déjà l’entacher de déplaisir, n’est-ce pas ? Le fait est donc acquis : j’ai certainement plus besoin de la littérature qu’elle n’a besoin de moi.
Dès lors, ce sont mes futurs lecteurs qui sont bons. Et non mézigue.

Mais s’il est vrai, comme le note Stéphane Beau dans la préface ouvrant Le Diable et le berger, que « […] la pointe de sa plume [la mienne] a incontestablement été taillée aux siècles passés…» pourquoi ne trouvé-je pas dans mon encrier les mots qui colleraient à mon temps ?
Là, j’ai une réponse dont je suis certain : parce que je n’y colle pas du tout, à ce temps. Parce que je n’y ai jamais collé. Ni de loin, ni de près.
Et, stricto sensu, il n’y a là-dessous pas l’ombre d’une quelconque et sournoise vantardise, mais, bien au contraire, constat d’une incompatibilité d’humeur qui ne fut pas toujours confortable à vivre...

Agréable week-end à tous !

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27.02.2014

A paraître en mars : Le Diable et le berger

littérature,écritureC’est donc une excellente nouvelle pour mézigue, que j’espère évidemment transformer en bonne nouvelle pour tout le monde : en mars et à l’enseigne des Editions du Petit Véhicule - aux destinées desquelles préside Luc Vidal -, paraîtra Le Diable et le berger, version littéraire et dramatique de la vie de Guste Bertin, que les lecteurs de Zozo, chômeur éperdu ont déjà rencontré, en tant qu’assassin du paisible Zozo.

Mais  cette fois-ci, comme le dit le préfacier qui n’est autre que mon ami Stéphane Beau : […] ce nouveau roman qui, bien qu’il reprenne, pour toile de fond, le même petit village perdu quelque part dans le Poitou, au cœur des années soixante, n’a plus grand chose de commun avec la farce. Au contraire, avec ce nouvel opus Bertrand Redonnet nous plonge dans une véritable tragédie, presque au sens Grec du terme, avec une histoire qui se déroule, inexorablement, qui file droit vers la chute, sans temps morts, en entraînant tout sur son passage, hommes, femmes, passions, rêves et espoirs.

Publiquement, je remercie ici Stéphane, chargé de la mise en pages du livre, pour le travail éditorial que depuis des semaines nous faisons ensemble.
Longtemps, bien longtemps même, que je n’avais travaillé dans ces fraternelles conditions et ça met du baume au cœur.
Les Editions du Petit Véhicule sont une petite structure qui fonctionne aussi avec la contribution active de l’auteur.
Je me chargerai donc, avec mes faibles moyens, d’une partie de la promotion et distribution.
Mais, je vous en dirai plus le moment venu.

 Illustration : projet de couverture
Crédit photographique : Jacek Piasecki  (Lublin)

08:26 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

22.02.2014

Ecrire ou être écrit

P1010031.JPGMettant aujourd'hui la dernière main à un texte qui me tient particulièrement à cœur, je  me suis soudain posé bêtement la question : dans quelle mesure l’écrivain n’est-il pas écrit autant qu’il n'écrit ?
Question sans doute emberlificotée et qui se mord la queue… Une sensation fugace, en tout cas.
Car au début, quand je me suis mis à cette rédaction - il y a peut-être un mois - je ne savais pas du tout  où j’allais. J’étais parti d’un lieu que j’aime beaucoup et les associations d’idées, les retours en arrière, des hommes et quelques anecdotes sont venues, tout ça sorti d'une source presque impromptue.
Ces anecdotes, je les avais oubliées. Elles doivent remonter à une trentaine d’années, en France. Elles sont revenues à la surface parce que des mots, un rythme, une évocation,  les ont rappelées à la vie.
On peut s’étonner alors des libertés que prend l’écriture par rapport à l’écrivain lui-même. Comme si des personnages, des paysages, des lieux enfouis dans la mémoire lui tenaient la main.
Et l’imaginaire fait le reste. Ce qu’on appelle aussi Le traitement littéraire.
Mais ceux qui pensent que l’imaginaire ne se nourrit que d’imaginaire ne s’imaginent pas grand-chose. Imaginent-ils un potier sculptant son amphore avec ses seules mains, sans terre et sans eau ? Une amphore virtuelle peut-être, simulée par gestes. L’écriture est sûrement faite de ces résurgences, souvent insignifiantes, et qui constituent le fonds invisible à l’œil nu de l’inspiration de celui qui tient la plume.
J’ai rédigé ce texte devant la fenêtre où j’ai l’habitude de travailler, avec un vieux verger à deux pas, de la neige, quelques oiseaux frigorifiés sautillant d’une brindille gelée à une autre, et, un peu plus loin, au bord de la route luisante de glace, la petite maison de bois, désormais vide et muette, de ma voisine.
Là même où j’ai écrit le Théâtre des choses et Géographiques. La constance des lieux et des décors quand je lève la tête donne - tout du moins l’espéré-je - la diversité des résurgences et de ce que peut en faire le goût d’écrire.

14:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

21.02.2014

L'Histoire et ma littérature

littérature, écriture« Ça n’est agréable ni à écrire ni à penser mais je ne suis pas de ceux qui bêlent à tout vent que l’Europe est à jamais sauvée des cataclysmes guerriers. Parce que derrière les poteaux que cette Europe plante pour marquer sa souveraineté, aussi loin qu’elle puisse étendre ses ailes, il y aura toujours un pays qui ne reconnaîtra pas ces poteaux comme plantés au bon endroit ou, derrière eux, une nation qui s’en sentira bafouée. De plus, à l’intérieur même de son enceinte, et ce d’autant plus sûrement qu’elle ne cesse de s’élargir, longtemps des nations seront agitées par leur sentiment équivoque d’une adhésion forcée à une histoire usurpée, sentiment tellement nébuleux qu’il faudra bientôt le taxer, pour être de son temps, de barbare. Peut-être alors les générations d’un futur plus ou moins lointain aboutiront-elles à l’effacement de ce sentiment occulte : lorsque la dissolution liquide des pays dans un même bocal sera devenue plus compacte et plus solide.
Mais les hommes aiment lire le chemin dallé par leurs ancêtres pour arriver jusqu’à eux. Les hommes aiment réveiller les fantômes de leur généalogie qui murmurent sans cesse au plus profond de leur identité. Les hommes déracinés laisseront alors un vide, un trou béant, une incompréhension à leurs enfants des siècles futurs, soucieux de savoir leurs premiers Edens. Et tant qu’il y aura ce manque de traçabilité de l‘histoire individuelle, subsistera ce sentiment d’appartenir à de lointains vaincus, la nation exterminée par le pays.
Prévoir que cette Europe est pour l’éternité à l’abri des guerres et des combats, c’est en outre juger que nous serions des hommes bien meilleurs, bien plus accomplis, bien plus intelligents, bien plus humanistes et bien plus généreux que tous ceux qui nous ont précédés.
Et ça, c’est d’une incommensurable vanité partout démentie par les réalités. »

J’eusse aimé que ce passage tiré de Polska B dzisiaj et écrit en 2009 restât dans le domaine de la littérature.
Mais, quelle que soit la solution que trouveront désormais les diplomates de Kiev et de Bruxelles - chevaux de Troie respectifs de Moscou et de Washington - cet extrait est, et je le regrette douloureusement, hélas vérifié par la centaine d’hommes qui ont versé leur sang sur les trottoirs de Kiev.
Aucune idée sur terre n’est digne d’un trépas, écrivait le poète.
Bien vainement et c’est à désespérer des hommes.

Illustration : un insurgé à Kiev

11:10 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

20.02.2014

Ukraine : questions aux politiques occidentaux

1596459151.jpgOn pouvait lire ce matin dans la presse et sur divers sites d'informations :

"Il faut rétablir le dialogue politique entre opposition et pouvoir", a déclaré Laurent Fabius, en présence du secrétaire d'Etat américain John Kerry. "Chacun doit se mobiliser pacifiquement pour revenir au dialogue", a-t-il ajouté.
Mais dites-moi : que vient faire ici l'Américain ? Quels oignons vient-il faire frire dans l'arrière-cuisine ? Personne ne songe à poser la question... Pourquoi ? Parce que ça coule de source informelle ?
Transposez cependant la situation au Mexique ou n'importe où ailleurs, mais que ce soit aux portes des États-Unis, et imaginez alors Fabius faisant une déclaration passe-partout comme celle-là et qu'on nous précise : "en présence de Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères."
Vous imaginez qu'il se passerait quoi ?

08:16 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture, politique, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

19.02.2014

Ukraine : l'échiquier dangereux

politique, littérature, écriture, Galia Ackerman, historienne spécialiste de l’Ukraine, déclarait cette nuit  sur une radio française : Ce soir, ce n’est pas la révolution, c’est la contre-révolution.
Les troupes antiémeutes ont en effet donné l'assaut. Plus de 25 morts. Kiev plonge dans le sang et le chaos.
On accuse ouvertement Moscou d’être à l’origine de cette contre-offensive gouvernementale. Certes, les forces antiémeutes ukrainiennes n’avaient ni l'expérience, ni les moyens d’un tel déploiement de stratégie et de brutalité. Sans quoi Kiev ne serait pas occupé et bloqué depuis 3 mois…
Ça tombe sous le sens.
Mais, jamais, dans la bouche d’aucun journaliste, d’aucun spécialiste, d’aucun témoin, d’aucun commentateur, d'aucun irresponsable politique (dont le belliqueux Hollande et sa porte-bonne-parole) n’est dévoilée la présence d'autres protagonistes venus de l'extérieur, sur ce qu’il convient, hélas, mille fois hélas, d’appeler
désormais le champ de bataille ukrainien.
Les forces ukrainiennes n’avaient pas les moyens de conduire la contre-offensive. Je le répète. Mais les manifestants avaient-ils les moyens, même par milliers qu’ils sont, d’opposer une telle résistance à un régime aussi fort depuis un trimestre maintenant et de bloquer le cœur de la capitale tout comme une partie du pays ?
Les morts de part et d’autre ont, pour beaucoup, été tués par balles. Si on sait, bien évidemment, qui arme les troupes d’assaut pourquoi ne dit-on pas un mot, pas un seul,  sur l’origine de l’armement des opposants ?
"Ils ne sont pas armés", dit la presse occidentale. Des journalistes ont pourtant été tués par balles, notamment un journaliste russophone. Et pas par les troupes d'assaut...

Le véritable affrontement a donc un autre nom géopolitique et les deux armées en présence à Kiev ont pour chef d’Etat major respectif une identité autre que celle qu'on nous annonce.
Leur aide de camp : L’Europe pour l’un, Viktor Ianoukovitch pour l’autre…
Le seul commentaire politique intelligent, réaliste, me semble venir aujourd'hui de Donald Tusk, premier ministre polonais, qui sait de quoi il parle, les nationalistes ukrainiens ayant établi une carte de leur pays, valable en cas de victoire de leur camp, qui annexerait purement et simplement trois powiats (départements) polonais : «Varsovie dit sa crainte de voir éclater une guerre civile dans ce pays divisé entre les régions de l'est et du sud russophones et celles de l'ouest nationaliste.»
Tel est également mon sentiment. C’est cette division historique, géopolitique, culturelle, inaccessible à un européen de l’ouest, qu’utilisent ceux qui tirent les véritables ficelles de l’insurrection, dont les buts avoués seraient pourtant légitimes s'ils étaient déterminants : un retour à la constitution de 2004.

Si telle est réellement la distribution des cartes, le continent européen est, une nouvelle fois, au bord du gouffre, les belligérants venant de faire franchir le Rubicon à leurs troupes.
En souhaitant encore une fois  et de tout mon être me lourdement tromper.
En attendant, Kiev brûle… Comme a brûlé Damas. Sur le même schéma d’une identification fallacieuse des véritables forces en présence et des véritables enjeux à plus ou moins long terme.

13:56 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : politique, littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

18.02.2014

La peur et la joie

P9180021.JPGEn marchant longtemps, longtemps vers l’est, on arrive inéluctablement à l’ouest. Pourtant, on commence son périple avec le soleil droit dans les yeux et on le finit immanquablement avec le soleil toujours droit dans les yeux.
Alors à l’ouest de quoi, sinon de son point de départ ?
Les deux notions ne s’annulent en effet que par rapport à lui.
Même chose pour le nord et le sud, le point de départ toujours comme unique et seul critère. Sans lui, il n’y a pas de situation qui puisse être nommée.  Sans lui, on est à la fois partout et nulle part.
Ce point de repère évite ainsi que l’on s’égare dans la folie ou, bien pire, qu’on emprunte aux autres une définition pour dire sa propre situation. Dis-moi où tu en es et je comprendrai où j’en suis. Langage commun aux hommes qui ont perdu la vertu de se savoir eux-mêmes.
D’est en ouest, du sud au nord, l’unique propriété du périple, l’unique moyen en même temps que l’unique  fin,  c’est donc soi-même. Car il en va ainsi de la naissance et de la mort.
Parti du point zéro, du hasard d’une fécondation, en marchant le plus longtemps possible dans la même direction, on en revient inéluctablement au point zéro. Du point néant au point néant.
On appelle ça la vie si on marche en biologiste. Le voyage si on marche en poète.
Hélas, ce n’est pas si simple ! La façon que nous avons de nommer les choses essentielles dénotent sans ambages la façon avec laquelle nous les appréhendons et c’est ainsi qu’en filigrane ceux qui prétendent être nos maîtres nomment plutôt cela le voyage biologique. Jamais ils n’usent de l’expression, certes ; elle est cependant partout dans leur conception de notre parcours.
Car pour gouverner les hommes – depuis le temps qu’ils ont fait la preuve qu’ils ne savaient pas marcher de leur propre chef - il faut toujours ménager la chèvre et le chou. Il faut dès lors leur bien faire comprendre qu’exister est un hasard fabuleux mais, surtout, que cette existence n’est in fine que la promenade d’un amas de cellules qui demandent à ce qu’on mange, qu’on boive,
qu’on dorme, qu’on se reproduise éventuellement.
Et tout ça, bien sûr, se négocie. Au prix fort. La biologie l’emporte sur la poésie. Toujours. Le piège est ainsi refermé sur les hommes : ils n’auront vécu que dans la pensée de leur fragilité.  Dans leur marche vers l’est, ils n’auront vu que des soleils couchants.
Celui qui sait parler au grand mouvement circulaire des choses, qui ne confond pas l’orient et l’occident mais qui change leur nom seulement quand le moment en est venu, celui-là a une chance de marcher en joyeux.
Ce joyeux-là a peur et de cette peur sans cesse ré-alimente sa joie. Tant qu'il en vient à s’imaginer parfois que si les hommes vivaient sur un disque plutôt que sur une boule, ils seraient éternels.

