UA-53771746-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14.08.2016

Janów Podlaski

maxresdefault.jpgA deux ou trois cent mètres environ des prairies riveraines du Bug, s’alignent de part et d’autre de la rue Piłsudski, les premières habitations, le plus souvent en bois, de Janów Podlaski, éponyme du premier évêque des lieux, Jean, Jean de Podlachie exactement.
La bourgade, qui compte aujourd’hui un peu plus deux mille âmes, fut autrefois une ville ; une ville florissante même, si l‘on en croit le torse légèrement bombé de quelques historiens locaux. C’est sans doute vrai puisqu’elle qu’elle fut donc un évêché, en témoigne, outre son nom, l’église dressée sur la place dite centrale et qui est, en fait, une cathédrale.
Mais il faut que ce soit le dit. Parce que de prime abord pas grand-chose, ni dans son architecture ni dans ses dimensions, ne la distingue d’une église paroissiale ordinaire. Cette mémoire-là est donc essentiellement catholique. Si vous arrivez ici en visiteur et si on commence par vous faire l’éloge de La ville de Jean, celui qui fut évêque et qui dota la ville d’une cathédrale, c’est bon, vous êtes en présence d’un pour qui l’histoire, c’est d’abord l’histoire de l’Église. Ce qui n’est pas faux du tout du tout et ce qui vaut, d’ailleurs, pour à peu près l’histoire de l’Europe toute entière.
Un autre cependant, tourné vers un passé plus récent ou animé de dispositions un tantinet plus laïques, vous parlera d’abord de la première constitution née en Europe et inspirée des idées révolutionnaires françaises. Mal gré qu’il en ait, il ne pourra cependant pas contourner Rome : Adam Naruszewicz en effet, philosophe, poète, historien, qui fit – c’est important de le souligner puisque vous êtes un visiteur français - ses études chez les jésuites de Lyon, était un évêque et participa, ici même, oui monsieur, ici à Janów Podlaski, à la rédaction de la constitution du 3 mai 1791, tellement importante dans l’esprit du peuple polonais que ce 3 mai est aujourd’hui notre 14 juillet à nous.
Une constitution clandestine, rédigée à la barbe du tsar, et réprimée dans le sang...
Votre hôte, ou votre guide, vous conduira alors, c’est quasiment certain, par un sentier de sable musardant sous de vénérables tilleuls plusieurs fois séculaires, devant un petit monument de pierres en forme de dôme, plus grand mais malgré tout comparable à ceux qu’on voit encore, quoique de plus en plus rarement, le long des vieilles routes de France, et qui jadis servaient d’abris aux cantonniers. Adam Naruszewicz avait fait bâtir là cette minuscule retraite pour venir y méditer, écrire et réfléchir aux malheurs de sa patrie asphyxiée, la gorge prise entre les serres du tsar de toutes les Russies. Janów était alors russe, vous renseignera votre guide, en montrant d’un geste vague la Biélorussie, de l’autre côté de la vallée du Bug, au-dessus de laquelle vous verrez sans doute tournoyer avec élégance quelques vanneaux huppés ou, avec un peu plus de chance, un aigle pomarin.
Mais peut-être tout ceci vous ennuiera-t-il un peu, alors vous réprimerez, par pure courtoisie, un petit bâillement. Car vous êtes venu jusque là, non pas pour marcher sur les pas d’une ancienne célébrité de Janów, mais pour rencontrer sa célébrité présente. C’est votre amour pour les chevaux de race, les pur-sang arabes aux galbes princiers, au port altier à nul autre comparable, qui vous a conduit ici.


Vous vous dirigerez donc bientôt par une fière allée bien ombragée, vers le haras le plus coté de Pologne et même d’Europe. Vous apercevez  déjà, à travers le feuillage épais des buissons, un peu à l’écart de la bourgade en descendant vers la rivière-frontière, l’alignement des écuries blanches et vertes, les enclos et les prés où caracolent de superbes chevaux, l’encolure  hautaine, la queue relevée en arc de cercle et d’un trot si léger qu’on dirait que leurs sabots ne touchent pas terre.
Janów est connu dans toute la Pologne, et bien au-delà, pour ce haras et c’est là qu’affluent, chaque année au mois d’août, les éleveurs et les amateurs les plus fortunés du monde, pour deux journées d’enchères, aux montants vraiment astronomiques. Le Président de la République en personne honore souvent la manifestation de son auguste présence et si Janów et sa cathédrale vous ont un peu agacé, trop tournés vers l’histoire religieuse à votre goût, vous apprendrez de la bouche de votre accompagnateur que le haras a lui aussi son pape, mais du rock and roll celui-là, en la personne de Charlie Watts. Chaque année, le célébrissime batteur vient en effet ici pour y acquérir, parmi les spécimens les plus élégants et les plus recherchés, quelques pur-sang arabes.
Je soupçonne d'ailleurs certains visiteurs de se rendre à ces journées d'enchères non pas pour les chevaux, aussi magnifiques fussent-ils, mais en nourrissant l’espoir d'apercevoir - ne serait-ce que de loin et très brièvement -  dans la foule des connaisseurs ou sur les gradins réservés VIP du manège où toutes ces splendeurs chevalines sont présentées, la crinière blanchie sous le harnais du Rolling Stone, véritable icône des années soixante-dix.
Personnellement, je ne suis jamais allé à cette grande kermesse annuelle du haras de Janów. Charlie Watts, je le vois tous les ans en photo sur les catalogues édités immédiatement après la vente aux enchères, dans le journal local, sur le site internet du haras, et, toute l’année s’il m’en prenait fantaisie, je pourrais le contempler à mon aise sur les murs du restaurant où il a dîné, comme dans les couloirs de l’hôtel où il a dormi… Il caresse toujours les naseaux d’un splendide étalon ou il flatte une croupe. Et il sourit.
Les légendes sourient toujours quand elles sont occupées à leur entretien.
Je ne vais donc pas à la kermesse, parce que je n’aime ni l’anonymat tapageur des foules, ni les lieux de rendez-vous des grosses fortunes, ni les étoiles quand elles brillent ailleurs qu’aux firmaments… En revanche, j’aime les chevaux. Non pas que je sache les monter ou conduire un attelage, non plus que je sois un enthousiaste des courses ou des prouesses techniques des concours hippiques, encore moins un amateur de polo ! Non, rien de tout cela. Je les aime de loin, les chevaux, quand ils ne servent à rien, sinon à brouter un morceau de paysage. Par pur esthétisme. J’aime la puissance gracieuse de leurs mouvements, j’aime l’orgueil de leur maintien, surtout là, à Janów, où naissent et grandissent les plus raffinés d’entre eux. J’aime ce qui peut surgir d’impétuosité quand ils s’élancent au grand galop et j’aime aussi leur odeur, sauvage, l’odeur du foin, de la paille, du crottin, de la sueur animale. L’odeur des râteliers aussi, qui me ramènent très loin, vers les fermes poitevines de mon enfance, aux premiers matins du voyage…
Et c’est surtout l’hiver, saison où les paysages ne sont revêtus que de l’essentiel, que je viens rêvasser ici, parmi les chevaux, les allées, les prairies et les écuries d’une irréprochable tenue. Ce haras, en outre, est lié - même si c’est de façon peu glorieuse - à l’histoire de mon pays. La construction en fut en effet ordonnée par le tsar en 1817 car, après les invasions successives du conquérant au célèbre bicorne, l’est de l’Europe n’avait pratiquement plus un seul canasson debout. Et une région sans canasson, à cette époque-là, c’était une région ouverte, à découvert, sans défense, à la merci de la moindre agression.
A ce propos d’ailleurs, je suis assez perplexe devant les détours inopinés qu’emprunte parfois l’histoire : on voulait ici remonter une armée, s’occuper de défense nationale, et on en est venu à faire œuvre d’art, à soigner, bichonner, sélectionner, améliorer la silhouette et l’allure, jusqu’à la perfection, d’animaux qu’on destinait en premier lieu à être réduits en charpies sanguinolentes sous les coups de sabres et le feu nourri des canons.

15:04 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Voilà un texte comme je les aime. Je lirais bien une histoire/géographie de cette région sous ta plume...

Je suis en train de lire Icare dans le labyrinthe de Lionel-Edouard Martin. Une véritable merveille. Il faudra que j'aille en dire qqchose chez Marc Villemain, puisque c'est lui qui est aux manettes des éditions du Sonneur.

Et si j'en parle ici, c'est parce qu'à te lire j'ai ce même plaisir d'un grand voyage par la littérature. LEM y a ce surplomb d'une merveilleuse légèreté dans les choses les plus sérieuses et les plus graves. Lionel-Edouard Martin est un immense écrivain. Tu le deviendras sûrement.

Écrit par : Michèle | 15.08.2016

Je veux préciser ici la différence que personnellement je fais entre un bon écrivain et un immense, différence que je ne saurais démontrer comme on démontre un théorème (et les démonstrations mathématiques m'ont toujours laissée sur le bord, à côté, hors je), mais que je sens dans le texte.

L'immense est - comme par hasard - celui qui a immensément lu. Ce qui ne veut pas dire que ceux qui ont immensément lu sont écrivains (ni que les écrivains qui ont immensément lu sont forcément bons :)

Il se trouve juste que les écrivains dont l'écriture met le lecteur sur un volcan, sont de très, très grands lecteurs.

Et j'ajouterai que si j'avais lu depuis l'âge de vingt ans comme je lis depuis quelques années, j'aurais perdu moins de temps. Même si je ne regrette rien, même si le temps de l'insouciance - dans lequel nous puisons sans cesse - est précieux.
Ne pas confondre pourtant insouciance et ignorance, la frontière est ténue.

Écrit par : Michèle | 15.08.2016

Dans votre texte effleure un sentiment bienvenu de Carpe Diem : Voilà qui me rappelle de belles journées passées ensemble en votre jolie région. Nous avons eu raison diablement de les saisir, avant que ne s'obscurcisse l'horizon. Et chaque jour nous pouvons continuer à le faire. Car si les chevaux n'affrontent plus les canons, la folie des gouvernants et gouvernantes de ce monde ne les laissera pas à l'abri des missiles.

Écrit par : solko | 15.08.2016

Je reviens sur la lecture, mon dieu à moi :) - et je salue Solko au passage - :

Bien sûr que lorsque la lecture est importante, on lit sans arrêt dès qu'on sait lire. C'est mon cas et pas de rémission, jamais. Sauf que j'appartiens à une génération où un blanc terrible de presque vingt ans a interdit le roman. Ça ne se faisait pas. L'auteur, l'histoire, ça n'existait pas. Et donc j'ai lu de la linguistique, de la psychanalyse (Lacacan, Serge Leclaire, Octave Mannoni - et si je ne sais aucun poème par coeur, j'ai encore leurs phrases en tête, bon d'accord pas celles de Lacacan - ), et j'ai lu de la pédagogie.
Heureusement les vingt années suivantes ont essayé de rattraper les dégâts, mais il est des livres perdus pour moi. Sauf à partir dans les Cyclades et n'en revenir que ces livres lus :)))

Écrit par : Michèle | 16.08.2016

Cordial salut à tous les deux !

Et merci pour vos contributions… Michèle, je comprends bien ce que tu veux dire. Par contre, je ne connais pas le livre dont tu parles, édité par Marc.
Le lecteur est celui dont les lectures ont aussi des lacunes ;))

Je crois, oui, comme Toi, que les grands lecteurs qui se mettent à écrire sont souvent bons. Car l’envie, le désir, le besoin d’écrire naît de la lecture. Je crois. Je ne sais pas définir le plaisir éprouvé à lire, mais ce que je sais c’est que c’est sensiblement le même que celui que j’éprouve quand j’écris, la même sensation de je ne sais quoi.
Bien sûr qu’il n’y a pas de « systématique » entre lecteur/auteur. Mais il y a certainement une relation étroite entre le grand lecteur et son écriture. Si j’imagine mal que tous les lecteurs se mettent à écrire, j’imagine aussi mal un auteur qui ne lirait pas…

Je deviendrai un grand écrivain ? C’est gentil, ça, mais il y a un sacré hicque : je n’ai plus beaucoup de temps :)))
Blague à part, écrire pour moi – surtout depuis que je vis loin de mon « charnier natal » est primordial. Essentiel. Peut-être qu’on écrit aussi parce qu’il y a plein de choses qu’on voudrait dire et que le contexte social – où que l’on soit – ne le permet pas. : Il faut avoir des relations fortes, authentiques, avec les gens pour être capable de leur dire les mots avec la même force qu’on les dit quand on les écrit.
Il faut savoir dire « je t’aime » en conjuguant sur un mode et un temps personnel. Dire « je t’aime » sans sombrer dans le vulgaire rabâchage, est un morceau d’art, une pépite du cœur…
Tu peux dire « je t’aime » dans un livre et que ce soit littérature. Si c’est vrai, réussi. Sinon, "Je t’aime" sonne convenu, nul, hors champ littérature, mot facile… Mot fourre-tout. Un peu comme l'adjectif abondant.
(« Je t’aime » est évidemment, dans ce que je dis là, une vaste allégorie)
Tu comprends ? Ce n’est pas très bien exprimé, mais bon…

Ah que j’en veux, moi aussi, à cette époque prétentieuse, née de la contestation culturelle des années 70, qui voulait que le roman soit un mode d’expression bourgeois, de la fiction aliénante, de la réification du réel et en cela condamnable !
Quelle connerie ! On ne lisait alors que les ouvrages théoriques et les polars, parce que le polar était censé être une fiction au deuxième degré et ne pas participé d’une soi-disant « conscience d’époque »

Cher Roland, vous êtes en fait le seul individu rencontré sur internet qui ait fait le voyage jusqu’aux rivages du Bug ! C’était bien, oui… En tout ca, ça a consolidé une amitié, et aussi éclairci bien des points de vue qui, comme ça, vu avec les yeux de la Toile, semblaient contraires.
Rien ne vaut une rencontre humaine, des mots, des moments partagés, des riens…
D’ailleurs, je le dis sans ambages, une autre visite sera aussi la bien venue ;))
Et je partage votre pessimisme, d’ailleurs : les clowns dramatiques qui sont aux manettes de notre destinée sociale, n’ont rien de rassurant. Le peu de paix qui nous reste, buvons-le goulument !
Dorota vous claque la bise, dit-elle, empruntant ainsi une expression qu’elle tient de Vous et qu'elle a fait sienne !:)))

Écrit par : Bertrand | 16.08.2016

"Je les aime de loin, les chevaux, quand ils ne servent à rien, sinon à brouter un morceau de paysage"
Voilà une phrase qui me plaît bien et qui en dit long sur celui qui l'a écrite :))

Écrit par : Feuilly | 18.08.2016

Pour la vision qu'il convenait d'avoir du roman dans les années 70, je me souviens de mon incompréhension devant les propos de certains profs de faculté. Moi qui sortais d'un milieu humble et qui lisais des romans par passion et plutôt des romans classiques (Hugo, Balzac, etc.)je me retroouvais indirectement accusé de me complaire dans l'ordre bourgeois. Je n'y comprenais plus rien. Ainsi donc mon plaisir à lire ces livres aurait été entaché d'une déviance politique? A mon insu j'aurais voulu me hisser dans la classe dominante et perpétrer les inégalités de classe ? Il me semblait pourtant que c'était ma classe sociale à moi qui était victime des autres. Et il me semblait aussi que ce plaisir que j'éprouvais à lire était fondamental et ne pouvait pas être entaché d'autant de turpitudes.

Écrit par : Feuilly | 18.08.2016

Bonjour Feuilly;

Merci du compliment:))

La fiction romanesque avait été déclarée hors-la-loi littéraire et surtout "révolutionnaire" (quelle connerie!)par toute une bande de gens à la pointe de la critique ou carrément suivistes des modes intellectuelles et, avec le recul, on voit bien de quel vent se nourrissent ces modes.
N'empêche que nous sommes tombés dans le piège. Moi, tout du moins, car, tout comme Michèle, j'ai eu au moins dix ans d'abstinence. En romans, je veux dire:)))
Je me suis rattrapé après et ai poursuivi dans les convictions qui étaient déjà les miennes dès l'adolescence.
Mais aujourd'hui encore, des écrivains considèrent la fiction littéraire comme un sous-modèle de leur art. Grand bien leur fasse !

Écrit par : Bertrand | 19.08.2016

Dans ce que j'ai vécu moi ce qui était dit c'est que le roman qui vehiculait des histoires n'avait aucun intérêt. On n'avait rien compris du travail de Sarraute ou de Claude Simon. A l'époque j'étais au Groupe français d'éducation nouvelle. Avec des inconditionnels de la lutte du "tous capables " et la grande vogue des ateliers d'écriture. Qu' est ce que j'ai pu en baver de ces ateliers dans les cours vides du lycée d'Avignon pendant le festival. On y deployait d'immenses feuilles et on écrivait. Moi qui venais de la classe ouvrière et n'avais lu d'autre poésie que la scolaire, j'ai longtemps été privée de l'essentiel et ce n'est pas ma formation d'instit qui m'a ouvert les yeux sur ce plan là. Putain quand j'y pense on développait les théories d'auto-socio-construction du savoir. Pas à l'École normale, au GFEN.

Écrit par : Michèle | 19.08.2016

La philosophie du "tous capables " c'est une belle philosophie. Elle n'est juste qu' à la condition que chacun soit nourri de poésie et d'amour et qu' il reçoive une éducation respectueuse de sa personne. Que chacun soit tiré de la doxa et trouve la possibilité de se connaître en apprenant, en ne finissant jamais d'apprendre.

Écrit par : Michèle | 19.08.2016

Quel rapport me direz-vous entre le "tous capables " et le rejet du roman ? Eh bien le "Il n'y a pas d'auteur " étant valable pour tous les domaines artistiques, chacun pouvait créer comme il l'entendait partout et tout le temps.
Et je pense aux écrivains qui ont dû aller contre ces théories Tel Quelliennes et autres, certains s' en sont sortis en écrivant des romans fourre-tout sans queue ni tête, qu' ils n'ont pas forcément publiés mais qui les ont aidés à trouver leur voix (et voie), ainsi en avait témoigné Jean Rouaud, entre autres écrivains...

Écrit par : Michèle | 20.08.2016

Hello, Toi !

Oui, Rouaud... J'allais l'évoquer après tes deux premiers commentaires.
Il y eut à cette époque ( qui perdure beaucoup plus qu'il n'y paraît) un mensonge, sans doute a priori bien intentionné, qui consistait à faire croire aux gens qu'ils étaient tous à même de peindre, de sculpter, d'écrire, de chanter, de faire de la musique, au même titre que tous les artistes ayant déjà voix sur rue.
On sait ce que ça a donné... Je me souviens, d'un chanteur très rive gauche qui chantait ( bien, en plus ) " allez-y, faites comme moi, ôtez-moi le gagne-pain, prenez une guitare et composez vos propres chansons etc, etc et blablabla...
Quelle connerie. ça partait de l'idée juste que tout le monde porte en soi des choses à exprimer, fortes, poétiques, « d'ailleurs » et de l'idée complètement idiote que tout le monde était capable de les exprimer !
En plus, c'est un choix. Même si on sait exprimer de la vie par le canal artistique, on n’a pas forcément envie de le faire. « Si la vie était musicale, disaient les pro-situs, on n’aurait pas besoin de musique. A voir…
Fausse libération de la parole, nivellement par le bas, résultat : un art décadent, sans queue ni tête.
J'ai connu un peintre déjà cher qui faisait n'importe quoi, en dix minutes !
Et qui, par ailleurs militait pour la cause des prolos crevant la dalle 42 heures par semaine sous les tôles d'une usine.
Le mensonge est exponentiel. Comme les bactéries, au début il est petit, il se coupe en deux et il envahit tout par multiplication et pour sa propre survie.

Le roman était dit « sans intérêt » parce que participant d’un écran de fumée entre le réel et la littérature. Condamnation de la fiction.
Avec le recul, je crois que c’était l’impuissance érigée en forme de dépassement. Là aussi j’ai connu un écrivain, bien publié, ma foi, qui disait , je suis incapable de construire un texte qui raconte parce que je suis incapable de concevoir un plan, un fil rouge…
Dont acte…
Tous ces gens auraient dû relire l’expérience de l’écrit spontané faite par les surréalistes et qui s’avéra donner une écriture pauvre, squelettique, sans grande imagination, in fine.

Écrit par : Bertrand | 20.08.2016

A mettre aussi en rapport avec la révolution maoïste (quand un chirurgien devait demander l'avis de la femme d'ouvrage avant d'opérer son patient).

Rouaud raconte avec humour les prises de parole des étudiants devant les profs de la Sorbonne (qu'ils tutoient et traitent de vieux réactionnaires)

Écrit par : Feuilly | 21.08.2016

C'est dans son troisième roman "Le monde à peu près ". Eh oui Rouaud est myope.

Écrit par : Michèle | 22.08.2016

Écrire un commentaire