UA-53771746-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07.12.2015

A califourchon sur deux siècles - 4 -

344286575_ebd6bce97c_z.jpgEn 1419, les Anglais du roi Henri V assiégèrent Paris et le prirent enfin après l’avoir ruiné et affamé. Jules Michelet raconte alors deux livres témoignant de cette époque, l’un d’un gars du populo et l’autre d’un moine de Saint-Denis :

«  Si l’on veut voir comment les longues misères abaissent et matérialisent l’esprit, il faut lire la chronique d’un Bourguignon de Paris qui écrivait jour par jour. Ce désolant petit livre fait sentir à la lecture quelque chose de la misère et de la brutalité des temps. Quand on vient de lire le placide et judicieux religieux de Saint Denis, et que de là on passe au journal de ce furieux Bourguignon, il semble qu’on change, non d’auteur seulement, mais de siècle. .. » 

Ce récit prouve qu'on ne peut dire l’histoire de son époque qu’à la lumière de ce qu’on en a vécu et qu'il n’y a d’histoire que la somme des histoires individuelles vivant contradictoirement, en phase ou dans un silence résigné, une même réalité. L’homme qui a fait tourner des entreprises en distribuant des salaires de misère, qui a amassé de l’argent et roulé carrosse toute sa vie retiendra de son époque qu’elle fut florissante. L’homme qui n’aura rien amassé du tout, sinon de quoi avoir le droit de survivre et de s’endetter jusqu’au cou, retiendra de son époque, à supposer qu’il ne soit pas trop con dans sa tête, qu’elle fut une époque de chiens errants. Un écrivain qui aura rencontré le succès avec des livres médiocres, n’écrira pas que son époque fut médiocre mais qu’elle fut raffinée et copieusement cultivée. Un autre qui n’aura jamais été lu que par quelques-uns autour de lui, affirmera que ce fut une époque d’affreux béotiens et et caetera, dans tous les cas de figure, dans toutes les couches de la géologie sociale et à toutes les époques.
C’est la raison pour laquelle l’histoire ne peut être écrite que par ceux qui ne l’ont pas vécue et qu’elle ne peut être éclairée que par la trainée de poudre qu’elle laisse derrière elle.
Je dis donc la trainée de poudre laissée derrière elle par ma propre histoire et non la trainée de poudre de l’histoire.

Quelques années après le retour terrible, accablant, de l’ennui des années 80/90 dans le ventre mou de la sociale-démocratie Mitterrandienne, vint le temps d'une intégration relative et de la résignation.
La quarantaine toute proche, l’impossibilité de continuer à vivre en marge, les coups reçus, l’érosion des armes critiques avec lesquelles nous nous étions crus forts, la lassitude, ont fait de moi un être tout à fait ordinaire dans des temps ordinaires jusqu’à l’écœurante insipidité.
Toute une époque qui avait demandé, concrètement ou de  façon diffuse, la fin de la politique, venait de signer des deux pattes le retour d’une espèce de front populaire à la gomme.
Des cendres de mes dernières illusions, il ne me restait rien. Que ce fond de l’être, silencieusement obstiné, car encore enclin à penser, malgré tous les dénis d’un réel courant sur près de vingt-cinq ans, que le monde devait être reconstruit de plus équitable façon.
Les erreurs d’appréciation – dont la plus grave, celle dont il est principalement question ici, c’est-à-dire de croire que les hommes s’acheminent forcément vers des sociétés plus humaines - ont la vie dure.
Jusqu’à la psychose et jusqu’à la foi du charbonnier.
On se marrait quand même bien encore en levant nos verres et en entendant – en lisant plutôt – la propagande socialiste du moment, carrément volée aux situationnistes : Changer la vie.
Il s’agissait pour les charognards de détruire l’essentiel en lui donnant un semblant d’apparence. Ces charognards-là faisaient la fête sur le cadavre décomposé de l’intelligence critique. Et même s’ils ont tour à tour changé de nom, de pelage et de plumage, ils n’ont jamais cessé, depuis, de se régaler des reliefs d’une fête humaine définitivement vaincue.
Tous ces vautours, leurs cours de chambellans et leurs piétailles repoussantes et ignares n’ont toujours eu à la bouche que le mot « réformes » ou « changement », afin de mieux décapiter les peuples en fouillant plus profondément dans ce qui leur reste de tripes.
D’ailleurs, le grotesque président que s’est offert, en France et en dernier lieu, la bêtise des urnes n’annonçait-il pas, faisant preuve en l’occurrence d’une originalité à faire se cabrer d’hilarité un cheval de bois : Le changement, c’est maintenant ?

Si être progressiste, être pour le changement qualitatif, c’est prêter le moindre crédit à ces immondices dignes des plus vilains caniveaux du Moyen-âge, alors, oui, enfin, je suis un réactionnaire !

13:03 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, histoire, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.12.2015

A califourchon sur deux siècles - 3 -

littérature,politique,histoire,écriture[...] Ainsi, à l'époque, rares furent ceux qui ont su qui était l'auteur d’un livre publié au tout début des années 80, Protestation devant les libertaires du présent et du futur sur les capitulations de 1980, en référence, on l’aura compris, au titre d’un anonyme de la colonne Durruti, Protestation devant les libertaires du présent et du futur sur les capitulations de 1937,  réédité en 1979 et traduit par Guy Debord et son épouse, Alice Becker-Ho.
Les deux livres, celui de 1937 comme celui de 1980, étaient signés par Un incontrôlé.

Bien plus rares encore furent ceux qui eurent l’heur d’en débattre, au cours de longues discussions passionnées et dans des nuits sans fin, avec l’auteur quand le manuscrit était en cours d’élaboration.
Je fus une de ces trois ou quatre personnes qui eurent ce privilège.
Vingt ans après, en  2011, la fille de cet auteur, Marion, a réédité  le livre de son père, qui fut donc mon ami, mon grand et irremplaçable ami.
Jean-Claude était venu me voir en Pologne à l’été 2006. En septembre de la même année, je l’avais revu en France. C'est lui qui  nous avait conduits de bon matin à la gare de Surgères pour le retour… On s’était serrés dans les bras, comme de vieux frères.
Ce fut, sur ce quai de gare que la nuit brumeuse envahissait encore, la dernière fois.
Jean-Claude est mort en décembre. Nous étions amis depuis le début des années 70.

Son livre, donc, était une violente diatribe dirigée contre celui du situationniste italien Gianfranco Sanguinetti, Du terrorisme et de l’Etat, également traduit par Debord. Il précisait, point par point, avec une écriture affûtée telle une arme de précision, l’impasse dans laquelle s’étaient fourvoyés, selon lui, les théoriciens situationnistes du moment.
Pour illustration de ce que ces derniers avaient bel et bien perdu toute complicité avec ce qui se passait autour d’eux et sans eux, il fut rapporté à l’auteur - qui s’en confia à moi en rigolant comme un perdu - que Guy Debord aurait condamné ce pamphlet d’une flèche sans appel : Ce ne peut être là que l’œuvre d’un flic !
Ces oralités cependant n’ont jamais été vérifiées par qui que ce soit et ne peuvent dès lors prétendre à l’indéniable vérité. Je les cite simplement pour les avoir vécues et parce que tout ça me rappelle de grands et vrais moments d’amitié. Ce qui est absolument certain en revanche, c'est que Debord a lu le livre et l'a qualifié de "très louche".
Malgré toutes leurs indéniables qualités, les situationnistes en général et Debord en particulier avaient, eux, ça de profondément "louche" qu'ils considéraient que toute critique radicale ne pouvait émaner que de l'un d'entre eux et que ceux qui n'avaient pas encore renoncé à se battre directement étaient manipulés, voire carrément des flics !
Il faut cependant reconnaître que tout n’était pas faux dans le livre de Sanguinetti, loin de là. Il mettait au jour avec brio les implications de l’État italien, via ses services secrets, dans divers attentats sanglants attribués aux Brigades rouges, et nul n’a pensé, à l’époque - la bouche pleine d’une feinte sagesse et avec une modération de chien battu comme il est coutume de le faire aujourd’hui - à parler de «  théorie du complot » ou autres gros mots destinés à empêcher toute analyse honnête et perspicace de porter atteinte à la candeur et à la virginité des appareils d’État. C’est bien pratique. Comme tout ce qui est, d’ailleurs, de nos jours, ainsi emballé dans des formules à l’emporte-pièce et fourre-tout. Les formules clouage-de-bec de ceux qui ont l'art de faire soupçonner le plus là où ils savent le moins…
Ce qui était par contre condamnable et très fâcheux chez Sanguinetti et que dénonçait avec force la critique de notre ami, c’étaient les nombreux amalgames, parfois insultants et carrément mensongers à l’égard de certains anarchistes ayant mené combat de part et d’autre des Pyrénées et, pour certains, encore en lutte. Ce qui laissait d’ailleurs fortement à penser qu’à part avec la théorie, le situationniste italien ne s’était jamais directement confronté aux forces de l’état.

Si j’en parle longuement ici c'est que, pour moi, ce fut le signe tangible  d’une rupture entre les théoriciens, aussi brillants eussent-ils été, et les camarades encore engagés dans l’affrontement, quelque forme que puisse prendre cet affrontement.
Ce fut tout… Il n’y eut pas de suite, ni à l’affrontement, ni à la théorie. L’époque était morte et passait le relais à ce que les politiques appellent sans vergogne « les sociétés apaisées », même si le susdit apaisement est aujourd’hui en train de leur péter à la gueule, et par des voies dont ils n’auraient jamais soupçonné qu’elles puissent être dangereuses.
La fête promise était donc remise aux calendes grecques des illusions et le romantisme du non-travail écrivait le dernier vers de son dernier sonnet.
Les hommes de bonne volonté, un à un, se séparèrent et passèrent sous les fourches caudines du salariat. Sanguinetti se reconvertit dans les affaires immobilières, tous les copains trouvèrent un boulot et fondèrent une Rome à eux.
Je me fis dix ans durant marchand de bois avant de sombrer fonctionnaire et  d’attaquer le XXIe siècle loin des préoccupations subversives.
In fine, je ramassai quelques affaires et partit en exil...

Guy Debord, lui, se suicida en novembre 1994. Ses livres sont des livres difficiles. Georges Monti, avec lequel il eut des contacts pour l'édition d'un de ses livres, me disait il y a quelques années que peu, finalement, sont ceux qui ont compris, aujourd’hui encore, La Société du spectacle.  Debord, en dépit de quelques erreurs ponctuelles de jugement,  n’en reste et n’en restera pas moins un des penseurs les plus clairvoyants, les plus brillants de la fin du XXe et un des plus influents, tellement que ses pires ennemis ont été contraints d'utiliser ses travaux pour les détourner à leurs propres fins, en les séparant de la totalité sociale à laquelle ils s’attaquaient.
Tout cela peut sembler scandaleux mais il n’y a pourtant là rien qui ne soit du ressort de la logique historique. Debord a été dévoré par le monstre qu’il avait si bien identifié et fait sortir de sa cage : le mensonge spectaculaire, dont le rôle est de fabriquer le monde sur un mensonge global fait d’une infinie quantité de vérités partielles. Sa récupération participe donc de cette construction parcellarisée, de cette mosaïque de contre-vérités qui forme un Tout véritable, un peu comme les touches multiples de l'impressionniste donnent, en prenant deux pas de recul, un vrai paysage. Réifié, tout comme l'environnement vital où doit s'exercer notre pensée.
L’État a ainsi  racheté toutes les archives de Guy Debord et lui a consacré une exposition du meilleur genre en 2009, à lui qui avait écrit : 

Les auteurs à opinions politiques révolutionnaires, quand la critique littéraire bourgeoise les félicite, devraient chercher quelles fautes ils ont commises.

C'est donc dans ce monde que nous vivons, un monde où « mentir est superflu puisque le mensonge est devenu vrai » Günther Anders - L'obsolescence de l'homme, (1956) -
Et c'est, à mon sens, ce que nous devons toujours avoir à l'esprit pour comprendre les moments chaotiques que nous avons aujourd'hui à traverser.

*

Illustration du haut : Jean-Claude, mon frangin et mézigue en Pologne en juillet 2006... Commentaire acide de J.C quand il a vu la photo : Le Politburo ! :))

littérature,politique,histoire,écriture

littérature,politique,histoire,écriture

littérature,politique,histoire,écriture

16:15 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, politique, histoire, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

02.12.2015

A califourchon sur deux siècles - 2 -

littérature, histoire, écritureLa part du comment on a été construit par rapport au comment on s’est construit, constitue un propos suranné, aussi vieux que le sont les œufs de Pâques, et, conséquemment, une bien vaine écriture.
Certes,  mais l’important n’est pas tant de dire des choses nouvelles que d’en dire d’anciennes sous un autre angle de vue et, surtout, pour de nouvelles et ponctuelles raisons.

C’est donc le désordre guerrier du monde, dont nul ne sait l’ampleur de la catastrophe qu’il nous réserve, à nous ou à nos enfants, et l’approche sensible et intellectuelle que j‘ai de ce désordre explosif, qui m’invite à m’interroger sur certaines de mes dispositions sensibles et cérébrales, si tant est qu’elles soient dissociables. Je n’en sais foutre rien et je m’en bats l’œil.
Toujours est-il que je pense et ressens aujourd’hui des choses qui n’avaient jamais encore fleuri dans mon jardin et force m’est alors de constater que ce que j’entends d’à-peu-près sain encore vient de sensibilités qui m’ont toujours été contraires. Peu importe le pourquoi et peu importe le degré de leur sincérité, dont je doute beaucoup. Pour l’heure, là n’est pas mon propos.
Alors de deux choses l’une : soit j’ai vécu la tête à l’envers, soit je ne comprends rien aux stratégies qui s’opèrent autour de la dégénérescence actuelle.
En tout cas il y a quelque chose qui ne colle pas et, à l’évidence, le XXIe siècle débutant ne peut en aucun cas se penser avec les armes intellectuelles du XXe. Beaucoup de rôles se sont inversés et ce ne sont pas les idées réactionnaires qui nous ont conduits au chaos - même si elles ne nous ont pas amené un monde plus juste et plus fraternel - , mais ce sont bien les idées progressistes, les idéologies du plus juste, les athéismes militants, les laïcités hurlées comme de derrière un étal de poissonnier, qui ont construit cet univers glauque, peu sûr, violent, inique, sans aucune culture ni poésie qui vaillent, et qui, j’en ai bien peur, nous mène tout droit à la guerre et à la mort.
J’y reviendrai dans le détail, après un rapide coup d’œil sur l’histoire de mes partis pris.

Le déterminisme n’existe pas, les déterminants si. Ce qui signifie que les mêmes causes ne produisent pas forcément les mêmes effets selon les individus. Chacun, avec les moyens du bord et les circonstances particulières de sa vie, fait de son bagage telle chose ou telle autre, parfois contraires avec un même bagage. De plus, dans un bagage, il y a mille et mille effets, insignifiants, à peine perceptibles. Il n’y a donc pas de science exacte pour expliquer le pourquoi d’un individu, sinon pour les psys, les juges, les travailleurs sociaux, les flics, les politiques de basse besogne et la piétaille bêlante qui les suit aux talons.
Chez moi, fort des courroux maternels à l’encontre du corps social et comprenant que j’étais né pauvre et que sans doute je le resterai, tout de suite, la défense de la veuve et de l’orphelin m’est devenue constitutive. Je me souviens très bien de la gueule des copains de collège quand je leur ai annoncé que je me sentais communiste. Ce qui voulait simplement dire contre les riches et, les riches, chez nous, c’étaient avant tout des commerçants. Or, pour la plupart, les parents de mes petits copains de collège avaient pignon sur rue !
Au lycée tout ça s’est confirmé mais, vers la terminale, en rejetant fermement les communistes avec la prise de conscience des ravages de l’idéologie et des politiques staliniennes. Je me suis alors affiché gauchiste, ai renversé les chaises et les tables au printemps 68 et participé activement aux Comités d’Action Lycéens. Je me suis même pendant quelques mois fourvoyé chez les trotskistes de la ligue communiste révolutionnaire. Mais déjà en rigolant, pas sérieusement du tout, en voici un élément de preuve : ces corniauds m’ayant expédié à Paris pour assister à une grand’ messe à la Mutualité, voilà que je rencontre en chemin une douce égérie, que je reste avec elle les deux nuits que j’aurais dû passer à prier pour la Révolution permanente et que je reviens en disant que l’auto-stop n’avait pas marché...
Mentant, donc, comme on ment à une autorité à qui l’on a désobéi. A vingt ans, la métaphysique d’une touffe de poils est bien plus convaincante et réjouissante que celle du Grand Soir, et il devrait, d’ailleurs, en être ainsi à tout âge…
Ce fut le déclic !
Tout cela m’est apparu comme une vaste mascarade. D’ailleurs, le monde idéal auquel rêvaient ces militants des différents groupuscules férus de centralisme démocratique, me semblait aussi moche, pire peut-être même, que celui dans lequel je pataugeais. On n’y parlait en effet que d’ouvriers, que d’usines, que du travail béni comme la vertu des vertus et, moi, j’abhorrais foncièrement tout ça. Je voulais être un joyeux fainéant, je voulais vivre la vie à fond, mais pas sur l’échelle mobile des salaires.
En plus, ayant été amené quelque temps à travailler en usine, je vis avec effroi que les gars là-dedans étaient heureux comme des papes, cons comme des paniers, jouaient avec passion au tiercé, votaient Pompidou et ne demandaient aucunement à ce qu’on vînt les tirer de leur « galère » !
Le rejet de toute cette extrême gauche politicarde fut cependant assez violent. Les gars avaient de la graine de Trotski dans le cerveau et ceux qui sortaient de chez eux en claquant la porte de gauche étaient forcément considérés comme des anars, honnis de leur mentor historique, le vieux et furieux Léon, qui planta son couteau déjà maculé de sang dans le dos de Nestor Makhno et de ses camarades.
Le reste du parcours, ce furent les turbulents et incisifs situationnistes, les anarchistes gais et brouillons, les amis, les vrais, les grands, les fraternels, mais déjà nous ne nous occupions plus guère des débats publics et ne fomentions plus de projets oiseux.
D’ailleurs, le sacro-saint prolétariat était en train de disparaître des paysages, au profit des chemises blanches des financiers et des fabricants d’images de l’existence. Lentement, tout doucement, d’imperceptible façon encore, le monde se dirigeait vers le XXIe siècle et c’est ce que même le rusé Debord n’avait su entrevoir.
Il avait bien défini l’image et la représentation dévorant le réel au point de se substituer bientôt totalement à lui, mais il n’avait pas vu que « la classe ouvrière » n’aurait pas sa place dans le monde du réel inversé et de la dictature de l'apparence, mouvements  qu’il avait pourtant si intelligemment théorisés.
En conciliant la critique du capitalisme héritée du mouvement ouvrier anti-bureaucratique et anti-stalinien et la critique de la vie quotidienne issue des avant-gardes de l’art, tel le lettrisme, les situationnistes faisaient encore la part trop belle au vieux concept de prolétariat, comme classe laborieuse, alors que celui-ci entonnait déjà les premières notes de son chant du cygne.
En un mot comme en cent, le XXIe siècle s’annonçait par murmures subtils et ils usaient encore des concepts du XIXe ! C’est, à mon sens, la raison pour laquelle, dès 1972, ils étaient épuisés et que nous fumes quelques-uns, quelques-années après, à nous en détourner, tout en conservant ce qui nous semblait la meilleure part de leur héritage.

18:18 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, histoire, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.11.2015

A califourchon sur deux siècles - 1 -

02.gifPeut-être tout a-t-il commencé par ma mère qui n’aimait pas De Gaulle.
Dans Le Silence des chrysanthèmes, autobiographie impure, j’avais cependant forcé le trait, par goût et jeu littéraires. Car sans doute n’était-elle même pas de gauche. Elle devait se soucier d’ailleurs comme de Colin Tampon d’appartenir à tel ou tel système de pensée partisane ; de ces systèmes qui vous handicapent le cerveau au point qu’il ne peut plus faire semblant de tourner rond que soutenu par ces béquilles qu’on appelle par bêtise et orgueil, des idées.
Ma mère aimait la vie, elle aimait passionnément la vie, et cette vie ne lui donnait pas tout ce qu’elle eût désiré qu’elle lui donnât. Elle était donc, comme beaucoup en ce domaine, une amoureuse éconduite : l’argent manquait cruellement, la campagne devait lui sembler profondément ennuyeuse et habitée par des rustres qui ne connaissaient rien ni aux amours ni aux chansons, son mari avait pris la clef des champs, ses deux premiers fils étaient soldats, l’un dans l’armée de l’air, l’autre chez les fantassins, et menacés ainsi de s’aller faire tuer bientôt sur les sables maudits de l’Algérie.
Tout cela, pêle-mêle, ressenti directement et non passé au crible de la réflexion critique, suffisait amplement pour que la représentation suprême du pouvoir coercitif soit honnie.
A propos de la guerre d’Algérie, d’ailleurs, elle aurait dû, sur ce sujet majeur, en vouloir beaucoup plus à un certain Mitterrand, ministre des Affaires étrangères de la république précédente, qu’à De Gaulle. Comme quoi rien n’était clairement  défini et que tout était mal ciblé.
Au même titre, en descendant dans la hiérarchie où elle était directement confrontée aux prérogatives des diverses branches de l’organigramme social, elle n’aimait pas le maire, le juge de paix, le curé, les gendarmes, le garde-champêtre, le notaire, l'huissier de justice - le plus abhorré de tous -  et l’épicier. Il n’y avait guère que le facteur qui était à l’abri de ses foudres, sans doute parce qu’il apportait régulièrement dans sa sacoche de cuir les beaux billets tout neufs des allocations familiales.
L’instituteur également avait droit à son indulgence. Et ça, c’était peut-être pour deux raisons. D’abord parce qu’il n’était pas en excellents termes avec le curé et aussi parce que, elle, elle avait été reçue première du canton au certificat d’études, qu’elle aimait écrire de belles pages sans ratures, qu’elle avait une orthographe soignée et que ces différentes dispositions lui venaient pour partie d’un instituteur gardé intact dans sa mémoire. Idéalisé, à n'en pas douter.
Tout cela me tint donc lieu, en filigrane, de panneaux indicateurs posés sur la route de mes premiers pas et je me suis, je le crois aujourd’hui, dès lors retrouvé à marcher en m’appuyant sur eux comme sur les témoins d'une science exacte, alors qu’ils n’étaient que les réflexes particuliers du ressenti particulier d’un individu autre que moi-même.
Si j’ai très tôt balancé au fossé la plupart de ces panneaux, les plus simplistes, le fil directeur ne m’en est pas moins resté en profondeur et, par-dessus tout, la raison mal conceptualisée de leur raison d’être : cet amour surfait, irraisonné, naif, de la vie.
C’est avec ce genre de cadeau dans la musette qu’on marche forcément au-devant des grandes déconvenues et, donc, qu’on s’engouffre, par l’effet d’un miroir trompeur, vers une sympathie plus ou moins manifeste pour tel système de pensée et vers le rejet systématique d’un autre.
Ce sont les causes, du moins celles qui sont accessibles à mon entendement présent, de ces fourvoiements et de ces égarements - qui ne furent pas tous pénibles, loin s’en faut, beaucoup même ayant été vécus avec joie - que j’aimerais, pour ma délectation, mettre au jour.
Pour se raconter, il n’est jamais trop tard dans une vie, surtout dans un monde qui, de toute évidence, va tout droit au chaos parce que les idéologies - les idées - des uns comme des autres, qui semblaient irréconciliables,  ont fini par copuler dans le lit d'une ignoble dialectique, pour concevoir un mélange dévastateur, que nos propres idées, tout à leur orgueil d’idées, n’ont nulle part su voir venir.

12:49 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

25.11.2015

Une personne digne et lucide dans la douleur

10984612_10153260414194067_5329350651434765136_n.jpg " La sœur d'une victime des attaques de Paris, tuée au Bataclan, explique pourquoi elle et sa famille ne participeront pas à l'hommage national qui aura lieu vendredi à Paris.
Emmanuelle Prévost est la sœur de François-Xavier, tombé sous les balles des terroristes alors qu'il assistait au concert des Eagles of Death Metal au Bataclan le 13 novembre.
Sur sa page Facebook, elle a publié lundi un long message expliquant pourquoi elle et sa famille ne participeront pas à l'hommage national qui sera rendu aux victimes le 27 novembre aux Invalides en présence de François Hollande. La jeune femme liste les raisons de ce boycott, parmi lesquelles:

- "Parce qu'en France, les attentats perpétrés du 7 au 9 janvier de cette année ont fait 17 victimes,

- Que depuis, rien n'a été fait"; "parce qu'en France, il est possible d'être en lien avec un réseau terroriste, de voyager en Syrie, et de revenir, librement";

- "Parce que les représentants de l'Etat français ont décidé de mener des raids aériens contre l'Etat Islamiste en Irak puis en Syrie sans se soucier de préserver, avant d'agir, la sécurité de leurs concitoyens".

 "Alors NON, merci Monsieur le Président, Messieurs les politiciens, mais votre main tendue, votre hommage, nous n'en voulons pas et vous portons comme partie responsable de ce qui nous arrive! C'est plus tôt qu'il fallait agir. Les attentats du mois de janvier auraient dû suffire!", déplore-t-elle.
Emmanuelle Prévost conclut en appelant au boycott de l'hommage national.

Son statut a été partagé plus de 10.000 fois à ce jour. "

                                                                                                                                                                              Source : 7 sur 7 (Belgique)

14:18 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | Bertrand REDONNET

20.11.2015

La colère me laisse sans voix

Un de mes proches les plus proches grimpe tous les matins dans le métro parisien, sur une ligne des plus bondées, la peur au ventre, m’a-t-il confié au téléphone…
J’ai une peine immense pour lui.
Et je ne décolère pas d’entendre Hollande, entouré de flics, de policiers armés jusqu’aux dents, de soldats, de gardes du corps, d’agents du renseignement, ayant couche molle dans un palais blindé et protégé  telle une forteresse, s’en aller bêlant à tout vent : ne pas céder à la peur, pas faire d’amalgames, pas rajouter de clivages aux clivages, je veille sur Vous…
Cré nom de dieu d'bon dieu, qu’au moins il se taise et laisse les gens donner le nom qui sied à leur terrible angoisse !
Car qui les a conduits dans cette impasse criminelle, dans ce redoutable coupe-gorge, les gens ?

Nous marchons sur des braises… Et le plus terrible est que ce sont les incendiaires par incompétence, idéologie, irresponsabilité, mensonges intéressés, confusionnisme et désir de grandeur, qui ont en charge de veiller à ce que nous ne périssions pas tous cramés !
C’est la raison pour laquelle il n’y a rien à dire, sauf à vouloir ajouter de l'obscurité aux ténèbres. 

La seule question qui vaille et à laquelle il faudrait enfin répondre est : comment la France en est-elle arrivée à se faire haïr à ce point de non-retour par les enfants qu'elle était censée nourrir et qu'elle a accueillis en son sein ?
C'est aux Français de répondre. Pas à ceux à qui ils ont confié, depuis tant d'années,  par bêtise et aliénation, le droit de  parler en leur nom !

14:38 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | Bertrand REDONNET

10.11.2015

Un philosophe mort bien longtemps après la philosophie

néant.jpgDans quel abominable désert de la pensée vivons-nous donc ! Dans quelle idiotie lénifiante évoluons-nous ! Dans quel vide sidéral sommes-nous contraints de chercher à nous exprimer !
C’en est tout simplement effrayant !
Le « philosophe » André Glucksmann  est mort. Destin normal de tous les hommes en leur condition de mortel. La mort est en soi un drame. Une infinie tristesse.
Mais de grâce, qu’on se taise et qu’on n’encense pas celui-ci plus que n’importe quel quidam de mes campagnes ! En rien, il ne l’aura mérité.
Quand j’entends les éloges de Hollande, de Valls et de Macron, j’en frémis d’horreur et je mesure toute la pauvreté stéréotypée de ces gens de pouvoir ! Je vois quels étudiants besogneux et sérieux, premiers de la classe et lèche-cul pétant dans la soie, ils ont dû être, cherchant partout un modèle pour formater leur cerveau désespérément stérile de toute originalité et de toute initiative poétique.
Glucksmann anti-totalitaire !  Quelle belle affaire ! Quelle découverte et de quelle témérité il faut faire montre pour être un anti-totalitaire ! Quelle brillante et audacieuse personnalité !
Trouvez-moi un homme qui ne se dise pas contre le totalitarisme ! Si tous avaient alors la prétention d’être écrivains-philosophes et intellectuels engagés, il ne resterait plus grand monde pour faire autre chose !
Rappelons alors, en guise d’oraison funèbre, que Glucksmann tire sa première notoriété d’un livre où il dénonçait - fort tardivement car il était déjà à l’aube de la quarantaine - les crimes du Goulag et le totalitarisme des systèmes dits communistes, après avoir été pendant des décennies un maoïste pur et dur, intransigeant,  partout où il avait l’occasion de le faire savoir !
La cause du peuple, ça vous dit quelque chose ?
Nous qui ne sommes pas des philosophes, nous qui n’avons pas emmené Sartre et Aron la main dans la main chez Valéry Giscard D’Estaing, nous qu’on n’a jamais invités à venir s’exprimer sur un plateau de télé ou derrière le moindre micro de radio, nous que les grands éditeurs ont toujours refusé de transmettre, nous qui mouront sans un mot gentil jeté sur notre sort, nous avons dénoncé avec force et combats tous les stalinismes, sous quelque forme qu’ils se soient manifestés, de Staline, Mao, Trotski, Kamenev, Duclos, Geismard, à Sartre en passant par Aragon, et même Glucksmann et tutti quanti, alors que nous n’avions même pas encore vingt ans !
Nous nous sommes battus dur contre tous les groupuscules dits révolutionnaires et qui ne faisaient que chanter la messe marxiste-léniniste à une époque où Glucksmann en était un grand prêtre, voire un évêque, de cette grand’messe du mensonge collectiviste !
Nous lisions Debord et Vaneigem, crachions sur la Révolution permanente et levions, dans des tavernes obscures, à Barcelone, Amsterdam, Paris ou Hambourg, nos verres à la mémoire de Nestor Makhno, quand Glucksmann avait les yeux rivés sur Pékin, brandissait encore le petit livre rouge et décortiquait Lénine !
Nous servira-t-on après ça, ce genre de salades : que nous avons mis « notre formation intellectuelle au service d’engagement public pour la liberté »(Hollande),  que « nous guidions les consciences",  (Valls),  que « nous avons fait partie de ces philosophes courageux qui ont éclairé très tôt… et blabla blabla » (Macron) ?
Mon dieu, quelle horreur d’avoir passé sa vie dans l’erreur pour finir encensé par des menteurs aussi creux !
Nous, nous étions du côté de nous-mêmes, des vauriens, des loosers, de la racaille et des poètes enivrés…
Des anarchistes toujours trop en retard, mais arrivés partout avant tout le monde. C’est pour cela que nous ne méritons rien et  que nous ne sommes pas peu fiers du mépris formulé à notre adresse par les gens du pouvoir et leurs acolytes, les penseurs à la gomme.
Un seul de leurs compliments anéantirait tout ce que nous avons pu trouver de joie et de vérité sur le chaos de notre chemin !
Glucksmann aura passé sa "carrière", tout comme son compère Lévy, à énoncer des suites interminables d’erreurs lamentables et à contretemps – les Serbes,  le Kosovo, Poutine, le soutien à la guerre en Irak, le soutien à Sarkozy, etc – mais il aura réussi à faire passer ses apostasies intellectuelles successives pour autant de nouveaux chemins de Damas, soudainement ouverts sous ses pas !
Certes. Ils furent et sont encore des milliers  et des milliers comme ça !
Mais quelle tristesse puante que de voir les socialistes qui vous gouvernent, ceux qui vous font cracher l’impôt, lui lécher d'aussi indécente façon  le linceul !
La nullité d'esprit rendant hommage à l'esprit de nullité !

Ce monde est bien misérable et peu sont encore les hommes qui prennent la peine d’en souffrir !

 

14:51 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.11.2015

D'une langue l'autre

littérature,écritureLa route accompagne la forêt, mais d’un côté seulement. De l’autre, s’étirent des prairies et des chaumes ravinés de pluie sur lesquels le vent bouscule des herbes folles, jusqu’aux lisières d’une autre forêt.
La même, en fait.
Nous ne savons même plus quand nous traversons des clairières. Nous ne savons même plus donner leur juste nom aux paysages. C'est que nous sommes trop grands pour ça ! Nous avons d’autres soucis. Nous sommes des gens sérieux !
C’est un bel endroit pourtant et le soleil, entrecoupé de gros nuages blancs, se balade au-dessus.


Il déboule sur ma droite. Il a surgi de la profondeur des pins. Il est impressionnant. Avec une couronne royale, superbe, large, qui s'étale sur sa tête. Et il court très vite, l’autre limite de la forêt en point de mire. La clairière doit lui sembler bien immense ! Comme si l'horizon reculait sans cesse. Comme dans les mauvais rêves.
C’est un cerf. Puissant, roux, les naseaux au vent.
Je m’arrête. Nous le suivons des yeux. Il disparait bientôt dans l’ombre des sous-bois lointains. Enfin chez lui.
La lumière arrosait sa robe.
Jeleń. Le cerf. Un faux ami. Pas l’animal, mais le mot qui le désigne aux hommes. Sa prononciation, yélègne, me l’a souvent fait confondre avec l’élan, autre grand cervidé parcourant ces forêts humides de la proche vallée du Bug. L’élan, c’est łoś. Rien à voir.
Et ce jeleń, ce cerf, est un mot qui n’est pas très gentil pour les Polonais. Car il désigne aussi, appliqué aux humains, celui qu’on peut rouler facilement ou qu’on se propose de rouler dans la farine.  L’ingénu. La proie facile des malfaisants.
Je cherche pourquoi. Sans résultat. Un équivalent peut-être en français ? Oui. Il faut, dans ce cas-là, traduire le cerf par pigeon.
J'illustre. Il y a quelques décennies, en virée quelque part dans le Lot avec trois copains de mon joyeux acabit, nous cherchons une auberge et nous la trouvons bientôt, douillettement ombragée par de vénérables arbres… Avec un ruisseau qui  gambade en son jardin. Charmant, tout ça. Exactement ce qu’il nous faut. Oui, mais l’’enseigne, qui se balance sous la brise d’été, grince : Aux quatre pigeons… Moues dubitatives. Ça tombe mal : nous sommes quatre et l’un de mes compagnons de marmonner, au moins, ils annoncent la couleur !
Ici, c’eût donc été Aux quatre cerfs. Aucun sens détourné, aucune évasion allégorique possible. Ou alors une auberge pour des cocus. Quatre cocus en vadrouille cherchant à noyer leur chagrin dans le fond des verres.

Et oui, je suis cocu, j’ai du cerf sur la tête, chantait Brassens…

Quel écart, donc, entre les images-raccourcis d’une langue à l’autre ! Une vision différente du monde. Une imagerie de l’imaginaire sans rapport l’une avec l’autre.
Mais j’insiste :
- Pourquoi un cerf ?
- Et pourquoi donc un pigeon ? me rétorque-t-on avec juste raison.
- Je n’en sais ma foi rien. Je consulterai les dictionnaires.

Et je n’apprendrai alors que d’insipides évidences. Plumer un pigeon, vieille expression du XVIe, pour dire duper. Rideau. Ces dictionnaires ne semblent pas en savoir plus long que moi. Sinon qu’il y a aussi le dindon. De la farce, le plus souvent. On peut aussi plumer un dindon, c'est bien vrai ; surtout si on se propose de le bouffer. C’est d'ailleurs fortement conseillé.
Plumer un cerf me semble plus délicat....
Tout cela ne me construit donc aucune passerelle entre le cerf polonais et le pigeon français. Chaque langue a-t-elle ses propres transpositions anthropomorphistes ? Sans doute.
J’en conclurai donc plaisamment que dans un couple franco-polonais - je dis ça au hasard, bien sûr - si on laisse se répandre l’ennui, par exemple, alors, le pigeon serait celui auquel on planterait du cerf sur la tête.
Mariant ainsi les deux langues dans l’infortune.

14:03 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.11.2015

Les mouches à merde

littérature,écriture,politique,histoire,parti socialisteDes nuées de connards bêlant comme des moutons aiguillonnés au cul par des bergers qui leur tondent chaque jour un peu plus la laine sur le dos,  avaient clamé, il y a peu, qu’ils étaient Charlie, trop heureux d’avoir trouvé soudain une identité à se coller sur la poitrine et sur un chemin désespérément vidé de toute initiative individuelle.
Si les meurtres de janvier restent une abomination, ce qui s’en est suivi a toujours été pour moi, et pour beaucoup d’autres,  une macabre mise en scène de comédiens dégueulasses et pourris jusqu’à la moelle.
D’ailleurs, si les bourreaux m’écœurent, les victimes, elles, me dégoûtent comme me dégoûtent toutes les mouches à merde qui s’engraissent en permanence du jus dégoulinant des cadavres.
Liberté d’expression, que de saloperies commises en ton nom  par des gens fortement engagés dans une direction qui, elle,  ne veut justement pas dire son nom !
Tu veux la connaître cette direction, connard ? Alors reprends toutes les insultes proférées par ces manipulateurs de la dérision depuis une trentaine d’années et trouve qui manque à l’appel ; trouve qui n’a jamais été égratigné par la moindre virgule dans leurs colonnes mercenaires !
Aujourd’hui, ces mouches à merde s’en prennent au crash de l’avion russe et rigolent comme des monstres  sur plus de deux cents personnes lambda écrasées au sol !
Puisse leur rire les étouffer bientôt jusqu’au dernier !
Moscou s’insurge à juste titre et les mouches à merde d’ânonner, comme des machines bien huilées, c’est parce que vous êtes un pays totalitaire alors que nous, dans notre belle France, on a le droit de dire ce qui nous passe par la tête… Enfin, quand ils disent tête, il faut entendre, en fait, porte-monnaie…
Honte au gouvernement français, à son premier ministre, et à cet abominable président de n’avoir pas même un mot de réaction indignée et de compassion  pour les victimes du crash, salies par la bave de ces crapauds !
Liberté d’expression ? Mon cul !
C’est tout de même  répugnant que ce gouvernement  qui vient de faire adopter une loi sur la surveillance des communications venant de ou partant vers l’étranger – donc aussi les miennes a priori -  laisse ses suppôts dégueuler les pires insanités ! Salauds, va !
Un dernier mot pour rappel : lors du carnage de janvier, l’urgentiste pleurnichard, là, je ne me souviens plus de son nom d’merde, présent sur les lieux, avait téléphoné aussitôt à Hollande pour lui dire le désastre.
Vous en connaissez beaucoup, vous, qui ont le numéro de portable du président dans leur répertoire ?
Ces nécrophages rampants sont de lâches agents du pouvoir, porte parole, en autres, de la phobie anti-russe de ce gouvernement d’incapables et de sournois !
Tout comme leurs acolytes de France 2, eux œuvrant sur le registre sérieux et professionnel, qui programment un documentaire sur Staline et, aussitôt après, une émission sur Poutine.
Intérrogés, ces gens sans aveu de dire : pur hasard.
Imagine un peu un documentaire  sur Hitler, immédiatement suivi d'une émission sur Angela Merkel. Quel tollé indigné de ce nid de rats qu’on appelle encore « la présidence de la république ! »
Non, je déconne,  en fait. Ceci eût été impossible, la censure de la liberté d’expression aurait en amont veillé au grain…

03.11.2015

Aux frontières de l'absurde

Passeport, s’il vous plaît…Hum… Voyons voir…Quelle est votre profession ?
- Poète, monsieur. Comme indiqué sur le document.
- Poète ?!? Mais c’est pas un métier ça !
- Comment ça, c’est pas un métier ? C’est comme ça en tout cas que je gagne ma vie. Donc, c'est mon métier.
- Vous vendez vos poèmes ?
- Je les chante, plus exactement..
- Ah ! Je vois. Vous êtes un chanteur ?
- Disons que je suis un poète-chanteur
- Alors pourquoi n'en est-il pas fait mention sur votre passeport ?
- Parce que c’est plus important pour moi d’écrire que de chanter. Si je n’écrivais pas, je ne pourrais pas chanter,
Ça tombe sous le sens.
- Admettons. Et qu’écrivez-vous exactement ?
- Des poèmes, bien sûr.
- Mais ils disent quoi, vos poèmes ?
- Un poème ne dit jamais rien, monsieur. Il suggère.
- C’est curieux… Et ils suggèrent quoi, vos poèmes ?
- L’amour, l'égalité, la fraternité...
- Hahaha ! Ils  doivent être très courts !
- Ah, monsieur a de l’humour et s’y connaît un peu !
- Non, pas du tout. Je sais simplement qu’on en a vite fait le tour, de ces balivernes. Chez nous du moins.
- Charmant pays, ma foi !
- Tout autant que le vôtre, monsieur. La preuve, vous voulez y entrer.
- Pour chanter seulement.
- Pendant huit jours, si j’en crois votre  visa.
- Oui.
- Hé ben…
Ça n’intéressera pas beaucoup les gens, vos poèmes chantés.
- Comment pouvez-vous le savoir ?
- Parce qu’ici on ne chante pas le superflu. On célèbre le nécessaire.
- Vous trouvez que c’est superflu, l’amour et la fraternité ?
- Superflu de le chanter, oui.
- Et pourquoi donc ?
- Parce que les gens amoureux et fraternels ne le chantent pas. Ils le vivent.
- Tiens, c’est une façon de voir les choses. Un peu bizarre, mais bon…
- Mais, dîtes-moi, monsieur le troubadour : Un poète ne chante-t-il pas ce dont il est privé et qu’il espère ?
- Heu.. Si. Enfin... Oui, ça arrive, effectivement. Il sublime, disons.
- Ben alors, vous voyez bien ! Si vous aviez tout ça à vivre, votre égalité, votre fraternité, vous n'auriez nul besoin de le chanter ! Et les gens auraient encore bien moins besoin de vous écouter !
- Parce que chez vous les gens sont  fraternels, peut-être ? Hein ?
- Oui, bien sûr, qu'ils le sont. C’est la loi.
- La loi ?!!! Mais, la fraternité…
- Vous êtes un sauvage, mon brave homme. Vous rêvez à des hommes fraternels sans une loi pour les y contraindre ?
- Heu… Oui… C’est même exactement comme ça que je vois les choses.
- Hé ben ! Ils doivent être complètement idiots vos malheureux poèmes ! Chez nous, la dictature est fraternelle et solidaire.
- Je meurs ! Une dictature fraternelle !
- Votre démocratie l’est-elle plus ?
- Heureusement que oui ! Hahaha !! En tout cas, les hommes ont le droit de penser et d'écrire ce qui leur chante.
- De penser, ça, tout le monde peut le faire. Ici aussi, on a le droit de penser. Ça ne mange pas de pain, comme on dit chez vous. Mais de vivre leurs pensées, ils ont le droit, chez vous ?
-
Ça dépend.
- Ça dépend de la pensée, sans doute ?
- Oui, un peu quand même.
- Et qui détermine si les  pensées sont bonnes ou mauvaises à penser ? Si elles ont le droit de vivre ?
- Le bien commun, la tranquillité commune, le "vivre ensemble"...
- Et qui décide de tout ça  ? Qui donne forme à vos abstractions ? Parce que ce ne sont là que des abstractions, mon brave...
- La logique humaine.
- Ah, c’est un régime philosophique ?
- Non ! Enfin...C’est la majorité qui décide.
- Et la minorité, elle fait quoi ?
- Elle…Ben… Je ne sais pas. Elle se plie aux avis de la majorité.
- Elle se plie.. Tiens, tiens...En effet, vous avez bien besoin de chanter la fraternité, poète ! Parce que la vie ne doit pas être rose pour tout le monde chez vous-autres !
- Et alors ? Bon sang de bonsoir! C’est ça, la démocratie ! Chez vous, c’est une poignée qui décide, sans doute, qui décrète, qui…
- C’est une poignée qui est la majorité, oui. Tout le reste est la minorité. Pourquoi tenez-vous absolument à ce que la majorité soit plus nombreuse que la minorité ?
- Mais c’est absurde ! Ne serait-ce que dans les termes !
- C’est absurde, oui. Vous ne saviez pas que vous veniez chanter dans un pays absurde ?
- Non.
- Alors, je ne puis autoriser votre séjour, mon cher. Ici, l’absurde fait partie de notre fraternité solidaire.
- Ah ben ça alors !
- Qu'est-ce qui vous étonne ? Comme chez vous, mon brave !
- Comment ça ?
- Si je vais chanter chez vous que la majorité doit être éliminée et que la minorité doit être au pouvoir, ne m’expulsera-t-on pas pour subversion ? Du moins ne m'interdira-t-on pas de chanter, encore que sous un prétexte fallacieux ?
- Si. Peut-être. Enfin... En tout cas, on ne vous écoutera pas.
- Hé bien là non plus, on ne vous écoutera pas. Séjour inutile, donc. Veuillez repasser par là, monsieur. Tenez, votre passeport. Bon retour en démocratie! Et apprenez au moins à écrire des choses qui ont du sens, au lieu de réciter les messes de vos chefs majoritaires ! Au suivant !
- Ah ben ça, alors !

13:17 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.10.2015

Pas grand' chose à dire...

photo_1318427215612-1-0.jpg

On aura peut-être remarqué, si tant est qu’on veuille bien prêter quelque attention à ce que je fais ici, que ce blog s’étiole comme une plante en déficit d’eau et que les textes s’y espacent de plus en plus.
Un blog se nourrit de ce que l’on porte vraiment, avec peine ou avec joie ; quelque chose de fort et que l’on juge, à tort ou à raison - là n’est pas le problème - digne d’être transmis.
L’écriture est un amical partage de soi ou n’est que muet bavardage.
Et il se trouve que je n’ai plus grand-chose à dire, depuis quelque temps déjà.
Non pas que je sois épuisé, tari, vidé, désertique, je ne me sens pas comme tel, mais parce que ce que je porte n’est même plus très clair pour moi-même.
Il faut d’abord comprendre le fond de ce qui est authentique en soi avant d’avoir la prétention d’en partager les fruits. Sauf à dire n’importe quoi, évidemment. Ou à ânonner des convictions divorcées depuis longtemps d’avec la réalité.
Mes joies de vivre se nourrissent toujours du bonheur d’une petite famille,  des paysages, d’une vie simple, des matins d’automne et du grand mouvement des choses qui fleurit, calcine ou frigorifie les campagnes… Mes joies de vivre vont toujours vers la lecture assidue des livres, quelques accords de guitare, quelques amitiés éparses et quelques occupations anodines.
Mais dès que je jette un regard sur le monde, je ne ressens que lassitude, incompréhension, dédain pour ces hommes qui se passent le relais des pouvoirs, dans l’endormissement général des consciences et à des années-lumière du comment "je" espérerais les choses.
Entre une Pologne qui se replie sur son identité, parce que les grandes salades de l'européanisme font peur,   et une France qui pue le rance des idées dites de gauche et du mensonge politique permanent, je ne sais plus trop vers lequel de ces deux pays va ma préférence.
Je ne suis pas de gauche et je ne suis pas de la droite catholique. Ces deux revers d’une même médaille, celle de la vanité du pouvoir et du plaisir pervers à rouler la populace dans la farine, ne m’inspirent que lassitude.
Un pays, fort heureusement, est beau et agréable à vivre bien au-delà des hommes qui ont la prétention démocratique de le représenter.
Vous me direz d'ailleurs qu’on peut faire de l’écriture, de la littérature, sans se soucier des environnements politiques et de la couleur des gens qui président aux destinées des pays.
Sans doute.
Mais si on peut aussi faire l'amour dans les chiottes , c’est quand même plus agréable – et ça risque d’être beaucoup  plus chantant –  sous les lumières et les parfums d’un chemin des sous-bois, par les deux amants choisis.

13:21 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

13.10.2015

Adieu, frère humain !

escudero2.jpgTel Jehan l’advenu1, il est parti comme il était venu : sans tambours ni trompettes.
Depuis longtemps, «les hommes» l’avaient jeté aux oubliettes, si tant est qu’ils l’aient une fois rencontré au grand jour.
Pour tous les beaux parleurs, pour tous les prometteurs, pour tous ceux qui usurpent la parole et la falsifient, pour tous les grands menteurs de notre siècle naissant et qui flambent au pinacle de la misère morale, pour toutes ces innommables putains de la politique et des médias, un seul regard jeté sur sa vie eût pourtant suffi pour les faire pâlir de honte et pour les réduire à une plus juste dimension d’insectes méprisables.
Cet homme était authentique. Un déraciné, un anar de la nostalgie, un troubadour de la révolte profonde, jamais tapageuse.
Au sommet de la notoriété, les poches pleines d’argent facile, jugeant alors que toute cette mascarade jetait entre lui et la misère du monde un rideau trop opaque et trop lâche, il plaquait tout, il disparaissait et ce que cette société avait bien voulu lui octroyer pour qu’il chante de sa voix enrouée
par l'émotion et l'intimité du désespoir, il le redistribuait silencieusement à des œuvres humanitaires, partout de par le vaste monde.
Citez-moi un seul homme de notre époque capable en même temps de faire ça et de ne pas s’en venir
aussitôt vanter, vautré et gloussant devant les caméras du spectacle télévisé !
Émotion et respect.
Je dois à Escudero, au même titre qu’à Brassens,  mes premiers essais sur les six cordes… Je me souviens avec douceur de mon émerveillement quand je réussis à jouer Pour une amourette et Ballade à Sylvie…
J’éprouvais alors, pour ce chanteur en marge, avec ses cheveux longs et noirs d’espagnol expatrié, une tendresse toute fraternelle.
Je me souviens aussi avoir fait découvrir à tous les joyeux  potes toulousains de la mouvance anar, quelque vingt ans plus tard,  Mon voisin est mort et je me souviens de leur regard attristé.
Nous, on ne t’oubliera jamais, sinon à l’heure blême, quand nous passerons, à notre tour, à pas silencieux la porte de l’oubli.
Comme Nous tous, tu ne laisseras rien aux hommes, mon vieux Leny ! Ils sont depuis longtemps ailleurs, les hommes ! Ils sont à leur place, eux... Ils sont chez eux.  C’est sans doute nous autres qui nous sommes trompés de cieux.
Nos paroles, tes mots, tes simples mélodies d’où suintaient à la fois tristesse, mélancolie et espoir diffus, ils ne les comprennent pas.
Quand ils n’en haussent pas leurs épaules de chiens battus, au cou rongé par le collier d'attache !
Salut à Toi, Le Gitan !
Puissent ces quelques mots accompagner ta longue traversée des néants éternels : On t'a beaucoup aimé !

1 : Poème de Norge, mis en musique par G. Brassens


 



12:14 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : littérature, écriture, chanson française |  Facebook | Bertrand REDONNET

02.10.2015

Plaudite, acta fabula est

ouragan.jpgJ’aimerais écrire l’automne, j'aimerais écrire le soleil d’équinoxe en déclin, la forêt qui chemine vers des léthargies hautes en couleur, la prairie qui s’enveloppe de brouillard, la première gelée sur les silences du matin, les grues qui traversent le ciel, le cou tendu vers la clémence de lointains horizons.
J’aimerais écrire cette joie de vivre qui toujours monte en puissance chez moi alors que, contradictoirement, les paysages et les choses de la terre entament leur longue somnolence.
J'aimerais
ainsi chanter la messe littéraire dans un monde de sourds, d’aveugles et de muets.
Mais mon esprit est tellement préoccupé du danger qui nous guette tous, que je ne le puis pour l’heure.
Honte à cet effronté qui peut chanter quand Rome brûle, disait le poète bourguignon. Ce à quoi le poète sétois avait répondu  : Est-ce à dire qu'il ne faut plus chanter ? Elle brûle tout le temps !

Certes. Mais elle brûle avec plus ou moins d’incandescence et de risques de propagation.
Le monde, je le crois, est à la croisée des chemins. Je le crois depuis ce texte-là.  Les hommes ont maintenant le choix entre des paix bâtardes, des paix de compromis plus ou moins lourds, des sournoiseries diplomatiques ou un cataclysme barbare.
Les pièces de l’échiquier fatal sont en branle. Chacun a avancé ses pions aussi loin qu’il le pouvait sans trop alerter la vigilance de son adversaire.
Un mauvais coup des uns ou des autres, une fausse manœuvre, un moment de distraction, un geste maladroit, et c’est le mat.
Dans ces conditions, écrire sur autre chose qu’un avenir qui peut basculer du jour au lendemain dans l’horreur, me semble tenir du pur bavardage.

Puissent les évènements à suivre venir me lourdement démentir !

13:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, histoire, politique, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

29.09.2015

Rencontre en deux temps - 1 -

20121031211658-17-9.jpgJe ne l‘ai pas vu arriver et je n’ai donc pas entendu dans quelle langue il me saluait.
Car j’étais absorbé, colère, dans la lecture des affligeantes déclarations de Hollande à la grand’messe de l’ONU ; déclarations qui le font l’allié objectif des ennemis qu’il prétend vouloir combattre.
J’étais surtout très énervé de lire que ce saltimbanque répétait à l’envi, comme une vieille horloge montée à l’envers, qu’Assad était un tyran, comme si on avait besoin de sa science pour le savoir et comme si le roi d’Arabie Saoudite, chez qui il est allé faire le bouffon, qu’il caresse dans le sens du poil, à qui il vend des armes et des avions alors qu’il décapite à tour de bras ses opposants, n’était pas, lui, un sanguinaire. Apparemment, pour ce Président de plus en plus désastreux, il y a les bons tyrans et les mauvais tyrans. Une morale politique à tiroirs et à géométrie variable… Ou alors, il poursuit d'inavouables objectifs qui ne sont pas ceux du pays qu’il est censé représenter et il conduit tout le monde au désastre !
Donc, je n’ai pas entendu arriver mon visiteur et je lui ai  demandé, en polonais, en quoi je pouvais lui être utile.
C’était un tout petit pépé, frêle, au sourire sympathique, d'emblée attachant. Mais quand il m’a entendu parler polonais, son sourire s’est tout à coup effondré.
Il a baissé les bras, comme quelqu’un qui, décidément, n’y arrivera pas.
Il a demandé, dépité,  avec un fort accent : Vous… Vous ne parlez pas français ?
J’ai ri, si, si, bien sûr que si, puisque je suis français.
Il a poussé un long soupir de soulagement et il m’a demandé si je pouvais l’aider…
Avant même de savoir en quoi, j’ai dit oui, je peux vous aider.

Il était venu d’Italie, à la rencontre des lieux de sa propre archéologie ; il était à la recherche du passé de son père.
J'ai compris que, venant de lire les bruits de guerre du présent, j'allais me curieusement  plonger dans celle du passé.
Que le petit pépé était le messager impromptu de l’éternel recommencement des chaos.

 La suite bientôt...

14:31 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.09.2015

Savoir et aimer Villon

Mettre en musique un des plus célèbres poèmes du patrimoine était  une prise de risques. Presque une outrecuidance.

 

 

Je le savais pertinemment et j’avais collé cette musique sur Les pendus pour mon plaisir personnel, solitaire, ne pensant nullement avoir à l'offrir un jour à un public.
Bien que ma traduction ait été appréciée, j’ai donc entendu une critique que je m’étais déjà faite, celle d’avoir interprété le poème sur un ton proche du pathétique, sans accentuer le côté sardonique, le deuxième degré, des prières adressées post mortem par les pendus aux frères humains.
Critique exacte car cette ballade est avant tout une mise en scène, une raillerie même, d’où le je de François Villon est d’ailleurs totalement - et volontairement - absent.
A la différence notoire de ce quatrain que tous ceux qui ont approché de près ou de loin François Villon,  connaissent sans doute :

 Je suis François, dont il me poise
Ne de Paris emprès Pontoise,
Et de la corde d’une toise
Saura mon col que mon cul poise.

Ces vers font à mon sens figure originale dans l’œuvre de Villon, en ce qu’ils sont, ou du moins semblent être, purement autobiographiques, écrits qu'ils ont été juste après sa dernière condamnation de 1462 à être étranglé et pendu ; condamnation dont il fera appel et qui sera commuée en dix ans d'interdiction de paraître sous les murs de Paris.
La prudence est toujours de mise quand on aborde la vie de Villon. Les indices les plus nombreux dont nous disposons sont ceux présents dans son œuvre et c’est une œuvre à tiroirs. Une œuvre impure, qui mêle fiction et réalité avec tant d'ingéniosité et de franchise qu’il n’a jamais été aisé de dissocier réellement celle-ci de celle-là.
Le génie du poète voyou - anarchiste avant l’heure comme on se plaît parfois à le dire- fut en effet de toujours jouer entre traits autobiographiques bien distillés, extrapolations, parodies, dérisions, et contradictions. A telle enseigne, qu’il compose même une Ballade des contradictions :

 Je meurs de seuf auprès de la fontaine,
Chault comme feu, et tremble dent à dent ;
en mon pays suis en terre loingtaine

 Villon s’applique toujours à déconstruire le réel par la caricature, le jeu de mots et la parodie, passant du ton grave et sensible à la raillerie la plus joyeuse, mais aussi en usant d’une langue compliquée, bigarrée, mariant archaïsmes, argot des voyous, vieux français de l’époque et mots et tournures annonçant la lente évolution de la langue vers le corpus contemporain. Nous sommes à la fin du Moyen-âge.
Le Testament, rédigé au sortir de sa captivité à Meung-sur-Loire, est donc un faux testament, cruel avec ses légataires et qui brocarde avec force ironie, justice, finances et autorités religieuses, dans un langage également accessible au lettré qu'au voyou de l'époque.
Rabelais - quoique fantaisiste sur le sujet - dira au  siècle suivant, que Villon était un homme de théâtre. Presque un metteur en scène.
Mais ses déboires avec la justice pour le meurtre commis sur un prêtre, Philipe Sermoise, le 5 juin 1455, le cambriolage du collège de Navarre et la rixe avec un notaire, Ferrebouc, lui valurent in fine ces fameux dix ans d’exil de la ville de Paris et sa disparition, nul n’a su dire où et quand.
Le poète disparu, sa poésie connaît la célébrité. C’est en effet à la faveur de cette disparition mystérieuse, non élucidée, que Villon entra dans la légende dès la fin du XVe siècle parce que son œuvre était profondément ancrée dans son temps et avait échafaudé une figure multiple, contradictoire et attachante :

 D’ung povre petit escollier,
Qui fut nommé Françoys Villon.

On le sait, Villon sombrera dans trois siècles d’oubli, de 1533 à 1832. Il sombrera dès que sa langue acrobatique et ses mœurs de jouisseur turbulent ne seront plus comprises de l’époque nouvelle, avant d’être remis au jour par des archéologues de la langue et de la poésie.

 Pour en revenir à ce fameux quatrain donc, où le cou éprouvera  bientôt  le poids du cul, il est indispensable de constater que Villon commence sur une ambiguïté, François désignant dans la prononciation en même temps le prénom et la nationalité.
Ce qui change tout. «Je suis Français et ça me fâche, ça m’emmerde ». En plus, Français de Paris. Ce qui est un comble.
Ce calembour est dirigé contre ceux qui l’ont condamné à Paris et surtout contre les protagonistes de l’affaire Ferrebouc dans laquelle son complice, Robin Dogis, bénéficia d’un jugement plus clément parce qu’il était savoyard.

 

17:22 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

21.09.2015

Macron, le corbeau rose

IMAG1795.jpgAux temps jadis, les farouches Normands chevauchant l’écume des mers, embarquaient des corbeaux à bord de leurs drakkars, à dessein d’en faire des éclaireurs.
Ils en libéraient en effet un de temps en temps, en pleine mer, et, s’il revenait, cela signifiait alors qu’il n’y avait pas de terre toute proche.
Si, au contraire, l’oiseau faussait compagnie à ses geôliers et ne reparaissait plus, c’est bien qu’il avait retrouvé son élément, une terre où reposer ses ailes et amuser son bec.
Les redoutables conquérants poussaient alors sur les flots leurs chants sauvages avec plus d’enthousiasme encore, en même temps qu’ils secouaient plus énergiquement la rame dans la direction précise où le noir éclaireur avait disparu. Et gare aux riverains qui n’avaient pas su lire – comment l’auraient-ils pu, les pauvres bougres !? - l’arrivée dans leur ciel du sinistre messager !
Aussi beau et ingénieux que j’aie toujours pu considérer le procédé, parce qu’il se servait des éléments primaires de la planète et de l’instinct, parce qu’il supposait aussi une connaissance superbe, panthéiste, du monde,  je n’ai pu m’empêcher, ces jours-ci, de le repenser en termes d’une vilaine allégorie, à la fois amusée et dégoûtée,  à propos de toute autre chose, pas beau du tout, mais tout aussi ingénieux avec, en plus, une bonne dose de perfidie et d’esprit de manipulation dont nos conquérants danois et norvégiens, tout féroces barbares qu’ils aient été, étaient complètement dépourvus.

Les gens qui sont actuellement aux manettes de la République de France n’ont évidemment rien à voir avec l’intrépide courage des Vikings auxquels ils ressemblent à peu près autant qu’une de mes poules peut ressembler à un Tyrannosaure, mais ils n’en utilisent pas moins, eux-aussi, des corbeaux qui s’en vont croassant sur la houle médiatique,  à seule fin de sonder les réactions de la populace et de choisir, peut-être, enfin, une direction où faire naviguer leur triste «gouvernance».
Leur corbeau de prédilection aurait pu, selon les sources de la vieille langue germanique, s’appeler Bertrand, le corbeau intelligent, tant il l'est, intelligent et fin, cet oiseau-là !
Mais il s’appelle Emmanuel, dieu avec nous… ce qui, ma foi, n'est pas plus mal.
Dès lors, pour tout esprit encore quelque peu en éveil, il est inconcevable qu’un messager aussi dégourdi commette régulièrement des bourdes primaires et, surtout, manifestement à contre-courant de la navigation annoncée, comme s'il s'évertuait à faire chavirer la frêle embarcation-  les 35 heures, le statut des fonctionnaires, le SMIG, toutes notions chères à l’idéologie de ses capitaines - sans qu’il ne soit en service commandé, sans qu’il ne porte en son bec simulant l’imprudence une parole qui lui a été confiée, pour qu’il la distribue,  et que n’osent mettre franchement sur le tapis ses insidieux et pleutres capitaines.
Ainsi, notre oiseau lâche-t-il régulièrement sa petite bévue libérale de changement de cap et s’ensuivent automatiquement les réactions, outrées ou consentantes, de l’équipage tout entier. Les chefs de bord prennent alors, à bon marché et sur son dos consentant, la mesure de l’opinion sur ces sujets tabous et font mine effarouchée de vouloir faire taire l’oiseau de malheur.
Mais l’idée est lancée, elle est dans l’air, elle est rumeur et personne ne pourra dire, quand viendra le moment de lui donner corps, qu’elle n’a jamais été évoquée !
Emmanuel est donc un porteur de patates chaudes.
Jusqu’à l'inéluctable naufrage, il va sans dire. Car là où veulent accoster ces pâles et timorés barbares, il n’y a plus âme qui vive ni richesses à spolier.

12:04 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écriture, politique, littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.09.2015

Les bons et les méchants

Réfugiés-Syriens.jpgÉcrire sur ce drame de l’exode massif des populations syriennes et irakiennes que vit actuellement le monde - l’Europe, plus exactement – est malvenu et fort risqué car ce ne sera sans doute que rajouter une petite voix au brouhaha, à la cacophonie un son inaudible, aux erreurs d’appréciation une autre erreur.
Nonobstant, rester spectateur dans son coin et continuer à planter ses salades n’en est pas moins lâche. Presque indigne. Car le sujet est miné, explosif, et comporte tellement de contradictions, il offre le flanc à tellement d’idéologies et de réflexes primaires, que la plupart d’entre nous se contentent évidemment d’un prudent silence, voire, mieux, du détachement genre  philosophe revenu de tout.
Pour ne pas dire de conneries, se taire, donc. Pour vivre avec l’apparence de la propreté, rester cachés. Comme ça, si le drame vire à la tragédie, au cataclysme, et que nos enfants en payent plus tard le prix fort, on pourra dire qu’on savait et que et que… a contrario,  si tout cela se résorbe tranquillement, on pourra, sur le même ton, dire que bien sûr, qu’on s’en doutait et que et que...
Nous sommes en effet beaucoup à être habitués à penser les situations une fois qu’elles sont établies dans l’histoire et présentent un caractère presque irréversible ; sauf à tout casser et à refaire le monde. S’agissant de commenter, de prendre part, à la critique de leur développement quand elles ne sont pas encore entrées dans l’histoire accomplie, qu’elles sont en mouvement, en gestation,  et qu’il est donc difficile d’en prévoir les effets, nous sommes déjà beaucoup moins.
Parce que c’est un peu moins facile et qu’on risque fort de s’y compromettre.
Je me suis compromis il y a quelques années pour l’intervention française en Libye, pensant et écrivant qu’on ne pouvait laisser un peuple se faire massacrer par un tyran. Quel chérubin !
Et quel imbécile, surtout ! Mais ça ne me dérange pas de me traiter d’imbécile. D’ailleurs, je préfère le faire moi-même : ça évite aux autres d’avoir à le faire et c’est mieux fait. En plus.
Car il ne s’agissait évidemment nullement de cela. Il s’agissait de détruire toutes les structures politiques et sociales de tout le Moyen-Orient ; entreprise débutée avec fracas en 1991, en Irak.
Le résultat est aujourd’hui évident : guerres civiles, massacres, misères, fanatismes religieux, exodes, avec, en contrepoint,  balbutiements tardifs et humanitaires d’une Europe qui fait l’effondrée devant les incendies qu’elle a elle-même allumés avec ses indéfectibles amis d’outre-Atlantique.
Même scénario en Ukraine, avec, à la manœuvre principale, Hollande et Merkel.

Bon, d’accord, admettons, mais qu’est-ce qu’on fait, quand on sait ça ?
On écoute les inepties des uns et des autres. Des officiels.
Car c’est là que ça devient édifiant. Si je puis dire.
On assiste en effet à une définition géopolitique de l’Europe, une définition qui montre combien cette Europe n’existe qu’à coups de technocratie et de financement massif, sans aucune réalité historique, sociale et humaine. On a, d’un côté, l’Ouest qui, après avoir largué ses bombes sur tout ce qui bougeait, largue maintenant ses bons sentiments sur tout ce qui veut le contredire et, de l’autre côté, l’Europe Centrale qui ne veut pas entendre parler d’une quelconque participation à la réparation de la casse.
On en pense ce qu’on en peut, partagé entre une vague, très vague idée de devoir de solidarité et une inavouable peur…
Ce n'est pas une émotion humaniste, la peur. Voyons ! C'est un truc réactionnaire de poule mouillée !
Alors, j’écoute les Polonais et ils disent : accueillir des gens, oui, bien sûr, on ne laisse pas des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes à la rue.
Nous sommes aussi des gens solidaires. Mais après ? Quelle intégration ? Quel avenir pour ces gens déracinés sous d’autres cieux, sous un autre dieu ? Quel mode de vie ? Quels moyens de vie ? Quels espoirs ?  En un mot comme en cent, quel bonheur à court, moyen et long terme ?
La vie d'un homme ne se résout  pas à avoir un bout de pain dans l’estomac et un bout de toit sur la tête. Sinon dans le moment même de l’urgence.
Les gens de l’Ouest, eux, ne posent même pas la question. Accueillir, c’est mettre des gens dans des locaux et leur  distribuer de la nourriture. Point.
Pourquoi donc ce manque de vision, cette lâcheté à ne pas vouloir voir plus loin que le bout du nez ? Pourquoi cette différence fondamentale de point de vue qu’on vous résume – on n’est plus à une immondice verbale prêt -  à une différence entre les bons solidaires latins et les sales égoïstes de slaves ?
J’ai ma réponse, vécue de près, compromettante ou pas, peu importe : parce que l’Europe Centrale se sent exister encore en tant que telle - surtout qu’il n’y a guère que 25 ans qu’elle a retrouvé ses marques -, alors que l’Ouest, lui, depuis longtemps, n’existe plus, n’a plus de repères auxquels il tienne, n’a plus de culture à faire valoir et dont son esprit se régalerait.
Sa solution est donc dans la dissolution.

15:15 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litétraurte, politique, histoire, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.09.2015

Fin d'été

littérature,écritureJ’ai traversé, messieurs, des prairies que massacrait le soleil.
Et je vous le dis : pas un oiseau, pas un animal des champs, pas un mouvement, nul être vivant, n’apparaissait alors sur ces espaces jaunâtres, tétanisés par le feu tombant dru sur leur échine accablée.
La petite route pourtant, souvent, taillait dans la forêt. Mais c’était là une forêt sans ombrage. Les feuillages calcinés pendaient au bout des banches et, déjà, juillet à peine rayé du calendrier, ils se laissaient tomber au sol, vaincus, trompés, abusés, déboussolés par cette trop longue fantaisie du climat.
La lumière caniculaire pénétrait ainsi avec force par les trouées de la voûte, en déchirait le voile, en violait l’écrin, assassinant du même coup les petites plantes des sous-bois qui, d’ordinaire, vivent de la fraîcheur de sa pénombre.
Asphyxiés dans une poussière brûlante qui, partout, sortait des entrailles terrestres, les paysages chétifs se mouraient de soif et les herbes des champs, des talus, des bois et des jardins, les hommes des hameaux, des bourgs, des villages et des villes, les animaux sauvages tout comme ceux des fermes éparpillées, tous, unanimes, réclamaient la trêve et imploraient clémence.
En pure perte cependant. D’interminables mois durant, les cieux sont demeurés impassibles, sourds aux souffrances et aux supplications, purs et durs dans leur obstination à détruire. Nul nuage, nul souffle salvateur, nulle ombre passagère, n’osait venir troubler l’austérité bleutée, chauffée à blanc.
Au matin, l'air puait la fumée d'un invisible désastre, rajoutant à la tristesse du jour qui s'annonçait la touche d'une impalpable angoisse
. Des tourbières, nous a-t-on dit, brûlaient en Biélorussie et en Ukraine, de l'autre côté du fleuve.

Et puis… Et puis, quelque chose a frémi aux pendules du jour et de la nuit, inversant l’autorité meurtrière de celui-là sur celle-ci. Un matin de septembre enfin, le souffle d'un vent levé des horizons multiples, a gommé lentement ce grand tableau d’azur et sur sa toile immaculée a dessiné le blanc et le gris des premières nuées, que saluait un arc-en-ciel.
Des larmes éparses et chaudes ont giclé sur les sols crevassés, maladroites, désordonnées, lourdes et pataudes, comme si le ciel  ne savait plus pleuvoir. C’étaient là quelques pleurs de remords, avant que ne jaillissent soudain les grands sanglots du pardon et que la terre ne les boive avec tout le désespoir d’une rescapée des sables.
Un peu tard seulement.
Cicatrices et brûlures restent inscrites sur la morosité des arbres
recroquevillés par la peur, déjà marron, déjà jaunes, sans l’éclat joyeux des pourpres sanguins de l’automne, comme s’ils étaient pressés à présent d’en finir avec ce cycle-là et de rejoindre les silencieuses nudités de l’hiver.
Pour recommencer bientôt un vrai et grand mouvement des choses, qu’ils espéreraient, cette fois-ci, conforme et doux à la fuite éternelle des saisons.

Court extrait d'un roman en chantier

11:13 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.09.2015

Mini revue de presse

d9b7a6c5ff6f4e0bcfc76c0ce339a5e9.jpg.gif- Un site d’infos me met dans l’embarras.  S’appuyant en effet sur un énième rapport de la Cour des comptes, il pose la vieille, la lancinante, l’éculée et récurrente question : Les fonctionnaires doivent-ils travailler plus ?
Je ne sais que dire, ma foi.
Bon, mais si je prends la posture sociale-gauche, chafouine de candeur feinte et  généreuse, ouverte, bien dans sa peau et qui a réponse à tout et à rien  parce que ce n’est pas une pensée mais un disque de jukebox, je dis : qu’est-ce que c’est encore que ces salades de droite, toujours à agresser la pauvre fonction publique ?
D’accord. Mais si, au lieu de prendre une posture bien-pensante, je m’en réfère à quinze ans de mon propre vécu ;  si je suis donc un homme d’opinion empirique, voilà que je rigole comme un perdu et que je réponds :
- J’en sais rien… Je m’en fous, à vrai dire.  Je ne sais pas s’il faut que les fonctionnaires travaillent plus. En revanche, ce que je sais avec certitude, c’est qu’il est absolument impossible qu’ils travaillent moins. Sauf à rester chez eux…

- Un autre titre attire mon œil avide : Une nouvelle espèce d’humains découverte.
Je me jette ! Depuis le temps que j’attends des hommes nouveaux, des mutants !
Et je lis : Une ancienne espèce du genre humain inconnue jusqu'à présent a été présentée par une équipe de scientifiques internationale jeudi.
Faudrait savoir ! On s'fout vraiment de nous !