Tout cela, me direz-vous, sérieux et profonds, peut-être même légèrement goguenards, est d'une simplicité déconcertante, mon pauvre monsieur !
Hé bien justement : ce qui me désole profondément, depuis le début, c'est bien la pleine conscience de cette simplicité que les hommes s'évertuent
à compliquer par mille et mille arguties, par des millions et des millions de facéties, toutes plus oiseuses les unes que les autres.
Comme si l'orgueil de leur destin ne pouvait se satisfaire de la modestie d'un raisonnement.

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17.02.2014

A bian

littérature,écritureCe point posé sur le grand mouvement circulaire du monde et des choses, quelques semaines seulement avant le passage de l'autre côté de l’équinoxe, m’évoque toujours peu ou prou, avec un décalage de quelques mois cependant, les marais poitevins d’où je suis venu.
Car c’est bien au cœur de l’hiver que Lacus duorum corvorum liquéfiait ses paysages. Des brouillards sommeillaient au dessus de l'eau, les frênes têtards alignaient leur élégance rustique dans ce miroir impromptu, les vanneaux huppés et les mouettes du large s'y donnaient de criards rendez-vous.
Le marais est à bian, disait le paysan, doctement. Comme toujours. En fait, je n’ai jamais trop su ce que signifiait ce à bian. A blanc, ça c’est certain, car c’est bien ainsi qu’est dit le blanc en patois poitevin. Une vache bianche. Une robe bianche. Le marais est blanc, alors, pour dire qu’il est recouvert d’eau et que le ciel livide des mortes saisons s’y reflète ? Un parler uniquement figuratif ?
Hum... Ce serait  beau. Mais le paysan n'aime pas trop le figuratif. Il préfère nettement quand les choses ne l'abusent pas de leurs reflets.
Ou alors, le marais est exsangue, a été saigné à blanc, par allusion à une vieille expression du XVIe, «mettre au blanc», pour dire ruiner. Mais en quoi l’eau étalée sur son dos aurait-elle ruiné le marais ? Peut-être parce qu'il est une terre gagnée sur le vieil océan, une terre conquise par l’eau canalisée, domptée dans les conches et les fossés et que, tout à coup, cet océan reprendrait sa revanche et ses vieux droits, ruinant du même coup le travail des siècles et des hommes. Tiré par les cheveux ? Oui, un peu sans doute. En tout cas, le maraîchin avait sans doute d’ataviques raisons, des raisons de langage, des raisons de mots lustrés par la mémoire du monde, pour dire que les marais étaient à bian.

Les termes alors s’entrechoquent d’une longitude à l’autre. Ici, c’est précisément lorsque le blanc par excellence, celui de la neige, prend congé, que les paysages sont à bian. Sur les rives de ces lacs éphémères, j’imagine, amusé, qu’un maraîchin dise à un autochtone que les paysages sont à bian. Et que ces deux-là ne se comprennent que par le sens premier de leur musique respective…
Car sous ce bleu miroitant des équinoxes continentaux, sous cette nappe d’eau comme un point final écrit au bout de la morte saison,
ce ne sont pas les paysages qui sont à bian. C’est l’hiver qui n’est plus blanc. Ruiné. Exsangue. Privé de son essentiel.
L'hiver blanc est à bian.
Comme quoi, on doit toujours retourner sept fois la langue dans son histoire avant de lui faire prendre le large. Avant de lui donner délégation à dire le monde.

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14.02.2014

De la chasse

littérature

C’est vrai, je le concède à la pensée intellectuelle dominante et de bon goût : ils ont parfois l’air effrayants avec leur tenue de camouflage de guerrier à la ramasse, tenue qui ne camoufle d'ailleurs rien du tout de leur âme grossière, avec aussi leur casquette à la noix, leur face rubiconde, congestionnée par une chère trop riche et trop arrosée, leur fusil flambant neufs et leurs affreux clébards. Je le concède d’autant plus volontiers que je n’ai jamais chassé de ma vie.
Gamin cependant, j’ai piégé et j’ai vraiment aimé ça. Quand l’hiver océanique consentait enfin à offrir quelque velléité hivernale, avec un peu de gel suspendu aux buissons et une fine couche de neige sur les champs, que les grives erratiques et les merles noirs venaient alors picorer des restes de fruits blets sous les pommiers des jardins, j’aimais tendre mes pièges et capturer des oiseaux. Ma mère les faisait rôtir au souper, avec quelques pommes de terre parfumées au beurre. Un régal, d’autant qu’il m’en souvienne ! Mais plus encore qu’un plaisir gustatif, une espèce de satisfaction atavique du trappeur se nourrissant des fruits de sa chasse. Le sentiment préhistorique d’un cueilleur avant sa révolution néolithique, sans doute. Une sorte d’aventure dans un monde où elle n’était, déjà, plus guère de mise.

On m’opposera - en pure perte car je me le suis souvent opposé moi-même - que le fait de tuer des oiseaux est profondément déplorable. C’est un peu drôle, ça ! Car voilà un procès qu’on ne fera jamais, du moins que je n’ai jamais vu faire, au «taquineur de goujons», comme si le fait que la proie évolue dans un autre élément que le nôtre, l’eau, dispensait les cœurs purs, les pleurnicheurs à la gomme, de la moindre culpabilité. Tuer un lapin ou un faisan, c’est barbare, planté un hameçon dans la gorge profonde d’un brochet en lui arrachant les branchies au passage, non. Mais peut-être est-ce tout simplement le choix des armes : le fusil, la poudre, la cartouche, le plomb, la balle, la détonation, évoquent la guerre ou le crime, alors qu’on n’a certes jamais vu un assassin prendre sa victime avec un hameçon, ni les hommes s’entre-tuer gaillardement sur les champs de bataille à coups de cannes à pêche et à grand renfort de moulinets.
Je ne cherche point à trouver des arguments à la chasse. En quoi une activité ancestrale, primaire, fondamentale, au départ, du clan humain, et plus récemment, un des acquis les plus populaires de 89, aurait-elle besoin de mes arguties ? Et puis, je fus un temps forestier de mon état et je pratiquais dans des parcelles boisées de plusieurs hectares des coupes franches, étroites, pour, entre autres, faciliter le passage des chasseurs. J’ai alors vu le garde-forestier venir la veille d’une journée de chasse organisée - journée que le propriétaire des lieux faisait payer fort cher - poser des poules faisanes et des coqs, ça et là, le long de mes allées, en les endormant, la tête sous une aile et en les faisant un moment tournoyer. Pour être sûr que les oiseaux seraient encore dans les parages le lendemain matin et que ces corniauds de chasseurs en auraient pour leur argent et leurs coups de fusil.
Mais ce n’est pas là, la chasse que je comprends. Ce n’est là qu’une dépravation de la chasse par le profit, l’argent, l’appât du gain, la destruction du vécu en représentation de vécu, comme dans tous les autres domaines. Comme, par exemple, en Camargue, quand les gardiens à cheval, bien chapeautés et tout vêtus de jean et de cuir, rassemblent  un troupeau de bovillons, non pas parce qu’ils ont besoin de rassembler un troupeau de bovillons, mais pour que le touriste vive une carte postale.
Ce que je cherche, donc, c’est à contredire l’esprit systématique du contre, sans qu'aucune réflexion critique en amont ne soit opérée, dans l’ignorance souvent complète du sujet auquel on s’oppose, comme ça, simplement, pour hurler avec les loups de la bonne meute idélogique, écologistes prétendus, raffinés de salon et des arts et des lettres, gôgauche melliflue, couperosée, robespierriste et tutti quanti.

Au nord de la Pologne, à une centaine de kilomètres de chez moi, se déroule la dernière et véritable grande forêt de toute la plaine européenne. Je l'ai déjà dit. Un temple de la mémoire naturelle, un témoin archéologique quasiment en l’état, de ce que fut jadis le continent. J’y vais parfois. Je fus exceptionnellement admis dans ce qu’on appelle la réserve biologique intégrale.
Cette forêt me hante par sa majesté primitive, son ombre intacte sillonnée par les loups, les bisons et autres grands animaux, la splendeur de son absence humaine. Et je me suis demandé : pourquoi cette forêt-ci, à cheval sur deux pays, plutôt qu’une autre, a-t-elle été sauvée du désastre de la hache et de la charrue ? La réponse est claire, elle m'a été donnée par les gens de la forêt eux-mêmes  : cette forêt a été épargnée tout au long des siècles parce qu’elle était le terrain de prédilection des tsars de toutes les Russies pour leurs chasses. Interdiction absolue y était faite d’en polluer la moindre harmonie.
Une forêt sauvegardée pour le privilège des grands au détriment du pauvre peuple, me direz-vous, dans un premier réflexe d’homme ou de femme qu’anime un grand et légitime souci de justice sociale. Procès d’intention, dirais-je alors. Si la planète recèle encore ça et là de semblables bijoux posés sur leur écrin primitif, ce n’est certes pas, historiquement, au peuple (qui ne fut guère plus bon que ses seigneurs) qu’elle le doit, mais bien à la hiérarchisation honnie de la propriété non moins honnie. On peut en penser ce que l’on veut, on ne peut en revanche, au risque de sombrer dans un révisionnisme bêtifiant de communiste à la traine, nier l’origine de la sauvegarde des grandes forêts de ce monde. Sans la chasse seigneuriale, la forêt de Białowieza aurait, comme toutes les autres en Europe, subit le démantèlement que l’on sait.
Alors, messieurs et mesdames les puristes, un peu de gratitude pour ces pauvres bougres, quelque peu misérables dans leur choix, il est vrai, mais qui ne commettent somme toute que le crime de vouloir refaire, dans un monde où tout est avili, déformé et où toute activité humaine a été vidée de son sens, les gestes d'une longue histoire.
Et j’en reviens à cet acquis de 89 auquel je faisais allusion tout à l’heure, et j’en reviens, du même coup, aux Paysans de Balzac. La grosse contradiction entre propriété seigneuriale d’antan et propriété passée aux mains du peuple par voie d’expropriation et d’émissions anarchiques d'assignats, y est magistralement mise en scène. Les grands espaces forestiers bradés aux gens du peuple, se voient soudain la proie des haches et du massacre sans discernement, et bientôt, de l’immense forêt, ne reste plus que des lambeaux éparpillés sur un désert.

Mon propos est donc historique, pas de valeur. Ce n'est pas un propos socialiste.
Mon propos est libre et ne cherche pas à plaire aux idéologues de tous bords, à la bonne conscience, et, quitte à me faire l’avocat d'un diable, je dis donc que sans la chasse, moyen de survie d'abord, puis noble tradition, dès le Haut Moyen-
Âge, la planète n’aurait plus compter que des bosquets cacochymes pour abriter une faune et une flore, que les ennemis de la chasse, justement, veulent aujourd’hui tant protégées !
Contradiction sublime ! Il nous faut vivre, nous n’avons pas le choix, avec ces contradictions qui ne vont pas toujours dans le bon sens du bon sens.
Encore faudrait-il savoir réellement où veut nous conduire le bon sens. Il arrive qu'il échoue dans les impasses de la contre-vérité. Par commodité. Pour le confort d'un monde aux couleurs bien tranchées.

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13.02.2014

L'écriture de l'impossible conjugaison

925620914_2.jpgJe l’ai plusieurs fois écrit sur ce blog au mille textes (mais comment ne pas écrire plusieurs fois une même chose en mille textes décousus ?) : on n’écrit sa souffrance ou sa joie qu’une fois seulement qu’on a maitrisé et vaincu la première et une fois seulement qu’on a perdu la seconde.
Pour la souffrance, on n’écrit son mal du monde que lorsqu’on s’est plus ou moins réconcilié avec lui. Je ne dis pas lorsqu’on lui a fait allégeance, ce serait une idiotie, je dis lorsque la force contraignante de sa présence et de notre présence en lui devient secondaire. Pas absente, mais reléguée dans un second rôle.
Car, à mon sens, quand elle n’est pas l’étoile sans mouvement et sans lueur d’un imbécile heureux, l’écriture est une étoile filante sur le ciel du nous qui est en nous. Une étoile qui traverse un cosmos et l’étoile filante, si je ne m'abuse, n’est belle qu’après coup. Le dixième de seconde où elle déchire les ténèbres bleutées, aucun cerveau n’est capable d’y associer la beauté. Absolument aucun. Même celui d’un attentif allongé sur une chaise longue dans l’unique intention de voir filer des étoiles.
Dans le second dixième de seconde, oui.  T’as vu ? dit l’enfant émerveillé. Il ne dira jamais : tu vois ? Parce qu’il sait conjuguer les verbes avec son lui et il sent bien que la réalité de l’étoile filante n’existe que dans un souvenir- émotion.
L'écrivain ne veut pas savoir faire ça. Il dit : tu vois ? Et il parle de la lueur longtemps après l'étoile.

La fiction ne devrait dès lors jamais employer le moindre verbe au présent, même pour réactualiser un présent passé. C’est un leurre, le présent dans un texte à l’imparfait. C’est un présent imparfait, dans tous les sens du terme ; de la technique de récit, une astuce pour que le lecteur change soudain de chaise et ait l’illusion de voir une deuxième fois l’étoile filante qui traversa, jadis, bien avant ces lignes, le ciel de l’auteur. 
Ça rend vivant, à ce qu’on dit… Comment ça, rendre vivant ? Un texte est une chose morte ou il n’est qu’une interview... C'est la raison pour laquelle sans doute - je m'en suis rendu compte il n'y pas longtemps -, je n'aime pas écrire de dialogues et que j'use et même abuse du style indirect libre.
Pour que le lecteur ne change pas de chaise.
Imaginez un peintre amoureux des siècles passés, des travaux de la campagne d’antan, qui peindrait à la perfection des bœufs au labour, leurs cornes luisantes et leur peau mouillée par l’effort, et, derrière eux, la glèbe éventrée, si grasse qu’on la sent presque avec le nez, tandis que dans le ciel moutonné de blanches nuées, un avion à réaction traverserait le haut du tableau.
Le critique d'art poufferait… L’éditeur non. L'écrivain non plus.

Je rêve dès lors d’un écrit seulement composé au subjonctif, dans l’improbable saisissement d’une fulgurance.
Dans le doute qui met le cerveau en émoi. Qui met une distance entre ce cerveau et ce que lit ce cerveau.
Pas facile. Indigeste même.
Impossible dépassement d'une contradiction inhérente à l'écriture.

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11.02.2014

Stéphane Beau : Hommes en souffrance

littérature,écritureLe livre que vient de faire paraître Stéphane Beau aux "Editions Les 3 génies", Hommes en souffrance, mérite le respect et votre lecture en ce qu’il est un livre courageux.
Il en fallait en effet, du courage, pour aller braver sur son terrain la pensée dominante, toute empreinte d’une idéologie féministe, partiale et prosélyte, et même institutionnalisée par un Ministère aux destinées duquel préside la première féministe de France.
Dès le début, Stéphane Beau prévient qu’il ne va ni minauder ni spéculer. C’est-à-dire qu’il ne va pas opposer à l’idéologie de l’égalitarisme féministe sa propre idéologie de couillu, ce qui eût été facile en ces temps sans débat réel et qui se sont sclérosés dans l’énoncé placide - sur quel que sujet de société que ce soit - d’une suite de thèses et d’antithèses :

Je suis assistant social et cela fait bientôt vingt ans que je suis amené à recevoir quotidiennement, dans mon bureau, quasiment tout ce que la souffrance, la misère, la violence et la bêtise humaine peuvent générer de plus sombre et de plus intolérable. J’ai reçu des hommes brisés, des femmes humiliées, des enfants violentés, des êtres désespérés, dépossédés de tout, de leurs biens, de leurs droits, de leur honneur…

Le ton est donné, dont ne se départira jamais l’auteur tout au long de son livre. Nous sommes sur le terrain, franc et solide, de l’argument par le vécu, à des années-lumière du discours effroyable de la «féministerie», pour ne pas dire de la fumisterie, ou de la «masculinité» de forgeron.
Et, bien plus qu’un froid et ennuyeux témoignage, nous sommes aussi en présence d’un penseur qui entend donner un sens à ce qu’il vit, voit et entend. Et nous lisons par le fait, au fil des mots et des pages, que le féminisme qui dans son fonds de commerce depuis des décennies et des décennies a partout inscrit en lettres d’or le mot égalité, n’agit et ne pense in fine que dans une perspective aliénée, une perspective d’inégalité entre les hommes et les femmes. Une idéologie des plus pernicieuses, mensongère, revancharde, en ce qu’elle est une idéologie à la recherche exclusive du pouvoir.
Un peu comme les pauvres qui critiquent les riches non pas parce que la répartition des richesses est inégale, mais  parce qu’ils rêvent de le devenir…

Relisez bien l’introduction de Stéphane : des hommes brisés, des femmes humiliées. L’auteur jamais ne niera la violence qui est faite aux femmes. Il dira en revanche, très haut, que si «ces femmes humiliées » sont partout écoutées et prises en compte, ces «hommes brisés», eux, qui existent aussi, nulle part ni jamais ne trouvent, ni dans la loi ni dans le regard de l’autre, l’aide et la compassion que serait en droit d’attendre tout humain en situation de détresse.
Pire : ces hommes soudain esseulés, malheureux, à deux doigts de se noyer, trouveront le plus souvent sur leur route une grenouille pour leur appuyer sur le crâne... Parce qu'ils sont des hommes et, partant, forcément des coupables ! Nous sommes là, ni plus ni moins, dans la dialectique pure et dure du racisme le plus primaire.

Par ailleurs, l’impartialité de la pensée dominante, sûre de son fait, va même parfois, dans son délire de négation du réel, jusqu’au ridicule et j’avoue, devant tant de bêtise, avoir éclaté de rire, alors que depuis le début, je riais plutôt jaune :

Le souci, affiché par ces militantes de la cause féminine, de vouloir tout faire «  comme les hommes », est si puissant qu’elles en arrivent même à des prises de position parfaitement absurdes. C’est ainsi que j’ai dernièrement entendu une militante d’une association de défense des droits des femmes se plaindre, au nom de l’égalité des sexes, du fait qu’il n’y avait pas assez de « maçonnes » ou de femmes garagistes dans notre société ! Pour cette raison elle et ses collègues organisent régulièrement des ateliers pour présenter à des jeunes filles ces métiers « atypiques » (sic !).
Stéphane Beau se fait soudain sarcastique et demande plus loin si, au nom de l’égalité, les femmes demandent le droit d’avoir elles aussi du cambouis sous les ongles et le droit de se péter le dos à soulever des parpaings !
Ce discours, dit-il, exposé devant une  quinzaine d’assistantes  sociales, a comme il se doit généré toute une série de hochements de têtes approbateurs.
Et il en conclut naturellement ce que tout honnête homme qui a des yeux qui voient et un cerveau qui fonctionne encore devrait conclure :  

Je suis par ailleurs certain que cette brave militante, élégante et distinguée, et qui n’a probablement jamais soulevé un sac de ciment de sa vie, serait désespérée si elle apprenait que son fils (et plus encore sa fille, j’en suis sûr) lui annonçait qu’il (ou qu’elle) avait décidé de devenir maçon (ou maçonne). 

Moi je dirais bien, en prenant bien soin d’omettre la cédille, qu’elle l’est déjà, cette dame, maçonne. Mais ce ne serait que moi. Stéphane, lui, est poli et sérieux et use d’arguments plus convaincants.
N’empêche que ce passage m’a encore fait revenir à ma bête noire, Vallaud Belkacem, grande "chantresse" de la protection des femmes, de l’enfant et de la famille égalitaire. Avec ses enfants jumeaux, ses ambitions politiques, ses charges au Ministère, ses responsabilités écrasantes de porte-parole du gouvernement, j’aimerais bien lui demander, si j’avais le mal heur de la croiser un jour, cette dame, combien d’heures par semaine elle consacre à l'éducation de ses chérubins et quelle tendresse elle a le temps de leur prodiguer !

Le livre de Stéphane se termine sur une analyse exhaustive de «la loi pour l’égalité entre les femmes et  les hommes», avec ce sous-titre qui vous en dira plus que tous  mes discours :

Ou quand la chasse à l‘homme devient légal.

Donc, hommes qui entendez le rester et femmes qui n’avez jamais cessé de l’être, je vous conseille vivement la lecture de l’ouvrage de Stéphane.
Je le répète : un livre courageux.
Et digne.

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10.02.2014

Mon bout de Pologne

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Les paysages n’ont pas de réalité en soi. Ils sont l'écho, le reflet de ce qui se meut dans l’âme sensible et l’intellect, tranquille ou tourmenté, du promeneur.
Ils sont plutôt dans son bagage que sous ses yeux.
Une dame, née en France, qui a toujours vécu en France, mais dont les parents étaient des exilés polonais d’entre les deux guerres installés dans l’Orléanais, je crois, me racontait, il y a quelques années de cela, un de ses souvenirs d’enfance.
L’hiver, si la neige venait à recouvrir la campagne, son père aimait alors contempler le paysage et, chose qu’il faisait très rarement, se mettait à évoquer la Pologne, le passé, ses souvenirs.
La nostalgie était, en quelque sorte, toujours habillée de blanc.
La neige accrochée aux toits et aux branches, avec une saute de vent qui faisait un instant tourbillonner une nuée de flocons, sans doute ne la voyait-il pas en soi, mais telle que gravée dans sa mémoire et son cœur. Le présent était ailleurs sur l'échelle du temps. Elle était une lettre, cette neige de France,  un  message, un clin d’œil, un bout de son histoire, la voix d’un père ou d’une mère peut-être, et tout cela faisait remonter à la surface le souvenir d’une terre lointaine, qu’on avait dû quitter à regret et qui venait chuchoter dans son âme d’exilé.
Rien de tel chez moi puisque c’est de mon plein gré - avec toutes les réserves que l'on doit émettre dès lors qu'on parle de plein gré - que j’ai changé de pays. Il y a pourtant, souvent, comme un décalage entre la réalité des paysages que j'aime et mon présent.
La totalité n’est pas toujours au rendez-vous.
Là où s’arrête un instant la forêt comme si elle reprenait son souffle avant de fermer à nouveau, très loin, l’horizon, s’étendent de vastes prairies que la fraîcheur humide de l’automne reverdit. Un ruisseau étroit dessine une ride profonde sur cette morne étendue. Il ondule longtemps avant de disparaître au fond de la scène, sous des arbres incertains. Des troupeaux y paissent, des nuages musardent au ciel, de grands oiseaux de proie tournoient en quête de pâture. Je regarde et je pense aux marais des Deux-Sèvres ou de Nuaillé d’Aunis.
Au printemps et en été, seules les cigognes déambulant au bord du ruisseau, spontanément, s’opposent à ma comparaison. Le paysage a dès lors une carte d’identité polonaise.

La géographie agricole, ici, avec ses champs étroitement surveillés par la forêt, ses chemins chaotiques, ses cultures de maigre seigle, m’ont, au début, ramené plus loin que l’Aunis. En Vienne et aux culottes courtes. Une géographie pas encore totalement soumise aux exigences du stakhanovisme des exploitants. Longtemps que je n’avais habité de champs hospitaliers à l’arbre, au fossé, à la jachère, au vent qui fait se courber des fleurs sauvages, hautes sur tige.
Retard pris par la Pologne en général ? Sans doute pour une part, mais pas tout à fait. Les Polonais ont d’ailleurs une savoureuse plaisanterie quand ils parlent de leur histoire récente. Faisant allusion à la grande productivité allemande servie par un dantesque réseau routier, ils sourient : C’est normal, pendant que l’Allemagne construisait des autoroutes, nous, on construisait le socialisme.
Le sarcasme n’est pas du goût de tout le monde…

Le paysage agricole, donc, est bien empreint de l’élément historique, mais il s’agit aussi d’une pauvreté de la terre, fortement sablonneuse. Et je souris quand je me souviens d’un passage du livre - par ailleurs très bon et que je vous conseille-  de l’historien Norman Davis (Histoire de la Pologne, Fayard, 2004) -  qui affirme que la pénurie dramatique lors de l’état de guerre des années 80 était une aberration communiste, ce que personne ne songerait à lui contester, parce que la terre polonaise était généreuse et avait de quoi grassement nourrir ses habitants.
Il n’avait jamais dû venir jusqu’ici, sur ces étendues de sable fouettées par le vent et au sillon desquelles le paysan a bien du mal à extraire ce dont il a besoin, pour lui, sa famille et ses animaux.
Pour ma part, sur mon terrain,  les quelques tentatives pour faire pousser un arbre fruitier se sont toutes soldées par un échec. Quant à faire fructifier un plant de tomates...
Si je creuse un trou, après vingt centimètres, c'est le sable profond, très beau, rouge et jaune. Si je m'obstine, c'est déjà l'eau. Curieux... De l'eau et du sable... C'est encore trop peu pour me ramener jusqu'à La Rochelle.

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07.02.2014

Ukraine

carte_ukraine.jpgJe suis pessimiste. Alarmiste même, mais ce qui se passe de l’autre côté de la frontière ukrainienne, à une cinquantaine de kilomètres, donc, de ma paisible demeure sous la neige dormante, ne cesse de m’inquiéter.
Pour bien comprendre, il faut d’abord savoir que l’Ukraine est un vaste pays, culturellement partagé en deux : la partie orientale est profondément slave, très russophile, la partie occidentale est de tradition plus romane, très attirée par l’Ouest et l’ouverture vers l’Europe.
De tout temps.
Mais le problème n’est pas tant l’Ukraine elle-même, quoique aux prises avec cette contradiction et  au bord du chaos, que les intérêts qui sont en jeu dans la mise en place de ce chaos.
La cible réelle, c’est Moscou et Poutine, la puissance militaire russe. Les guerriers de l’ombre sont les Américains qui tiennent là une occasion de couper la Russie de la Mer noire et de lui interdire ainsi toutes sorties, donc toutes politiques, vers le Proche et le Moyen-Orient
(1).
C’est ça, l’enjeu réel et, à moyen terme, la Syrie et l’Iran dont on sait que leur allié le plus militairement sûr est la Russie. C’est un enjeu de taille qui, s’il est avéré, ne se souciera guère des millions de morts qu’il pourrait exiger.
Il n’est pas, comme le disent nos putains de médias et nos non moins putains de dirigeants politiques, une volonté de l’Ukraine d’intégrer la communauté européenne, avec un désir ardent de liberté occidentale et tout, et tout…. Vous connaissez la messe depuis le temps qu’on nous fait prier aux sons de cette liturgie !
De cela, les Américains n’ont que faire, et peut-être même le verraient-ils d’un très mauvais œil.
Il paraîtrait d’ailleurs que la  secrétaire d'Etat adjointe américaine pour l'Europe, Mme Nuland, aurait dit (info à prendre avec les précautions d'usage) à l’Ambassadeur des États-Unis en Ukraine en parlant des pro-européens et des européens eux-mêmes : qu’ils aillent se faire enculer !
Sous-entendu, « ce qui nous intéresse, nous, c’est de mettre les ultranationalistes, à forte proportion nazie, au pouvoir, d’isoler ainsi Moscou tout en nous prémunissant, avec des gens pareils aux commandes, d’une entrée de l’Ukraine dans le grand marché européen."
Car les Américains n’ont pas pardonné et ne pardonneront pas au rusé Poutine (même derrière les simagrées diplomatiques et consensuelles de Genève) d’avoir déjoué leur plan de démembrement de la Syrie à grands coups de bombes. Avec Hollande derrière qui courait comme un p’tit chien haletant derrière un gibier inopinément levé.
Cette tentative d’encerclement de l’ogre russe n’est cependant pas nouvelle. Qu’on se souvienne de la Géorgie en 2008… Là, les chars russes avaient en une nuit réglé la question et la CIA s’était prudemment retirée du champ de bataille.
Mais Poutine est actuellement coincé par l’enjeu médiatique et politique des jeux olympiques d’hiver, pour la première fois de leur histoire organisés en Russie.
Mais jusques à quand ? Ce n’est pas par hasard si les taupes américaines présentes en Ukraine ont choisi ce moment pour mettre le feu aux poudres.

Je vous dis donc, en espérant me lourdement tromper et même que ce texte soit limite ridicule (2), qu’une Europe à feu et à sang comme elle le fut entre 39 et 45, c’est autant de dollars et de perspectives de croissance durable qui rentre dans la poche de l’Oncle Sam.
Et c’est aussi, cette fois-ci, une fois Moscou stratégiquement anéanti,  les pieds et les mains du susdit Oncle déliés pour frapper le monde quand il veut et comme il veut, au gré de ses intérêts.

Voilà l’enjeu réel des troubles et des émeutes en Ukraine, à deux pas de ma paisible demeure sous la neige dormante.
Bon week-end quand même !

_________

(1) Un accord entre l"Ukraine et Moscou permet à la Russie de mouiller une importante flotte militaire dans le port de Sébastopol.

(2) Je fais ici le pari pascalien : si tout cela n'est que pur fantasme, je n'aurai perdu qu'une petite occasion de me taire. En revanche, si c'est réalité et que je ne dis rien de mes pensées sur la question, j'aurai perdu une immense, une irréparable occasion de ne pas m'en ouvrir à mes lecteurs.

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06.02.2014

Un texte de Stéphane Beau

Ce que penser veux dire...

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Je relis en ce moment Ce que parler veut dire de Pierre Bourdieu, bouquin que j’avais étudié du temps où j’étais à la fac (ça commence à dater...) et dans lequel j’ai eu envie de me replonger après avoir lu Le Goût des mots de Françoise Héritier – ouvrage qui, sous couvert de déclaration d’amour aux mots, à leur poésie et à leur magie évocatrice, s’applique surtout à resserrer les nœuds et les codes d’une langue élitiste et faussement libre.

Le livre de Bourdieu est intéressant à plusieurs titres. Tout d’abord, parce que du point de vue de la sociologie, il nous rappelle – ce qui n’est jamais inutile – que la langue n’est pas qu’un ustensile commun, partagé égalitairement par tous, mais que c’est avant tout un outil de pouvoir, pouvoir d’autant plus pernicieux qu’il reste la plupart du temps symbolique : « Toute domination symbolique suppose de la part de ceux qui la subissent une forme de complicité qui n'est ni soumission passive à une contrainte extérieure, ni adhésion libre à des valeurs ».
Il revisite par exemple la manière dont le Français, en tant que langue officielle de l’Etat, a commencé par dévaloriser les patois, les dialectes, les langues régionales, en les écartant des organes principaux de la machine sociale : école, justice, emploi, administration, armée... Dans un second temps, une fois que les « parlers locaux » ont été quasi totalement maîtrisés ou remodelés sous des formes folkloriques (comme le Breton, par exemple), le langage officiel a pu s’attaquer aux différentes catégories sociales. Le discrédit ne retombait alors plus sur celui qui ne parlait pas Français, mais sur celui qui le parlait mal ou qui n’en maîtrisait pas bien les codes : l’ouvrier, le paysan, le jeune, l’immigré... Cela permettait aux élites de profiter à la fois d’un système parfaitement égalitaire sur le papier, mais totalement déséquilibré, en termes de pouvoirs, dans les faits.

Et puis le temps a passé et on constate aujourd’hui, que la violence symbolique du langage est en train de connaître une troisième mutation : le pouvoir de la langue repose moins, maintenant sur la qualité de son expression que sur la qualité de son in-expression. Autrement dit, le langage, englué dans les logiques de communication, de management, de propos convenus divise ses utilisateurs en deux camps : ceux qui usent encore des mots pour essayer de dire quelque chose et ceux pour qui les mots ne sont plus que des codes servant à conforter une vérité officielle, une « bien-pensance » formatée et inattaquable.

Ainsi, on a pu voir ces derniers temps, par exemple, une illustration assez nette de cette évolution dans les manifestations des « bonnets rouges » en Bretagne. Il y a un siècle ou deux, ces bonnets rouges auraient été disqualifiés parce qu’ils étaient « Bretons », c’est-à-dire non intégrés au modèle dominant. Il y a une quarantaine d’années, ils auraient été suspects parce qu’ils étaient « populaires », donc pas en mesure de dialoguer et de revendiquer à partir d’un discours élaboré selon les normes en vigueur (qu’on se rappelle des moqueries à l’égard de Georges Marchais ou de Henri Krasucki par exemple). Aujourd’hui, ils sont disqualifiés parce que leurs discours, et leurs actes – qui sont aussi des discours – transgressent un nouveau code qui veut que toute parole qui n’apparaît pas assez mesurée, assez nuancée, assez respectueuse d’une expression polie et policée (les deux termes sont d’ailleurs étonnamment proches) est irrecevable.

De nos jours, donc, le paria, l’inadapté, le malotru, ce n’est plus celui qui fait des fautes de français, c’est celui qui commet des « fautes de pensée ». Cela se constate à tous les niveaux où le « politiquement correct » est devenu la norme et où toute pensée un peu divergente, un peu en décalage avec les canons de la sagesse autorisée, est immédiatement rabaissée et pointée du doigt.
Cela est très net bien sûr, en ce moment, dans tout ce qui touche aux « débats » sur le féminisme, le « masculinisme », l’homoparentalité, le mariage pour tous, le  « genre » et autres sujets brûlants qui divisent la société en deux : ceux qui savent, qui ont le savoir, la culture, le vocabulaire adéquat, les positionnements adaptés ; et ceux qui ne comprennent rien, qui n’ont pas lu les bons livres, qui ne réfléchissent pas et qui ne savent que pratiquer la violence, l’invective, l’agression.

La contestation est ainsi devenue ringarde, réactionnaire, malpolie, incorrecte, et tout ce qui peut relever de ses attitudes, de son champ lexical, de ses modalités d'expression peut être pris de haut, avec dédain ou avec moquerie, selon les cas.
Schéma simpliste qui ne reflète en rien le réel qui, de toute manière, ne se découpe jamais aussi simplement en deux partis opposables, mais toujours en une multitude de points de vues et de sensibilités. Mais schéma idéal pour disqualifier d’office toutes celles et tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se retrouvent du mauvais côté de la barrière, et pour légitimer ceux qui se trouvent, de par le fait, du bon côté (1).
Et peu importe que les premiers soient parfois moins violents, moins obtus et plus cultivés que les seconds. Le simple fait de tenir des propos qui ne vont pas dans le sens de l’opinion dominante suffit à les disqualifier.
Cette évolution est inquiétante car, si elle n’interdit pas (encore) officiellement l’expression des pensées non conformes aux dogmes en vigueur, elle s’applique toutefois clairement à les rendre inaudibles.

 Il y a quelques temps de cela, un ami à moi, Goulven Le Brech, spécialiste du philosophe breton Jules Lequier m’écrivait ceci au sujet de Georges Palante, penseur polémique que je m’efforce de faire connaître au grand public depuis pas mal d’années : « Palante, comme Lequier est devenu folklorique et peu recommandable sur le plan philosophique... ».
« Folklorique »... Sur le coup, le mot m’a semblé amusant mais un peu décalé. Puis en réfléchissant bien, j’ai compris que le terme était rigoureusement adapté. Folklorique, oui, Palante. Tout comme Lequier et plein d’autres, sans doute : Nietzsche probablement, Cioran, ou plus proche de nous Philippe Muray, tous ces auteurs que les médias aiment citer, évoquer, parfois honorer, mais sans jamais souscrire véritablement à ce qu’ils écrivent, en conservant à leur égard une petite moue complaisante, d’un air de dire : « ils tapent fort, mais on ne leur en veut pas : cela participe au spectacle ». Spectacle folklorique, bien entendu, comme les danses bretonnes ou les chants basques.

C’est ainsi. Il faudra bien nous habituer à vivre dans un monde où la libre pensée et l’esprit critique ne seront rien de plus que les vestiges folkloriques d’une intelligence éteinte. Ce monde arrive à grand pas. Il est peut-être même déjà là...

 (1) La vraie question étant peut-être de savoir qui pose ces barrières, et surtout à qui elles sont utiles...

Stéphane

 

littérature, écriture

 

 

Par ailleurs, vient de paraître aux Editions Les 3 Génies, Hommes en Souffrance de Stéphane Beau.
Dès que je l'aurai lu, je vous en toucherai un mot.
Plusieurs même, tant le propos de cet ouvrage me semble s'attacher à prendre à contre-pied la pensée politique dominante dont nous sommes assommés.

14:05 Publié dans Stéphane Beau | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

04.02.2014

Chants d'un crépuscule

P2042461.JPGJ’en ai donc terminé avec la mise en ligne des Champs du crépuscule. Merci à vous, lecteurs, car, si j’en crois les indicateurs de fréquentation, vous avez été très nombreux à suivre ces pages depuis le 11 décembre.
Merci aussi à mes trois fidèles commentateurs, Michèle, Feuilly et Solko.
Pendant que je faisais cela, donc, au moins ne disais-je pas de mal du monde et il a tourné, ce monde... Comme d’habitude. Avec un petit regain de grotesque, le roi nouveau s’en étant allé à mobylette conter fleurette sous les jupettes d’une starlette et le roi déchu rêvant, lui, d’une première et glorieuse Restauration depuis les plages de Charente-Maritime, si chères à mon cœur.
Le nouveau roi amuse la galerie en plaçant la plume du journaliste bien au niveau de ses c… Il affole ainsi ses troupes timorées cependant que l’ancien monarque inquiète les siennes et que déjà les couteaux de Brutus sortent subrepticement des poches… Les Orléanistes de pacotille n’en veulent plus de ce Bourbon ringard qui les a fourvoyés dans les affres de la révolution socialiste !
En Syrie, l’Amérique sioniste, alors que ses larmes du 11 septembre ne sont pas encore toutes séchées, soutient et arme Al-Qaïda. C’est du propre ! En Ukraine, cette même Amérique et l’Europe - avec le pays des droits de l’homme en tête - soutiennent les nazis ostensiblement déclarés de "Svoboda"1. Je me demande comment Valls fait le ménage dans sa tête : hier il dépensait toute son énergie de patron des flics de France à vouloir fusiller un nazillon de spectacle, aujourd’hui, allégeance au souverain oblige, il soutient les Nationalistes Socialistes d’Ukraine.
Mais il est vrai aussi que ceux-là ne se laisseraient nullement intimider par une p’tite bafouille adressée à des préfets.
Et Vallaud Belkacem, elle que j’entendais face à Bourdin soutenir à mots couverts l’opposition ukrainienne, qu’est-ce qu’elle peut bien en penser de tout ça, si tant est qu’il lui reste un brin d’autonomie de ce côté-là ?
Bref, pendant que je m’occupais à mes broutilles, nihil novi sub sole du mensonge permanent.
A Lyon et à Paris, on se mobilise, on crie et on brandit son opposition farouche aux législateurs de la famille. Vallaud Belkacem, encore elle, affirme docilement que les gens manifestent sur des idées imaginaires. Si elle avait retenu ne serait-ce qu’une seule page de l’histoire de France, elle saurait que
les grands bouleversements et les actes les plus forts toujours se sont nourris de peurs imaginaires. Parce que s’il avait fallu attendre d’avoir réellement peur pour exprimer son désarroi, on en serait encore à la pierre taillée, Madame ! Et Danton, Robespierre, Louis XVI et tant d'autres seraient morts comme tout le monde, avec leur tête toujours solidaire de leur cou.
Attention, hein, je ne dis nullement que les manifestants de Lyon ou de Paris emportent ma sympathie. Pas du tout. Pour tout vous dire, je m’en bats l’œil de leurs débats et de leurs angoisses !
Car aux nazillons, aux curés, aux évêques, aux indignés des p’tits matins blêmes, aux révoltés, aux antisémites, aux hétéros, aux homos, aux socialistes, aux sionistes, aux frontistes de gauche, de droite ou d'ailleurs, aux communistes, aux féministes, aux gros phallos, j’oppose toute la complexité de mon individu et balance un somptueux : Merde !
Sub sole, donc…

Mais, toujours pendant ce temps-là – alors que je vous présentais le Grand Gaétan, Louis, et les autres, tous capables d’avoir assassiné un vieillard sans vous dire lequel est pour moi l’assassin parce que vous ne me l’avez pas demandé -  les sympathiques autochtones de mon pays d’accueil – et moi avec, du coup - ont reçu une sévère leçon du ciel. Du ciel, pas du Ciel ! Du vrai ciel, celui avec des nuages, du vent et du bleu…Celui qu'on voit en levant la tête, pas celui qu'on suppute en se la torturant.
Il n’y aura pas d’hiver cette année, qu’ils disaient pendant que des sautes d’un petit vent humide et léger gambadant depuis le lointain océan venaient friser leurs moustaches guillerettes et arrosait noël et le premier de l'an de douceur.
Mais voilà qu’au détour de la mi-janvier, les girouettes ont soudain tourné le cul à l’ouest et ont regardé droit dans les yeux le nord-est. Un vent fou, tenace, coupant comme un rasoir s’est levé et la neige est venue et les mercures descendus au-dessous de moins 20. Les routes ont été coupées par les congères accumulées par ce vent furibond, opiniâtre, durable. Voyez plutôt en illustration l’entrée du bourg de ma commune, ce matin.
J’ai passé mon temps à chauffer ma maison et à regarder sur le ciel de la nuit matinale des étoiles de plus en plus pétrifiées.
Maintenant, on dirait bien que le printemps veut pointer le bout de son nez : ce matin, il ne faisait que moins quatorze…
C’est beau quand même une terre qui tourne.

1 - Nom d'un parti de l'opposition ukrainienne signifiant " Liberté"

13:31 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET