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25.02.2017

Droit à la carte

écriture,politiqueSur mes chemins par la nuit traversés, j’en ai connu des mandrins, des voyous, des escrocs, des experts de la pince monseigneur, des artistes du chalumeau, des monte-en-l’air, des voleurs à la tire et des fouineurs d'entrepôts !
Un à un, ou même en groupe, je les ai tous vus partir un jour en vacances chez mémé, pour de longs mois, parfois pour des années… Quand ils revenaient, on leur donnait l’accolade, on leur disait qu’on était contents de les revoir et on trinquait à la bonne senteur de l’air des rues !  
Ils  avaient pour certains les yeux empoussiérés, pleurnicheurs comme ceux des chiens battus. Ou alors, pour d’autres,  plus flamboyants que jamais, la canine plus agressive, la babine plus haut retroussée et plus écumante !
Ils avaient payé, qu’ils disaient, et leurs poings se serraient… Ils avaient payé leur dette à la société, plus des agios, plus des intérêts de retard, plus des suivis à l’encre rouge, tout dépendait s’ils avaient payé sagement, s’ils avaient fait amende honorable ou s'ils avaient hérissé le poil de leur échine et montré les crocs.
Ils avaient, collées à leur cul, une foule d’interdictions qu’ils s’empressaient de transgresser : interdiction d’aller là ou là-bas, de sortir après le coucher du soleil, de fréquenter les débits de boisson, de voir un tel ou un tel.
On les avait privés de  leurs droits civiques aussi… ils avaient alors reniflé, ouvert grand les yeux, s’étaient penchés en avant pour tendre l’oreille et le juge, un républicain des plus sévères,  avait dû expliquer par le menu l’ampleur de la sanction et tout le déshonneur qui en découlait
Ils en rigolaient très fort en buvant haut leur verre : ils n’avaient jamais voté et jamais ne s’étaient inscrits où que ce fût ! Et ça les faisait marrer qu’on leur interdisse une chose qu’ils n’avaient jamais eu l’idée de faire !
L’obligation de voter eût été pour eux beaucoup plus infâmante, c'est certain !
Plus d’une fois sur deux cependant, ils reprenaient un jour ou l'autre le chemin du p’tit château… Puis ça devenait une habitude ; ils étaient bientôt plus souvent dedans que dehors, parce qu’ils étaient cassés, plus bons à rien, loups devenus vieux chiens de ferme, à peine capables de voler un chewing gum à l’étalage. Ils essayaient quand même, se faisaient pincer, retournaient chez grand-mère, en revenaient, tendaient la main aux passants en leur souriant avec deux ou trois dents noircies de misère.
Les fesses dans le caniveau,  ils crevaient enfin là, anéantis d’inutilité.
Des jeunes prenaient alors la relève en bombant le torse, et ainsi de suite.
La loi pour ces gens-là était claire comme de l’eau de roche ! Pas besoin d’être un expert, un fils de pute aussi tordu et pourri que son philosophe de père pour la lire, la loi ! Pas de virgule prêtant à confusion, pas d’alinéa félon pouvant signifier tout et le contraire de tout, pas de tergiversations, pas d’atermoiements, non… Pas de parquet faisant mine d'hésiter entre traire la chèvre ou faire une salade avec le chou. Une paire de bracelets, un fourgon, trois képis et en route !
Pour le jugement, les preuves, les témoins et tous ces trucs  à la con,  on verrait plus tard.
La présomption d’innocence ?   Qu’est-ce encore que cette barbarie ? Au gnouf, la fripouille !

Si on s’amusait, pourtant, à mettre bout à bout tout ce que cette "fripouille" pouvait bien voler en vingt ans de nuits hasardeuses, on n’arriverait pas au dixième de ce que les deux personnages ci-dessus caricaturés ont escroqué au contribuable en lui passant gentiment la main dans le dos.
La racaille dont je parle se fût-elle hissée à leur hauteur dans la truanderie qu'on lui aurait collé perpète !

Il est des circonstances où le dégoût est aussi et d'abord une question de dignité.

13:14 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Tags : écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET