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28.07.2016

Toujours les mêmes salades...

discussion-voisins.jpgJe lis, à propos du deuxième tueur de Saint-Etienne-du-Rouvray, récemment identifié :

 « À Franklin-Roosevelt, un quartier HLM récemment rénové, l'incrédulité prédominait ce jeudi chez les habitants, qui décrivent un jeune parfaitement normal. D'après des témoignages recueillis par Le Dauphiné libéré, il était "aimable, ouvert à la discussion et bien inséré dans la vie du quartier". Il avait obtenu son baccalauréat professionnel en 2015 et faisait depuis de l'intérim à l'aéroport ou dans un magasin du centre-ville après avoir enchaîné des stages dans la vente. Il aimait, selon son CV, les films de science-fiction, les jeux vidéo, la musique et la boxe anglaise. »

Que de l’ordinaire, en somme. La preuve : à des années-lumière des sanglantes tragédies qui se jouent en ce moment en France,  j’avais ouvert une des dix nouvelles du Théâtre des Choses, «La Mort et le bûcheron», éditions Antidata 2011, en ces termes :

« Vous aurez, tout comme moi sans doute, remarqué la teneur récurrente de ces témoignages de braves gens quand un horrible drame vient d’ensanglanter toute une famille quasiment sur le pas de leur porte, derrière la clôture de leur jardinet, dans la maison mitoyenne de la leur ou dans celle campée juste en face, de l’autre côté de la rue : le criminel était toujours un homme des plus affables, sans histoires, sans tapages, vie calme, travailleur et excellent père de famille.
Nous sommes bouleversés !
Il est rare d’entendre le voisin annoncer devant les caméras que l’assassin était un barbare, un voyou, un scélérat, une tête brûlée, un mauvais coucheur, un alcoolique, une teigne ou un désaxé. Ça n’intéresserait d’ailleurs pas grand monde qu’un assassin putatif se mît soudain en devoir d’assassiner et le journaliste, dont le ministère consiste pour une bonne part à épater les chaumières, en serait évidemment pour ses frais.
Le tueur est donc, selon les dires de ceux qui le côtoyaient quasiment tous les jours, un homme respectable et respecté, ce qui rajoute à l’ampleur dramatique de la tragédie, à l’ésotérique, aux insondables tourments de l’âme humaine et à la paranoïa vieille comme le monde selon laquelle, vous en avez une nouvelle fois la preuve, l’habit ne fait jamais le moine. »

La fiction rejoint donc dramatiquement la réalité et vice-versa. On marche sur des œufs pourris et les témoignages  ne sont en fait là que pour faire frissonner un peu plus la masse populaire, des fois qu’elle n'aurait pas eu assez peur. Et puis, un petite dose a posteriori, ça n'peut pas faire de mal, voyons !
Ou alors c'est pour amuser la galerie… Qui en a, du reste, bien besoin.
Je note quand même : il faisait depuis de l'intérim à l'aéroport… Rassurant, n’est-ce pas ?
On va nous annoncer un jour qu’un tueur kamikaze, un forcené, un psychopathe du fanatisme, faisait de l’intérim dans les salles de commandes d’une centrale nucléaire.
Remarquez, si on nous l’annonce, ce sera drôlement bon signe ! C’est si on n’a pas le temps de nous prévenir, que ça craindra cher !
Mais les voisins, s'il en reste, l’auront de toute façon tous connu, cet intérimaire chéri, comme un être des plus charmants à qui ils auraient volontiers donné le bon dieu sans confession.

Moralité : Ben, justement, je n’en trouve pas, de moralité.
Et Vous ?

14:22 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : écriture, société, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Le terroriste en puissance, s’il a en tête de commettre un délit, va forcément se montrer discret dans sa vie quotidienne. Celui qui revient de Syrie commandité par l’EI pour commettre un attentat ne va pas laisser traîner une boîte de grenades devant la porte de son appartement ni oublier sa Kalachnikov dans l’ascenseur.

Quant à l’illuminé isolé, celui qui a agi seul sur un coup de tête, il est forcément fondu dans la masse anonyme à laquelle il appartient.

Il en va souvent de même pour les drames familiaux. Qui aurait imaginé que tel voisin apparemment respectable violait régulièrement sa fille ? Ces choses-là se font à huis-clos.

Ceci étant dit, sans le vouloir ou au contraire en le voulant, il est certain que la presse joue un rôle dans la montée de la peur. Car dire et redire que le terroriste était parfaitement invisible avant de passer à l’acte, c’est avouer que le danger est partout et que le gentil voisin avec qui vous discutez tous les jours pourrait bien être, lui aussi, un dangereux terroriste.

Quant au travail d’intérimaire à l’aéroport, c’est plus inquiétant en effet. Après l’attentat de Bruxelles, on a appris que l’un des terroristes avait travaillé là comme bagagiste. On a appris aussi que plusieurs personnes radicalisées y travaillaient aussi (mais on ignore si elles ont été licenciées depuis car sur cette information importante la presse est restée muette. A moins que la nouvelle n’ait été fausse et n’ait servi, précisément, à accentuer la peur du public. Je crois cependant qu’elle n’était malheureusement pas fausse).

Notons en passant que dans notre société où le travail précaire et intérimaire devient la norme et où la sous-traitance a le vent en poupe, il devient facile pour une personne malintentionnée de s’introduire dans des lieux stratégiques. Alors que les employés d’une firme doivent montrer patte blanche avant de rejoindre leur bureau, le gars qui vient entretenir l’ascenseur avec ses outils à la main peut lui entrer sans aucun contrôle.

Petite anecdote : un incident s’étant produit dans le bâtiment où je travaille (une bande d’excités était venu saccager le rez-de chaussée pour des raisons idéologiques), la direction a décidé de remplacer le personnel de l’accueil par une firme privée (genre Groupe 4 Securitas). Très bien. Sauf que ces gens sont tous d’origine maghrébine et barbus (petite barbe bien taillée à l’européenne). Qui oserait en faire la remarque sans se faire traiter de sale raciste ? Pourtant si par malheur un d’entre eux était radicalisé, il lui serait facile d’ouvrir toutes les portes du bâtiment à ses complices.

Écrit par : Feuilly | 29.07.2016

Merci, ami, pour ce long et fourni commentaire. En un mot comme en cent, la situation n'est ni simple ni saine...

"ne va pas laisser traîner une boîte de grenades devant la porte de son appartement ni oublier sa Kalachnikov dans l’ascenseur.", dis-tu.
Certes, ça semble tomber sous le sens. Mais ça ne tient pas... Car à chaque fois, quand même, le terroriste laisse trainer sa carte d'identité ou celle d'un complice. Bref, à ce niveau, il agit comme un voleur de poules débutant. Un très mauvais débutant,en plus...
Moi, désolé, ça me laisse à chaque fois perplexe.
Pas Toi ?
A moins qu'il veuille à tout prix ne pas être frustré de la gloire publique d'être un salaud !

Écrit par : Bertrand | 29.07.2016

Oui, l'histoire des cartes d'identité est plus qu'étrange. Comme ces ordinateurs qu'ils balancent en rue dans une poubelle. Si on veut vrailent détruire des preuves, on casse le PC en mille morceaux ou on y met le feu.
Et pq d'un côté se débarrasser du PC et de l'autre conserver sa carte d'identité ?

Écrit par : Feuilly | 29.07.2016

La carte d'identité, la volonté de se faire connaitre très vite, voir, aimer ou détester, être une personne même criminelle, symptôme narcissique, individu au coeur du vide axiologique et donc facilement "convertible" en "sens", puissance de "l'image", être quelqu'un, défendre une "cause" (toujours)... Peut-être, sûrement, être vu, devenir visible, être perçu, être, carte d'identité, pleine crise identitaire justement, personnalité qu'on veut figée, être une "star", libido virtuelle, sexualité au rencards, fellations islamisées aux paradis des putes ailées, inexistence absolue sur une terre sans horizon...De toute façon, ils envoient leur tronche sur vidéo, alors carte ou pas, on peut les reconnaitre...justement reconnaitre, être "reconnu",la "renommée", être nommé une deuxième fois, cette deuxième fois étant essentielle dans leur construction identitaire imaginaire, phantasmée, rêvée, calife des pulsions primaires, émirs omniscients du narcissisme secondaire, tapis volant psychotique surfant sur le monde virtuel...Ali Baba aux multiples sésames, mots de passe, codes secrets qui ne valent leur prix qu'une fois révélés...Quant aux "monstres", voir Hannah Arendt" sur le Procès d'Eischmann : pas un monstre, non, un individu totalement ordinaire, qui jouait du violon en famille sans "une fausse note", petit fonctionnaire convenable et poli, un peu timide même, mais avec aussi le sens du devoir...l'amour du travail bien fait, l'amour du fuhrer ou du guide suprême, ou du petit père des peuple que sais-je... Je tue, donc je suis.

Écrit par : cleanthe | 29.07.2016

Très bon, Cher Cléanthe... Oui, père tranquille ou petites frappes à la ramasse, dealers de quartier à l'oeil torve, dans tous les cas cerveaux en bouillie, prêts à s'identifier à n'importe quoi pourvu que ce soit le pire.
Un dieu, une idole, un Père avec un P haut comme la lune... Cerveaux en bouillie, vous dis-je, en pâtée pour les chats et c'est ça qui fait trembler toute une société, fait légiférer à tour de bras les parlements cacochymes !
Nos sociétés sont des colosses aux pieds d'argile...

Écrit par : Bertrand | 29.07.2016

Bertrand un régal, comme toujours, de lire tes billets :)

Nous n'aurions pas à entendre de témoignages si la presse fermait sa gueule. Il est tellement évident que le terrorisme a besoin de publicité qu' on finit par se poser de sérieuses questions sur la responsabilité des médias. Que cherchent-ils ? Doit -on vraiment se répondre A vendre ? N'y a-t-il aucune autre réflexion, aucun comité d'éthique qui remette en cause quand nécessaire les lignes éditoriales ?

Écrit par : Michèle | 01.08.2016

Je sais oui les réseaux sociaux l 'ère d'Internet. Tout ce que décrit Cleanthe avec brio.
La télé et les journaux ne sont pas obligés de suivre. Tout le monde n'a pas Internet loin s' en faut.

Écrit par : Michèle | 01.08.2016

Tout à fait, Michèle. Si la presse fermait sa gueule on n'aurait pas à subir ce genre d'antienne. Témoignage d'une inutilité crasse, de l'eau de rose sur des mares de sang.
Que dire après ça ? Comme le relève si bien Cléanthe en citant Hannah Arendt, les tueurs sont souvent des gens d'apparence timide et bien léchée et cette presse de merde en fait ses choux gras..

Écrit par : Bertrand | 01.08.2016

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