- Beaucoup plus inquiétant et très éloquent : Les Russes renforcent  leur présence militaire en Syrie et  « ça inquiète Fabius.»
Ben moi, c’est l’inquiétude de Fabius qui m’inquiète. Beaucoup. 

12:51 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

08.09.2015

Invasion barbare

P7080730.JPG...Et je saute une page, puis une autre, puis deux ou trois, et je feuillette, je zappe, je baîlle, je m'étire, je me dis que le papier est glacé et ne me servira même pas pour allumer mon poêle. Quant à  s'essuyer l'derche avec ça, même pas la peine d'y penser !
Je m'apprête donc à balancer la revue par terre, quand enfin, je lis, pris d'un vertige, les yeux écarquillés  :
« ...Pour remonter si loin  au Nord, il faut bien que les (....) en tirent un bénéfice substantiel. Car le coût de l'investissement est considérable en termes de dépenses énergétiques. Le retour sur cet investissement est donc, chez ces (...-là) un gain supplémentaire au niveau de la ... »
Sur le cas de qui croyez-vous que se penche cet article tiré d'un magazine de vulgarisation et de sciences, qui m'était par hasard échu entre les mains ?
Vous avez deviné. Il parle d'entrepreneurs audacieux qui n'ont pas peur de prendre des risques pour faire juter du profit.
Hé ben vous avez deviné tout faux, avec votre esprit prosaïquement libéral ! Vous ne savez pas lire "moderne"!
Enfin... Réfléchissez un peu, m'ssieurs-dames. Détendez-vous... Envolez-vous bien loin de ces miasmes morbides, allez vous purifier dans l'air supérieur et buvez, comme une pure et divine liqueur, le feu clair qui remplit les espaces limpides !
Citoyen, citoyenne, baudelairisez un peu votre lecture !
Car c'est là un article sur la migration des...
-
Chefs d'entreprise ?
- Non ! Il s'agit d'un article sur... la migration des oiseaux ! Si, si....

Alors là, les carottes sont définitivement cuites, que je me dis, affalé sur ma banquette. Désintégrées même, les carottes ! Le langage est colonisé dans toutes ses évocations, tous ses termes, vidé de tous ses sens. Il est à sens unique. Une redoutable impasse. Un coupe-gorge.
À ce stade répugnant de l'aliénation de la parole, y'a plus grand chose à faire.
Il n'y a surtout plus grand' chose à dire.

13:14 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.09.2015

Error communis facit jus

auschwitz-birkenau-300x225.JPGLa Pologne subissant depuis quelque deux mois une insupportable canicule, les responsables du musée d’Auschwitz, sans doute le savez-vous déjà, ont cru bon d’installer des brumisateurs à l’usage des gens, parfois âgés, venus se recueillir en ces redoutables lieux de crimes et de supplices.
Aussi louable qu’ait été leur intention, mal leur en prit.
Car, eux qui ont en charge la redoutable tâche d’entretenir, en ces lieux où Dieu et les hommes ont définitivement cessé d’exister, la mémoire de la plus grande catastrophe criminelle jamais surgie au sein de l’humanité, eux qui ont pour devoir de transmettre à tous cette phrase inscrite sur d’autres cendres, celles de Majdanek, que notre sort vous serve d’avertissement, ils ont ignoré la nature dénaturée du présent dans lequel ils avaient à transmettre.
Ils ont ignoré que  la mémoire du vécu, tout comme le vécu de la mémoire, s’est éloigné en une représentation et que tout ne peut désormais  se dire, se raisonner et s’agir qu’en termes d’images au détriment du réel, même ici où, pourtant, l’intérieur intime, silencieux, brut, primaire, nu, irréfléchi, en un mot comme en cent humain, devrait être le seul à gémir.
Le signifiant, là comme partout ailleurs, a phagocyté le signifié jusqu’à le détruire ; le mot a remplacé la chose et toute chose a disparu.

C’est ainsi que ces innocents brumisateurs font scandale et sont considérés comme une honte parce qu’ils rappelleraient, parce qu'ils imagineraient, parce qu'ils  représenteraient, les fausses douches installées par les bourreaux dans les chambres à gaz, à dessein de tromper l’ultime vigilance des suppliciés.
Ces horribles douches - les fausses-vraies des nazis - ne sont-elles donc plus assez éloquentes, assez terribles, assez tragiques, ne signifient-elles donc plus assez, qu’ils faillent s’émouvoir de généreux brumisateurs destinés à éviter les malaises des visiteurs ?
Époque dénaturée qui ne sait même plus se dignement souvenir !

Tout mon soutien aux responsables du terrifiant musée d’Auschwitz.

15:44 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : histoire, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

01.09.2015

Les arroseurs arrosés

bhl-hollande.jpgEn tant que citoyen français, si je devais formuler un souhait quant à ce que retiendra en matière de documents  l’histoire du putsch de février 2014 à Kiev, ce serait celui-ci : que cette image reste comme preuve à charge de l’effrayante escobarderie dont fit montre l’innommable socialiste, président de la République de France.
Il fut un des premiers, sinon le premier, à pavoiser sur les marches de son palais avec les bénéficiaires immédiats du susdit putsch ; putsch militairement réalisé par les bandes ultra-nationalistes et farouchement antisémites de l’extrême-droite ukrainienne et que les médias et les politiques français vous ont vendu sans vergogne comme étant une révolution pour la démocratie.
La peste soit de ceux qui les croient encore, ne serait-ce qu'une seconde !
L’histoire, j’espère aussi, ricanera jaune de voir le soi-disant philosophe de confession juive faire le beau à ses côtés, c’est-à-dire se félicitant de ce que des nazis aient réussi à virer un pro-russe corrompu !
Aujourd’hui, la phalange armée du putsch de Kiev se retourne contre ses commanditaires qu’elle a mis au pouvoir bien malgré elle. C’est une phalange experte dans la guérilla urbaine et l’affrontement. Elle a été envoyée dans le Donbass par Kiev en tant que bataillon de choc, c'est-à-dire que les dirigeants européens - dont le sinistre donneur de leçons de morale  Hollande - s'appuient sur l'extrême-droite nazie pour parvenir à leurs fins.  Cette extrême-droite, au regard de laquelle le Front national français fait figure d'association d'enfants de chœur, réclame donc ces jours derniers, par les moyens qui lui sont propres, son dû : que le gouvernement ukrainien issu de l’insurrection lui paie ce pourquoi elle a mouillé la chemise et impunément fait couler le sang.
Que dit alors le socialiste chafouin ? Par la voix enrouée de son roué de ministre des affaires étrangères – lequel, rappelons-le, était à Kiev le soir même du sanglant  coup d’état - il dit ce que disent ses complices Merkel, Obama, et Bruxelles, c’est-à-dire qu’il fait mine de s’indigner de ce que la boîte de Pandore, qu’il a ouverte pour plaire à ses seigneurs d’outre-Atlantique et en mentant effrontément à tout son peuple, lui pète à la gueule.
On croit rêver : les seuls qui avaient averti le monde du danger sont ceux que l’Europe entière, fidèle chambre d’écho des musiques du Pentagone, traitent de menteurs : Les Russes.
Je ne crois pas que la France ait été un jour gouvernée par un homme aussi à plat ventre devant des Américains et leurs complots internationaux et je crois qu’elle devra en assumer longtemps la honte !
Même les Polonais, ceux qui osent voir la réalité en face et qu’on ne peut en aucun cas soupçonner d’être pro-russes, le disent maintenant : l’Ukraine est un coup monté par l’Europe et les États-Unis en quête d’expansionnisme et de nouveaux territoires pour le marché bientôt transatlantique.
Seulement, là, c’est dans une zone charnière entre l’Occident et Moscou que s’est opéré le complot démocratique.
Du fait, il y a longtemps que l’Europe – je parle ici du continent, de l’autre je n’en ai que faire ! - n’avait pas marché sur des œufs aussi pourris.
Ne pas le comprendre, que ce soit par aveuglement  idéologique, par ignorance, par lâcheté ou par bêtise crasse, c’est déjà être complice.
Car  nous n'héritons pas de la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants. (Saint-Exupéry)

Comprenne qui voudra, ne serait-ce que pour ne pas crever idiot...

Illustration, à lire et à voir...

12:39 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ukraine, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.08.2015

Histoire de l'idéologie, idéologie de l'histoire: le terrible amalgame

" La mort peut apparaître au moment de l’amour, dans l’élan créateur. Mais que ce soit encore dans l’infinie tendresse, les larmes et la pitié (c’est de l’amour encore). Aux moments très émus où je couvai, refis la vie de l’Eglise chrétienne, j’énonçai sans détour la sentence de sa mort prochaine, j’en étais attendri. La recréant par l’art, je dis à la malade ce que je demande à Dieu  Ezéchias. Rien de plus. Conclure que je suis catholique ! quoi de plus insensé ! Le croyant ne dit pas cet office des morts sur un agonisant qu’il croit éternel." 

Jules Michelet – Préface à Histoire de France - 1869 -

C’est en lisant ce passage, très actuel pour un athée qui défend sa culture non pas parce qu’elle a ses fondements dans le terreau judéo -chrétien mais parce qu’il ne sait pas s’exprimer, rire, chanter, aimer, écrire, lire, parler, penser, – même a contrario -, sans faire appel à ce ce qu'elle a  constitutif en lui, que je me suis souvenu du temps où l’Exil des mots était lieu d'un véritable débat, notamment avec Philip Seelen, Barbara Miechowka… et bien d‘autres.
J’ai dès lors eu envie de publier le commentaire que Barbara Miechowka avait laissé sur les fondements de l’histoire polonaise. Elle m’a donné son accord et je l’en remercie.
Ce sont des mots, ceux de Michelet comme ceux de ma commentatrice, que ne peuvent évidemment comprendre tous les caniches, tous les faux-culs, tous les décervelés, tous les modernes pédants, tous les faux bouffeurs de curés qui veulent déchristianiser l’Europe non pas pour la libérer d'une aliénation séculaire et parce qu’ils seraient intelligemment athées, mais parce qu’ils ont en charge de la noyer sous une autre culture et sous bien d’autres inavouables paramètres.
Devant tous les désastres que nous préparent ces salauds, seuls le retour en arrière et  la réaction  sont véritablement bien intentionnés.
Du point de vue de l’humain et tels, du moins,  que je les conçois.

 *

b27.jpg"Après avoir découvert le texte de Philip Seelen sur Katyń et l'avoir édité sur le site de l'association dont je m'occupe, je m'immisce avec plaisir dans cette conversation qui soulève la question du rattachement de la Pologne à l'aire de la culture européenne par le christianisme.
Pour mon regard franco-polonais de personne née en France après la guerre de parents réfugiés politiques polonais, elle m'apparaît de plus en plus souvent comme fondamentale et difficile à comprendre vue de France, car elle oblige à penser le rôle civilisateur du christianisme sous un angle qui n'est vraiment plus de mode de ce côté occidental de l' Europe déchristianisée et qui voue un culte chaotique à quelques dieux comme "les droits de l'homme", Marx et la consommation effrénée de biens matériels.
Beaucoup d'aspects du catholicisme polonais sont méconnus et pourtant fondamentaux. Au seizième siècle, il a produit une pensée politique qui a été le fondement d'un régime politique de démocratie nobiliaire et de monarchie élective au cours de ce qui a été appelé "le siècle d'or" de la Pologne: un état qui pouvait réunir sous un même sceptre des populations catholiques, juives et orthodoxes et même protestantes (car des protestants persécutés en France s'y étaient réfugiés) et musulmanes (il y en a quelques traces encore du côté de Białystok). Siècle d'or qui s'est ensuite décomposé en anarchie et a engendré les partages de la Pologne à la fin du dix-huitième siècle.
Au dix-neuvième siècle, ce sont toujours les valeurs chrétiennes qui inspirent les penseurs et les poètes tournés vers l'espoir de la renaissance de la Pologne: Mickiewicz (ami de Victor Hugo), Slowacki, Norwid, pour ne citer que les plus célèbres des "prophètes" qui ont vécu en exil.
Simultanément, c'est bien l’Église qui soutiendra la lutte pour la préservation de la langue polonaise, le plus fortement là où elle était la plus attaquée comme vecteur d'une culture et d'une tradition, c'est-à-dire dans l'Empire prussien.
Dans la si courte période d'indépendance de 1918 à 1939, une contestation de l’Église vue comme protectrice des intérêts des puissants, par exemple des propriétaires terriens, a fait son apparition de façon suffisante pour que, née en France et y ayant toujours vécu, je ne sente pas de fossé profond entre ce qui pouvait se dire au sujet de l’Église chez mes parents et ce que je pouvais en entendre ou en lire en France. Et pourtant, face aux mauvais coups du pouvoir communiste, mon père qui suivait les événements par les canaux de diffusion de l'information dans le monde des Polonais en exil, avait toujours l'oreille aux aguets et disait: "Que dira le Cardinal Wyszynski? Il ne peut pas laisser passer ça sans réagir".
Il me semble donc que c'est bien l'arrivée d'un communisme imposé de l'extérieur qui a redonné de la vigueur morale à une Église polonaise qui aurait aussi bien pu perdre de son influence, si le pays avait évolué librement. Face au communisme, c'est le personnalisme chrétien dont le pape Jean-Paul II a été un représentant particulièrement tonique qui s'est levé de façon spectaculaire dans certains courants de Solidarność, me semble-t-il.
C'est donc bien toute l'Histoire de la Pologne qui devient incompréhensible pour ce qu'on pourrait appeler à grands traits caricaturaux le "progressisme" occidental de gauche, si on fait l'économie de la découverte de ce qui va à contretemps des évolutions de la culture dans la partie occidentale de l'Europe.

Quant au présent et à l'avenir, il me semble que la Pologne est bien à nouveau dans le même bateau que l'Europe occidentale, qui se plaît tant à se gausser et à donner des leçons de modernité ou de civilisation aux Polonais, si j' en juge par les questionnements des quelques nouveaux écrivains polonais qui arrivent jusqu'à moi. Qui aura le dernier mot? L’Église polonaise a-t-elle de beaux jours devant elle? Nul de nous ne peut le prédire sans risque de sombrer dans le ridicule, car il suffit d'un retournement de situation ou d'une nouvelle catastrophe historique, dont nul n'est à l'abri, pour que les fondements chrétiens dans lesquels la culture polonaise a puisé un sens qu'elle a élaboré à sa façon, produisent de nouveaux bourgeons.

En continuant mes réflexions sur le rôle du christianisme en Pologne, d'autres faits me sont venus à l'esprit.
En France, c'est la pensée des Lumières qui s'est imposée comme le point de référence, mais pas en Pologne. Pourquoi? Deux explications me viennent à l'esprit:
- pays d'économie rurale encore jusqu'en 1939 où les paysans, propriétaires de petits lopins de terre, constituaient encore plus de 60% de la population de l''état polonais. Pays dans lequel la bourgeoisie, qui a été le milieu social porteur de cette pensée en Europe occidentale, n'a commencé à se développer vraiment qu'à la fin du 19ème siècle.
- Voltaire et d'autres, amis de Catherine II  qu’elle a bien roulés dans la farine, tout comme elle roula Stanislaw-August Poniatowski, son amant et dernier roi de Pologne, qui avait beaucoup œuvré pour essayer de diffuser la pensée des Lumières dans son royaume : Ce n'était certainement pas là  le meilleur mode d'entrée pour plaire aux élites polonaises du 19ème siècle...

En Pologne, il y a eu une tentative pour remettre la pensée des Lumières à l'honneur après 1945. Mais les universitaires qui ont commencé ce travail ont été obligés de quitter la Pologne en 1968. En France,  on ne retient de ce fait que l'étiquette "antisémite" pour expliquer ces exclusions de 1968 qui ont touché des universitaires aussi importants que Jan Kott, par exemple. Pourtant cette étiquette occulte une réalité tout autre dont il faut chercher le déclencheur du côté du Moscou de l'époque, celui qui a aussi envoyé ses chars à Prague en août 1968.
Ainsi on en arrive à une situation que Bronislaw Geremek a décrite dans un dernier article publié dans le quotidien Rzeczpospolita, quelques jours après sa disparition en juillet 2008. Il y écrivait que les deux sources de la pensée de l'Europe actuelle sont d'un côté les Lumières, de l'autre le christianisme, et qu'il fallait bien retenir pour l'avenir que l'expérience polonaise a montré que lorsqu’ ’une  de ces sources d'esprit critique fait faillite, c'est l'autre qui permet à l'esprit humain de relever la tête.
Un testament polonais, en somme...."

Image : Philip Seelen

12:29 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | Bertrand REDONNET

18.08.2015

Michelet

7779174715_migrants.jpgIl y a quelques années, un journaliste anglais, aussi imbécile que cynique - ces quatre qualités pouvant sans problème être lues comme des fautes de style, comme des redondances - s'exclamait : Nous avons les garçons de café les plus diplômés du monde !
Il parlait, le mufle, des jeunes Polonais fraîchement sortis de l’université et qui, ne trouvant pas de travail, arrachés à leur terre encore imberbes, se retrouvaient effectivement loufiats à Londres ou ailleurs, en attendant des jours meilleurs.
L’Angleterre, c’est une de ses assiduités historiques, s’est toujours engraissée du malheur des autres, attirant à elle les mouches comme avec du miel, avant de se plaindre, le bec pincé par son humour à la con, de leur inévitable surnombre.
Déjà Michelet, dont on sait qu’il n’a jamais  vibré d’un cuisant amour pour le pays de Sa Majesté, écrivait :

 « […] Tous ceux  qui ont jamais fui la servitude, druides poursuivis par Rome, Gaulois-Romains chassés par les barbares, Saxons proscrits par Charlemagne, Danois affamés, Normands avides, et l’industrialisme flamand persécuté, et le calvinisme vaincu, tous ont passé la mer, et pris pour patrie la grande île : Arva, beata petamus arva, divites et insulas… Ainsi l’Angleterre a engraissé de malheurs et grandi de ruines. Mais à mesure que tous ces proscrits, entassés dans cet étroit asile, se sont mis à se regarder, à mesure qu’ils ont remarqué les différences de races et de croyances qui les séparaient, qu’ils se sont vus Kymrys, Gaëls, Saxons, Danois, Normands, la haine et le combat sont venus. Ça été comme ces combats bizarres dont on régalait Rome, ces combats étonnés d’être ensemble : hippopotames et lions, tigres et crocodiles. Et quand les amphibies, dans leur cirque fermé de l’Océan, se sont assez longtemps mordus et déchirés, ils se sont jetés à la mer, ils ont mordu la France. »

Le drame des migrants, victimes du sempiternel chaos du monde, jetés sur les mers et sur les routes, de désespoir prenant d’assaut le tunnel de « l’Eldorado menteur », est, par ces lignes-mêmes qui le dénoncent comme une constante de l’histoire particulière de ce pays, d’une tristesse encore plus poignante. 

09:44 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | Bertrand REDONNET

08.08.2015

Invasion caniculaire

drakkar.jpgChez un bouquiniste de Normandie, j’eus l’heur de découvrir une vieille édition, 1966 en 8 volumes, de l’Histoire de France de Jules Michelet.
J’ai tourné autour pendant trois jours, hésitant, tergiversant, calculant, trouvant des prétextes, maugréant, avant de capituler.
Question récurrente du discours byzantin :
Jules Michelet est-il un poète ou est-il  un historien ?
Michelet est tout simplement un remarquable écrivain, qui a su mettre à profit la monumentale documentation à laquelle il avait accès en tant que chef de la section historique des Archives nationales.
Il se lit ainsi par goût de l’Histoire autant que par celui de la littérature.
Plongé dans ses pages, je redécouvre ce qu’on a trop vite oublié ou peut-être mal appris : les empereurs romains après César furent en majorité des Celtes, des Gaulois.
Ce qui fait dire au poète que Rome a conquis les Gaules autant qu’elle a été conquise par elles.
Délectable description de ces siècles de chaos guerrier qui ont suivi la chute de l’Empire, jusqu’à la "victoire" des Francs et la restauration d’un nouvel empire, socle de notre histoire, celui de Charlemagne.
Bref. Sans jeu de mots sur Pépin...

Pendant que je s’en suis donc encore au Haut Moyen-âge, dehors, l’atmosphère est en flammes.
Un mois d’août exceptionnellement torride, après un mois de juillet non moins tropical ; une canicule durable à ne pas mettre un Sarmate dehors. Affligeante désolation des pelouses et des jardins et, surtout, des tilleuls et des bouleaux qui, accablés par le feu d’un ciel céruléen, ont pris les couleurs qu’ils revêtent d’ordinaire en octobre, laissant s’éparpiller alentour leurs feuilles desséchées, calcinées,
tuées par la soif, et qui craquent, sinistres sous les pas.

Je lis, attendant dans l’ombre des volets refermés, les jours plus cléments de septembre. Du mois l’espéré-je…
Certains historiens, que désavoue Michelet, avancent pour une des causes des invasions vikings des 9e et 11e siècles un brusque réchauffement climatique. Certaines terres du Danemark et de Norvège auraient en effet dégelé, la surface agricole disponible s’en serait trouvée agrandie, des habitations et des fermes nouvelles auraient surgi un peu partout sur les terres ainsi conquises et, par conséquent, s’en serait suivie une surpopulation inquiétante.
Les farouches nordiques se seraient, contradictoirement, retrouvés à l’étroit sur un territoire devenu plus grand, mais pas assez grand pour supporter l’augmentation des naissances et la baisse de la mortalité, dues à une alimentation de plus en plus abondante.
En ces temps-là et sous ces cieux polaires, la famine tenait lieu de sélection naturelle au genre humain.
Les nordiques prirent donc la mer, poussèrent la rame sur toutes les mers du globe et, accostant aux rivages inconnus, pillèrent sans retenue, brûlèrent, massacrèrent, jusqu’à ce que, pour ce qui nous concerne, Charlemagne leur donne la Normandie, où, justement,  j’ai trouvé mes volumes de Michelet...

Mon thermomètre indique 37°.
Ça dure et c’est dur.
Je me demande bien quelles invasions nous préparent le ciel, vitrine accablante d'un changement climatique de plus en plus évident.

20:30 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | Bertrand REDONNET

06.08.2015

Les chrysanthèmes du silence

IMAG1633.jpgOn me fait tant de compliments de mon Silence des chrysanthèmes et ceux-ci  émanent d’horizons tellement divers, - gens que je connais maintenant, gens que j’ai perdus de vue depuis peu, d'autres depuis très longtemps, gens que je n’ai jamais vus, gens qui ont l’habitude de lire, gens qui ne lisent guère de littérature, gens qui ne lisent même pas du tout, ou si peu, gens de la foire aux livres de Varsovie en mai, gens rapidement rencontrés en juillet en Bretagne, tout ceci par écrit ou de vive-voix - que je me suis demandé s’il ne s’agit pas là, finalement, d’un  jeu de la parole sociale, surtout qu’elle tourne en l’occurrence autour d’un livre qui, il faut bien le dire, passe pratiquement inaperçu des « professionnels ».
Ceci, peut-être, explique en grande partie cela.
On peut oser dire, sans prendre beaucoup de risques, d’un livre qui rencontre le succès, qu’il est une merde affligeante. On fait montre alors d’un certain esprit critique, on ne hurle pas avec les loups, on est d’une tout autre nature et d’un tout autre goût, on prend quelque hauteur de vue.
Mais d’un livre dont pas grand monde ne prend la peine de parler et qui vous est par hasard ou par connivence tombé entre les mains, on ne peut dire qu’il est une merde, au risque de se ranger implicitement du côté du silence des marchands de consécrations et des faiseurs de réussites. Bref, au risque d’être du parti de la conspiration.

Tandis-que défilaient les autoroutes allemandes ou belges derrière mon pare-brise, c’est bien ce que je me disais.
Surtout qu’une impression revient toujours dans les commentaires que je reçois ou que j’ai entendus : je me suis régalé, j’ai replongé dans le monde de mon enfance.
Serait-ce à dire, puisque j’ai moi-même crû plonger en écrivant ce livre, en partie tout du moins, dans ma propre enfance et dans ma propre intimité, que nous avons tous une enfance universelle, des paysages, des odeurs et des souvenirs qui nous sont un bien commun ? Ou alors la part de fiction distillée dans mon écriture l’emporte-t-elle sur les éléments autobiographiques ?
Ce serait, ma foi, fort flatteur du point de vue de l’écrivain. Car tout le monde peut écrire des souvenirs, mais ceux-ci ne rentrent dans le domaine de la littérature que par l’imaginaire poétique qui les accompagne. Certains diraient, par la part de sublimation dont ils sont revêtus.
Mais sans doute dois-je plutôt comprendre que c’est l’évocation elle-même du temps qui s’est enfui que nous avons, mes lecteurs et moi-même, en complicité. Peu importe le flacon  pourvu qu’on ait l’ivresse…
Peut-être.
Cette petite phrase extraite d’un récent courrier tendrait en tout cas à me le confirmer : "Vous avez écrit les mots que nous avons tous en partage pour nous prémunir contre la peur de devoir partir bientôt."

12:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | Bertrand REDONNET

08.07.2015

Bye bye !

Huit ans ce mois-ci que j’écris sur ce blog.
Tout ce temps durant, que je n'ai guère vu me filer entre les doigts, j’ai jeté sur les froides statistiques de fréquentation un regard attentif, cherchant ton empreinte,  comme si j’allais  à ta rencontre, toi qui venais à la mienne.
Purs mots d’un monde de plus en plus virtuel.
Quelque chose a changé. Je ne regarde plus les statistiques, d’ailleurs, il n’y en a plus.
C’est mieux comme ça.
L’illusion de causer dans le vide de soi-même est plus riche.
Car un blog cause d’abord  à lui-même.
Quelque chose s’est brisé.
Depuis l’aventure Kraszewski – la mésaventure plus exactement – les choses sont beaucoup plus claires et je ne m’en porte que mieux.
Je reviendrai plus tard.
Quand j’aurai, pour la énième fois, oublié la clarté des choses.

09:11 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | Bertrand REDONNET

30.06.2015

Décalage ?

actu.JPGIl  y a une chose que je ne comprends pas.
Enfin non, en vérité…
Il y a des milliers de choses que je ne comprends pas, car s’il n’y avait que celle-ci, somme toute insignifiante, j’aurais résolu toute l’énigme du monde et je serais dès lors, ou le plus malheureux des hommes, ou le plus heureux d’entre eux.
Disons alors que je pense en ce moment à cette petite chose que je ne comprends pas et qui me turlupine.
Ici, à Biała ou dans mon village des rives du Bug, je n’ai pas accès aux quotidiens français. Je prends donc des nouvelles du pays, lesquelles, soit dit en passant, sont rarement réjouissantes, via les sites d’infos, vendues comme quasiment en direct, tel que sur Voilà -Actualités, par exemple, où l'AFP fait des merveilles.
C’est pas beau, ça, d’habiter à 2500 km de son berceau dans un hameau perdu aux confins du monde russe  et de savoir, dans la minute qui suit,  s’il ne se passe rien de trop fâcheux là-bas ?
Oui mais voilà, justement.

Le massacre de Charlie hebdo, je l’ai appris par D. qui venait de visiter un site d’infos polonais…
J’ai sauté sur ma souris et vite suis allé voir de quoi il en retournait.
Rien. Que des rubriques chiens et chats écrasés.
Bon…Ce doit être un canular.
C’est venu plus tard. Quelques heures après.

Les grandes oreilles de l’oncle Sam sous la table des Présidents, même chose :
- Tu as vu ? Les Américains ont…
- Non. Je n’ai rien vu de tel. Où ça ?
C’est venu plus tard. Quelques heures après.

Le crime infâme d’Isère, la tuerie de Sousse, même chose. Je savais tout ça avant vous, sans doute, même si vous habitez Lyon et si vous avez les mêmes sources d’information que moi…

Bizarre, non ?
Est-ce là la lenteur épouvantable des Français, aussi lents que leur justice et leur administration ?
Ou bien y-a-t-il là-dessous d’autres raisons moins avouables?
Je n’en sais rien, mais c’est fort curieux. Étrange même.
Mais peut-être que les Polonais sont partout à la fois et rapides comme l’éclair pour transmettre, eux.
Humm… J'ai un doute.

16:27 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.06.2015

Au crépuscule d'un jour

A.JPGTrois heures aux pendules éternelles du ciel.
La nuit passe le relais. Sur la pointe des pieds, comme pour ne pas réveiller trop brutalement l’étoile de feu et laisser aux âmes tourmentées le temps de se retirer
incognito dans son sillage.
Dans les halliers tout proches, dont les feuillages caressent à ma fenêtre, un artiste ailé salue la lueur nouvelle.
Pour quelques heures encore, le monde ressemble à un monde déserté des hommes.
C’est peut-être la raison pour laquelle on y ressent si bien et si juste.
Où l’on pense, par exemple, dans un sourire amusé, que de philosopher sur le mensonge comme pièce maitresse des constructions sociales, c’est vraiment des billevesées de blogueur. Du trompe-la-mort.
Qu’en ai-je bien à faire ? De ça et de tout le reste ? Qu’est-ce que rabâcher dans le vide, comme une vieille machine déréglée, peut bien m’apporter ?
Les mondes meilleurs sont déjà là, ne les vois-tu pas ? A ma porte, sur ce jardin qui sent la plante ensommeillée, qui lape la rosée, et sur ce silence tremblant des primes émois.
Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Je saisis mieux le vieil adage.

Depuis dix ans, je n’ai cessé de m’émerveiller des matins de l’été continental dans ce village perdu des confins.
L’Océan, là-bas, loin à l’autre bout, sur un autre versant de la machine ronde, dans les ténèbres roule encore ses écumes. L’Océan n’aime pas trop les matins. Il préfère les soleils fatigués du soir. Les poussières du soleil couchant. Les poncifs. Comme les promeneurs de ses grèves.
La forêt soupire d'aise.
Je ne suis pas revenu en France depuis trois ans. Depuis octobre 2012.
J’y pense maintenant, sans nostalgie, et c’est quelque peu triste de ne point être triste sans elle. Je me suis enraciné dans l’exil.
En juillet, je traverserai l’Europe, j’aime conduire une automobile à travers les paysages, cap sur la Normandie de Proust et de Maupassant, et cap sur la Bretagne où je ferai une apparition dans une librairie.
J'y parlerai de l’écriture. De mes quelques livres.
Mais je n’éprouve plus la joie que j’éprouvais à mes premiers retours vers la longitude maternelle.
Je le sens bien.
Un vague contentement, oui. La France s’est faite métonymie pour dire pays, naissance, langue d’usage. Elle a perdu ce goût joyeux que seule sait vous donner la mélancolie des sentiments.
Elle a perdu le fil conducteur.
Elle vend des armes, la France de Voltaire, de Valls et de Robespierre.
Je hausse les épaules.
Elle se fait des couilles en or en distribuant la mort partout dans le monde.
Et, le cul sur ses canons, elle n'en pérore pas moins sur la paix des hommes, sur l’humanité, sur le droit des peuples, Amen. Sur tout ce qu’elle foule au pied et puis…

Je sursaute.

L’artiste ailé a redoublé de vigueur et d’enthousiasme, peut-être vexé que d'autres voix que la sienne se soient élevées dans les broussailles. Beaucoup de voix, flutées, douces, argentées, joyeuses, désordonnées. C’est maintenant un concert.
J'ai sursauté car qu’en ai-je bien à foutre qu’elle vende des armes à toutes causes et alimente, pateline et donneuse de leçons, l’atavique et barbare besoin de tuer ?!
Incorrigible moraliste !
Il est temps de boire le café. Avec de la confiture de fraises, de mes mains faite hier et qui sentent le sucre des champs.
L’aurore est déjà adulte, le temps d’une éclosion et le soleil frappe déjà sur la cime des grands arbres.
Demain sera encore.
Vouloir et vivre des milliers de matins, renaissances sacrées du grand mouvement des choses !

11:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

12.06.2015

Considération générale sur le mensonge - 4 -

url.jpgDepuis la chute de l’Union soviétique, une grande partie des intérêts géopolitiques de l’Europe et des États-Unis concorde sur le vieux continent, et ce,  bien qu’ils s’y livrent une concurrence féroce, voilée à coups de sourires diplomatiques, de grandes claques dans le dos et de subtiles parties de poker menteur.
L’Europe n’avait en effet  pas manqué de voir dans la fin de la bipolarisation du monde, une occasion de s’agrandir, d’englober des populations et des marchés nouveaux et de faire rentrer des taxes supplémentaires dans son insatiable escarcelle.
Les États-Unis avaient vu, eux, une occasion de déployer leur avant-garde militaire, l’OTAN, un peu partout sur des zones stratégiques où elle était interdite depuis plus de 50 ans, et de soumettre d’autres contrées jusqu’alors sous l’emprise du collectivisme à la fructification de leurs capitaux.
Et puis, s’installer à l’est, traverser de part en part le grand corps européen plutôt que d’être stoppé à Berlin, c’est aboutir à la Mer Noire et au bassin méditerranéen par l’autre côté. S’installer tout près de la Chine et de l’Iran, cerner la planète.
Pour les Européens, en 2004 et 2005, c’est l’engouement, le festin jusqu’à la gueule, l’orgie, ils se ruent sur le cadavre encore tout chaud des pays du Pacte de Varsovie : la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la République tchèque, rejoignent « les bras fraternels » de Bruxelles et le grand marché unique et exubérant.
Mais cela ne suffit pas… La finance européenne se sent maintenant des ailes. L’ogre allemand a pourtant déjà fait ses choux gras depuis 1990. Venez faire un tour en Pologne, vous comprendrez vite et mieux : une voiture sur deux est une Audi ou une Volkswagen ! Peu importe les millions de morts  et d’estropiés dont sont responsables ces bolides conçus pour autoroutes et lancés dans des pays sans autoroute ; des pays où le réseau archaïque n’était adapté jusqu’alors qu’à la Trabant et à la charrette  attelée et où une personne sur deux n’avait jamais conduit qu’un vélo ou une mobylette !
Hécatombe.
Mais les financiers et leurs politiques fantoches n’ont pas le temps de s’arrêter à ces considérations puériles et romantiques !
En Tchéquie, Volkswagen avale le géant Skoda.
Quant aux enseignes de supermarché, ça bat tous les pavillons,  français, allemands et, dans une moindre mesure, portugais.
L’or coule à flots et les cotes en Bourse font la fête à la fin du communisme !
Mais comment avancer plus loin encore ? Nous voici parvenus maintenant à la rivière Bug, aux portes de la Biélorussie où il n’y a pas grand-chose à gratter, pensent sans doute les grands stratèges et, surtout, elle est tenue d’une main de fer par le peu démocratique Alexandre Łoukachenko, la bête noire des idéologues de la GREHF, la Grande République Européenne de la Haute Finance.
Et puis, nous voici aussi parvenus aux rivages de l’Ukraine, vaste pays, berceau historique de la civilisation russe, le grenier à blé de l’Europe, disait-on autrefois, de vastes plaines fertiles et un complexe d’industrie lourde et des gisements de matières premières dans l’est et au Sud. Un pays archaïque aussi où, passez-moi l’expression, il y a vraiment des couilles en or à se faire. Laisser tout cela péricliter dans les seules mains de quelques milliardaires ukrainiens qui ne payent même pas les impôts à Bruxelles, n’est pas envisageable !
L’Europe, depuis plus de  dix ans, à coups de magouilles et de déclarations interlopes,  rêve d’englober tout ça sous son aile protectrice.
Le  boycott de l’Euro footballistique de 2012 par les politiques démocrates, au premier rang desquels le sinistre Hollande, « ennemi de la finance », sous les prétextes fallacieux de la messe habituelle, liberté, égalité, fraternité, n’a pas d’autres messages à envoyer à l’Ukraine : « Rejoignez-nous ! Tournez le dos à la Russie ! »
La Russie. L’ombre au tableau. Pour les uns comme pour les autres, Américains et Européens, se profile un obstacle à l’horizon, Moscou.
Les taupes sont à l’œuvre, les galeries se  creusent, qui vont devenir des fossés sous les pieds du peuple ukrainien…

Tout avait pourtant bien commencé, sitôt le mur tombé. Tout marchait comme sur des roulettes.
De 1991 à 2007 en effet, Boris Elstine gouverne la Russie, une bouteille de vodka dans chaque poche.
Les bons souvenirs et les regrets qu’il laisse en Occident sont dus à sa politique de soutien sans faille aux États-Unis, aux grandes privatisations galopantes et douteuses  accompagnées d’une corruption ayant force de loi, aux importantes évasions fiscales au bénéfice des pays occidentaux, notamment de la Grande-Bretagne par des placements financiers en Bourse ou dans des clubs sportifs ; de la France aussi et de l'Espagne par des achats de propriétés. Des pans entiers de l'économie russe étaient alors en train de passer entre des mains occidentales et états-uniennes, notamment les grandes compagnies pétrolières.
On battait des bras, on saluait le grand démocrate Eltsine, on faisait mine de vénérer la grandeur retrouvée de la Russie éternelle, alors que, comme le chacal qui vient de découvrir un cadavre en putréfaction au détour de son chemin, on applaudissait à la curée ! On sonnait l’hallali !
Survient alors Poutine, ce névrosé conquérant, ce réactionnaire ennemi des homosexuels et des libertés individuelles,  mais ça, même si on le répète à l’envi en façon de propagande pour effrayer le p’tit socialiste militant de base et mettre en émoi la chaumière, on s’en fout complètement, dans le fond.
Car c’est surtout l’empêcheur de gagner des ronds en rond qu’on a dans le collimateur, dès 2008 !

L’avertissement était venu lors de la conférence de Munich sur la sécurité internationale, le 10 février 2007, à laquelle j'ai déjà fait allusion sur ce blog, la situant par erreur en 2008.
Je ne suis même pas certain que le pire des atlantistes, bien qu'il n'assistât pas à cette conférence, celui qui se pavane aujourd’hui avec autant de ridicule que d’inefficacité à l’Élysée, soit au courant de la teneur de ce discours prémonitoire.
Et quand bien même le serait-il ?  Cet homme ne parle, n’agit, ne pense et ne vit que par procuration. Alors….
Donc, devant un parterre de chefs d’États, de ministres, d’industriels, de financiers et de hauts responsables militaires venus de 40 pays, Poutine déclarait en substance :

" Le monde bipolaire est mort avec la chute de l’Union soviétique et, depuis, nous vivons dans un monde unipolaire, uniquement commandé, régi et dirigé en vertu des intérêts d’un seul pays ou d’un seul  axe. Cet état de choses est illégitime et ne repose sur aucune base juridique. En dépit de ses promesses et alors que l’organisation  militaire dite pacte de Varsovie est dissoute, l’OTAN déploie ses armes en Europe. Est-ce que c’est pour la sécurité de l’Europe ou est-ce que cela est dirigé contre quelqu’un ?
Nous sommes en droit de nous poser la question.
Le PIB des États du groupe BRIC - Brésil, Russie, Inde et Chine - dépasse le PIB de l’Union européenne toute entière. Ce sont là des forces économiques qui deviennent des forces politiques et qui ont maintenant leur mot à dire dans l’organisation  pour la sécurité du monde. D’autant plus que le monde unipolaire est une aberration qui partout enfreint tous les règlements du droit international."

En clair, Poutine disait donc : fin des diktats américains partout dans le monde, halte aux humiliations subies par la Russie depuis la chute du mur, je vous préviens, je n’accepte plus de marcher tête basse devant la dictature hégémonique des forces américaines ou pro-américaines.
Pour toute réponse, et certainement pour tester la ténacité de ces propos, un an après, l’OTAN tentait de prendre la Géorgie et programmait l’installation de rampes de missiles en Pologne, à deux doigts de l’enclave russe de Kaliningrad. On sait quelle fut la réaction de la Russie et comment la CIA, queue basse tel un chien pris en défaut,  fut contrainte de quitter la Géorgie.
On sait aussi, comme dans le scénario ukrainien, comment les médias, au premier rang desquels étaient ceux  de l’Union européenne, ont alors présenté la Russie comme étant l’agresseur ! L’éternelle vindicative et conquérante Russie !
Les conspirateurs ont, depuis le coup raté de la Géorgie,  travaillé en taupes cinq ans durant pour trouver une autre faille, pour tenter de faire tomber cette forteresse rebelle qui refuse de rentrer dans le nouvel ordre mondial étasunien, et ils ont fini par trouver l’Ukraine.
Une proie et une clef faciles pour un coup d’État, applaudi par ceux qui, en France et en Pologne surtout, n’ont que les mots démocratie, légitimité et république à la gueule.
Maïdan fut un butin facile pour  les grands prédateurs internationaux : le fruit était mûr. Et Kiev tombée aux mains des néo-nazis soumis aux intérêts européens, eux-mêmes soumis à ceux des États-Unis, c’était une saignée fatale ouverte dans le flanc de l’ours russe.
Faire tomber l’ours, le faire plier, l’écraser, afin de lui interdire toute velléité sur la scène internationale, lui interdire l’accès à la Méditerranée via la mer Noire, le couper ainsi de l’Iran et de la Syrie qu’on se propose de détruire, l’assoiffer et l’affamer.
Le coup peut réussir. Avec la bénédiction quasiment criminelle des dirigeants européens, notamment celle de Hollande et de Merkel, lorgnant avec avidité sur une Ukraine bientôt sous la coupe de Bruxelles, donc, dans une certaine mesure, de la leur...
Seulement voilà.
Il se trouve que, dessous la table, la Chine épaule la Russie, que Poutine a senti derrière lui tout un peuple massé et prêt à le suivre pour laver près de vingt ans d’humiliation, qu’il s’est tourné vers d’autres grands marchés asiatiques et d’Amérique du sud,  et qu’en obéissant comme des cons à Washington et à leur folie des grandeurs, les Européens se sont tout simplement tirés une balle dans le pied.
Car toutes leurs sanctions se sont retournées contre eux et aujourd’hui nombre de producteurs agricoles, notamment polonais, ne savent plus à qui vendre leurs produits, qui filent directement au caniveau.
Et ce n’est pas le chevaleresque Obama, qui n’en a cure,  qui va les tirer de ce mauvais pas !
J’ai pris cet exemple parmi tant d’autres, car je vis dans une région polonaise essentiellement agricole, voisine de l’Ukraine, qui commercialisait beaucoup avec les Russes et qui, conséquemment,  est durement touchée par l’embargo russe, riposte aux gesticulations européennes.
Quant à l’Ukraine plongée dans le chaos, endettée jusqu’au cou avec une inflation de près de 50% et un taux de chômage effrayant,  qu’elle se démerde ! Car là, vraiment, tout le monde s’en fout !
A part Poutine peut-être.
L’Europe et les États-Unis sont comme ça : s’ils échouent dans leurs magouilles et leurs embrouilles, ils jettent aux orties les gens dont ils se sont servis hier,  comme au poker on écarte les mauvaises cartes pour tenter la quinte ou le full.
Et tout ça, électeur grandiose, on te l’a vendu comme de l’argent comptant, à la sauce droit-de-l’hommiste et démocratique, et toi, fidèle et sans dévier, tu as porté au pouvoir tous ces gens sans aveu !
C’est ce que j’appelle ici le règne et la force du mensonge comme mode de gouvernement spectaculaire de chacune de nos vies, de chaque parcelle de territoire, de chaque pays et, mondialisation des intérêts et des contradictions oblige, de la planète toute entière.
Car le mensonge, de tous admis, par nécessité ou par ignorance, voire par bêtise ou par lâcheté, a su atteindre ce que jamais aucune vérité, aucune idéologie, aucune morale, aucune philosophie, aucune théorie, aucune religion n'avait su atteindre :  la totalité.

16:09 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écriture, histoire, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET