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13.10.2015

Adieu, frère humain !

escudero2.jpgTel Jehan l’advenu1, il est parti comme il était venu : sans tambours ni trompettes.
Depuis longtemps, «les hommes» l’avaient jeté aux oubliettes, si tant est qu’ils l’aient une fois rencontré au grand jour.
Pour tous les beaux parleurs, pour tous les prometteurs, pour tous ceux qui usurpent la parole et la falsifient, pour tous les grands menteurs de notre siècle naissant et qui flambent au pinacle de la misère morale, pour toutes ces innommables putains de la politique et des médias, un seul regard jeté sur sa vie eût pourtant suffi pour les faire pâlir de honte et pour les réduire à une plus juste dimension d’insectes méprisables.
Cet homme était authentique. Un déraciné, un anar de la nostalgie, un troubadour de la révolte profonde, jamais tapageuse.
Au sommet de la notoriété, les poches pleines d’argent facile, jugeant alors que toute cette mascarade jetait entre lui et la misère du monde un rideau trop opaque et trop lâche, il plaquait tout, il disparaissait et ce que cette société avait bien voulu lui octroyer pour qu’il chante de sa voix enrouée
par l'émotion et l'intimité du désespoir, il le redistribuait silencieusement à des œuvres humanitaires, partout de par le vaste monde.
Citez-moi un seul homme de notre époque capable en même temps de faire ça et de ne pas s’en venir
aussitôt vanter, vautré et gloussant devant les caméras du spectacle télévisé !
Émotion et respect.
Je dois à Escudero, au même titre qu’à Brassens,  mes premiers essais sur les six cordes… Je me souviens avec douceur de mon émerveillement quand je réussis à jouer Pour une amourette et Ballade à Sylvie…
J’éprouvais alors, pour ce chanteur en marge, avec ses cheveux longs et noirs d’espagnol expatrié, une tendresse toute fraternelle.
Je me souviens aussi avoir fait découvrir à tous les joyeux  potes toulousains de la mouvance anar, quelque vingt ans plus tard,  Mon voisin est mort et je me souviens de leur regard attristé.
Nous, on ne t’oubliera jamais, sinon à l’heure blême, quand nous passerons, à notre tour, à pas silencieux la porte de l’oubli.
Comme Nous tous, tu ne laisseras rien aux hommes, mon vieux Leny ! Ils sont depuis longtemps ailleurs, les hommes ! Ils sont à leur place, eux... Ils sont chez eux.  C’est sans doute nous autres qui nous sommes trompés de cieux.
Nos paroles, tes mots, tes simples mélodies d’où suintaient à la fois tristesse, mélancolie et espoir diffus, ils ne les comprennent pas.
Quand ils n’en haussent pas leurs épaules de chiens battus, au cou rongé par le collier d'attache !
Salut à Toi, Le Gitan !
Puissent ces quelques mots accompagner ta longue traversée des néants éternels : On t'a beaucoup aimé !

1 : Poème de Norge, mis en musique par G. Brassens


 



12:14 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : littérature, écriture, chanson française |  Facebook | Bertrand REDONNET

02.10.2015

Plaudite, acta fabula est

ouragan.jpgJ’aimerais écrire l’automne, j'aimerais écrire le soleil d’équinoxe en déclin, la forêt qui chemine vers des léthargies hautes en couleur, la prairie qui s’enveloppe de brouillard, la première gelée sur les silences du matin, les grues qui traversent le ciel, le cou tendu vers la clémence de lointains horizons.
J’aimerais écrire cette joie de vivre qui toujours monte en puissance chez moi alors que, contradictoirement, les paysages et les choses de la terre entament leur longue somnolence.
J'aimerais
ainsi chanter la messe littéraire dans un monde de sourds, d’aveugles et de muets.
Mais mon esprit est tellement préoccupé du danger qui nous guette tous, que je ne le puis pour l’heure.
Honte à cet effronté qui peut chanter quand Rome brûle, disait le poète bourguignon. Ce à quoi le poète sétois avait répondu  : Est-ce à dire qu'il ne faut plus chanter ? Elle brûle tout le temps !

Certes. Mais elle brûle avec plus ou moins d’incandescence et de risques de propagation.
Le monde, je le crois, est à la croisée des chemins. Je le crois depuis ce texte-là.  Les hommes ont maintenant le choix entre des paix bâtardes, des paix de compromis plus ou moins lourds, des sournoiseries diplomatiques ou un cataclysme barbare.
Les pièces de l’échiquier fatal sont en branle. Chacun a avancé ses pions aussi loin qu’il le pouvait sans trop alerter la vigilance de son adversaire.
Un mauvais coup des uns ou des autres, une fausse manœuvre, un moment de distraction, un geste maladroit, et c’est le mat.
Dans ces conditions, écrire sur autre chose qu’un avenir qui peut basculer du jour au lendemain dans l’horreur, me semble tenir du pur bavardage.

Puissent les évènements à suivre venir me lourdement démentir !

13:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, histoire, politique, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

29.09.2015

Rencontre en deux temps - 1 -

20121031211658-17-9.jpgJe ne l‘ai pas vu arriver et je n’ai donc pas entendu dans quelle langue il me saluait.
Car j’étais absorbé, colère, dans la lecture des affligeantes déclarations de Hollande à la grand’messe de l’ONU ; déclarations qui le font l’allié objectif des ennemis qu’il prétend vouloir combattre.
J’étais surtout très énervé de lire que ce saltimbanque répétait à l’envi, comme une vieille horloge montée à l’envers, qu’Assad était un tyran, comme si on avait besoin de sa science pour le savoir et comme si le roi d’Arabie Saoudite, chez qui il est allé faire le bouffon, qu’il caresse dans le sens du poil, à qui il vend des armes et des avions alors qu’il décapite à tour de bras ses opposants, n’était pas, lui, un sanguinaire. Apparemment, pour ce Président de plus en plus désastreux, il y a les bons tyrans et les mauvais tyrans. Une morale politique à tiroirs et à géométrie variable… Ou alors, il poursuit d'inavouables objectifs qui ne sont pas ceux du pays qu’il est censé représenter et il conduit tout le monde au désastre !
Donc, je n’ai pas entendu arriver mon visiteur et je lui ai  demandé, en polonais, en quoi je pouvais lui être utile.
C’était un tout petit pépé, frêle, au sourire sympathique, d'emblée attachant. Mais quand il m’a entendu parler polonais, son sourire s’est tout à coup effondré.
Il a baissé les bras, comme quelqu’un qui, décidément, n’y arrivera pas.
Il a demandé, dépité,  avec un fort accent : Vous… Vous ne parlez pas français ?
J’ai ri, si, si, bien sûr que si, puisque je suis français.
Il a poussé un long soupir de soulagement et il m’a demandé si je pouvais l’aider…
Avant même de savoir en quoi, j’ai dit oui, je peux vous aider.

Il était venu d’Italie, à la rencontre des lieux de sa propre archéologie ; il était à la recherche du passé de son père.
J'ai compris que, venant de lire les bruits de guerre du présent, j'allais me curieusement  plonger dans celle du passé.
Que le petit pépé était le messager impromptu de l’éternel recommencement des chaos.

 La suite bientôt...

14:31 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.09.2015

Savoir et aimer Villon

Mettre en musique un des plus célèbres poèmes du patrimoine était  une prise de risques. Presque une outrecuidance.

 

 

Je le savais pertinemment et j’avais collé cette musique sur Les pendus pour mon plaisir personnel, solitaire, ne pensant nullement avoir à l'offrir un jour à un public.
Bien que ma traduction ait été appréciée, j’ai donc entendu une critique que je m’étais déjà faite, celle d’avoir interprété le poème sur un ton proche du pathétique, sans accentuer le côté sardonique, le deuxième degré, des prières adressées post mortem par les pendus aux frères humains.
Critique exacte car cette ballade est avant tout une mise en scène, une raillerie même, d’où le je de François Villon est d’ailleurs totalement - et volontairement - absent.
A la différence notoire de ce quatrain que tous ceux qui ont approché de près ou de loin François Villon,  connaissent sans doute :

 Je suis François, dont il me poise
Ne de Paris emprès Pontoise,
Et de la corde d’une toise
Saura mon col que mon cul poise.

Ces vers font à mon sens figure originale dans l’œuvre de Villon, en ce qu’ils sont, ou du moins semblent être, purement autobiographiques, écrits qu'ils ont été juste après sa dernière condamnation de 1462 à être étranglé et pendu ; condamnation dont il fera appel et qui sera commuée en dix ans d'interdiction de paraître sous les murs de Paris.
La prudence est toujours de mise quand on aborde la vie de Villon. Les indices les plus nombreux dont nous disposons sont ceux présents dans son œuvre et c’est une œuvre à tiroirs. Une œuvre impure, qui mêle fiction et réalité avec tant d'ingéniosité et de franchise qu’il n’a jamais été aisé de dissocier réellement celle-ci de celle-là.
Le génie du poète voyou - anarchiste avant l’heure comme on se plaît parfois à le dire- fut en effet de toujours jouer entre traits autobiographiques bien distillés, extrapolations, parodies, dérisions, et contradictions. A telle enseigne, qu’il compose même une Ballade des contradictions :

 Je meurs de seuf auprès de la fontaine,
Chault comme feu, et tremble dent à dent ;
en mon pays suis en terre loingtaine

 Villon s’applique toujours à déconstruire le réel par la caricature, le jeu de mots et la parodie, passant du ton grave et sensible à la raillerie la plus joyeuse, mais aussi en usant d’une langue compliquée, bigarrée, mariant archaïsmes, argot des voyous, vieux français de l’époque et mots et tournures annonçant la lente évolution de la langue vers le corpus contemporain. Nous sommes à la fin du Moyen-âge.
Le Testament, rédigé au sortir de sa captivité à Meung-sur-Loire, est donc un faux testament, cruel avec ses légataires et qui brocarde avec force ironie, justice, finances et autorités religieuses, dans un langage également accessible au lettré qu'au voyou de l'époque.
Rabelais - quoique fantaisiste sur le sujet - dira au  siècle suivant, que Villon était un homme de théâtre. Presque un metteur en scène.
Mais ses déboires avec la justice pour le meurtre commis sur un prêtre, Philipe Sermoise, le 5 juin 1455, le cambriolage du collège de Navarre et la rixe avec un notaire, Ferrebouc, lui valurent in fine ces fameux dix ans d’exil de la ville de Paris et sa disparition, nul n’a su dire où et quand.
Le poète disparu, sa poésie connaît la célébrité. C’est en effet à la faveur de cette disparition mystérieuse, non élucidée, que Villon entra dans la légende dès la fin du XVe siècle parce que son œuvre était profondément ancrée dans son temps et avait échafaudé une figure multiple, contradictoire et attachante :

 D’ung povre petit escollier,
Qui fut nommé Françoys Villon.

On le sait, Villon sombrera dans trois siècles d’oubli, de 1533 à 1832. Il sombrera dès que sa langue acrobatique et ses mœurs de jouisseur turbulent ne seront plus comprises de l’époque nouvelle, avant d’être remis au jour par des archéologues de la langue et de la poésie.

 Pour en revenir à ce fameux quatrain donc, où le cou éprouvera  bientôt  le poids du cul, il est indispensable de constater que Villon commence sur une ambiguïté, François désignant dans la prononciation en même temps le prénom et la nationalité.
Ce qui change tout. «Je suis Français et ça me fâche, ça m’emmerde ». En plus, Français de Paris. Ce qui est un comble.
Ce calembour est dirigé contre ceux qui l’ont condamné à Paris et surtout contre les protagonistes de l’affaire Ferrebouc dans laquelle son complice, Robin Dogis, bénéficia d’un jugement plus clément parce qu’il était savoyard.

 

17:22 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

21.09.2015

Macron, le corbeau rose

IMAG1795.jpgAux temps jadis, les farouches Normands chevauchant l’écume des mers, embarquaient des corbeaux à bord de leurs drakkars, à dessein d’en faire des éclaireurs.
Ils en libéraient en effet un de temps en temps, en pleine mer, et, s’il revenait, cela signifiait alors qu’il n’y avait pas de terre toute proche.
Si, au contraire, l’oiseau faussait compagnie à ses geôliers et ne reparaissait plus, c’est bien qu’il avait retrouvé son élément, une terre où reposer ses ailes et amuser son bec.
Les redoutables conquérants poussaient alors sur les flots leurs chants sauvages avec plus d’enthousiasme encore, en même temps qu’ils secouaient plus énergiquement la rame dans la direction précise où le noir éclaireur avait disparu. Et gare aux riverains qui n’avaient pas su lire – comment l’auraient-ils pu, les pauvres bougres !? - l’arrivée dans leur ciel du sinistre messager !
Aussi beau et ingénieux que j’aie toujours pu considérer le procédé, parce qu’il se servait des éléments primaires de la planète et de l’instinct, parce qu’il supposait aussi une connaissance superbe, panthéiste, du monde,  je n’ai pu m’empêcher, ces jours-ci, de le repenser en termes d’une vilaine allégorie, à la fois amusée et dégoûtée,  à propos de toute autre chose, pas beau du tout, mais tout aussi ingénieux avec, en plus, une bonne dose de perfidie et d’esprit de manipulation dont nos conquérants danois et norvégiens, tout féroces barbares qu’ils aient été, étaient complètement dépourvus.

Les gens qui sont actuellement aux manettes de la République de France n’ont évidemment rien à voir avec l’intrépide courage des Vikings auxquels ils ressemblent à peu près autant qu’une de mes poules peut ressembler à un Tyrannosaure, mais ils n’en utilisent pas moins, eux-aussi, des corbeaux qui s’en vont croassant sur la houle médiatique,  à seule fin de sonder les réactions de la populace et de choisir, peut-être, enfin, une direction où faire naviguer leur triste «gouvernance».
Leur corbeau de prédilection aurait pu, selon les sources de la vieille langue germanique, s’appeler Bertrand, le corbeau intelligent, tant il l'est, intelligent et fin, cet oiseau-là !
Mais il s’appelle Emmanuel, dieu avec nous… ce qui, ma foi, n'est pas plus mal.
Dès lors, pour tout esprit encore quelque peu en éveil, il est inconcevable qu’un messager aussi dégourdi commette régulièrement des bourdes primaires et, surtout, manifestement à contre-courant de la navigation annoncée, comme s'il s'évertuait à faire chavirer la frêle embarcation-  les 35 heures, le statut des fonctionnaires, le SMIG, toutes notions chères à l’idéologie de ses capitaines - sans qu’il ne soit en service commandé, sans qu’il ne porte en son bec simulant l’imprudence une parole qui lui a été confiée, pour qu’il la distribue,  et que n’osent mettre franchement sur le tapis ses insidieux et pleutres capitaines.
Ainsi, notre oiseau lâche-t-il régulièrement sa petite bévue libérale de changement de cap et s’ensuivent automatiquement les réactions, outrées ou consentantes, de l’équipage tout entier. Les chefs de bord prennent alors, à bon marché et sur son dos consentant, la mesure de l’opinion sur ces sujets tabous et font mine effarouchée de vouloir faire taire l’oiseau de malheur.
Mais l’idée est lancée, elle est dans l’air, elle est rumeur et personne ne pourra dire, quand viendra le moment de lui donner corps, qu’elle n’a jamais été évoquée !
Emmanuel est donc un porteur de patates chaudes.
Jusqu’à l'inéluctable naufrage, il va sans dire. Car là où veulent accoster ces pâles et timorés barbares, il n’y a plus âme qui vive ni richesses à spolier.

12:04 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écriture, politique, littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.09.2015

Les bons et les méchants

Réfugiés-Syriens.jpgÉcrire sur ce drame de l’exode massif des populations syriennes et irakiennes que vit actuellement le monde - l’Europe, plus exactement – est malvenu et fort risqué car ce ne sera sans doute que rajouter une petite voix au brouhaha, à la cacophonie un son inaudible, aux erreurs d’appréciation une autre erreur.
Nonobstant, rester spectateur dans son coin et continuer à planter ses salades n’en est pas moins lâche. Presque indigne. Car le sujet est miné, explosif, et comporte tellement de contradictions, il offre le flanc à tellement d’idéologies et de réflexes primaires, que la plupart d’entre nous se contentent évidemment d’un prudent silence, voire, mieux, du détachement genre  philosophe revenu de tout.
Pour ne pas dire de conneries, se taire, donc. Pour vivre avec l’apparence de la propreté, rester cachés. Comme ça, si le drame vire à la tragédie, au cataclysme, et que nos enfants en payent plus tard le prix fort, on pourra dire qu’on savait et que et que… a contrario,  si tout cela se résorbe tranquillement, on pourra, sur le même ton, dire que bien sûr, qu’on s’en doutait et que et que...
Nous sommes en effet beaucoup à être habitués à penser les situations une fois qu’elles sont établies dans l’histoire et présentent un caractère presque irréversible ; sauf à tout casser et à refaire le monde. S’agissant de commenter, de prendre part, à la critique de leur développement quand elles ne sont pas encore entrées dans l’histoire accomplie, qu’elles sont en mouvement, en gestation,  et qu’il est donc difficile d’en prévoir les effets, nous sommes déjà beaucoup moins.
Parce que c’est un peu moins facile et qu’on risque fort de s’y compromettre.
Je me suis compromis il y a quelques années pour l’intervention française en Libye, pensant et écrivant qu’on ne pouvait laisser un peuple se faire massacrer par un tyran. Quel chérubin !
Et quel imbécile, surtout ! Mais ça ne me dérange pas de me traiter d’imbécile. D’ailleurs, je préfère le faire moi-même : ça évite aux autres d’avoir à le faire et c’est mieux fait. En plus.
Car il ne s’agissait évidemment nullement de cela. Il s’agissait de détruire toutes les structures politiques et sociales de tout le Moyen-Orient ; entreprise débutée avec fracas en 1991, en Irak.
Le résultat est aujourd’hui évident : guerres civiles, massacres, misères, fanatismes religieux, exodes, avec, en contrepoint,  balbutiements tardifs et humanitaires d’une Europe qui fait l’effondrée devant les incendies qu’elle a elle-même allumés avec ses indéfectibles amis d’outre-Atlantique.
Même scénario en Ukraine, avec, à la manœuvre principale, Hollande et Merkel.

Bon, d’accord, admettons, mais qu’est-ce qu’on fait, quand on sait ça ?
On écoute les inepties des uns et des autres. Des officiels.
Car c’est là que ça devient édifiant. Si je puis dire.
On assiste en effet à une définition géopolitique de l’Europe, une définition qui montre combien cette Europe n’existe qu’à coups de technocratie et de financement massif, sans aucune réalité historique, sociale et humaine. On a, d’un côté, l’Ouest qui, après avoir largué ses bombes sur tout ce qui bougeait, largue maintenant ses bons sentiments sur tout ce qui veut le contredire et, de l’autre côté, l’Europe Centrale qui ne veut pas entendre parler d’une quelconque participation à la réparation de la casse.
On en pense ce qu’on en peut, partagé entre une vague, très vague idée de devoir de solidarité et une inavouable peur…
Ce n'est pas une émotion humaniste, la peur. Voyons ! C'est un truc réactionnaire de poule mouillée !
Alors, j’écoute les Polonais et ils disent : accueillir des gens, oui, bien sûr, on ne laisse pas des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes à la rue.
Nous sommes aussi des gens solidaires. Mais après ? Quelle intégration ? Quel avenir pour ces gens déracinés sous d’autres cieux, sous un autre dieu ? Quel mode de vie ? Quels moyens de vie ? Quels espoirs ?  En un mot comme en cent, quel bonheur à court, moyen et long terme ?
La vie d'un homme ne se résout  pas à avoir un bout de pain dans l’estomac et un bout de toit sur la tête. Sinon dans le moment même de l’urgence.
Les gens de l’Ouest, eux, ne posent même pas la question. Accueillir, c’est mettre des gens dans des locaux et leur  distribuer de la nourriture. Point.
Pourquoi donc ce manque de vision, cette lâcheté à ne pas vouloir voir plus loin que le bout du nez ? Pourquoi cette différence fondamentale de point de vue qu’on vous résume – on n’est plus à une immondice verbale prêt -  à une différence entre les bons solidaires latins et les sales égoïstes de slaves ?
J’ai ma réponse, vécue de près, compromettante ou pas, peu importe : parce que l’Europe Centrale se sent exister encore en tant que telle - surtout qu’il n’y a guère que 25 ans qu’elle a retrouvé ses marques -, alors que l’Ouest, lui, depuis longtemps, n’existe plus, n’a plus de repères auxquels il tienne, n’a plus de culture à faire valoir et dont son esprit se régalerait.
Sa solution est donc dans la dissolution.

15:15 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litétraurte, politique, histoire, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.09.2015

Fin d'été

littérature,écritureJ’ai traversé, messieurs, des prairies que massacrait le soleil.
Et je vous le dis : pas un oiseau, pas un animal des champs, pas un mouvement, nul être vivant, n’apparaissait alors sur ces espaces jaunâtres, tétanisés par le feu tombant dru sur leur échine accablée.
La petite route pourtant, souvent, taillait dans la forêt. Mais c’était là une forêt sans ombrage. Les feuillages calcinés pendaient au bout des banches et, déjà, juillet à peine rayé du calendrier, ils se laissaient tomber au sol, vaincus, trompés, abusés, déboussolés par cette trop longue fantaisie du climat.
La lumière caniculaire pénétrait ainsi avec force par les trouées de la voûte, en déchirait le voile, en violait l’écrin, assassinant du même coup les petites plantes des sous-bois qui, d’ordinaire, vivent de la fraîcheur de sa pénombre.
Asphyxiés dans une poussière brûlante qui, partout, sortait des entrailles terrestres, les paysages chétifs se mouraient de soif et les herbes des champs, des talus, des bois et des jardins, les hommes des hameaux, des bourgs, des villages et des villes, les animaux sauvages tout comme ceux des fermes éparpillées, tous, unanimes, réclamaient la trêve et imploraient clémence.
En pure perte cependant. D’interminables mois durant, les cieux sont demeurés impassibles, sourds aux souffrances et aux supplications, purs et durs dans leur obstination à détruire. Nul nuage, nul souffle salvateur, nulle ombre passagère, n’osait venir troubler l’austérité bleutée, chauffée à blanc.
Au matin, l'air puait la fumée d'un invisible désastre, rajoutant à la tristesse du jour qui s'annonçait la touche d'une impalpable angoisse
. Des tourbières, nous a-t-on dit, brûlaient en Biélorussie et en Ukraine, de l'autre côté du fleuve.

Et puis… Et puis, quelque chose a frémi aux pendules du jour et de la nuit, inversant l’autorité meurtrière de celui-là sur celle-ci. Un matin de septembre enfin, le souffle d'un vent levé des horizons multiples, a gommé lentement ce grand tableau d’azur et sur sa toile immaculée a dessiné le blanc et le gris des premières nuées, que saluait un arc-en-ciel.
Des larmes éparses et chaudes ont giclé sur les sols crevassés, maladroites, désordonnées, lourdes et pataudes, comme si le ciel  ne savait plus pleuvoir. C’étaient là quelques pleurs de remords, avant que ne jaillissent soudain les grands sanglots du pardon et que la terre ne les boive avec tout le désespoir d’une rescapée des sables.
Un peu tard seulement.
Cicatrices et brûlures restent inscrites sur la morosité des arbres
recroquevillés par la peur, déjà marron, déjà jaunes, sans l’éclat joyeux des pourpres sanguins de l’automne, comme s’ils étaient pressés à présent d’en finir avec ce cycle-là et de rejoindre les silencieuses nudités de l’hiver.
Pour recommencer bientôt un vrai et grand mouvement des choses, qu’ils espéreraient, cette fois-ci, conforme et doux à la fuite éternelle des saisons.

Court extrait d'un roman en chantier

11:13 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.09.2015

Mini revue de presse

d9b7a6c5ff6f4e0bcfc76c0ce339a5e9.jpg.gif- Un site d’infos me met dans l’embarras.  S’appuyant en effet sur un énième rapport de la Cour des comptes, il pose la vieille, la lancinante, l’éculée et récurrente question : Les fonctionnaires doivent-ils travailler plus ?
Je ne sais que dire, ma foi.
Bon, mais si je prends la posture sociale-gauche, chafouine de candeur feinte et  généreuse, ouverte, bien dans sa peau et qui a réponse à tout et à rien  parce que ce n’est pas une pensée mais un disque de jukebox, je dis : qu’est-ce que c’est encore que ces salades de droite, toujours à agresser la pauvre fonction publique ?
D’accord. Mais si, au lieu de prendre une posture bien-pensante, je m’en réfère à quinze ans de mon propre vécu ;  si je suis donc un homme d’opinion empirique, voilà que je rigole comme un perdu et que je réponds :
- J’en sais rien… Je m’en fous, à vrai dire.  Je ne sais pas s’il faut que les fonctionnaires travaillent plus. En revanche, ce que je sais avec certitude, c’est qu’il est absolument impossible qu’ils travaillent moins. Sauf à rester chez eux…

- Un autre titre attire mon œil avide : Une nouvelle espèce d’humains découverte.
Je me jette ! Depuis le temps que j’attends des hommes nouveaux, des mutants !
Et je lis : Une ancienne espèce du genre humain inconnue jusqu'à présent a été présentée par une équipe de scientifiques internationale jeudi.
Faudrait savoir ! On s'fout vraiment de nous !

- Beaucoup plus inquiétant et très éloquent : Les Russes renforcent  leur présence militaire en Syrie et  « ça inquiète Fabius.»
Ben moi, c’est l’inquiétude de Fabius qui m’inquiète. Beaucoup. 

12:51 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

08.09.2015

Invasion barbare

P7080730.JPG...Et je saute une page, puis une autre, puis deux ou trois, et je feuillette, je zappe, je baîlle, je m'étire, je me dis que le papier est glacé et ne me servira même pas pour allumer mon poêle. Quant à  s'essuyer l'derche avec ça, même pas la peine d'y penser !
Je m'apprête donc à balancer la revue par terre, quand enfin, je lis, pris d'un vertige, les yeux écarquillés  :
« ...Pour remonter si loin  au Nord, il faut bien que les (....) en tirent un bénéfice substantiel. Car le coût de l'investissement est considérable en termes de dépenses énergétiques. Le retour sur cet investissement est donc, chez ces (...-là) un gain supplémentaire au niveau de la ... »
Sur le cas de qui croyez-vous que se penche cet article tiré d'un magazine de vulgarisation et de sciences, qui m'était par hasard échu entre les mains ?
Vous avez deviné. Il parle d'entrepreneurs audacieux qui n'ont pas peur de prendre des risques pour faire juter du profit.
Hé ben vous avez deviné tout faux, avec votre esprit prosaïquement libéral ! Vous ne savez pas lire "moderne"!
Enfin... Réfléchissez un peu, m'ssieurs-dames. Détendez-vous... Envolez-vous bien loin de ces miasmes morbides, allez vous purifier dans l'air supérieur et buvez, comme une pure et divine liqueur, le feu clair qui remplit les espaces limpides !
Citoyen, citoyenne, baudelairisez un peu votre lecture !
Car c'est là un article sur la migration des...
-
Chefs d'entreprise ?
- Non ! Il s'agit d'un article sur... la migration des oiseaux ! Si, si....

Alors là, les carottes sont définitivement cuites, que je me dis, affalé sur ma banquette. Désintégrées même, les carottes ! Le langage est colonisé dans toutes ses évocations, tous ses termes, vidé de tous ses sens. Il est à sens unique. Une redoutable impasse. Un coupe-gorge.
À ce stade répugnant de l'aliénation de la parole, y'a plus grand chose à faire.
Il n'y a surtout plus grand' chose à dire.

13:14 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.09.2015

Error communis facit jus

auschwitz-birkenau-300x225.JPGLa Pologne subissant depuis quelque deux mois une insupportable canicule, les responsables du musée d’Auschwitz, sans doute le savez-vous déjà, ont cru bon d’installer des brumisateurs à l’usage des gens, parfois âgés, venus se recueillir en ces redoutables lieux de crimes et de supplices.
Aussi louable qu’ait été leur intention, mal leur en prit.
Car, eux qui ont en charge la redoutable tâche d’entretenir, en ces lieux où Dieu et les hommes ont définitivement cessé d’exister, la mémoire de la plus grande catastrophe criminelle jamais surgie au sein de l’humanité, eux qui ont pour devoir de transmettre à tous cette phrase inscrite sur d’autres cendres, celles de Majdanek, que notre sort vous serve d’avertissement, ils ont ignoré la nature dénaturée du présent dans lequel ils avaient à transmettre.
Ils ont ignoré que  la mémoire du vécu, tout comme le vécu de la mémoire, s’est éloigné en une représentation et que tout ne peut désormais  se dire, se raisonner et s’agir qu’en termes d’images au détriment du réel, même ici où, pourtant, l’intérieur intime, silencieux, brut, primaire, nu, irréfléchi, en un mot comme en cent humain, devrait être le seul à gémir.
Le signifiant, là comme partout ailleurs, a phagocyté le signifié jusqu’à le détruire ; le mot a remplacé la chose et toute chose a disparu.

C’est ainsi que ces innocents brumisateurs font scandale et sont considérés comme une honte parce qu’ils rappelleraient, parce qu'ils imagineraient, parce qu'ils  représenteraient, les fausses douches installées par les bourreaux dans les chambres à gaz, à dessein de tromper l’ultime vigilance des suppliciés.
Ces horribles douches - les fausses-vraies des nazis - ne sont-elles donc plus assez éloquentes, assez terribles, assez tragiques, ne signifient-elles donc plus assez, qu’ils faillent s’émouvoir de généreux brumisateurs destinés à éviter les malaises des visiteurs ?
Époque dénaturée qui ne sait même plus se dignement souvenir !

Tout mon soutien aux responsables du terrifiant musée d’Auschwitz.

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01.09.2015

Les arroseurs arrosés

bhl-hollande.jpgEn tant que citoyen français, si je devais formuler un souhait quant à ce que retiendra en matière de documents  l’histoire du putsch de février 2014 à Kiev, ce serait celui-ci : que cette image reste comme preuve à charge de l’effrayante escobarderie dont fit montre l’innommable socialiste, président de la République de France.
Il fut un des premiers, sinon le premier, à pavoiser sur les marches de son palais avec les bénéficiaires immédiats du susdit putsch ; putsch militairement réalisé par les bandes ultra-nationalistes et farouchement antisémites de l’extrême-droite ukrainienne et que les médias et les politiques français vous ont vendu sans vergogne comme étant une révolution pour la démocratie.
La peste soit de ceux qui les croient encore, ne serait-ce qu'une seconde !
L’histoire, j’espère aussi, ricanera jaune de voir le soi-disant philosophe de confession juive faire le beau à ses côtés, c’est-à-dire se félicitant de ce que des nazis aient réussi à virer un pro-russe corrompu !
Aujourd’hui, la phalange armée du putsch de Kiev se retourne contre ses commanditaires qu’elle a mis au pouvoir bien malgré elle. C’est une phalange experte dans la guérilla urbaine et l’affrontement. Elle a été envoyée dans le Donbass par Kiev en tant que bataillon de choc, c'est-à-dire que les dirigeants européens - dont le sinistre donneur de leçons de morale  Hollande - s'appuient sur l'extrême-droite nazie pour parvenir à leurs fins.  Cette extrême-droite, au regard de laquelle le Front national français fait figure d'association d'enfants de chœur, réclame donc ces jours derniers, par les moyens qui lui sont propres, son dû : que le gouvernement ukrainien issu de l’insurrection lui paie ce pourquoi elle a mouillé la chemise et impunément fait couler le sang.
Que dit alors le socialiste chafouin ? Par la voix enrouée de son roué de ministre des affaires étrangères – lequel, rappelons-le, était à Kiev le soir même du sanglant  coup d’état - il dit ce que disent ses complices Merkel, Obama, et Bruxelles, c’est-à-dire qu’il fait mine de s’indigner de ce que la boîte de Pandore, qu’il a ouverte pour plaire à ses seigneurs d’outre-Atlantique et en mentant effrontément à tout son peuple, lui pète à la gueule.
On croit rêver : les seuls qui avaient averti le monde du danger sont ceux que l’Europe entière, fidèle chambre d’écho des musiques du Pentagone, traitent de menteurs : Les Russes.
Je ne crois pas que la France ait été un jour gouvernée par un homme aussi à plat ventre devant des Américains et leurs complots internationaux et je crois qu’elle devra en assumer longtemps la honte !
Même les Polonais, ceux qui osent voir la réalité en face et qu’on ne peut en aucun cas soupçonner d’être pro-russes, le disent maintenant : l’Ukraine est un coup monté par l’Europe et les États-Unis en quête d’expansionnisme et de nouveaux territoires pour le marché bientôt transatlantique.
Seulement, là, c’est dans une zone charnière entre l’Occident et Moscou que s’est opéré le complot démocratique.
Du fait, il y a longtemps que l’Europe – je parle ici du continent, de l’autre je n’en ai que faire ! - n’avait pas marché sur des œufs aussi pourris.
Ne pas le comprendre, que ce soit par aveuglement  idéologique, par ignorance, par lâcheté ou par bêtise crasse, c’est déjà être complice.
Car  nous n'héritons pas de la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants. (Saint-Exupéry)

Comprenne qui voudra, ne serait-ce que pour ne pas crever idiot...

Illustration, à lire et à voir...

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24.08.2015

Histoire de l'idéologie, idéologie de l'histoire: le terrible amalgame

" La mort peut apparaître au moment de l’amour, dans l’élan créateur. Mais que ce soit encore dans l’infinie tendresse, les larmes et la pitié (c’est de l’amour encore). Aux moments très émus où je couvai, refis la vie de l’Eglise chrétienne, j’énonçai sans détour la sentence de sa mort prochaine, j’en étais attendri. La recréant par l’art, je dis à la malade ce que je demande à Dieu  Ezéchias. Rien de plus. Conclure que je suis catholique ! quoi de plus insensé ! Le croyant ne dit pas cet office des morts sur un agonisant qu’il croit éternel." 

Jules Michelet – Préface à Histoire de France - 1869 -

C’est en lisant ce passage, très actuel pour un athée qui défend sa culture non pas parce qu’elle a ses fondements dans le terreau judéo -chrétien mais parce qu’il ne sait pas s’exprimer, rire, chanter, aimer, écrire, lire, parler, penser, – même a contrario -, sans faire appel à ce ce qu'elle a  constitutif en lui, que je me suis souvenu du temps où l’Exil des mots était lieu d'un véritable débat, notamment avec Philip Seelen, Barbara Miechowka… et bien d‘autres.
J’ai dès lors eu envie de publier le commentaire que Barbara Miechowka avait laissé sur les fondements de l’histoire polonaise. Elle m’a donné son accord et je l’en remercie.
Ce sont des mots, ceux de Michelet comme ceux de ma commentatrice, que ne peuvent évidemment comprendre tous les caniches, tous les faux-culs, tous les décervelés, tous les modernes pédants, tous les faux bouffeurs de curés qui veulent déchristianiser l’Europe non pas pour la libérer d'une aliénation séculaire et parce qu’ils seraient intelligemment athées, mais parce qu’ils ont en charge de la noyer sous une autre culture et sous bien d’autres inavouables paramètres.
Devant tous les désastres que nous préparent ces salauds, seuls le retour en arrière et  la réaction  sont véritablement bien intentionnés.
Du point de vue de l’humain et tels, du moins,  que je les conçois.

 *

b27.jpg"Après avoir découvert le texte de Philip Seelen sur Katyń et l'avoir édité sur le site de l'association dont je m'occupe, je m'immisce avec plaisir dans cette conversation qui soulève la question du rattachement de la Pologne à l'aire de la culture européenne par le christianisme.
Pour mon regard franco-polonais de personne née en France après la guerre de parents réfugiés politiques polonais, elle m'apparaît de plus en plus souvent comme fondamentale et difficile à comprendre vue de France, car elle oblige à penser le rôle civilisateur du christianisme sous un angle qui n'est vraiment plus de mode de ce côté occidental de l' Europe déchristianisée et qui voue un culte chaotique à quelques dieux comme "les droits de l'homme", Marx et la consommation effrénée de biens matériels.
Beaucoup d'aspects du catholicisme polonais sont méconnus et pourtant fondamentaux. Au seizième siècle, il a produit une pensée politique qui a été le fondement d'un régime politique de démocratie nobiliaire et de monarchie élective au cours de ce qui a été appelé "le siècle d'or" de la Pologne: un état qui pouvait réunir sous un même sceptre des populations catholiques, juives et orthodoxes et même protestantes (car des protestants persécutés en France s'y étaient réfugiés) et musulmanes (il y en a quelques traces encore du côté de Białystok). Siècle d'or qui s'est ensuite décomposé en anarchie et a engendré les partages de la Pologne à la fin du dix-huitième siècle.
Au dix-neuvième siècle, ce sont toujours les valeurs chrétiennes qui inspirent les penseurs et les poètes tournés vers l'espoir de la renaissance de la Pologne: Mickiewicz (ami de Victor Hugo), Slowacki, Norwid, pour ne citer que les plus célèbres des "prophètes" qui ont vécu en exil.
Simultanément, c'est bien l’Église qui soutiendra la lutte pour la préservation de la langue polonaise, le plus fortement là où elle était la plus attaquée comme vecteur d'une culture et d'une tradition, c'est-à-dire dans l'Empire prussien.
Dans la si courte période d'indépendance de 1918 à 1939, une contestation de l’Église vue comme protectrice des intérêts des puissants, par exemple des propriétaires terriens, a fait son apparition de façon suffisante pour que, née en France et y ayant toujours vécu, je ne sente pas de fossé profond entre ce qui pouvait se dire au sujet de l’Église chez mes parents et ce que je pouvais en entendre ou en lire en France. Et pourtant, face aux mauvais coups du pouvoir communiste, mon père qui suivait les événements par les canaux de diffusion de l'information dans le monde des Polonais en exil, avait toujours l'oreille aux aguets et disait: "Que dira le Cardinal Wyszynski? Il ne peut pas laisser passer ça sans réagir".
Il me semble donc que c'est bien l'arrivée d'un communisme imposé de l'extérieur qui a redonné de la vigueur morale à une Église polonaise qui aurait aussi bien pu perdre de son influence, si le pays avait évolué librement. Face au communisme, c'est le personnalisme chrétien dont le pape Jean-Paul II a été un représentant particulièrement tonique qui s'est levé de façon spectaculaire dans certains courants de Solidarność, me semble-t-il.
C'est donc bien toute l'Histoire de la Pologne qui devient incompréhensible pour ce qu'on pourrait appeler à grands traits caricaturaux le "progressisme" occidental de gauche, si on fait l'économie de la découverte de ce qui va à contretemps des évolutions de la culture dans la partie occidentale de l'Europe.

Quant au présent et à l'avenir, il me semble que la Pologne est bien à nouveau dans le même bateau que l'Europe occidentale, qui se plaît tant à se gausser et à donner des leçons de modernité ou de civilisation aux Polonais, si j' en juge par les questionnements des quelques nouveaux écrivains polonais qui arrivent jusqu'à moi. Qui aura le dernier mot? L’Église polonaise a-t-elle de beaux jours devant elle? Nul de nous ne peut le prédire sans risque de sombrer dans le ridicule, car il suffit d'un retournement de situation ou d'une nouvelle catastrophe historique, dont nul n'est à l'abri, pour que les fondements chrétiens dans lesquels la culture polonaise a puisé un sens qu'elle a élaboré à sa façon, produisent de nouveaux bourgeons.

En continuant mes réflexions sur le rôle du christianisme en Pologne, d'autres faits me sont venus à l'esprit.
En France, c'est la pensée des Lumières qui s'est imposée comme le point de référence, mais pas en Pologne. Pourquoi? Deux explications me viennent à l'esprit:
- pays d'économie rurale encore jusqu'en 1939 où les paysans, propriétaires de petits lopins de terre, constituaient encore plus de 60% de la population de l''état polonais. Pays dans lequel la bourgeoisie, qui a été le milieu social porteur de cette pensée en Europe occidentale, n'a commencé à se développer vraiment qu'à la fin du 19ème siècle.
- Voltaire et d'autres, amis de Catherine II  qu’elle a bien roulés dans la farine, tout comme elle roula Stanislaw-August Poniatowski, son amant et dernier roi de Pologne, qui avait beaucoup œuvré pour essayer de diffuser la pensée des Lumières dans son royaume : Ce n'était certainement pas là  le meilleur mode d'entrée pour plaire aux élites polonaises du 19ème siècle...

En Pologne, il y a eu une tentative pour remettre la pensée des Lumières à l'honneur après 1945. Mais les universitaires qui ont commencé ce travail ont été obligés de quitter la Pologne en 1968. En France,  on ne retient de ce fait que l'étiquette "antisémite" pour expliquer ces exclusions de 1968 qui ont touché des universitaires aussi importants que Jan Kott, par exemple. Pourtant cette étiquette occulte une réalité tout autre dont il faut chercher le déclencheur du côté du Moscou de l'époque, celui qui a aussi envoyé ses chars à Prague en août 1968.
Ainsi on en arrive à une situation que Bronislaw Geremek a décrite dans un dernier article publié dans le quotidien Rzeczpospolita, quelques jours après sa disparition en juillet 2008. Il y écrivait que les deux sources de la pensée de l'Europe actuelle sont d'un côté les Lumières, de l'autre le christianisme, et qu'il fallait bien retenir pour l'avenir que l'expérience polonaise a montré que lorsqu’ ’une  de ces sources d'esprit critique fait faillite, c'est l'autre qui permet à l'esprit humain de relever la tête.
Un testament polonais, en somme...."

Image : Philip Seelen

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18.08.2015

Michelet

7779174715_migrants.jpgIl y a quelques années, un journaliste anglais, aussi imbécile que cynique - ces quatre qualités pouvant sans problème être lues comme des fautes de style, comme des redondances - s'exclamait : Nous avons les garçons de café les plus diplômés du monde !
Il parlait, le mufle, des jeunes Polonais fraîchement sortis de l’université et qui, ne trouvant pas de travail, arrachés à leur terre encore imberbes, se retrouvaient effectivement loufiats à Londres ou ailleurs, en attendant des jours meilleurs.
L’Angleterre, c’est une de ses assiduités historiques, s’est toujours engraissée du malheur des autres, attirant à elle les mouches comme avec du miel, avant de se plaindre, le bec pincé par son humour à la con, de leur inévitable surnombre.
Déjà Michelet, dont on sait qu’il n’a jamais  vibré d’un cuisant amour pour le pays de Sa Majesté, écrivait :

 « […] Tous ceux  qui ont jamais fui la servitude, druides poursuivis par Rome, Gaulois-Romains chassés par les barbares, Saxons proscrits par Charlemagne, Danois affamés, Normands avides, et l’industrialisme flamand persécuté, et le calvinisme vaincu, tous ont passé la mer, et pris pour patrie la grande île : Arva, beata petamus arva, divites et insulas… Ainsi l’Angleterre a engraissé de malheurs et grandi de ruines. Mais à mesure que tous ces proscrits, entassés dans cet étroit asile, se sont mis à se regarder, à mesure qu’ils ont remarqué les différences de races et de croyances qui les séparaient, qu’ils se sont vus Kymrys, Gaëls, Saxons, Danois, Normands, la haine et le combat sont venus. Ça été comme ces combats bizarres dont on régalait Rome, ces combats étonnés d’être ensemble : hippopotames et lions, tigres et crocodiles. Et quand les amphibies, dans leur cirque fermé de l’Océan, se sont assez longtemps mordus et déchirés, ils se sont jetés à la mer, ils ont mordu la France. »

Le drame des migrants, victimes du sempiternel chaos du monde, jetés sur les mers et sur les routes, de désespoir prenant d’assaut le tunnel de « l’Eldorado menteur », est, par ces lignes-mêmes qui le dénoncent comme une constante de l’histoire particulière de ce pays, d’une tristesse encore plus poignante. 

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13.08.2015

Quand les canicules s'emballent...

IMAG1404.jpgMais que fait donc Sirius, alias Canicula, cette petite étoile qui a son coin de ciel à proximité toute relative du soleil ?
Les jours ont beau décliner, elle n'en continue pas moins de se coucher et de se lever en même temps que son auguste voisin et, selon les antiques observateurs du Grand Tout, dont Pline l’Ancien, ce serait bien à ces caprices que nous devrions les périodes torrides.
Y’a plus d’saisons, disaient les vieux, pas si vieux que ça en fait, de mon enfance campagnarde, en tordant savamment la bouche, en haussant les épaules ou, pour les plus entêtés à être persuasifs, en expédiant une chique désappointée au sol.
Ces sympathiques barbares, de quoi donc préjugeaient-ils ? Car ils avaient l’air de tout ce qu’on voudra, sauf de savants prophètes. Ils semblaient bien, certes, avoir une connaissance mi-empirique, mi-atavique, mi-je-ne-sais-trop-quoi, du ciel auquel ils demandaient sans cesse -
sans pour autant pousser la supplique jusqu’à s'aller agenouiller - d’arroser ou bien de sécher leurs sillons, mais  je crois bien que leurs prévisions se résumaient à exprimer leurs désirs et besoins du moment.
Ils étaient des situationnistes, en fait, les vieux de mes jeunes jours.
En tout cas, ils ignoraient totalement l’approche tragiquement scientiste du monde, avec, servies tous les soirs sur un plateau, des nappes d’air en couleur qui circulent, des rouges pour les chaudes, des bleues pour les froides, qui rentrent en collision, tournent autour de la bulle d’un anticyclone ou alors, passant insolemment outre, envahissent telle ou telle partie du céleste territoire.
Plutôt que d'écouter la science cathodique à bon marché, ils interrogeraient  Sirius, mes Pline l’Ancien qui crachaient par terre.
Car les arbres se dessèchent, les champs sont jaunes, les  feuilles sont mortes, les jours sont dilatés par la touffeur, les jardins se meurent et les paysages implorent clémence.
Et que diraient-ils de ces clowns masqués et costumés qui se réunissent à grand bruit et font montre de s’alarmer du climat qui change ?
Y’a plus d’saisons, qu’ils diraient, et tout serait dit de l'écologie du moment.
Car ils avaient l’art de ne pas renverser les choses, ces barbares-là. De dire ce qu’ils voulaient, ce qu’ils vivaient, sans pour autant emmerder le monde à faire semblant de se préoccuper d’improbables solutions.
Ils savaient ainsi parler aux nuages. Mais pas n’importe quels nuages ! Seulement ceux qui avaient une chance de flotter au-dessus de leurs champs.
En un mot comme en cent,  ils étaient apolitiques. 

13:20 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | Bertrand REDONNET

08.08.2015

Invasion caniculaire

drakkar.jpgChez un bouquiniste de Normandie, j’eus l’heur de découvrir une vieille édition, 1966 en 8 volumes, de l’Histoire de France de Jules Michelet.
J’ai tourné autour pendant trois jours, hésitant, tergiversant, calculant, trouvant des prétextes, maugréant, avant de capituler.
Question récurrente du discours byzantin :
Jules Michelet est-il un poète ou est-il  un historien ?
Michelet est tout simplement un remarquable écrivain, qui a su mettre à profit la monumentale documentation à laquelle il avait accès en tant que chef de la section historique des Archives nationales.
Il se lit ainsi par goût de l’Histoire autant que par celui de la littérature.
Plongé dans ses pages, je redécouvre ce qu’on a trop vite oublié ou peut-être mal appris : les empereurs romains après César furent en majorité des Celtes, des Gaulois.
Ce qui fait dire au poète que Rome a conquis les Gaules autant qu’elle a été conquise par elles.
Délectable description de ces siècles de chaos guerrier qui ont suivi la chute de l’Empire, jusqu’à la "victoire" des Francs et la restauration d’un nouvel empire, socle de notre histoire, celui de Charlemagne.
Bref. Sans jeu de mots sur Pépin...

Pendant que je s’en suis donc encore au Haut Moyen-âge, dehors, l’atmosphère est en flammes.
Un mois d’août exceptionnellement torride, après un mois de juillet non moins tropical ; une canicule durable à ne pas mettre un Sarmate dehors. Affligeante désolation des pelouses et des jardins et, surtout, des tilleuls et des bouleaux qui, accablés par le feu d’un ciel céruléen, ont pris les couleurs qu’ils revêtent d’ordinaire en octobre, laissant s’éparpiller alentour leurs feuilles desséchées, calcinées,
tuées par la soif, et qui craquent, sinistres sous les pas.

Je lis, attendant dans l’ombre des volets refermés, les jours plus cléments de septembre. Du mois l’espéré-je…
Certains historiens, que désavoue Michelet, avancent pour une des causes des invasions vikings des 9e et 11e siècles un brusque réchauffement climatique. Certaines terres du Danemark et de Norvège auraient en effet dégelé, la surface agricole disponible s’en serait trouvée agrandie, des habitations et des fermes nouvelles auraient surgi un peu partout sur les terres ainsi conquises et, par conséquent, s’en serait suivie une surpopulation inquiétante.
Les farouches nordiques se seraient, contradictoirement, retrouvés à l’étroit sur un territoire devenu plus grand, mais pas assez grand pour supporter l’augmentation des naissances et la baisse de la mortalité, dues à une alimentation de plus en plus abondante.
En ces temps-là et sous ces cieux polaires, la famine tenait lieu de sélection naturelle au genre humain.
Les nordiques prirent donc la mer, poussèrent la rame sur toutes les mers du globe et, accostant aux rivages inconnus, pillèrent sans retenue, brûlèrent, massacrèrent, jusqu’à ce que, pour ce qui nous concerne, Charlemagne leur donne la Normandie, où, justement,  j’ai trouvé mes volumes de Michelet...

Mon thermomètre indique 37°.
Ça dure et c’est dur.
Je me demande bien quelles invasions nous préparent le ciel, vitrine accablante d'un changement climatique de plus en plus évident.

20:30 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | Bertrand REDONNET

06.08.2015

Les chrysanthèmes du silence

IMAG1633.jpgOn me fait tant de compliments de mon Silence des chrysanthèmes et ceux-ci  émanent d’horizons tellement divers, - gens que je connais maintenant, gens que j’ai perdus de vue depuis peu, d'autres depuis très longtemps, gens que je n’ai jamais vus, gens qui ont l’habitude de lire, gens qui ne lisent guère de littérature, gens qui ne lisent même pas du tout, ou si peu, gens de la foire aux livres de Varsovie en mai, gens rapidement rencontrés en juillet en Bretagne, tout ceci par écrit ou de vive-voix - que je me suis demandé s’il ne s’agit pas là, finalement, d’un  jeu de la parole sociale, surtout qu’elle tourne en l’occurrence autour d’un livre qui, il faut bien le dire, passe pratiquement inaperçu des « professionnels ».
Ceci, peut-être, explique en grande partie cela.
On peut oser dire, sans prendre beaucoup de risques, d’un livre qui rencontre le succès, qu’il est une merde affligeante. On fait montre alors d’un certain esprit critique, on ne hurle pas avec les loups, on est d’une tout autre nature et d’un tout autre goût, on prend quelque hauteur de vue.
Mais d’un livre dont pas grand monde ne prend la peine de parler et qui vous est par hasard ou par connivence tombé entre les mains, on ne peut dire qu’il est une merde, au risque de se ranger implicitement du côté du silence des marchands de consécrations et des faiseurs de réussites. Bref, au risque d’être du parti de la conspiration.

Tandis-que défilaient les autoroutes allemandes ou belges derrière mon pare-brise, c’est bien ce que je me disais.
Surtout qu’une impression revient toujours dans les commentaires que je reçois ou que j’ai entendus : je me suis régalé, j’ai replongé dans le monde de mon enfance.
Serait-ce à dire, puisque j’ai moi-même crû plonger en écrivant ce livre, en partie tout du moins, dans ma propre enfance et dans ma propre intimité, que nous avons tous une enfance universelle, des paysages, des odeurs et des souvenirs qui nous sont un bien commun ? Ou alors la part de fiction distillée dans mon écriture l’emporte-t-elle sur les éléments autobiographiques ?
Ce serait, ma foi, fort flatteur du point de vue de l’écrivain. Car tout le monde peut écrire des souvenirs, mais ceux-ci ne rentrent dans le domaine de la littérature que par l’imaginaire poétique qui les accompagne. Certains diraient, par la part de sublimation dont ils sont revêtus.
Mais sans doute dois-je plutôt comprendre que c’est l’évocation elle-même du temps qui s’est enfui que nous avons, mes lecteurs et moi-même, en complicité. Peu importe le flacon  pourvu qu’on ait l’ivresse…
Peut-être.
Cette petite phrase extraite d’un récent courrier tendrait en tout cas à me le confirmer : "Vous avez écrit les mots que nous avons tous en partage pour nous prémunir contre la peur de devoir partir bientôt."

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08.07.2015

Bye bye !

Huit ans ce mois-ci que j’écris sur ce blog.
Tout ce temps durant, que je n'ai guère vu me filer entre les doigts, j’ai jeté sur les froides statistiques de fréquentation un regard attentif, cherchant ton empreinte,  comme si j’allais  à ta rencontre, toi qui venais à la mienne.
Purs mots d’un monde de plus en plus virtuel.
Quelque chose a changé. Je ne regarde plus les statistiques, d’ailleurs, il n’y en a plus.
C’est mieux comme ça.
L’illusion de causer dans le vide de soi-même est plus riche.
Car un blog cause d’abord  à lui-même.
Quelque chose s’est brisé.
Depuis l’aventure Kraszewski – la mésaventure plus exactement – les choses sont beaucoup plus claires et je ne m’en porte que mieux.
Je reviendrai plus tard.
Quand j’aurai, pour la énième fois, oublié la clarté des choses.

09:11 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | Bertrand REDONNET

30.06.2015

Décalage ?

actu.JPGIl  y a une chose que je ne comprends pas.
Enfin non, en vérité…
Il y a des milliers de choses que je ne comprends pas, car s’il n’y avait que celle-ci, somme toute insignifiante, j’aurais résolu toute l’énigme du monde et je serais dès lors, ou le plus malheureux des hommes, ou le plus heureux d’entre eux.
Disons alors que je pense en ce moment à cette petite chose que je ne comprends pas et qui me turlupine.
Ici, à Biała ou dans mon village des rives du Bug, je n’ai pas accès aux quotidiens français. Je prends donc des nouvelles du pays, lesquelles, soit dit en passant, sont rarement réjouissantes, via les sites d’infos, vendues comme quasiment en direct, tel que sur Voilà -Actualités, par exemple, où l'AFP fait des merveilles.
C’est pas beau, ça, d’habiter à 2500 km de son berceau dans un hameau perdu aux confins du monde russe  et de savoir, dans la minute qui suit,  s’il ne se passe rien de trop fâcheux là-bas ?
Oui mais voilà, justement.

Le massacre de Charlie hebdo, je l’ai appris par D. qui venait de visiter un site d’infos polonais…
J’ai sauté sur ma souris et vite suis allé voir de quoi il en retournait.
Rien. Que des rubriques chiens et chats écrasés.
Bon…Ce doit être un canular.
C’est venu plus tard. Quelques heures après.

Les grandes oreilles de l’oncle Sam sous la table des Présidents, même chose :
- Tu as vu ? Les Américains ont…
- Non. Je n’ai rien vu de tel. Où ça ?
C’est venu plus tard. Quelques heures après.

Le crime infâme d’Isère, la tuerie de Sousse, même chose. Je savais tout ça avant vous, sans doute, même si vous habitez Lyon et si vous avez les mêmes sources d’information que moi…

Bizarre, non ?
Est-ce là la lenteur épouvantable des Français, aussi lents que leur justice et leur administration ?
Ou bien y-a-t-il là-dessous d’autres raisons moins avouables?
Je n’en sais rien, mais c’est fort curieux. Étrange même.
Mais peut-être que les Polonais sont partout à la fois et rapides comme l’éclair pour transmettre, eux.
Humm… J'ai un doute.

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16.06.2015

Au crépuscule d'un jour

A.JPGTrois heures aux pendules éternelles du ciel.
La nuit passe le relais. Sur la pointe des pieds, comme pour ne pas réveiller trop brutalement l’étoile de feu et laisser aux âmes tourmentées le temps de se retirer
incognito dans son sillage.
Dans les halliers tout proches, dont les feuillages caressent à ma fenêtre, un artiste ailé salue la lueur nouvelle.
Pour quelques heures encore, le monde ressemble à un monde déserté des hommes.
C’est peut-être la raison pour laquelle on y ressent si bien et si juste.
Où l’on pense, par exemple, dans un sourire amusé, que de philosopher sur le mensonge comme pièce maitresse des constructions sociales, c’est vraiment des billevesées de blogueur. Du trompe-la-mort.
Qu’en ai-je bien à faire ? De ça et de tout le reste ? Qu’est-ce que rabâcher dans le vide, comme une vieille machine déréglée, peut bien m’apporter ?
Les mondes meilleurs sont déjà là, ne les vois-tu pas ? A ma porte, sur ce jardin qui sent la plante ensommeillée, qui lape la rosée, et sur ce silence tremblant des primes émois.
Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Je saisis mieux le vieil adage.

Depuis dix ans, je n’ai cessé de m’émerveiller des matins de l’été continental dans ce village perdu des confins.
L’Océan, là-bas, loin à l’autre bout, sur un autre versant de la machine ronde, dans les ténèbres roule encore ses écumes. L’Océan n’aime pas trop les matins. Il préfère les soleils fatigués du soir. Les poussières du soleil couchant. Les poncifs. Comme les promeneurs de ses grèves.
La forêt soupire d'aise.
Je ne suis pas revenu en France depuis trois ans. Depuis octobre 2012.
J’y pense maintenant, sans nostalgie, et c’est quelque peu triste de ne point être triste sans elle. Je me suis enraciné dans l’exil.
En juillet, je traverserai l’Europe, j’aime conduire une automobile à travers les paysages, cap sur la Normandie de Proust et de Maupassant, et cap sur la Bretagne où je ferai une apparition dans une librairie.
J'y parlerai de l’écriture. De mes quelques livres.
Mais je n’éprouve plus la joie que j’éprouvais à mes premiers retours vers la longitude maternelle.
Je le sens bien.
Un vague contentement, oui. La France s’est faite métonymie pour dire pays, naissance, langue d’usage. Elle a perdu ce goût joyeux que seule sait vous donner la mélancolie des sentiments.
Elle a perdu le fil conducteur.
Elle vend des armes, la France de Voltaire, de Valls et de Robespierre.
Je hausse les épaules.
Elle se fait des couilles en or en distribuant la mort partout dans le monde.
Et, le cul sur ses canons, elle n'en pérore pas moins sur la paix des hommes, sur l’humanité, sur le droit des peuples, Amen. Sur tout ce qu’elle foule au pied et puis…

Je sursaute.

L’artiste ailé a redoublé de vigueur et d’enthousiasme, peut-être vexé que d'autres voix que la sienne se soient élevées dans les broussailles. Beaucoup de voix, flutées, douces, argentées, joyeuses, désordonnées. C’est maintenant un concert.
J'ai sursauté car qu’en ai-je bien à foutre qu’elle vende des armes à toutes causes et alimente, pateline et donneuse de leçons, l’atavique et barbare besoin de tuer ?!
Incorrigible moraliste !
Il est temps de boire le café. Avec de la confiture de fraises, de mes mains faite hier et qui sentent le sucre des champs.
L’aurore est déjà adulte, le temps d’une éclosion et le soleil frappe déjà sur la cime des grands arbres.
Demain sera encore.
Vouloir et vivre des milliers de matins, renaissances sacrées du grand mouvement des choses !

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12.06.2015

Considération générale sur le mensonge - 4 -

url.jpgDepuis la chute de l’Union soviétique, une grande partie des intérêts géopolitiques de l’Europe et des États-Unis concorde sur le vieux continent, et ce,  bien qu’ils s’y livrent une concurrence féroce, voilée à coups de sourires diplomatiques, de grandes claques dans le dos et de subtiles parties de poker menteur.
L’Europe n’avait en effet  pas manqué de voir dans la fin de la bipolarisation du monde, une occasion de s’agrandir, d’englober des populations et des marchés nouveaux et de faire rentrer des taxes supplémentaires dans son insatiable escarcelle.
Les États-Unis avaient vu, eux, une occasion de déployer leur avant-garde militaire, l’OTAN, un peu partout sur des zones stratégiques où elle était interdite depuis plus de 50 ans, et de soumettre d’autres contrées jusqu’alors sous l’emprise du collectivisme à la fructification de leurs capitaux.
Et puis, s’installer à l’est, traverser de part en part le grand corps européen plutôt que d’être stoppé à Berlin, c’est aboutir à la Mer Noire et au bassin méditerranéen par l’autre côté. S’installer tout près de la Chine et de l’Iran, cerner la planète.
Pour les Européens, en 2004 et 2005, c’est l’engouement, le festin jusqu’à la gueule, l’orgie, ils se ruent sur le cadavre encore tout chaud des pays du Pacte de Varsovie : la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la République tchèque, rejoignent « les bras fraternels » de Bruxelles et le grand marché unique et exubérant.
Mais cela ne suffit pas… La finance européenne se sent maintenant des ailes. L’ogre allemand a pourtant déjà fait ses choux gras depuis 1990. Venez faire un tour en Pologne, vous comprendrez vite et mieux : une voiture sur deux est une Audi ou une Volkswagen ! Peu importe les millions de morts  et d’estropiés dont sont responsables ces bolides conçus pour autoroutes et lancés dans des pays sans autoroute ; des pays où le réseau archaïque n’était adapté jusqu’alors qu’à la Trabant et à la charrette  attelée et où une personne sur deux n’avait jamais conduit qu’un vélo ou une mobylette !
Hécatombe.
Mais les financiers et leurs politiques fantoches n’ont pas le temps de s’arrêter à ces considérations puériles et romantiques !
En Tchéquie, Volkswagen avale le géant Skoda.
Quant aux enseignes de supermarché, ça bat tous les pavillons,  français, allemands et, dans une moindre mesure, portugais.
L’or coule à flots et les cotes en Bourse font la fête à la fin du communisme !
Mais comment avancer plus loin encore ? Nous voici parvenus maintenant à la rivière Bug, aux portes de la Biélorussie où il n’y a pas grand-chose à gratter, pensent sans doute les grands stratèges et, surtout, elle est tenue d’une main de fer par le peu démocratique Alexandre Łoukachenko, la bête noire des idéologues de la GREHF, la Grande République Européenne de la Haute Finance.
Et puis, nous voici aussi parvenus aux rivages de l’Ukraine, vaste pays, berceau historique de la civilisation russe, le grenier à blé de l’Europe, disait-on autrefois, de vastes plaines fertiles et un complexe d’industrie lourde et des gisements de matières premières dans l’est et au Sud. Un pays archaïque aussi où, passez-moi l’expression, il y a vraiment des couilles en or à se faire. Laisser tout cela péricliter dans les seules mains de quelques milliardaires ukrainiens qui ne payent même pas les impôts à Bruxelles, n’est pas envisageable !
L’Europe, depuis plus de  dix ans, à coups de magouilles et de déclarations interlopes,  rêve d’englober tout ça sous son aile protectrice.
Le  boycott de l’Euro footballistique de 2012 par les politiques démocrates, au premier rang desquels le sinistre Hollande, « ennemi de la finance », sous les prétextes fallacieux de la messe habituelle, liberté, égalité, fraternité, n’a pas d’autres messages à envoyer à l’Ukraine : « Rejoignez-nous ! Tournez le dos à la Russie ! »
La Russie. L’ombre au tableau. Pour les uns comme pour les autres, Américains et Européens, se profile un obstacle à l’horizon, Moscou.
Les taupes sont à l’œuvre, les galeries se  creusent, qui vont devenir des fossés sous les pieds du peuple ukrainien…

Tout avait pourtant bien commencé, sitôt le mur tombé. Tout marchait comme sur des roulettes.
De 1991 à 2007 en effet, Boris Elstine gouverne la Russie, une bouteille de vodka dans chaque poche.
Les bons souvenirs et les regrets qu’il laisse en Occident sont dus à sa politique de soutien sans faille aux États-Unis, aux grandes privatisations galopantes et douteuses  accompagnées d’une corruption ayant force de loi, aux importantes évasions fiscales au bénéfice des pays occidentaux, notamment de la Grande-Bretagne par des placements financiers en Bourse ou dans des clubs sportifs ; de la France aussi et de l'Espagne par des achats de propriétés. Des pans entiers de l'économie russe étaient alors en train de passer entre des mains occidentales et états-uniennes, notamment les grandes compagnies pétrolières.
On battait des bras, on saluait le grand démocrate Eltsine, on faisait mine de vénérer la grandeur retrouvée de la Russie éternelle, alors que, comme le chacal qui vient de découvrir un cadavre en putréfaction au détour de son chemin, on applaudissait à la curée ! On sonnait l’hallali !
Survient alors Poutine, ce névrosé conquérant, ce réactionnaire ennemi des homosexuels et des libertés individuelles,  mais ça, même si on le répète à l’envi en façon de propagande pour effrayer le p’tit socialiste militant de base et mettre en émoi la chaumière, on s’en fout complètement, dans le fond.
Car c’est surtout l’empêcheur de gagner des ronds en rond qu’on a dans le collimateur, dès 2008 !

L’avertissement était venu lors de la conférence de Munich sur la sécurité internationale, le 10 février 2007, à laquelle j'ai déjà fait allusion sur ce blog, la situant par erreur en 2008.
Je ne suis même pas certain que le pire des atlantistes, bien qu'il n'assistât pas à cette conférence, celui qui se pavane aujourd’hui avec autant de ridicule que d’inefficacité à l’Élysée, soit au courant de la teneur de ce discours prémonitoire.
Et quand bien même le serait-il ?  Cet homme ne parle, n’agit, ne pense et ne vit que par procuration. Alors….
Donc, devant un parterre de chefs d’États, de ministres, d’industriels, de financiers et de hauts responsables militaires venus de 40 pays, Poutine déclarait en substance :

" Le monde bipolaire est mort avec la chute de l’Union soviétique et, depuis, nous vivons dans un monde unipolaire, uniquement commandé, régi et dirigé en vertu des intérêts d’un seul pays ou d’un seul  axe. Cet état de choses est illégitime et ne repose sur aucune base juridique. En dépit de ses promesses et alors que l’organisation  militaire dite pacte de Varsovie est dissoute, l’OTAN déploie ses armes en Europe. Est-ce que c’est pour la sécurité de l’Europe ou est-ce que cela est dirigé contre quelqu’un ?
Nous sommes en droit de nous poser la question.
Le PIB des États du groupe BRIC - Brésil, Russie, Inde et Chine - dépasse le PIB de l’Union européenne toute entière. Ce sont là des forces économiques qui deviennent des forces politiques et qui ont maintenant leur mot à dire dans l’organisation  pour la sécurité du monde. D’autant plus que le monde unipolaire est une aberration qui partout enfreint tous les règlements du droit international."

En clair, Poutine disait donc : fin des diktats américains partout dans le monde, halte aux humiliations subies par la Russie depuis la chute du mur, je vous préviens, je n’accepte plus de marcher tête basse devant la dictature hégémonique des forces américaines ou pro-américaines.
Pour toute réponse, et certainement pour tester la ténacité de ces propos, un an après, l’OTAN tentait de prendre la Géorgie et programmait l’installation de rampes de missiles en Pologne, à deux doigts de l’enclave russe de Kaliningrad. On sait quelle fut la réaction de la Russie et comment la CIA, queue basse tel un chien pris en défaut,  fut contrainte de quitter la Géorgie.
On sait aussi, comme dans le scénario ukrainien, comment les médias, au premier rang desquels étaient ceux  de l’Union européenne, ont alors présenté la Russie comme étant l’agresseur ! L’éternelle vindicative et conquérante Russie !
Les conspirateurs ont, depuis le coup raté de la Géorgie,  travaillé en taupes cinq ans durant pour trouver une autre faille, pour tenter de faire tomber cette forteresse rebelle qui refuse de rentrer dans le nouvel ordre mondial étasunien, et ils ont fini par trouver l’Ukraine.
Une proie et une clef faciles pour un coup d’État, applaudi par ceux qui, en France et en Pologne surtout, n’ont que les mots démocratie, légitimité et république à la gueule.
Maïdan fut un butin facile pour  les grands prédateurs internationaux : le fruit était mûr. Et Kiev tombée aux mains des néo-nazis soumis aux intérêts européens, eux-mêmes soumis à ceux des États-Unis, c’était une saignée fatale ouverte dans le flanc de l’ours russe.
Faire tomber l’ours, le faire plier, l’écraser, afin de lui interdire toute velléité sur la scène internationale, lui interdire l’accès à la Méditerranée via la mer Noire, le couper ainsi de l’Iran et de la Syrie qu’on se propose de détruire, l’assoiffer et l’affamer.
Le coup peut réussir. Avec la bénédiction quasiment criminelle des dirigeants européens, notamment celle de Hollande et de Merkel, lorgnant avec avidité sur une Ukraine bientôt sous la coupe de Bruxelles, donc, dans une certaine mesure, de la leur...
Seulement voilà.
Il se trouve que, dessous la table, la Chine épaule la Russie, que Poutine a senti derrière lui tout un peuple massé et prêt à le suivre pour laver près de vingt ans d’humiliation, qu’il s’est tourné vers d’autres grands marchés asiatiques et d’Amérique du sud,  et qu’en obéissant comme des cons à Washington et à leur folie des grandeurs, les Européens se sont tout simplement tirés une balle dans le pied.
Car toutes leurs sanctions se sont retournées contre eux et aujourd’hui nombre de producteurs agricoles, notamment polonais, ne savent plus à qui vendre leurs produits, qui filent directement au caniveau.
Et ce n’est pas le chevaleresque Obama, qui n’en a cure,  qui va les tirer de ce mauvais pas !
J’ai pris cet exemple parmi tant d’autres, car je vis dans une région polonaise essentiellement agricole, voisine de l’Ukraine, qui commercialisait beaucoup avec les Russes et qui, conséquemment,  est durement touchée par l’embargo russe, riposte aux gesticulations européennes.
Quant à l’Ukraine plongée dans le chaos, endettée jusqu’au cou avec une inflation de près de 50% et un taux de chômage effrayant,  qu’elle se démerde ! Car là, vraiment, tout le monde s’en fout !
A part Poutine peut-être.
L’Europe et les États-Unis sont comme ça : s’ils échouent dans leurs magouilles et leurs embrouilles, ils jettent aux orties les gens dont ils se sont servis hier,  comme au poker on écarte les mauvaises cartes pour tenter la quinte ou le full.
Et tout ça, électeur grandiose, on te l’a vendu comme de l’argent comptant, à la sauce droit-de-l’hommiste et démocratique, et toi, fidèle et sans dévier, tu as porté au pouvoir tous ces gens sans aveu !
C’est ce que j’appelle ici le règne et la force du mensonge comme mode de gouvernement spectaculaire de chacune de nos vies, de chaque parcelle de territoire, de chaque pays et, mondialisation des intérêts et des contradictions oblige, de la planète toute entière.
Car le mensonge, de tous admis, par nécessité ou par ignorance, voire par bêtise ou par lâcheté, a su atteindre ce que jamais aucune vérité, aucune idéologie, aucune morale, aucune philosophie, aucune théorie, aucune religion n'avait su atteindre :  la totalité.

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10.06.2015

Considération générale sur le mensonge - 3 -

politique,histoire,écritureIl faut être clair et sans doute aurais-je dû introduire ma réflexion sur ces deux préliminaires.
D’abord,  les affaires économiques et financières et, par conséquent, sociales et politiques, de la planète sont tellement complexes et sans cesse agitées de mouvements tellement contradictoires, que nul homme ne saurait dire aujourd’hui : Moi, je sais !
On peut donc identifier peu ou prou là où ceux qui dirigent ces affaires sont dans l’absolue nécessité de mentir et de corrompre constamment la réalité, mais on ne peut affirmer avec certitude où se situe exactement la vérité, laquelle est elle-même en
mouvement perpétuel et sans arrêt paradoxale.
C’est la raison pour laquelle je n’adhère absolument à aucune des contre-thèses proposées ça et là, celles-ci étant toujours fonction de l’idéologie de leurs auteurs, lesquels, bien souvent, ne retrouvant pas leur aiguille dans l’inextricable pêle-mêle de ce gigantesque écheveau, sont eux-mêmes obligés de mentir pour dénoncer le mensonge.
Second point : lorsqu’on accuse quelqu’un de mensonge, il y a toujours derrière cette accusation une forte connotation morale, le menteur étant un mauvais luron et celui qui dit la vérité un sage.
Quoique  m’évertuant à dénoncer ici les mensonges officiels des puissants, je ne juge pas pour autant moralement leur conduite au prétexte que mentir c’est mal alors que dire la vérité, c’est bien… Car ils sont des menteurs pris en otage et leur existence de puissants est conditionnée à l’exercice même de la  supercherie. Elle leur est imposée par leur prétention au pouvoir.
Ce dont il faut les incriminer, donc, ce n’est pas du fait qu’ils mentent mais de celui qu’ils veuillent nous diriger et contraindre nos vies à être vécues sur le mode, pour eux incontournable, de la tromperie. Ce qu’il faut leur refuser, c’est le droit d’affirmer qu’ils agissent en s’appuyant sur une vérité qu'ils sont les seuls à détenir et qu’ils font ce pour quoi les électeurs les ont portés au pinacle.
Il s’agit de leur refuser le droit, légitimé par les urnes sur la foi de discours falsifiés et de déclarations d’intentions mensongères, à diriger notre bien le plus précieux : notre existence.
Ceci étant dit et, espérons-le, compris, parlons de l’Europe et, conséquemment, de la guerre à l’est de l’Ukraine.
Ça risque d’être long et soumis à digressions.

L’empire romain sur lequel s’est fondée notre civilisation et consolidée notre culture a connu son apogée au IIe siècle, s’étendant alors de la Mauritanie à la Mésopotamie et de l’Angleterre à l’Égypte, avant de se scinder en deux empires, celui d’Orient et celui d’Occident, puis de s’écrouler - s’agissant de l’empire d’Occident tout du moins -  à la fin du Ve siècle.
L’excellent Histoire de la décadence et de la chute de l’empire romain d’Edward Gibbon  retient pour causes de cette chute,
entre mille autres causes, l’immensité des territoires à contrôler en dépit d’une administration parfaitement rodée par plus de quatre siècles d’exercice et par l’abandon aux peuples conquis de toutes les responsabilités militaires.
A sa chute, on ne trouvait quasiment plus un seul romain dans les légions de l’Empire,  pourtant chargées d’y maintenir l’ordre impérial.
A titre tout à fait personnel, je ne puis m’interdire de faire un rapprochement, fût-il intempestif, avec l’extension  toujours galopante de l’Europe politique.
Née, elle aussi, à Rome, mais aux motifs exclusifs d'un libre-échange restreint, en mars 1957 avec six pays seulement responsables de l'accouchement, elle n’a cessé depuis de déployer ses ailes, englobant 28 pays et reculant sans cesse ses frontières, les portant du nord au sud du cercle polaire au détroit de Gibraltar et, d’ouest en est, des  côtes du Portugal aux frontières de la Russie.
Cette démesure s’est accompagnée forcément, au fur et à mesure qu'elle perdait justement le sens de la mesure, de  la prétention de plus en plus pressante à former une entité politique.
De fait, elle a donc abandonné en cours de route son but initial et, accumulant les contradictions en accumulant les pays et les us et coutumes de chacun d’entre eux, elle n’est plus aujourd’hui qu’une énorme machine sans âme et qui ne tient la route qu’à coups de diktats économico-financiers, alors qu’on ne trouve plus grand
chose dans ses capitaux qui soient encore vraiment européens.
Un colosse aux pieds d’argile dont le mensonge consiste  à dissimuler les pieds. Qu'on ne voie que la tête !
Prise de vertige expansionniste, cette Europe en est venue à confondre politique du moment et géographie éternelle et, son berceau n’étant plus assez grand pour satisfaire ses besoins tyranniques d'ébats, elle butte maintenant, au sud,  sur la Turquie et les premières marches du Moyen-Orient et, à l’est, sur la Russie et les premières marches de l’Eurasie.
Son apogée est déjà derrière elle et son déclin entamé car dans sa tentative de soumettre l’Ukraine à ses appétits, elle a trouvé sur son chemin Moscou, bien résolue à stopper le délire à distance raisonnable de ses murs.
Et tout ceci, bien  entendu, s'accompagne d'un concert de mensonges officiels tous plus ou moins mélodieux, orchestrés par le socialiste patelin Hollande et la conservatrice Merkel, et que le citoyen européen, abruti par ses médias, reprend avec plus ou moins de  conviction.

14:07 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, histoire, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

08.06.2015

Considération générale sur le mensonge - 2 -

url.jpgLa falsification pure et simple de l’information est le moyen  le plus efficace de gouverner, non seulement les pays en particulier mais la planète toute entière.
Et ce moyen de gouverner est d’autant plus opérant que lorsque le mensonge est découvert par tous, il est trop tard pour revenir en arrière et, de toute façon, il n’y a plus personne pour s’en offusquer vraiment : l’information spectaculaire à haut débit a déjà noyé tout cela sous des torrents nouveaux d’inventions, toutes plus préoccupantes les unes que les autres.
Le citoyen passe outre, apeuré par des peurs nouvelles, au regard desquelles les anciennes passent pour dérisoires.
C’est là la grande astuce du spectacle médiatico-politique : savoir réinventer la peur en fonction des besoins du moment.
Il se passe donc à l’échelle planétaire ce qui se passe simplement au niveau individuel pour le petit menteur du dimanche, toujours contraint d’inventer un second mensonge pour en dissimuler un premier, et ainsi de suite, de plus en plus effrontément et d’un modèle de plus en plus invraisemblable, par une sorte de réaction atomique en chaine de la mystification.
L’exemple le plus probant et de tous connu, à l’échelle mondiale dans la dernière décennie, est évidemment l’intervention de 2003 en Irak, dont on sait hélas aujourd’hui qu’elles en sont les dramatiques et chaotiques conséquences.
Fausses photos satellites à l’appui, la planète entière a été convaincue de ce que le régime de Saddam Hussein possédait des armements de destruction massive et de ce que ce régime s’était doté d’une armée des plus redoutables. La troisième puissance militaire du monde, disait-on…
L’objectif une fois atteint, les preuves ont été apportées  sans vergogne et même les Britanniques – c’est dire ! - l’ont admis : ces informations déroutantes justifiant tous les coups étaient inventées de toutes pièces.
L’Irak a été balayé en quelques semaines et le citoyen est passé à autre chose de plus pressant pour lui. Peu importe qu’il ait été pris pour le dernier des imbéciles ! Il faut consommer l’instant dans l'émotion et le propre de l'émotion est de ne se conjuguer, justement, qu'au présent.
Cet état d’esprit aliéné, futile, inconséquent, est bien connu des grands stratèges de l'anéantissement du sens critique. Ils savent ainsi que tout mensonge d’importance, mensonge institutionnel bien emballé, produira ses effets bien mieux qu’une vérité sottement énoncée et, de plus, ne restera dans la mémoire qu’à l’état d'une vague broutille, la montée d'adrénaline étant résorbée.
D’autres exemples, la Syrie, la Libye et tutti quanti pourrait être ici cités, mais il me faut abréger.
Il va sans dire, mais je le dis quand même, que tous ces régimes détruits pas les forces occidentales étaient des régimes peu fréquentables. Mais là n’est pas mon propos car l’eussent-ils été, fréquentables, que cela n’eût rien changé au cours des évènements et qu’on m’épargne ainsi de faire la preuve de ce que les puissants n’agissent jamais par humanisme et par souci de propreté morale. Qu’on regarde simplement derrière soi, les grands stigmates de l’Histoire.
Mon propos, c’est le mensonge comme arme de destruction des consciences et comme redoutable outil de domination politique.

On assiste aujourd’hui à une dramatique confrontation entre les vues et desseins des États dominateurs  et la vérité des faits.
Rien de nouveau, c’est là une constante de l’histoire, depuis l’Antiquité.
Mais ce qu’il y a de nouveau dans l’histoire moderne, c’est que les vues et les desseins entrent toujours de plus en plus violemment et de plus en plus souvent en contradiction avec les faits, car la population mondiale compte maintenant sept milliards d’individus. L’appauvrissement logique des ressources traditionnelles et les nouvelles exigences de coexistence  géopolitique qui en découlent, pose le problème énorme aux dirigeants les plus puissants de l’harmonisation des populations de plus en plus nombreuses, d’idéologies de plus en plus multiples et d’intérêts de plus en plus divergents avec un espace qui, lui, est toujours le même, c’est-à-dire de plus en plus réduit.
Il faut donc à tout prix faire correspondre les besoins politiques avec les faits, et ce, aussi bien dans le domaine des politiques intérieures que dans celui des politiques internationales.
Quand les faits contredisent les vues, on  modifie les faits.
Nous en arriverons ainsi à l’Ukraine qui, dans la misère et par le sang versé, vit cette dramatique confrontation depuis février 2013.
Ce faisant, nous ne perdrons jamais de vue que tout cela n’est rendu possible que parce que les dirigeants – principalement occidentaux - de la planète ont l’aval des peuples par le truchement d’élections régulières, où le plus beau et le plus présentable des mensonges a toujours force de persuasion pour un électorat que le désespoir plus ou moins conscient d'une vie ressentie plus ou moins consciemment comme minable à tout point de vue, rend imbécile.

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07.06.2015

Considération générale sur le mensonge - 1 -

urlu.jpgIl n’y a guère plus niais – et il m’arrive souvent de l’être à cet effet - que de reprocher à un homme politique de mentir, surtout en période de publicité électorale.
C’est comme si on reprochait à un coureur du tour de France de monter sur un vélo ou à un footballeur de taper du pied dans un ballon.
On peut donc légitimement reprocher à un politique de faire de la politique ou, mieux, de pousser le vice jusqu’à être un candidat, mais on ne peut en aucun cas lui tenir grief de ses mensonges.
Car le mensonge est une institution. La clef de voûte de tout l'édifice politique ; clef de voûte  admise en l'état par tous ceux qui y nourrissent quelque ambition.

Ce couillon de Redonnet ne sait plus quoi raconter, alors il enfonce des portes ouvertes, ricanez-vous peut-être. Si tel est le cas, messieurs et mesdames du jugement lapidaire, expliquez-moi pourquoi – avec une explication qui tienne bien la route et non avec une sauce trempée dans l’idéologie  bon marché - des millions  et des millions de gens s’en vont partout dans le monde, à tout instant scrupuleusement voter.
Car on ne peut sérieusement supposer qu’ils s’en vont courir, leur bulletin à la main  et leur conscience dans la poche, pour élire un affligeant menteur en toute connaissance de cause.
S'il en était ainsi, après tout, ce serait quelque peu désespérant mais, au moins, ça aurait un sens. Un sens peu glorieux, certes, mais un sens quand même. Celui d'une volonté exprimée.
Ce postulat étant posé, on peut donc dire que, partout où il se manifeste, l’électeur est un fieffé imbécile et, vu l’état du monde et vu les insignifiants qui sont portés au pinacle, ça me plait bien, à moi, de voir en chaque électeur un imbécile.
Car il est, in fine, le géniteur  de tous ces braillards qu’on appelle les élus.
Le géniteur fuyant. Car on entend très souvent, oui mais, moué, j’ai pas voté pour celui qu’a été élu. Quand un Président s’assoit sur le trône et que, forcément, son comportement immédiat contredit fondamentalement ses paroles publicitaires, on ne trouve plus quasiment personne pour avouer qu’il a voté pour ce connard. Du fait, je me suis souvent demandé, en riant, si le résultat des urnes n’était pas tout simplement falsifié de fond en comble.
Mais c’est bien normal. Question d’amour propre. Difficile d’avouer qu’on peut être con à ce point-là, surtout quand ça dure depuis des siècles et qu’à la prochaine convocation électorale, on remettra le couvert et qu’on ira poser vitement son p’tit papier dans la p’tite boîboîte !

L’inversion de toute perspective étant achevée dans le sens de la déconfiture, il faut donc dire et redire que la politique, c’est d’abord l’art de mentir avec le plus d’aplomb possible et, surtout, en se rapprochant toujours le plus près possible de la vérité, comme d’un fil ténu, sans la jamais toucher, au risque d’être éliminé sur-le-champ, sans espoir de refaire surface un jour. Et c'est bien cette expérience des limites du discours fallacieux qui fait d’un mec ou d’une bonne femme un grand politique : dire des choses tellement fausses qu’elles apparaissent comme vraies tant le servum pecus ne  peut concevoir qu’un menteur puisse ne pas se dissimuler à ce point là !
L’attraction sémantique des pôles.
Quand tout cela sera entré une fois pour toutes dans toutes les têtes - et ailleurs qu’au café du commerce - la conviction descendra lentement dans les tripes et le temps de l’action sanitaire sera venu.
En attendant – car il y a longtemps que je serai clamsé quand adviendront ces jours lumineux d’un retour de l’intelligence - l’abstentionnisme est une question d’honnêteté morale et une façon de se sentir à peu près propre sur soi.
Une manière de bonheur facile et tranquille, en quelque sorte.

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26.05.2015

PIS au menu

Rys_Andrzej_Mleczko_Unia_4553953.jpgLa Pologne vire à droite toute, l’Espagne à gauche toute… Et, entre les deux, il y a la France qui, elle, file tout droit…dans le mur.
Tout cela est joliment risible. C’est une Europe qui a le tournis, fatiguée des diktats financiers de Bruxelles. Car entre les Espagnols indignés et les Polonais résignés, qu’un esprit superficiel  pourrait aujourd’hui diamétralement opposer, il y a ce point commun d’un rejet épidermique de la technocratie politique européenne.
Les Polonais ont pourtant profité à fond de ce que leur a apporté cette Europe consumériste en matière de reconversion infrastructurelle et économique : Ils rejettent par la porte de droite.
Les Espagnols, eux, se sont englués jusqu’au cou dans l’austérité et la crise européennes : ils rejettent  par la porte de gauche.
Les anciens pauvres et les anciens riches se retrouvent sur une même insatisfaction globale et montre du doigt le même coupable. Marrant, non ?
Car n’allez pas croire ce que vous chante la presse, à savoir que le conservateur polonais a été élu Président par les exclus du « boum économique polonais ». Rien n’est plus simpliste. Je connais en effet des individus qui ont fait leurs choux gras avec la nouvelle époque, qui roulent carrosse, qui ont su tirer profit de tout ce qui passait par là de libéralisme et d’européen, et qui n’en militent pas moins avec ferveur au PIS, parti conservateur, dit Droit et Justice. (Voir illustration)
Ceux-là sont du genre à demander le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière, c’est-à-dire une Pologne réactionnaire, renfermée sur elle-même, mais, en même temps, des subventions, des marchés, des banques, des sous, de la consommation, du travail bien payé pour eux et leurs rejetons…
D’ailleurs, ceux-là veulent sortir leur pays bien-aimé des griffes de Bruxelles pour le jeter tout chaud et tout rôti dans celles de l’Otan et de l’Oncle Sam.
Ils hurlent leur patriotisme polonais à tout venant, et, en même temps, veulent soutenir à fond Kiev qui vient de promulguer  des lois à la grandeur et à la gloire des bandéristes ayant égorgé, assassiné, fait disparaitre des milliers de Polonais en Volhynie.
Curieux.  A l’instar du Poète, je n’ai qu’une explication spontanée sur le cas de ces malfaisants : quand on est con, on est con.
Les adversaires de ce PIS, ceux qui viennent de ramasser une branlée électorale, vous les connaissez mieux. Pour vous les décrire sans passer par le menu, je dirais Sarkozy, Le Maire, Hollande, Fabius, Juppé et compagnie…
C’est à peu près tout.
Un dernier mot, tout de même : les culs mielleux socialistes de France ne manqueront certainement pas de toiser cette Pologne qui semble vouloir se rapprocher encore un peu plus de son église catholique. Qu’ils moquent l Qu’ils moquent, ces imbéciles dont le pays est en train de sombrer, sous leurs yeux bovins, placides et complices, sous le poids de la mosquée.
Islamophobie ?
Mais non ! Religiophobie, imbécile heureux !

Mais, in fine, moi,  je m’en bats l’œil un peu de tout ça.
Car tout cela n’empêche nullement  les Polonais – même ceux de l’est avec lesquels je vis depuis dix ans et qui constituent l’essentiel de la Pologne conservatrice -,  d’être souriants, accueillants, sympas, pas xénophobes pour un sou à mon égard, et mon jardin de fleurir sous mai, avec des oiseaux qui chantent dès trois heures du matin, des nuages sur un ciel bleu, et ma vie de marcher, jour après jour, inexorablement, vers le Grand Peut-être.

Illustration : " Alors, on s'entend comme ça. On vous fournit la morale et vous, vous nous filer la caisse."

Mleczko - dessinateur satirique polonais

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20.05.2015

Celui qui sur le Silence des Chrysanthèmes

jlk.JPGMerci à Jean Louis Kuffer de faire la part belle, dans une de  ses remarquables chroniques, Mémoire vive, au Silence des chrysanthèmes.
Sa lecture m’agrée à plusieurs niveaux, au premier rang desquels celui de la certitude que j'ai de ce que JLK n’est pas du tonneau à faire état de ses lectures pour faire forcément plaisir à un auteur ou à un éditeur.
Il est de ceux qui lisent librement, pour eux, et qui sans ambages disent publiquement leur sentiment de lecture, loin des passeurs de rhubarbe et séné
Mais si vous connaissez Riches heures,  vous savez déjà tout cela.
Il y a un autre niveau qui me touche beaucoup dans son texte, c’est celui des références, et particulièrement celle à Fred Deux.
Une amie, qui se reconnaitra si elle vient à passer par là, m’avait fait parvenir, il y a quelques années La Gana, parce qu’elle venait de lire le manuscrit Le Silence des chrysanthèmes.
Elle avait rapproché ces deux lectures, ce qui me flatte beaucoup, et avait alors eu ce geste d’amitié de me faire lire Fred Deux, alors republié par l’excellent Georges Monti.
Un livre remarquable, bien au-dessus de mon Silence, un livre à couper le souffle, tant que j’avais dû abandonner ma lecture vers le milieu pour le reprendre un peu, justement, mon souffle.
Et c’est plaisir abondant que de voir que cette amie et Jean-Louis Kuffer, qui ne se connaissent ni des lèvres ni des dents, se soient chacun de leur côté envolés vers La Gana, une page des Chrysanthèmes accrochée à leur esprit.

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14.05.2015

Traduire Józef Kraszewski

1 (1).jpgLes éditions du Bug se proposent de traduire et de publier un roman de l’écrivain polonais Józef Kraszewski, Szalona, La Folle.
Dans la conduite de ce projet à moyen terme, nous avons ouvert une page sur le site de financement participatif Ulule.
Merci, lecteurs, d’avoir la curiosité de nous rendre visite et, selon votre bon plaisir, de nous soutenir.

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12.05.2015

Foire du livre de Varsovie

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Je serai dimanche après-midi à Varsovie. Plus précisément entre 15 heures et 16 heures.
Je te dis, ça, lecteur, au cas où tu aurais des emplettes à faire par là... Ce serait alors gentil de venir me saluer.
En tout cas, je serai en bonne compagnie : Le programme
complet, déroulé de jeudi à dimanche, est dense.
Je serai interviewé par un homme que j'apprécie beaucoup, tant du point de vue humain que du point de vue de sa culture des livres, Frédéric Constant, directeur de la médiathèque de l'Institut Français.
Il fut le premier en Pologne à m'inviter à une soirée publique, dès octobre 2005, pour y parler livres, Brassens et musique.
Nous avons depuis lors toujours entretenu d'amicales relations.

De plus, la libraire française de Cracovie m'a fait le plaisir de me proposer de vendre quelques-uns de mes livres.
Je passerai donc à son stand et, le cas échéant, signerai de ma moins moche écriture.
Mais oyez, oyez le programme du dimanche 17 mai.

Bon, à dimanche, alors ?

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10.05.2015

L'insoumission totale à la question, quelle qu'elle soit

urlere.jpgIl m’apparaît de plus en plus évident que ceux qui, dur comme fer, croient en dieu et en font montre, comme ceux qui, dur comme fer également, se réclament de l’athéisme et en font tout aussi montre, sont également victimes d’une impuissance congénitale de la pensée.

Cette impuissance à résoudre en toute simplicité leur propre énigme, à appeler un chat un chat, une vie une vie et des ténèbres des ténèbres, les conduit à poser sous leurs pas apeurés les rails des vérités définitives.
L’homme sage, et libre, se situe en dehors de la question de dieu.
Il se situe là où il est en vérité : dans le hasard.
Or, toutes les spéculations sur l’origine et les desseins du hasard sont, par essence,  hasardeuses.
Un peu comme si la fleur des champs se mettait à vouloir disserter sur la course du vent qui l’a fait naître ici plutôt que là.
Cette fleur-là oublierait assurément de fleurir et serait fanée bien avant le glas des équinoxes d’automne.

Dans un monde ensanglanté par ses contradictions, la question de dieu est une aberration.
D’abord, quel dieu ? Les visages multiples revêtus par le fantasme suprême auraient depuis longtemps dû alerter les intelligences. Sinon à considérer, et là on rentre de plein fouet dans le domaine de la folie, que le fantasme que l’on s’est choisi est le bon.
Dieu est le reflet en même temps que le fondateur tronqué d’une culture, d’une histoire, d’une tradition et d’une civilisation.
Ne pas renier cette histoire, cette culture, cette tradition et cette civilisation, la vouloir même sauvegarder, n’est pas faire allégeance  à dieu.
C’est faire allégeance à soi-même, à son hasard d'être né dans un décor géographique donné plutôt que dans un autre, d'être né sous des époques monothéistes plûtot que dans celles des mythologies antiques ou des peintures rupestres.
C’est faire allégeance à soi-même, comme on fait allégeance à tout ce qui nous constitue.
Et là, les névrosés soi-disant athées comme les névrosés soit-disant déistes, les uns en niant bêtement, les autres en confondant la cause et l’effet, s’enlisent dans la même erreur, tous prisonniers du même dogme étriqué, mais à l'envers.

Le postulat que devrait poser un homme à la recherche de son équilibre est, en ce qui me concerne,  le suivant :
Que dieu existe ou qu’il n’existe pas ne change rien pour moi. La question, c’est moi, moi seul, et dans quelle émotion je vais traverser cette prairie qui se déroule sous mes pas et qui, avec certitude, mêne de l’autre côté des pissenlits.
La question des pissenlits est une question anachronique.

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06.05.2015

Petite piqûre de rappel

Le 24 avril dernier, j'avais déjà mis en ligne cette annonce au profit de la compagnie de théâtre Je suis ton père.
La date du spectacle approchant, je réitère, car, entre gens du même esprit :

Aidons-nous mutuellement, comme dit le poète...

*

" Mon cher ami,

Nous avons longuement discuté de toi ce dernier dimanche. Cornes d'Auroch s'obstinait à te vouloir fait pour la philosophie. J'ai gueulé. Je lui ai dit qu'aider un ami à tout abandonner pour suivre la voie de la poésie ne pouvait jamais être une faute. Car un poète est à la fois philosophe, philologue, moraliste, historien, physicien, jardinier et même marchand de maisons. De plus, on ne trouve la quadrature du cercle que par la poésie. Émile a trop réfléchi et inutilement. Moi, je sens que si tu persévères dans tes recherches métaphysiques, tu te perdras dans une forêt. Nom de Dieu, j'insiste ! Sans doute, ta récente définition de l'art est très belle, mais pourquoi ne pas la remplacer par des ailes de moulin ? Il faut que ça bouge, comme sur l'écran. Le reste se fait tout seul. Ce n'est pas à toi d'expliquer les mécanismes ; c'est aux autres de les deviner et de les démonter eux-mêmes. Tu perds ta force et ton temps à faire le travail des imbéciles. Oui, je sais : Bergson est quand même un poète. Et toute la poésie de Valéry est faite d'opérations critiques. Et tu ne le sais que trop, toi. Mais il me semble que tu t'exténues en t'imposant déjà, par goût de la cérébralité, des exigences qui ne tarderont pas à devenir surhumaines. Que veux-tu que cela me fasse, à moi, que tout « fond apparent représente ce que la forme n'a pas pu exprimer » ? Suis-je plus avancé maintenant que tu me l'as fait savoir ? Non, je sais une pensée de plus.

Extrait d’un lettre de Georges Brassens à son ami Roger Toussenot

 

BrassMuse.jpgLe jeune Brassens, à cette époque, croupit au fond de l’impasse Florimont.
Croupit ? Ah, nom de dieu !  Voilà bien le langage de la « canaille bourgeouille » pour qualifier l’existence du gueux !
Non ! Brassens, complètement méconnu, vit une vie précaire, économiquement misérable, certes, mais il la vit chez des gens de cœur, tels que notre époque n’en produit plus : Jeanne Le Bonniec et son mari Marcel Planche, à qui il dédiera – sans le nommément dire – L’Auvergnat.
Et il écrit, il écrit, le jeune Brassens… Il écrit et il lit sans relâche et il écume les bibliothèques et les marchés aux puces pour y trouver des livres à quatre sous, mais aux mots les plus riches.
C’est d’ailleurs, soit dit en passant, sur un de ces marchés aux puces, en 1942 porte de Vanves, qu’il dénichera, signé d’un obscur inconnu, Antoine Pol, un recueil de poésies non moins obscur mais duquel il extirpera, tel le chercheur de pépites fouillant les cailloux de la rivière,  le poème devenu fameux Les Passantes.
En cette période de vaches maigres – Pierre Onteniente confiera plus tard : « Nous avions peur qu’il ne devienne un gangster » - le jeune homme entretient avec son ami Toussenot, journaliste et philosophe  anar,  une correspondance assidue, pleine de verve, d'intelligence et d’émotion. Les deux compères s’étaient rencontrés au siège du journal Le Libertaire. Roger Toussenot vivait alors à Lyon.
Je suis d’ailleurs ému d’entendre le Poète parler ici de Cornes d’auroch, alias Émile Miramont, avec lequel j’ai passé quelques agréables soirées à picoler quelques ballons et à rigoler sur tout et sur rien,…  Assis côte à côte, nous dédicacions alors chacun notre livre et Emile me glissait à l’oreille : "fais comme moi, Redonnet, fais un brouillon d’abord, c’est mieux."
Immanquablement, je lui entonnais, à l’oreille également :

Et sur les femmes nues des musées, ô gué ! ô gué !
Faisait l’brouillon de ses baisers,  ô gué ! ô gué !

Émile m’a, par courrier postal, plusieurs fois gratifié de sa prose enjouée …. Un extrait d’une de ses lettres figure à la quatrième de couv' de mon bouquin Brassens, Poète érudit, aux côtés d’un texte de mon ami Dominique Le Saout.
Émile y écrit :

[….] Tu as bien mérité de Georges ! Comme à la la pétanque ; il a envoyé superbement le bouchon et tu as bien pointé [….]
Quelle meilleure critique pouvais-je donc recevoir ?  Et de quel homme, miladiou !
Fraternellement, je salue ici ta mémoire, Emile !

 

unnamed.jpgMais foin des évocations nostalgiques et quelque peu narcissiques ! Faudra quand même que je finisse par prendre au sérieux une autre quatrième de couv', celle de mon dernier bouquin, Le Silence des chrysanthèmes !  Ah ha ha ha !
C’est donc cette correspondance entre Toussenot et Brassens qu’une compagnie de théâtre, Je suis ton père,  a eu l’idée de mettre en scène. Idée lumineuse, s’il en est ! Et je regrette bien de ne pas être de passage «  en la mère patrie J)»  pour avoir le plaisir d’aller goûter la performance.

Toi, tu es l'ami du meilleur de moi-même.
Ainsi parlait Georges Brassens de son ami Roger Toussenot, quelques années avant "Le Gorille".
A travers ses lettres, Toussenot, le Philosophe, provoque intellectuellement Brassens, le Poète.
Au fond de l'impasse Florimont, chansons et coups de gueule baignent d'insolite la misère quotidienne.
Accompagné de sa Muse, reflet espiègle de son imagination, Georges Brassens dévoile les contours de son univers poétique et libertaire.

Le spectacle présente un pan méconnu de la vie de Brassens à travers une correspondance d'une grande richesse humaine et littéraire qu'il échangeait avec Roger Toussenot. Ces lettres, adaptées et mises en scène pour le théâtre, sont un trésor de littérature intime d'un poète doté d'une âme soignée, d'une grande pudeur et dont la renommée n'est plus à faire.

  Du 8 mai au 14 juin 2015, au Guichet Montparnasse (Paris 14),
les vendredis et samedis 19h ainsi que les dimanches 15h

 ICI, Interview d'un des metteurs en scène et scènes filmées en répétition

Illustrations :
1 : La compagnie Je suis ton père, en scène
2 : Affiche

 

07:26 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, poésie, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.05.2015

Hommage

Patachou_coupe_la_cravatte_de_Brassens.jpgDans le texte précédent, je disais que Brassens ne trouverait aujourd’hui pas une thune pour l’aider à enregistrer ses chansonnettes à la noix et serait abondamment moqué par tout le sérail des bobos et des imbéciles heureux qui tiennent maintenant le haut du pavé, avec le succès que l’on sait et en tirant tout le monde par le bas.
De toutes façons, même s’il se trouvait encore un fou pour risquer un kopeck sur ses vers, une nana comme Vallaud Belkacem, aussitôt suivie par la cour piaillante et caquetante de toutes les pintades idéologues du féminisme, crierait au scandale, au vieux phallo dégueulasse, au couillu ringard, et finirait bien par le faire se terrer définitivement impasse Florimont !
Peut-être même, puisqu’il ne brosserait pas le vers dans le sens de ses poils, le traiterait-elle de pseudo-intellectuel… Ce que le Poète entendrait en pouffant car, beaucoup plus fin qu’elle, lui, saurait qu’il y a là une affligeante tautologie, un intellectuel étant toujours un pseudo, une fausse identité, une posture, et que c’est même ce qu’il a de plus commun avec une ou un ministre.
Mais je digresse, je digresse à l’envi…
La peste soit de tout ce beau linge !

Je disais donc tout ça, en substance et en filigrane, quand, coïncidence, le jour même, comme si le glas sonnait une dernière fois sur une époque définitivement révolue, s’éteignait une  vieille dame de 96 ans, celle-là même qui, la première,  avait donné sa chance au Poète moustachu en lui ouvrant les portes de son petit cabaret : Madame  Henriette Ragon, alias Patachou.
Je me suis laissé dire par quelques joyeux drilles ayant côtoyé l’une et l’autre - eux aussi maintenant disparus - que la première fois que Brassens se présenta à Patachou, sa guitare rustique à la main,  faisant le dos rond, il expliqua que, lui, ne voulait pas chanter, ne savait pas chanter, mais qu’il écrivait des chansons pour que quelqu’un les chantât.
Ce qu’il cherchait, c’était un interprète.

-  Voyons ça ! avait dit gaiement la dame

Le Poète s'était alors saisi d’une chaise, avait posé le pied dessus et, "grattant avec ferveur les cordes sous ses doigts," avait entonné Le Gorille et Le Mauvais sujet repenti.

Sitôt le dernier accord plaqué, Patachou s’était cependant écriée :

-  Mais enfin, Georges, qui voulez-vous qui chante ça ? ! A part vous, bien sûr…

 Rendez-vous avait donc été pris... et le reste fut.

 * Patachou interpréta tout de même deux titres un peu moins sarcastiques, disons mineurs, La Chasse aux papillons et Le Bricoleur.

11:30 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture, chanson française |  Facebook | Bertrand REDONNET