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25.02.2015

Identité flamboyante

164717913.jpgL’intermède aura été de bien courte durée.
J’avais pourtant fortement envie de prendre du recul avec cette écriture sur blog, envie de faire autre chose, mais voilà qu’une nouvelle étonnante, qui me comble de bonheur, hier est tombée dans ma boîte aux lettres.
Je ne puis décemment garder par-devers moi tant de félicité impromptue et me dois de la partager avec mes lecteurs.
Et je leur dis sans ambages : Haut les cœurs ! Courage ! Jamais ne désespérez ! Tout arrive à qui sait attendre !
Oyez donc ! Oyez donc ! Mais oyez donc ça, miladiou !

Quoique coulant mes jours et mes nuits sous des cieux éloignés de la mère patrie, je n’en reste pas moins un Français. Un vrai Français, pur et dur, avec pas une goutte de sang arabe, ni slave, ni juif, ni arménien, ni italien, - pas même anglais -  qui ne vienne irriguer mes pauvres artères désespérément gauloises ! Avec, derrière moi, une mère, une grand-mère, un grand-père, des aïeux de toutes sortes mais tous bien culs-terreux jusques dans les poils du c…, justement.  Français cousu mains. Athée, en plus. La totale.
Par les temps sauvages qui courent, où il faut appartenir à quelque chose d’un peu plus bouillant pour être digne d’intérêt, ce n’est pas forcément brillant à porter tout ça ; cette espèce de généalogie plate comme une galette, sans âme, convenue. Une généalogie comme l’eau potable : inodore, incolore et sans saveur.
Jestem Francuzem. Point. Je me définis en deux mots. Y a-t-il au monde plus grande misère aujourd’hui que d’être en mesure de faire le tour de soi en deux petits mots ?

Mais voilà qu’hier matin, je trouve dans ma boîte aux lettres une très longue missive, manuscrite et d’un certain Anatole Rigonnaud, arrière-petit-fils d’un grand’ oncle à moi, du côté du deuxième lit de mon arrière-grand-mère – ou du troisième, je ne sais pas trop – bref,  passionné d’histoire et de généalogie, et que j’avais, ma foi, perdu de vue depuis une bonne trentaine d’années. Quelle surprise ! Je ne me souvenais même plus de son existence, à ce pauvre bougre !
Il habite du côté de Dijon, Anatole, et Dijon, hein, on n’y va pas tous les jours, même avec l’arrière-petit-fils dijonnais d’un frère d’une grand-mère à soi dont la mère avait connu trois lits !
Qu’est-ce que vous voulez allez foutre à Dijon ? Franchement…
Cet Anatole, donc, a planché, rendez-vous compte, pendant plus de trente ans sur ses origines ! C’est une question qui devait vraiment le tourmenter jusqu’à l’invivable ! Ou alors, c’est un fou ! Il a creusé, il a creusé, il a creusé, il a farfouillé dans les archives, il a interrogé des milliers de gens, il s’est déplacé, il a voyagé, il a dépassé le cap de cette Révolution de malheur qui avait brûlé des églises et des documents d’état civil, il est parvenu, éreinté, jusqu’au Roi Soleil, il a remonté jusqu’au grand-père du susdit Soleil, Henri IV, il a traversé le Moyen-âge, il est tombé en plein dans l’époque Gallo-Romaine, (j’sais pas comment il a pu faire tout ça !) et il s’est enfin arrêté vers le milieu des invasions barbares, en 402 exactement, me dit-il, en rouge et avec trois points d’exclamation.
Moi, derrière une telle prouesse, j’en aurais collé au moins cinq, de points qui s'exclament !
Il s’est arrêté là, Anatole. Tétanisé…
Heureusement, sinon il était parti pour remonter jusqu’à Lascaux !
Figure-toi, Cher Bertrand, écrit-il, la plume agitée d’un léger tremblement, que toi et moi sommes des Goths ! Des Wisigoths, plus exactement.  Notre passé est on ne peut plus flamboyant !
Et voilà que, se prenant sans doute et soudain pour Houellebecq, cet Anatole Rigonnaud me recopie des phrases entières de Wikipédia : « Les Wisigoths sont ceux qui, migrant depuis la région de la mer Noire, s'installèrent vers 270-275 dans la province romaine abandonnée de Dacie (actuelle Roumanie), au sein de l'Empire romain, alors que les Ostrogoths s'installèrent, pour leur part, en Sarmatie (actuelle Ukraine). Les Wisigoths migrèrent à nouveau vers l'ouest dès 376 et vécurent au sein de l'Empire romain d'Occident, en Hispanie et en Aquitaine. »

En Aquitaine ! Ah ! Ah ! Ah !  Ah ! Ah ! qu’il jubile, le Rigonnaud. C’est là que la famille a rendez-vous avec l’histoire, nom de dieu d'bon dieu ! Car il apparaît, selon les dires savamment établis de mon cousin - ou arrière-petit-cousin, je ne sais pas comment on dit dans ces cas-là – qu’un certain chef de clan, un certain Andric Duboutducirc, installé avec sa horde de farouches barbus tout près de ce qui serait aujourd’hui Saint-André-de-Cubzac,  séduisit honteusement une belle gallo-romaine un tantinet volage et lui fit, après avoir convolé en justes noces, beaucoup d’enfants.
Normal, les Goths ne savaient pas compter et avaient des appétits barbares, commente Anatole, pour bien me faire comprendre, sans doute, combien je suis redevable à cet Andric Duboutducirc et combien je suis resté un Goth. Sinon, je ne vois pas pourquoi une telle allégation dans un texte par ailleurs plein de sagesse et si bien documenté.
La descendance de cet Andric fut donc nombreuse et au fil des temps anciens, elle s’éparpilla en remontant lentement vers le nord pour s’installer en Poitou, et ce, bien après l’écroulement total de l’empire latin, après 476 donc. Il y eut des gens de ceci, des gens de cela, des gens de la soldatesque, des gens d'église,  des serfs, des paysans, beaucoup de Goths gueux, des... et ainsi de suite jusqu'au mari du deuxième ou troisième lit de mon arrière-grand-mère.

Hé ben ! J’ai relevé la tête. Suis un Goth, moi aussi ! Pas un Français de souche, tant veule et à juste titre tellement méprisé pour son étroitesse d’esprit et d’histoire !
Suis fier… Pauvres Français de souche qui n’avez pas l’heur d’avoir un proche cousin généalogiste et arrière-petit-fils d’un grand' oncle d’une grand-mère dont la mère avait connu deux ou trois lits, comme cela doit être pénible et lassant !
Je compatis. Je compatis... Je viens de passer par là.
Mais, allez, pour vous consoler un peu, je vous dis que le complexe n’est pas nouveau, en fait. C’est pour ça que les gens s’inventent des cousins germains et que, dans les cas extrêmes, j’ai même croisé des gens qui évoquaient des cousins issus de germains !
Des cousins issus de germains ! N'importe quoi !
Pire encore, il y en a qui s’affublent carrément d’un nom de pays. J’ai connu un gars, à Poitiers, qui s’appelait Italie ! Et un autre, beaucoup plus tard - je l’ai pas connu celui-là, mais j’en ai entendu parler - Hollande !

Bon, allez, je vais relire la lettre d’Anatole, voir si j’ai bien tout compris.
Et puis, les Goths, tout barbares qu'ils aient été, sont maintenant des gens polis et courtois : il faut que je lui réponde.
Je vais lui dire, pour faire le philosophe gothique, que peu importe la souche ; la souche n’est que le support matériel de l’arbre. Un truc à la portée du premier venu, une boutique politico-religieuse.
Ce qui compte, c’est ce qui a fait la souche. La racine.
Que dis-je ? La radicelle ! 

13:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Rien compris !...

Bon, vous êtes un Goth de l'Est ou un Goth de l'Ouest, par Bélénos ?

Écrit par : Le Tenancier | 26.02.2015

De l'ouest passé à l'est.... Histoire de brouiller les cartes..

Écrit par : Bertrand | 26.02.2015

Les commentaires sont fermés.