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02.12.2015

A califourchon sur deux siècles - 2 -

littérature, histoire, écritureLa part du comment on a été construit par rapport au comment on s’est construit, constitue un propos suranné, aussi vieux que le sont les œufs de Pâques, et, conséquemment, une bien vaine écriture.
Certes,  mais l’important n’est pas tant de dire des choses nouvelles que d’en dire d’anciennes sous un autre angle de vue et, surtout, pour de nouvelles et ponctuelles raisons.

C’est donc le désordre guerrier du monde, dont nul ne sait l’ampleur de la catastrophe qu’il nous réserve, à nous ou à nos enfants, et l’approche sensible et intellectuelle que j‘ai de ce désordre explosif, qui m’invite à m’interroger sur certaines de mes dispositions sensibles et cérébrales, si tant est qu’elles soient dissociables. Je n’en sais foutre rien et je m’en bats l’œil.
Toujours est-il que je pense et ressens aujourd’hui des choses qui n’avaient jamais encore fleuri dans mon jardin et force m’est alors de constater que ce que j’entends d’à-peu-près sain encore vient de sensibilités qui m’ont toujours été contraires. Peu importe le pourquoi et peu importe le degré de leur sincérité, dont je doute beaucoup. Pour l’heure, là n’est pas mon propos.
Alors de deux choses l’une : soit j’ai vécu la tête à l’envers, soit je ne comprends rien aux stratégies qui s’opèrent autour de la dégénérescence actuelle.
En tout cas il y a quelque chose qui ne colle pas et, à l’évidence, le XXIe siècle débutant ne peut en aucun cas se penser avec les armes intellectuelles du XXe. Beaucoup de rôles se sont inversés et ce ne sont pas les idées réactionnaires qui nous ont conduits au chaos - même si elles ne nous ont pas amené un monde plus juste et plus fraternel - , mais ce sont bien les idées progressistes, les idéologies du plus juste, les athéismes militants, les laïcités hurlées comme de derrière un étal de poissonnier, qui ont construit cet univers glauque, peu sûr, violent, inique, sans aucune culture ni poésie qui vaillent, et qui, j’en ai bien peur, nous mène tout droit à la guerre et à la mort.
J’y reviendrai dans le détail, après un rapide coup d’œil sur l’histoire de mes partis pris.

Le déterminisme n’existe pas, les déterminants si. Ce qui signifie que les mêmes causes ne produisent pas forcément les mêmes effets selon les individus. Chacun, avec les moyens du bord et les circonstances particulières de sa vie, fait de son bagage telle chose ou telle autre, parfois contraires avec un même bagage. De plus, dans un bagage, il y a mille et mille effets, insignifiants, à peine perceptibles. Il n’y a donc pas de science exacte pour expliquer le pourquoi d’un individu, sinon pour les psys, les juges, les travailleurs sociaux, les flics, les politiques de basse besogne et la piétaille bêlante qui les suit aux talons.
Chez moi, fort des courroux maternels à l’encontre du corps social et comprenant que j’étais né pauvre et que sans doute je le resterai, tout de suite, la défense de la veuve et de l’orphelin m’est devenue constitutive. Je me souviens très bien de la gueule des copains de collège quand je leur ai annoncé que je me sentais communiste. Ce qui voulait simplement dire contre les riches et, les riches, chez nous, c’étaient avant tout des commerçants. Or, pour la plupart, les parents de mes petits copains de collège avaient pignon sur rue !
Au lycée tout ça s’est confirmé mais, vers la terminale, en rejetant fermement les communistes avec la prise de conscience des ravages de l’idéologie et des politiques staliniennes. Je me suis alors affiché gauchiste, ai renversé les chaises et les tables au printemps 68 et participé activement aux Comités d’Action Lycéens. Je me suis même pendant quelques mois fourvoyé chez les trotskistes de la ligue communiste révolutionnaire. Mais déjà en rigolant, pas sérieusement du tout, en voici un élément de preuve : ces corniauds m’ayant expédié à Paris pour assister à une grand’ messe à la Mutualité, voilà que je rencontre en chemin une douce égérie, que je reste avec elle les deux nuits que j’aurais dû passer à prier pour la Révolution permanente et que je reviens en disant que l’auto-stop n’avait pas marché...
Mentant, donc, comme on ment à une autorité à qui l’on a désobéi. A vingt ans, la métaphysique d’une touffe de poils est bien plus convaincante et réjouissante que celle du Grand Soir, et il devrait, d’ailleurs, en être ainsi à tout âge…
Ce fut le déclic !
Tout cela m’est apparu comme une vaste mascarade. D’ailleurs, le monde idéal auquel rêvaient ces militants des différents groupuscules férus de centralisme démocratique, me semblait aussi moche, pire peut-être même, que celui dans lequel je pataugeais. On n’y parlait en effet que d’ouvriers, que d’usines, que du travail béni comme la vertu des vertus et, moi, j’abhorrais foncièrement tout ça. Je voulais être un joyeux fainéant, je voulais vivre la vie à fond, mais pas sur l’échelle mobile des salaires.
En plus, ayant été amené quelque temps à travailler en usine, je vis avec effroi que les gars là-dedans étaient heureux comme des papes, cons comme des paniers, jouaient avec passion au tiercé, votaient Pompidou et ne demandaient aucunement à ce qu’on vînt les tirer de leur « galère » !
Le rejet de toute cette extrême gauche politicarde fut cependant assez violent. Les gars avaient de la graine de Trotski dans le cerveau et ceux qui sortaient de chez eux en claquant la porte de gauche étaient forcément considérés comme des anars, honnis de leur mentor historique, le vieux et furieux Léon, qui planta son couteau déjà maculé de sang dans le dos de Nestor Makhno et de ses camarades.
Le reste du parcours, ce furent les turbulents et incisifs situationnistes, les anarchistes gais et brouillons, les amis, les vrais, les grands, les fraternels, mais déjà nous ne nous occupions plus guère des débats publics et ne fomentions plus de projets oiseux.
D’ailleurs, le sacro-saint prolétariat était en train de disparaître des paysages, au profit des chemises blanches des financiers et des fabricants d’images de l’existence. Lentement, tout doucement, d’imperceptible façon encore, le monde se dirigeait vers le XXIe siècle et c’est ce que même le rusé Debord n’avait su entrevoir.
Il avait bien défini l’image et la représentation dévorant le réel au point de se substituer bientôt totalement à lui, mais il n’avait pas vu que « la classe ouvrière » n’aurait pas sa place dans le monde du réel inversé et de la dictature de l'apparence, mouvements  qu’il avait pourtant si intelligemment théorisés.
En conciliant la critique du capitalisme héritée du mouvement ouvrier anti-bureaucratique et anti-stalinien et la critique de la vie quotidienne issue des avant-gardes de l’art, tel le lettrisme, les situationnistes faisaient encore la part trop belle au vieux concept de prolétariat, comme classe laborieuse, alors que celui-ci entonnait déjà les premières notes de son chant du cygne.
En un mot comme en cent, le XXIe siècle s’annonçait par murmures subtils et ils usaient encore des concepts du XIXe ! C’est, à mon sens, la raison pour laquelle, dès 1972, ils étaient épuisés et que nous fumes quelques-uns, quelques-années après, à nous en détourner, tout en conservant ce qui nous semblait la meilleure part de leur héritage.

18:18 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, histoire, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.11.2015

A califourchon sur deux siècles - 1 -

02.gifPeut-être tout a-t-il commencé par ma mère qui n’aimait pas De Gaulle.
Dans Le Silence des chrysanthèmes, autobiographie impure, j’avais cependant forcé le trait, par goût et jeu littéraires. Car sans doute n’était-elle même pas de gauche. Elle devait se soucier d’ailleurs comme de Colin Tampon d’appartenir à tel ou tel système de pensée partisane ; de ces systèmes qui vous handicapent le cerveau au point qu’il ne peut plus faire semblant de tourner rond que soutenu par ces béquilles qu’on appelle par bêtise et orgueil, des idées.
Ma mère aimait la vie, elle aimait passionnément la vie, et cette vie ne lui donnait pas tout ce qu’elle eût désiré qu’elle lui donnât. Elle était donc, comme beaucoup en ce domaine, une amoureuse éconduite : l’argent manquait cruellement, la campagne devait lui sembler profondément ennuyeuse et habitée par des rustres qui ne connaissaient rien ni aux amours ni aux chansons, son mari avait pris la clef des champs, ses deux premiers fils étaient soldats, l’un dans l’armée de l’air, l’autre chez les fantassins, et menacés ainsi de s’aller faire tuer bientôt sur les sables maudits de l’Algérie.
Tout cela, pêle-mêle, ressenti directement et non passé au crible de la réflexion critique, suffisait amplement pour que la représentation suprême du pouvoir coercitif soit honnie.
A propos de la guerre d’Algérie, d’ailleurs, elle aurait dû, sur ce sujet majeur, en vouloir beaucoup plus à un certain Mitterrand, ministre des Affaires étrangères de la république précédente, qu’à De Gaulle. Comme quoi rien n’était clairement  défini et que tout était mal ciblé.
Au même titre, en descendant dans la hiérarchie où elle était directement confrontée aux prérogatives des diverses branches de l’organigramme social, elle n’aimait pas le maire, le juge de paix, le curé, les gendarmes, le garde-champêtre, le notaire, l'huissier de justice - le plus abhorré de tous -  et l’épicier. Il n’y avait guère que le facteur qui était à l’abri de ses foudres, sans doute parce qu’il apportait régulièrement dans sa sacoche de cuir les beaux billets tout neufs des allocations familiales.
L’instituteur également avait droit à son indulgence. Et ça, c’était peut-être pour deux raisons. D’abord parce qu’il n’était pas en excellents termes avec le curé et aussi parce que, elle, elle avait été reçue première du canton au certificat d’études, qu’elle aimait écrire de belles pages sans ratures, qu’elle avait une orthographe soignée et que ces différentes dispositions lui venaient pour partie d’un instituteur gardé intact dans sa mémoire. Idéalisé, à n'en pas douter.
Tout cela me tint donc lieu, en filigrane, de panneaux indicateurs posés sur la route de mes premiers pas et je me suis, je le crois aujourd’hui, dès lors retrouvé à marcher en m’appuyant sur eux comme sur les témoins d'une science exacte, alors qu’ils n’étaient que les réflexes particuliers du ressenti particulier d’un individu autre que moi-même.
Si j’ai très tôt balancé au fossé la plupart de ces panneaux, les plus simplistes, le fil directeur ne m’en est pas moins resté en profondeur et, par-dessus tout, la raison mal conceptualisée de leur raison d’être : cet amour surfait, irraisonné, naif, de la vie.
C’est avec ce genre de cadeau dans la musette qu’on marche forcément au-devant des grandes déconvenues et, donc, qu’on s’engouffre, par l’effet d’un miroir trompeur, vers une sympathie plus ou moins manifeste pour tel système de pensée et vers le rejet systématique d’un autre.
Ce sont les causes, du moins celles qui sont accessibles à mon entendement présent, de ces fourvoiements et de ces égarements - qui ne furent pas tous pénibles, loin s’en faut, beaucoup même ayant été vécus avec joie - que j’aimerais, pour ma délectation, mettre au jour.
Pour se raconter, il n’est jamais trop tard dans une vie, surtout dans un monde qui, de toute évidence, va tout droit au chaos parce que les idéologies - les idées - des uns comme des autres, qui semblaient irréconciliables,  ont fini par copuler dans le lit d'une ignoble dialectique, pour concevoir un mélange dévastateur, que nos propres idées, tout à leur orgueil d’idées, n’ont nulle part su voir venir.

12:49 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

10.11.2015

Un philosophe mort bien longtemps après la philosophie

néant.jpgDans quel abominable désert de la pensée vivons-nous donc ! Dans quelle idiotie lénifiante évoluons-nous ! Dans quel vide sidéral sommes-nous contraints de chercher à nous exprimer !
C’en est tout simplement effrayant !
Le « philosophe » André Glucksmann  est mort. Destin normal de tous les hommes en leur condition de mortel. La mort est en soi un drame. Une infinie tristesse.
Mais de grâce, qu’on se taise et qu’on n’encense pas celui-ci plus que n’importe quel quidam de mes campagnes ! En rien, il ne l’aura mérité.
Quand j’entends les éloges de Hollande, de Valls et de Macron, j’en frémis d’horreur et je mesure toute la pauvreté stéréotypée de ces gens de pouvoir ! Je vois quels étudiants besogneux et sérieux, premiers de la classe et lèche-cul pétant dans la soie, ils ont dû être, cherchant partout un modèle pour formater leur cerveau désespérément stérile de toute originalité et de toute initiative poétique.
Glucksmann anti-totalitaire !  Quelle belle affaire ! Quelle découverte et de quelle témérité il faut faire montre pour être un anti-totalitaire ! Quelle brillante et audacieuse personnalité !
Trouvez-moi un homme qui ne se dise pas contre le totalitarisme ! Si tous avaient alors la prétention d’être écrivains-philosophes et intellectuels engagés, il ne resterait plus grand monde pour faire autre chose !
Rappelons alors, en guise d’oraison funèbre, que Glucksmann tire sa première notoriété d’un livre où il dénonçait - fort tardivement car il était déjà à l’aube de la quarantaine - les crimes du Goulag et le totalitarisme des systèmes dits communistes, après avoir été pendant des décennies un maoïste pur et dur, intransigeant,  partout où il avait l’occasion de le faire savoir !
La cause du peuple, ça vous dit quelque chose ?
Nous qui ne sommes pas des philosophes, nous qui n’avons pas emmené Sartre et Aron la main dans la main chez Valéry Giscard D’Estaing, nous qu’on n’a jamais invités à venir s’exprimer sur un plateau de télé ou derrière le moindre micro de radio, nous que les grands éditeurs ont toujours refusé de transmettre, nous qui mouront sans un mot gentil jeté sur notre sort, nous avons dénoncé avec force et combats tous les stalinismes, sous quelque forme qu’ils se soient manifestés, de Staline, Mao, Trotski, Kamenev, Duclos, Geismard, à Sartre en passant par Aragon, et même Glucksmann et tutti quanti, alors que nous n’avions même pas encore vingt ans !
Nous nous sommes battus dur contre tous les groupuscules dits révolutionnaires et qui ne faisaient que chanter la messe marxiste-léniniste à une époque où Glucksmann en était un grand prêtre, voire un évêque, de cette grand’messe du mensonge collectiviste !
Nous lisions Debord et Vaneigem, crachions sur la Révolution permanente et levions, dans des tavernes obscures, à Barcelone, Amsterdam, Paris ou Hambourg, nos verres à la mémoire de Nestor Makhno, quand Glucksmann avait les yeux rivés sur Pékin, brandissait encore le petit livre rouge et décortiquait Lénine !
Nous servira-t-on après ça, ce genre de salades : que nous avons mis « notre formation intellectuelle au service d’engagement public pour la liberté »(Hollande),  que « nous guidions les consciences",  (Valls),  que « nous avons fait partie de ces philosophes courageux qui ont éclairé très tôt… et blabla blabla » (Macron) ?
Mon dieu, quelle horreur d’avoir passé sa vie dans l’erreur pour finir encensé par des menteurs aussi creux !
Nous, nous étions du côté de nous-mêmes, des vauriens, des loosers, de la racaille et des poètes enivrés…
Des anarchistes toujours trop en retard, mais arrivés partout avant tout le monde. C’est pour cela que nous ne méritons rien et  que nous ne sommes pas peu fiers du mépris formulé à notre adresse par les gens du pouvoir et leurs acolytes, les penseurs à la gomme.
Un seul de leurs compliments anéantirait tout ce que nous avons pu trouver de joie et de vérité sur le chaos de notre chemin !
Glucksmann aura passé sa "carrière", tout comme son compère Lévy, à énoncer des suites interminables d’erreurs lamentables et à contretemps – les Serbes,  le Kosovo, Poutine, le soutien à la guerre en Irak, le soutien à Sarkozy, etc – mais il aura réussi à faire passer ses apostasies intellectuelles successives pour autant de nouveaux chemins de Damas, soudainement ouverts sous ses pas !
Certes. Ils furent et sont encore des milliers  et des milliers comme ça !
Mais quelle tristesse puante que de voir les socialistes qui vous gouvernent, ceux qui vous font cracher l’impôt, lui lécher d'aussi indécente façon  le linceul !
La nullité d'esprit rendant hommage à l'esprit de nullité !

Ce monde est bien misérable et peu sont encore les hommes qui prennent la peine d’en souffrir !

 

14:51 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.11.2015

D'une langue l'autre

littérature,écritureLa route accompagne la forêt, mais d’un côté seulement. De l’autre, s’étirent des prairies et des chaumes ravinés de pluie sur lesquels le vent bouscule des herbes folles, jusqu’aux lisières d’une autre forêt.
La même, en fait.
Nous ne savons même plus quand nous traversons des clairières. Nous ne savons même plus donner leur juste nom aux paysages. C'est que nous sommes trop grands pour ça ! Nous avons d’autres soucis. Nous sommes des gens sérieux !
C’est un bel endroit pourtant et le soleil, entrecoupé de gros nuages blancs, se balade au-dessus.


Il déboule sur ma droite. Il a surgi de la profondeur des pins. Il est impressionnant. Avec une couronne royale, superbe, large, qui s'étale sur sa tête. Et il court très vite, l’autre limite de la forêt en point de mire. La clairière doit lui sembler bien immense ! Comme si l'horizon reculait sans cesse. Comme dans les mauvais rêves.
C’est un cerf. Puissant, roux, les naseaux au vent.
Je m’arrête. Nous le suivons des yeux. Il disparait bientôt dans l’ombre des sous-bois lointains. Enfin chez lui.
La lumière arrosait sa robe.
Jeleń. Le cerf. Un faux ami. Pas l’animal, mais le mot qui le désigne aux hommes. Sa prononciation, yélègne, me l’a souvent fait confondre avec l’élan, autre grand cervidé parcourant ces forêts humides de la proche vallée du Bug. L’élan, c’est łoś. Rien à voir.
Et ce jeleń, ce cerf, est un mot qui n’est pas très gentil pour les Polonais. Car il désigne aussi, appliqué aux humains, celui qu’on peut rouler facilement ou qu’on se propose de rouler dans la farine.  L’ingénu. La proie facile des malfaisants.
Je cherche pourquoi. Sans résultat. Un équivalent peut-être en français ? Oui. Il faut, dans ce cas-là, traduire le cerf par pigeon.
J'illustre. Il y a quelques décennies, en virée quelque part dans le Lot avec trois copains de mon joyeux acabit, nous cherchons une auberge et nous la trouvons bientôt, douillettement ombragée par de vénérables arbres… Avec un ruisseau qui  gambade en son jardin. Charmant, tout ça. Exactement ce qu’il nous faut. Oui, mais l’’enseigne, qui se balance sous la brise d’été, grince : Aux quatre pigeons… Moues dubitatives. Ça tombe mal : nous sommes quatre et l’un de mes compagnons de marmonner, au moins, ils annoncent la couleur !
Ici, c’eût donc été Aux quatre cerfs. Aucun sens détourné, aucune évasion allégorique possible. Ou alors une auberge pour des cocus. Quatre cocus en vadrouille cherchant à noyer leur chagrin dans le fond des verres.

Et oui, je suis cocu, j’ai du cerf sur la tête, chantait Brassens…

Quel écart, donc, entre les images-raccourcis d’une langue à l’autre ! Une vision différente du monde. Une imagerie de l’imaginaire sans rapport l’une avec l’autre.
Mais j’insiste :
- Pourquoi un cerf ?
- Et pourquoi donc un pigeon ? me rétorque-t-on avec juste raison.
- Je n’en sais ma foi rien. Je consulterai les dictionnaires.

Et je n’apprendrai alors que d’insipides évidences. Plumer un pigeon, vieille expression du XVIe, pour dire duper. Rideau. Ces dictionnaires ne semblent pas en savoir plus long que moi. Sinon qu’il y a aussi le dindon. De la farce, le plus souvent. On peut aussi plumer un dindon, c'est bien vrai ; surtout si on se propose de le bouffer. C’est d'ailleurs fortement conseillé.
Plumer un cerf me semble plus délicat....
Tout cela ne me construit donc aucune passerelle entre le cerf polonais et le pigeon français. Chaque langue a-t-elle ses propres transpositions anthropomorphistes ? Sans doute.
J’en conclurai donc plaisamment que dans un couple franco-polonais - je dis ça au hasard, bien sûr - si on laisse se répandre l’ennui, par exemple, alors, le pigeon serait celui auquel on planterait du cerf sur la tête.
Mariant ainsi les deux langues dans l’infortune.

14:03 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.11.2015

Les mouches à merde

littérature,écriture,politique,histoire,parti socialisteDes nuées de connards bêlant comme des moutons aiguillonnés au cul par des bergers qui leur tondent chaque jour un peu plus la laine sur le dos,  avaient clamé, il y a peu, qu’ils étaient Charlie, trop heureux d’avoir trouvé soudain une identité à se coller sur la poitrine et sur un chemin désespérément vidé de toute initiative individuelle.
Si les meurtres de janvier restent une abomination, ce qui s’en est suivi a toujours été pour moi, et pour beaucoup d’autres,  une macabre mise en scène de comédiens dégueulasses et pourris jusqu’à la moelle.
D’ailleurs, si les bourreaux m’écœurent, les victimes, elles, me dégoûtent comme me dégoûtent toutes les mouches à merde qui s’engraissent en permanence du jus dégoulinant des cadavres.
Liberté d’expression, que de saloperies commises en ton nom  par des gens fortement engagés dans une direction qui, elle,  ne veut justement pas dire son nom !
Tu veux la connaître cette direction, connard ? Alors reprends toutes les insultes proférées par ces manipulateurs de la dérision depuis une trentaine d’années et trouve qui manque à l’appel ; trouve qui n’a jamais été égratigné par la moindre virgule dans leurs colonnes mercenaires !
Aujourd’hui, ces mouches à merde s’en prennent au crash de l’avion russe et rigolent comme des monstres  sur plus de deux cents personnes lambda écrasées au sol !
Puisse leur rire les étouffer bientôt jusqu’au dernier !
Moscou s’insurge à juste titre et les mouches à merde d’ânonner, comme des machines bien huilées, c’est parce que vous êtes un pays totalitaire alors que nous, dans notre belle France, on a le droit de dire ce qui nous passe par la tête… Enfin, quand ils disent tête, il faut entendre, en fait, porte-monnaie…
Honte au gouvernement français, à son premier ministre, et à cet abominable président de n’avoir pas même un mot de réaction indignée et de compassion  pour les victimes du crash, salies par la bave de ces crapauds !
Liberté d’expression ? Mon cul !
C’est tout de même  répugnant que ce gouvernement  qui vient de faire adopter une loi sur la surveillance des communications venant de ou partant vers l’étranger – donc aussi les miennes a priori -  laisse ses suppôts dégueuler les pires insanités ! Salauds, va !
Un dernier mot pour rappel : lors du carnage de janvier, l’urgentiste pleurnichard, là, je ne me souviens plus de son nom d’merde, présent sur les lieux, avait téléphoné aussitôt à Hollande pour lui dire le désastre.
Vous en connaissez beaucoup, vous, qui ont le numéro de portable du président dans leur répertoire ?
Ces nécrophages rampants sont de lâches agents du pouvoir, porte parole, en autres, de la phobie anti-russe de ce gouvernement d’incapables et de sournois !
Tout comme leurs acolytes de France 2, eux œuvrant sur le registre sérieux et professionnel, qui programment un documentaire sur Staline et, aussitôt après, une émission sur Poutine.
Intérrogés, ces gens sans aveu de dire : pur hasard.
Imagine un peu un documentaire  sur Hitler, immédiatement suivi d'une émission sur Angela Merkel. Quel tollé indigné de ce nid de rats qu’on appelle encore « la présidence de la république ! »
Non, je déconne,  en fait. Ceci eût été impossible, la censure de la liberté d’expression aurait en amont veillé au grain…

29.10.2015

Le Progrès - D'après Georges Brassens -

Ce poème de Brassens, que je me suis permis d'amputer d'une strophe, a été publié à titre posthume et mis en musique par Jean Bertola.
Cette musique ne me plaisant pas outre mesure, je l'ai refaite à mon goût, qui n'a évidemment pas la prétention d'être celui de tout le monde...


Que le progrès soit salutaire,
C'est entendu, c'est entendu.
Mais ils feraient mieux de se taire,
Ceux qui dis'nt que le presbytère
De son charme du temps passé n'a rien perdu,
N'a rien perdu.

Entre les tours monumentales
Toujours croissant, toujours croissant,
Qui cherche sa maison natale
Se perd comme dans un dédale.
Au mal du pays, plus d’remède à présent,
Remède à présent.

 C'est de la malice certaine,
C'est inhumain ! c'est inhumain !
Ils ont asséché la fontaine
Où les belles samaritaines
Nous faisaient boire, l’été, l'eau fraîche dans leurs mains,
Fraîche dans leurs mains.

Ils ont abattu, les vandales,
Et sans remords, et sans remords,
L'arbre couvert en capitales
De noms d'amants : c'est un scandale !
Les amours mort's n'ont plus de monuments aux morts,
Monuments aux morts.

 L'a fait des affaires prospères,
Le ferrailleur, le ferrailleur,
En fauchant tous les réverbères.
Maintenant quand on désespère,
On est contraint, forcé d'aller se pendre ailleurs,
Se pendre ailleurs.


Et c'est ce que je fais sur l'heure,
Et sans délai, et sans délai.
Le coq du clocher est un leurre,
Une girouette de malheur(e).
Ingrate patrie, tu n'auras pas mes feux follets,
Mes feux follets !

26.10.2015

Pas grand' chose à dire...

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On aura peut-être remarqué, si tant est qu’on veuille bien prêter quelque attention à ce que je fais ici, que ce blog s’étiole comme une plante en déficit d’eau et que les textes s’y espacent de plus en plus.
Un blog se nourrit de ce que l’on porte vraiment, avec peine ou avec joie ; quelque chose de fort et que l’on juge, à tort ou à raison - là n’est pas le problème - digne d’être transmis.
L’écriture est un amical partage de soi ou n’est que muet bavardage.
Et il se trouve que je n’ai plus grand-chose à dire, depuis quelque temps déjà.
Non pas que je sois épuisé, tari, vidé, désertique, je ne me sens pas comme tel, mais parce que ce que je porte n’est même plus très clair pour moi-même.
Il faut d’abord comprendre le fond de ce qui est authentique en soi avant d’avoir la prétention d’en partager les fruits. Sauf à dire n’importe quoi, évidemment. Ou à ânonner des convictions divorcées depuis longtemps d’avec la réalité.
Mes joies de vivre se nourrissent toujours du bonheur d’une petite famille,  des paysages, d’une vie simple, des matins d’automne et du grand mouvement des choses qui fleurit, calcine ou frigorifie les campagnes… Mes joies de vivre vont toujours vers la lecture assidue des livres, quelques accords de guitare, quelques amitiés éparses et quelques occupations anodines.
Mais dès que je jette un regard sur le monde, je ne ressens que lassitude, incompréhension, dédain pour ces hommes qui se passent le relais des pouvoirs, dans l’endormissement général des consciences et à des années-lumière du comment "je" espérerais les choses.
Entre une Pologne qui se replie sur son identité, parce que les grandes salades de l'européanisme font peur,   et une France qui pue le rance des idées dites de gauche et du mensonge politique permanent, je ne sais plus trop vers lequel de ces deux pays va ma préférence.
Je ne suis pas de gauche et je ne suis pas de la droite catholique. Ces deux revers d’une même médaille, celle de la vanité du pouvoir et du plaisir pervers à rouler la populace dans la farine, ne m’inspirent que lassitude.
Un pays, fort heureusement, est beau et agréable à vivre bien au-delà des hommes qui ont la prétention démocratique de le représenter.
Vous me direz d'ailleurs qu’on peut faire de l’écriture, de la littérature, sans se soucier des environnements politiques et de la couleur des gens qui président aux destinées des pays.
Sans doute.
Mais si on peut aussi faire l'amour dans les chiottes , c’est quand même plus agréable – et ça risque d’être beaucoup  plus chantant –  sous les lumières et les parfums d’un chemin des sous-bois, par les deux amants choisis.

