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10.03.2014

Car tel est notre bon plaisir

littérature

Il y a quelques années déjà, j'avais lu avec délectation le Roman de Renart.
Je n'en avais jusqu'alors lu que des extraits, assez larges tout de même, et l’envie m’avait donc pris de lire ce maître-livre du Moyen-âge, d’un seul trait, dans sa totalité.
Car voilà bien un roman - au sens où il fut rédigé en langue romane - qui a bercé notre apprentissage littéraire sur les bancs de bois de la prime école et dont les célèbres animaux-personnages ont longtemps hanté notre imaginaire.


On y apprend beaucoup sur la langue et, en filigrane, sur une certaine société des XIIe et XIIIe siècles.
Bref, voyez comme, sur les susdits bancs de bois des écoles de notre enfance, on nous a gentiment gavés d’erreurs qui, par la suite, se sont accrochées à notre âme comme le chapeau chinois à son rocher.
Je me suis donc souvenu de cette phrase avec laquelle les rois de France motivaient leurs ordonnances et expédiaient leurs sujets sur la paille humide des cachots, phrase qu’on nous rabâchait pour nous bien montrer l’arbitraire des despotismes d'antan et, par contraste, pour nous éclairer
sans doute sur cette belle République à la lumière de laquelle nous avions la chance de nous épanouir : Car tel est notre bon plaisir.
Je me souviens aussi du sentiment de révolte qui sourdait alors en mes juvéniles tripes devant ces dictateurs "emperruqués" qui, par plaisir, par jouissance perverse, se plaisaient à faire la pluie ou le beau temps.

Il en était peut-être ainsi. Certes. Mais l’exemple qu’on nous donnait pour faire entrer dans nos jeunes caboches les abus de l’Ancien Régime, n’en était pas moins traîtreusement falsifié.
Dans le procès de Renart, deuxième livre, le chien Rooniaus est désigné comme justice. C’est-à-dire comme juge. Les Anglais ont d’ailleurs gardé ce sens primitif et désigne sous le nom de justice le Président d’un tribunal. Le plaids, c’est l’enquête, l’instruction, en même temps que la décision du juge motivée par cette enquête et cette instruction.
Et ce plaids-là apparaissait en latin dans le tale placitum, soit " telle est la décision prise par la cour."
Voilà la traduction exacte de notre fameux tel est notre plaisir.
Ne nous a donc pas dès lors enseigné un véritable contresens, la décision d’une cour après instruction étant censée être l’exact contraire de l’arbitraire et du plaisir pris à punir ?
Ah, combien de mots et combien de formules employons-nous ainsi, dans nos paroles comme dans nos écrits, à l'envers de leur véritable mission ?
J'en suis presque effrayé.

13:24 Publié dans Acompte d'auteur, Lettres à Gustave | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Le nombre d’âneries qu'on nous a racontées sur l'ancien régime est proprement terrifiant en effet. Si vous saviez combien de fois j'ai entendu au bac des élèves me dire: "La Fontaine mettait en scène des animaux pour éviter la censure..."
Tous les pouvoirs politiques sont assis sur des manipulations langagières, et plus encore ceux qui ont besoin de l'engagement langagier du citoyen pour justifier leurs exactions.
Les derniers en date, de type novlangue,langue de bois ou éléments de langage en sont des exemples spectaculaires.

Écrit par : solko | 10.03.2014

Hé oui, Solko, à monde perverti, langage perverti.
La Fontaine et ses allégories animalières censées contourner le courroux de la Cour, vrai que voilà une idiotie qui a de la barbe... et la vie dure !

Écrit par : Bertrand | 11.03.2014

Les commentaires sont fermés.