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26.06.2017

Aube

P7201531.JPGQuatre heures du matin dans les premiers bruissements : la pleine lune flotte encore sur les brouillards de la forêt.
Vous l'avez saluée et pensé qu'elle était une apatride rieuse, là et en même temps là-bas, d'où vous êtes venu, il y a si longtemps déjà.
Vous avez vu sur le silence des champs un renard inquiet qui regagnait à  petit trot le couvert des  bois.
Le ciel était encore tout humide de sa coucherie avec la nuit.
Un coq a chanté, assez loin derrière vous, sans doute chez les voisins regroupés en fratrie, de l'autre côté des pins et du chemin de sable.
Vous avez trouvé que le monde baignait dans un recommencement d'une exquise fraîcheur.
Vous avez souri.
Vous avez embrassé l'aurore d'un geste circulaire et vous avez murmuré, tout ça, même après Treblinka, même après Auswitch,  reste d’une exceptionnelle beauté. Et tout ça, que vous écrivez parfois dans un livre improbable, a-t-il besoin d’être dit et lu autrement que là, en ce moment, vos pieds dans l’herbe sauvage ?
La littérature ne serait-elle qu'une vanité ? Une sorte de laideur intérieure jalouse de la beauté circulaire des choses ?
Vous avez eu enfin cette pensée monstrueuse : que m’importe les mots et que m’importe les cataclysmes, les assassinats, les viols, les meurtres, les génocides, les injustices et la justice !
La seule chose qui vaille la peine que l’on souffre et que l'on aime est la certitude de son propre effondrement final.
Qui effacera les premiers bruissements, la pleine lune qui lorgne, en bas, sur les brouillards de la forêt, les renards qui fuient la lumière, les coqs qui claironnent chez les voisins et ce bonheur de pouvoir encore laisser ruisseler deux larmes d'une émotion atavique.
Ce sont les larmes dont on ne sait pas exactement d’où elles viennent qu’il faudrait écrire !  Mais quel talent nous faudrait-il alors !
Vous vous êtes promis de ne plus perdre une minute de votre vie à écrire un monde qui n’en a nul besoin.
Vous avez dit au-revoir à la lune.
Vous êtes rentré.
Vous avez repris un café.
Et vous vous êtes mis à écrire.

20:12 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Le monde a besoin de poésie.
Tes mots, ta poésie, Bertrand, lui donnent, nous donnent un surcroît de vie.

Entends notre gratitude.

Écrit par : Michèle | 26.06.2017

La dernière phrase est fabuleuse ! :))))

Écrit par : Feuilly | 27.06.2017

M'est avis que Bertrand est qqpart du côté de sa forêt primaire ou les sentes de quelque clairière et qu' on peut deviser en l'attendant. Comme toi Feuilly j'ai trouvé cette chute superbe, qui n'aurait pourtant pas dû nous surprendre :)
L'écriture est ainsi qui ne procède que par déplacement et sera toujours plus forte que nous :)

Écrit par : Michèle | 27.06.2017

Hello, "les deviseurs" !:))
La chute d'un texte, puisque nous ne faisons ici que des textes courts, est là pour rappeler l'essentiel du propos.
A mon avis... Mais, vous le savez, mon avis est souvent contredit iiiiiiiiiii

Écrit par : Bertrand | 28.06.2017

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