13:21 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

13.10.2015

Adieu, frère humain !

escudero2.jpgTel Jehan l’advenu1, il est parti comme il était venu : sans tambours ni trompettes.
Depuis longtemps, «les hommes» l’avaient jeté aux oubliettes, si tant est qu’ils l’aient une fois rencontré au grand jour.
Pour tous les beaux parleurs, pour tous les prometteurs, pour tous ceux qui usurpent la parole et la falsifient, pour tous les grands menteurs de notre siècle naissant et qui flambent au pinacle de la misère morale, pour toutes ces innommables putains de la politique et des médias, un seul regard jeté sur sa vie eût pourtant suffi pour les faire pâlir de honte et pour les réduire à une plus juste dimension d’insectes méprisables.
Cet homme était authentique. Un déraciné, un anar de la nostalgie, un troubadour de la révolte profonde, jamais tapageuse.
Au sommet de la notoriété, les poches pleines d’argent facile, jugeant alors que toute cette mascarade jetait entre lui et la misère du monde un rideau trop opaque et trop lâche, il plaquait tout, il disparaissait et ce que cette société avait bien voulu lui octroyer pour qu’il chante de sa voix enrouée
par l'émotion et l'intimité du désespoir, il le redistribuait silencieusement à des œuvres humanitaires, partout de par le vaste monde.
Citez-moi un seul homme de notre époque capable en même temps de faire ça et de ne pas s’en venir
aussitôt vanter, vautré et gloussant devant les caméras du spectacle télévisé !
Émotion et respect.
Je dois à Escudero, au même titre qu’à Brassens,  mes premiers essais sur les six cordes… Je me souviens avec douceur de mon émerveillement quand je réussis à jouer Pour une amourette et Ballade à Sylvie…
J’éprouvais alors, pour ce chanteur en marge, avec ses cheveux longs et noirs d’espagnol expatrié, une tendresse toute fraternelle.
Je me souviens aussi avoir fait découvrir à tous les joyeux  potes toulousains de la mouvance anar, quelque vingt ans plus tard,  Mon voisin est mort et je me souviens de leur regard attristé.
Nous, on ne t’oubliera jamais, sinon à l’heure blême, quand nous passerons, à notre tour, à pas silencieux la porte de l’oubli.
Comme Nous tous, tu ne laisseras rien aux hommes, mon vieux Leny ! Ils sont depuis longtemps ailleurs, les hommes ! Ils sont à leur place, eux... Ils sont chez eux.  C’est sans doute nous autres qui nous sommes trompés de cieux.
Nos paroles, tes mots, tes simples mélodies d’où suintaient à la fois tristesse, mélancolie et espoir diffus, ils ne les comprennent pas.
Quand ils n’en haussent pas leurs épaules de chiens battus, au cou rongé par le collier d'attache !
Salut à Toi, Le Gitan !
Puissent ces quelques mots accompagner ta longue traversée des néants éternels : On t'a beaucoup aimé !

1 : Poème de Norge, mis en musique par G. Brassens


 



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02.10.2015

Plaudite, acta fabula est

ouragan.jpgJ’aimerais écrire l’automne, j'aimerais écrire le soleil d’équinoxe en déclin, la forêt qui chemine vers des léthargies hautes en couleur, la prairie qui s’enveloppe de brouillard, la première gelée sur les silences du matin, les grues qui traversent le ciel, le cou tendu vers la clémence de lointains horizons.
J’aimerais écrire cette joie de vivre qui toujours monte en puissance chez moi alors que, contradictoirement, les paysages et les choses de la terre entament leur longue somnolence.
J'aimerais
ainsi chanter la messe littéraire dans un monde de sourds, d’aveugles et de muets.
Mais mon esprit est tellement préoccupé du danger qui nous guette tous, que je ne le puis pour l’heure.
Honte à cet effronté qui peut chanter quand Rome brûle, disait le poète bourguignon. Ce à quoi le poète sétois avait répondu  : Est-ce à dire qu'il ne faut plus chanter ? Elle brûle tout le temps !

Certes. Mais elle brûle avec plus ou moins d’incandescence et de risques de propagation.
Le monde, je le crois, est à la croisée des chemins. Je le crois depuis ce texte-là.  Les hommes ont maintenant le choix entre des paix bâtardes, des paix de compromis plus ou moins lourds, des sournoiseries diplomatiques ou un cataclysme barbare.
Les pièces de l’échiquier fatal sont en branle. Chacun a avancé ses pions aussi loin qu’il le pouvait sans trop alerter la vigilance de son adversaire.
Un mauvais coup des uns ou des autres, une fausse manœuvre, un moment de distraction, un geste maladroit, et c’est le mat.
Dans ces conditions, écrire sur autre chose qu’un avenir qui peut basculer du jour au lendemain dans l’horreur, me semble tenir du pur bavardage.

Puissent les évènements à suivre venir me lourdement démentir !

13:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, histoire, politique, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

29.09.2015

Rencontre en deux temps - 1 -

20121031211658-17-9.jpgJe ne l‘ai pas vu arriver et je n’ai donc pas entendu dans quelle langue il me saluait.
Car j’étais absorbé, colère, dans la lecture des affligeantes déclarations de Hollande à la grand’messe de l’ONU ; déclarations qui le font l’allié objectif des ennemis qu’il prétend vouloir combattre.
J’étais surtout très énervé de lire que ce saltimbanque répétait à l’envi, comme une vieille horloge montée à l’envers, qu’Assad était un tyran, comme si on avait besoin de sa science pour le savoir et comme si le roi d’Arabie Saoudite, chez qui il est allé faire le bouffon, qu’il caresse dans le sens du poil, à qui il vend des armes et des avions alors qu’il décapite à tour de bras ses opposants, n’était pas, lui, un sanguinaire. Apparemment, pour ce Président de plus en plus désastreux, il y a les bons tyrans et les mauvais tyrans. Une morale politique à tiroirs et à géométrie variable… Ou alors, il poursuit d'inavouables objectifs qui ne sont pas ceux du pays qu’il est censé représenter et il conduit tout le monde au désastre !
Donc, je n’ai pas entendu arriver mon visiteur et je lui ai  demandé, en polonais, en quoi je pouvais lui être utile.
C’était un tout petit pépé, frêle, au sourire sympathique, d'emblée attachant. Mais quand il m’a entendu parler polonais, son sourire s’est tout à coup effondré.
Il a baissé les bras, comme quelqu’un qui, décidément, n’y arrivera pas.
Il a demandé, dépité,  avec un fort accent : Vous… Vous ne parlez pas français ?
J’ai ri, si, si, bien sûr que si, puisque je suis français.
Il a poussé un long soupir de soulagement et il m’a demandé si je pouvais l’aider…
Avant même de savoir en quoi, j’ai dit oui, je peux vous aider.

Il était venu d’Italie, à la rencontre des lieux de sa propre archéologie ; il était à la recherche du passé de son père.
J'ai compris que, venant de lire les bruits de guerre du présent, j'allais me curieusement  plonger dans celle du passé.
Que le petit pépé était le messager impromptu de l’éternel recommencement des chaos.

 La suite bientôt...

14:31 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.09.2015

Savoir et aimer Villon

Mettre en musique un des plus célèbres poèmes du patrimoine était  une prise de risques. Presque une outrecuidance.

 

 

Je le savais pertinemment et j’avais collé cette musique sur Les pendus pour mon plaisir personnel, solitaire, ne pensant nullement avoir à l'offrir un jour à un public.
Bien que ma traduction ait été appréciée, j’ai donc entendu une critique que je m’étais déjà faite, celle d’avoir interprété le poème sur un ton proche du pathétique, sans accentuer le côté sardonique, le deuxième degré, des prières adressées post mortem par les pendus aux frères humains.
Critique exacte car cette ballade est avant tout une mise en scène, une raillerie même, d’où le je de François Villon est d’ailleurs totalement - et volontairement - absent.
A la différence notoire de ce quatrain que tous ceux qui ont approché de près ou de loin François Villon,  connaissent sans doute :

 Je suis François, dont il me poise
Ne de Paris emprès Pontoise,
Et de la corde d’une toise
Saura mon col que mon cul poise.

Ces vers font à mon sens figure originale dans l’œuvre de Villon, en ce qu’ils sont, ou du moins semblent être, purement autobiographiques, écrits qu'ils ont été juste après sa dernière condamnation de 1462 à être étranglé et pendu ; condamnation dont il fera appel et qui sera commuée en dix ans d'interdiction de paraître sous les murs de Paris.
La prudence est toujours de mise quand on aborde la vie de Villon. Les indices les plus nombreux dont nous disposons sont ceux présents dans son œuvre et c’est une œuvre à tiroirs. Une œuvre impure, qui mêle fiction et réalité avec tant d'ingéniosité et de franchise qu’il n’a jamais été aisé de dissocier réellement celle-ci de celle-là.
Le génie du poète voyou - anarchiste avant l’heure comme on se plaît parfois à le dire- fut en effet de toujours jouer entre traits autobiographiques bien distillés, extrapolations, parodies, dérisions, et contradictions. A telle enseigne, qu’il compose même une Ballade des contradictions :

 Je meurs de seuf auprès de la fontaine,
Chault comme feu, et tremble dent à dent ;
en mon pays suis en terre loingtaine

 Villon s’applique toujours à déconstruire le réel par la caricature, le jeu de mots et la parodie, passant du ton grave et sensible à la raillerie la plus joyeuse, mais aussi en usant d’une langue compliquée, bigarrée, mariant archaïsmes, argot des voyous, vieux français de l’époque et mots et tournures annonçant la lente évolution de la langue vers le corpus contemporain. Nous sommes à la fin du Moyen-âge.
Le Testament, rédigé au sortir de sa captivité à Meung-sur-Loire, est donc un faux testament, cruel avec ses légataires et qui brocarde avec force ironie, justice, finances et autorités religieuses, dans un langage également accessible au lettré qu'au voyou de l'époque.
Rabelais - quoique fantaisiste sur le sujet - dira au  siècle suivant, que Villon était un homme de théâtre. Presque un metteur en scène.
Mais ses déboires avec la justice pour le meurtre commis sur un prêtre, Philipe Sermoise, le 5 juin 1455, le cambriolage du collège de Navarre et la rixe avec un notaire, Ferrebouc, lui valurent in fine ces fameux dix ans d’exil de la ville de Paris et sa disparition, nul n’a su dire où et quand.
Le poète disparu, sa poésie connaît la célébrité. C’est en effet à la faveur de cette disparition mystérieuse, non élucidée, que Villon entra dans la légende dès la fin du XVe siècle parce que son œuvre était profondément ancrée dans son temps et avait échafaudé une figure multiple, contradictoire et attachante :

 D’ung povre petit escollier,
Qui fut nommé Françoys Villon.

On le sait, Villon sombrera dans trois siècles d’oubli, de 1533 à 1832. Il sombrera dès que sa langue acrobatique et ses mœurs de jouisseur turbulent ne seront plus comprises de l’époque nouvelle, avant d’être remis au jour par des archéologues de la langue et de la poésie.

 Pour en revenir à ce fameux quatrain donc, où le cou éprouvera  bientôt  le poids du cul, il est indispensable de constater que Villon commence sur une ambiguïté, François désignant dans la prononciation en même temps le prénom et la nationalité.
Ce qui change tout. «Je suis Français et ça me fâche, ça m’emmerde ». En plus, Français de Paris. Ce qui est un comble.
Ce calembour est dirigé contre ceux qui l’ont condamné à Paris et surtout contre les protagonistes de l’affaire Ferrebouc dans laquelle son complice, Robin Dogis, bénéficia d’un jugement plus clément parce qu’il était savoyard.

 

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21.09.2015

Macron, le corbeau rose

IMAG1795.jpgAux temps jadis, les farouches Normands chevauchant l’écume des mers, embarquaient des corbeaux à bord de leurs drakkars, à dessein d’en faire des éclaireurs.
Ils en libéraient en effet un de temps en temps, en pleine mer, et, s’il revenait, cela signifiait alors qu’il n’y avait pas de terre toute proche.
Si, au contraire, l’oiseau faussait compagnie à ses geôliers et ne reparaissait plus, c’est bien qu’il avait retrouvé son élément, une terre où reposer ses ailes et amuser son bec.
Les redoutables conquérants poussaient alors sur les flots leurs chants sauvages avec plus d’enthousiasme encore, en même temps qu’ils secouaient plus énergiquement la rame dans la direction précise où le noir éclaireur avait disparu. Et gare aux riverains qui n’avaient pas su lire – comment l’auraient-ils pu, les pauvres bougres !? - l’arrivée dans leur ciel du sinistre messager !
Aussi beau et ingénieux que j’aie toujours pu considérer le procédé, parce qu’il se servait des éléments primaires de la planète et de l’instinct, parce qu’il supposait aussi une connaissance superbe, panthéiste, du monde,  je n’ai pu m’empêcher, ces jours-ci, de le repenser en termes d’une vilaine allégorie, à la fois amusée et dégoûtée,  à propos de toute autre chose, pas beau du tout, mais tout aussi ingénieux avec, en plus, une bonne dose de perfidie et d’esprit de manipulation dont nos conquérants danois et norvégiens, tout féroces barbares qu’ils aient été, étaient complètement dépourvus.

Les gens qui sont actuellement aux manettes de la République de France n’ont évidemment rien à voir avec l’intrépide courage des Vikings auxquels ils ressemblent à peu près autant qu’une de mes poules peut ressembler à un Tyrannosaure, mais ils n’en utilisent pas moins, eux-aussi, des corbeaux qui s’en vont croassant sur la houle médiatique,  à seule fin de sonder les réactions de la populace et de choisir, peut-être, enfin, une direction où faire naviguer leur triste «gouvernance».
Leur corbeau de prédilection aurait pu, selon les sources de la vieille langue germanique, s’appeler Bertrand, le corbeau intelligent, tant il l'est, intelligent et fin, cet oiseau-là !
Mais il s’appelle Emmanuel, dieu avec nous… ce qui, ma foi, n'est pas plus mal.
Dès lors, pour tout esprit encore quelque peu en éveil, il est inconcevable qu’un messager aussi dégourdi commette régulièrement des bourdes primaires et, surtout, manifestement à contre-courant de la navigation annoncée, comme s'il s'évertuait à faire chavirer la frêle embarcation-  les 35 heures, le statut des fonctionnaires, le SMIG, toutes notions chères à l’idéologie de ses capitaines - sans qu’il ne soit en service commandé, sans qu’il ne porte en son bec simulant l’imprudence une parole qui lui a été confiée, pour qu’il la distribue,  et que n’osent mettre franchement sur le tapis ses insidieux et pleutres capitaines.
Ainsi, notre oiseau lâche-t-il régulièrement sa petite bévue libérale de changement de cap et s’ensuivent automatiquement les réactions, outrées ou consentantes, de l’équipage tout entier. Les chefs de bord prennent alors, à bon marché et sur son dos consentant, la mesure de l’opinion sur ces sujets tabous et font mine effarouchée de vouloir faire taire l’oiseau de malheur.
Mais l’idée est lancée, elle est dans l’air, elle est rumeur et personne ne pourra dire, quand viendra le moment de lui donner corps, qu’elle n’a jamais été évoquée !
Emmanuel est donc un porteur de patates chaudes.
Jusqu’à l'inéluctable naufrage, il va sans dire. Car là où veulent accoster ces pâles et timorés barbares, il n’y a plus âme qui vive ni richesses à spolier.

12:04 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écriture, politique, littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.09.2015

Les bons et les méchants

Réfugiés-Syriens.jpgÉcrire sur ce drame de l’exode massif des populations syriennes et irakiennes que vit actuellement le monde - l’Europe, plus exactement – est malvenu et fort risqué car ce ne sera sans doute que rajouter une petite voix au brouhaha, à la cacophonie un son inaudible, aux erreurs d’appréciation une autre erreur.
Nonobstant, rester spectateur dans son coin et continuer à planter ses salades n’en est pas moins lâche. Presque indigne. Car le sujet est miné, explosif, et comporte tellement de contradictions, il offre le flanc à tellement d’idéologies et de réflexes primaires, que la plupart d’entre nous se contentent évidemment d’un prudent silence, voire, mieux, du détachement genre  philosophe revenu de tout.
Pour ne pas dire de conneries, se taire, donc. Pour vivre avec l’apparence de la propreté, rester cachés. Comme ça, si le drame vire à la tragédie, au cataclysme, et que nos enfants en payent plus tard le prix fort, on pourra dire qu’on savait et que et que… a contrario,  si tout cela se résorbe tranquillement, on pourra, sur le même ton, dire que bien sûr, qu’on s’en doutait et que et que...
Nous sommes en effet beaucoup à être habitués à penser les situations une fois qu’elles sont établies dans l’histoire et présentent un caractère presque irréversible ; sauf à tout casser et à refaire le monde. S’agissant de commenter, de prendre part, à la critique de leur développement quand elles ne sont pas encore entrées dans l’histoire accomplie, qu’elles sont en mouvement, en gestation,  et qu’il est donc difficile d’en prévoir les effets, nous sommes déjà beaucoup moins.
Parce que c’est un peu moins facile et qu’on risque fort de s’y compromettre.
Je me suis compromis il y a quelques années pour l’intervention française en Libye, pensant et écrivant qu’on ne pouvait laisser un peuple se faire massacrer par un tyran. Quel chérubin !
Et quel imbécile, surtout ! Mais ça ne me dérange pas de me traiter d’imbécile. D’ailleurs, je préfère le faire moi-même : ça évite aux autres d’avoir à le faire et c’est mieux fait. En plus.
Car il ne s’agissait évidemment nullement de cela. Il s’agissait de détruire toutes les structures politiques et sociales de tout le Moyen-Orient ; entreprise débutée avec fracas en 1991, en Irak.
Le résultat est aujourd’hui évident : guerres civiles, massacres, misères, fanatismes religieux, exodes, avec, en contrepoint,  balbutiements tardifs et humanitaires d’une Europe qui fait l’effondrée devant les incendies qu’elle a elle-même allumés avec ses indéfectibles amis d’outre-Atlantique.
Même scénario en Ukraine, avec, à la manœuvre principale, Hollande et Merkel.

Bon, d’accord, admettons, mais qu’est-ce qu’on fait, quand on sait ça ?
On écoute les inepties des uns et des autres. Des officiels.
Car c’est là que ça devient édifiant. Si je puis dire.
On assiste en effet à une définition géopolitique de l’Europe, une définition qui montre combien cette Europe n’existe qu’à coups de technocratie et de financement massif, sans aucune réalité historique, sociale et humaine. On a, d’un côté, l’Ouest qui, après avoir largué ses bombes sur tout ce qui bougeait, largue maintenant ses bons sentiments sur tout ce qui veut le contredire et, de l’autre côté, l’Europe Centrale qui ne veut pas entendre parler d’une quelconque participation à la réparation de la casse.
On en pense ce qu’on en peut, partagé entre une vague, très vague idée de devoir de solidarité et une inavouable peur…
Ce n'est pas une émotion humaniste, la peur. Voyons ! C'est un truc réactionnaire de poule mouillée !
Alors, j’écoute les Polonais et ils disent : accueillir des gens, oui, bien sûr, on ne laisse pas des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes à la rue.
Nous sommes aussi des gens solidaires. Mais après ? Quelle intégration ? Quel avenir pour ces gens déracinés sous d’autres cieux, sous un autre dieu ? Quel mode de vie ? Quels moyens de vie ? Quels espoirs ?  En un mot comme en cent, quel bonheur à court, moyen et long terme ?
La vie d'un homme ne se résout  pas à avoir un bout de pain dans l’estomac et un bout de toit sur la tête. Sinon dans le moment même de l’urgence.
Les gens de l’Ouest, eux, ne posent même pas la question. Accueillir, c’est mettre des gens dans des locaux et leur  distribuer de la nourriture. Point.
Pourquoi donc ce manque de vision, cette lâcheté à ne pas vouloir voir plus loin que le bout du nez ? Pourquoi cette différence fondamentale de point de vue qu’on vous résume – on n’est plus à une immondice verbale prêt -  à une différence entre les bons solidaires latins et les sales égoïstes de slaves ?
J’ai ma réponse, vécue de près, compromettante ou pas, peu importe : parce que l’Europe Centrale se sent exister encore en tant que telle - surtout qu’il n’y a guère que 25 ans qu’elle a retrouvé ses marques -, alors que l’Ouest, lui, depuis longtemps, n’existe plus, n’a plus de repères auxquels il tienne, n’a plus de culture à faire valoir et dont son esprit se régalerait.
Sa solution est donc dans la dissolution.

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14.09.2015

Fin d'été

littérature,écritureJ’ai traversé, messieurs, des prairies que massacrait le soleil.
Et je vous le dis : pas un oiseau, pas un animal des champs, pas un mouvement, nul être vivant, n’apparaissait alors sur ces espaces jaunâtres, tétanisés par le feu tombant dru sur leur échine accablée.
La petite route pourtant, souvent, taillait dans la forêt. Mais c’était là une forêt sans ombrage. Les feuillages calcinés pendaient au bout des banches et, déjà, juillet à peine rayé du calendrier, ils se laissaient tomber au sol, vaincus, trompés, abusés, déboussolés par cette trop longue fantaisie du climat.
La lumière caniculaire pénétrait ainsi avec force par les trouées de la voûte, en déchirait le voile, en violait l’écrin, assassinant du même coup les petites plantes des sous-bois qui, d’ordinaire, vivent de la fraîcheur de sa pénombre.
Asphyxiés dans une poussière brûlante qui, partout, sortait des entrailles terrestres, les paysages chétifs se mouraient de soif et les herbes des champs, des talus, des bois et des jardins, les hommes des hameaux, des bourgs, des villages et des villes, les animaux sauvages tout comme ceux des fermes éparpillées, tous, unanimes, réclamaient la trêve et imploraient clémence.
En pure perte cependant. D’interminables mois durant, les cieux sont demeurés impassibles, sourds aux souffrances et aux supplications, purs et durs dans leur obstination à détruire. Nul nuage, nul souffle salvateur, nulle ombre passagère, n’osait venir troubler l’austérité bleutée, chauffée à blanc.
Au matin, l'air puait la fumée d'un invisible désastre, rajoutant à la tristesse du jour qui s'annonçait la touche d'une impalpable angoisse
. Des tourbières, nous a-t-on dit, brûlaient en Biélorussie et en Ukraine, de l'autre côté du fleuve.

Et puis… Et puis, quelque chose a frémi aux pendules du jour et de la nuit, inversant l’autorité meurtrière de celui-là sur celle-ci. Un matin de septembre enfin, le souffle d'un vent levé des horizons multiples, a gommé lentement ce grand tableau d’azur et sur sa toile immaculée a dessiné le blanc et le gris des premières nuées, que saluait un arc-en-ciel.
Des larmes éparses et chaudes ont giclé sur les sols crevassés, maladroites, désordonnées, lourdes et pataudes, comme si le ciel  ne savait plus pleuvoir. C’étaient là quelques pleurs de remords, avant que ne jaillissent soudain les grands sanglots du pardon et que la terre ne les boive avec tout le désespoir d’une rescapée des sables.
Un peu tard seulement.
Cicatrices et brûlures restent inscrites sur la morosité des arbres
recroquevillés par la peur, déjà marron, déjà jaunes, sans l’éclat joyeux des pourpres sanguins de l’automne, comme s’ils étaient pressés à présent d’en finir avec ce cycle-là et de rejoindre les silencieuses nudités de l’hiver.
Pour recommencer bientôt un vrai et grand mouvement des choses, qu’ils espéreraient, cette fois-ci, conforme et doux à la fuite éternelle des saisons.

Court extrait d'un roman en chantier

11:13 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.09.2015

Mini revue de presse

d9b7a6c5ff6f4e0bcfc76c0ce339a5e9.jpg.gif- Un site d’infos me met dans l’embarras.  S’appuyant en effet sur un énième rapport de la Cour des comptes, il pose la vieille, la lancinante, l’éculée et récurrente question : Les fonctionnaires doivent-ils travailler plus ?
Je ne sais que dire, ma foi.
Bon, mais si je prends la posture sociale-gauche, chafouine de candeur feinte et  généreuse, ouverte, bien dans sa peau et qui a réponse à tout et à rien  parce que ce n’est pas une pensée mais un disque de jukebox, je dis : qu’est-ce que c’est encore que ces salades de droite, toujours à agresser la pauvre fonction publique ?
D’accord. Mais si, au lieu de prendre une posture bien-pensante, je m’en réfère à quinze ans de mon propre vécu ;  si je suis donc un homme d’opinion empirique, voilà que je rigole comme un perdu et que je réponds :
- J’en sais rien… Je m’en fous, à vrai dire.  Je ne sais pas s’il faut que les fonctionnaires travaillent plus. En revanche, ce que je sais avec certitude, c’est qu’il est absolument impossible qu’ils travaillent moins. Sauf à rester chez eux…

- Un autre titre attire mon œil avide : Une nouvelle espèce d’humains découverte.
Je me jette ! Depuis le temps que j’attends des hommes nouveaux, des mutants !
Et je lis : Une ancienne espèce du genre humain inconnue jusqu'à présent a été présentée par une équipe de scientifiques internationale jeudi.
Faudrait savoir ! On s'fout vraiment de nous !

- Beaucoup plus inquiétant et très éloquent : Les Russes renforcent  leur présence militaire en Syrie et  « ça inquiète Fabius.»
Ben moi, c’est l’inquiétude de Fabius qui m’inquiète. Beaucoup. 

12:51 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

10.09.2015

Détournement

C'est à fredonner - ou, mieux, à jouer - sur la musique de Celui qui a mal tourné, Georges Brassens, titre lui-même inspiré par La Chanson du gâs qui a mal tourné, de Gaston Couté.


CELUI QUI A MAL PENSÉ

 Il y‘avait au fond d’mon village,
Un p’tit gars qu’était pas très sage,
Qui trainait les bois, les prairies,
Galopant derrière ses rêveries.
Les gens du crû, d’un même tonneau,
Des taiseux et de rudes péqu’nots,
Clouèrent tantôt au pilori
Cette graine de malappris !

 Il avait dans le ciboulot
Des idées contr’ tous les boulots
Des champs, des bureaux, des usines
Qui font aux hommes courber l’échine.
Ainsi doté pour faire sa vie,
Il trouva tous les ponts-levis
Devant lui toujours haut levés,
Dans quelque place qu’il veuille entrer.

 Il connut l’ombre des cachots,
S’embarqua vers les pays chauds,
Traversa des contrées sauvages
Atteignit à bien des rivages.
Mais jamais sur ce long chemin
Ne vit vers lui se tendr’ une main…
Alors, aux abords d’l’heure fatale,
Il revint au pays natal.

 Les gens du crû, d’un même tonneau,
Dormaient tous au fond d’leur caveau
Leurs maisons croulaient sous les lierres,
La vermine en rongeait la pierre.
Lors, écroulant son cul par terre,
Le vieil homme contestataire
Déversa sur leur triste sort
Toutes les larmes de son corps !

 2359.jpg

 

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03.09.2015

Error communis facit jus

auschwitz-birkenau-300x225.JPGLa Pologne subissant depuis quelque deux mois une insupportable canicule, les responsables du musée d’Auschwitz, sans doute le savez-vous déjà, ont cru bon d’installer des brumisateurs à l’usage des gens, parfois âgés, venus se recueillir en ces redoutables lieux de crimes et de supplices.
Aussi louable qu’ait été leur intention, mal leur en prit.
Car, eux qui ont en charge la redoutable tâche d’entretenir, en ces lieux où Dieu et les hommes ont définitivement cessé d’exister, la mémoire de la plus grande catastrophe criminelle jamais surgie au sein de l’humanité, eux qui ont pour devoir de transmettre à tous cette phrase inscrite sur d’autres cendres, celles de Majdanek, que notre sort vous serve d’avertissement, ils ont ignoré la nature dénaturée du présent dans lequel ils avaient à transmettre.
Ils ont ignoré que  la mémoire du vécu, tout comme le vécu de la mémoire, s’est éloigné en une représentation et que tout ne peut désormais  se dire, se raisonner et s’agir qu’en termes d’images au détriment du réel, même ici où, pourtant, l’intérieur intime, silencieux, brut, primaire, nu, irréfléchi, en un mot comme en cent humain, devrait être le seul à gémir.
Le signifiant, là comme partout ailleurs, a phagocyté le signifié jusqu’à le détruire ; le mot a remplacé la chose et toute chose a disparu.

C’est ainsi que ces innocents brumisateurs font scandale et sont considérés comme une honte parce qu’ils rappelleraient, parce qu'ils imagineraient, parce qu'ils  représenteraient, les fausses douches installées par les bourreaux dans les chambres à gaz, à dessein de tromper l’ultime vigilance des suppliciés.
Ces horribles douches - les fausses-vraies des nazis - ne sont-elles donc plus assez éloquentes, assez terribles, assez tragiques, ne signifient-elles donc plus assez, qu’ils faillent s’émouvoir de généreux brumisateurs destinés à éviter les malaises des visiteurs ?
Époque dénaturée qui ne sait même plus se dignement souvenir !

Tout mon soutien aux responsables du terrifiant musée d’Auschwitz.

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01.09.2015

Les arroseurs arrosés

bhl-hollande.jpgEn tant que citoyen français, si je devais formuler un souhait quant à ce que retiendra en matière de documents  l’histoire du putsch de février 2014 à Kiev, ce serait celui-ci : que cette image reste comme preuve à charge de l’effrayante escobarderie dont fit montre l’innommable socialiste, président de la République de France.
Il fut un des premiers, sinon le premier, à pavoiser sur les marches de son palais avec les bénéficiaires immédiats du susdit putsch ; putsch militairement réalisé par les bandes ultra-nationalistes et farouchement antisémites de l’extrême-droite ukrainienne et que les médias et les politiques français vous ont vendu sans vergogne comme étant une révolution pour la démocratie.
La peste soit de ceux qui les croient encore, ne serait-ce qu'une seconde !
L’histoire, j’espère aussi, ricanera jaune de voir le soi-disant philosophe de confession juive faire le beau à ses côtés, c’est-à-dire se félicitant de ce que des nazis aient réussi à virer un pro-russe corrompu !
Aujourd’hui, la phalange armée du putsch de Kiev se retourne contre ses commanditaires qu’elle a mis au pouvoir bien malgré elle. C’est une phalange experte dans la guérilla urbaine et l’affrontement. Elle a été envoyée dans le Donbass par Kiev en tant que bataillon de choc, c'est-à-dire que les dirigeants européens - dont le sinistre donneur de leçons de morale  Hollande - s'appuient sur l'extrême-droite nazie pour parvenir à leurs fins.  Cette extrême-droite, au regard de laquelle le Front national français fait figure d'association d'enfants de chœur, réclame donc ces jours derniers, par les moyens qui lui sont propres, son dû : que le gouvernement ukrainien issu de l’insurrection lui paie ce pourquoi elle a mouillé la chemise et impunément fait couler le sang.
Que dit alors le socialiste chafouin ? Par la voix enrouée de son roué de ministre des affaires étrangères – lequel, rappelons-le, était à Kiev le soir même du sanglant  coup d’état - il dit ce que disent ses complices Merkel, Obama, et Bruxelles, c’est-à-dire qu’il fait mine de s’indigner de ce que la boîte de Pandore, qu’il a ouverte pour plaire à ses seigneurs d’outre-Atlantique et en mentant effrontément à tout son peuple, lui pète à la gueule.
On croit rêver : les seuls qui avaient averti le monde du danger sont ceux que l’Europe entière, fidèle chambre d’écho des musiques du Pentagone, traitent de menteurs : Les Russes.
Je ne crois pas que la France ait été un jour gouvernée par un homme aussi à plat ventre devant des Américains et leurs complots internationaux et je crois qu’elle devra en assumer longtemps la honte !
Même les Polonais, ceux qui osent voir la réalité en face et qu’on ne peut en aucun cas soupçonner d’être pro-russes, le disent maintenant : l’Ukraine est un coup monté par l’Europe et les États-Unis en quête d’expansionnisme et de nouveaux territoires pour le marché bientôt transatlantique.
Seulement, là, c’est dans une zone charnière entre l’Occident et Moscou que s’est opéré le complot démocratique.
Du fait, il y a longtemps que l’Europe – je parle ici du continent, de l’autre je n’en ai que faire ! - n’avait pas marché sur des œufs aussi pourris.
Ne pas le comprendre, que ce soit par aveuglement  idéologique, par ignorance, par lâcheté ou par bêtise crasse, c’est déjà être complice.
Car  nous n'héritons pas de la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants. (Saint-Exupéry)

Comprenne qui voudra, ne serait-ce que pour ne pas crever idiot...

Illustration, à lire et à voir...

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30.06.2015

Décalage ?

actu.JPGIl  y a une chose que je ne comprends pas.
Enfin non, en vérité…
Il y a des milliers de choses que je ne comprends pas, car s’il n’y avait que celle-ci, somme toute insignifiante, j’aurais résolu toute l’énigme du monde et je serais dès lors, ou le plus malheureux des hommes, ou le plus heureux d’entre eux.
Disons alors que je pense en ce moment à cette petite chose que je ne comprends pas et qui me turlupine.
Ici, à Biała ou dans mon village des rives du Bug, je n’ai pas accès aux quotidiens français. Je prends donc des nouvelles du pays, lesquelles, soit dit en passant, sont rarement réjouissantes, via les sites d’infos, vendues comme quasiment en direct, tel que sur Voilà -Actualités, par exemple, où l'AFP fait des merveilles.
C’est pas beau, ça, d’habiter à 2500 km de son berceau dans un hameau perdu aux confins du monde russe  et de savoir, dans la minute qui suit,  s’il ne se passe rien de trop fâcheux là-bas ?
Oui mais voilà, justement.

Le massacre de Charlie hebdo, je l’ai appris par D. qui venait de visiter un site d’infos polonais…
J’ai sauté sur ma souris et vite suis allé voir de quoi il en retournait.
Rien. Que des rubriques chiens et chats écrasés.
Bon…Ce doit être un canular.
C’est venu plus tard. Quelques heures après.

Les grandes oreilles de l’oncle Sam sous la table des Présidents, même chose :
- Tu as vu ? Les Américains ont…
- Non. Je n’ai rien vu de tel. Où ça ?
C’est venu plus tard. Quelques heures après.

Le crime infâme d’Isère, la tuerie de Sousse, même chose. Je savais tout ça avant vous, sans doute, même si vous habitez Lyon et si vous avez les mêmes sources d’information que moi…

Bizarre, non ?
Est-ce là la lenteur épouvantable des Français, aussi lents que leur justice et leur administration ?
Ou bien y-a-t-il là-dessous d’autres raisons moins avouables?
Je n’en sais rien, mais c’est fort curieux. Étrange même.
Mais peut-être que les Polonais sont partout à la fois et rapides comme l’éclair pour transmettre, eux.
Humm… J'ai un doute.

16:27 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.06.2015

Vous êtes sur écoute

104900174.jpg

" Le fait que la loi sur le renseignement soit adoptée en France sans remous majeurs est inquiétant. Il faut résister à ces dispositions qui renient nos libertés les plus élémentaires.
« L’antiterrorisme est une politique mondiale que chaque pays applique en arguant de sa situation propre, au gré des circonstances, toujours "exceptionnelles". C’est à présent au tour du gouvernement français de faire passer ce qui est ni plus ni moins, quoi qu’en dise le premier ministre, un Patriot Act, en tirant prétexte des attentats de janvier. On serait tenté de dire : un Patriot Act de plus, tant cette "loi sur le renseignement" ne fait que couronner l’empilement de législations antiterroristes qui, ces dernières années, ont peu à peu mis les services de renseignement français au-dessus des lois, et à l’abri de tout recours.
« Le mouvement mondial qui consiste, au nom de la "sécurité", à placer entre les mains de l’administration des pouvoirs qui étaient préalablement dévolus aux juges est un processus manifestement sourd et aveugle. Toutes les voix qui se sont élevées contre la nouvelle "loi sur le renseignement" n’ont en rien pu entamer la volonté des services de faire voter leur loi, et quand le Conseil d’État s’est mêlé d’en corriger les excès les plus visibles, leur homme, le rapporteur Jean-Jacques Urvoas, s’est empressé de rétablir le texte d’origine.
« Même les mises en garde véhémentes adressées à la France par le New York Times, qui n’est pas exactement connu pour figurer au nombre des publications libertaires, n’y ont rien fait. Le ridicule qu’il y a à adopter des lois "à la Bush" avec quinze ans de retard et après tous les scandales que l’on sait, le pathétique qu’il y a à mettre en place un programme Prism à la française après les révélations de Snowden n’ont effleuré ni les députés ni les sénateurs. Dans un tel contexte, on peut bien requérir le renvoi pour "terrorisme" des mis en examen de Tarnac.

« Le terrorisme, ennemi idéal

« Certes, nous dira-t-on, les parlements sont universellement devenus les chambres d’enregistrement des différents lobbys. Certes, nous dira-t-on, la politique se réduit de plus en plus à une pure police des populations. Certes, nous dira-t-on, le terrorisme est l’ennemi idéal, celui qui, étant tapi comme virtualité en chacun, autorise à nous traiter tous en criminels potentiels, celui contre qui l’on pourra toujours mobiliser des populations qui ne se laissent plus mobiliser pour rien. Certes, nous dira-t-on, la surveillance générale est, depuis toujours, au cœur de l’exercice de la "gouvernementalité" libérale. Mais…

« Mais il n’est pas indifférent que cette "loi sur le renseignement" passe ainsi, sans remous majeurs, en France. Du point de vue de la politique antiterroriste mondiale qui accompagne la privatisation forcenée des existences, il n’est pas indifférent que le "domino français" tombe à son tour. Que succombe le pays qui fut pendant plus de deux siècles le pays par excellence de la politique moderne, le pays où fut un jour proclamé: "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs", voilà qui va, à coup sûr, constituer un signal sans équivoque et de portée universelle.
« C’est pourquoi nous appelons tous ceux qui, en France et ailleurs, n’entendent plus qu’on les gouverne par les moyens totalitaires et antidémocratiques de l’antiterrorisme à unir leur voix. »

Giorgio Agamben, Étienne Balibar, Luc Boltanski, Éric Hazan, Florence Gauthier, Hugues Jallon, Leslie Kaplan, Frédéric Lordon et Nathalie Quintane

 

*

Merci à Charles Tatum de m'avoir amicalement autorisé à relayer.
J'ai mis en gras les faits qui  me semblent les plus graves, les plus humiliants, les plus dramatiques.
Je transmets donc, mais sans espoir de retour, par une sorte de sursaut de dignité et comme un bras d'honneur.
Parce que quand un peuple est capable d'accepter d'être ainsi ligoté sans s'organiser pour casser la gueule à ses élus, il n'a que ce qu'il mérite : être traité comme une chose, comme une bête, comme un troupeau de veaux qu'on mène à l'abattoir.
J'ai mis ce texte en tag littérature aussi, car que peut valoir la littérature d'un tel peuple ?

Ironie du sort, c'est le jour-même où les apparatchiks de la démocratie à la française s'apprêtent à valider définitivement leur loi scélérate, qu'ils apprennent les coups tordus faits par leurs amis américains aux présidents français...
Les arroseurs soudain douchés ! La réaction sera diplomatique, entend-on...Autant dire qu'elle ne sera rien, que ronds de jambes et excuses de salons.
Imagine un peu si Poutine avait  ainsi violé les conversations de l'autre pignouf ! On crierait, on menacerait, on déploierait les armes, on ferait l'outragé, on le vouerait encore plus aux gémonies !
Ce pays bafoué, à genoux devant les États-Unis, et qui bafoue ses citoyens, tous terroristes potentiels, ne mérite, dans sa configuration politique actuelle, aucun respect parce qu'il ne respecte rien, enlisé qu'il est dans son mensonge !

 

18.06.2015

żegnaj Józef Kraszewski !

littérature, écritureNotre projet de financement participatif pour la traduction d’un roman de Józef Kraszewski, Szalona, est mort.
Je pense qu’il ne serait pas très honnête, que ce serait mentir par euphémisme, que de parler d’échec. Car il s’agit en fait d’une déconfiture, d’une raclée, d’une déroute, d’un désaveu cinglant.
Nous avons atteint 18% de notre objectif et nous avons mobilisé, en dépit de nos appels, directs ou indirects, de nos innombrables courriers, de nos relais sur  les réseaux sociaux, de nos coups de fil, du soutien promis de certaines institutions,  8 contributeurs !
Dans mon euphorie – je dois vraiment être un fou – j’avais même poussé l’effronterie jusqu’à envoyer une longue lettre à Roman Polanski.
Mais comme j’ai beaucoup de respect pour cet homme, je me dis, tels les petits enfants pauvres qui ne découvrent jamais rien dans leurs souliers de noël, que la lettre ne lui est pas parvenue.
Qu’il est trop loin, trop haut, trop ailleurs… Et moi trop con.
C’est avec beaucoup de sincérité et même d’émotion que je remercie ici les huit personnes qui nous avaient fait l’honneur de leur confiance, et tout particulièrement Marc Villemain qui avait mis son écot une demi-heure seulement après l’ouverture du site, ainsi que Christian Cail, un gars de mon enfance présent dans Le Silence des Chrysanthèmes, qui lui donnait la réplique presque aussitôt.
Je me souviens bien de cet après-midi là. J’étais joyeux comme un pinson, certain qu’avec un tel début, nous allions publier notre traduction !
Merci à Frédéric Chambe, Fabien Arlotto, Sophie Delagneau, Florent Gouget, Véronique Médina, tous de Lyon et connaissances de Roland.
Merci à mon vieux camarade de Niort, Yves Gassot.
Leurs contributions vont évidemment leur être rendues dans les jours qui viennent.

Je suis triste. Mais pas de dépit. Les gens sont libres de cotiser, de pré-acheter en l'occurrence,  où  bon leur semble, en fonction de leurs goûts ou de leurs affinités.
C’est  peut-être même un de leurs derniers bouts de liberté individuelle.
Je suis triste car je pense à toutes ces heures investies déjà, et qui resteront lettres mortes, dans le travail de traduction par D. et moi-même. Je pense à notre enthousiasme de cet hiver, cherchant le mot juste, la phrase la plus précise et la plus près du texte, le proverbe intraduisible et son équivalent en français, derrière nos fenêtres où ruisselait la neige épaisse,  et je m’en veux terriblement.
Je n’aime pas entraîner qui que ce soit, surtout ceux que j’aime, dans mes déroutes.
Moi seul suffit à les hanter.
Je pense aussi à  Roland, qui a mouillé la chemise, depuis le début.
Je pense que tout cela est dommage, décourageant,  et que c'était un beau roman à offrir en lecture.
Je pense aussi que...

Et puis merde ! J’en ai déjà trop dit !

 

20:56 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.06.2015

Au crépuscule d'un jour

A.JPGTrois heures aux pendules éternelles du ciel.
La nuit passe le relais. Sur la pointe des pieds, comme pour ne pas réveiller trop brutalement l’étoile de feu et laisser aux âmes tourmentées le temps de se retirer
incognito dans son sillage.
Dans les halliers tout proches, dont les feuillages caressent à ma fenêtre, un artiste ailé salue la lueur nouvelle.
Pour quelques heures encore, le monde ressemble à un monde déserté des hommes.
C’est peut-être la raison pour laquelle on y ressent si bien et si juste.
Où l’on pense, par exemple, dans un sourire amusé, que de philosopher sur le mensonge comme pièce maitresse des constructions sociales, c’est vraiment des billevesées de blogueur. Du trompe-la-mort.
Qu’en ai-je bien à faire ? De ça et de tout le reste ? Qu’est-ce que rabâcher dans le vide, comme une vieille machine déréglée, peut bien m’apporter ?
Les mondes meilleurs sont déjà là, ne les vois-tu pas ? A ma porte, sur ce jardin qui sent la plante ensommeillée, qui lape la rosée, et sur ce silence tremblant des primes émois.
Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Je saisis mieux le vieil adage.

Depuis dix ans, je n’ai cessé de m’émerveiller des matins de l’été continental dans ce village perdu des confins.
L’Océan, là-bas, loin à l’autre bout, sur un autre versant de la machine ronde, dans les ténèbres roule encore ses écumes. L’Océan n’aime pas trop les matins. Il préfère les soleils fatigués du soir. Les poussières du soleil couchant. Les poncifs. Comme les promeneurs de ses grèves.
La forêt soupire d'aise.
Je ne suis pas revenu en France depuis trois ans. Depuis octobre 2012.
J’y pense maintenant, sans nostalgie, et c’est quelque peu triste de ne point être triste sans elle. Je me suis enraciné dans l’exil.
En juillet, je traverserai l’Europe, j’aime conduire une automobile à travers les paysages, cap sur la Normandie de Proust et de Maupassant, et cap sur la Bretagne où je ferai une apparition dans une librairie.
J'y parlerai de l’écriture. De mes quelques livres.
Mais je n’éprouve plus la joie que j’éprouvais à mes premiers retours vers la longitude maternelle.
Je le sens bien.
Un vague contentement, oui. La France s’est faite métonymie pour dire pays, naissance, langue d’usage. Elle a perdu ce goût joyeux que seule sait vous donner la mélancolie des sentiments.
Elle a perdu le fil conducteur.
Elle vend des armes, la France de Voltaire, de Valls et de Robespierre.
Je hausse les épaules.
Elle se fait des couilles en or en distribuant la mort partout dans le monde.
Et, le cul sur ses canons, elle n'en pérore pas moins sur la paix des hommes, sur l’humanité, sur le droit des peuples, Amen. Sur tout ce qu’elle foule au pied et puis…

Je sursaute.

L’artiste ailé a redoublé de vigueur et d’enthousiasme, peut-être vexé que d'autres voix que la sienne se soient élevées dans les broussailles. Beaucoup de voix, flutées, douces, argentées, joyeuses, désordonnées. C’est maintenant un concert.
J'ai sursauté car qu’en ai-je bien à foutre qu’elle vende des armes à toutes causes et alimente, pateline et donneuse de leçons, l’atavique et barbare besoin de tuer ?!
Incorrigible moraliste !
Il est temps de boire le café. Avec de la confiture de fraises, de mes mains faite hier et qui sentent le sucre des champs.
L’aurore est déjà adulte, le temps d’une éclosion et le soleil frappe déjà sur la cime des grands arbres.
Demain sera encore.
Vouloir et vivre des milliers de matins, renaissances sacrées du grand mouvement des choses !

11:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

12.06.2015

Considération générale sur le mensonge - 4 -

url.jpgDepuis la chute de l’Union soviétique, une grande partie des intérêts géopolitiques de l’Europe et des États-Unis concorde sur le vieux continent, et ce,  bien qu’ils s’y livrent une concurrence féroce, voilée à coups de sourires diplomatiques, de grandes claques dans le dos et de subtiles parties de poker menteur.
L’Europe n’avait en effet  pas manqué de voir dans la fin de la bipolarisation du monde, une occasion de s’agrandir, d’englober des populations et des marchés nouveaux et de faire rentrer des taxes supplémentaires dans son insatiable escarcelle.
Les États-Unis avaient vu, eux, une occasion de déployer leur avant-garde militaire, l’OTAN, un peu partout sur des zones stratégiques où elle était interdite depuis plus de 50 ans, et de soumettre d’autres contrées jusqu’alors sous l’emprise du collectivisme à la fructification de leurs capitaux.
Et puis, s’installer à l’est, traverser de part en part le grand corps européen plutôt que d’être stoppé à Berlin, c’est aboutir à la Mer Noire et au bassin méditerranéen par l’autre côté. S’installer tout près de la Chine et de l’Iran, cerner la planète.
Pour les Européens, en 2004 et 2005, c’est l’engouement, le festin jusqu’à la gueule, l’orgie, ils se ruent sur le cadavre encore tout chaud des pays du Pacte de Varsovie : la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la République tchèque, rejoignent « les bras fraternels » de Bruxelles et le grand marché unique et exubérant.
Mais cela ne suffit pas… La finance européenne se sent maintenant des ailes. L’ogre allemand a pourtant déjà fait ses choux gras depuis 1990. Venez faire un tour en Pologne, vous comprendrez vite et mieux : une voiture sur deux est une Audi ou une Volkswagen ! Peu importe les millions de morts  et d’estropiés dont sont responsables ces bolides conçus pour autoroutes et lancés dans des pays sans autoroute ; des pays où le réseau archaïque n’était adapté jusqu’alors qu’à la Trabant et à la charrette  attelée et où une personne sur deux n’avait jamais conduit qu’un vélo ou une mobylette !
Hécatombe.
Mais les financiers et leurs politiques fantoches n’ont pas le temps de s’arrêter à ces considérations puériles et romantiques !
En Tchéquie, Volkswagen avale le géant Skoda.
Quant aux enseignes de supermarché, ça bat tous les pavillons,  français, allemands et, dans une moindre mesure, portugais.
L’or coule à flots et les cotes en Bourse font la fête à la fin du communisme !
Mais comment avancer plus loin encore ? Nous voici parvenus maintenant à la rivière Bug, aux portes de la Biélorussie où il n’y a pas grand-chose à gratter, pensent sans doute les grands stratèges et, surtout, elle est tenue d’une main de fer par le peu démocratique Alexandre Łoukachenko, la bête noire des idéologues de la GREHF, la Grande République Européenne de la Haute Finance.
Et puis, nous voici aussi parvenus aux rivages de l’Ukraine, vaste pays, berceau historique de la civilisation russe, le grenier à blé de l’Europe, disait-on autrefois, de vastes plaines fertiles et un complexe d’industrie lourde et des gisements de matières premières dans l’est et au Sud. Un pays archaïque aussi où, passez-moi l’expression, il y a vraiment des couilles en or à se faire. Laisser tout cela péricliter dans les seules mains de quelques milliardaires ukrainiens qui ne payent même pas les impôts à Bruxelles, n’est pas envisageable !
L’Europe, depuis plus de  dix ans, à coups de magouilles et de déclarations interlopes,  rêve d’englober tout ça sous son aile protectrice.
Le  boycott de l’Euro footballistique de 2012 par les politiques démocrates, au premier rang desquels le sinistre Hollande, « ennemi de la finance », sous les prétextes fallacieux de la messe habituelle, liberté, égalité, fraternité, n’a pas d’autres messages à envoyer à l’Ukraine : « Rejoignez-nous ! Tournez le dos à la Russie ! »
La Russie. L’ombre au tableau. Pour les uns comme pour les autres, Américains et Européens, se profile un obstacle à l’horizon, Moscou.
Les taupes sont à l’œuvre, les galeries se  creusent, qui vont devenir des fossés sous les pieds du peuple ukrainien…

Tout avait pourtant bien commencé, sitôt le mur tombé. Tout marchait comme sur des roulettes.
De 1991 à 2007 en effet, Boris Elstine gouverne la Russie, une bouteille de vodka dans chaque poche.
Les bons souvenirs et les regrets qu’il laisse en Occident sont dus à sa politique de soutien sans faille aux États-Unis, aux grandes privatisations galopantes et douteuses  accompagnées d’une corruption ayant force de loi, aux importantes évasions fiscales au bénéfice des pays occidentaux, notamment de la Grande-Bretagne par des placements financiers en Bourse ou dans des clubs sportifs ; de la France aussi et de l'Espagne par des achats de propriétés. Des pans entiers de l'économie russe étaient alors en train de passer entre des mains occidentales et états-uniennes, notamment les grandes compagnies pétrolières.
On battait des bras, on saluait le grand démocrate Eltsine, on faisait mine de vénérer la grandeur retrouvée de la Russie éternelle, alors que, comme le chacal qui vient de découvrir un cadavre en putréfaction au détour de son chemin, on applaudissait à la curée ! On sonnait l’hallali !
Survient alors Poutine, ce névrosé conquérant, ce réactionnaire ennemi des homosexuels et des libertés individuelles,  mais ça, même si on le répète à l’envi en façon de propagande pour effrayer le p’tit socialiste militant de base et mettre en émoi la chaumière, on s’en fout complètement, dans le fond.
Car c’est surtout l’empêcheur de gagner des ronds en rond qu’on a dans le collimateur, dès 2008 !

L’avertissement était venu lors de la conférence de Munich sur la sécurité internationale, le 10 février 2007, à laquelle j'ai déjà fait allusion sur ce blog, la situant par erreur en 2008.
Je ne suis même pas certain que le pire des atlantistes, bien qu'il n'assistât pas à cette conférence, celui qui se pavane aujourd’hui avec autant de ridicule que d’inefficacité à l’Élysée, soit au courant de la teneur de ce discours prémonitoire.
Et quand bien même le serait-il ?  Cet homme ne parle, n’agit, ne pense et ne vit que par procuration. Alors….
Donc, devant un parterre de chefs d’États, de ministres, d’industriels, de financiers et de hauts responsables militaires venus de 40 pays, Poutine déclarait en substance :

" Le monde bipolaire est mort avec la chute de l’Union soviétique et, depuis, nous vivons dans un monde unipolaire, uniquement commandé, régi et dirigé en vertu des intérêts d’un seul pays ou d’un seul  axe. Cet état de choses est illégitime et ne repose sur aucune base juridique. En dépit de ses promesses et alors que l’organisation  militaire dite pacte de Varsovie est dissoute, l’OTAN déploie ses armes en Europe. Est-ce que c’est pour la sécurité de l’Europe ou est-ce que cela est dirigé contre quelqu’un ?
Nous sommes en droit de nous poser la question.
Le PIB des États du groupe BRIC - Brésil, Russie, Inde et Chine - dépasse le PIB de l’Union européenne toute entière. Ce sont là des forces économiques qui deviennent des forces politiques et qui ont maintenant leur mot à dire dans l’organisation  pour la sécurité du monde. D’autant plus que le monde unipolaire est une aberration qui partout enfreint tous les règlements du droit international."

En clair, Poutine disait donc : fin des diktats américains partout dans le monde, halte aux humiliations subies par la Russie depuis la chute du mur, je vous préviens, je n’accepte plus de marcher tête basse devant la dictature hégémonique des forces américaines ou pro-américaines.
Pour toute réponse, et certainement pour tester la ténacité de ces propos, un an après, l’OTAN tentait de prendre la Géorgie et programmait l’installation de rampes de missiles en Pologne, à deux doigts de l’enclave russe de Kaliningrad. On sait quelle fut la réaction de la Russie et comment la CIA, queue basse tel un chien pris en défaut,  fut contrainte de quitter la Géorgie.
On sait aussi, comme dans le scénario ukrainien, comment les médias, au premier rang desquels étaient ceux  de l’Union européenne, ont alors présenté la Russie comme étant l’agresseur ! L’éternelle vindicative et conquérante Russie !
Les conspirateurs ont, depuis le coup raté de la Géorgie,  travaillé en taupes cinq ans durant pour trouver une autre faille, pour tenter de faire tomber cette forteresse rebelle qui refuse de rentrer dans le nouvel ordre mondial étasunien, et ils ont fini par trouver l’Ukraine.
Une proie et une clef faciles pour un coup d’État, applaudi par ceux qui, en France et en Pologne surtout, n’ont que les mots démocratie, légitimité et république à la gueule.
Maïdan fut un butin facile pour  les grands prédateurs internationaux : le fruit était mûr. Et Kiev tombée aux mains des néo-nazis soumis aux intérêts européens, eux-mêmes soumis à ceux des États-Unis, c’était une saignée fatale ouverte dans le flanc de l’ours russe.
Faire tomber l’ours, le faire plier, l’écraser, afin de lui interdire toute velléité sur la scène internationale, lui interdire l’accès à la Méditerranée via la mer Noire, le couper ainsi de l’Iran et de la Syrie qu’on se propose de détruire, l’assoiffer et l’affamer.
Le coup peut réussir. Avec la bénédiction quasiment criminelle des dirigeants européens, notamment celle de Hollande et de Merkel, lorgnant avec avidité sur une Ukraine bientôt sous la coupe de Bruxelles, donc, dans une certaine mesure, de la leur...
Seulement voilà.
Il se trouve que, dessous la table, la Chine épaule la Russie, que Poutine a senti derrière lui tout un peuple massé et prêt à le suivre pour laver près de vingt ans d’humiliation, qu’il s’est tourné vers d’autres grands marchés asiatiques et d’Amérique du sud,  et qu’en obéissant comme des cons à Washington et à leur folie des grandeurs, les Européens se sont tout simplement tirés une balle dans le pied.
Car toutes leurs sanctions se sont retournées contre eux et aujourd’hui nombre de producteurs agricoles, notamment polonais, ne savent plus à qui vendre leurs produits, qui filent directement au caniveau.
Et ce n’est pas le chevaleresque Obama, qui n’en a cure,  qui va les tirer de ce mauvais pas !
J’ai pris cet exemple parmi tant d’autres, car je vis dans une région polonaise essentiellement agricole, voisine de l’Ukraine, qui commercialisait beaucoup avec les Russes et qui, conséquemment,  est durement touchée par l’embargo russe, riposte aux gesticulations européennes.
Quant à l’Ukraine plongée dans le chaos, endettée jusqu’au cou avec une inflation de près de 50% et un taux de chômage effrayant,  qu’elle se démerde ! Car là, vraiment, tout le monde s’en fout !
A part Poutine peut-être.
L’Europe et les États-Unis sont comme ça : s’ils échouent dans leurs magouilles et leurs embrouilles, ils jettent aux orties les gens dont ils se sont servis hier,  comme au poker on écarte les mauvaises cartes pour tenter la quinte ou le full.
Et tout ça, électeur grandiose, on te l’a vendu comme de l’argent comptant, à la sauce droit-de-l’hommiste et démocratique, et toi, fidèle et sans dévier, tu as porté au pouvoir tous ces gens sans aveu !
C’est ce que j’appelle ici le règne et la force du mensonge comme mode de gouvernement spectaculaire de chacune de nos vies, de chaque parcelle de territoire, de chaque pays et, mondialisation des intérêts et des contradictions oblige, de la planète toute entière.
Car le mensonge, de tous admis, par nécessité ou par ignorance, voire par bêtise ou par lâcheté, a su atteindre ce que jamais aucune vérité, aucune idéologie, aucune morale, aucune philosophie, aucune théorie, aucune religion n'avait su atteindre :  la totalité.

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10.06.2015

Considération générale sur le mensonge - 3 -

politique,histoire,écritureIl faut être clair et sans doute aurais-je dû introduire ma réflexion sur ces deux préliminaires.
D’abord,  les affaires économiques et financières et, par conséquent, sociales et politiques, de la planète sont tellement complexes et sans cesse agitées de mouvements tellement contradictoires, que nul homme ne saurait dire aujourd’hui : Moi, je sais !
On peut donc identifier peu ou prou là où ceux qui dirigent ces affaires sont dans l’absolue nécessité de mentir et de corrompre constamment la réalité, mais on ne peut affirmer avec certitude où se situe exactement la vérité, laquelle est elle-même en
mouvement perpétuel et sans arrêt paradoxale.
C’est la raison pour laquelle je n’adhère absolument à aucune des contre-thèses proposées ça et là, celles-ci étant toujours fonction de l’idéologie de leurs auteurs, lesquels, bien souvent, ne retrouvant pas leur aiguille dans l’inextricable pêle-mêle de ce gigantesque écheveau, sont eux-mêmes obligés de mentir pour dénoncer le mensonge.
Second point : lorsqu’on accuse quelqu’un de mensonge, il y a toujours derrière cette accusation une forte connotation morale, le menteur étant un mauvais luron et celui qui dit la vérité un sage.
Quoique  m’évertuant à dénoncer ici les mensonges officiels des puissants, je ne juge pas pour autant moralement leur conduite au prétexte que mentir c’est mal alors que dire la vérité, c’est bien… Car ils sont des menteurs pris en otage et leur existence de puissants est conditionnée à l’exercice même de la  supercherie. Elle leur est imposée par leur prétention au pouvoir.
Ce dont il faut les incriminer, donc, ce n’est pas du fait qu’ils mentent mais de celui qu’ils veuillent nous diriger et contraindre nos vies à être vécues sur le mode, pour eux incontournable, de la tromperie. Ce qu’il faut leur refuser, c’est le droit d’affirmer qu’ils agissent en s’appuyant sur une vérité qu'ils sont les seuls à détenir et qu’ils font ce pour quoi les électeurs les ont portés au pinacle.
Il s’agit de leur refuser le droit, légitimé par les urnes sur la foi de discours falsifiés et de déclarations d’intentions mensongères, à diriger notre bien le plus précieux : notre existence.
Ceci étant dit et, espérons-le, compris, parlons de l’Europe et, conséquemment, de la guerre à l’est de l’Ukraine.
Ça risque d’être long et soumis à digressions.

L’empire romain sur lequel s’est fondée notre civilisation et consolidée notre culture a connu son apogée au IIe siècle, s’étendant alors de la Mauritanie à la Mésopotamie et de l’Angleterre à l’Égypte, avant de se scinder en deux empires, celui d’Orient et celui d’Occident, puis de s’écrouler - s’agissant de l’empire d’Occident tout du moins -  à la fin du Ve siècle.
L’excellent Histoire de la décadence et de la chute de l’empire romain d’Edward Gibbon  retient pour causes de cette chute,
entre mille autres causes, l’immensité des territoires à contrôler en dépit d’une administration parfaitement rodée par plus de quatre siècles d’exercice et par l’abandon aux peuples conquis de toutes les responsabilités militaires.
A sa chute, on ne trouvait quasiment plus un seul romain dans les légions de l’Empire,  pourtant chargées d’y maintenir l’ordre impérial.
A titre tout à fait personnel, je ne puis m’interdire de faire un rapprochement, fût-il intempestif, avec l’extension  toujours galopante de l’Europe politique.
Née, elle aussi, à Rome, mais aux motifs exclusifs d'un libre-échange restreint, en mars 1957 avec six pays seulement responsables de l'accouchement, elle n’a cessé depuis de déployer ses ailes, englobant 28 pays et reculant sans cesse ses frontières, les portant du nord au sud du cercle polaire au détroit de Gibraltar et, d’ouest en est, des  côtes du Portugal aux frontières de la Russie.
Cette démesure s’est accompagnée forcément, au fur et à mesure qu'elle perdait justement le sens de la mesure, de  la prétention de plus en plus pressante à former une entité politique.
De fait, elle a donc abandonné en cours de route son but initial et, accumulant les contradictions en accumulant les pays et les us et coutumes de chacun d’entre eux, elle n’est plus aujourd’hui qu’une énorme machine sans âme et qui ne tient la route qu’à coups de diktats économico-financiers, alors qu’on ne trouve plus grand
chose dans ses capitaux qui soient encore vraiment européens.
Un colosse aux pieds d’argile dont le mensonge consiste  à dissimuler les pieds. Qu'on ne voie que la tête !
Prise de vertige expansionniste, cette Europe en est venue à confondre politique du moment et géographie éternelle et, son berceau n’étant plus assez grand pour satisfaire ses besoins tyranniques d'ébats, elle butte maintenant, au sud,  sur la Turquie et les premières marches du Moyen-Orient et, à l’est, sur la Russie et les premières marches de l’Eurasie.
Son apogée est déjà derrière elle et son déclin entamé car dans sa tentative de soumettre l’Ukraine à ses appétits, elle a trouvé sur son chemin Moscou, bien résolue à stopper le délire à distance raisonnable de ses murs.
Et tout ceci, bien  entendu, s'accompagne d'un concert de mensonges officiels tous plus ou moins mélodieux, orchestrés par le socialiste patelin Hollande et la conservatrice Merkel, et que le citoyen européen, abruti par ses médias, reprend avec plus ou moins de  conviction.

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08.06.2015

Considération générale sur le mensonge - 2 -

url.jpgLa falsification pure et simple de l’information est le moyen  le plus efficace de gouverner, non seulement les pays en particulier mais la planète toute entière.
Et ce moyen de gouverner est d’autant plus opérant que lorsque le mensonge est découvert par tous, il est trop tard pour revenir en arrière et, de toute façon, il n’y a plus personne pour s’en offusquer vraiment : l’information spectaculaire à haut débit a déjà noyé tout cela sous des torrents nouveaux d’inventions, toutes plus préoccupantes les unes que les autres.
Le citoyen passe outre, apeuré par des peurs nouvelles, au regard desquelles les anciennes passent pour dérisoires.
C’est là la grande astuce du spectacle médiatico-politique : savoir réinventer la peur en fonction des besoins du moment.
Il se passe donc à l’échelle planétaire ce qui se passe simplement au niveau individuel pour le petit menteur du dimanche, toujours contraint d’inventer un second mensonge pour en dissimuler un premier, et ainsi de suite, de plus en plus effrontément et d’un modèle de plus en plus invraisemblable, par une sorte de réaction atomique en chaine de la mystification.
L’exemple le plus probant et de tous connu, à l’échelle mondiale dans la dernière décennie, est évidemment l’intervention de 2003 en Irak, dont on sait hélas aujourd’hui qu’elles en sont les dramatiques et chaotiques conséquences.
Fausses photos satellites à l’appui, la planète entière a été convaincue de ce que le régime de Saddam Hussein possédait des armements de destruction massive et de ce que ce régime s’était doté d’une armée des plus redoutables. La troisième puissance militaire du monde, disait-on…
L’objectif une fois atteint, les preuves ont été apportées  sans vergogne et même les Britanniques – c’est dire ! - l’ont admis : ces informations déroutantes justifiant tous les coups étaient inventées de toutes pièces.
L’Irak a été balayé en quelques semaines et le citoyen est passé à autre chose de plus pressant pour lui. Peu importe qu’il ait été pris pour le dernier des imbéciles ! Il faut consommer l’instant dans l'émotion et le propre de l'émotion est de ne se conjuguer, justement, qu'au présent.
Cet état d’esprit aliéné, futile, inconséquent, est bien connu des grands stratèges de l'anéantissement du sens critique. Ils savent ainsi que tout mensonge d’importance, mensonge institutionnel bien emballé, produira ses effets bien mieux qu’une vérité sottement énoncée et, de plus, ne restera dans la mémoire qu’à l’état d'une vague broutille, la montée d'adrénaline étant résorbée.
D’autres exemples, la Syrie, la Libye et tutti quanti pourrait être ici cités, mais il me faut abréger.
Il va sans dire, mais je le dis quand même, que tous ces régimes détruits pas les forces occidentales étaient des régimes peu fréquentables. Mais là n’est pas mon propos car l’eussent-ils été, fréquentables, que cela n’eût rien changé au cours des évènements et qu’on m’épargne ainsi de faire la preuve de ce que les puissants n’agissent jamais par humanisme et par souci de propreté morale. Qu’on regarde simplement derrière soi, les grands stigmates de l’Histoire.
Mon propos, c’est le mensonge comme arme de destruction des consciences et comme redoutable outil de domination politique.

On assiste aujourd’hui à une dramatique confrontation entre les vues et desseins des États dominateurs  et la vérité des faits.
Rien de nouveau, c’est là une constante de l’histoire, depuis l’Antiquité.
Mais ce qu’il y a de nouveau dans l’histoire moderne, c’est que les vues et les desseins entrent toujours de plus en plus violemment et de plus en plus souvent en contradiction avec les faits, car la population mondiale compte maintenant sept milliards d’individus. L’appauvrissement logique des ressources traditionnelles et les nouvelles exigences de coexistence  géopolitique qui en découlent, pose le problème énorme aux dirigeants les plus puissants de l’harmonisation des populations de plus en plus nombreuses, d’idéologies de plus en plus multiples et d’intérêts de plus en plus divergents avec un espace qui, lui, est toujours le même, c’est-à-dire de plus en plus réduit.
Il faut donc à tout prix faire correspondre les besoins politiques avec les faits, et ce, aussi bien dans le domaine des politiques intérieures que dans celui des politiques internationales.
Quand les faits contredisent les vues, on  modifie les faits.
Nous en arriverons ainsi à l’Ukraine qui, dans la misère et par le sang versé, vit cette dramatique confrontation depuis février 2013.
Ce faisant, nous ne perdrons jamais de vue que tout cela n’est rendu possible que parce que les dirigeants – principalement occidentaux - de la planète ont l’aval des peuples par le truchement d’élections régulières, où le plus beau et le plus présentable des mensonges a toujours force de persuasion pour un électorat que le désespoir plus ou moins conscient d'une vie ressentie plus ou moins consciemment comme minable à tout point de vue, rend imbécile.

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07.06.2015

Considération générale sur le mensonge - 1 -

urlu.jpgIl n’y a guère plus niais – et il m’arrive souvent de l’être à cet effet - que de reprocher à un homme politique de mentir, surtout en période de publicité électorale.
C’est comme si on reprochait à un coureur du tour de France de monter sur un vélo ou à un footballeur de taper du pied dans un ballon.
On peut donc légitimement reprocher à un politique de faire de la politique ou, mieux, de pousser le vice jusqu’à être un candidat, mais on ne peut en aucun cas lui tenir grief de ses mensonges.
Car le mensonge est une institution. La clef de voûte de tout l'édifice politique ; clef de voûte  admise en l'état par tous ceux qui y nourrissent quelque ambition.

Ce couillon de Redonnet ne sait plus quoi raconter, alors il enfonce des portes ouvertes, ricanez-vous peut-être. Si tel est le cas, messieurs et mesdames du jugement lapidaire, expliquez-moi pourquoi – avec une explication qui tienne bien la route et non avec une sauce trempée dans l’idéologie  bon marché - des millions  et des millions de gens s’en vont partout dans le monde, à tout instant scrupuleusement voter.
Car on ne peut sérieusement supposer qu’ils s’en vont courir, leur bulletin à la main  et leur conscience dans la poche, pour élire un affligeant menteur en toute connaissance de cause.
S'il en était ainsi, après tout, ce serait quelque peu désespérant mais, au moins, ça aurait un sens. Un sens peu glorieux, certes, mais un sens quand même. Celui d'une volonté exprimée.
Ce postulat étant posé, on peut donc dire que, partout où il se manifeste, l’électeur est un fieffé imbécile et, vu l’état du monde et vu les insignifiants qui sont portés au pinacle, ça me plait bien, à moi, de voir en chaque électeur un imbécile.
Car il est, in fine, le géniteur  de tous ces braillards qu’on appelle les élus.
Le géniteur fuyant. Car on entend très souvent, oui mais, moué, j’ai pas voté pour celui qu’a été élu. Quand un Président s’assoit sur le trône et que, forcément, son comportement immédiat contredit fondamentalement ses paroles publicitaires, on ne trouve plus quasiment personne pour avouer qu’il a voté pour ce connard. Du fait, je me suis souvent demandé, en riant, si le résultat des urnes n’était pas tout simplement falsifié de fond en comble.
Mais c’est bien normal. Question d’amour propre. Difficile d’avouer qu’on peut être con à ce point-là, surtout quand ça dure depuis des siècles et qu’à la prochaine convocation électorale, on remettra le couvert et qu’on ira poser vitement son p’tit papier dans la p’tite boîboîte !

L’inversion de toute perspective étant achevée dans le sens de la déconfiture, il faut donc dire et redire que la politique, c’est d’abord l’art de mentir avec le plus d’aplomb possible et, surtout, en se rapprochant toujours le plus près possible de la vérité, comme d’un fil ténu, sans la jamais toucher, au risque d’être éliminé sur-le-champ, sans espoir de refaire surface un jour. Et c'est bien cette expérience des limites du discours fallacieux qui fait d’un mec ou d’une bonne femme un grand politique : dire des choses tellement fausses qu’elles apparaissent comme vraies tant le servum pecus ne  peut concevoir qu’un menteur puisse ne pas se dissimuler à ce point là !
L’attraction sémantique des pôles.
Quand tout cela sera entré une fois pour toutes dans toutes les têtes - et ailleurs qu’au café du commerce - la conviction descendra lentement dans les tripes et le temps de l’action sanitaire sera venu.
En attendant – car il y a longtemps que je serai clamsé quand adviendront ces jours lumineux d’un retour de l’intelligence - l’abstentionnisme est une question d’honnêteté morale et une façon de se sentir à peu près propre sur soi.
Une manière de bonheur facile et tranquille, en quelque sorte.

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31.05.2015

Un couinement de plus

url.jpgSur le cours de ma vie, je n’ai rencontré qu’un seul individu digne d’être qualifié de courageux.
C’est-à-dire capable de répliquer un Non total aux conditions d’existence que proposent depuis des lustres et des lustres nos sociétés pourries de l’intérieur, et de vivre pleinement ce Non.
Je n’ai donc rencontré qu’un seul primitif. Nous avons été très liés, d’une joyeuse et turbulente amitié. Il est mort à la cinquantaine à peine sonnée et je me demande souvent ce qu’il penserait de ce blog à la noix où j’étale, aussi trop souvent que vainement, mes griefs contre nos modes de société.
Des couinements. Un blog, c’est fait pour couiner. Piteusement, telles des souris prises au piège. Et les gens aiment ça, entendre couiner des souris…
Tous les autres copains, ceux auxquels j’ai accordé quelque crédit, disaient bien Non mais un Non nuancé d’un si, apposant donc à leur refus une clause : si le monde changeait, devenait plus égalitaire, plus juste et moins aliénant, j’y ferais allégeance.
En un mot comme en cent, si j’y trouvais ma place et s’il devenait ce que je pense.
Voilà pourquoi, me semble-t-il, la pérennité de ce monde fabriqué sur le mensonge d’une politique au service exclusif de l’économique ! Cette pérennité vient du fait que ses détracteurs les plus farouches et les plus sincères sont des loosers,  qui lui envient quelques qualités.
Un ennemi dont on jalouse peu ou prou les frasques est imbattable, immortel.

Ceci me semble vrai, comme partout ailleurs, ni plus ni moins,  dans le domaine de l’écriture et de l’édition. Je ne suis pas certain que tous les « écrivains », fustigeant et vilipendant le système qui les exclut,  ne mettraient pas deux ou trois bémols à leur clef s’ils parvenaient à sortir du trou et à produire un succès de librairie.
J’ai même des doutes sérieux à mon propre égard. Si - hypothèse on ne peut plus fantasque, je vous l’accorde- on me proposait le Goncourt, je ne ferais certainement pas la fine bouche et ne bouderais certainement pas mon fier plaisir.
Ça, c’est bon pour ceux qui sont déjà au pinacle et qui ont déjà bouffé au râtelier jusqu’à la gueule. «Ça ajoute à leur gloire une once de plus-value» dirons-nous.

Parmi  les autres, ceux que je dirais authentiques, prenons le rusé  Debord.
Les auteurs à opinions politiques révolutionnaires, quand la critique littéraire bourgeoise les félicite, devraient chercher quelles fautes ils ont commises,  écrivait-il.
Diantre !  Quand on sait le succès planétaire de La Société du spectacle, quand on sait que ce livre d’une intelligence redoutable a servi au spectacle à colmater ses propres failles, à renverser la perspective au point de faire de la critique du spectacle un élément indispensable à sa survie, quand on sait le nombre d’abrutis ou de salopards - lesquels ne sont pas toujours les mêmes - qui aujourd’hui se réclament de ses thèses, on se demande bien quelles erreurs monumentales  a pu commettre le pauvre Debord.
Je n’en vois qu’une : celle d’avoir intelligemment ouvert sa gueule.  Il a dénoncé, il a mis au jour si bien que son livre a agi comme agit une radio pour le chirurgien, quand elle identifie clairement le mal et permet, sinon de le guérir, du moins de le rendre à peu près supportable.
Ainsi,  après Debord vint Mitterrand et son «changer la vie.» C'est dire !

De même pour Vaneigem. Refuser un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s’échange contre celle de mourir d’ennui.
Ben oui, c’est joliment dit et ça veut tout dire.
Seulement, Vaneigem a omis cette vérité d’ordre quasiment ethnologique : les hommes préfèrent de loin la sérénité de l’estomac à celle du cœur et de l’esprit.
Et depuis le Traité de savoir-vivre,  la prostitution corps et âme dans les ateliers du Capital ou dans ceux de sa superstructure idéologique, l’État, est devenue la valeur avec un  grand V, le but, la préoccupation grandiose de la recherche du bonheur absolu.

C'est ainsi. Le savoir, c'est bien. Le dire ne sert strictement à rien.
Un couinement de plus.

 

12:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.05.2015

PIS au menu

Rys_Andrzej_Mleczko_Unia_4553953.jpgLa Pologne vire à droite toute, l’Espagne à gauche toute… Et, entre les deux, il y a la France qui, elle, file tout droit…dans le mur.
Tout cela est joliment risible. C’est une Europe qui a le tournis, fatiguée des diktats financiers de Bruxelles. Car entre les Espagnols indignés et les Polonais résignés, qu’un esprit superficiel  pourrait aujourd’hui diamétralement opposer, il y a ce point commun d’un rejet épidermique de la technocratie politique européenne.
Les Polonais ont pourtant profité à fond de ce que leur a apporté cette Europe consumériste en matière de reconversion infrastructurelle et économique : Ils rejettent par la porte de droite.
Les Espagnols, eux, se sont englués jusqu’au cou dans l’austérité et la crise européennes : ils rejettent  par la porte de gauche.
Les anciens pauvres et les anciens riches se retrouvent sur une même insatisfaction globale et montre du doigt le même coupable. Marrant, non ?
Car n’allez pas croire ce que vous chante la presse, à savoir que le conservateur polonais a été élu Président par les exclus du « boum économique polonais ». Rien n’est plus simpliste. Je connais en effet des individus qui ont fait leurs choux gras avec la nouvelle époque, qui roulent carrosse, qui ont su tirer profit de tout ce qui passait par là de libéralisme et d’européen, et qui n’en militent pas moins avec ferveur au PIS, parti conservateur, dit Droit et Justice. (Voir illustration)
Ceux-là sont du genre à demander le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière, c’est-à-dire une Pologne réactionnaire, renfermée sur elle-même, mais, en même temps, des subventions, des marchés, des banques, des sous, de la consommation, du travail bien payé pour eux et leurs rejetons…
D’ailleurs, ceux-là veulent sortir leur pays bien-aimé des griffes de Bruxelles pour le jeter tout chaud et tout rôti dans celles de l’Otan et de l’Oncle Sam.
Ils hurlent leur patriotisme polonais à tout venant, et, en même temps, veulent soutenir à fond Kiev qui vient de promulguer  des lois à la grandeur et à la gloire des bandéristes ayant égorgé, assassiné, fait disparaitre des milliers de Polonais en Volhynie.
Curieux.  A l’instar du Poète, je n’ai qu’une explication spontanée sur le cas de ces malfaisants : quand on est con, on est con.
Les adversaires de ce PIS, ceux qui viennent de ramasser une branlée électorale, vous les connaissez mieux. Pour vous les décrire sans passer par le menu, je dirais Sarkozy, Le Maire, Hollande, Fabius, Juppé et compagnie…
C’est à peu près tout.
Un dernier mot, tout de même : les culs mielleux socialistes de France ne manqueront certainement pas de toiser cette Pologne qui semble vouloir se rapprocher encore un peu plus de son église catholique. Qu’ils moquent l Qu’ils moquent, ces imbéciles dont le pays est en train de sombrer, sous leurs yeux bovins, placides et complices, sous le poids de la mosquée.
Islamophobie ?
Mais non ! Religiophobie, imbécile heureux !

Mais, in fine, moi,  je m’en bats l’œil un peu de tout ça.
Car tout cela n’empêche nullement  les Polonais – même ceux de l’est avec lesquels je vis depuis dix ans et qui constituent l’essentiel de la Pologne conservatrice -,  d’être souriants, accueillants, sympas, pas xénophobes pour un sou à mon égard, et mon jardin de fleurir sous mai, avec des oiseaux qui chantent dès trois heures du matin, des nuages sur un ciel bleu, et ma vie de marcher, jour après jour, inexorablement, vers le Grand Peut-être.

Illustration : " Alors, on s'entend comme ça. On vous fournit la morale et vous, vous nous filer la caisse."

Mleczko - dessinateur satirique polonais

08:37 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

20.05.2015

Celui qui sur le Silence des Chrysanthèmes

jlk.JPGMerci à Jean Louis Kuffer de faire la part belle, dans une de  ses remarquables chroniques, Mémoire vive, au Silence des chrysanthèmes.
Sa lecture m’agrée à plusieurs niveaux, au premier rang desquels celui de la certitude que j'ai de ce que JLK n’est pas du tonneau à faire état de ses lectures pour faire forcément plaisir à un auteur ou à un éditeur.
Il est de ceux qui lisent librement, pour eux, et qui sans ambages disent publiquement leur sentiment de lecture, loin des passeurs de rhubarbe et séné
Mais si vous connaissez Riches heures,  vous savez déjà tout cela.
Il y a un autre niveau qui me touche beaucoup dans son texte, c’est celui des références, et particulièrement celle à Fred Deux.
Une amie, qui se reconnaitra si elle vient à passer par là, m’avait fait parvenir, il y a quelques années La Gana, parce qu’elle venait de lire le manuscrit Le Silence des chrysanthèmes.
Elle avait rapproché ces deux lectures, ce qui me flatte beaucoup, et avait alors eu ce geste d’amitié de me faire lire Fred Deux, alors republié par l’excellent Georges Monti.
Un livre remarquable, bien au-dessus de mon Silence, un livre à couper le souffle, tant que j’avais dû abandonner ma lecture vers le milieu pour le reprendre un peu, justement, mon souffle.
Et c’est plaisir abondant que de voir que cette amie et Jean-Louis Kuffer, qui ne se connaissent ni des lèvres ni des dents, se soient chacun de leur côté envolés vers La Gana, une page des Chrysanthèmes accrochée à leur esprit.

13:12 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.05.2015

Traduire Józef Kraszewski

1 (1).jpgLes éditions du Bug se proposent de traduire et de publier un roman de l’écrivain polonais Józef Kraszewski, Szalona, La Folle.
Dans la conduite de ce projet à moyen terme, nous avons ouvert une page sur le site de financement participatif Ulule.
Merci, lecteurs, d’avoir la curiosité de nous rendre visite et, selon votre bon plaisir, de nous soutenir.

09:39 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET