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03.06.2014

Expérience du hasard, hasard de l'expérience

gb_tyrannosaurus.gifJe vous entretenais récemment de mon coq Chanteclerc- Richelieu et de ses gélines, sujet qui, je n’en doute pas un instant, vous passionne au plus haut point :))
Ce faisant, je prétendais, sur la foi de bien des affirmations scientifiques, que les gallinacés, au premier rang desquels sont les poules et leurs coqs, descendaient en droite et longue ligne du plus terrible et du plus grand des dinosaures carnivores que
la terre n’ait jamais porté,  Tyrannosaurus rex.
D’ailleurs, les observant courir en leur jardin de verdures, les gélines, c’est vrai que j'entrevois dans leur déhanchement un peu pataud comme un lointain écho… Rendons cependant grâce de ce que l’évolution, musardant pendant plus de 65 millions d'années,  ait en cours de route oublié de transmettre les dents et la force colossale des mâchoires !

Les scientifiques ont donc découvert un gène commun aux fossiles du terrible lézard et à la paisible pondeuse.
Bien. Mais il n’en reste pas moins vrai que d’autres scientifiques, d’autres grands paléontologues, tout aussi chercheurs et tout aussi minutieux que les premiers, contestent fermement cette théorie de la poule Tyrannosaure.
C’est normal. Un scientifique qui n’en contesterait pas un autre ressemblerait à un politique qui dirait amen à tout ce que fait et dit un politique du camp contraire. Sauf qu’en matière scientifique ces différentes contestations font peu ou prou avancer la connaissance, tandis qu’en politique elles ne vont qu’empiler des erreurs sur d’autres erreurs.
Mais revenons à nos poules.
Ce qui m’a amusé dans l’argumentation de la partie contestataire, c’est, en manière de vulgarisation, le filage de la métaphore.
Ils disent, oui, vous avez bien découvert un gène commun, mais combien de différents en avez-vous trouvé ?  Et sur combien de spécimens ? Ouvrez Word sur votre ordinateur, mettez un singe au clavier et laissez-le s’amuser. Il va tapoter partout, toucher à tout, et, au bout de plusieurs jours, en farfouillant sur toutes les touches, c’est bien le diable s’il ne finit pas par vous écrire BONJOUR ou MERDE.
Devrez-vous en conclure pour autant que votre singe sait écrire ?

MORALE ou MORALITÉ, comme vous voulez :

Combien de hasards prenons-nous ainsi pour des vérités définitives et combien de vérités définitives dont nous ne voulons pas qu'elles viennent compliquer l'impassible horizon de nos certitudes, taxons-nous de hasards ?
Tout est dans le raisonnement dicté par une volonté de. Par un désir plutôt que par l'allégeance faite à l’empirisme.
Sur ce, je vous laisse philosopher in petto et je m’en retourne à mes dinosaures emplumés.

10:55 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

30.05.2014

Dessous la création, les ombres...

cures-1789.jpgJe ne connais rien aux gens d’église, je n'ai jamais entretenu avec eux le moindre commerce et j’ai pourtant fait la part belle, dans Le Diable et le berger, au curé d’une paroisse rurale.
D’ailleurs le titre, œuvre de l’éditeur, est un titre à tiroirs. Par allégories en effet, le Berger peut tout aussi bien désigner "le chevrier Guste Bertin" que"l’abbé Michaudeau".
De même pour le Diable.
Miracle de la fiction littéraire, alors que je n’ai jamais éprouvé la moindre sympathie pour un curé, mais pas de haine ni d’aversion non plus - plutôt une pâle indifférence - j’ai créé là, au fil des mots et des phrases s'invitant dans mon esprit, un personnage qui m’est assez aimable.
Je ne l’ai pas descendu à coups d’idées préconçues. Je l’ai fait homme. Ni meilleur ni plus salopard qu’un autre homme.
Je me souviens à ce propos des années de chahut - principalement à Poitiers, Paris et Toulouse - où mes farouches compagnons portaient en eux un mépris viscéral pour le curé, l’abbé, la soutane. Chaque fois qu’ils en avaient l’occasion, ils ne manquaient d’ailleurs pas de donner ardemment corps à ce mépris. De mémoire, je crois me souvenir également que la brochure situationniste de Strasbourg (1966) commençait à peu près ainsi : L’étudiant est, après le policier et le prêtre, l’être le plus méprisé de France.
Moi, je leur disais souvent, à mes amis, que ce mépris-là, si je le comprenais intellectuellement,  je ne le ressentais pas bouillir dans mes tripes.
S’ensuivaient de longues et joyeuses engueulades au cours desquelles ressortaient en filigrane ou explicitement les différences de nos histoires individuelles. Eux, pour la plupart, ils avaient été enfants de chœur, ils avaient été, tout gamins, saoulés d’eau bénite, ils  avaient dû courber l’échine et la tête devant le symbole de la torture et de la souffrance, leurs narines avaient été saturées par l’encens, le sommeil de leurs dimanches matins avaient été brutalement interrompus à l’heure, morose, de la grand’messe.  Le meilleur d’entre eux, même, le plus cher et le plus regretté à mon cœur, avait été élevé dans un orphelinat catholique où il avait été en butte aux pires vexations.
Le mot «frère» résonnait à ses oreilles comme une véritable menace.
Mes compagnons et amis réglaient donc des comptes et je n’avais pour ma part aucun compte à régler de ce côté-là. Ma mère n’insultait pas le curé : elle ignorait complètement son existence, elle ne voyait pas en quoi il pouvait être utile, au point que je ne suis pas même baptisé...
Comment dès lors être animé de rancune envers des gens qu’on n’a jamais rencontrés dans sa chair ? Dans sa tête, oui, mais plus tard. Par les livres, les témoignages de l’histoire et la philosophie. Mais c’est autre chose, on est depuis longtemps sorti du directement vécu pour rentrer dans celui de la conviction abstraite et l’athée n’a nul besoin de jeter l’opprobre sur le clocher pour se convaincre de l’inexistence d’un dieu.
Même s’il est outré par la longue, très longue, trop longue imposture des religions, créatrice d’une morale affligeante, sournoise et hypocrite, source de pouvoir et de mensonges mis en pratique.
Mais, ça, c’est déjà de la politique.
J’ai souvent pensé ou dit ce simple poncif : si dieu existait, il n’aurait pas besoin des religions. Un dieu qui délègue à ce point ses enseignements, qui fait annoncer par des gardiens du temple autoproclamés ses vues et distribue ainsi promesses de récompenses ou de châtiments, est forcément une invention imparfaite de la peur et de l’esprit. Un outil dans les mains des hommes se proposant d’en assujettir d’autres…
Je ne hais donc pas les gens d’église, du moins pas plus que tous les
autres manipulateurs de la planète, et mon personnage fictif, le Père Michaudeau, est né de ce non-sentiment.

La question a posteriori, avec mon livre entre les mains, s’est pourtant imposée à moi : pourquoi un curé ? Pour faire plus scandale ? Pour faire sensation ? Pour critiquer à bon compte ?
Non. Pas du tout. Quand on est lu comme le sont mes livres, à quelque 500 exemplaires (à l’exception de Zozo ou de mon Brassens plus richement dotés) et qu’on en est content, on ne  cherche ni à plaire, ni à déplaire, ni à convaincre. Ces désirs-là sont d’ailleurs révolus en la saison d'automne qu’aborde mon histoire.
Je ne recherche donc que moi-même dans mon plaisir à écrire. Cela me suffit très largement.
Alors, dernièrement, assis en solitaire face à la forêt que le soleil de mai faisait brasiller sur ses plus hautes cimes, j'ai soudain pensé au curé du village de mon enfance. 
C’était lui !  Je l’avais enfin reconnu !
Il allait par les rues, en longue soutane et en rasant les murs, du presbytère à l’église et de l’église au presbytère, qui, comme dans mon livre, étaient curieusement plantés à distance l'un de l'autre.
Il m’intriguait, ce noir personnage. Il me faisait délicieusement peur, comme quelqu’un qui bougerait, qui respirerait, boirait et mangerait mais ne ferait pas vraiment partie du monde. Quelqu’un qui aurait à cacher de lourds secrets dans le livre qu’il maintenait toujours serré sous son aisselle.
Il était, dans mes yeux d’enfant païen, à la fois attachant et ridicule.
Comme les poètes.
Que ma mère n’en parlât jamais me le situait même au-dessus de tous les autres, desquels elle avait souvent à se plaindre : celui-ci pour sa ladrerie, celui-là pour sa richesse orgueilleuse, cet autre pour son ivrognerie et cet autre encore pour ses idées tordues.
Dans tout ça, le curé faisait figure d’anachorète intouchable.
Je ne lui ai jamais souri, à ce fantôme de mes primes années. Je ne lui ai jamais parlé, je ne l’ai jamais salué, il ne m’a sans doute jamais vu. Il est pourtant venu se glisser
sous ma plume, après quelque quarante ans d’une histoire plutôt tumultueuse où il n’a jamais pointé le bout de son nez.
C’est touchant, l’imaginaire, et c’est une chose étrange que d’écrire des ombres à peine entraperçues. Des ombres oubliées. Des ombres trahies aussi, tant on les habille d'une vie  qu'elles n'ont sans doute jamais eue.
Mais peut-être les œuvres de l’esprit ne sont-elles, au final, qu'un jeu subtil entre ces ombres-là et des souvenirs dont on ne se souvient même pas. Un jeu dont l'artiste n'aurait qu'à peine conscience.

12:19 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

28.05.2014

De l'idéologie parasitaire chez les fourmis

ixus60-fourmi1206293807.jpgUn philosophe américain s’appuyant sur des certitudes scientifiques démontrées, un philosophe de l’empirisme donc - mais dont je n’ai pas le nom sous les yeux - a osé  un grand écart spéculatif entre le cerveau d’une fourmi et le nôtre. Mazette !
Mes sources prennent leur source dans un article de Polytica.

Á première vue, ça pourrait paraître délirant, voire assez désobligeant, n'est-il pas ?
Mais les conclusions de l'intellectuel ne me semblent pas dénuées de fondement,
même si le chemin pour y arriver est assez curieux. Mais en philosophie, comme partout ailleurs, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Un raisonnement n’étant  en effet jamais très raisonnable, dans un CQFD, c’est le dernier mot qui compte, surtout s’il alimente peu ou prou notre propre moulin.

Mais oyez plutôt.
Le champ expérimental est donc une prairie où paissent des moutons.
Facile. Ça court les paysages, ça
. Tant que j'aurais même pu dire la prairie expérimentale est donc un champ où paissent des moutons.
L'’observation, quant à elle, porte sur le comportement des fourmis qui vaquent à leurs occupations dans l’herbe de la susdite prairie. Et voilà qu’on observe maintenant que certaines de ces besogneuses bestioles ont un comportement complètement loufoque et qu’on est bien  amené à se demander pourquoi.
Oui, en voilà une, par exemple, qui tente d’escalader un brin d’herbe folle et qui, arrivée à mi-parcours, tombe par terre. Elle recommence, retombe, elle insiste, tombe à nouveau, elle remet ça et se retrouve encore au ras des pâquerettes et ainsi de suite. Le manège peut durer des heures.
C'est le mythe de Sisyphe chez les fourmis.
Et pourquoi donc ? Parce que son cerveau, a-t-on découvert, est parasité par un micro-organisme à l’état larvaire et que ce locataire indélicat ne peut se développer et atteindre son stade final que dans le foie du mouton. Notez que nous sommes dans l'infiniment petit exponentiel : une fourmi, un cerveau dans une fourmi, un micro-organisme dans le cerveau de la foumi ; un micro-organisme encore plus micro qu'un vrai micro-organisme puisqu'à l'état larvaire !
Bref. Il faut donc que la fourmi soit broutée au plus vite par un ovin pour que la larve devienne adulte et c'est ainsi que ladite larve, question de survie pour elle, s’y emploie sans relâche, commandant sournoisement à la fourmi de se maintenir le plus près
possible du sol et de ne point  escalader les sommets vertigineux de la pelouse.
La pauvre fourmi, complètement aliénée, obéit donc, et, bien qu’ayant fortement envie d’escalader son herbe, adopte le comportement complètement contraire à la réalisation de son désir et se retrouve le cul, si j’ose, par terre, jusqu’à ce qu’une bête ovine passant par là ne l’expédie au fin fond de ses miasmes hépatiques.

Et maintenant, le grand écart du philosophe. L’anthropomorphisme sympathique.
Ce cerveau, c’est le nôtre et ce micro-organisme, c’est notre idéologie, morale, politique, religieuse et cætera et et cætera, qui colonise notre cerveau, tout en nous laissant l’illusion du libre arbitre. Cette idéologie induit un comportement contraire à nos désirs et à notre recherche spéculative du bonheur. CQFD : nous sommes parasités ! Non ? Si, si...
Il y a quand même du  vrai là-dedans et si c’est la philosophie qui vous dérange, ou le mouton, ou la fourmi, ou même la larve microbienne, prenez tout ça comme une allégorie.
Personnellement, ça change ma vision des choses, ça bouscule la hiérarchie de mes analogies spontanées, car les hommes, je les voyais jusqu’alors beaucoup plus dans la peau du mouton que dans celle de la fourmi.
Mais bon…On ne va pas chipoter.

Quant aux micro-organismes larvaires, c’est simple, je les vois partout. Surtout en période électorale.

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26.05.2014

Botanique printanière

littératureParmi tous les arbres que j’aime - et je les aime tous, ces vieux compagnons de voyage, ces grands artistes ciseleurs de paysages dont le visage et l’habit rythment le grand mouvement des choses, - il occupe assurément le dessus du panier.
Cette année, je suis donc gâté, car il fait la fête, il papillote, il arbore ses grappes de fleurs qui pendent et le recouvrent d’une blanche toison, comme d'une neige d’été.
Dans mon jardin que je le laisse envahir, le long des chemins, des routes, des fossés, des ruisseaux, des champs, aux lisières ombragées des forêts.
Il embaume la poussière sablonneuse, l’air bleu et les matins suintés de rosée. Dès les premiers rayons de soleil, il n’est plus qu’un bourdonnement chaotique, ses grappes gourmandées par des milliers de butineuses.
L’aimer, le regarder, l’entendre, le sentir, c’est aussi apprendre son nom et son histoire. Il le tient, ce nom, des frères Robin, jardiniers du roi qui le ramenèrent du Canada en 1600. Et on ignore tant le fait qu’on l’appelle sans vergogne acacia.
Acacia ! S’il vous entendait le nommer ainsi, pour sûr qu’il donnerait de l’épine, qu’il a fort incisive, et vous inviterait à appeler enfin un chat un chat. Est-ce qu’on vous appelle Durand ou Dupont, vous-autres qui ne répondez qu’au nom de Dupin ?
C’est un Robinier. Et c’est un arbre trahi dans même ce qu’il peut offrir à la bouche. Dites, par exemple, que vous vous êtes, humm, régalé de divins beignets de robinier ! On vous fera l’œil goguenard, ou dubitatif, ou ahuri.
Ou alors demandez
du miel de robinier à votre apiculteur, si vous envisagez de goûter ce miel toujours liquide, auburn, couleur d’ambre. L’homme froncera sans doute les sourcils, hochera la tête et vous dira non, qu’il n’a pas de ça chez lui. Sur description cependant de votre convoitise, il poussera un soupir de soulagement et vous ramènera dans le bon mauvais sens. Du miel d‘acacia, voulez-vous dire ! Oui, c’est cela, abdiquerez-vous, vaincu par la langue vernaculaire.
Pour peu, vous passeriez pour un affligeant snobinard.

 

littératurePourtant, de même qu’on n’a jamais vu d’oranger sur le sol irlandais,  de la vie on n’a jamais vu de miel d’acacia ! Renseignez-vous auprès des Oléronais, sur leur île saupoudrée, dès le mois de février, d’un jaune chatoyant. Demandez-leur si on fait du miel avec des fleurs d’acacia, sur cette île dont je disais, dans Chez Bonclou… «alors Chassiron promène son œil morne sur la désolation solitaire de la houle.
Derrière lui, dans un dédale de venelles, les fleurs jaunes de février pavoisent en un moutonneux bouquet. Le déalbata fait la fête. Tempête ou pas tempête, c’est la position des étoiles qui donne l’heure et l’heure est venue d’inonder l’île des parfums qui ne craignent ni la mer ni ses souffles salés. L’arbre baigne sa racine dans des dunes de sable et on dirait tant la fleur est dorée que les cristaux de ce sable lumineux sont remontés discrètement jusqu’à la branche. »
Je disais les mimosas et je parlais des acacias ! Carambolage des appellations locales, des mots du dictionnaire, des index latins, de la coutume et des noms scientifiques.


littératureCar le
mimosa, voyez-vus, c’est encore bien autre chose ! Ni acacia, ni robinier ! Simplement sensitive, plante exotique, subtropicale avec les feuilles de laquelle les Mayas faisaient des décoctions antidépressives… Parce que les Mayas devaient bien, comme tout le monde, déprimer de temps en temps. Alors, on faisait tourner la tasse de sensitive, comme un  p’tit joint,  et hop, ça vous rabotait les rugosités et les aléas de la vie ! On en oubliait presque le fatidique calendrier et la fin du monde !

Voyez dès lors comme nous sommes loin de mon jardin, de mes lisières, de mes chemins sablonneux et de mes matins perlés de rosée ! Sous mon climat rugueux, brutal, aux hivers froids comme la pleine lune, aucun acacia ne saurait prétendre élire racine. Aucune sensitive non plus.
Ils sont pourtant splendides, les acacias robiniers de mon jardin !
De splendides compagnons des saisons qui passent. De la vie qui s’égrène. Mes arbres de Judée à moi.
Sauvages, que le vent fait se balancer en dispersant bientôt, partout alentour, les fruits de la conservation de leur belle espèce.
 

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23.05.2014

Flaubert et Homo internetus

littérature,écritureEtes-vous  là, invisibles et sympathiques lecteurs ?  Ça  va bien ? Toujours assidus ?
Peut-être plus que moi qui, ces derniers temps, ne fais que passer...
Et je repasse donc pour vous dire que Bouvard et Pécuchet a été traduit et publié en polonais.
Bonne nouvelle, n’est-ce-pas ?
Oui, bon, je suis bien d‘accord avec vous : en quoi cela vous concerne-t-il ? Vous n’allez pas vous lancer dans la lecture de Flaubert en polonais, je suppose. Pas plus que moi d’ailleurs.
Ce qui est intéressant dans cette nouvelle traduction - outre le fait, bien sûr, que les lecteurs polonais auront accès à un texte majeur de la littérature française - c’est la note de l’éditeur qui affirme que ce texte, dans le monde du tout internet, est plus que jamais d’actualité.
Et c'est bien vrai, ça... Que ce soit en polonais, en français, en chinois, en finlandais et tutti quanti ...
Car avec internet, les blogs, les sites, Wikipédia, les forums, nous sommes effectivement des touche-à-tout. Botanique, médecine, histoire, géographie, géologie, littérature, sciences occultes, critique, religions, spiritisme, agriculture, jardinage, écologie, chirurgie, politique, mécanique, diététique, physique, linguistique, sports, chimie, mathématique, astronomie, cuisine, rien, absolument rien, n’échappe à nos clics gourmands et savants !
Et c’est bien là le trait fondamental, constitutif, de l’homo internetus que nous sommes devenus. : ne rien approfondir mais tout savoir. Des tas de choses inutiles à la conduite de notre vie, d’ailleurs.
Dans la minute qui suit une quelconque interrogation, Homo internetus est en mesure d'apporter une réponse qui tient la route. Une réponse partielle, mal maîtrisée, mal assimilée, sans fondement, certes, mais une réponse juste du point de vue du savoir spéculatif.
Guidés par l'ignorance et par notre goût pour le mimétisme social, nous farfouillons dans la grande marmite de la connaissance.
Tel, donc, les sieurs Bouvard et Pécuchet.
Et ces deux sympathiques crétins, vous le savez aussi bien que moi, n’arrivent à rien de conséquent, rien de concret, rien qui ne fasse avancer d’un poil ni leurs connaissances, ni leur intelligence, ni celle des autres, ni leur recherche du bonheur ; ils n’édifient pas autre chose que la pyramide branlante de leur délire, jusqu’à retourner chacun à leur case-départ de modestes employés de bureau.

Il est fin, l’éditeur polonais. Pessimiste, d’accord, mais lucide.
Il a très bien lu le monde et très bien lu Flaubert, lequel  écrivait à George Sand, en 1872, qu'il se proposait de railler la vanité de ses contemporains dans un livre qui, au départ, devait s'appeler Encyclopédie de la bêtise humaine.
Il avait pour ce faire amonceler des montagnes de livres et de documentations. Las ! La Camarde ne laissa pas à l’écrivain le temps d’achever son œuvre.
Internet vola donc à son secours posthume.
L’interactivité en plus.
Et c’est là que je mettrais un bémol aux vues de l’éditeur polonais : si on peut utiliser internet comme une encyclopédie où n’importe lequel idiot peut mettre son grain de sel, il laisse aussi et surtout le choix et le droit aux idiots de lire et de faire des idioties, aux autres de faire autre chose.
Le problème est que, dans cet espace de liberté surveillée, entre les uns et les autres la frontière est souvent fort ténue, ceux-ci croyant dur comme fer ne pas être de la trempe de ceux-là et s'égosillant pour que nul ne l'ignore... et vice-versa bien entendu.

13:34 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

22.05.2014

Le Diable et le berger : un étourdissant succès

Certes, je ne m'y attendais pas et j'en suis fort ému.
Mais il paraît que sur Nantes, photo à l'appui, les admiratrices de mon dernier livre ont perdu toute mesure, qu'elles me dévorent carrément, en proie au délire passionnel pour ma prose.

admiratrices.jpg

Crédit photographique : Nathalie Beau

08:15 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

20.05.2014

Jòzef Kraszewski

bu.JPGLa huitième nouvelle du recueil Le Théâtre des choses que j’avais publié en 2011 à l’enseigne des éditions Antidata, faisait la part belle à l’écrivain polonais Jòzef Kraszewski, dont la maison d’enfance à Romanów, sorte de petit manoir d’agréable facture environné de grands bois, est aujourd’hui un musée consacré à sa mémoire.
Il se situe à une quinzaine de kilomètres de ma maison.
J’aime venir me balader en ces lieux chargés d’histoire, de littérature et tout empreints d’un fier isolement. A l’automne dernier, une exposition des photos personnelles de l’écrivain montrait un magnifique portrait du sieur Gustave Flaubert. Trouver une icône de la littérature française à l’autre bout de l’Europe, dans un village perdu, fut pour moi source d’un petit pincement. Comme un goût d’une littérature universelle. Un clin d’œil.
J
òzef Kraszewski était né, en fait, à Varsovie, son père ayant préféré rejoindre la capitale au moment où tout le pays était traversé par l’armée napoléonienne en route vers sa déroute, cap sur Moscou. C’était en 1812.
La famille de l’écrivain reviendra à Romanów l’année suivante.
Plus personne en Pologne - du moins pas grand monde - ne lit aujourd’hui
Jòzef Kraszewski. Il est, comme on dit, tombé en désuétude. L’expression m’a toujours semblé jouer le rôle d’un doux euphémisme, peut-être par assonance avec décrépitude. Et puis ce  tombé, qui sonne comme une disgrâce sans appel...
On ne lit donc plus guère Kraszewski, disais-je, mais, franchement, lit-on encore beaucoup, en France, ailleurs qu’en terminale ou sur les bancs de la faculté des Lettres, Stendhal, Balzac ou Hugo ?

Des liens profonds unissaient Kraszewski à la France. Ces liens lui avaient d’ailleurs valu de tâter de la paille humide des cachots de Bismark qui le soupçonnait d’être un espion au service des Français, alors que sourdait le conflit qui éclata en 1870. L’ouverture récente des archives permet de certifier que les soupçons de l’austère Prussien étaient absolument fondés : Jòzef Kraszewski, comme de nombreux Polonais, misait sur la victoire française pour desserrer l’étau prussien sur toute la Poméranie et tout le nord du pays. La fameuse Prusse orientale. Qui n'était autre que le bout de Pologne annexée.
On sait ce qu’il advint de ces espoirs des Polonais avec la chute de Badinguet.
Ce qui ne fut pas pour nous un désastre, comme quoi les peuples ont toujours des intérêts divergents quant aux résolutions de l’histoire.
J'avais appris aussi par l’excellente revue de critique, Polityka, l’existence d’autres complicités de l’écrivain polonais avec des écrivains français, et non des moindres.
Jòzef Kraszewski avait en effet été rédacteur en chef de la revue, Gazeta Polska. Il s’efforçait ainsi de démontrer que la Pologne, quoique rayée de la carte géopolitique, existait bel et bien. Il voulait aussi ouvrir les Polonais à l’esprit de la littérature en Europe et il signa donc avec Victor Hugo une convention pour la publication en feuilleton des Misérables.
A ceux de ces compatriotes qui ne manquèrent pas de lui faire
alors le reproche de travailler pour une revue juive, Kraszewski avait déclaré en substance :
«Pour moi, il n’y a pas les juifs d’un côté et les Polonais de l’autre. Il n’y a que des citoyens polonais épris de liberté. »
Cet état d’esprit est à souligner dans un pays dont les bourreaux nazis se serviront moins d’un siècle plus tard comme billot le plus criminel et le plus sanglant de toute l’histoire de l'humanité et où l’antisémitisme avait des racines profondes, historiques, qu’il ne m’appartient pas de développer maintenant.
Kraszewski entretenait aussi une correspondance assidue avec un certain Henri Beyle et, bien avant que ses compatriotes ne s’en persuadent, assurait que celui qui signait sous le nom de Stendhal ferait date dans l’histoire de la littérature.
Il avait donc du flair littéraire, Stendhal ayant lui même assuré, peut-être dans un moment de découragement hautain : je serai célèbre vers 1935 !

Kraszewski appréciait et connaissait aussi Tourgueniev, qui vivait alors en France.
Son importance est telle que, par-delà la qualité de son œuvre abondante, jugée inégale, certains le considèrent aujourd’hui comme le père du roman polonais.
Mais tout cela, bien sûr, intéresse-t-il encore beaucoup de monde ? Moi-même, si le hasard d’un exil ne m’avait fait son voisin, me serais-je intéressé à l’écrivain tombé en désuétude ?
Rien n’est évidemment moins sûr.

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Illustrations : le bureau de Kraszewski - L'entrée du musée

12:19 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.05.2014

Pensées profondes...

Les athées sont les seuls hommes au monde à ne jamais dire du mal de dieu.

 littérature,écriture

Entendre palabrer aujourd’hui la caste politique sur les valeurs de la République sonne à peu près aussi juste qu’aurait sonné un discours de Robespierre contre la peine de mort.

littérature,écriture

La gloire n’a pas d’odeur : la Ministre des  droits de la femme est aussi celle des footballeurs. Exercice périlleux de dialectique s'il en est !
Gageons qu’elle va exiger qu’il y ait onze femmes aux galbes musclés dans les vingt-deux gladiateurs sélectionnés pour le Brésil.
Sinon, hors-jeu, la Ministre !

littérature,écriture

 - L’alcool tue lentement ! disent les tempérés
- Ça tombe bien, on n’est pas pressés ! rétorquent les excessifs.

littérature,écriture

La seule chose qui arrive à s’installer clairement et durablement dans la caboche d’un imbécile, c’est qu’il n’en est pas un.

littérature,écriture

J'ai déjà entendu quelqu’un dire pour prétendre qu’un livre était bon : ça se lit facilement.
Quid de Lautréamont qui n’a donc fait que des mauvais livres ?

littérature,écriture

Je ne suis pas un coquet. Ainsi dis-je sans vergogne et publiquement que j’ai passé soixante printemps.
Mais combien d’hivers ?
Ça, je ne vous le dirai jamais.

09:27 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

13.05.2014

Un texte d'abord pas facile

gelines 1.jpgCelui qui écrit cherche toujours, peu ou prou, à être profond.
Il se doit de dire des choses, sinon nouvelles, du moins fortes. Des choses qui frappent l’imagination. Ou le manque d’imagination. Tout ça dépend de la qualité complice que l’écrivain entretient avec son lecteur.
Donc,  je vais l’être, profond. Histoire de ne pas être en reste. Non mais !

A quatre heures du matin, celui que j’ai désormais nommé Chanteclerc tandis que  Jagoda l’a baptisé Richelieu, salue le jour nouveau qui, là-bas, juste en face de lui, trace un trait déjà bleuté sur les rives du Bug.
Joli ça, coco… Très joli même.
Richelieu- Chanteclerc salue d’un cocorico un peu enroué… Un cocorico de pubère.
Il est alors pour moi l’heure d’aller ouvrir la porte du poulailler, chaque soir soigneusement refermée à cause du goupil qui musarde, chafouin et gourmand, aux lisières toutes proches.
C’est  bien dit, hein ? C’est pas profond, ça ?
Bon, continuons dans la profondeur… A touché le fond mais continue de creuser, disait le bulletin scolaire d’un cancre sous la plume acerbe et vindicative de son professeur.
Dames Gélines, elles, toutes plumes encore ensommeillées, restent tranquillement perchées, attendant sans doute que passe la crise d’égocentrisme du maître des lieux, haut en couleurs, tête haute, et qu’il descende d’un coup d’aile princier au petit déjeuner, fait d’un délicieux mélange de blé, de maïs, de petits pois et de… et de…
Hum ? Dois-je l’avouer ? Bon, tant pis ! … de soja transgénique… Hé oui, c’est écrit sur le sac ! Je n’ai pas trouvé mieux, à mon grand dam !
Mais, pour ma défense, il faut dire que les carottes sont cuites. Il n’y a plus de soja dont les gènes n’aient pas été bidouillés par les multinationales de la sacro-sainte mondialisation. José Bové et ses arracheurs de maïs, c’est déjà de l’histoire ancienne. D’ailleurs, vous allez voir ce que vous allez voir, quand sera signé le traité sur le commerce transatlantique… N’est-ce pas, Hollande ?
Quel traître, cet ennemi de la finance !
Alors, bon sang de bon sang, que je me dis, avec mon soja sans gêne, j’espère que tout cela ne va pas ramener un beau jour mes paisibles pensionnaires à leur stade initial et féroce de tyrannosaures !
Sait-on jamais, quand on commence à magouiller avec les origines de l’origine ?
Profond encore, ça, n’est-il pas ? Philosophique même, et tout et tout… Un tantinet alarmiste même, car chacun sait qu’au commencement était le chaos…
Si un matin j’entends un horrible et démentiel hurlement en lieu et place du cocorico gaulois, pas question d’aller ouvrir la porte. D’ailleurs, il n’y aura certainement plus de porte. Plus de poulailler non plus. Peut-être même plus rien du tout autour. Qu’un cauchemar.

Pour l’heure, Richelieu-Chanteclerc, donc, a salué le jour nouveau. C’est lui le chef ici, au poulailler fortement masculiniste. Un poulailler de macho. Chanteclerc y donne ses ordres et veille au respect des bonnes manières dans son harem.
Un poulailler réac. Ce coq-là, il  a quand même de la chance d’être tombé chez un phallocrate modéré ! Chez Vallaud Belkacem, par exemple et par hasard, son destin se solderait très vite dans une sauce au vin, avec des p’tits champignons et des oignons frits.
Mais je m’égare, je m’égare… Je m’égare toujours quand je parle de cette poule dame !
Le petit déjeuner au code naturel légèrement modifié étant pris, tout ce petit monde fait sa toilette. Fait sa plume, quoi… Belle expression, hein ? Je vous signale là,
messieurs-dames, s’agissant de poules, une syllepse. Pas mal vu, convenez-en ! Mais je vous avais prévenus : un texte pas facile.
Enfin toiletté, chacun des membres de la petite communauté s'en va vaquer à ses occupations et, après l’avoir observée un moment, moi-même m’en retourne aux miennes.
Mais, ce faisant, je réfléchis que je ne vois jamais, bon sang d’bonsoir, Richelieu-Chanteclerc honorer d’une petite galipette une de ses poulettes…
Qu’est-ce qu’il me chante alors, ce coq- là ?
Un prude ? Un timide ? Un gay ? Un intégriste chrétien ? Un idéologue ? Un exclusif jusqu’à la névrose ?
Je me demande quand même si je ne vais pas supprimer le soja.
Mais, me dit-on, le maïs c’est pareil…
Et le blé ?
Ça ne va pas tarder…Peut-être même que...
Ah, diantre ! Nous vivons donc dans un monde modifié !

Profonde, cette conclusion. Très profonde… On s’y noierait.

13:14 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

12.05.2014

Ecce homo

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Je veux dire quelques lignes lointaines pour cet homme.
Cet homme que je ne verrai jamais, que je ne croiserai jamais, duquel je n’entendrai jamais un mot…
Un homme modeste. Un gars du commun des communs.
Et sur le visage de cet homme modeste, de ce villageois des environs de Slaviansk,  tout l’effroi, tout le dégoût et tout le désespoir du marin qui fait soudain naufrage.
Est-il séparatiste pro-russe ? Est-il pour Kiev et l’unité de son pays ?
Que lui importe à présent ! Que lui importe la couleur du drapeau sous lequel le canon veut le faire se coucher !
Ce matin, on a démoli sa maison ; une maison qu’il avait payée de sa sueur, de sa patience et de ses espoirs d'homme besogneux.
On a fait s’effondrer son toit, on a criblé ses murs de balles…
Toute une vie qui sombre dans la folie. Des repères qui volent en éclats.
Combien sont-ils ainsi ?
Des gens de peu, des miséreux, des simples, des nous, qui, en ce moment, se trouvent pris en otages par l’implacable  marche de l’histoire ?
Cet homme me fait peine. Beaucoup.
Europe et tes magouilles, Amérique et tes insatiables
appétits, Poutine et tes rêves de grandeur, voyez cet homme !

Nous aurons traversé des milliers d’années d’histoire pour en être encore à ce regard  foudroyé par l'absurde.

Image AFP

13:54 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

10.05.2014

Vivre ensemble et le verbe

Une communauté, c'est aussi -  et peut-être d'abord - des gens qui usent du même verbe.
Sinon comment acter le "Vivre ensemble", comment se diriger vers un même point, même dans le débat contradictoire, si le sud et le nord ne disent pas la même chose ?
Mais, par-delà la langue stricto sensu, il y a l'héritage historique,
le bagage avec lequel chacun voyage et que traduit cette langue. 
La langue n'est en effet pas un code tombé du ciel. Elle ne se décrète pas. Elle est le chant qui met en musique l'origine et les références communes, celles du professeur autant que celles du laboureur, du maçon, du menuisier, du philosophe, de l'écrivain, du mendiant, du doux, du criminel, du juge, de l'avocat, du gendarme,
de l'abruti et du génie, du pauvre et du riche, du menteur et de l'honnête homme.

Alors, pourquoi donc l'Ukraine se déchire-t-elle ?

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08.05.2014

Quand Rome brûle

Je remets en ligne ce texte extrait de Brassens, poète érudit (Editions Arthémus 2001 et 2003) parce que pour nous, qui nous mêlons d'écrire et de chanter alors que gronde le canon dans l'est de l'Ukraine en risquant d'entraîner le vieux continent dans le chaos, il est d'une pathétique actualité.
Je ne dirai jamais assez - au risque de lasser - que Georges Brassens était aussi un visionnaire.

***

Honte à qui peut chanter

Honte à cet effronté qui peut chanter pendant
Que Rome brûle, elle brûle tout l’temps,
Honte à qui malgré tout fredonne des chansons
A Gavroche, à Mimi Pinson.

[...]

Le feu de la Ville éternelle est éternel,
Si Dieu veut l'incendie, il veut les ritournelles
A qui fera-t-on croire que le bon populo,
Quand il chante quand même, est un parfait salaud ?

littératureA tous ceux, de moins en moins nombreux il est vrai, qui ont fait le reproche à Brassens de ne s’être engagé dans aucune grande bataille de son temps, alors qu’à mon sens la puissance de son verbe s’était engagée dans toutes, il faut lire, ou, encore mieux, chanter ce poème.
On a fait grief au poète, évadé du STO, d’avoir continué dans l’ombre à sculpter ses rimes alors que l’heure était au combat et à la résistance. Quelque trente ans plus tard, on lui demandera pourquoi il était absent des barricades de mai 68, ce à quoi, hospitalisé pour des coliques néphrétiques, il répondra avec grand humour : Je faisais des calculs, monsieur !
Brassens a dit partout et toujours que le seul moyen qui était à sa portée pour combattre la connerie humaine et la méchanceté, c’était la poésie et le son de sa lyre.
Il a déjà crié son dégoût des tueries avec La guerre de 14-18. Pathétiquement, il a chanté l’absurdité de la guerre avec Les deux Oncles, une de ses chansons les plus controversée. Il a maintes fois affirmé son refus de mourir pour des idées :

Car à forcer l’allure, il arrive qu’on meure
Pour des idées n’ayant plus cours le lendemain.

Il faut être clair. Brassens ne dédaigne pas ceux qui s’engagent dans un combat qui leur semble juste. Simplement, il leur reproche de vouloir à tout prix y engager les autres, comme si leur vision des choses et leur manière de s’opposer au monde étaient universelles.
Ce procès de non-engagement est d’autant plus mal fondé que Brassens s’est toujours inscrit en faux contre la violence, l’injustice, l’hypocrisie et les diverses aliénations. Partout sa plume a placé l’homme et son bonheur au cœur de ses préoccupations. En 1952, il donnait un magistral pamphlet contre la peine de mort avec Le gorille. Trente ans avant l’abolition de cette peine de mort. Pas engagé, ça ?
Sa lutte à lui, comme à bien d’autres, c’était d’abord l’intelligence et une certaine idée de la bonté, traduites en vers, en rythmes et en rimes.
Cette arme serait-elle moins redoutable qu’une autre ?
Si cela était, pourquoi alors tous les dictateurs du monde, à toutes les époques, ont-ils, avec le viol des femmes, toujours commencé à exercer leur pouvoir ordurier en coupant les ailes à la poésie, à la connaissance et à l’art de s’exprimer ?
Pourquoi le livre a-t-il toujours été l’ennemi numéro un du pouvoir totalitaire ?
Et quand la fumée des canons s’est dissipée, quand la poussière du temps a fait son deuil de tous les morts, l’histoire ne conserve-t-elle pas alors l’écho retentissant de la révolte des plumes ?
Eh bien, oui ! Pendant que les hommes s’entre-tuaient, en Espagne, partout dans le monde, en Indochine, en Algérie, le poète composait dans l’ombre.
Prenant le contre-pied de Lamartine, il persiste, signe et crie haut et fort ne pas en avoir honte.
Car dans son «Ode à Némésis», déesse de la vengeance chargée de rappeler à chacun le rang qu’il doit tenir, Lamartine s’insurge contre le rôle assigné au poète en période de lutte. A ceux qui lui reprochent de vouloir se mêler de politique, il oppose son droit à participer aux combats pour la liberté et la citoyenneté :

Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle,
S’il n’a l’âme et la lyre et les yeux de Néron,
Pendant que l’incendie en fleuve ardent circule
Des temples aux palais, du Cirque au Panthéon !

Alphonse de Lamartine - Méditations poétiques - Ode à Némésis

Brassens, en butte aux reproches exactement inverse, détourne donc tout naturellement en antiphrase les vers fougueux de Lamartine.

Déférence gardée pour le poète bourguignon, nous ne saurions cependant avoir la même estime pour l’homme public. Car on sait que Lamartine avait de grandes, de très grandes ambitions politiques. Membre du gouvernement provisoire en tant que ministre des affaires étrangères, il alla jusqu’à se présenter à l’élection présidentielle où il échoua avec assez de fracas.
Criblé de dettes à la fin de sa vie, il acceptera même, deux ans avant sa mort, une rente allouée par Napoléon III.
Le moins que l’on puisse dire, avec l’avantage du recul, c’est qu’il eût été mieux inspiré d’écouter Némésis et de mener son combat avec l’arme qu’il savait le mieux manier : l’écriture.
D’autant plus que Brassens lui rétorque que s’il est honteux de chanter quand les hommes sont occupés à de plus augustes affaires, c’est-à-dire à se massacrer sans retenue, quand donc chantera-t-on ?
A tout moment, depuis la nuit des temps, partout dans le monde une Rome brûle.



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06.05.2014

Pénombres

merle.jpgA pas de loup s’en va la nuit et j’ouvre un premier œil sur sa dérobade.
Le contour des livres sur les étagères de la bibliothèque est déjà perceptible, quoique encore fort incertain.
La première grive n’a cependant pas sifflé dans les halliers qui bordent ma fenêtre. Alors, je sais à peu près l’heure aux pendules du temps qui passe : silhouettes des livres et silence des oiseaux, entre trois heures et demie et quatre heures.
Je referme l’œil sur le jour qui revient. Je m’en vais un peu, très peu, vers des pensées comme le dos des livres, diffuses, mal définies… Je reviens bientôt et je perçois déjà mieux les dictionnaires, en face de moi. Ce gros, là, en trois volumes, c’est celui des traductions de D. Son voisin, en trois volumes également, c’est celui que j’ai ramené de France, Le Dictionnaire historique de la langue française.
La mélodie de l’oiseau chanteur se coule soudain dans la pénombre, d’abord timide, puis fière et joyeuse.
Il est peu avant quatre heures.
On est demain.
Car le merle s’en mêle, puis l’étourneau, puis tout le petit peuple gazouilleur des passereaux. La lumière qui pend aux rideaux est grise ? Le temps est couvert. La lumière qui pend aux rideaux est bleutée ? Il fait beau.
Aux alentours de quatre heures et demie sans doute. Allons ! Il est temps d’aller saluer ce jour nouveau. Il est temps d’ouvrir les portes, de respirer le vent sur la pelouse fraîchement tondue et d’offrir à la lumière diaphane sa première tasse de café.
Matins de l’est. Matins tranquilles. Matins matinaux.
Encore quelques semaines et la grive aux halliers déploiera son gosier vers trois heures.
Les livres aussi se réveilleront bien plus tôt.
En parfaite harmonie avec l’oiseau des bois et le grand mouvement des choses de la terre.
Mais loin, très loin, de la folie mensongère et guerrière des hommes.
Savoir, toujours, être un naïf. Là demeure une once du plaisir d'exister.

Crédit photographique : Adrien Wehrlé

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30.04.2014

Le Diable et le berger

J'ai bien conscience que sur ce scan de la version papier que m'a fait parvenir un copain des Deux-Sèvres, il vous faudrait des lunettes plus que performantes, voire des jumelles, pour déchiffrer...
Il vous sera dès lors peut-être plus confortable de lire ICI.

L'article est signé Yves Revert.

Le Diable et le berger.JPG

13:42 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.04.2014

Ceux qui savent

littérature,écritureJe ne saurais vous dire si c’est affligeant ou  rassurant : le petit paysan des rives du Bug a exactement le même comportement, dans une certaine situation, que  celui de Charente-Maritime, pourtant à 2500 km de distance.
Quelle culture, quel réflexe comportemental les unit donc ? Et par les voies ancestrales de quelle communication ?

Du temps que je vivais au bord de l’Océan, donc, je cultivais un petit potager. Tout petit, où s’égayaient tomates, poireaux et autres carottes nouvelles… Quoi que je fasse cependant de mon  divertissement, le paysan d’à côté venait s’appuyer sur la clôture, tordait la bouche, secouait la tête, souriait, haussait les épaules et se faisait gentiment goguenard :
-  Sont grandement plantés assez près, tes poireaux !
Je rectifiais et les espaçais un peu plus, bien conscient qu’il connaissait mieux que moi l’art de se nourrir des fruits de la glèbe.
Et deux jours plus tard :
- Sont grandement plantés assez loin les uns des autres, qu’il disait alors, en reniflant fort et en faisant celui qui est un peu dépité par mon dilettantisme !
Bref, selon lui, j’avais pas l’œil. Je ne savais pas planter des poireaux…
Ou alors :
- T’as pas bêché trop profond, dis-donc ! A dounneront rin tes patates !
Ou encore :
- Hum… Une drôle d’idée. T’en n’auras pas. Ta terre  est trop sec.
Ça, c’était pour la mâche semée au quinze août sur terre bien tassée.
Je trouvais ça sympa, finalement. Une sorte de condescendance du professionnel devant celui qui s’amuse. Une façon aussi de communiquer, de faire voir à son avantage qu’il prenait en considération qu’un type comme moi, toujours à gratter sa guitare ou à lire des conneries dans les livres, veuille bien se pencher un peu sur la terre, comme lui, pour y faire pousser des affaires.

 Hé ben, là, en Pologne, figurez-vous, copie conforme… Pas pour le jardin, je n’en fais pas, trop de sable, mais pour un poulailler que je construis, ayant eu l’idée – farfelue selon certaine dame- d’élever quelques gélines.  
Il faut dire que j’en vois de toutes les couleurs. J’ai du mal à imaginer la géométrie dans l’espace pour la concrétiser dans des assemblages savants de planches, d’angles, de dimensions, et cette satanée bulle du niveau qui ne consent qu’après moult et coléreuses contorsions de l’artisan à rester enfin stable ! Mais ça prend forme, ça prend forme. Je ne dis pas que l’équilibre des forces y est impeccablement respecté, mais bon, ça tient la route.

Passe alors un voisin,  allant vers la forêt où il récolte son bois. Il s’arrête, me lance  un cordial cześć ! (salut !),  s’appuie à la clôture, examine et :
-  Hum…L’est un peu trop p’tit, ton poulailler !
-  Bah ! Pour quatre poules et un coq, ça suffit...
-  Oui, mais les planches sont trop minces. Elles auront froid… Tu sais que chez nous l’hiver est méchant !
-  Bon…
Ça m’ennuie, ça, oui…
-  Ta clôture est pas assez haute… Elles voleront par-dessus…
Je demande :
-  Tu pourras me donner un peu de paille ?
-  De la paille ? Non, non , non !  Il faut du foin. C’est  plus chaud. Faut pas mettre de la paille. Je te donnerai du foin. Ça  leur tiendra mieux le cul au chaud ! hahahahaha !!!!
Quand les poules mangeront du foin, disait ma mère pour signifier «jamais  de la vie. »
Ben voilà,  j’y suis désormais au jamais de la vie !
Heureusement, me dis-je sur l’air de celui qui a évité une catastrophe, que ce sympathique voisin, n’a pas tout vu ! Car un orage a éclaté mercredi soir, zébrant la campagne d’une forte pluie mêlée de grêle rageuse.
J’ai couru me mettre à l’abri sous ma construction dont je venais juste de terminer le toit. Grosse déception : il y pleuvait quasiment autant qu’au jardin.
J’avais fait se croiser les courants à l’envers, ceux du haut dessous ceux du bas !
J’ai refait.
En remerciant in petto Jupiter de sa bienveillante vigilance.

05:58 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

18.04.2014

Stéphane Beau : Les Perdants, dernier exercice d'équilibrisme

C'est donc le dernier texte de Stéphane sur le sujet - qui est loin d'être épuisé si tant est qu'il soit épuisable - que je vous propose.
J'ai été heureux de relayer ici sa réflexion.
Parce qu'il est un ami ? Oui. Bien évidemment. D'ailleurs, nous venons de travailler ensemble sur le livre que j'ai édité aux Éditions du Petit Véhicule et c'était bien agréable.
Mais, pour nécessaire qu'ait été cette condition d'amitié, elle fut loin d'être suffisante pour que je prenne le parti de publier ici ses textes.
J'ai relayé parce que son livre, Les hommes en souffrance, que j'ai lu et aimé, un livre courageux qui prête forcément le flanc aux morsures de toute la meute ordinaire des idéologues ordinaires, fut le point de départ de sa réflexion.
Réflexion d'un homme touché, ému, blessé sans doute, en tout cas sincère et qui avait besoin de dire son pourquoi.
Le fait est, hélas, assez rare à mes yeux pour mériter d'être souligné.
Merci à lui.

 

littérature, écritureMarcher sur les barrières, jouer les danseurs de corde, se hisser par delà la mêlée, tout cela est bien joli, sur le papier, mais dans la vraie vie, concrètement, ça donne quoi ? Tout soupeser, ne jamais trancher, ne jamais pencher définitivement dans un camp ou dans l'autre parce qu'aucune vérité n'est jamais absolue, c'est intellectuellement très noble, mais est-ce humainement viable ?

C'est une question que je me pose régulièrement, bien entendu, et que je me repose forcément depuis plusieurs semaines, à la lecture du blog de Bertrand et des fougueux débats qu'il a allumés autour de la crise ukrainienne. A de multiples reprises, j'ai eu envie d'y aller de mon petit commentaire, et à chaque fois je me suis heurté à mon incapacité à m'arrêter sur un jugement définitif. Dénoncer Poutine et les manœuvres des russes pour s'accaparer de la Crimée, voire de quelques provinces supplémentaires ? Oui, bien sûr. Accuser les États-Unis d'être omniprésents dans cette affaire et d'y jouer avec des dés qui, au fond, ne sont guère moins pipés que ceux de leurs adversaires ? Pourquoi pas ? S'indigner du fait que l'on veuille faire des rebelles de Kiev des héros de la démocratie en s'attachant à gommer les revendications parfois très douteuses de certains de ces dits rebelles ? Évidemment. S'agacer de la niaiserie de la diplomatie européenne qui bien que bombant le torse et roulant des mécaniques, reste aussi emmerdée et impuissante que dans les années trente lorsque la menace nazie commençait à prendre de l'ampleur ? D'accord. Mais après ? Une fois que tout cela sera dit ? Quand la lourde machine sera lancée, que le jeu des ultimatums, des alliances, des escalades d'avertissements et de sommations commencera à se mettre en branle, quelle valeur tous ces mots auront-ils ? Certes, nous pourrons éventuellement nous vanter d'avoir été plus malins que les autres et d'avoir percé à jour l'absurdité de tout cela, d'avoir mis nos contemporains (la poignée de lecteurs qui nous lit autrement dit...) en garde. Mais quand nous serons brassés dans la grande lessiveuse, est-ce que ce sera suffisant comme consolation ?

Je suis actuellement en train de lire le dernier numéro de la revue Agone, consacré à l'Ordinaire de la guerre. Le volume s'ouvre sur une querelle d'historiens, spécialistes de la première guerre mondiale, querelle portant sur la notion de consentement : peut-on dire que tous les soldats qui se sont battus en 14-18, qui y sont morts et/ou qui y ont tué, étaient « consentants ». La relative faiblesse du nombre de mutins et de déserteurs doit-elle nous laisser supposer que tous ceux qui ne le furent pas trouvèrent un sens aux combats qu'ils menèrent ? Quel choix avaient-ils ? Se révolter et finir presque à coup sûr avec douze balles dans la peau ? S'engager dans la guerre et espérer en ressortir sans trop de dégâts ? Sauf que dans la vraie vie, ce choix n'existe pas. Dans la vraie vie, on suit le mouvement. On prend la vague et on essaye de ne pas se noyer. Vous croyez que le type qui se fait embarquer par une rivière en crue a le temps de s'interroger sur le bien fondé de ses choix ? Couler ? Flotter ? Se raccrocher à une branche ? Non, il improvise et s'efforce juste de ne pas suffoquer.
Les choix, de toute manière, on les fera pour nous, sur le moment ou après coup. Car, comme nous le rappelle Ernst Jünger, dans Le Traité du rebelle, le non-engagement n'existe pas. On n'échappe jamais complètement aux barrières et on est toujours plus ou moins fermement sommé de choisir un camp. Et si on ne le fait pas, l'histoire s'en charge pour nous. Plus embêtant : la volonté de non engagement, qui pourrait se traduire comme le « choix de ne pas choisir » est presque toujours réinterprétée comme venant finalement faire le lit des pires horreurs, puisqu'elle ne s'y oppose pas catégoriquement. Cela s'est vu aussi bien en 1914 qu'en 1939. Et cela se reproduit à chaque fois que l'on enferme la pensée dans une opposition binaire et manichéenne, c'est-à-dire quotidiennement.

Certes, tous les choix auxquels nous sommes confrontés au fil des jours ne sont pas aussi cruciaux que ceux qu'ont connus les poilus ou les contemporains d'Hitler, mais quand même : adopter la posture du danseur de corde, de celui qui marche sur les barrières ou de celui qui s'élève au dessus des mêlées reste très compliqué. C'est un « non choix » qui nous engage presque autant, sinon plus, que d'opter pour tel ou tel camp ; car quelle que soit l'évolution de la situation, nous serons au final comptés parmi ceux qui se sont rangés du mauvais côté. Cela est très net au moment des élections où ce sont bien souvent ceux qui se sont abstenus de trancher, justement qui se retrouvent accusés la plupart du temps, par les commentateurs, d'avoir favorisé la victoire de tel parti (le Front National par exemple) ou d'avoir accéléré la chute de tel autre.
Dans un monde ou tout doit quasiment toujours pouvoir être résumé en une opposition binaire le danseur de corde, l'équilibriste de l'esprit, est un handicapé. Son besoin de tout soupeser, d'utiliser les oscillation de son balancier pour éviter de sombrer dans le manichéisme, n'est pas perçu comme une forme d'intelligence mais comme une inadaptation. Sa propension au doute n'est pas reconnue comme une preuve de raison mais comme un signe de faiblesse et d'impuissance. L'équilibriste de l'esprit est un perdant, un éternel perdant. Tant pis pour lui. Tant pis pour le monde aussi, peut-être...

Tiens, en parlant de « perdants », je vous rappelle que Philippe Ayraud a fait paraître, il y a quelques mois de cela, aux éditions Durand Peyroles, un très chouette recueil de nouvelles dont c'est précisément le titre : Les Perdants. Si vous avez trouvé quelque intérêt à me suivre dans ces réflexions, ces dernières semaines, je ne peux que vous inviter à le lire. Vous verrez que si la forme de son propos est forcément différente de la mienne, puisqu'on est là dans le fictionnel, le fond n'est pas si éloigné de ce que j'ai essayé d'exposer ici.

Stéphane Beau

12:03 Publié dans Stéphane Beau | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.04.2014

Stéphane Beau : par delà la mêlée

par_dela_melee.jpgMon approche de la question féministe ne doit donc pas être séparée de la manière dont je ressens intimement la notion de barrière. Mon problème en effet, aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, a toujours été, dans tous les domaines, de refuser d'être assigné à résidence d'un côté ou de l'autre des barrières que l'on m'opposait. Sans en avoir pleinement conscience, la plupart du temps. Et si je parle ici de problème, ce n'est pas par hasard, car c'est une position qui est assez inconfortable. C'est ainsi que j'ai toujours traîné, derrière moi, l'image d'un râleur, d'un réfractaire, d'un objecteur, d'un coupeur de cheveux en quatre, bref, d'un emmerdeur, car les humains, au fond, n'aiment pas qu'on interroge les fondements de leurs idées et les moteurs de leurs actes.
Mais c'est comme ça, c'est plus fort que moi, lorsque je me heurte à une barrière, il faut toujours que j'aille jeter un œil de l'autre côté pour voir ce qu'on y trouve. Et forcément, à chaque fois le constat est le même : il y a du bon et du mauvais des deux côtés. Cette posture, dont on pourrait a priori croire qu'elle est plutôt de nature à apaiser les choses, à gommer les conflits en ouvrant une porte de dialogue entre les deux camps, est au contraire très mal perçue. Car la plupart du temps, les deux parties n'ont pas envie de communiquer. C'est d'ailleurs justement pour cela qu'elles ont érigé une barrière entre elles, et toute tentative de conciliation n'est pas perçue comme un appel à la libération, mais comme une agression.
 
Mon livre sur les Hommes en souffrance, par exemple, même si le ton est volontairement polémique, a vraiment été pensé et écrit comme étant un livre sensé dépasser la barrière de la guerre des sexes. Je voulais vraiment qu'il invite les lecteurs à grimper sur cette barrière pour contempler l'ensemble du problème, objectivement et de manière non partisane. Je sais que certains l'ont lu ainsi et cela me fait plaisir. Mais je constate aussi que ces lecteurs-là ne sont pas majoritaires et que pas mal d'autres semblent n'avoir pas pu faire autrement que de ramener arbitrairement ma pensée d'un côté ou de l'autre de la barrière. C'est ainsi que pour les féministes les plus radicales mon livre est un livre masculiniste (donc abject et condamnable), alors qu'à l'opposé, chez les défenseurs les plus rugueux de la cause des hommes, je sens bien qu'on peine à accueillir chaleureusement un texte qui ne fait pas ouvertement l'apologie des pères perchés ou des femmes au foyer.
 C'est pour ça qu'une fois de plus, comme le note Bertrand Redonnet, je me retrouve à l'écart, en dehors. Positions qui ne relèvent pas de choix délibérés, mais découlent des circonstances. Bertrand sait bien mon attachement aux vieux journaux anarchistes. Notamment l'En Dehors, revue à laquelle il fait explicitement référence. Il sait probablement qu'il en existait une autre, publiée par E. Armand durant la première guerre mondiale, qui s'appelait Par delà la mêlée.
 
Par delà la mêlée... N'est-ce pas là, par définition, que se situe le danseur de corde ?
N'est-ce pas là aussi, dans cette mêlée, que le danseur de corde retombe quand il trébuche ?

Stéphane
 
Petit rajout de Bertrand : Tout à fait, Stéphane. Armand qui participa lui-même à L'En dehors (fondateur Zo d'Axa) avec Octave Mirbeau.
Armand, chantre de la camaraderie amoureuse... Avec Darien aussi.

13:17 Publié dans Stéphane Beau | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.04.2014

Allez donc comprendre !

littératureJ'ignore bien volontiers, mais sans grand tourment moral, si celles du Seigneur sont impénétrables mais, beaucoup plus ennuyeux, je suis à peu près certain que celles des hommes le sont.
Je parle des voies, des desseins, des motivations, des plans, des résolutions,  bien entendu. Car voilà bien un domaine où les synonymes se ramassent à l'appel.
Le fonctionnement des hommes m'a donc souvent échappé.
Et je me rappelle toujours, chaque fois que je suis face à une situation dont je ne saisis pas exactement tous les tenants et les aboutissants, une anecdote vécue en 1976, à Toulouse.
J'ai habité un temps là-bas... Histoire de rejoindre quelques camarades éparpillés dans les faubourgs gris de la ville rose. Des couche-tard. On ne se couche jamais avant l'aube quand on attend l'Grand Soir. Des fois qu'il aurait pris du retard en route !
Bref, pour gagner quelques subsides en attendant de vivre d'amour et d'eau fraîche dans la société sans classes, la journée j'étais pompiste à la sortie de la ville, route de Castres exactement.
C'était l'automne. Un bel automne du sud-ouest. Parfois, si le ciel était vraiment généreux, on apercevait sur la ligne d'horizon, dans les lointains, la  nébuleuse fierté des Pyrénées.

Parmi mes chalands quotidiens, je comptais
un homme charmant, souriant, et qui habitait la cité voisine. Pour ceux et celles qui connaissent Toulouse, la cité Amouroux exactement. Mon client sympa était un homme originaire du Maghreb.
Il venait chaque jour, il tournait dans ma boutique, inspectait les rétroviseurs, les enjoliveurs, les paquets de bonbons, les bidons d'huile, les lunettes de soleil, les cartes Michelin, mais surtout les recharges pour camping-gaz, les petites, les moyennes et les plus grosses.
Il tournait en rond, disait deux ou trois mots agréables et repartait sur un jovial salut... Le bougre ne m'achetait jamais rien !
J'ai fini par me douter qu'il cherchait là quelque chose qu'il ne pouvait pas se payer... Les gestes maladroits, contrits, du voleur à l'étalage, je les connaissais bien.
Cet homme m'était dès lors agréable et je faisais tout pour qu'il parvienne à ses fins. Je sortais, je tournais le dos, je regardais par la baie vitrée les voitures qui descendaient le faubourg Bonnefoy, je proposais à un qui avait fait le plein de lui lustrer son pare-brise, histoire de prolonger mon absence de la boutique... Rien... Jamais rien...
Le gars repartait toujours les mains et les poches vides.
Puis, un beau matin, quand je me suis retourné, il n'était déjà plus là... Évanoui, mon lascar ! Et dans le rayon recharges pour camping-gaz, il y avait un trou, sur l'étagère des moyennes.
Ouf, que j'ai fait et que j'ai rigolé ! Mais, que je me suis dit aussi, s'il n'est pas plus efficace que ça, mon voleur, il ferait aussi bien de faire comme moi, de trouver vite un petit job à la noix.
En attendant le Grand Soir.
Dès lors, je ne le revis plus... Et j'étais déçu... J'avais pensé qu'il avait compris ma complicité et qu'il  était sûr de manœuvrer là sur un terrain amical, impuni. Notre tacite camaraderie était donc faussée.
Je l'oubliais.

Et puis, soudain, un mois passé, le voilà qui revient à pas feutrés, en rasant les murs et en baissant son nez !
Hélas, je n'étais pas seul.
Le patron  était là, en bleu de travail, qui comptait ses litres d'essence vendus dans la semaine.
Et mon homme, tout timide, un billet à la main qui s'approche de lui, qui dit d'une petite voix fluette que l'autre jour il n'avait pas de sous sur lui et qu'il a pris une bouteille de gaz quand même et qu'il vient la payer, c'est
combien, monsieur ?
L'œil broussailleux et mauvais du taulier qui me fusille et m'interroge.
Non, je ne suis pas au courant.
Le petit voleur paye en s'excusant beaucoup, le patron encaisse avec ses gros doigts maculés de cambouis, rend la monnaie avec mépris et grommelle méchamment que la maison ne fait pas crédit et que moi....
Moi ?

Je suis viré.
Je vais pouvoir me coucher encore plus tard que tard.

J'espère que cet homme n'habite plus une cité dégueulasse, poussiéreuse et bruyante et qu'il n'a plus besoin de bouteilles pour camping-gaz.
J'aimais bien la franchise de sa maladresse. Le code de la pauvreté acculée.
Mais nous ne nous sommes pas compris.
Des remords ? Un jeu ? Un réel besoin et un réel emprunt ? Une morale qui m'était inaccessible?
Je n'en saurai foutre jamais rien.

Image : Philip Seelen

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11.04.2014

L'exil et la mort

P9180043.JPGLes juifs qui vivent en France ou ailleurs - tout du moins beaucoup d'entre eux même si j’en ignore la proportion – se font enterrer à tout prix sur (sous plus exactement) la Terre promise.
Ils font ce qu’ils veulent, ces braves gens, là n’est pas le problème, et quand bien même seraient-ils chrétiens, athées, bouddhistes ou derviches tourneurs, que j’aurais à leur égard les mêmes réflexions de perplexité.
C'est le genre de précautions farfelues et convenues qu'on est toujours tenu de prendre dès qu'on parle des juifs, dans un monde imbécile aplati par la culpabilité, la fausse conscience et la posture qui dicte que l'apparence prime sur l'essentiel. Toujours faire montre de son honnêteté et montrer âme blanche.
Des autres, on peut parler un peu plus à la légère. Sans offenser toutefois.

Bref, cette étrange pratique de vouloir faire dormir ses os ailleurs qu'au cimetière le plus proche, me semble le comble des inconfortables tourments - passez-moi le pléonasme- d’un exil. Comme si la terre, le pays, le bout de ciel où vous avez vécu votre vie, où vous avez aimé, où vous avez construit, pleuré, ri, bu et mangé tout votre soul, n’était pas assez sainte ni même assez saine pour accueillir votre précieux cadavre.
Ou alors comme si ceux qui restent derrière vous, les voisins, les amis, ceux que vous avez salués, n’étaient pas dignes de marcher et de respirer dans le voisinage direct de votre céleste sommeil.
Mépris ? Humm… Je l’ignore. Croyance en un dieu tellement sectaire qu’il ne vous accompagne dans votre salut que si vous reposez là et non pas là ? Chez lui, en fait. Un dieu contractuel, comme l’écrivait Nietzsche ?
Pour sûr que je ne voudrais pas d’un dieu pareil pour me conduire à travers ciel. Un dieu universel, un absolu, une entité des étoiles infinies, un dieu tellement évident qu’il n’a pas même besoin d'église pour être un dieu, ça, oui. Ou encore, mais à la grand’ rigueur, pas de dieu du tout.
Car un dieu qui discriminerait, qu’aurait-il de plus divin que le moindre des moindres mortels ?

Quand je mourrai, quand le croque-mort m’emportera, quand sonnera l’heure blême, donc, je ne chanterais pas à l’instar du Poète : que vers le sol natal mon corps soit ramené…
Car c’est sous ce coin de ciel polonais, tantôt glacé, tantôt étouffant, sous ces nuages qui courent de la mer noire à la Baltique, sur cette plaine qui se déroule de forêts en forêts, que j’aurai fini de tracer ma piste. Je dormirai sous ce pays qui, sans ambages, m’avait ouvert tout grand ses bras, avait tiré la chaise et m’avait invité à m’asseoir à sa table, sans rien demander de mes racines profondes.
Je dormirai là. Loin de ma langue et de la terre de mes ancêtres. Par respect pour tous ceux qui m’ont salué et avec lesquels j’aurai  partagé un bout de route, un bout de terre, un bout de monde.
Je dormirai chez eux ; un chez eux qu’ils ont fait chez moi.
Ce sera mon hommage posthume à la vie. Une vie qui habita, et non qui passa dans l'opportunité.

10:43 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.04.2014

Stéphane Beau : approfondissement

Tentative d'équilibrisme

N53006251_JPEG_1_1DM.jpgL'intérêt principal d'un blog, à mes yeux, c'est d'offrir un espace où la réflexion peut se développer au fil des jours, un peu comme dans un journal intime, mais avec une certaine obligation de rigueur et de cohérence due à son caractère public. C'est dans cet esprit que je poursuis aujourd'hui mes réflexions sur l'idée de barrière, ébauchée ici.
La barrière, qu'elle soit réelle ou virtuelle, coupe toujours le monde en deux. C'est là une évidence, je le sais, mais le grand tort des évidences, c'est justement qu'on finit par ne plus les voir. D'où la nécessité d'aller les chatouiller quelque peu, de temps en temps.

Dans notre vie quotidienne, nous nous comportons en général comme si les barrières étaient des réalités indiscutables, immuables, occupant logiquement, presque naturellement, la place qui est la leur. Dans les esprits, prédomine d'ailleurs l'intuition que la coupure pré-existe à la barrière qui ne vient au final que réunir deux parts distinctes, un peu comme la suture vient recoller les deux lèvres d'une coupure. La barrière n'étant pas envisagée alors comme ce qui sépare, mais comme ce qui rattache, comme ce qui permet de maintenir un semblant d'unité et de sens à l'ensemble. Son absence serait synonyme de chaos.
Car la barrière, on l'oublie trop souvent, a pour fonction première d'offrir aux hommes un repère, au même titre qu'un phare ou qu'une balise, et de fixer du même coup des normes qui s'appliquent à tous. En effet, pour qu'une barrière soit agréée par tous comme concrétisant une séparation objective il faut qu'elle repose sur une convention tacite. Tout comme le mètre, le litre, le degré centigrade ou l'hectopascal, la barrière pose un cadre conventionnel qui n'a de sens que si l'on en accepte le principe. Ce qui n'est pas toujours si simple, comme on peut le voir par exemple dans nos relations parfois tendues avec les peuples traditionnellement nomades qui, n'entendant pas la dimension conventionnelle de la barrière, ne comprennent pas ce qu'elle prétend scinder, et considèrent qu'elle n'a pas, symboliquement, plus de valeur normative qu'un arbre ou qu'une colline.
Si on visualise assez aisément les barrières physiques, on est généralement beaucoup moins à l'aise avec toutes les barrières psychologiques, morales ou idéologiques, qui balisent nos pensées et nos actes. Pourtant elles existent et elles fonctionnent de la même manière. Dans le domaine des idées, des valeurs, ou des croyances, aussi, les barrières viennent marquer une coupure entre deux mondes. Et là encore, l'erreur commune consiste à croire que la coupure pré-existe à la barrière ; qu'il existe par exemple un bien et un mal clairement différents, un vrai et un faux nettement distincts et que la barrière, là encore, se contente de concrétiser la ligne de fracture. Sauf que la réalité est beaucoup plus complexe, voire confuse, que cela.

Les barrières, que ce soit dans le monde physique ou dans le monde psychique, on l'oublie trop souvent, ne symbolisent pas des faits, mais des choix. Leurs emplacements ne doivent jamais rien au hasard. Bien au contraire, l'art de placer - et de déplacer - les barrières a toujours été éminemment stratégique. C'est une guerre de positions. Poser une barrière, ce n'est pas seulement délimiter son propre camp, c'est également définir, par défaut, celui de ses ennemis. Et, dans le champ des idées, cela est loin d'être neutre. Car, en plantant ma barrière, en plus d'affirmer mon droit, j'impose arbitrairement à mon adversaire le cadre dans lequel il devra exercer le sien.

Pourquoi est-ce que je vous explique tout cela ? Parce que mon dernier billet, disant que j'avais le sentiment, sur la question du féminisme, de me situer du mauvais côté de la barrière, ne me satisfaisait pas. Pas plus que ma conclusion laissant supposer qu'un jour les choses s'inverseraient et que je finirais par me retrouver du bon côté (même si du point de vue l’ego c'était une jolie chute qui m'accordait généreusement le bon rôle). En prétendant cela, je restais en effet englué dans le piège tendu par ceux qui ont intérêt à décréter que les barrières sont des réalités intangibles et que l'on n'a pas d'autre option que de choisir le côté derrière lequel on doit se ranger.
La question qui se pose à moi, maintenant, est la suivante : comment peut-on s'affranchir malgré tout de ces barrières, les dépasser, les contourner, les éviter. Nietzsche nous a déjà indiqué une piste : se situer définitivement par-delà le bien et le mal. Il nous a également proposé une posture : celle du danseur de corde qui confie sa destinée aux lois de la pesanteur. D'où l'hypothèse que je pose ici : le meilleur moyen de s'affranchir des barrières n'est-il pas de grimper dessus et de rester en équilibre sur leurs tranches, là où les deux camps se rejoignent et retrouvent leur unité première ? Position délicate, certes, inconfortable car elle attisera incompréhension et haine dans les deux camps.
Position difficile, donc, mais en existe-il une autre possible quand on a la prétention de vouloir être honnête ?

Stéphane Beau

08:29 Publié dans Stéphane Beau | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écrtiture |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.04.2014

Devinettte pas facile...

staline_reference.jpg« Imprédictibles, ces coups d'éclat contraignent les services de renseignement à déminer le danger en multipliant les cyber-patrouilles. Des groupes d'enquête spécialisés explorent blogs, pages Facebook ou messages sur Twitter. Prévoir nous oblige à des investigations plus poussées, concède un officier. Par mots-clés, nous tentons de cibler des profils à risque et des mots d'ordre, mais cela reste aléatoire.»

Ah, lecteur lointain, doux et paisible lecteur, toi qui, tout comme moi sans doute, regardes s’agiter le monde dans ses ébats et ses débats de plus en plus liberticides, qui te dis peut-être que nous avons, nous-autres, cette chance historique, acquise de haute lutte, de vivre sous des cieux éclairés où fleurissent les fleurs toujours nouvelles des démocraties apaisées, de quel pays indigne parle donc ce petit paragraphe édifiant, prélevé dans la presse ?
De la Tunisie ? De l’Ukraine ? De la Russie de Poutine ? De la Chine ? De l’Inde ? Du Pakistan ? De la Corée du Nord ? De l’Afghanistan ? De l’Irak ? De la Lybie ?

Allez, encore un petit effort… Oui, oui, c'est ça... Tu brûles, lecteur !

09:30 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

05.04.2014

Stéphane Beau : un texte témoin

Ce texte me touche particulièrement par sa force de renversement. L’ami Stéphane nous montre en effet comment l’idéologie dogmatique, sectaire, totalitaire, de la gauche bien-pensante - toutes fausses tendances confondues, même jusqu'à ses extrêmes - peut nous acculer à prendre des positions jugées par elle réactionnaires alors qu’elles ne sont que des tentatives pour rétablir le bon sens, l'honnête sens, du réel.
Il a raison, Stéphane, même s'il ne s'en ouvre pas expressément : Zemmour dit moins de conneries et de saloperies que Bernard-Henri Lévy. Une femme du peuple, de droite mais de bon sens, qui se situe naturellement sur un pied d'égalité avec son compagnon, qui n'a nul besoin pour ce faire que des grenouilles-prêtresses suivies des enfants de choeur de la pensée convenable lui servent la messe, qui aime son compagnon, qui aime qu’on la respecte et qui veut aimer l’amour et la vie, énonce moins de dégueulasseries que Vallaud-Belkacem, baptisée à la tambouille PS, version "ambitions démesurées".
Les idéologues de la contre-vérité érigée en humanisme ont détruit tous les repères afin que ses sujets errent désormais sans boussole sur l’océan des infâmes solitudes.
On parle de dérive droitière. J’ai un sourire amer, crispé. La nausée du dégoût : c’est exactement à ce prétexte que Staline fit torturer et fusiller tous les communistes et anarchistes de la première heure !
La pensée socialiste est le dernier stade du pourrissement du stalinisme et l'homme libre se situe par-delà ses discours autorisés. Par-delà aussi les ignominies droitières et les manœuvres répugnantes de la pensée de gauche. L'homme libre est dissident. A l'écart. En-dehors.
Il se doit ainsi d'être fier de toutes les insultes dont le couvre la horde miaulante des salopards !

  Le bon côté de la barrière

jardin_vagabond_grille.jpg

Ma mise en accusation du dogme féminisme, que ce soit sur ce blog ou dans mon livre sur les Hommes en souffrance a, je le vois bien, posé quelques problèmes même à ceux qui me connaissent et qui me lisent habituellement. Car critiquer le féminisme aujourd'hui, dans l'esprit de beaucoup c'est, sur le plan politique et idéologique, prendre place du mauvais côté de la barrière. Mais comme ces lecteurs-là savent à qui ils ont affaire, ils ont généralement assez bien compris ce que je voulais dire. Par contre, ceux qui ne me connaissent pas ou mal, ont globalement porté sur mon travail des jugements sans appel (et légers en termes d'argumentation, ceci dit en passant...) : « risible », « masculiniste », d'une « bêtise crasse », « réactionnaire », « misogyne »... aucun rachat possible.

Je mentirais en disant que cela ne me touche pas, ne me trouble pas, ne me questionne pas. Car comme le fait très justement remarquer Philippe Ayraud dans la recension qu'il a consacrée à mon livre, je reste persuadé que je porte clairement le cœur à gauche, parfois même très à gauche, depuis toujours. Avec tout le pack psychologique et idéologique – pas toujours conscient – qui va avec : la certitude d'être du « bon » côté de l'histoire, celui des faibles, des opprimés, d’être dans le camp de la justice et du bien général. Bref, d'être un « gentil ».
Et là, brusquement, en m'en prenant au féminisme, considéré par beaucoup comme étant un des plus nobles combats de la gauche contemporaine, je me retrouve non seulement à m'opposer à celles et ceux qui me sont habituellement les plus proches et du même coup à partager certaines convictions avec ceux que j'avais toujours tenus comme étant indubitablement mes adversaires : penseurs de « droite » voire d’extrême droite, cathos, traditionalistes bornés...

Alors forcément, je me suis posé la question – et je me la repose encore régulièrement – suis-je en train de déconner ? Me suis-je trompé de route ? Quelque part, j'aimerais bien, cela simplifierait nettement les choses pour moi. Mais j'ai beau retourner le problème dans tous les sens, et même si cela m'embête, j'en reviens toujours à la même conclusion : le féminisme, tel qu'il se développe actuellement est une idéologie dangereuse qui ne pourra rien produire de bon sur du long terme. Et aujourd'hui, oui, hélas, face à ce dogmatisme froid, aveugle, fermé au dialogue et aux débats, c'est chez les penseurs « réactionnaires », de droite, hostiles à la gauche, que l'on trouve parfois les réflexions et les critiques les plus intelligentes dans le sens où elles nous invitent à de réels questionnements.
Qui sont les responsables de cet état de fait ? Ceux qui, comme moi, essayent d'y voir clair, de comprendre, ou ceux qui ont transformé le féminisme en en bloc compact, inattaquable, indiscutable ? Dans un article paru dans le n°1 de la nouvelle fournée de l'Idiot international (1er avril 2014), Stéphane Legrand s'en prend par exemple à la « dérive droitière » de Michel Onfray qui a, dans un article de son site internet, dit sa prise de distance avec l'idéologie du genre. Dérive droitière. Qu'est-ce que cela veut dire ? Je ne suis pas un grand fan d'Onfray dont j'ai déjà pu dire le peu de bien que je pensais à plusieurs reprises. Mais pourquoi parler ici de dérive droitière ? Je reste persuadé que l'on peut être très critique (dans le sens constructif du terme) vis-à-vis de l'idéologie du genre et rester de gauche. Car si dérive il y a, ne peut-on pas l'imputer plus justement à ces gardiens du temple de ce que Jean-Pierre Le Goff nomme assez justement le « Gauchisme culturel » qui, en fermant la porte à tous débats, laisse les clés de l'intelligence à la disposition de leurs adversaires ?
Et parmi ces adversaires, s'il y en a de parfaitement abjects et lamentables, on en trouve aussi de brillants. C'est pour ça qu'aujourd'hui, hélas, c'est chez les « réacs » qu'il faut peut-être aller rechercher ces clés de la résistance au nivellement du monde, des humains et des idées ; chez les râleurs, les énervés, les infréquentables, Nietzsche, Georges Palante, Léon Bloy, Léon Daudet, Barrès, ou, plus proches de nous Cioran, Philippe Murray, Alain de Benoist, Michel Maffesoli... Autant de penseurs qui, même s'ils peuvent parfois emprunter des routes discutables, même si on peut parfois se retrouver en complet désaccord avec eux, ont au moins ce mérite de n'avoir jamais eu peur de mettre les pieds dans le plat et d'appeler un chat un chat.

Il faudra donc que je m'habitue à être un réactionnaire. Cela ne devrait pas me poser trop de problèmes car, après tout, réagir à l'évolution du monde actuel ne me semble pas être criminel. Résister aux surenchères de la société de consommation, aux méfaits du libéralisme économique, à la destruction de l'équilibre écologique, lutter contre la transformation et l'uniformisation des humains modelés pour n'être plus que des consommateurs décérébrés, voilà des combats qui me parlent. Et être de gauche aujourd'hui, être écolo, être hostile au modèle capitaliste, c'est quelque part être réactionnaire justement, c'est espérer que l'humanité donne un petit coup de frein à son évolution et revienne à un peu de bon sens, quitte à revenir sur ses pas dans certains domaines. Être de gauche, c'est affirmer son amour des humains, certes, mais surtout de leurs différences, de leurs cultures, de leurs parcours, de leurs spécificités, de leur intégrité. Être de gauche, c'est regretter qu'aujourd'hui les ouvriers ne soient plus fiers d'être ouvriers, que les agriculteurs ne soient plus fiers d'être agriculteurs, que les femmes ne soient plus fières d'être des femmes, que tous et toutes n'aient plus qu'une seule ambition : ressembler à un modèle unique qui mange pareil, s'habille pareil, pense pareil, fantasme pareil, lit les mêmes livres, voit les mêmes films, achète ses meubles dans les mêmes boutiques... Être de gauche, c'est refuser que les hommes et les femmes ne soient plus que des corps soumis à des normes hygiénistes de plus en plus totalitaires...

Être de gauche aujourd'hui ce n'est plus voter socialiste ; être de gauche c'est accepter d'être réactionnaire, au sens noble du terme. C'est lutter contre tous les mouvements sociétaux dogmatiques susceptibles d’entraîner le monde à sa perte. Et parmi ces mouvements, il y a le féminisme. Aujourd'hui, le critiquer me rejette du mauvais côté de la barrière, comme je l'ai dit. Mais ce n'est pas définitif, je le pressens. Nous en reparlerons dans cinq, dix ou vingt ans. Les côtés de la barrière s'inverseront forcément et le bon sens retrouvera ses droits.

Stéphane Beau

14:00 Publié dans Stéphane Beau | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.03.2014

Le numérique : une réforme, pas une révolution

littératureIl y eut successivement - et en même temps durant des périodes charnières plus ou moins longues - l’odeur, le gestuel et le grognement, puis la parole, puis, enfin, le langage.
Certains paléontologues attribuent au langage, autrement dit à la faculté de désigner le monde par des sons particuliers bientôt structurés, la suprématie de Cro-Magnon sur le Neandertal, jusqu’à la disparition complète de ce dernier.
Ce serait donc grâce à la maîtrise de la communication qu’une espèce se serait imposée à une autre,
jusqu’à la faire disparaître au cours de la longue conquête de la planète. Une espèce qui parle, qui a une conscience parlée, est donc, déjà, beaucoup plus armée dans la lutte pour la survie qu’une autre qui n’a pas encore acquis ces techniques et en est restée au gestuel et aux onomatopées, aux cris et aux grognements. Imaginer par exemple que les loups, dotés d’un langage complexe et seulement intelligible à l’intérieur de leur espèce, auraient pu vaincre les hommes et s’imposer à leur place dans l'environnement, n’est, à mon sens, une idée farfelue que pour les farfelus dans leur conception de l‘organisation et de la genèse des sociétés.
Le langage fut ainsi la première grande et victorieuse révolution des hommes dans leur entreprise de domination du monde.
Faisons l’impasse sur des siècles et des siècles au cours desquels s’affina ce langage, jusqu'à être capable de dépasser sa fonction primaire d’oralité et de se doter d’une représentation graphique. Nous abordons la théorie du langage, c'est-à-dire l’écriture,  et nous  sortons ainsi de la Préhistoire pour rentrer triomphants dans l’Antiquité.
L’écriture, fille de la parole,  fut ainsi la deuxième grande et victorieuse révolution des hommes dans leur longue entreprise d’appropriation de leur environnement.

Il n’y en eut plus aucune de cette envergure. Les autres révolutions dans cette appropriation par la conceptualisation, ne consisteront désormais qu’en de gigantesques réformes à l’intérieur même de la parole et de l’écriture.
La première de ces grandes réformes, celle qui a bousculé la vitesse de diffusion du langage, fut l’imprimerie. Ceci dit en passant, non inventée par le sieur Gutenberg comme l’ânonnaient nos premiers livres d’histoire au chapitre CM2 des Grandes inventions et découvertes, mais par lui perfectionnée au point de la rendre incontournable. Mais Gutenberg n’a pas plus inventé l’imprimerie que Google n’a inventé internet : Il en a eu "l'intelligence".

Il nous faut encore
faire l’impasse sur presque un siècle avant que l’ingéniosité des caractères typographiques, en métal et mobiles, ne porte, ailleurs que chez le clergé tout occupé à faire imprimer ses livres saints, ses véritables fruits.
Un siècle où l’imprimerie ne révolutionna rien du tout et, même, n'intéressa quasiment personne. C’est Luther qui, le premier, comprit l’utilisation militante qu’on pouvait tirer de la nouvelle technique. C’est par l’écriture qu’il afficha ses 95 thèses à Wittenberg, thèses qui jetèrent les fondements de la Réforme et du luthérisme. Mais, si on en était resté à cette diffusion, le luthérisme en serait resté, lui, au stade confidentiel. L’imprimerie vola à son secours et c’est par milliers d’exemplaires et de brochures que se dispersèrent les principes du protestantisme. Quand Rome prit la mesure du danger et voulut intervenir, il était bien trop tard : la quasi-totalité de l’Europe était au courant des fameuses thèses, approfondies et développées.
L’écriture imprimée selon Gutenberg ne cessa dès lors de se perfectionner encore, de plus en plus, et de servir de point d’appui essentiel à la diffusion de l’art et de la pensée.

littératureJe fais à nouveau l’impasse sur six siècles de ce perfectionnement et j’en arrive au numérique.
Mais je ne passe pas pour autant d’une Préhistoire à une Antiquité ou d’une Antiquité à un Monde contemporain ou d’un Monde contemporain à un Monde plus nouveau encore ; je reste à l’intérieur de l’écriture et de la socialisation de la pensée, choses acquises depuis longtemps. Je suis encore dans l’Antiquité. Je change de support. Je change de technique. Pas d'ère humaine.
Car un examen approfondi des sociétés dans lesquelles ces situations successives d’évolution de la communication, très sommairement évoquées ici, ferait apparaître que ces révolutions et réformes de la propagation du langage et de la pensée n’étaient pas des exigences en soi, pour la beauté du geste, si j’ose, mais étaient fondamentalement dictées par des révolutions existant en profondeur dans les infrastructures de ces sociétés : on changeait à chaque fois de mode de production des besoins, on changeait à chaque fois de structure sociale, on élargissait aussi les horizons de la machine ronde, on traversait des mers jamais traversées, on découvrait des terres jusqu'alors ignorées.
En gros, le langage de Cro-Magnon avait annoncé la Préhistoire et l'organisation hiérarchique, structurelle,  du clan, l’écriture avait annoncé l’organisation étatique de plus en plus centralisée ainsi que la littérature et la philosophie, l’imprimerie avait annoncé la fin de la féodalité et la Renaissance... Ce qu’annonce le numérique n’est pas encore audible.
La vitesse de communication d’internet, la concentration du savoir qu’il détient dans sa sphère, savoir directement accessible, est complètement décalée, presque jusqu’au handicap, quand on considère que les hommes en sont en même temps restés aux sources d’énergie du XIXe siècle, charbon et pétrole, et que les sociétés, toujours courbées sous la dictature économique, n’ont pas avancé d’un poil, sinon dans l’accumulation perfectionnée de marchandises de plus en plus inutiles.
Il y a là un hiatus que le monde n’est pas prêt de rendre agréable à l’oreille.
L’adaptation du monde au nouveau mode de diffusion du monde, ne semble pas pour demain.  L’esprit de ce qui s’écrit sur internet ne révolutionne en rien, absolument en rien, l’esprit, ni n’ouvre d’autres projets de société, d’autres destinations humaines, d'autres façons du construire ensemble. La preuve : on se bat aux quatre horizons du monde comme on se battait à l'Antiquité, au Moyen-âge et à toute autre époque.
Dès lors, nous pataugeons presque dans l’inutilité en perfectionnant un outil de communication sans changer le destin de ce que nous avons de fondamental à communiquer. Nous risquons - si ce n'est déjà fait -  de faire ainsi de notre langage un simple bavardage, un luxe divorcé du réel, comme le serait la faux extraordinaire d'un cantonnier là où l'herbe ne pousse jamais plus.
Autant dire, pour la première fois dans l'histoire, nous risquons de signifier la fin de la communication par manque de matière à  communiquer, comme un moulin finit par se briser quand il continue de tourner et qu’il n’y a plus de grain  à moudre.
Le numérique, donc, celui avec lequel nous écrivons, n’aurait pas été plus pauvre qu'il n'est actuellement avec Balzac, Zola ou Maupassant tenant un blog. C’est dire comme ils étaient en avance, ceux-là, ou alors, plus sûrement, comme nous sommes encore en retard, nous autres, et combien nous manquons d'esprit d'initiative pour réinventer, non pas les outils du monde, mais le monde lui-même.
J’ajoute que diffuser Balzac, Maupassant ou Zola en numérique revient à faire du numérique l'outil performant d'un stockage rationnel, si cher aux thuriféraires de la production capitaliste. Avoir 2500 livres dans sa liseuse et dans la poche intérieure de son blouson, relève plus de la performance technique que d'une technique de la performance. Cela revient à satisfaire sans satisfaction une préoccupation majeure de la fin du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe en matière de conditionnement des marchandises, jusqu'à la " géniale trouvaille" du flux tendu  supprimant la logique du stockage.
Avouons que pour pratique que ce soit, il n’y a pas de quoi sauter aux nues ni de quoi crier à la  révolution fondamentale ! A moins d'être résolument du parti pris des imbéciles qui, comme chacun le sait, est le parti majoritaire auquel, pourtant, chacun d'entre nous se défend d'appartenir...
Je crois donc que les ethnologues du futur ne situeront pas la révolution numérique au XXe siècle, ni même, peut-être, au début du XXIe siècle. Ils la situeront - si tant est qu'elle intervienne un jour - quand le numérique
aura fait la preuve qu'il a changé le mode de fonctionnement des sociétés, en a amélioré considérablement le destin et l'esprit.

11:07 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.03.2014

Limites

littératureEn ce minuscule lieu perdu de l'arrière- campagne, les pieds sur la mousse humide, je mesure combien est encore dérisoire, préhistorique, antédiluvienne même, l’organisation des hommes entre eux.
Si je fais deux pas en avant, je réintègre mon monde. Je suis en Europe, Schengen, je suis sous les lois de Paris, de Madrid, de Lisbonne, de Rome et de Trifouillis les oies…Je n’ai pas besoin de visa sur un passeport, je n'ai même pas besoin de passeport du tout, je suis quasiment à la maison.
Si je pouvais faire deux pas en arrière, toutes les lois et la plupart des valeurs qui régissent ma vie sociale seraient abolies en une seconde à peine. Même mon alphabet, mon cher alphabet, celui que j'ai appris en culottes courtes, au début, avec lequel tous les jours j’essaie de me dire dans ce monde, ne me serait plus d’aucune utilité.
Peut-être même irais-je manu militari tâter de la paille humide du cachot néo-collectiviste.
Je mesure, là, combien est fragile la liberté de mettre un pied devant l’autre sur une planète aplatie sous la botte et
raccommodée, rapiécée, par la politique des hommes. Homo erectus, lui, passait les fleuves, les ruisseaux et les montagnes sans avoir à montrer patte blanche. Homo erectus ignorait la politique. Une ignorance qui faisait de lui un savant.
J’ai une vague impression, aussi, d’avoir toujours vécu ici. Sur des frontières. Entre crépuscule et aurore, sans jamais savoir trop dissocier lequel annonçait la nuit et lequel anticipait la lumière. Sinon par l'illusion et la volonté d'exister. Vécu sur l'expérience des limites.
De l'autre côté de ce poteau blanc et rouge, commencent les Russies. Celle de Minsk et celle de Moscou. Où ronronnent des canons. Au cas où...

Et je me demande bien ce qu’en pensent les gens de la ferme, là, tranquilles, peinards, sur leur petite colline. Savent-ils qu’ils sont un pointillé. Un pointillé virtuel sur la carte et tellement dangereux sur la terre ferme, quand la folie risque de rallumer une fois encore le feu aux poudres.
Et ces grands corbeaux que je vois tournoyer, avec des reflets bleus sous leurs ailes déployées, qui vont d’un saule à l’autre, d’une rive à l’autre du fleuve, qui croassent d'un système à l'autre, savent-ils leur supériorité politique ?
Qu’ils sont bien au-dessus de l'intelligence barbare des hommes ?

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24.03.2014

Illusions

1795756_10151969869723235_1640376065_n.pngUn homme vit aussi d’illusions. C’est là son voyage dans la stratosphère, sa projection dans les ailleurs, et seuls les imbéciles, les pragmatiques, les menteurs et les salauds (qui sont souvent les mêmes) prétendent ne pas avoir d’illusions. En confondant, d’ailleurs, excusez-moi du peu, « illusions » et « espoirs », car même le désespéré a des illusions, ne serait-ce que la pire d'entre toutes : celle de croire que la mort sera plus vivable que la vie.
Ainsi suis-je également un imbécile, un pragmatique, un menteur et un salaud quand je dis à qui veut bien l’entendre que je ne me fais aucune illusion sur la capacité (voire la volonté) de la politique à changer une part du monde et à la rendre un peu meilleure.
C’est faux. Tout homme, s’il n’est un fou brasseur de néant, qui se mêle de la critique du monde, à quel que niveau que ce soit, se fait forcément des illusions. Il espère que sa critique, si peu entendue qu’elle soit, si infime soit-elle, contribuera à réparer des erreurs, lever des malentendus, mettre au grand jour des injustices, dénoncer des crimes, prévenir des catastrophes, que sais-je encore ?
Que cette critique n’atteigne que très rarement son but n’est pas, hélas, très important. Le vital est dans l’illusion. Dans le prisme déformant que crée le rapport au monde car ce prisme déformant a ses racines dans les profondeurs, non pas de l’idéologie – qui n’est somme toute que la mise en scène masquée du « moi », le tuyau social de son expression– mais de l’être que l’on est.

Ces quelques lignes pour te dire, lecteur, combien j‘ai été bouleversé, jusqu’à la nausée, par l’attitude politique de Hollande et de l’Europe entière dans le drame ukrainien. Bouleversé non pas dans mes convictions politiques, qui ne sont ni convaincues ni guère convaincantes, mais dans ma conception, mon ressenti plutôt,  de l’honnêteté et de l’intelligence humaines.
Bouleversé en profondeur. Remué. Tétanisé même.
C’est donc bien que je me faisais encore des illusions en dépit de tout mon mépris pour les grands de ce monde qui, comme se plaît à le dire l’exergue de ce blog, ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.
Je ne vais pas, une fois encore, décrire la situation. Reste qu'un gouvernement insurrectionnel qui compte dans ses rangs des nazis déclarés, est reçu à bras ouverts dans les palais républicains de toute l'Europe. Pire : à peine les morts de Maïdan (dont on ne sait toujours pas avec certitude par qui ils ont été tués) sont-ils refroidis que cette Europe signe un bout de papier de coopération avec ce gouvernement. Tout en jetant sur la Russie l’opprobre et l’indignation des gens bien, blancs comme neige, non-violents, démocrates et jamais délinquants.
La nausée, te dis-je, lecteur. Et si Toi, tu ne l’as pas encore eue, cette nausée, je me fais encore l’illusion de te contaminer par ces quelques paragraphes. J’irais même jusqu’à dire que si tu es en bonne santé, tu devrais tout de suite te sentir malade. De honte.
Et je rigole de colère ce matin quand j’entends ces Français socialisto-républicains s’indigner de ce que quelques frontistes-nationaux ont gagné (ou sont en passe de gagner) des élections municipales alors que leur lamentable chef, leur tartuffe de chef, caresse dans le dos les héritiers de Bandera et les thuriféraires de la division SS Halychyna.
Peut-on, dans ce cas-là, éprouver autre chose que le dégoût ? Me le diras-tu ? Si les tueurs de Maïdan s’étaient revendiqués de Nestor Makhno plutôt que de Bandera est-ce que l’Europe leur aurait fait ainsi les yeux doux ? Est-ce que l'onctueux Hollande miaulerait ainsi ses phrases convenues sur l'intégrité du territoire ukrainien ? Cet homme a le génie de faire en sorte qu'une vérité éculée qui sort de sa bouche sonne tout de suite comme un misérable mensonge.
Il est là, mon malaise. Dans mon (notre) impuissance à relever le défi de l’odieuse stratégie des calculateurs.
Il est aussi dans le fait de n’avoir pas été assez fort pour trouver dans mon propre bonheur d’exister, dans mon plaisir à vivre avec des gens que j’aime,
loin des brouhahas, dans un village désert de la frontière européenne ; dans la satisfaction aussi de publier un nouveau livre, la force d’éviter les haut-le-cœur du désarroi.

Mon illusion ? Elle est désormais cruelle : que tous ceux qui ont joué avec les ordures se réveillent bientôt dans une poubelle.

Illustration dénichée je ne sais où par Jagoda

12:31 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

19.03.2014

En direct

 DSCN0621(1).JPG1- Dans un texte écrit fin décembre, je faisais allusion à un ami qui, toutes les semaines, fait le voyage pour Moscou, aller-retour.
Pendant que les occidentaux, défendant une part d’indéfendable (en tout cas ne défendant pas en profondeur ce qu’ils prétendent défendre dans leurs discours et divers effets de menton) menaçaient la Russie de sanctions commerciales, nous nous inquiétions, D. et moi, de ce que cet ami pourrait dès lors perdre son travail si les choses venaient à empirer.
D. lui ayant posé la question, notre copain a répondu,
nullement inquiet :
- Bah ! Penses-tu ! Ce que je transporte en Russie, l’Allemagne nous l’achètera pour le revendre à Moscou. On a déjà vu ça…
Et vlan ! C’est ce que j’appelle avoir, à la base, la conscience et l’intelligence du monde plus franches que ceux qui prétendent le gouverner, ce monde !
Alors, les gesticulations Merkel/Hollande et consorts, c’est quoi exactement ?
Ah, si seulement les chaumières avaient la bonne idée de se réveiller enfin !

2- Une dame ayant une très grande connaissance professionnelle de l’Ukraine dit qu’effectivement on sent très bien, et depuis longtemps, chez les nationalistes ukrainiens un mépris et une attitude hautaine à l’égard des Polonais…
Ce n’est pas une trouvaille, certes. Mais c’est mieux de le savoir par des témoins directs que par la pensée déléguée.
Et ce sont des gens de cet acabit que l’Europe, les Américains et le FMI s’apprêtent à financer. Pourtant, quand on nourrit des renards, en général, on ne s’attend pas à ce qu’ils vous mangent un jour vos poules.
Mystère des diplomaties…

Cette dame dit aussi que si la grande majorité du peuple russe est derrière Poutine et même s’exalte de sa fermeté et de son patriotisme, c’est qu’il a tiré les gens de la misère noire dans laquelle les avait laissés Boris Eltsine.
Poutine a donc derrière lui une force qui ne s’invente pas, une force qui ne se crée pas par l'artifice du discours, une force que jamais n’auront ni Obama ni Hollande : un peuple.
Cela, il faut être russe pour le comprendre sans y aller de ses petits jugements préconçus dans les Hautes Écoles de l’Administration.
Il faut savoir ce que signifie d’avoir survécu par le pain rassis et les patates.
Les occidentaux ne comprendront donc jamais rien à la Russie.
Et en espérant de toute mon âme qu’il soit cette fois-ci encore conjuré, je pense, hélas, que, sur le vieux continent, entre l’Ouest expansionniste, de plus en plus à la botte américaine, et l’Est qui s'éveille aux délices du capitalisme sauvage sans renier encore le sentiment de "nation",
l’affrontement sera, à l‘échelle de l’Histoire, inévitable. 

Illustration : Une photo prise en Russie par notre ami , tout comme celles ci-dessous

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12:53 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture, ukraine, histoire |  Facebook | Bertrand REDONNET

17.03.2014

Je me pose des questions

NR.JPGQui ne sont pas forcément légitimes, mais le fait est qu'elles sont.
Tenez, ce matin par exemple, je voulais écrire ça :

"Un clown

L'UE ne reconnaîtra pas la "pseudo consultation" en Crimée…
Quand il a dit ça, le galant en mobylette, on aurait dit qu’il venait de découvrir l’eau chaude.
Pourtant… Déjà en 2005, il n’avait pas reconnu la vraie consultation qui sanctionnait négativement le traité européen et, au congrès de Versailles, avait déclaré la susdite consultation nulle et non avenue.
C’est une manie chez lui. Une manie de clown.

Interrogé sur la possible suspension de la vente de navires militaires français de type Mistral à la Russie, il a déclaré que ces sanctions "liées à la coopération militaire" relevaient du "troisième niveau de la sanction". "Nous en sommes au premier", a-t-il relevé.
Ben voyons…
Moi, je serais ukrainien que je ne voudrais pas pour un sou d’un ami pareil ! Genre qui vous caresse la joue droite et qui vous flanque une beigne sur la gauche. Genre qui vous chante la messe de l’apaisement le doigt sur une gâchette…
Tant il est vrai que des millions de dollars paraphés sur un contrat, ça vaut bien tous les Ukrainiens et toutes les Crimées du monde !
Un clown, certes, mais pas désopilant du tout. Un clown tragique."

Je voulais donc écrire ça, mais je ne l’écrirai pas.
Parce que je me pose des questions. Depuis que je publie mes textes sur le drame ukrainien et la fourberie démocrate des Européens, les lecteurs sont très nombreux.
En revanche, peu, très peu de réactions. Aucun débat sur cette exceptionnelle situation qui risque fort de nous tous embarquer sur le pire des radeaux.
Pourquoi ?
Peur de se tromper de camp parce que, cette fois-ci, le chaos n’est plus aux antipodes, sous d’autres cieux que nous ne verrons jamais, mais  bien à notre porte ?
Pourtant, je ne fais allégeance à aucun des protagonistes, même si je dénonce plus facilement ceux d’entre eux qui avancent les plus masqués.
Je ne fais allégeance qu’à l’amitié entre les peuples.
C'est-à-dire à une Idée.

J'ai signé ici un article dans la Nouvelle République du Centre-ouest.

11:42 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature, écriture, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.03.2014

Impérities ou immondes calculs ?

reuters.jpgLe ministre russe des affaires étrangères, Lavrov, porte-parole de Poutine-Bonaparte, s’étonne avec juste raison de ce que son homologue français, Laurent Fabius, affirme sans vergogne sur France Inter que le gouvernement insurrectionnel de Kiev n’est pas un gouvernement d’extrême-droite. Bien à droite, admet le rusé Fabius, mais pas à l’extrême-droite  quand même.
On est en droit de se demander où, dans sa stratégie de brouilleur de cartes déjà biseautées, Fabius classe ce gouvernement dans lequel officient trois membres de Svoboda, parti nationaliste, xénophobe, résolument et ostensiblement – brassards croix gammée arborés sans vergogne -  antisémite. Très légèrement à gauche d’Hitler, sans doute. François Copé, dans les «fabiuseries» diplomatiques et eu égard à l’idéologie de ceux qui ont pris le pouvoir en Ukraine, est un anarchiste partisan de la démocratie directe et du partage social. Marine Le Pen, quant à elle, comme chacun ne saurait à présent l’ignorer, est une dangereuse trotskiste !
Si ce n’était à ce point dramatique d’entendre des embrouilles pareilles, si ce n’était pas par ces discours irresponsables ou pervers qu’un nouveau cataclysme guerrier risque de nous trancher la tête, le fou rire nous ferait mal au ventre…
Fabius est un menteur. D’ailleurs Lavrov lui rappelle qu’en octobre 2013 le parlement européen déclarait à propos de Svoboda "que ce parti allait à l'encontre des valeurs fondamentales de l'Union européenne".
Alors qu’est-ce qui a changé en cinq mois, Monsieur le digne diplomate français ? Le parti nazi ukrainien ou les valeurs européennes ? Hum... La question mériterait plus ample examen.
Et Lavrov d’ajouter : « Désormais, on arrive à une situation où les dirigeants de Svoboda, parmi lesquels une figure aussi odieuse qu'Oleg Tiagnibok, sont devenus en Occident des personnalités tout à fait respectables ».
Vous avez bien entendu :
Oleg Tiagnibok. L’Europe a donc bel et bien vendu son âme au diable mais c’est pour nous qu’elle ouvre les portes de l’enfer. Car connaissez-vous bien cet Oleg Tiagnibok ?
Pour plus de rapidité, je pique quelques éléments dans Wikipédia et je jette à la face de Fabius, Hollande, et de tous les soi-disant démocrates européens les lignes suivantes : « Parti Svoboda. Son dirigeant est Oleg Tiagnibok. En automne 2011, le parti avait organisé un défilé contre l'arrivée massive de juifs hassidiques, qui effectuent chaque année en Ukraine un pèlerinage sur la tombe d'un célèbre rabbin.
De même, l’organisation a souvent été pointée du doigt pour la glorification du passé collaborationniste d'une partie du peuple ukrainien avec l'Allemagne nazie et pour avoir organisé la commémoration en 2013 du 70e anniversaire de la création de la division SS Halychyna, qui a combattu dans les rangs hitlériens.»
Est-ce assez  clair ? Fabius sait-il lire ?
Rappelons aussi que les pires fauves, plus redoutables que leurs maîtres SS allemands, fauves parmi les fauves ayant égorgé, pendu et torturé à Sobibor, Majdanek et dans le ghetto de Varsovie étaient ukrainiens et que certains nationalistes se réclament aujourd'hui de cette glorieuse descendance !

 Ce n’est donc pas tant de Poutine – même si ses intentions n’ont rien d’angélique - qu’il faut avoir peur aujourd’hui, mais de ces politiques européens qui, par suivisme à l'égard de la volonté américaine de détruire une fois pour toutes la Russie géopolitiquement gênante, ont fait allégeance aux pires nazis que compte encore sous son ciel le vieux continent.

Et maintenant ?

1 - Dimanche, en Crimée, jour du référendum (duquel on peut effectivement douter de la légitimité), sera la journée de tous les dangers. Des provocations sont à craindre et si cette journée se termine par un bain de sang, il faudra que les citoyens européens réfléchissent pour une fois dans le bon sens et se demandent à qui profite le crime.
A tout le monde sauf à Poutine, ça tombe sous le sens le plus élémentaire.

2 – Tout se passe dans l’ordre. La Crimée verse du côté russe et n’est reconnue au plan international  que par elle. S’en suivra une longue déstabilisation, économique et politique, de toute la région.

3 –L’Ukraine amputée de sa province méridionale, blessée, versera dans le chaos des rancœurs intestines, dans les règlements de compte, et, partant, dans le nationalisme le plus intransigeant et le plus rétrograde.  Elle se tournera vers l’Ouest. Avec un œil gourmand, revanchard, sur les territoires polonais les plus proches, comme le montre une carte de l'Ukraine récemment revue et corrigée par les nationalistes.

4 – La Pologne, par russophobie historique et culturelle, s’est pourtant jetée à corps perdu dans les bras de l’Occident. Le chef de sa diplomatie, Sikorski, a traité publiquement Poutine « de rapace dont l’appétit grandit en mangeant». Avouez que dans la bouche d'un diplomate ayant en charge de calmer les esprits, ces propos sont pour le moins curieux !
Moscou ne lui pardonnera pas le camouflet. Et bien d'autres choses encore...
Les nationalistes ukrainiens, quant à eux, la haïssent… Les deux partis nationalistes, dont Svoboda, se sont déjà illustrés par des propos violemment polonophobes.
La Pologne donc, en fonçant tête baissée dans le brouillard américano-européen, n'a retenu aucune leçon de sa situation géographique et culturelle de pays tampon entre l’Est et l’Ouest, situation qui lui a valu pourtant d'essuyer au centuple toutes les grandes catastrophes du XXe siècle !
Des jours noirs l’attendent.
Je le crains.
Car une fois que Poutine, l’Oncle Sam, l’Allemagne, Londres et Paris - parce qu'ils n'ont que cette solution de compromis pour éviter le troisième cataclysme - se seront tendu la main par-dessus sa tête, ils ne se fâcheront pas une deuxième fois pour les beaux yeux de Varsovie.

En espérant, encore une fois, me lourdement tromper. Par amour pour mon pays d'accueil et amitiés pour tous les peuples de la terre.

Bon week-end à tous cependant !


Photo : Thomas Peter - Reuters

11:38 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, ukraine, littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

13.03.2014

Les revenants

littérature,écritureCet après-midi je serai à Włodawa, petite bourgade jouxtant la frontière ukrainienne.
J’y serai avec le ciel bleu, encore froid, et sous le soleil, encore falot.
Je traverserai des villages de bois et de larges forêts de pins aux bouleaux mêlés.
Je verrai, en contrebas, le Bug-frontière qui suinte sur les prairies alentour la fonte des neiges de son amont ukrainien.
Je verrai des passants, je verrai des rues et je verrai des commerces.
Tout près de là, de l’autre côté de la forêt où gémissent encore les esprits de Sobibor, je me dirai une fois encore ce que je sais déjà par cœur et par le cœur : que les hommes sont des chiens qui ne retiendront jamais rien de la piste qu’ils ont suivie…
Je penserai à la Pologne une nouvelle fois - mais cette fois-ci par la vanité d’être européenne - aux premières loges du danger ; danger dont les occidentaux n’auront cure si, par malheur, la folie venait à glisser du mauvais côté de l’esprit…
Et je penserai, comme je le pense en cet instant, que l’Histoire est cruellement ironique : Yalta est une station balnéaire de Crimée…

Cet après-midi, je serai à Włodawa, petite bourgade jouxtant la frontière ukrainienne.
Jagoda me dira peut-être – comme elle m'a
récemment dit – qu’elle a peur de la guerre. Et je m’esclafferai, goguenard, grand sage et bonhomme, en disant que les guerres, pouah, ah ! ah ! ah ! c’est comme les revenants : ça n’existe que dans les cauchemars et les mauvais livres !

11:15 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.03.2014

Vient de paraître : Le Diable et le berger

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Pour lire plus confortablement et, le cas échéant, commander, c'est ici

10:11 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET