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14.04.2014

Allez donc comprendre !

littératureJ'ignore bien volontiers, mais sans grand tourment moral, si celles du Seigneur sont impénétrables mais, beaucoup plus ennuyeux, je suis à peu près certain que celles des hommes le sont.
Je parle des voies, des desseins, des motivations, des plans, des résolutions,  bien entendu. Car voilà bien un domaine où les synonymes se ramassent à l'appel.
Le fonctionnement des hommes m'a donc souvent échappé.
Et je me rappelle toujours, chaque fois que je suis face à une situation dont je ne saisis pas exactement tous les tenants et les aboutissants, une anecdote vécue en 1976, à Toulouse.
J'ai habité un temps là-bas... Histoire de rejoindre quelques camarades éparpillés dans les faubourgs gris de la ville rose. Des couche-tard. On ne se couche jamais avant l'aube quand on attend l'Grand Soir. Des fois qu'il aurait pris du retard en route !
Bref, pour gagner quelques subsides en attendant de vivre d'amour et d'eau fraîche dans la société sans classes, la journée j'étais pompiste à la sortie de la ville, route de Castres exactement.
C'était l'automne. Un bel automne du sud-ouest. Parfois, si le ciel était vraiment généreux, on apercevait sur la ligne d'horizon, dans les lointains, la  nébuleuse fierté des Pyrénées.

Parmi mes chalands quotidiens, je comptais
un homme charmant, souriant, et qui habitait la cité voisine. Pour ceux et celles qui connaissent Toulouse, la cité Amouroux exactement. Mon client sympa était un homme originaire du Maghreb.
Il venait chaque jour, il tournait dans ma boutique, inspectait les rétroviseurs, les enjoliveurs, les paquets de bonbons, les bidons d'huile, les lunettes de soleil, les cartes Michelin, mais surtout les recharges pour camping-gaz, les petites, les moyennes et les plus grosses.
Il tournait en rond, disait deux ou trois mots agréables et repartait sur un jovial salut... Le bougre ne m'achetait jamais rien !
J'ai fini par me douter qu'il cherchait là quelque chose qu'il ne pouvait pas se payer... Les gestes maladroits, contrits, du voleur à l'étalage, je les connaissais bien.
Cet homme m'était dès lors agréable et je faisais tout pour qu'il parvienne à ses fins. Je sortais, je tournais le dos, je regardais par la baie vitrée les voitures qui descendaient le faubourg Bonnefoy, je proposais à un qui avait fait le plein de lui lustrer son pare-brise, histoire de prolonger mon absence de la boutique... Rien... Jamais rien...
Le gars repartait toujours les mains et les poches vides.
Puis, un beau matin, quand je me suis retourné, il n'était déjà plus là... Évanoui, mon lascar ! Et dans le rayon recharges pour camping-gaz, il y avait un trou, sur l'étagère des moyennes.
Ouf, que j'ai fait et que j'ai rigolé ! Mais, que je me suis dit aussi, s'il n'est pas plus efficace que ça, mon voleur, il ferait aussi bien de faire comme moi, de trouver vite un petit job à la noix.
En attendant le Grand Soir.
Dès lors, je ne le revis plus... Et j'étais déçu... J'avais pensé qu'il avait compris ma complicité et qu'il  était sûr de manœuvrer là sur un terrain amical, impuni. Notre tacite camaraderie était donc faussée.
Je l'oubliais.

Et puis, soudain, un mois passé, le voilà qui revient à pas feutrés, en rasant les murs et en baissant son nez !
Hélas, je n'étais pas seul.
Le patron  était là, en bleu de travail, qui comptait ses litres d'essence vendus dans la semaine.
Et mon homme, tout timide, un billet à la main qui s'approche de lui, qui dit d'une petite voix fluette que l'autre jour il n'avait pas de sous sur lui et qu'il a pris une bouteille de gaz quand même et qu'il vient la payer, c'est
combien, monsieur ?
L'œil broussailleux et mauvais du taulier qui me fusille et m'interroge.
Non, je ne suis pas au courant.
Le petit voleur paye en s'excusant beaucoup, le patron encaisse avec ses gros doigts maculés de cambouis, rend la monnaie avec mépris et grommelle méchamment que la maison ne fait pas crédit et que moi....
Moi ?

Je suis viré.
Je vais pouvoir me coucher encore plus tard que tard.

J'espère que cet homme n'habite plus une cité dégueulasse, poussiéreuse et bruyante et qu'il n'a plus besoin de bouteilles pour camping-gaz.
J'aimais bien la franchise de sa maladresse. Le code de la pauvreté acculée.
Mais nous ne nous sommes pas compris.
Des remords ? Un jeu ? Un réel besoin et un réel emprunt ? Une morale qui m'était inaccessible?
Je n'en saurai foutre jamais rien.

Image : Philip Seelen

11:07 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.04.2014

L'exil et la mort

P9180043.JPGLes juifs qui vivent en France ou ailleurs - tout du moins beaucoup d'entre eux même si j’en ignore la proportion – se font enterrer à tout prix sur (sous plus exactement) la Terre promise.
Ils font ce qu’ils veulent, ces braves gens, là n’est pas le problème, et quand bien même seraient-ils chrétiens, athées, bouddhistes ou derviches tourneurs, que j’aurais à leur égard les mêmes réflexions de perplexité.
C'est le genre de précautions farfelues et convenues qu'on est toujours tenu de prendre dès qu'on parle des juifs, dans un monde imbécile aplati par la culpabilité, la fausse conscience et la posture qui dicte que l'apparence prime sur l'essentiel. Toujours faire montre de son honnêteté et montrer âme blanche.
Des autres, on peut parler un peu plus à la légère. Sans offenser toutefois.

Bref, cette étrange pratique de vouloir faire dormir ses os ailleurs qu'au cimetière le plus proche, me semble le comble des inconfortables tourments - passez-moi le pléonasme- d’un exil. Comme si la terre, le pays, le bout de ciel où vous avez vécu votre vie, où vous avez aimé, où vous avez construit, pleuré, ri, bu et mangé tout votre soul, n’était pas assez sainte ni même assez saine pour accueillir votre précieux cadavre.
Ou alors comme si ceux qui restent derrière vous, les voisins, les amis, ceux que vous avez salués, n’étaient pas dignes de marcher et de respirer dans le voisinage direct de votre céleste sommeil.
Mépris ? Humm… Je l’ignore. Croyance en un dieu tellement sectaire qu’il ne vous accompagne dans votre salut que si vous reposez là et non pas là ? Chez lui, en fait. Un dieu contractuel, comme l’écrivait Nietzsche ?
Pour sûr que je ne voudrais pas d’un dieu pareil pour me conduire à travers ciel. Un dieu universel, un absolu, une entité des étoiles infinies, un dieu tellement évident qu’il n’a pas même besoin d'église pour être un dieu, ça, oui. Ou encore, mais à la grand’ rigueur, pas de dieu du tout.
Car un dieu qui discriminerait, qu’aurait-il de plus divin que le moindre des moindres mortels ?

Quand je mourrai, quand le croque-mort m’emportera, quand sonnera l’heure blême, donc, je ne chanterais pas à l’instar du Poète : que vers le sol natal mon corps soit ramené…
Car c’est sous ce coin de ciel polonais, tantôt glacé, tantôt étouffant, sous ces nuages qui courent de la mer noire à la Baltique, sur cette plaine qui se déroule de forêts en forêts, que j’aurai fini de tracer ma piste. Je dormirai sous ce pays qui, sans ambages, m’avait ouvert tout grand ses bras, avait tiré la chaise et m’avait invité à m’asseoir à sa table, sans rien demander de mes racines profondes.
Je dormirai là. Loin de ma langue et de la terre de mes ancêtres. Par respect pour tous ceux qui m’ont salué et avec lesquels j’aurai  partagé un bout de route, un bout de terre, un bout de monde.
Je dormirai chez eux ; un chez eux qu’ils ont fait chez moi.
Ce sera mon hommage posthume à la vie. Une vie qui habita, et non qui passa dans l'opportunité.

10:43 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.04.2014

Devinettte pas facile...

staline_reference.jpg« Imprédictibles, ces coups d'éclat contraignent les services de renseignement à déminer le danger en multipliant les cyber-patrouilles. Des groupes d'enquête spécialisés explorent blogs, pages Facebook ou messages sur Twitter. Prévoir nous oblige à des investigations plus poussées, concède un officier. Par mots-clés, nous tentons de cibler des profils à risque et des mots d'ordre, mais cela reste aléatoire.»

Ah, lecteur lointain, doux et paisible lecteur, toi qui, tout comme moi sans doute, regardes s’agiter le monde dans ses ébats et ses débats de plus en plus liberticides, qui te dis peut-être que nous avons, nous-autres, cette chance historique, acquise de haute lutte, de vivre sous des cieux éclairés où fleurissent les fleurs toujours nouvelles des démocraties apaisées, de quel pays indigne parle donc ce petit paragraphe édifiant, prélevé dans la presse ?
De la Tunisie ? De l’Ukraine ? De la Russie de Poutine ? De la Chine ? De l’Inde ? Du Pakistan ? De la Corée du Nord ? De l’Afghanistan ? De l’Irak ? De la Lybie ?

Allez, encore un petit effort… Oui, oui, c'est ça... Tu brûles, lecteur !

09:30 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.03.2014

Le numérique : une réforme, pas une révolution

littératureIl y eut successivement - et en même temps durant des périodes charnières plus ou moins longues - l’odeur, le gestuel et le grognement, puis la parole, puis, enfin, le langage.
Certains paléontologues attribuent au langage, autrement dit à la faculté de désigner le monde par des sons particuliers bientôt structurés, la suprématie de Cro-Magnon sur le Neandertal, jusqu’à la disparition complète de ce dernier.
Ce serait donc grâce à la maîtrise de la communication qu’une espèce se serait imposée à une autre,
jusqu’à la faire disparaître au cours de la longue conquête de la planète. Une espèce qui parle, qui a une conscience parlée, est donc, déjà, beaucoup plus armée dans la lutte pour la survie qu’une autre qui n’a pas encore acquis ces techniques et en est restée au gestuel et aux onomatopées, aux cris et aux grognements. Imaginer par exemple que les loups, dotés d’un langage complexe et seulement intelligible à l’intérieur de leur espèce, auraient pu vaincre les hommes et s’imposer à leur place dans l'environnement, n’est, à mon sens, une idée farfelue que pour les farfelus dans leur conception de l‘organisation et de la genèse des sociétés.
Le langage fut ainsi la première grande et victorieuse révolution des hommes dans leur entreprise de domination du monde.
Faisons l’impasse sur des siècles et des siècles au cours desquels s’affina ce langage, jusqu'à être capable de dépasser sa fonction primaire d’oralité et de se doter d’une représentation graphique. Nous abordons la théorie du langage, c'est-à-dire l’écriture,  et nous  sortons ainsi de la Préhistoire pour rentrer triomphants dans l’Antiquité.
L’écriture, fille de la parole,  fut ainsi la deuxième grande et victorieuse révolution des hommes dans leur longue entreprise d’appropriation de leur environnement.

Il n’y en eut plus aucune de cette envergure. Les autres révolutions dans cette appropriation par la conceptualisation, ne consisteront désormais qu’en de gigantesques réformes à l’intérieur même de la parole et de l’écriture.
La première de ces grandes réformes, celle qui a bousculé la vitesse de diffusion du langage, fut l’imprimerie. Ceci dit en passant, non inventée par le sieur Gutenberg comme l’ânonnaient nos premiers livres d’histoire au chapitre CM2 des Grandes inventions et découvertes, mais par lui perfectionnée au point de la rendre incontournable. Mais Gutenberg n’a pas plus inventé l’imprimerie que Google n’a inventé internet : Il en a eu "l'intelligence".

Il nous faut encore
faire l’impasse sur presque un siècle avant que l’ingéniosité des caractères typographiques, en métal et mobiles, ne porte, ailleurs que chez le clergé tout occupé à faire imprimer ses livres saints, ses véritables fruits.
Un siècle où l’imprimerie ne révolutionna rien du tout et, même, n'intéressa quasiment personne. C’est Luther qui, le premier, comprit l’utilisation militante qu’on pouvait tirer de la nouvelle technique. C’est par l’écriture qu’il afficha ses 95 thèses à Wittenberg, thèses qui jetèrent les fondements de la Réforme et du luthérisme. Mais, si on en était resté à cette diffusion, le luthérisme en serait resté, lui, au stade confidentiel. L’imprimerie vola à son secours et c’est par milliers d’exemplaires et de brochures que se dispersèrent les principes du protestantisme. Quand Rome prit la mesure du danger et voulut intervenir, il était bien trop tard : la quasi-totalité de l’Europe était au courant des fameuses thèses, approfondies et développées.
L’écriture imprimée selon Gutenberg ne cessa dès lors de se perfectionner encore, de plus en plus, et de servir de point d’appui essentiel à la diffusion de l’art et de la pensée.

littératureJe fais à nouveau l’impasse sur six siècles de ce perfectionnement et j’en arrive au numérique.
Mais je ne passe pas pour autant d’une Préhistoire à une Antiquité ou d’une Antiquité à un Monde contemporain ou d’un Monde contemporain à un Monde plus nouveau encore ; je reste à l’intérieur de l’écriture et de la socialisation de la pensée, choses acquises depuis longtemps. Je suis encore dans l’Antiquité. Je change de support. Je change de technique. Pas d'ère humaine.
Car un examen approfondi des sociétés dans lesquelles ces situations successives d’évolution de la communication, très sommairement évoquées ici, ferait apparaître que ces révolutions et réformes de la propagation du langage et de la pensée n’étaient pas des exigences en soi, pour la beauté du geste, si j’ose, mais étaient fondamentalement dictées par des révolutions existant en profondeur dans les infrastructures de ces sociétés : on changeait à chaque fois de mode de production des besoins, on changeait à chaque fois de structure sociale, on élargissait aussi les horizons de la machine ronde, on traversait des mers jamais traversées, on découvrait des terres jusqu'alors ignorées.
En gros, le langage de Cro-Magnon avait annoncé la Préhistoire et l'organisation hiérarchique, structurelle,  du clan, l’écriture avait annoncé l’organisation étatique de plus en plus centralisée ainsi que la littérature et la philosophie, l’imprimerie avait annoncé la fin de la féodalité et la Renaissance... Ce qu’annonce le numérique n’est pas encore audible.
La vitesse de communication d’internet, la concentration du savoir qu’il détient dans sa sphère, savoir directement accessible, est complètement décalée, presque jusqu’au handicap, quand on considère que les hommes en sont en même temps restés aux sources d’énergie du XIXe siècle, charbon et pétrole, et que les sociétés, toujours courbées sous la dictature économique, n’ont pas avancé d’un poil, sinon dans l’accumulation perfectionnée de marchandises de plus en plus inutiles.
Il y a là un hiatus que le monde n’est pas prêt de rendre agréable à l’oreille.
L’adaptation du monde au nouveau mode de diffusion du monde, ne semble pas pour demain.  L’esprit de ce qui s’écrit sur internet ne révolutionne en rien, absolument en rien, l’esprit, ni n’ouvre d’autres projets de société, d’autres destinations humaines, d'autres façons du construire ensemble. La preuve : on se bat aux quatre horizons du monde comme on se battait à l'Antiquité, au Moyen-âge et à toute autre époque.
Dès lors, nous pataugeons presque dans l’inutilité en perfectionnant un outil de communication sans changer le destin de ce que nous avons de fondamental à communiquer. Nous risquons - si ce n'est déjà fait -  de faire ainsi de notre langage un simple bavardage, un luxe divorcé du réel, comme le serait la faux extraordinaire d'un cantonnier là où l'herbe ne pousse jamais plus.
Autant dire, pour la première fois dans l'histoire, nous risquons de signifier la fin de la communication par manque de matière à  communiquer, comme un moulin finit par se briser quand il continue de tourner et qu’il n’y a plus de grain  à moudre.
Le numérique, donc, celui avec lequel nous écrivons, n’aurait pas été plus pauvre qu'il n'est actuellement avec Balzac, Zola ou Maupassant tenant un blog. C’est dire comme ils étaient en avance, ceux-là, ou alors, plus sûrement, comme nous sommes encore en retard, nous autres, et combien nous manquons d'esprit d'initiative pour réinventer, non pas les outils du monde, mais le monde lui-même.
J’ajoute que diffuser Balzac, Maupassant ou Zola en numérique revient à faire du numérique l'outil performant d'un stockage rationnel, si cher aux thuriféraires de la production capitaliste. Avoir 2500 livres dans sa liseuse et dans la poche intérieure de son blouson, relève plus de la performance technique que d'une technique de la performance. Cela revient à satisfaire sans satisfaction une préoccupation majeure de la fin du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe en matière de conditionnement des marchandises, jusqu'à la " géniale trouvaille" du flux tendu  supprimant la logique du stockage.
Avouons que pour pratique que ce soit, il n’y a pas de quoi sauter aux nues ni de quoi crier à la  révolution fondamentale ! A moins d'être résolument du parti pris des imbéciles qui, comme chacun le sait, est le parti majoritaire auquel, pourtant, chacun d'entre nous se défend d'appartenir...
Je crois donc que les ethnologues du futur ne situeront pas la révolution numérique au XXe siècle, ni même, peut-être, au début du XXIe siècle. Ils la situeront - si tant est qu'elle intervienne un jour - quand le numérique
aura fait la preuve qu'il a changé le mode de fonctionnement des sociétés, en a amélioré considérablement le destin et l'esprit.

11:07 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.03.2014

Limites

littératureEn ce minuscule lieu perdu de l'arrière- campagne, les pieds sur la mousse humide, je mesure combien est encore dérisoire, préhistorique, antédiluvienne même, l’organisation des hommes entre eux.
Si je fais deux pas en avant, je réintègre mon monde. Je suis en Europe, Schengen, je suis sous les lois de Paris, de Madrid, de Lisbonne, de Rome et de Trifouillis les oies…Je n’ai pas besoin de visa sur un passeport, je n'ai même pas besoin de passeport du tout, je suis quasiment à la maison.
Si je pouvais faire deux pas en arrière, toutes les lois et la plupart des valeurs qui régissent ma vie sociale seraient abolies en une seconde à peine. Même mon alphabet, mon cher alphabet, celui que j'ai appris en culottes courtes, au début, avec lequel tous les jours j’essaie de me dire dans ce monde, ne me serait plus d’aucune utilité.
Peut-être même irais-je manu militari tâter de la paille humide du cachot néo-collectiviste.
Je mesure, là, combien est fragile la liberté de mettre un pied devant l’autre sur une planète aplatie sous la botte et
raccommodée, rapiécée, par la politique des hommes. Homo erectus, lui, passait les fleuves, les ruisseaux et les montagnes sans avoir à montrer patte blanche. Homo erectus ignorait la politique. Une ignorance qui faisait de lui un savant.
J’ai une vague impression, aussi, d’avoir toujours vécu ici. Sur des frontières. Entre crépuscule et aurore, sans jamais savoir trop dissocier lequel annonçait la nuit et lequel anticipait la lumière. Sinon par l'illusion et la volonté d'exister. Vécu sur l'expérience des limites.
De l'autre côté de ce poteau blanc et rouge, commencent les Russies. Celle de Minsk et celle de Moscou. Où ronronnent des canons. Au cas où...

Et je me demande bien ce qu’en pensent les gens de la ferme, là, tranquilles, peinards, sur leur petite colline. Savent-ils qu’ils sont un pointillé. Un pointillé virtuel sur la carte et tellement dangereux sur la terre ferme, quand la folie risque de rallumer une fois encore le feu aux poudres.
Et ces grands corbeaux que je vois tournoyer, avec des reflets bleus sous leurs ailes déployées, qui vont d’un saule à l’autre, d’une rive à l’autre du fleuve, qui croassent d'un système à l'autre, savent-ils leur supériorité politique ?
Qu’ils sont bien au-dessus de l'intelligence barbare des hommes ?

08:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.03.2014

Illusions

1795756_10151969869723235_1640376065_n.pngUn homme vit aussi d’illusions. C’est là son voyage dans la stratosphère, sa projection dans les ailleurs, et seuls les imbéciles, les pragmatiques, les menteurs et les salauds (qui sont souvent les mêmes) prétendent ne pas avoir d’illusions. En confondant, d’ailleurs, excusez-moi du peu, « illusions » et « espoirs », car même le désespéré a des illusions, ne serait-ce que la pire d'entre toutes : celle de croire que la mort sera plus vivable que la vie.
Ainsi suis-je également un imbécile, un pragmatique, un menteur et un salaud quand je dis à qui veut bien l’entendre que je ne me fais aucune illusion sur la capacité (voire la volonté) de la politique à changer une part du monde et à la rendre un peu meilleure.
C’est faux. Tout homme, s’il n’est un fou brasseur de néant, qui se mêle de la critique du monde, à quel que niveau que ce soit, se fait forcément des illusions. Il espère que sa critique, si peu entendue qu’elle soit, si infime soit-elle, contribuera à réparer des erreurs, lever des malentendus, mettre au grand jour des injustices, dénoncer des crimes, prévenir des catastrophes, que sais-je encore ?
Que cette critique n’atteigne que très rarement son but n’est pas, hélas, très important. Le vital est dans l’illusion. Dans le prisme déformant que crée le rapport au monde car ce prisme déformant a ses racines dans les profondeurs, non pas de l’idéologie – qui n’est somme toute que la mise en scène masquée du « moi », le tuyau social de son expression– mais de l’être que l’on est.

Ces quelques lignes pour te dire, lecteur, combien j‘ai été bouleversé, jusqu’à la nausée, par l’attitude politique de Hollande et de l’Europe entière dans le drame ukrainien. Bouleversé non pas dans mes convictions politiques, qui ne sont ni convaincues ni guère convaincantes, mais dans ma conception, mon ressenti plutôt,  de l’honnêteté et de l’intelligence humaines.
Bouleversé en profondeur. Remué. Tétanisé même.
C’est donc bien que je me faisais encore des illusions en dépit de tout mon mépris pour les grands de ce monde qui, comme se plaît à le dire l’exergue de ce blog, ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.
Je ne vais pas, une fois encore, décrire la situation. Reste qu'un gouvernement insurrectionnel qui compte dans ses rangs des nazis déclarés, est reçu à bras ouverts dans les palais républicains de toute l'Europe. Pire : à peine les morts de Maïdan (dont on ne sait toujours pas avec certitude par qui ils ont été tués) sont-ils refroidis que cette Europe signe un bout de papier de coopération avec ce gouvernement. Tout en jetant sur la Russie l’opprobre et l’indignation des gens bien, blancs comme neige, non-violents, démocrates et jamais délinquants.
La nausée, te dis-je, lecteur. Et si Toi, tu ne l’as pas encore eue, cette nausée, je me fais encore l’illusion de te contaminer par ces quelques paragraphes. J’irais même jusqu’à dire que si tu es en bonne santé, tu devrais tout de suite te sentir malade. De honte.
Et je rigole de colère ce matin quand j’entends ces Français socialisto-républicains s’indigner de ce que quelques frontistes-nationaux ont gagné (ou sont en passe de gagner) des élections municipales alors que leur lamentable chef, leur tartuffe de chef, caresse dans le dos les héritiers de Bandera et les thuriféraires de la division SS Halychyna.
Peut-on, dans ce cas-là, éprouver autre chose que le dégoût ? Me le diras-tu ? Si les tueurs de Maïdan s’étaient revendiqués de Nestor Makhno plutôt que de Bandera est-ce que l’Europe leur aurait fait ainsi les yeux doux ? Est-ce que l'onctueux Hollande miaulerait ainsi ses phrases convenues sur l'intégrité du territoire ukrainien ? Cet homme a le génie de faire en sorte qu'une vérité éculée qui sort de sa bouche sonne tout de suite comme un misérable mensonge.
Il est là, mon malaise. Dans mon (notre) impuissance à relever le défi de l’odieuse stratégie des calculateurs.
Il est aussi dans le fait de n’avoir pas été assez fort pour trouver dans mon propre bonheur d’exister, dans mon plaisir à vivre avec des gens que j’aime,
loin des brouhahas, dans un village désert de la frontière européenne ; dans la satisfaction aussi de publier un nouveau livre, la force d’éviter les haut-le-cœur du désarroi.

Mon illusion ? Elle est désormais cruelle : que tous ceux qui ont joué avec les ordures se réveillent bientôt dans une poubelle.

Illustration dénichée je ne sais où par Jagoda

12:31 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

13.03.2014

Les revenants

littérature,écritureCet après-midi je serai à Włodawa, petite bourgade jouxtant la frontière ukrainienne.
J’y serai avec le ciel bleu, encore froid, et sous le soleil, encore falot.
Je traverserai des villages de bois et de larges forêts de pins aux bouleaux mêlés.
Je verrai, en contrebas, le Bug-frontière qui suinte sur les prairies alentour la fonte des neiges de son amont ukrainien.
Je verrai des passants, je verrai des rues et je verrai des commerces.
Tout près de là, de l’autre côté de la forêt où gémissent encore les esprits de Sobibor, je me dirai une fois encore ce que je sais déjà par cœur et par le cœur : que les hommes sont des chiens qui ne retiendront jamais rien de la piste qu’ils ont suivie…
Je penserai à la Pologne une nouvelle fois - mais cette fois-ci par la vanité d’être européenne - aux premières loges du danger ; danger dont les occidentaux n’auront cure si, par malheur, la folie venait à glisser du mauvais côté de l’esprit…
Et je penserai, comme je le pense en cet instant, que l’Histoire est cruellement ironique : Yalta est une station balnéaire de Crimée…

Cet après-midi, je serai à Włodawa, petite bourgade jouxtant la frontière ukrainienne.
Jagoda me dira peut-être – comme elle m'a
récemment dit – qu’elle a peur de la guerre. Et je m’esclafferai, goguenard, grand sage et bonhomme, en disant que les guerres, pouah, ah ! ah ! ah ! c’est comme les revenants : ça n’existe que dans les cauchemars et les mauvais livres !

11:15 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.03.2014

Vient de paraître : Le Diable et le berger

vp diable et berger.jpg

Pour lire plus confortablement et, le cas échéant, commander, c'est ici

10:11 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

10.03.2014

Car tel est notre bon plaisir

littérature

Il y a quelques années déjà, j'avais lu avec délectation le Roman de Renart.
Je n'en avais jusqu'alors lu que des extraits, assez larges tout de même, et l’envie m’avait donc pris de lire ce maître-livre du Moyen-âge, d’un seul trait, dans sa totalité.
Car voilà bien un roman - au sens où il fut rédigé en langue romane - qui a bercé notre apprentissage littéraire sur les bancs de bois de la prime école et dont les célèbres animaux-personnages ont longtemps hanté notre imaginaire.


On y apprend beaucoup sur la langue et, en filigrane, sur une certaine société des XIIe et XIIIe siècles.
Bref, voyez comme, sur les susdits bancs de bois des écoles de notre enfance, on nous a gentiment gavés d’erreurs qui, par la suite, se sont accrochées à notre âme comme le chapeau chinois à son rocher.
Je me suis donc souvenu de cette phrase avec laquelle les rois de France motivaient leurs ordonnances et expédiaient leurs sujets sur la paille humide des cachots, phrase qu’on nous rabâchait pour nous bien montrer l’arbitraire des despotismes d'antan et, par contraste, pour nous éclairer
sans doute sur cette belle République à la lumière de laquelle nous avions la chance de nous épanouir : Car tel est notre bon plaisir.
Je me souviens aussi du sentiment de révolte qui sourdait alors en mes juvéniles tripes devant ces dictateurs "emperruqués" qui, par plaisir, par jouissance perverse, se plaisaient à faire la pluie ou le beau temps.

Il en était peut-être ainsi. Certes. Mais l’exemple qu’on nous donnait pour faire entrer dans nos jeunes caboches les abus de l’Ancien Régime, n’en était pas moins traîtreusement falsifié.
Dans le procès de Renart, deuxième livre, le chien Rooniaus est désigné comme justice. C’est-à-dire comme juge. Les Anglais ont d’ailleurs gardé ce sens primitif et désigne sous le nom de justice le Président d’un tribunal. Le plaids, c’est l’enquête, l’instruction, en même temps que la décision du juge motivée par cette enquête et cette instruction.
Et ce plaids-là apparaissait en latin dans le tale placitum, soit " telle est la décision prise par la cour."
Voilà la traduction exacte de notre fameux tel est notre plaisir.
Ne nous a donc pas dès lors enseigné un véritable contresens, la décision d’une cour après instruction étant censée être l’exact contraire de l’arbitraire et du plaisir pris à punir ?
Ah, combien de mots et combien de formules employons-nous ainsi, dans nos paroles comme dans nos écrits, à l'envers de leur véritable mission ?
J'en suis presque effrayé.

13:24 Publié dans Acompte d'auteur, Lettres à Gustave | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.03.2014

Métaphysique de l'amour

Quand on fait l'amour sans la sublimation amoureuse, on tire un coup ou on se fait mettre.
C'est selon.
Quand on fait l'amour par amour, quand la sensualité passe aussi au spirituel, on engage un combat avec la mort dont on ressort vainqueur.
Pour un temps encore...
P7040666.JPG

14:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.03.2014

Le vent se lève...

Avant le drame qui se déroule actuellement en Ukraine, je ne m’intéressais que de loin aux gesticulations sociales-démocrates, sans surprise, atones, d’Hollande et de ses complices.
Mais, de par la nationalité de ma petite famille et de par la géographie où s’écoulent mes jours, ce drame ukrainien me touche et il m’a dès lors bien fallu entendre, lire et comprendre l’attitude haïssable de toute cette clique
littérature,écriturefrançaise.
Voilà pourquoi j’ai Fabius et Hollande dans mon collimateur…
Je lisais donc ce matin que 81% des Français étaient mécontents de leur gouvernement. Après - et pendant- les mensonges et les tricheries diverses qu’il assène, j’aurais dû sauter au plafond. Mais non… Pas du tout…
Car ce que j’ai trouvé dramatique dans les données de ce sondage, c’est qu’il y ait encore 19% de contents. Ce doit être à n’en pas douter des imbéciles endurcis, des gens rompus à la duplicité de l’esprit, à la mollesse du raisonnement, à l’humanisme intéressé, et ça fait beaucoup, quand même, presque 1 sur 5, pour une nation tellement orgueilleuse d’elle-même ! Du coup, c’est le cas de le dire : cocus, battus et contents !
Mais je ne dis plus un mot là-dessus. J’en suis fatigué de rabâcher. Et surtout, qu’est-ce que j’en ai à foutre, au fond ? Ai-je seulement ‘l’ombre d’un ami là-dedans ?
Ah, tout de même ! Un dernier truc. Un truc qui m’a fait écarquiller les yeux tant il prouve encore et encore combien les politiques ont cet art accompli de maquiller, de dénaturer et de manipuler le langage pendant que ces corniauds d’avaleurs de médias n’y voient que du feu. Mais oyez plutôt :
Un journaliste annonce à Ayrault qu’il est à 17% et lui demande, en prenant un petit air mi-affligé, mi-goguenard, mi je-ne-sais-trop-quoi comment il fait, vains dieux, pour gouverner avec une telle impopularité sur le dos ! Une fois n’est pas coutume, il a raison le journaliste : comment fait-on, sinon à coups de bâtons et de mensonges, pour légiférer la vie de millions de gens qui ne vous aiment pas et ne vous accordent aucun crédit ?
Réponse fière et digne du premier ministre :
- Nous gouvernons parce que nous sommes élus. On ne gouverne pas avec la popularité.
Ianoukovitch et Napoléon III auraient pu faire exactement la même réponse ! La manière dont ils ont quitté la scène devrait pourtant inspirer le premier ministre, surtout qu’il soutient comme parfaitement légitime et méritée la chute récente du premier.
Il oublie, ce monsieur Ayrault, que pour être élu, il faut d’abord être populaire dans les urnes et que si cette popularité a fondu comme neige au soleil, c’est qu’il y a eu un problème en route, un couac, et qu’une remise en question s’impose. Mais non, droit dans ses bottes, le gars. En clair : on est élu, on peut faire n’importe quoi et qu’ils aillent se faire foutre !
D’où l’inconvénient de la démocratie quand elle n’est pas directe et avec des pantins révocables à tout instant.
Bon, j’arrête…
Car, comme susdit, qu’ai-je à faire de tout ce chaos de lâchetés ? Ma vie est-elle concernée ?
Mes deux meilleurs amis, plus que des frères, sont morts et ne peuvent dès lors pas en souffrir, et les deux ou trois autres qui me restent sont trop loin pour être réellement vivants. Ma petite famille, quant à elle, a autre chose à faire que de se lamenter sur l’état du monde ; elle a à vivre pleinement sa vie.
Mes solitudes du bord du Bug sont dès lors peuplées de désirs qui ne demandent qu’à être honorés.
Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
J’entendais hier soir sur les prairies humides le cri des grues sauvages claironnant leur retour. Le grand mouvement des choses continue, la lumière devient plus gourmande, le soleil plus jaune et plus tiède, l’air plus accueillant, la chanson aux lèvres plus guillerette…
Le vent se lève, il faut tenter de vivre !

 Bon week-end à tous et, si vous en avez l'envie et le temps, je vous recommande cet article très bien documenté de Jacques Sapir

12:46 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

28.02.2014

Ecriture et littérature

littérature, écritureEn fait, nous avons certainement plus besoin de la littérature qu’elle n’a besoin de nous. Ceci dit dans l’abstraction, si on lui prête une identité autonome dans l’humaine civilisation, si on la considère comme une vertu de notre patrimoine. Elle a ses étoiles qui brillent au firmament, elle a ses lettres de noblesse, elle a son royaume.
Chaque écrivain, avec l’esthétisme qui est le sien, avec son positionnement particulier au monde, avec son histoire individuelle, la nourrit régulièrement de ses écrits. Certes. Mais ce n’est pas pour l’enrichir qu’il agit ainsi, ce n’est pas pour « porter le maillon de sa chaîne éternelle », mais bien pour qu’elle daigne lui ouvrir ses portes et qu’elle veuille bien le compter bientôt parmi les siens.
C’est pourquoi un écrivain - au risque de se déconsidérer lui-même - ne peut pas être modeste, sinon de sycophante façon ; en mièvre faux-cul. Car lorsqu'on en vient à se déconsidérer dans une activité cérébrale ou artistique, à moins d’être un maso – car la déconsidération de soi est aussi souffrance - on passe à autre chose. On va vers quelque chose qui serait peut-être mieux à sa portée.
En essayant de ne pas descendre trop bas toutefois.

A la veille de publier un nouveau livre, ces considérations m’embarrassent ; Quel est le plaisant objectif poursuivi ? Quelle motivation ? Être lu. Tout écrivain, s’il n’est pas le grand Montaigne qui assurait dans son introduction aux Essais n’écrire que pour lui-même, écrit pour ça. Comment pourrait-on dès lors faire montre de modestie quand on s’est persuadé d’avoir quelque chose à offrir qui vaille la peine d’être offert ?
A-t-on déjà vu un écrivain qui clamait que son livre était insipide et n’apporterait rien à ses lecteurs, qu’il ne valait même pas la peine qu’on perde un temps précieux à le lire ? Quand je dis « ne rien apporter à ses lecteurs », je parle de plaisir de lire une écriture censée avoir été  soignée, une fiction – si tant est qu’une fiction existe - bien ficelée, et non pas ouvrir l’esprit des lecteurs vers des horizons nouveaux, les éduquer, leur montrer la bonne route ou je ne sais encore quelle autre indigeste et malsaine billevesée.

A la veille de publier un nouveau livre, ces considérations m’embarrassent donc. Pourquoi suis-je tellement content ?
J’ai un poulailler à construire, des livres à lire, une clôture à faire, du bois à fendre, un voyage à entreprendre et, en plus, ce qui se passe de l’autre côté de la frontière ukrainienne, la déstabilisation téléguidée par l’OTAN et ses petits valets de pied tels Hollande, ne cesse de me révolter et de m’inquiéter...
Alors ?
Serais-je vaniteux au point de considérer que faire plaisir à d’éventuels lecteurs, est ma plus grande satisfaction ? Que je suis bon ? Je n’ai pourtant rien ni de l’altruiste forcené, ni du philanthrope, ni du bon Samaritain. Je n’ai pas mauvais cœur, je ne suis pas un mauvais bougre, certes, même si j’ai mauvais caractère, mais de là à n’être préoccupé que du plaisir de l’autre, il y a un monde.
La réponse est donc sans doute à l’intérieur. Plus loin en moi. Beaucoup plus profonde et moins accessible que toutes ces considérations.
Décortiquer son plaisir, c’est déjà l’entacher de déplaisir, n’est-ce pas ? Le fait est donc acquis : j’ai certainement plus besoin de la littérature qu’elle n’a besoin de moi.
Dès lors, ce sont mes futurs lecteurs qui sont bons. Et non mézigue.

Mais s’il est vrai, comme le note Stéphane Beau dans la préface ouvrant Le Diable et le berger, que « […] la pointe de sa plume [la mienne] a incontestablement été taillée aux siècles passés…» pourquoi ne trouvé-je pas dans mon encrier les mots qui colleraient à mon temps ?
Là, j’ai une réponse dont je suis certain : parce que je n’y colle pas du tout, à ce temps. Parce que je n’y ai jamais collé. Ni de loin, ni de près.
Et, stricto sensu, il n’y a là-dessous pas l’ombre d’une quelconque et sournoise vantardise, mais, bien au contraire, constat d’une incompatibilité d’humeur qui ne fut pas toujours confortable à vivre...

Agréable week-end à tous !

11:44 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.02.2014

A paraître en mars : Le Diable et le berger

littérature,écritureC’est donc une excellente nouvelle pour mézigue, que j’espère évidemment transformer en bonne nouvelle pour tout le monde : en mars et à l’enseigne des Editions du Petit Véhicule - aux destinées desquelles préside Luc Vidal -, paraîtra Le Diable et le berger, version littéraire et dramatique de la vie de Guste Bertin, que les lecteurs de Zozo, chômeur éperdu ont déjà rencontré, en tant qu’assassin du paisible Zozo.

Mais  cette fois-ci, comme le dit le préfacier qui n’est autre que mon ami Stéphane Beau : […] ce nouveau roman qui, bien qu’il reprenne, pour toile de fond, le même petit village perdu quelque part dans le Poitou, au cœur des années soixante, n’a plus grand chose de commun avec la farce. Au contraire, avec ce nouvel opus Bertrand Redonnet nous plonge dans une véritable tragédie, presque au sens Grec du terme, avec une histoire qui se déroule, inexorablement, qui file droit vers la chute, sans temps morts, en entraînant tout sur son passage, hommes, femmes, passions, rêves et espoirs.

Publiquement, je remercie ici Stéphane, chargé de la mise en pages du livre, pour le travail éditorial que depuis des semaines nous faisons ensemble.
Longtemps, bien longtemps même, que je n’avais travaillé dans ces fraternelles conditions et ça met du baume au cœur.
Les Editions du Petit Véhicule sont une petite structure qui fonctionne aussi avec la contribution active de l’auteur.
Je me chargerai donc, avec mes faibles moyens, d’une partie de la promotion et distribution.
Mais, je vous en dirai plus le moment venu.

 Illustration : projet de couverture
Crédit photographique : Jacek Piasecki  (Lublin)

08:26 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

22.02.2014

Ecrire ou être écrit

P1010031.JPGMettant aujourd'hui la dernière main à un texte qui me tient particulièrement à cœur, je  me suis soudain posé bêtement la question : dans quelle mesure l’écrivain n’est-il pas écrit autant qu’il n'écrit ?
Question sans doute emberlificotée et qui se mord la queue… Une sensation fugace, en tout cas.
Car au début, quand je me suis mis à cette rédaction - il y a peut-être un mois - je ne savais pas du tout  où j’allais. J’étais parti d’un lieu que j’aime beaucoup et les associations d’idées, les retours en arrière, des hommes et quelques anecdotes sont venues, tout ça sorti d'une source presque impromptue.
Ces anecdotes, je les avais oubliées. Elles doivent remonter à une trentaine d’années, en France. Elles sont revenues à la surface parce que des mots, un rythme, une évocation,  les ont rappelées à la vie.
On peut s’étonner alors des libertés que prend l’écriture par rapport à l’écrivain lui-même. Comme si des personnages, des paysages, des lieux enfouis dans la mémoire lui tenaient la main.
Et l’imaginaire fait le reste. Ce qu’on appelle aussi Le traitement littéraire.
Mais ceux qui pensent que l’imaginaire ne se nourrit que d’imaginaire ne s’imaginent pas grand-chose. Imaginent-ils un potier sculptant son amphore avec ses seules mains, sans terre et sans eau ? Une amphore virtuelle peut-être, simulée par gestes. L’écriture est sûrement faite de ces résurgences, souvent insignifiantes, et qui constituent le fonds invisible à l’œil nu de l’inspiration de celui qui tient la plume.
J’ai rédigé ce texte devant la fenêtre où j’ai l’habitude de travailler, avec un vieux verger à deux pas, de la neige, quelques oiseaux frigorifiés sautillant d’une brindille gelée à une autre, et, un peu plus loin, au bord de la route luisante de glace, la petite maison de bois, désormais vide et muette, de ma voisine.
Là même où j’ai écrit le Théâtre des choses et Géographiques. La constance des lieux et des décors quand je lève la tête donne - tout du moins l’espéré-je - la diversité des résurgences et de ce que peut en faire le goût d’écrire.

14:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

18.02.2014

La peur et la joie

P9180021.JPGEn marchant longtemps, longtemps vers l’est, on arrive inéluctablement à l’ouest. Pourtant, on commence son périple avec le soleil droit dans les yeux et on le finit immanquablement avec le soleil toujours droit dans les yeux.
Alors à l’ouest de quoi, sinon de son point de départ ?
Les deux notions ne s’annulent en effet que par rapport à lui.
Même chose pour le nord et le sud, le point de départ toujours comme unique et seul critère. Sans lui, il n’y a pas de situation qui puisse être nommée.  Sans lui, on est à la fois partout et nulle part.
Ce point de repère évite ainsi que l’on s’égare dans la folie ou, bien pire, qu’on emprunte aux autres une définition pour dire sa propre situation. Dis-moi où tu en es et je comprendrai où j’en suis. Langage commun aux hommes qui ont perdu la vertu de se savoir eux-mêmes.
D’est en ouest, du sud au nord, l’unique propriété du périple, l’unique moyen en même temps que l’unique  fin,  c’est donc soi-même. Car il en va ainsi de la naissance et de la mort.
Parti du point zéro, du hasard d’une fécondation, en marchant le plus longtemps possible dans la même direction, on en revient inéluctablement au point zéro. Du point néant au point néant.
On appelle ça la vie si on marche en biologiste. Le voyage si on marche en poète.
Hélas, ce n’est pas si simple ! La façon que nous avons de nommer les choses essentielles dénotent sans ambages la façon avec laquelle nous les appréhendons et c’est ainsi qu’en filigrane ceux qui prétendent être nos maîtres nomment plutôt cela le voyage biologique. Jamais ils n’usent de l’expression, certes ; elle est cependant partout dans leur conception de notre parcours.
Car pour gouverner les hommes – depuis le temps qu’ils ont fait la preuve qu’ils ne savaient pas marcher de leur propre chef - il faut toujours ménager la chèvre et le chou. Il faut dès lors leur bien faire comprendre qu’exister est un hasard fabuleux mais, surtout, que cette existence n’est in fine que la promenade d’un amas de cellules qui demandent à ce qu’on mange, qu’on boive,
qu’on dorme, qu’on se reproduise éventuellement.
Et tout ça, bien sûr, se négocie. Au prix fort. La biologie l’emporte sur la poésie. Toujours. Le piège est ainsi refermé sur les hommes : ils n’auront vécu que dans la pensée de leur fragilité.  Dans leur marche vers l’est, ils n’auront vu que des soleils couchants.
Celui qui sait parler au grand mouvement circulaire des choses, qui ne confond pas l’orient et l’occident mais qui change leur nom seulement quand le moment en est venu, celui-là a une chance de marcher en joyeux.
Ce joyeux-là a peur et de cette peur sans cesse ré-alimente sa joie. Tant qu'il en vient à s’imaginer parfois que si les hommes vivaient sur un disque plutôt que sur une boule, ils seraient éternels.

Tout cela, me direz-vous, sérieux et profonds, peut-être même légèrement goguenards, est d'une simplicité déconcertante, mon pauvre monsieur !
Hé bien justement : ce qui me désole profondément, depuis le début, c'est bien la pleine conscience de cette simplicité que les hommes s'évertuent
à compliquer par mille et mille arguties, par des millions et des millions de facéties, toutes plus oiseuses les unes que les autres.
Comme si l'orgueil de leur destin ne pouvait se satisfaire de la modestie d'un raisonnement.

11:19 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

17.02.2014

A bian

littérature,écritureCe point posé sur le grand mouvement circulaire du monde et des choses, quelques semaines seulement avant le passage de l'autre côté de l’équinoxe, m’évoque toujours peu ou prou, avec un décalage de quelques mois cependant, les marais poitevins d’où je suis venu.
Car c’est bien au cœur de l’hiver que Lacus duorum corvorum liquéfiait ses paysages. Des brouillards sommeillaient au dessus de l'eau, les frênes têtards alignaient leur élégance rustique dans ce miroir impromptu, les vanneaux huppés et les mouettes du large s'y donnaient de criards rendez-vous.
Le marais est à bian, disait le paysan, doctement. Comme toujours. En fait, je n’ai jamais trop su ce que signifiait ce à bian. A blanc, ça c’est certain, car c’est bien ainsi qu’est dit le blanc en patois poitevin. Une vache bianche. Une robe bianche. Le marais est blanc, alors, pour dire qu’il est recouvert d’eau et que le ciel livide des mortes saisons s’y reflète ? Un parler uniquement figuratif ?
Hum... Ce serait  beau. Mais le paysan n'aime pas trop le figuratif. Il préfère nettement quand les choses ne l'abusent pas de leurs reflets.
Ou alors, le marais est exsangue, a été saigné à blanc, par allusion à une vieille expression du XVIe, «mettre au blanc», pour dire ruiner. Mais en quoi l’eau étalée sur son dos aurait-elle ruiné le marais ? Peut-être parce qu'il est une terre gagnée sur le vieil océan, une terre conquise par l’eau canalisée, domptée dans les conches et les fossés et que, tout à coup, cet océan reprendrait sa revanche et ses vieux droits, ruinant du même coup le travail des siècles et des hommes. Tiré par les cheveux ? Oui, un peu sans doute. En tout cas, le maraîchin avait sans doute d’ataviques raisons, des raisons de langage, des raisons de mots lustrés par la mémoire du monde, pour dire que les marais étaient à bian.

Les termes alors s’entrechoquent d’une longitude à l’autre. Ici, c’est précisément lorsque le blanc par excellence, celui de la neige, prend congé, que les paysages sont à bian. Sur les rives de ces lacs éphémères, j’imagine, amusé, qu’un maraîchin dise à un autochtone que les paysages sont à bian. Et que ces deux-là ne se comprennent que par le sens premier de leur musique respective…
Car sous ce bleu miroitant des équinoxes continentaux, sous cette nappe d’eau comme un point final écrit au bout de la morte saison,
ce ne sont pas les paysages qui sont à bian. C’est l’hiver qui n’est plus blanc. Ruiné. Exsangue. Privé de son essentiel.
L'hiver blanc est à bian.
Comme quoi, on doit toujours retourner sept fois la langue dans son histoire avant de lui faire prendre le large. Avant de lui donner délégation à dire le monde.

13:57 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.02.2014

De la chasse

littérature

C’est vrai, je le concède à la pensée intellectuelle dominante et de bon goût : ils ont parfois l’air effrayants avec leur tenue de camouflage de guerrier à la ramasse, tenue qui ne camoufle d'ailleurs rien du tout de leur âme grossière, avec aussi leur casquette à la noix, leur face rubiconde, congestionnée par une chère trop riche et trop arrosée, leur fusil flambant neufs et leurs affreux clébards. Je le concède d’autant plus volontiers que je n’ai jamais chassé de ma vie.
Gamin cependant, j’ai piégé et j’ai vraiment aimé ça. Quand l’hiver océanique consentait enfin à offrir quelque velléité hivernale, avec un peu de gel suspendu aux buissons et une fine couche de neige sur les champs, que les grives erratiques et les merles noirs venaient alors picorer des restes de fruits blets sous les pommiers des jardins, j’aimais tendre mes pièges et capturer des oiseaux. Ma mère les faisait rôtir au souper, avec quelques pommes de terre parfumées au beurre. Un régal, d’autant qu’il m’en souvienne ! Mais plus encore qu’un plaisir gustatif, une espèce de satisfaction atavique du trappeur se nourrissant des fruits de sa chasse. Le sentiment préhistorique d’un cueilleur avant sa révolution néolithique, sans doute. Une sorte d’aventure dans un monde où elle n’était, déjà, plus guère de mise.

On m’opposera - en pure perte car je me le suis souvent opposé moi-même - que le fait de tuer des oiseaux est profondément déplorable. C’est un peu drôle, ça ! Car voilà un procès qu’on ne fera jamais, du moins que je n’ai jamais vu faire, au «taquineur de goujons», comme si le fait que la proie évolue dans un autre élément que le nôtre, l’eau, dispensait les cœurs purs, les pleurnicheurs à la gomme, de la moindre culpabilité. Tuer un lapin ou un faisan, c’est barbare, planté un hameçon dans la gorge profonde d’un brochet en lui arrachant les branchies au passage, non. Mais peut-être est-ce tout simplement le choix des armes : le fusil, la poudre, la cartouche, le plomb, la balle, la détonation, évoquent la guerre ou le crime, alors qu’on n’a certes jamais vu un assassin prendre sa victime avec un hameçon, ni les hommes s’entre-tuer gaillardement sur les champs de bataille à coups de cannes à pêche et à grand renfort de moulinets.
Je ne cherche point à trouver des arguments à la chasse. En quoi une activité ancestrale, primaire, fondamentale, au départ, du clan humain, et plus récemment, un des acquis les plus populaires de 89, aurait-elle besoin de mes arguties ? Et puis, je fus un temps forestier de mon état et je pratiquais dans des parcelles boisées de plusieurs hectares des coupes franches, étroites, pour, entre autres, faciliter le passage des chasseurs. J’ai alors vu le garde-forestier venir la veille d’une journée de chasse organisée - journée que le propriétaire des lieux faisait payer fort cher - poser des poules faisanes et des coqs, ça et là, le long de mes allées, en les endormant, la tête sous une aile et en les faisant un moment tournoyer. Pour être sûr que les oiseaux seraient encore dans les parages le lendemain matin et que ces corniauds de chasseurs en auraient pour leur argent et leurs coups de fusil.
Mais ce n’est pas là, la chasse que je comprends. Ce n’est là qu’une dépravation de la chasse par le profit, l’argent, l’appât du gain, la destruction du vécu en représentation de vécu, comme dans tous les autres domaines. Comme, par exemple, en Camargue, quand les gardiens à cheval, bien chapeautés et tout vêtus de jean et de cuir, rassemblent  un troupeau de bovillons, non pas parce qu’ils ont besoin de rassembler un troupeau de bovillons, mais pour que le touriste vive une carte postale.
Ce que je cherche, donc, c’est à contredire l’esprit systématique du contre, sans qu'aucune réflexion critique en amont ne soit opérée, dans l’ignorance souvent complète du sujet auquel on s’oppose, comme ça, simplement, pour hurler avec les loups de la bonne meute idélogique, écologistes prétendus, raffinés de salon et des arts et des lettres, gôgauche melliflue, couperosée, robespierriste et tutti quanti.

Au nord de la Pologne, à une centaine de kilomètres de chez moi, se déroule la dernière et véritable grande forêt de toute la plaine européenne. Je l'ai déjà dit. Un temple de la mémoire naturelle, un témoin archéologique quasiment en l’état, de ce que fut jadis le continent. J’y vais parfois. Je fus exceptionnellement admis dans ce qu’on appelle la réserve biologique intégrale.
Cette forêt me hante par sa majesté primitive, son ombre intacte sillonnée par les loups, les bisons et autres grands animaux, la splendeur de son absence humaine. Et je me suis demandé : pourquoi cette forêt-ci, à cheval sur deux pays, plutôt qu’une autre, a-t-elle été sauvée du désastre de la hache et de la charrue ? La réponse est claire, elle m'a été donnée par les gens de la forêt eux-mêmes  : cette forêt a été épargnée tout au long des siècles parce qu’elle était le terrain de prédilection des tsars de toutes les Russies pour leurs chasses. Interdiction absolue y était faite d’en polluer la moindre harmonie.
Une forêt sauvegardée pour le privilège des grands au détriment du pauvre peuple, me direz-vous, dans un premier réflexe d’homme ou de femme qu’anime un grand et légitime souci de justice sociale. Procès d’intention, dirais-je alors. Si la planète recèle encore ça et là de semblables bijoux posés sur leur écrin primitif, ce n’est certes pas, historiquement, au peuple (qui ne fut guère plus bon que ses seigneurs) qu’elle le doit, mais bien à la hiérarchisation honnie de la propriété non moins honnie. On peut en penser ce que l’on veut, on ne peut en revanche, au risque de sombrer dans un révisionnisme bêtifiant de communiste à la traine, nier l’origine de la sauvegarde des grandes forêts de ce monde. Sans la chasse seigneuriale, la forêt de Białowieza aurait, comme toutes les autres en Europe, subit le démantèlement que l’on sait.
Alors, messieurs et mesdames les puristes, un peu de gratitude pour ces pauvres bougres, quelque peu misérables dans leur choix, il est vrai, mais qui ne commettent somme toute que le crime de vouloir refaire, dans un monde où tout est avili, déformé et où toute activité humaine a été vidée de son sens, les gestes d'une longue histoire.
Et j’en reviens à cet acquis de 89 auquel je faisais allusion tout à l’heure, et j’en reviens, du même coup, aux Paysans de Balzac. La grosse contradiction entre propriété seigneuriale d’antan et propriété passée aux mains du peuple par voie d’expropriation et d’émissions anarchiques d'assignats, y est magistralement mise en scène. Les grands espaces forestiers bradés aux gens du peuple, se voient soudain la proie des haches et du massacre sans discernement, et bientôt, de l’immense forêt, ne reste plus que des lambeaux éparpillés sur un désert.

Mon propos est donc historique, pas de valeur. Ce n'est pas un propos socialiste.
Mon propos est libre et ne cherche pas à plaire aux idéologues de tous bords, à la bonne conscience, et, quitte à me faire l’avocat d'un diable, je dis donc que sans la chasse, moyen de survie d'abord, puis noble tradition, dès le Haut Moyen-
Âge, la planète n’aurait plus compter que des bosquets cacochymes pour abriter une faune et une flore, que les ennemis de la chasse, justement, veulent aujourd’hui tant protégées !
Contradiction sublime ! Il nous faut vivre, nous n’avons pas le choix, avec ces contradictions qui ne vont pas toujours dans le bon sens du bon sens.
Encore faudrait-il savoir réellement où veut nous conduire le bon sens. Il arrive qu'il échoue dans les impasses de la contre-vérité. Par commodité. Pour le confort d'un monde aux couleurs bien tranchées.

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13.02.2014

L'écriture de l'impossible conjugaison

925620914_2.jpgJe l’ai plusieurs fois écrit sur ce blog au mille textes (mais comment ne pas écrire plusieurs fois une même chose en mille textes décousus ?) : on n’écrit sa souffrance ou sa joie qu’une fois seulement qu’on a maitrisé et vaincu la première et une fois seulement qu’on a perdu la seconde.
Pour la souffrance, on n’écrit son mal du monde que lorsqu’on s’est plus ou moins réconcilié avec lui. Je ne dis pas lorsqu’on lui a fait allégeance, ce serait une idiotie, je dis lorsque la force contraignante de sa présence et de notre présence en lui devient secondaire. Pas absente, mais reléguée dans un second rôle.
Car, à mon sens, quand elle n’est pas l’étoile sans mouvement et sans lueur d’un imbécile heureux, l’écriture est une étoile filante sur le ciel du nous qui est en nous. Une étoile qui traverse un cosmos et l’étoile filante, si je ne m'abuse, n’est belle qu’après coup. Le dixième de seconde où elle déchire les ténèbres bleutées, aucun cerveau n’est capable d’y associer la beauté. Absolument aucun. Même celui d’un attentif allongé sur une chaise longue dans l’unique intention de voir filer des étoiles.
Dans le second dixième de seconde, oui.  T’as vu ? dit l’enfant émerveillé. Il ne dira jamais : tu vois ? Parce qu’il sait conjuguer les verbes avec son lui et il sent bien que la réalité de l’étoile filante n’existe que dans un souvenir- émotion.
L'écrivain ne veut pas savoir faire ça. Il dit : tu vois ? Et il parle de la lueur longtemps après l'étoile.

La fiction ne devrait dès lors jamais employer le moindre verbe au présent, même pour réactualiser un présent passé. C’est un leurre, le présent dans un texte à l’imparfait. C’est un présent imparfait, dans tous les sens du terme ; de la technique de récit, une astuce pour que le lecteur change soudain de chaise et ait l’illusion de voir une deuxième fois l’étoile filante qui traversa, jadis, bien avant ces lignes, le ciel de l’auteur. 
Ça rend vivant, à ce qu’on dit… Comment ça, rendre vivant ? Un texte est une chose morte ou il n’est qu’une interview... C'est la raison pour laquelle sans doute - je m'en suis rendu compte il n'y pas longtemps -, je n'aime pas écrire de dialogues et que j'use et même abuse du style indirect libre.
Pour que le lecteur ne change pas de chaise.
Imaginez un peintre amoureux des siècles passés, des travaux de la campagne d’antan, qui peindrait à la perfection des bœufs au labour, leurs cornes luisantes et leur peau mouillée par l’effort, et, derrière eux, la glèbe éventrée, si grasse qu’on la sent presque avec le nez, tandis que dans le ciel moutonné de blanches nuées, un avion à réaction traverserait le haut du tableau.
Le critique d'art poufferait… L’éditeur non. L'écrivain non plus.

Je rêve dès lors d’un écrit seulement composé au subjonctif, dans l’improbable saisissement d’une fulgurance.
Dans le doute qui met le cerveau en émoi. Qui met une distance entre ce cerveau et ce que lit ce cerveau.
Pas facile. Indigeste même.
Impossible dépassement d'une contradiction inhérente à l'écriture.

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11.02.2014

Stéphane Beau : Hommes en souffrance

littérature,écritureLe livre que vient de faire paraître Stéphane Beau aux "Editions Les 3 génies", Hommes en souffrance, mérite le respect et votre lecture en ce qu’il est un livre courageux.
Il en fallait en effet, du courage, pour aller braver sur son terrain la pensée dominante, toute empreinte d’une idéologie féministe, partiale et prosélyte, et même institutionnalisée par un Ministère aux destinées duquel préside la première féministe de France.
Dès le début, Stéphane Beau prévient qu’il ne va ni minauder ni spéculer. C’est-à-dire qu’il ne va pas opposer à l’idéologie de l’égalitarisme féministe sa propre idéologie de couillu, ce qui eût été facile en ces temps sans débat réel et qui se sont sclérosés dans l’énoncé placide - sur quel que sujet de société que ce soit - d’une suite de thèses et d’antithèses :

Je suis assistant social et cela fait bientôt vingt ans que je suis amené à recevoir quotidiennement, dans mon bureau, quasiment tout ce que la souffrance, la misère, la violence et la bêtise humaine peuvent générer de plus sombre et de plus intolérable. J’ai reçu des hommes brisés, des femmes humiliées, des enfants violentés, des êtres désespérés, dépossédés de tout, de leurs biens, de leurs droits, de leur honneur…

Le ton est donné, dont ne se départira jamais l’auteur tout au long de son livre. Nous sommes sur le terrain, franc et solide, de l’argument par le vécu, à des années-lumière du discours effroyable de la «féministerie», pour ne pas dire de la fumisterie, ou de la «masculinité» de forgeron.
Et, bien plus qu’un froid et ennuyeux témoignage, nous sommes aussi en présence d’un penseur qui entend donner un sens à ce qu’il vit, voit et entend. Et nous lisons par le fait, au fil des mots et des pages, que le féminisme qui dans son fonds de commerce depuis des décennies et des décennies a partout inscrit en lettres d’or le mot égalité, n’agit et ne pense in fine que dans une perspective aliénée, une perspective d’inégalité entre les hommes et les femmes. Une idéologie des plus pernicieuses, mensongère, revancharde, en ce qu’elle est une idéologie à la recherche exclusive du pouvoir.
Un peu comme les pauvres qui critiquent les riches non pas parce que la répartition des richesses est inégale, mais  parce qu’ils rêvent de le devenir…

Relisez bien l’introduction de Stéphane : des hommes brisés, des femmes humiliées. L’auteur jamais ne niera la violence qui est faite aux femmes. Il dira en revanche, très haut, que si «ces femmes humiliées » sont partout écoutées et prises en compte, ces «hommes brisés», eux, qui existent aussi, nulle part ni jamais ne trouvent, ni dans la loi ni dans le regard de l’autre, l’aide et la compassion que serait en droit d’attendre tout humain en situation de détresse.
Pire : ces hommes soudain esseulés, malheureux, à deux doigts de se noyer, trouveront le plus souvent sur leur route une grenouille pour leur appuyer sur le crâne... Parce qu'ils sont des hommes et, partant, forcément des coupables ! Nous sommes là, ni plus ni moins, dans la dialectique pure et dure du racisme le plus primaire.

Par ailleurs, l’impartialité de la pensée dominante, sûre de son fait, va même parfois, dans son délire de négation du réel, jusqu’au ridicule et j’avoue, devant tant de bêtise, avoir éclaté de rire, alors que depuis le début, je riais plutôt jaune :

Le souci, affiché par ces militantes de la cause féminine, de vouloir tout faire «  comme les hommes », est si puissant qu’elles en arrivent même à des prises de position parfaitement absurdes. C’est ainsi que j’ai dernièrement entendu une militante d’une association de défense des droits des femmes se plaindre, au nom de l’égalité des sexes, du fait qu’il n’y avait pas assez de « maçonnes » ou de femmes garagistes dans notre société ! Pour cette raison elle et ses collègues organisent régulièrement des ateliers pour présenter à des jeunes filles ces métiers « atypiques » (sic !).
Stéphane Beau se fait soudain sarcastique et demande plus loin si, au nom de l’égalité, les femmes demandent le droit d’avoir elles aussi du cambouis sous les ongles et le droit de se péter le dos à soulever des parpaings !
Ce discours, dit-il, exposé devant une  quinzaine d’assistantes  sociales, a comme il se doit généré toute une série de hochements de têtes approbateurs.
Et il en conclut naturellement ce que tout honnête homme qui a des yeux qui voient et un cerveau qui fonctionne encore devrait conclure :  

Je suis par ailleurs certain que cette brave militante, élégante et distinguée, et qui n’a probablement jamais soulevé un sac de ciment de sa vie, serait désespérée si elle apprenait que son fils (et plus encore sa fille, j’en suis sûr) lui annonçait qu’il (ou qu’elle) avait décidé de devenir maçon (ou maçonne). 

Moi je dirais bien, en prenant bien soin d’omettre la cédille, qu’elle l’est déjà, cette dame, maçonne. Mais ce ne serait que moi. Stéphane, lui, est poli et sérieux et use d’arguments plus convaincants.
N’empêche que ce passage m’a encore fait revenir à ma bête noire, Vallaud Belkacem, grande "chantresse" de la protection des femmes, de l’enfant et de la famille égalitaire. Avec ses enfants jumeaux, ses ambitions politiques, ses charges au Ministère, ses responsabilités écrasantes de porte-parole du gouvernement, j’aimerais bien lui demander, si j’avais le mal heur de la croiser un jour, cette dame, combien d’heures par semaine elle consacre à l'éducation de ses chérubins et quelle tendresse elle a le temps de leur prodiguer !

Le livre de Stéphane se termine sur une analyse exhaustive de «la loi pour l’égalité entre les femmes et  les hommes», avec ce sous-titre qui vous en dira plus que tous  mes discours :

Ou quand la chasse à l‘homme devient légal.

Donc, hommes qui entendez le rester et femmes qui n’avez jamais cessé de l’être, je vous conseille vivement la lecture de l’ouvrage de Stéphane.
Je le répète : un livre courageux.
Et digne.

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10.02.2014

Mon bout de Pologne

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Les paysages n’ont pas de réalité en soi. Ils sont l'écho, le reflet de ce qui se meut dans l’âme sensible et l’intellect, tranquille ou tourmenté, du promeneur.
Ils sont plutôt dans son bagage que sous ses yeux.
Une dame, née en France, qui a toujours vécu en France, mais dont les parents étaient des exilés polonais d’entre les deux guerres installés dans l’Orléanais, je crois, me racontait, il y a quelques années de cela, un de ses souvenirs d’enfance.
L’hiver, si la neige venait à recouvrir la campagne, son père aimait alors contempler le paysage et, chose qu’il faisait très rarement, se mettait à évoquer la Pologne, le passé, ses souvenirs.
La nostalgie était, en quelque sorte, toujours habillée de blanc.
La neige accrochée aux toits et aux branches, avec une saute de vent qui faisait un instant tourbillonner une nuée de flocons, sans doute ne la voyait-il pas en soi, mais telle que gravée dans sa mémoire et son cœur. Le présent était ailleurs sur l'échelle du temps. Elle était une lettre, cette neige de France,  un  message, un clin d’œil, un bout de son histoire, la voix d’un père ou d’une mère peut-être, et tout cela faisait remonter à la surface le souvenir d’une terre lointaine, qu’on avait dû quitter à regret et qui venait chuchoter dans son âme d’exilé.
Rien de tel chez moi puisque c’est de mon plein gré - avec toutes les réserves que l'on doit émettre dès lors qu'on parle de plein gré - que j’ai changé de pays. Il y a pourtant, souvent, comme un décalage entre la réalité des paysages que j'aime et mon présent.
La totalité n’est pas toujours au rendez-vous.
Là où s’arrête un instant la forêt comme si elle reprenait son souffle avant de fermer à nouveau, très loin, l’horizon, s’étendent de vastes prairies que la fraîcheur humide de l’automne reverdit. Un ruisseau étroit dessine une ride profonde sur cette morne étendue. Il ondule longtemps avant de disparaître au fond de la scène, sous des arbres incertains. Des troupeaux y paissent, des nuages musardent au ciel, de grands oiseaux de proie tournoient en quête de pâture. Je regarde et je pense aux marais des Deux-Sèvres ou de Nuaillé d’Aunis.
Au printemps et en été, seules les cigognes déambulant au bord du ruisseau, spontanément, s’opposent à ma comparaison. Le paysage a dès lors une carte d’identité polonaise.

La géographie agricole, ici, avec ses champs étroitement surveillés par la forêt, ses chemins chaotiques, ses cultures de maigre seigle, m’ont, au début, ramené plus loin que l’Aunis. En Vienne et aux culottes courtes. Une géographie pas encore totalement soumise aux exigences du stakhanovisme des exploitants. Longtemps que je n’avais habité de champs hospitaliers à l’arbre, au fossé, à la jachère, au vent qui fait se courber des fleurs sauvages, hautes sur tige.
Retard pris par la Pologne en général ? Sans doute pour une part, mais pas tout à fait. Les Polonais ont d’ailleurs une savoureuse plaisanterie quand ils parlent de leur histoire récente. Faisant allusion à la grande productivité allemande servie par un dantesque réseau routier, ils sourient : C’est normal, pendant que l’Allemagne construisait des autoroutes, nous, on construisait le socialisme.
Le sarcasme n’est pas du goût de tout le monde…

Le paysage agricole, donc, est bien empreint de l’élément historique, mais il s’agit aussi d’une pauvreté de la terre, fortement sablonneuse. Et je souris quand je me souviens d’un passage du livre - par ailleurs très bon et que je vous conseille-  de l’historien Norman Davis (Histoire de la Pologne, Fayard, 2004) -  qui affirme que la pénurie dramatique lors de l’état de guerre des années 80 était une aberration communiste, ce que personne ne songerait à lui contester, parce que la terre polonaise était généreuse et avait de quoi grassement nourrir ses habitants.
Il n’avait jamais dû venir jusqu’ici, sur ces étendues de sable fouettées par le vent et au sillon desquelles le paysan a bien du mal à extraire ce dont il a besoin, pour lui, sa famille et ses animaux.
Pour ma part, sur mon terrain,  les quelques tentatives pour faire pousser un arbre fruitier se sont toutes soldées par un échec. Quant à faire fructifier un plant de tomates...
Si je creuse un trou, après vingt centimètres, c'est le sable profond, très beau, rouge et jaune. Si je m'obstine, c'est déjà l'eau. Curieux... De l'eau et du sable... C'est encore trop peu pour me ramener jusqu'à La Rochelle.

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04.02.2014

Chants d'un crépuscule

P2042461.JPGJ’en ai donc terminé avec la mise en ligne des Champs du crépuscule. Merci à vous, lecteurs, car, si j’en crois les indicateurs de fréquentation, vous avez été très nombreux à suivre ces pages depuis le 11 décembre.
Merci aussi à mes trois fidèles commentateurs, Michèle, Feuilly et Solko.
Pendant que je faisais cela, donc, au moins ne disais-je pas de mal du monde et il a tourné, ce monde... Comme d’habitude. Avec un petit regain de grotesque, le roi nouveau s’en étant allé à mobylette conter fleurette sous les jupettes d’une starlette et le roi déchu rêvant, lui, d’une première et glorieuse Restauration depuis les plages de Charente-Maritime, si chères à mon cœur.
Le nouveau roi amuse la galerie en plaçant la plume du journaliste bien au niveau de ses c… Il affole ainsi ses troupes timorées cependant que l’ancien monarque inquiète les siennes et que déjà les couteaux de Brutus sortent subrepticement des poches… Les Orléanistes de pacotille n’en veulent plus de ce Bourbon ringard qui les a fourvoyés dans les affres de la révolution socialiste !
En Syrie, l’Amérique sioniste, alors que ses larmes du 11 septembre ne sont pas encore toutes séchées, soutient et arme Al-Qaïda. C’est du propre ! En Ukraine, cette même Amérique et l’Europe - avec le pays des droits de l’homme en tête - soutiennent les nazis ostensiblement déclarés de "Svoboda"1. Je me demande comment Valls fait le ménage dans sa tête : hier il dépensait toute son énergie de patron des flics de France à vouloir fusiller un nazillon de spectacle, aujourd’hui, allégeance au souverain oblige, il soutient les Nationalistes Socialistes d’Ukraine.
Mais il est vrai aussi que ceux-là ne se laisseraient nullement intimider par une p’tite bafouille adressée à des préfets.
Et Vallaud Belkacem, elle que j’entendais face à Bourdin soutenir à mots couverts l’opposition ukrainienne, qu’est-ce qu’elle peut bien en penser de tout ça, si tant est qu’il lui reste un brin d’autonomie de ce côté-là ?
Bref, pendant que je m’occupais à mes broutilles, nihil novi sub sole du mensonge permanent.
A Lyon et à Paris, on se mobilise, on crie et on brandit son opposition farouche aux législateurs de la famille. Vallaud Belkacem, encore elle, affirme docilement que les gens manifestent sur des idées imaginaires. Si elle avait retenu ne serait-ce qu’une seule page de l’histoire de France, elle saurait que
les grands bouleversements et les actes les plus forts toujours se sont nourris de peurs imaginaires. Parce que s’il avait fallu attendre d’avoir réellement peur pour exprimer son désarroi, on en serait encore à la pierre taillée, Madame ! Et Danton, Robespierre, Louis XVI et tant d'autres seraient morts comme tout le monde, avec leur tête toujours solidaire de leur cou.
Attention, hein, je ne dis nullement que les manifestants de Lyon ou de Paris emportent ma sympathie. Pas du tout. Pour tout vous dire, je m’en bats l’œil de leurs débats et de leurs angoisses !
Car aux nazillons, aux curés, aux évêques, aux indignés des p’tits matins blêmes, aux révoltés, aux antisémites, aux hétéros, aux homos, aux socialistes, aux sionistes, aux frontistes de gauche, de droite ou d'ailleurs, aux communistes, aux féministes, aux gros phallos, j’oppose toute la complexité de mon individu et balance un somptueux : Merde !
Sub sole, donc…

Mais, toujours pendant ce temps-là – alors que je vous présentais le Grand Gaétan, Louis, et les autres, tous capables d’avoir assassiné un vieillard sans vous dire lequel est pour moi l’assassin parce que vous ne me l’avez pas demandé -  les sympathiques autochtones de mon pays d’accueil – et moi avec, du coup - ont reçu une sévère leçon du ciel. Du ciel, pas du Ciel ! Du vrai ciel, celui avec des nuages, du vent et du bleu…Celui qu'on voit en levant la tête, pas celui qu'on suppute en se la torturant.
Il n’y aura pas d’hiver cette année, qu’ils disaient pendant que des sautes d’un petit vent humide et léger gambadant depuis le lointain océan venaient friser leurs moustaches guillerettes et arrosait noël et le premier de l'an de douceur.
Mais voilà qu’au détour de la mi-janvier, les girouettes ont soudain tourné le cul à l’ouest et ont regardé droit dans les yeux le nord-est. Un vent fou, tenace, coupant comme un rasoir s’est levé et la neige est venue et les mercures descendus au-dessous de moins 20. Les routes ont été coupées par les congères accumulées par ce vent furibond, opiniâtre, durable. Voyez plutôt en illustration l’entrée du bourg de ma commune, ce matin.
J’ai passé mon temps à chauffer ma maison et à regarder sur le ciel de la nuit matinale des étoiles de plus en plus pétrifiées.
Maintenant, on dirait bien que le printemps veut pointer le bout de son nez : ce matin, il ne faisait que moins quatorze…
C’est beau quand même une terre qui tourne.

1 - Nom d'un parti de l'opposition ukrainienne signifiant " Liberté"

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14.01.2014

Mal à l'aise du monde

89696351.jpgAu début était le chaos…
De la survivance, des bois et des arbres et des chemins de plaine ou de sous-bois. Des oiseaux aux portes des granges, des matins qui frôlaient aux vitres des fenêtres, un cochon qui grognait dans l’étroitesse de son toit, des poules et des canards claudiquant dans la boue d’un enclos, des copains d’école qui n’aimaient pas l’école, des fermes, une rivière sporadique sur des prairies gibbeuses et une mère qui, seule, tenait tout son monde sous une autorité imparfaite, avec des règlements tacites, faciles à transgresser.
Puis, dans tout ça, un enfant mi-vagabond, mi sédentaire, mi doux, mi-méchant, pas très beau, qui rêvait - pressentant sans doute que son jardin ne serait pas éternel -  de mondes remplis d’amusements et de simples joies. Pas des joies simples. De simples joies.
Au sortir de ce jardin l’attendaient, comme craint, d’autres règlements, d’autres lois partout inscrites, d’autres façons de concevoir la propreté, le maintien, le savoir, l’amitié, l’amour…
Et c’est comme si se fussent télescoper par inadvertance l’allumette et le frottoir.
Pour que le feu soudain ne brûle pas le doigt, il faut une allumette et un frottoir spécifiques. Prévus à cet effet de sécurité. Qui se connaissent et ont été l’un pour l’autre conçus.
Sortant d’une tribu où la liberté d’aller et de venir, d’apprendre, de concevoir et d’aimer était totale si on osait la prendre sous le bras, une tribu sans père ni dieu, je n’étais pas formaté pour brailler les mêmes morales et éthiques que le monde des gens comme il faut.
Tout ne m’a semblé alors que coercition et entraves perverses à suivre mon chemin.
Jamais de ma vie je n’ai pu dès lors trouver passionnant d’être le premier en latin, d’avoir de beaux habits, d’avoir un gros porte-monnaie, un travail qui gagne, une grosse voiture, des vacances aux antipodes, des enfants plus intelligents que ceux des voisins, des profits, des leçons à donner et tout et tout et tout.
Les pommes ne tombent jamais loin du pommier, dit un proverbe polonais. Est-ce à dire pour autant que les autres fruits ne sont pas les fils d’une fleur ? Non.
Le mal à l’aise du monde ne s’érige pas en morale, en jugement de valeur, en raison définitive, en bien ou en mal.
Le mal à l’aise du monde se comprend.
Condition sine qua non pour qu’il ait une chance de conduire aux bien vécus des solitudes.

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08.01.2014

Impro

eq82k1qv.jpgCe texte pourrait tenir lieu de tentative expérimentale puisque je me mets au clavier sans savoir ce que je vais écrire, n’ayant aucune envie d’écrire.
Plus exactement : ayant envie d’écrire mais ne trouvant rien qui vaille vraiment la peine d’être écrit.
Voyons voir... Que se passe-t-il dans le monde ? Pas grand chose, en fait, qui soit le digne reflet de sensibilités ou d’intelligences charmantes. Au sens premier du terme.
Agréable activité tout de même, j’ai parcouru ce matin les trois ou quatre blogs qui me sont coutumiers. Celui-ci est muet depuis des lustres, celui-là, je l’ai lu hier et je corresponds en outre amicalement avec son auteur, cet autre encore, que j'ai également lu hier, fait comme moi et moi comme lui : il donne à son public un texte auquel il tenait sans doute beaucoup, un texte qui lui a demandé du travail, de l’énergie, un texte qui lui a brassé cette partie du cerveau où siège la solitude. Un texte de qualité. Le mien, bien sûr, je ne saurais dire s’il est de qualité. Je peux dire en revanche que j’y tenais beaucoup, que je l’aimais, mais, lassé du mépris dont il se voyait gratifié, le pauvre, je me suis décidé à l’offrir en lecture sporadique. Pour qu'il ait une vie.
Nous en sommes là : la misère rend généreux.
Autrement ? Ben… j’ai lu les nouvelles du monde, au premier rang desquelles celles de mon pays. Toujours passionnément ternes. Dieudonné fait la une… Révoltant à tous les niveaux.
Qu’on se comprenne bien et qu’on se comprenne sincèrement, lecteur : je ne connais pas Dieudonné. Le souvenir que j’en avais jusqu’alors, c’était un sketch lointain, très réussi, avec Elie Sémoun… Il y a longtemps. Je ne me souviens même plus lequel… Le souvenir d’avoir ri avec mon fils, souvenir futile qui resurgit devant le tapage fait autour de sa personne aujourd’hui.
C’est sans doute un con. Une espèce de bouffon négationniste, un petit curé de l’église Faurisson. Je me souviens, tiens, avoir insulté Faurisson, il y a longtemps, à Paris. Par conviction autant que par jeu. Dans une librairie.
Bref, c’est sans doute un con mais notre temps est tellement pourri que ce sont justement les cons qui, sans vraiment le vouloir, mettent au jour des évidences occultes... On n'est plus à un oxymore près. Les autres, eux, les un peu moins cons, rabâchent des simplicités compliquées et convenues qui ne font peur à personne.
Les gesticulations de Maximilien Valls sont donc grotesques. On y voit un poisson piégé par sa propre nasse et dans sa propre rivière. La liberté d’expression semble s’arrêter pour ce gars-là, pour ce républicain de haute morale, à l’énoncé de propos tout à fait anodins ou
flagorneurs, c’est-à-dire que c’est une liberté branchée sur une pile Wonder qui, comme on le sait, ne s’use que si l’on s’en sert... Par mesure d’économie, donc, mieux vaut la laisser dans l'armoire. Le misérable histrion antisémite a trouvé en face de lui son bouffon contraire dans la dialectique de la connerie humaine, lequel contraire se prend à son tour les pieds dans le tapis moelleux de ses contradictions. Hé oui, Maximilien, à force de faire verbalement l’apologie d’un truc que vous foulez aux pieds tous les jours, à force de camoufler vos véritables cartes dans votre manche d’élu aux ambitieux espoirs, fallait bien vous attendre à être un jour, trouvant sur votre route plus fourbe que vous encore, contraint d’abattre votre jeu : l’interdiction pure et simple. Finies les minauderies républicaines ! Quand toute la philosophie d'un homme politique se résume à un Tais-toi, connard, c'est que la politique a tué en lui le peu de philosophie qui, peut-être, lui restait encore ! Adieu Rousseau, salut Saint-Just !
Rendons grâce à je ne sais qui que la Veuve ait été mise au placard !
Cette histoire est lamentable parce que tous les protagonistes, Dieudonné, ses fans, le ministre vu de l'intérieur, le président, les préfets, les maires, toute la clique politique bêlante, la mémoire obligatoire de la catastrophe, sont lamentables et participent de la fausse conscience. Comme si la peur évitait le danger !
Et pourtant j’habite à vol d’oiseau tout près de Sobibor et de Majdanek ! Je n’ai pas besoin, croyez-le bien,  que des imbéciles de tous bords me rappellent ce dont je dois me souvenir, pas plus que ce dont je dois rire ou pleurer…
A tous j’adresse un mot de Cambronne enjoué !

Mais voyez comme c’est, le clavier improvisé ! Me voilà parti là-dessus comme un rat sur du bon pain… En quoi suis-je interpellé et concerné ? On ne devrait écrire que des choses qui nous concernent vraiment. Mais pour quoi faire ? Nous avons tant écrit les uns et les autres, pour dire le fond de notre être et nous avons rencontré tant de murs sans écho - quand nous n’avons pas rencontré de murs qui nous renvoyaient nos mots complètement défigurés - que je me demande bien…

Vous savez ce qui me passionne en ce moment ? Je m’en vais vous le dire sans ambages.
Derrière mon bâtiment dans lequel j’entasse la réserve de bois pour l’hiver, à l’autre bout de la cour, je construis un poulailler.  Oui, un poulailler ! J’ai déjà fait le sol, de briques et de ciment, maintenant je fais des plans ingénieux… Je révise mes notions de géométrie dans l’espace, je combine, je mesure, je conçois, j'intellectualise une petite charpente…  Un vrai plaisir. Il y aura tout autour du poulailler une charmante clôture de bois, pour que le goupil de la forêt toute proche ou l’aigle pomarin du ciel lointain ne viennent pas me voler mes pondeuses. Car au printemps, j’aurais là trois ou quatre poules qui gambaderont– si tant est que gambadent les poules -, et je m’amuserai bêtement à les regarder s’égayer.  Je veux un coq aussi. Fier et haut sur pattes. Un beau coq, avec une queue en panache et des couleurs que le soleil fera miroiter. Un coq gaulois aux lisières du pays des Sarmates, un coq qui sonnera le retour du jour dès que, en juin, le premier rayon déchirera les brumes de la nuit. Vers trois heures du matin… Je trouve que c'est beau, tout ça !

Je dois quand même avoir un grain… Ma Douce Amie rigole et dit que je m’amuse d’un rien.
J’espère qu’elle dit vrai. Parce que, de même que jamais est aussi long que toujours, un rien c’est aussi plein qu’un tout.

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31.12.2013

Un dieu, des calendriers, des hommes et des épiciers

littérature,écritureMais que cette accumulation d’ambiances festives et surfaites peut bien m’agacer et me déranger dans ma douce et rurale torpeur ! Joies factices quand l’essentiel est le cliquetis métallique des tiroirs-caisses !
 A la tienne, Etienne ! A défaut d’ivresse, hors de notre portée, achetons-nous au moins de l’ivrognerie !
En France, parce que c’était chez moi depuis Vercingétorix et Jules César, tout cela me faisait grogner et tempêter. Je buvais beaucoup…. Ça me faisait un prétexte de plus parce que j’ai toujours été un opportuniste.  En Pologne, parce que c’est aussi chez moi mais seulement depuis les dernières années Chirac, que je m’y promène donc avec une mémoire toute neuve, à peine concernée, ça me fait sourire dans ma moustache. Surtout que là, tenez-vous bien, on double la mise, on remplit deux fois les caisses,  le jardin des épiciers s’épanouit sous deux floraisons consécutives !
Oui, car à 18 kilomètres de là, ils ne l’entendent pas du même calendrier, les gens ! De l’autre côté du Bug, Jésus est né le 6 janvier, mes p’tits gars ! Et le nouvel an (hi han hi han) en est repoussé d’autant. Ce qui fait que quand les Polonais ont enfin vidé leur bourse jusqu’au dernier Zloty et que, épuisés et hagards, la tête lourde, ils pensent à reprendre bientôt le harnais du quotidien, hé ben les Biélorusses en masse et les Ukrainiens dans une moindre mesure débarquent, l’escarcelle béante et toute joyeuse…. Et on recommence tout à zéro sous les lampions clignotants des commerces. Ça coule à flots pendant plus d’un mois du côté des chiffres d’affaires ! C’est pas beau tout ça ?!
Remarquez que ça a aussi des avantages. Un bon camarade à mézigue qui fait chaque semaine la route jusqu’à Moscou au volant de son camion pour y livrer je ne sais trop quoi, se retrouve en congés jusqu’au 14 janvier ! Bingo ! Un mois ! Il n’est ni catholique ni orthodoxe, mon copain, alors il est bien content d’être à cheval sur deux erreurs ! Et moi pour lui… Un troisième découpage qui alignerait ses conneries jusqu’à début février ne serait pas le malvenu, ma foi !
Allez, mon doux lecteur, bonne année puisque c’est comme ça qu’on dit quand on est poli ! En ce qui me concerne, tu sais ce que je demande à une année ? Un cadeau énorme, gigantesque : Qu’elle me laisse voir et vivre à pleines dents ses trois cent soixante cinq jours sans souffrir de maladie ! Le cas échéant,  ses trois cent soixante six !
L’essentiel. Toujours l’essentiel…

A la relecture,  je trouve cependant que mon maigre texte aurait plus d’allure si je le concluais par un joyeux et tonitruant Viva l’anarchia ! Mais je ne le ferai pas. Non, non… Ne comptez pas là-dessus ! On dirait après ha, c’est pour ça qu’i cause comme ça, le gars Redonnet ! J’comprends mieux maintenant !
En ne comprenant rien du tout d’ailleurs. En amalgamant gentiment la cause et la conséquence, par exemple… C’est comme ça que je fais, moué, quand je ne veux pas entendre : je bricole et j’inverse les pôles affreusement dialectiques des élucubrations humaines.

09:34 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

30.12.2013

Vœux pieux athées

400_F_51187208_xRxnIg2lQdKjiH18FyCtuuelsLeIhaFU.jpg Ils s’embrassent au mois de janvier
Car une nouvelle année commence
Mais depuis des éternités
Ç’n’a pas tellement changé la France !
Passent les jours et les semaines,
La mentalité est la même
Y’a qu’le décor qui évolue
Tous des tocards,  tous des faux-culs !

Que je vous rassure d’entrée : Le chanteur énervant, depuis longtemps devenu, comme le rappelait récemment Philippe Ayrault sur «Chemineaux 52», Le chanteur emmerdant, avait seulement sacrifié à la rime en limitant sa diatribe à la France. Les embrassades avinées de la Saint Sylvestre nulle part ne font évoluer d’un pouce ni les imaginations ni les intelligences, pas plus en France qu’en Pologne, qu’en Belgique, qu’en Espagne ou qu’à Zanzibar.
Mais le calcul virtuel du temps veut qu’à un moment donné, aux alentours du solstice d’hiver, on efface tout et on recommence. Comme avant. Surtout ne changez rien ! D’accord, ce n’était pas très reluisant, mais la vieille sagesse ne dit-elle pas on sait toujours c’qu’on quitte, mais on n’sait jamais c’qu’on trouve ?  Ah ha ha ha ! Que j’adore ces idioties érigées en adages du discernement le plus fin ! Adages d’une résignation d’esclaves !
Cependant, lecteur, puisqu’il me plaît tout de même de sacrifier au rituel, parce que c’est comme ça aussi qu’on est poli et urbain et que cette politesse et cette urbanité, je te la dois, je souhaite, à l’aube de cette nouvelle parcelle du temps chiffré :

- Que les gouvernements prennent de la hauteur, c’est-à-dire qu’ils trouvent les crédits nécessaires à la construction d’un vaisseau spatial qui les expédierait tournoyer une bonne fois pour toutes dans le cosmos, Vallaud Belkacem aux manettes…
- Que les pauvres ne soient plus forcément pauvres sans pour autant devenir des riches et que les riches ne soient plus obligatoirement riches sans pour autant sombrer dans l'indigence,
- Que les solitaires qui n’ont pas choisi leur solitude trouvent sur leur chemin le chaleureux hasard d’une rencontre,
- Que les gens qui écrivent publient honnêtement leurs livres, que ceux qui chantent aient le droit de se faire entendre, que ceux qui dessinent, qui peignent, qui sculptent, puissent montrer leurs œuvres et que ceux qui dansent, qui jouent aient l’opportunité qu’on les voit,
- Que ces geignards de Français, plutôt que d’aimer à 85 pour cent le pape, commencent par saluer gentiment leur voisin,
- Que ceux qui ne m’aiment pas reconnaissent avoir tort et que j’avoue moi-même n’avoir pas tout à fait raison de ne les point comprendre,
- Qu’on arrête de célébrer comme d’insatiables porcs le noël, le premier de l’an, les pâques, la pentecôte, le quinze août, mais qu’on fête en revanche dans une fraternelle ivresse ce qui nous concerne vraiment, autant dire les solstices, les équinoxes, les beautés marquantes du grand mouvement des choses,
- Que ceux qui pensent que ce dernier souhait est celui mal formulé d’un panthéiste amoureux du grand Tout, arrêtent de perdre leur temps et de gaspiller leur énergie à penser des évidences…

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23.12.2013

Un conte de noël

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C’est noël. La nuit des étoiles magiques, la nuit au cours de laquelle parlent même les oiseaux et toutes les créatures de la terre.
Une vieille dame me confie
cependant qu’elle ne fête plus Wigilia1, que c’est pour elle jour d’une affligeante tristesse.
Je m’en étonne. Je la sais en effet fort dévote. Alors je dis que c’est quand même la nuit où son dieu est né et que… Oui, m’interrompt-elle en posant doucement sa main ridée sur mon avant-bras, mais c’est aussi la nuit où mon pauvre mari est mort !
- Ah ! que je fais, décontenancé.
- Oui, soupire-t-elle. Je voulais pour notre réveillon faire des bliny, vous savez, ces bonnes crêpes traditionnelles faites avec de la farine de sarrasin. Je lui ai alors demandé d’aller au grenier me chercher un peu de cette farine que je gardais là-haut bien au sec et…
Sa voix s’étrangle.
- Il a glissé de l’échelle et s’est tué là, le pauvre homme, devant moi.
Je m’étrangle aussi, ému jusqu’aux larmes :
- Et qu’avez-vous fait, ma pauvre Madame ?
- J’ai fait une soupe de betteraves.

1 : Littéralement la Veille, c'est-à-dire le 24 décembre

 

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17.12.2013

Un almanach littéraire 2014

2564342759.jpgVers le début de cette année, Stéphane Beau m’avait demandé si je voulais participer à la rédaction d’un almanach littéraire que les Editions du Petit Véhicule, avec son étroite collaboration, projetaient alors de concevoir.
J’avais bien évidemment répondu favorablement à cette sympathique proposition.
Hier soir, le fameux almanach dit du Saumon Poétique, littéraire et fraternel est donc arrivé dans ma boîte aux lettres.
C’est un bel ouvrage, relié à la façon toute particulière du Petit Véhicule, touffu, riche de nombreux textes, agrémenté d'illustrations de qualité et même empreint d’humour.

Cette tradition de L’almanach remonte à l’Antiquité, comme nous le rappelle le préfacier, et compte dans son sillage le fameux almanach surréaliste 1950, conduit par André Breton et dans lequel on retrouvait, parmi bien d’autres, la plume d’Antonin Artaud.
Façon esthétique, intelligemment désinvolte, d’égrener le temps qui nous tue, ce Saumon est assurément d’une belle trempe et ne nage jamais entre deux eaux : l’esprit y est clairement teinté d’un sentiment libertaire
certain, lequel, pour ce qui me concerne, me sied tout à fait.
On y trouve aussi la plume de Joël Favreau, guitariste émérite de Georges Brassens pour les contre-chants. 
Si vous vous sentez la curiosité de vivre 2014 avec le Saumon littéraire à vos côtés, alors c’est par ici.

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09.12.2013

Diplômes ? Non, non, surtout pas !

littérature,écritureCe qui se passe en Pologne, pour être affligeant, n’est point original. C’est le lot commun à toute l’Europe et, peut-être, à l’ensemble du monde : les jeunes gens n’y trouvent pas de quoi gagner honnêtement leur casse-croûte.  Sauf certains.
Ainsi l’humour polonais, qui avait déjà fait ses preuves avec ses sarcasmes sur le ridicule de la nomenklatura communiste, n’est pas en reste pour fustiger aujourd'hui la misère, les non-sens et la cruauté du libéralisme.
Une dame, donc - raconte cette histoire polonaise - se rend dans les services, équivalents si l’on veut, de ceux du  pôle-emploi en France.

- Bonjour, dit-elle, j’aimerais bien que mon fils trouve enfin un boulot ! Le problème, c’est qu’il n’a aucun diplôme, rien du tout, et il a un p’tit penchant pour la vodka.
- Il y a une forte demande dans le bâtiment. Il peut faire un maçon ou un menuisier…
- Et combien ça gagne ?
- Dans les 4000 zlotys.
-Fichtre ! C’est trop ! C'est beaucoup trop ! Il boira tout, il ne saura se tenir tranquille avec tout ça en poche !
- Bon alors, aide-maçon si vous voulez. Manoeuvre, quoi.
- Combien ?
- 2000 zlotys.
- C’est trop. C’est encore trop pour lui. Je le connais. Vous  n’auriez pas plutôt un p’tit boulot à 1000 zlotys ?
- Ah si Madame ! Mais pour ça il faut être diplômé !

Cette histoire reflétant quasiment mot pour mot la réalité, je dis : Même si, révérence parler, les maçons, les manoeuvres et autres menuisiers me sont éminemment sympathiques, c'est quand même ainsi que meure un certain esprit du monde et ce sera là une des plus grandes réussites dont le libéralisme et ses valets pourront s'honorer.

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07.12.2013

Prague, nuit du 20 au 21 août 1968

littératureDe passage à Prague en juillet 1993, j’avais été invité à dîner chez une dame, professeur de philosophie à l’université et mère d’une amie.
Le coup de Prague est pour moi, du point de vue émotionnel et de façon indélébile, lié à cette rencontre.
Je revois toujours avec beaucoup de tristesse et aussi de pensées fraternelles, émues, cette soirée.
Nous étions à la fin du souper et nous dégustions, si j’ose dire, de la Becherovka, tant l’élixir national est capable de faire renoncer le plus gourmand d’ivresse  à sa passion....Bref.
Notre hôtesse nous parlait de ses cours à l’université. Elle avait eu comme auditeur un certain…. Jan Palach.
Elle nous parlait aussi des différentes conférences
sur Spinoza qu’elle faisait un peu partout en Europe .

Et ...

« En août 1968, j’étais à Londres avec mon mari. J’avais été invitée à la télévision car on voulait avoir mon sentiment, en tant qu’intellectuelle, sur Le Printemps de Prague et sur les risques encourus d’une intervention soviétique.
J’avais ri. J’avais plaisanté que nous n’en étions pas là et nullement inquiets. Que l’entrée des chars russes dans Prague était un fantasme des occidentaux. Tout ça n’était pas sérieux.
Sur le chemin du retour – nous étions en voiture – fatigués, nous nous sommes arrêtés à une centaine de kilomètres de Prague et nous avons campé. C’était dans un tout petit village entouré par de belles et sombres forêts. Le temps était d'un calme olympien et la nuit brillait de tous ses feux étoilés. C’était superbe.
Fort tard, j’ai été réveillée par le tonnerre. Dans cette demi-conscience propre au sommeil interrompu,  j’ai réfléchi que le temps était pourtant au beau fixe, que le tonnerre ne pouvait pas déja ... J’ai réveillé mon mari. Nous nous sommes assis sur nos sacs de couchage et nous avons écouté la nuit, la gorge serrée par un douloureux pressentiment : l'obscurité toute entière vrombissait d’un grondement sourd, là-bas, sur notre gauche, bien au-delà de la forêt.
Un grondement régulier, ininterrompu, inquiétant, sournois.
Nous sommes sortis précipitamment. Le fracas lointain continuait, tel celui que ferait un monstre de cauchemar en investissant le monde à la faveur de l'endormissement général.
Toute la campagne tremblait sous le poids effrayant du vacarme.
Nous nous sommes jetés dans les bras l’un de l’autre.
Tout espoir était mort en dépit de cette vaste voûte qui scintillait au-dessus de nous, qui continuait de sourire, et je venais de déclarer à la barbe du monde entier que ce bruit effroyable, ces mâchoires de ferraille et de feu qui déchiraient maintenant l'aube, ça n’était qu’imagination de l’Ouest…

Nous n’avons pas pu rentrer à Prague, bouclée par les blindés. »

C’était en 93.
Vingt-cinq ans après, cette dame parlait avec des larmes humiliées plein ses grands yeux.
Elle m’a appris, entre autres, la vanité qu'il  y a à vouloir commenter le monde. Pas assez sans doute : sur ce blog même, ou sur d'autres blogs en commentaires, parfois, je me laisse aller à envisager une issue, rose ou catastrophique, promise à l'état du monde.
C'est une grave erreur. Mais il n'y a pas de sagesse qui ne soit le résultat combiné d'une longue accumulation d'erreurs et de leçons apprises et point assez retenues.

08:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

06.12.2013

Piqûre de rappel ou premier vaccin

littérature,écritureLa monarchie désignait sous le nom de «sujets» les objets de son arbitraire. Sans doute s'efforçait-elle par là de modeler et d'envelopper l'inhumanité foncière de sa domination dans une humanité de liens idylliques. Le respect dû à la personne du roi n'est pas en soi critiquable. Il ne devient odieux que parce qu'il se fonde sur le droit d'humilier en subordonnant. Le mépris a pourri le trône des monarques. Mais que dire alors de la royauté citoyenne, j'entends : des droits multipliés par la vanité et la jalousie bourgeoises, de la souveraineté accordée comme un dividende à chaque individu ? Que dire du principe monarchique démocratiquement morcelé ?

La France compte aujourd'hui vingt-quatre millions de «mini-rois» dont les plus grands - les dirigeants - n'ont pour paraître tels que la grandeur du ridicule. Le sens du respect s'est déchu au point de se satisfaire en humiliant. Démocratisé en fonctions publiques et en rôles, le principe monarchique surnage le ventre en l'air comme un poisson crevé. Seul est visible son aspect le plus repoussant. Sa volonté d'être (sans réserve et absolument) supérieur, cette volonté a disparu. A défaut de fonder sa vie sur la souveraineté, on tente aujourd'hui de fonder sa souveraineté sur la vie des autres. Mœurs d'esclaves.

Raoul Vaneigem - Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations - 1967 -

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