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07.07.2018

Un copain de jadis

ibridi-mais-2016-890x395_c.jpgLes champs sont immobiles sous les torpeurs de l’été. Tant qu'on dirait que personne ne viendra plus les éventrer ni les bousculer.
Ils sont comme des trapèzes, et ça n’est pas facile à circonscrire, un trapèze. Ils sont comme des triangles, ça a des angles aigus difficiles à investir, les triangles.

A des quadrilatères difformes et sans angles droits, qu’ils ressemblent, ces champs de misère !  Rarement, très rarement, ils sont ces rectangles pragmatiques des grandes cultures de l’ouest et qui, vus d’avion, dessinent si bien la terre en un jardin impeccablement entretenu mais sans âme vagabonde ; un jardin à la Française.
Par association d’idées contraires, un vieux copain oublié depuis quelque trente années déjà, surgit dans ma mémoire tandis que je regarde ces champs silencieux qu’on dirait bien que ce sont les grands pins et les bouleaux qui commandent ici.
Les lisières des bois dessinent celles des cultures. Pas l’inverse.
Mon copain un peu agriculteur, raisonnablement écolo, viscéralement anar, résolument fêtard, superbement enjoué et terriblement humain, c’est au sud qu’il habitait, sur la plaine toulousaine bousculée par le vent d’autan, le vent qui, soi-disant, rend fou.
Il racontait, mon copain, qu’au Moyen-âge, des crimes étaient pardonnés s’ils avaient été commis alors que soufflait ce satané vent d’autan. Parce que c’était lui, in fine, le vent, qui était jugé responsable du dérèglement intempestif des passions.
Je ne sais pas si c’est vrai. Jamais vérifié… L’histoire est belle et c’est suffisant pour ne pas aller lui chercher des poux dans les mots… Il aimait ça, mon copain, raconter des histoires de vent d’autan… Autant, oui, en emportait le vent, en ces temps-là !
Quand il ne racontait pas d’histoires, l’ami, il cultivait le maïs sur des terres qu’il avait en location. Mais tout le monde là-bas cultivait du maïs ! La plaine immense n’était qu’un affligeant tapis de maïs. Alors je lui demandai un jour – une nuit plutôt - comment il faisait pour retrouver ses billes dans cet océan monocorde, monochrome, monopoliste, monozygote, monotone, mono tout de maïs.
Il dit que c’était simple : il semait et récoltait toujours le dernier. Quand tout le monde en avait terminé, quand cette vaste étendue enfin mise à nue sous les désolations de novembre ne présentait plus qu’une parcelle ridiculement isolée en son beau milieu, c’est que c’était forcément à lui.
Ce qui restait.
Je crois qu’il a fait faillite.

C’est ce que font toujours les hommes qui, sous nos cieux, n’entendent rien à l’hégémonie destructrice des grands espaces...

16:07 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

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