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15.12.2015

A califourchon sur deux siècles - 7 -

872.jpgCe n’est pas de réelle gaité de cœur que je dois poursuivre par quelques exemples ce tableau de la falsification comme mode d’asservissement des esprits et de gouvernement des peuples.
J’en ressens même une espèce de dégoût nauséeux et je me sens de moins en moins complice avec cette espèce de bipèdes soi-disant douée de raison mais qui ne connaît, pour assurer sa pérennité, que la félonie et l’organisation des désastres criminels, et ce, pour des causes toujours présentées comme louables et justes alors qu’elles ne sont motivées que par une avidité perverse de pouvoir et de domination, que par une expression de volonté maladive de puissance et uniquement commandées par l"insatiable voracité des grands capitaux et des multinationales.
Par-delà les grandes affiches du spectacle qui prêtent leurs noms à toute cette débâcle, c’est aussi la multitude consentante qui me donne le vertige et l’envie de vomir. Tous ces gens, gens de peu, gens de la chaumière, vers lesquels allaient toujours ma sympathie et mon amitié, ont fini par me dégouter comme me dégoûte le crapaud vautré dans sa boue et s’y complaisant.
Car qui donne le pouvoir aux criminels et aux menteurs sinon cette multitude bêlante et consciencieusement votante ? La bêtise ne peut pas tout expliquer. Elle a ses limites, à moins qu’elle ne soit carrément de l’idiotie.
Car je ne suis pas un devin, ni un fin analyste, ni un génie clairvoyant. Ça se saurait. Je n’ai jamais cassé quatre pattes à un canard, je suis un être moyen, pas plus intelligent que la plupart des gens, alors ce que je dis là, forcément, tout le monde le sait peu ou prou. Seulement, nous ne sommes qu’une poignée à ne pas accepter le mensonge permanent qui régente nos vies et compromet notre avenir et nous ne sommes alors qu’une poignée de solitaires qui préférerions consacrer notre bonheur d’écrire à bien autre chose qu’à l’étalage de toute cette fange.
Donc les gens savent et se taisent, courbés sous un joug imaginaire, une représentation de joug, une idée, une condition imagée devenue, par effet d’une pensée assassinée, réelle et coercitive.
Ceux qui savent,  qui devinent mais se taisent par lassitude, par individualisme, par  préoccupations ou urgences autres, je peux encore leur pardonner quelque chose dans mon cœur…
Mais ceux qui sont l’objet de toute ma haine, ce sont les gens de la piétaille militante, les petits et minables salauds et salopes qui entretiennent le mensonge par veulerie et qui minaudent, courtisans aux intérêts misérables, dans les couloirs des différentes strates de l’autorité. Ceux-là sont la véritable garde prétorienne sur laquelle s’appuie toute la légitimité du pouvoir mystificateur, échelonné du hameau au village, du village au bourg, du bourg à la bourgade, de la bourgade à la ville, de la ville à la métropole et jusqu'au sommet de l’État.
Qu’ils crèvent !

Car en grande partie par la faute de cette lâche garde prétorienne, nous allons droit dans le mur. Nous allons tout droit à la guerre et aux cataclysmes. Je l’ai pressenti avec force dès le 21 février 2014, date du coup d’état de Kiev fomenté par nos dirigeants, ceux-là mêmes qui vous donnent chaque jour des leçons de citoyenneté, de républicanisme et de démocratie.
Depuis, ce pressentiment s’est changé en quasi certitude, hélas, mille fois hélas ! Avec à peu près les mêmes aux manettes, il y a eu les chaos syrien et irakien, d'où est né l’État islamique, puis les sanglants attentats partout dans le monde, puis les traitrises et duplicités de la Turquie et les grossières provocations de son protecteur, voire de son mentor, l’OTAN.
Il y eut ensuite l’intervention russe en Syrie.
Ce dernier point est certainement la cause de l’acharnement belliqueux de l’OTAN, des USA et de ses alliés européens : on se dispute déjà avec âpreté les cadavres de la Syrie et de l'Irak et, ce faisant, on se dirige tout droit vers un conflit de dimension planétaire.
Poutine a prévenu d’une de ses phrases lapidaires dont il est coutumier :  «  Il y a cinquante ans, j’ai appris dans les rues de Leningrad, que lorsque le combat est inévitable, il faut frapper le premier. »

La problématique est assez simple. Ce même Poutine s’étant cabré à la conférence de Munich de 2007 en refusant désormais un monde unipolaire et en  n’acceptant plus que son pays continue d’être humilié par les forces économiques, financières et militaires - dont les nôtres - dirigées par les USA, un premier test fut opéré par ces forces-là en 2008 en Géorgie, histoire de voir si Poutine allierait le geste à la parole.
Ce qui fut.
Le second, plus sérieux, en Ukraine, avec un coup d’état réussi par les phalanges les plus brutales du pays – et peut-être d’Europe - nostalgiques de Bandera et du IIIème Reich. Tout ce beau monde soutenu par la blanche Bruxelles, la sainte Pologne, les Pays Baltes, les USA, l’OTAN et, bien sûr, la France droit-de-l’hommiste de monsieur Hollande, lequel s’est empressé d’applaudir au retour - même maculé de sang et de honte - de la démocratie en Ukraine et qui fut le premier grand « républicain » à accueillir sur son perron les nouveaux « démocrates » putschistes.
Retour  de la démocratie ? Que je sache, Viktor Ianoukovytch avait été élu démocratiquement. Mais la démocratie, pour Hollande et ses complices, doit avoir une couleur : celle des multinationales et des grands marchés européens et c’est parce que Ianoukovytch se tournait vers Moscou plutôt que vers Bruxelles qu’il fallait le destituer, voire le tuer. Il ne trouva son salut que dans la fuite, présentée par ces putains qu’on appelle encore « les médias » comme une lâche dérobade.
Fabius était présent ce soir-là à Kiev. Fabius est de tous les coups fourrés, quand il s’agit de faire bonne mine, un poignard camouflé dans la manche. Il y avait aussi son compère polonais Sikorski, brillant diplomate qui, seulement quelques mois après, se faisait piéger dans une conversation privée au cours de laquelle il disait que l’amitié avec les États-Unis était une connerie, une boule de merde (sic), qui menait la Pologne à la catastrophe.
Ces gens-là ne disent la vérité que piégés. Chaque fois que vous les entendez, quels qu’ils soient et où que ce soit, prendre une parole publique, soyez assurés que la falsification est au rendez-vous.
Prenez vos décodeurs, sinon faites-vous leur esclave lobotomisé !
On vous a raconté que Ianoukovytch était corrompu. On ne vous a pas menti. Mais on vous a roulés dans la farine de démocrates en invoquant cette raison comme étant celle du soutien européen. La preuve : l’Europe était en train de négocier avec lui et se fût-il tourné in fine vers cette Europe, tout en restant consciencieusement corrompu, que personne n’aurait eu l'idée de lui faire la moindre remarque quant à sa moralité.
D’ailleurs, son remplaçant, Poro Porochenko, est archi-milliardaire et il est le seul capitaliste ukrainien à avoir continué à faire du profit pendant la guerre, alors que son pays est ravagé et que tous les autres capitalistes se sont écroulés. Beau Président, ma foi !
Ça n’a pas l’air de déranger ni d’interroger beaucoup Bruxelles, Merkel et le socialiste Hollande, tout ça.
Une corruption qui va dans le bon sens n’en est pas vraiment une, n’est-ce pas ?
C’est tout comme le mensonge. Il y en a de très mauvais qui peuvent même être durement réprimés - dire la vérité, par exemple - et de pieux, mentir pour raison de bonne gouvernance, par exemple itou.
N’attendez pas d’autre éthique du monde inversé.

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09.12.2015

A califourchon sur deux siècles - 5 -

picasso_stalin_1953_354x406.jpgCe qui distingue fondamentalement le XXIe siècle du XXe, c’est l’insolence décomplexée du mensonge, celui-ci s’étant nourri du désordre général de la pensée autant qu’il a contribué - et continue de contribuer - à le générer, même si tout n’a évidemment pas pris forme du jour au lendemain mais s’est peu à peu glissé dans les pratiques des pouvoirs jusqu’à en devenir une exigence incontournable.
Certes, le mensonge est inhérent à toute politique, et ce depuis la nuit des temps antiques. Il n’est cependant devenu une force véritable de conquête du pouvoir que depuis la fin du XVIIIe, quand les peuples soi-disant souverains ont eu pour devoir de donner délégation à des représentants pour écrire le droit et agir en leur nom.
Les rois n’avaient pas cette pratique constante du mensonge, non pas qu’ils fussent plus bons ou plus honnêtes, mais tout simplement parce qu’ils n’en éprouvaient pas le besoin. Ils n’avaient pas le pouvoir, ils étaient le pouvoir, tant temporel que spirituel, légitimé par le sang et les cieux, et aucune vérité, aussi laide, aussi inique ou aussi grotesque fût-elle, ne pouvait dès lors atteindre à court terme leur puissance et remettre en question une autocratie dont ils avaient à jouir jusqu’à la mort.
Il en fut tout autrement quand il a fallu non plus être le pouvoir mais le devenir, uniquement légitimé par les sautes d’humeur d’un électorat diffus, autant parsemé d’individus lucides que d’abrutis de première classe. Convaincre une telle multitude qu’on est le meilleur et le mieux placé pour défendre ses intérêts n’a pu dès lors se faire qu’en falsifiant peu à peu la vérité, sinon des millions et des millions d’individus eussent été capables d’exercer le pouvoir au lieu des quelques centaines d’apparatchiks qui le détiennent régulièrement, tous toujours  issus du même tonneau depuis l’effroyable Robespierre, dont ils se réclament.
Il a donc fallu inventer une vérité de telle sorte qu’elle ne paraisse accessible qu’à certains. Et qui donc est plus compétent pour énoncer une vérité falsifiée que celui qui la falsifie ?

Les rouages, les enjeux et les structures des sociétés devenant cependant de plus en plus complexes au fur et à mesure des avancées morales, intellectuelles et techniques du monde, la falsification s’est vue dans l’obligation de peaufiner son art. Elle est devenue plus exigeante encore, elle a pris de plus en plus de place jusqu’à devenir, par l'effet d'un renversement accompli, le vrai faux.
Le grand inventeur du mensonge politique moderne, dans sa plus laide et sa plus sanguinaire expression, fut Staline. Sans cette arme redoutable maniée avec une dextérité diabolique, tout puissant qu’il ait été, il n’aurait jamais pu tenir l’immensité de l’Union Soviétique sous sa botte pendant plus de vingt ans. Sous sa dictature, la vérité était tellement blessée à mort que la soupçonner et tenter de lui donner quelque apparence apparaissait comme un crime – et était d’ailleurs puni comme tel – alors que la falsification admise du réel était le signe d’une honnêteté sans faille envers la construction du socialisme. Le citoyen russe, privé de toute vue sur la réalité, ne pouvait que baisser la tête et faire allégeance au petit père des peuples, véritable incarnation du vrai agissant. D’ailleurs, lors des grandes purges, les accusés eux-mêmes finissaient par tout confondre et toujours par s’accuser de crimes et forfaits qu’ils n’avaient jamais commis, avant d' aller crever dans les mouroirs congelés de Sibérie, en tant qu’indécrottables ennemis du socialisme.

L’odieux personnage fut un pionnier. Dans l’outrance, oui, on est bien d‘accord, mais un pionnier quand même. Aucun homme politique après lui, la démesure criminelle et psychopathe en moins, n’a en effet conquis le pouvoir et ne l’a exercé sans s’appuyer sur cette doctrine du réel inversé et dont la devise pourrait ainsi être synthétisée : si les faits me contredisent, je modifie les faits.
Dans les dernières décennies du XXe siècle, le monde était cependant moins complexe et ses objectifs et contradictions plus directement perceptibles. Chacun, en vertu de lui-même, de sa construction personnelle, ou, pour les moins fins, en s’appuyant sur ce que leur dictaient chaque soir la sacro-sainte télévision et chaque jour le journal, pouvait à peu près comprendre et, comme dans les westerns de série B, déterminer où étaient selon lui les méchants et où étaient les bons sur le vaste échiquier des tumultes de la planète.
Mais avec l’avènement des premiers aventuriers politiques du XXIe, qui n’ont appris et retenu de l’histoire des peuples, des cultures et des religions que ce qui peut être utile à l’accomplissement de leur aventure, nous sommes entrés dans l’ère du révisionnisme intégral et, par voie de conséquence, dans celle de l’ignorance savante et du désordre achevé de la pensée.

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07.12.2015

A califourchon sur deux siècles - 4 -

344286575_ebd6bce97c_z.jpgEn 1419, les Anglais du roi Henri V assiégèrent Paris et le prirent enfin après l’avoir ruiné et affamé. Jules Michelet raconte alors deux livres témoignant de cette époque, l’un d’un gars du populo et l’autre d’un moine de Saint-Denis :

«  Si l’on veut voir comment les longues misères abaissent et matérialisent l’esprit, il faut lire la chronique d’un Bourguignon de Paris qui écrivait jour par jour. Ce désolant petit livre fait sentir à la lecture quelque chose de la misère et de la brutalité des temps. Quand on vient de lire le placide et judicieux religieux de Saint Denis, et que de là on passe au journal de ce furieux Bourguignon, il semble qu’on change, non d’auteur seulement, mais de siècle. .. » 

Ce récit prouve qu'on ne peut dire l’histoire de son époque qu’à la lumière de ce qu’on en a vécu et qu'il n’y a d’histoire que la somme des histoires individuelles vivant contradictoirement, en phase ou dans un silence résigné, une même réalité. L’homme qui a fait tourner des entreprises en distribuant des salaires de misère, qui a amassé de l’argent et roulé carrosse toute sa vie retiendra de son époque qu’elle fut florissante. L’homme qui n’aura rien amassé du tout, sinon de quoi avoir le droit de survivre et de s’endetter jusqu’au cou, retiendra de son époque, à supposer qu’il ne soit pas trop con dans sa tête, qu’elle fut une époque de chiens errants. Un écrivain qui aura rencontré le succès avec des livres médiocres, n’écrira pas que son époque fut médiocre mais qu’elle fut raffinée et copieusement cultivée. Un autre qui n’aura jamais été lu que par quelques-uns autour de lui, affirmera que ce fut une époque d’affreux béotiens et et caetera, dans tous les cas de figure, dans toutes les couches de la géologie sociale et à toutes les époques.
C’est la raison pour laquelle l’histoire ne peut être écrite que par ceux qui ne l’ont pas vécue et qu’elle ne peut être éclairée que par la trainée de poudre qu’elle laisse derrière elle.
Je dis donc la trainée de poudre laissée derrière elle par ma propre histoire et non la trainée de poudre de l’histoire.

Quelques années après le retour terrible, accablant, de l’ennui des années 80/90 dans le ventre mou de la sociale-démocratie Mitterrandienne, vint le temps d'une intégration relative et de la résignation.
La quarantaine toute proche, l’impossibilité de continuer à vivre en marge, les coups reçus, l’érosion des armes critiques avec lesquelles nous nous étions crus forts, la lassitude, ont fait de moi un être tout à fait ordinaire dans des temps ordinaires jusqu’à l’écœurante insipidité.
Toute une époque qui avait demandé, concrètement ou de  façon diffuse, la fin de la politique, venait de signer des deux pattes le retour d’une espèce de front populaire à la gomme.
Des cendres de mes dernières illusions, il ne me restait rien. Que ce fond de l’être, silencieusement obstiné, car encore enclin à penser, malgré tous les dénis d’un réel courant sur près de vingt-cinq ans, que le monde devait être reconstruit de plus équitable façon.
Les erreurs d’appréciation – dont la plus grave, celle dont il est principalement question ici, c’est-à-dire de croire que les hommes s’acheminent forcément vers des sociétés plus humaines - ont la vie dure.
Jusqu’à la psychose et jusqu’à la foi du charbonnier.
On se marrait quand même bien encore en levant nos verres et en entendant – en lisant plutôt – la propagande socialiste du moment, carrément volée aux situationnistes : Changer la vie.
Il s’agissait pour les charognards de détruire l’essentiel en lui donnant un semblant d’apparence. Ces charognards-là faisaient la fête sur le cadavre décomposé de l’intelligence critique. Et même s’ils ont tour à tour changé de nom, de pelage et de plumage, ils n’ont jamais cessé, depuis, de se régaler des reliefs d’une fête humaine définitivement vaincue.
Tous ces vautours, leurs cours de chambellans et leurs piétailles repoussantes et ignares n’ont toujours eu à la bouche que le mot « réformes » ou « changement », afin de mieux décapiter les peuples en fouillant plus profondément dans ce qui leur reste de tripes.
D’ailleurs, le grotesque président que s’est offert, en France et en dernier lieu, la bêtise des urnes n’annonçait-il pas, faisant preuve en l’occurrence d’une originalité à faire se cabrer d’hilarité un cheval de bois : Le changement, c’est maintenant ?

Si être progressiste, être pour le changement qualitatif, c’est prêter le moindre crédit à ces immondices dignes des plus vilains caniveaux du Moyen-âge, alors, oui, enfin, je suis un réactionnaire !

13:03 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, histoire, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.12.2015

A califourchon sur deux siècles - 3 -

littérature,politique,histoire,écriture[...] Ainsi, à l'époque, rares furent ceux qui ont su qui était l'auteur d’un livre publié au tout début des années 80, Protestation devant les libertaires du présent et du futur sur les capitulations de 1980, en référence, on l’aura compris, au titre d’un anonyme de la colonne Durruti, Protestation devant les libertaires du présent et du futur sur les capitulations de 1937,  réédité en 1979 et traduit par Guy Debord et son épouse, Alice Becker-Ho.
Les deux livres, celui de 1937 comme celui de 1980, étaient signés par Un incontrôlé.

Bien plus rares encore furent ceux qui eurent l’heur d’en débattre, au cours de longues discussions passionnées et dans des nuits sans fin, avec l’auteur quand le manuscrit était en cours d’élaboration.
Je fus une de ces trois ou quatre personnes qui eurent ce privilège.
Vingt ans après, en  2011, la fille de cet auteur, Marion, a réédité  le livre de son père, qui fut donc mon ami, mon grand et irremplaçable ami.
Jean-Claude était venu me voir en Pologne à l’été 2006. En septembre de la même année, je l’avais revu en France. C'est lui qui  nous avait conduits de bon matin à la gare de Surgères pour le retour… On s’était serrés dans les bras, comme de vieux frères.
Ce fut, sur ce quai de gare que la nuit brumeuse envahissait encore, la dernière fois.
Jean-Claude est mort en décembre. Nous étions amis depuis le début des années 70.

Son livre, donc, était une violente diatribe dirigée contre celui du situationniste italien Gianfranco Sanguinetti, Du terrorisme et de l’Etat, également traduit par Debord. Il précisait, point par point, avec une écriture affûtée telle une arme de précision, l’impasse dans laquelle s’étaient fourvoyés, selon lui, les théoriciens situationnistes du moment.
Pour illustration de ce que ces derniers avaient bel et bien perdu toute complicité avec ce qui se passait autour d’eux et sans eux, il fut rapporté à l’auteur - qui s’en confia à moi en rigolant comme un perdu - que Guy Debord aurait condamné ce pamphlet d’une flèche sans appel : Ce ne peut être là que l’œuvre d’un flic !
Ces oralités cependant n’ont jamais été vérifiées par qui que ce soit et ne peuvent dès lors prétendre à l’indéniable vérité. Je les cite simplement pour les avoir vécues et parce que tout ça me rappelle de grands et vrais moments d’amitié. Ce qui est absolument certain en revanche, c'est que Debord a lu le livre et l'a qualifié de "très louche".
Malgré toutes leurs indéniables qualités, les situationnistes en général et Debord en particulier avaient, eux, ça de profondément "louche" qu'ils considéraient que toute critique radicale ne pouvait émaner que de l'un d'entre eux et que ceux qui n'avaient pas encore renoncé à se battre directement étaient manipulés, voire carrément des flics !
Il faut cependant reconnaître que tout n’était pas faux dans le livre de Sanguinetti, loin de là. Il mettait au jour avec brio les implications de l’État italien, via ses services secrets, dans divers attentats sanglants attribués aux Brigades rouges, et nul n’a pensé, à l’époque - la bouche pleine d’une feinte sagesse et avec une modération de chien battu comme il est coutume de le faire aujourd’hui - à parler de «  théorie du complot » ou autres gros mots destinés à empêcher toute analyse honnête et perspicace de porter atteinte à la candeur et à la virginité des appareils d’État. C’est bien pratique. Comme tout ce qui est, d’ailleurs, de nos jours, ainsi emballé dans des formules à l’emporte-pièce et fourre-tout. Les formules clouage-de-bec de ceux qui ont l'art de faire soupçonner le plus là où ils savent le moins…
Ce qui était par contre condamnable et très fâcheux chez Sanguinetti et que dénonçait avec force la critique de notre ami, c’étaient les nombreux amalgames, parfois insultants et carrément mensongers à l’égard de certains anarchistes ayant mené combat de part et d’autre des Pyrénées et, pour certains, encore en lutte. Ce qui laissait d’ailleurs fortement à penser qu’à part avec la théorie, le situationniste italien ne s’était jamais directement confronté aux forces de l’état.

Si j’en parle longuement ici c'est que, pour moi, ce fut le signe tangible  d’une rupture entre les théoriciens, aussi brillants eussent-ils été, et les camarades encore engagés dans l’affrontement, quelque forme que puisse prendre cet affrontement.
Ce fut tout… Il n’y eut pas de suite, ni à l’affrontement, ni à la théorie. L’époque était morte et passait le relais à ce que les politiques appellent sans vergogne « les sociétés apaisées », même si le susdit apaisement est aujourd’hui en train de leur péter à la gueule, et par des voies dont ils n’auraient jamais soupçonné qu’elles puissent être dangereuses.
La fête promise était donc remise aux calendes grecques des illusions et le romantisme du non-travail écrivait le dernier vers de son dernier sonnet.
Les hommes de bonne volonté, un à un, se séparèrent et passèrent sous les fourches caudines du salariat. Sanguinetti se reconvertit dans les affaires immobilières, tous les copains trouvèrent un boulot et fondèrent une Rome à eux.
Je me fis dix ans durant marchand de bois avant de sombrer fonctionnaire et  d’attaquer le XXIe siècle loin des préoccupations subversives.
In fine, je ramassai quelques affaires et partit en exil...

Guy Debord, lui, se suicida en novembre 1994. Ses livres sont des livres difficiles. Georges Monti, avec lequel il eut des contacts pour l'édition d'un de ses livres, me disait il y a quelques années que peu, finalement, sont ceux qui ont compris, aujourd’hui encore, La Société du spectacle.  Debord, en dépit de quelques erreurs ponctuelles de jugement,  n’en reste et n’en restera pas moins un des penseurs les plus clairvoyants, les plus brillants de la fin du XXe et un des plus influents, tellement que ses pires ennemis ont été contraints d'utiliser ses travaux pour les détourner à leurs propres fins, en les séparant de la totalité sociale à laquelle ils s’attaquaient.
Tout cela peut sembler scandaleux mais il n’y a pourtant là rien qui ne soit du ressort de la logique historique. Debord a été dévoré par le monstre qu’il avait si bien identifié et fait sortir de sa cage : le mensonge spectaculaire, dont le rôle est de fabriquer le monde sur un mensonge global fait d’une infinie quantité de vérités partielles. Sa récupération participe donc de cette construction parcellarisée, de cette mosaïque de contre-vérités qui forme un Tout véritable, un peu comme les touches multiples de l'impressionniste donnent, en prenant deux pas de recul, un vrai paysage. Réifié, tout comme l'environnement vital où doit s'exercer notre pensée.
L’État a ainsi  racheté toutes les archives de Guy Debord et lui a consacré une exposition du meilleur genre en 2009, à lui qui avait écrit : 

Les auteurs à opinions politiques révolutionnaires, quand la critique littéraire bourgeoise les félicite, devraient chercher quelles fautes ils ont commises.

C'est donc dans ce monde que nous vivons, un monde où « mentir est superflu puisque le mensonge est devenu vrai » Günther Anders - L'obsolescence de l'homme, (1956) -
Et c'est, à mon sens, ce que nous devons toujours avoir à l'esprit pour comprendre les moments chaotiques que nous avons aujourd'hui à traverser.

*

Illustration du haut : Jean-Claude, mon frangin et mézigue en Pologne en juillet 2006... Commentaire acide de J.C quand il a vu la photo : Le Politburo ! :))

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16:15 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, politique, histoire, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

02.12.2015

A califourchon sur deux siècles - 2 -

littérature, histoire, écritureLa part du comment on a été construit par rapport au comment on s’est construit, constitue un propos suranné, aussi vieux que le sont les œufs de Pâques, et, conséquemment, une bien vaine écriture.
Certes,  mais l’important n’est pas tant de dire des choses nouvelles que d’en dire d’anciennes sous un autre angle de vue et, surtout, pour de nouvelles et ponctuelles raisons.

C’est donc le désordre guerrier du monde, dont nul ne sait l’ampleur de la catastrophe qu’il nous réserve, à nous ou à nos enfants, et l’approche sensible et intellectuelle que j‘ai de ce désordre explosif, qui m’invite à m’interroger sur certaines de mes dispositions sensibles et cérébrales, si tant est qu’elles soient dissociables. Je n’en sais foutre rien et je m’en bats l’œil.
Toujours est-il que je pense et ressens aujourd’hui des choses qui n’avaient jamais encore fleuri dans mon jardin et force m’est alors de constater que ce que j’entends d’à-peu-près sain encore vient de sensibilités qui m’ont toujours été contraires. Peu importe le pourquoi et peu importe le degré de leur sincérité, dont je doute beaucoup. Pour l’heure, là n’est pas mon propos.
Alors de deux choses l’une : soit j’ai vécu la tête à l’envers, soit je ne comprends rien aux stratégies qui s’opèrent autour de la dégénérescence actuelle.
En tout cas il y a quelque chose qui ne colle pas et, à l’évidence, le XXIe siècle débutant ne peut en aucun cas se penser avec les armes intellectuelles du XXe. Beaucoup de rôles se sont inversés et ce ne sont pas les idées réactionnaires qui nous ont conduits au chaos - même si elles ne nous ont pas amené un monde plus juste et plus fraternel - , mais ce sont bien les idées progressistes, les idéologies du plus juste, les athéismes militants, les laïcités hurlées comme de derrière un étal de poissonnier, qui ont construit cet univers glauque, peu sûr, violent, inique, sans aucune culture ni poésie qui vaillent, et qui, j’en ai bien peur, nous mène tout droit à la guerre et à la mort.
J’y reviendrai dans le détail, après un rapide coup d’œil sur l’histoire de mes partis pris.

Le déterminisme n’existe pas, les déterminants si. Ce qui signifie que les mêmes causes ne produisent pas forcément les mêmes effets selon les individus. Chacun, avec les moyens du bord et les circonstances particulières de sa vie, fait de son bagage telle chose ou telle autre, parfois contraires avec un même bagage. De plus, dans un bagage, il y a mille et mille effets, insignifiants, à peine perceptibles. Il n’y a donc pas de science exacte pour expliquer le pourquoi d’un individu, sinon pour les psys, les juges, les travailleurs sociaux, les flics, les politiques de basse besogne et la piétaille bêlante qui les suit aux talons.
Chez moi, fort des courroux maternels à l’encontre du corps social et comprenant que j’étais né pauvre et que sans doute je le resterai, tout de suite, la défense de la veuve et de l’orphelin m’est devenue constitutive. Je me souviens très bien de la gueule des copains de collège quand je leur ai annoncé que je me sentais communiste. Ce qui voulait simplement dire contre les riches et, les riches, chez nous, c’étaient avant tout des commerçants. Or, pour la plupart, les parents de mes petits copains de collège avaient pignon sur rue !
Au lycée tout ça s’est confirmé mais, vers la terminale, en rejetant fermement les communistes avec la prise de conscience des ravages de l’idéologie et des politiques staliniennes. Je me suis alors affiché gauchiste, ai renversé les chaises et les tables au printemps 68 et participé activement aux Comités d’Action Lycéens. Je me suis même pendant quelques mois fourvoyé chez les trotskistes de la ligue communiste révolutionnaire. Mais déjà en rigolant, pas sérieusement du tout, en voici un élément de preuve : ces corniauds m’ayant expédié à Paris pour assister à une grand’ messe à la Mutualité, voilà que je rencontre en chemin une douce égérie, que je reste avec elle les deux nuits que j’aurais dû passer à prier pour la Révolution permanente et que je reviens en disant que l’auto-stop n’avait pas marché...
Mentant, donc, comme on ment à une autorité à qui l’on a désobéi. A vingt ans, la métaphysique d’une touffe de poils est bien plus convaincante et réjouissante que celle du Grand Soir, et il devrait, d’ailleurs, en être ainsi à tout âge…
Ce fut le déclic !
Tout cela m’est apparu comme une vaste mascarade. D’ailleurs, le monde idéal auquel rêvaient ces militants des différents groupuscules férus de centralisme démocratique, me semblait aussi moche, pire peut-être même, que celui dans lequel je pataugeais. On n’y parlait en effet que d’ouvriers, que d’usines, que du travail béni comme la vertu des vertus et, moi, j’abhorrais foncièrement tout ça. Je voulais être un joyeux fainéant, je voulais vivre la vie à fond, mais pas sur l’échelle mobile des salaires.
En plus, ayant été amené quelque temps à travailler en usine, je vis avec effroi que les gars là-dedans étaient heureux comme des papes, cons comme des paniers, jouaient avec passion au tiercé, votaient Pompidou et ne demandaient aucunement à ce qu’on vînt les tirer de leur « galère » !
Le rejet de toute cette extrême gauche politicarde fut cependant assez violent. Les gars avaient de la graine de Trotski dans le cerveau et ceux qui sortaient de chez eux en claquant la porte de gauche étaient forcément considérés comme des anars, honnis de leur mentor historique, le vieux et furieux Léon, qui planta son couteau déjà maculé de sang dans le dos de Nestor Makhno et de ses camarades.
Le reste du parcours, ce furent les turbulents et incisifs situationnistes, les anarchistes gais et brouillons, les amis, les vrais, les grands, les fraternels, mais déjà nous ne nous occupions plus guère des débats publics et ne fomentions plus de projets oiseux.
D’ailleurs, le sacro-saint prolétariat était en train de disparaître des paysages, au profit des chemises blanches des financiers et des fabricants d’images de l’existence. Lentement, tout doucement, d’imperceptible façon encore, le monde se dirigeait vers le XXIe siècle et c’est ce que même le rusé Debord n’avait su entrevoir.
Il avait bien défini l’image et la représentation dévorant le réel au point de se substituer bientôt totalement à lui, mais il n’avait pas vu que « la classe ouvrière » n’aurait pas sa place dans le monde du réel inversé et de la dictature de l'apparence, mouvements  qu’il avait pourtant si intelligemment théorisés.
En conciliant la critique du capitalisme héritée du mouvement ouvrier anti-bureaucratique et anti-stalinien et la critique de la vie quotidienne issue des avant-gardes de l’art, tel le lettrisme, les situationnistes faisaient encore la part trop belle au vieux concept de prolétariat, comme classe laborieuse, alors que celui-ci entonnait déjà les premières notes de son chant du cygne.
En un mot comme en cent, le XXIe siècle s’annonçait par murmures subtils et ils usaient encore des concepts du XIXe ! C’est, à mon sens, la raison pour laquelle, dès 1972, ils étaient épuisés et que nous fumes quelques-uns, quelques-années après, à nous en détourner, tout en conservant ce qui nous semblait la meilleure part de leur héritage.

18:18 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, histoire, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.11.2015

A califourchon sur deux siècles - 1 -

02.gifPeut-être tout a-t-il commencé par ma mère qui n’aimait pas De Gaulle.
Dans Le Silence des chrysanthèmes, autobiographie impure, j’avais cependant forcé le trait, par goût et jeu littéraires. Car sans doute n’était-elle même pas de gauche. Elle devait se soucier d’ailleurs comme de Colin Tampon d’appartenir à tel ou tel système de pensée partisane ; de ces systèmes qui vous handicapent le cerveau au point qu’il ne peut plus faire semblant de tourner rond que soutenu par ces béquilles qu’on appelle par bêtise et orgueil, des idées.
Ma mère aimait la vie, elle aimait passionnément la vie, et cette vie ne lui donnait pas tout ce qu’elle eût désiré qu’elle lui donnât. Elle était donc, comme beaucoup en ce domaine, une amoureuse éconduite : l’argent manquait cruellement, la campagne devait lui sembler profondément ennuyeuse et habitée par des rustres qui ne connaissaient rien ni aux amours ni aux chansons, son mari avait pris la clef des champs, ses deux premiers fils étaient soldats, l’un dans l’armée de l’air, l’autre chez les fantassins, et menacés ainsi de s’aller faire tuer bientôt sur les sables maudits de l’Algérie.
Tout cela, pêle-mêle, ressenti directement et non passé au crible de la réflexion critique, suffisait amplement pour que la représentation suprême du pouvoir coercitif soit honnie.
A propos de la guerre d’Algérie, d’ailleurs, elle aurait dû, sur ce sujet majeur, en vouloir beaucoup plus à un certain Mitterrand, ministre des Affaires étrangères de la république précédente, qu’à De Gaulle. Comme quoi rien n’était clairement  défini et que tout était mal ciblé.
Au même titre, en descendant dans la hiérarchie où elle était directement confrontée aux prérogatives des diverses branches de l’organigramme social, elle n’aimait pas le maire, le juge de paix, le curé, les gendarmes, le garde-champêtre, le notaire, l'huissier de justice - le plus abhorré de tous -  et l’épicier. Il n’y avait guère que le facteur qui était à l’abri de ses foudres, sans doute parce qu’il apportait régulièrement dans sa sacoche de cuir les beaux billets tout neufs des allocations familiales.
L’instituteur également avait droit à son indulgence. Et ça, c’était peut-être pour deux raisons. D’abord parce qu’il n’était pas en excellents termes avec le curé et aussi parce que, elle, elle avait été reçue première du canton au certificat d’études, qu’elle aimait écrire de belles pages sans ratures, qu’elle avait une orthographe soignée et que ces différentes dispositions lui venaient pour partie d’un instituteur gardé intact dans sa mémoire. Idéalisé, à n'en pas douter.
Tout cela me tint donc lieu, en filigrane, de panneaux indicateurs posés sur la route de mes premiers pas et je me suis, je le crois aujourd’hui, dès lors retrouvé à marcher en m’appuyant sur eux comme sur les témoins d'une science exacte, alors qu’ils n’étaient que les réflexes particuliers du ressenti particulier d’un individu autre que moi-même.
Si j’ai très tôt balancé au fossé la plupart de ces panneaux, les plus simplistes, le fil directeur ne m’en est pas moins resté en profondeur et, par-dessus tout, la raison mal conceptualisée de leur raison d’être : cet amour surfait, irraisonné, naif, de la vie.
C’est avec ce genre de cadeau dans la musette qu’on marche forcément au-devant des grandes déconvenues et, donc, qu’on s’engouffre, par l’effet d’un miroir trompeur, vers une sympathie plus ou moins manifeste pour tel système de pensée et vers le rejet systématique d’un autre.
Ce sont les causes, du moins celles qui sont accessibles à mon entendement présent, de ces fourvoiements et de ces égarements - qui ne furent pas tous pénibles, loin s’en faut, beaucoup même ayant été vécus avec joie - que j’aimerais, pour ma délectation, mettre au jour.
Pour se raconter, il n’est jamais trop tard dans une vie, surtout dans un monde qui, de toute évidence, va tout droit au chaos parce que les idéologies - les idées - des uns comme des autres, qui semblaient irréconciliables,  ont fini par copuler dans le lit d'une ignoble dialectique, pour concevoir un mélange dévastateur, que nos propres idées, tout à leur orgueil d’idées, n’ont nulle part su voir venir.

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10.11.2015

Un philosophe mort bien longtemps après la philosophie

néant.jpgDans quel abominable désert de la pensée vivons-nous donc ! Dans quelle idiotie lénifiante évoluons-nous ! Dans quel vide sidéral sommes-nous contraints de chercher à nous exprimer !
C’en est tout simplement effrayant !
Le « philosophe » André Glucksmann  est mort. Destin normal de tous les hommes en leur condition de mortel. La mort est en soi un drame. Une infinie tristesse.
Mais de grâce, qu’on se taise et qu’on n’encense pas celui-ci plus que n’importe quel quidam de mes campagnes ! En rien, il ne l’aura mérité.
Quand j’entends les éloges de Hollande, de Valls et de Macron, j’en frémis d’horreur et je mesure toute la pauvreté stéréotypée de ces gens de pouvoir ! Je vois quels étudiants besogneux et sérieux, premiers de la classe et lèche-cul pétant dans la soie, ils ont dû être, cherchant partout un modèle pour formater leur cerveau désespérément stérile de toute originalité et de toute initiative poétique.
Glucksmann anti-totalitaire !  Quelle belle affaire ! Quelle découverte et de quelle témérité il faut faire montre pour être un anti-totalitaire ! Quelle brillante et audacieuse personnalité !
Trouvez-moi un homme qui ne se dise pas contre le totalitarisme ! Si tous avaient alors la prétention d’être écrivains-philosophes et intellectuels engagés, il ne resterait plus grand monde pour faire autre chose !
Rappelons alors, en guise d’oraison funèbre, que Glucksmann tire sa première notoriété d’un livre où il dénonçait - fort tardivement car il était déjà à l’aube de la quarantaine - les crimes du Goulag et le totalitarisme des systèmes dits communistes, après avoir été pendant des décennies un maoïste pur et dur, intransigeant,  partout où il avait l’occasion de le faire savoir !
La cause du peuple, ça vous dit quelque chose ?
Nous qui ne sommes pas des philosophes, nous qui n’avons pas emmené Sartre et Aron la main dans la main chez Valéry Giscard D’Estaing, nous qu’on n’a jamais invités à venir s’exprimer sur un plateau de télé ou derrière le moindre micro de radio, nous que les grands éditeurs ont toujours refusé de transmettre, nous qui mouront sans un mot gentil jeté sur notre sort, nous avons dénoncé avec force et combats tous les stalinismes, sous quelque forme qu’ils se soient manifestés, de Staline, Mao, Trotski, Kamenev, Duclos, Geismard, à Sartre en passant par Aragon, et même Glucksmann et tutti quanti, alors que nous n’avions même pas encore vingt ans !
Nous nous sommes battus dur contre tous les groupuscules dits révolutionnaires et qui ne faisaient que chanter la messe marxiste-léniniste à une époque où Glucksmann en était un grand prêtre, voire un évêque, de cette grand’messe du mensonge collectiviste !
Nous lisions Debord et Vaneigem, crachions sur la Révolution permanente et levions, dans des tavernes obscures, à Barcelone, Amsterdam, Paris ou Hambourg, nos verres à la mémoire de Nestor Makhno, quand Glucksmann avait les yeux rivés sur Pékin, brandissait encore le petit livre rouge et décortiquait Lénine !
Nous servira-t-on après ça, ce genre de salades : que nous avons mis « notre formation intellectuelle au service d’engagement public pour la liberté »(Hollande),  que « nous guidions les consciences",  (Valls),  que « nous avons fait partie de ces philosophes courageux qui ont éclairé très tôt… et blabla blabla » (Macron) ?
Mon dieu, quelle horreur d’avoir passé sa vie dans l’erreur pour finir encensé par des menteurs aussi creux !
Nous, nous étions du côté de nous-mêmes, des vauriens, des loosers, de la racaille et des poètes enivrés…
Des anarchistes toujours trop en retard, mais arrivés partout avant tout le monde. C’est pour cela que nous ne méritons rien et  que nous ne sommes pas peu fiers du mépris formulé à notre adresse par les gens du pouvoir et leurs acolytes, les penseurs à la gomme.
Un seul de leurs compliments anéantirait tout ce que nous avons pu trouver de joie et de vérité sur le chaos de notre chemin !
Glucksmann aura passé sa "carrière", tout comme son compère Lévy, à énoncer des suites interminables d’erreurs lamentables et à contretemps – les Serbes,  le Kosovo, Poutine, le soutien à la guerre en Irak, le soutien à Sarkozy, etc – mais il aura réussi à faire passer ses apostasies intellectuelles successives pour autant de nouveaux chemins de Damas, soudainement ouverts sous ses pas !
Certes. Ils furent et sont encore des milliers  et des milliers comme ça !
Mais quelle tristesse puante que de voir les socialistes qui vous gouvernent, ceux qui vous font cracher l’impôt, lui lécher d'aussi indécente façon  le linceul !
La nullité d'esprit rendant hommage à l'esprit de nullité !

Ce monde est bien misérable et peu sont encore les hommes qui prennent la peine d’en souffrir !

 

14:51 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.11.2015

D'une langue l'autre

littérature,écritureLa route accompagne la forêt, mais d’un côté seulement. De l’autre, s’étirent des prairies et des chaumes ravinés de pluie sur lesquels le vent bouscule des herbes folles, jusqu’aux lisières d’une autre forêt.
La même, en fait.
Nous ne savons même plus quand nous traversons des clairières. Nous ne savons même plus donner leur juste nom aux paysages. C'est que nous sommes trop grands pour ça ! Nous avons d’autres soucis. Nous sommes des gens sérieux !
C’est un bel endroit pourtant et le soleil, entrecoupé de gros nuages blancs, se balade au-dessus.


Il déboule sur ma droite. Il a surgi de la profondeur des pins. Il est impressionnant. Avec une couronne royale, superbe, large, qui s'étale sur sa tête. Et il court très vite, l’autre limite de la forêt en point de mire. La clairière doit lui sembler bien immense ! Comme si l'horizon reculait sans cesse. Comme dans les mauvais rêves.
C’est un cerf. Puissant, roux, les naseaux au vent.
Je m’arrête. Nous le suivons des yeux. Il disparait bientôt dans l’ombre des sous-bois lointains. Enfin chez lui.
La lumière arrosait sa robe.
Jeleń. Le cerf. Un faux ami. Pas l’animal, mais le mot qui le désigne aux hommes. Sa prononciation, yélègne, me l’a souvent fait confondre avec l’élan, autre grand cervidé parcourant ces forêts humides de la proche vallée du Bug. L’élan, c’est łoś. Rien à voir.
Et ce jeleń, ce cerf, est un mot qui n’est pas très gentil pour les Polonais. Car il désigne aussi, appliqué aux humains, celui qu’on peut rouler facilement ou qu’on se propose de rouler dans la farine.  L’ingénu. La proie facile des malfaisants.
Je cherche pourquoi. Sans résultat. Un équivalent peut-être en français ? Oui. Il faut, dans ce cas-là, traduire le cerf par pigeon.
J'illustre. Il y a quelques décennies, en virée quelque part dans le Lot avec trois copains de mon joyeux acabit, nous cherchons une auberge et nous la trouvons bientôt, douillettement ombragée par de vénérables arbres… Avec un ruisseau qui  gambade en son jardin. Charmant, tout ça. Exactement ce qu’il nous faut. Oui, mais l’’enseigne, qui se balance sous la brise d’été, grince : Aux quatre pigeons… Moues dubitatives. Ça tombe mal : nous sommes quatre et l’un de mes compagnons de marmonner, au moins, ils annoncent la couleur !
Ici, c’eût donc été Aux quatre cerfs. Aucun sens détourné, aucune évasion allégorique possible. Ou alors une auberge pour des cocus. Quatre cocus en vadrouille cherchant à noyer leur chagrin dans le fond des verres.

Et oui, je suis cocu, j’ai du cerf sur la tête, chantait Brassens…

Quel écart, donc, entre les images-raccourcis d’une langue à l’autre ! Une vision différente du monde. Une imagerie de l’imaginaire sans rapport l’une avec l’autre.
Mais j’insiste :
- Pourquoi un cerf ?
- Et pourquoi donc un pigeon ? me rétorque-t-on avec juste raison.
- Je n’en sais ma foi rien. Je consulterai les dictionnaires.

Et je n’apprendrai alors que d’insipides évidences. Plumer un pigeon, vieille expression du XVIe, pour dire duper. Rideau. Ces dictionnaires ne semblent pas en savoir plus long que moi. Sinon qu’il y a aussi le dindon. De la farce, le plus souvent. On peut aussi plumer un dindon, c'est bien vrai ; surtout si on se propose de le bouffer. C’est d'ailleurs fortement conseillé.
Plumer un cerf me semble plus délicat....
Tout cela ne me construit donc aucune passerelle entre le cerf polonais et le pigeon français. Chaque langue a-t-elle ses propres transpositions anthropomorphistes ? Sans doute.
J’en conclurai donc plaisamment que dans un couple franco-polonais - je dis ça au hasard, bien sûr - si on laisse se répandre l’ennui, par exemple, alors, le pigeon serait celui auquel on planterait du cerf sur la tête.
Mariant ainsi les deux langues dans l’infortune.

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07.11.2015

Les mouches à merde

littérature,écriture,politique,histoire,parti socialisteDes nuées de connards bêlant comme des moutons aiguillonnés au cul par des bergers qui leur tondent chaque jour un peu plus la laine sur le dos,  avaient clamé, il y a peu, qu’ils étaient Charlie, trop heureux d’avoir trouvé soudain une identité à se coller sur la poitrine et sur un chemin désespérément vidé de toute initiative individuelle.
Si les meurtres de janvier restent une abomination, ce qui s’en est suivi a toujours été pour moi, et pour beaucoup d’autres,  une macabre mise en scène de comédiens dégueulasses et pourris jusqu’à la moelle.
D’ailleurs, si les bourreaux m’écœurent, les victimes, elles, me dégoûtent comme me dégoûtent toutes les mouches à merde qui s’engraissent en permanence du jus dégoulinant des cadavres.
Liberté d’expression, que de saloperies commises en ton nom  par des gens fortement engagés dans une direction qui, elle,  ne veut justement pas dire son nom !
Tu veux la connaître cette direction, connard ? Alors reprends toutes les insultes proférées par ces manipulateurs de la dérision depuis une trentaine d’années et trouve qui manque à l’appel ; trouve qui n’a jamais été égratigné par la moindre virgule dans leurs colonnes mercenaires !
Aujourd’hui, ces mouches à merde s’en prennent au crash de l’avion russe et rigolent comme des monstres  sur plus de deux cents personnes lambda écrasées au sol !
Puisse leur rire les étouffer bientôt jusqu’au dernier !
Moscou s’insurge à juste titre et les mouches à merde d’ânonner, comme des machines bien huilées, c’est parce que vous êtes un pays totalitaire alors que nous, dans notre belle France, on a le droit de dire ce qui nous passe par la tête… Enfin, quand ils disent tête, il faut entendre, en fait, porte-monnaie…
Honte au gouvernement français, à son premier ministre, et à cet abominable président de n’avoir pas même un mot de réaction indignée et de compassion  pour les victimes du crash, salies par la bave de ces crapauds !
Liberté d’expression ? Mon cul !
C’est tout de même  répugnant que ce gouvernement  qui vient de faire adopter une loi sur la surveillance des communications venant de ou partant vers l’étranger – donc aussi les miennes a priori -  laisse ses suppôts dégueuler les pires insanités ! Salauds, va !
Un dernier mot pour rappel : lors du carnage de janvier, l’urgentiste pleurnichard, là, je ne me souviens plus de son nom d’merde, présent sur les lieux, avait téléphoné aussitôt à Hollande pour lui dire le désastre.
Vous en connaissez beaucoup, vous, qui ont le numéro de portable du président dans leur répertoire ?
Ces nécrophages rampants sont de lâches agents du pouvoir, porte parole, en autres, de la phobie anti-russe de ce gouvernement d’incapables et de sournois !
Tout comme leurs acolytes de France 2, eux œuvrant sur le registre sérieux et professionnel, qui programment un documentaire sur Staline et, aussitôt après, une émission sur Poutine.
Intérrogés, ces gens sans aveu de dire : pur hasard.
Imagine un peu un documentaire  sur Hitler, immédiatement suivi d'une émission sur Angela Merkel. Quel tollé indigné de ce nid de rats qu’on appelle encore « la présidence de la république ! »
Non, je déconne,  en fait. Ceci eût été impossible, la censure de la liberté d’expression aurait en amont veillé au grain…

03.11.2015

Aux frontières de l'absurde

Passeport, s’il vous plaît…Hum… Voyons voir…Quelle est votre profession ?
- Poète, monsieur. Comme indiqué sur le document.
- Poète ?!? Mais c’est pas un métier ça !
- Comment ça, c’est pas un métier ? C’est comme ça en tout cas que je gagne ma vie. Donc, c'est mon métier.
- Vous vendez vos poèmes ?
- Je les chante, plus exactement..
- Ah ! Je vois. Vous êtes un chanteur ?
- Disons que je suis un poète-chanteur
- Alors pourquoi n'en est-il pas fait mention sur votre passeport ?
- Parce que c’est plus important pour moi d’écrire que de chanter. Si je n’écrivais pas, je ne pourrais pas chanter,
Ça tombe sous le sens.
- Admettons. Et qu’écrivez-vous exactement ?
- Des poèmes, bien sûr.
- Mais ils disent quoi, vos poèmes ?
- Un poème ne dit jamais rien, monsieur. Il suggère.
- C’est curieux… Et ils suggèrent quoi, vos poèmes ?
- L’amour, l'égalité, la fraternité...
- Hahaha ! Ils  doivent être très courts !
- Ah, monsieur a de l’humour et s’y connaît un peu !
- Non, pas du tout. Je sais simplement qu’on en a vite fait le tour, de ces balivernes. Chez nous du moins.
- Charmant pays, ma foi !
- Tout autant que le vôtre, monsieur. La preuve, vous voulez y entrer.
- Pour chanter seulement.
- Pendant huit jours, si j’en crois votre  visa.
- Oui.
- Hé ben…
Ça n’intéressera pas beaucoup les gens, vos poèmes chantés.
- Comment pouvez-vous le savoir ?
- Parce qu’ici on ne chante pas le superflu. On célèbre le nécessaire.
- Vous trouvez que c’est superflu, l’amour et la fraternité ?
- Superflu de le chanter, oui.
- Et pourquoi donc ?
- Parce que les gens amoureux et fraternels ne le chantent pas. Ils le vivent.
- Tiens, c’est une façon de voir les choses. Un peu bizarre, mais bon…
- Mais, dîtes-moi, monsieur le troubadour : Un poète ne chante-t-il pas ce dont il est privé et qu’il espère ?
- Heu.. Si. Enfin... Oui, ça arrive, effectivement. Il sublime, disons.
- Ben alors, vous voyez bien ! Si vous aviez tout ça à vivre, votre égalité, votre fraternité, vous n'auriez nul besoin de le chanter ! Et les gens auraient encore bien moins besoin de vous écouter !
- Parce que chez vous les gens sont  fraternels, peut-être ? Hein ?
- Oui, bien sûr, qu'ils le sont. C’est la loi.
- La loi ?!!! Mais, la fraternité…
- Vous êtes un sauvage, mon brave homme. Vous rêvez à des hommes fraternels sans une loi pour les y contraindre ?
- Heu… Oui… C’est même exactement comme ça que je vois les choses.
- Hé ben ! Ils doivent être complètement idiots vos malheureux poèmes ! Chez nous, la dictature est fraternelle et solidaire.
- Je meurs ! Une dictature fraternelle !
- Votre démocratie l’est-elle plus ?
- Heureusement que oui ! Hahaha !! En tout cas, les hommes ont le droit de penser et d'écrire ce qui leur chante.
- De penser, ça, tout le monde peut le faire. Ici aussi, on a le droit de penser. Ça ne mange pas de pain, comme on dit chez vous. Mais de vivre leurs pensées, ils ont le droit, chez vous ?
-
Ça dépend.
- Ça dépend de la pensée, sans doute ?
- Oui, un peu quand même.
- Et qui détermine si les  pensées sont bonnes ou mauvaises à penser ? Si elles ont le droit de vivre ?
- Le bien commun, la tranquillité commune, le "vivre ensemble"...
- Et qui décide de tout ça  ? Qui donne forme à vos abstractions ? Parce que ce ne sont là que des abstractions, mon brave...
- La logique humaine.
- Ah, c’est un régime philosophique ?
- Non ! Enfin...C’est la majorité qui décide.
- Et la minorité, elle fait quoi ?
- Elle…Ben… Je ne sais pas. Elle se plie aux avis de la majorité.
- Elle se plie.. Tiens, tiens...En effet, vous avez bien besoin de chanter la fraternité, poète ! Parce que la vie ne doit pas être rose pour tout le monde chez vous-autres !
- Et alors ? Bon sang de bonsoir! C’est ça, la démocratie ! Chez vous, c’est une poignée qui décide, sans doute, qui décrète, qui…
- C’est une poignée qui est la majorité, oui. Tout le reste est la minorité. Pourquoi tenez-vous absolument à ce que la majorité soit plus nombreuse que la minorité ?
- Mais c’est absurde ! Ne serait-ce que dans les termes !
- C’est absurde, oui. Vous ne saviez pas que vous veniez chanter dans un pays absurde ?
- Non.
- Alors, je ne puis autoriser votre séjour, mon cher. Ici, l’absurde fait partie de notre fraternité solidaire.
- Ah ben ça alors !
- Qu'est-ce qui vous étonne ? Comme chez vous, mon brave !
- Comment ça ?
- Si je vais chanter chez vous que la majorité doit être éliminée et que la minorité doit être au pouvoir, ne m’expulsera-t-on pas pour subversion ? Du moins ne m'interdira-t-on pas de chanter, encore que sous un prétexte fallacieux ?
- Si. Peut-être. Enfin... En tout cas, on ne vous écoutera pas.
- Hé bien là non plus, on ne vous écoutera pas. Séjour inutile, donc. Veuillez repasser par là, monsieur. Tenez, votre passeport. Bon retour en démocratie! Et apprenez au moins à écrire des choses qui ont du sens, au lieu de réciter les messes de vos chefs majoritaires ! Au suivant !
- Ah ben ça, alors !

13:17 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.10.2015

Pas grand' chose à dire...

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On aura peut-être remarqué, si tant est qu’on veuille bien prêter quelque attention à ce que je fais ici, que ce blog s’étiole comme une plante en déficit d’eau et que les textes s’y espacent de plus en plus.
Un blog se nourrit de ce que l’on porte vraiment, avec peine ou avec joie ; quelque chose de fort et que l’on juge, à tort ou à raison - là n’est pas le problème - digne d’être transmis.
L’écriture est un amical partage de soi ou n’est que muet bavardage.
Et il se trouve que je n’ai plus grand-chose à dire, depuis quelque temps déjà.
Non pas que je sois épuisé, tari, vidé, désertique, je ne me sens pas comme tel, mais parce que ce que je porte n’est même plus très clair pour moi-même.
Il faut d’abord comprendre le fond de ce qui est authentique en soi avant d’avoir la prétention d’en partager les fruits. Sauf à dire n’importe quoi, évidemment. Ou à ânonner des convictions divorcées depuis longtemps d’avec la réalité.
Mes joies de vivre se nourrissent toujours du bonheur d’une petite famille,  des paysages, d’une vie simple, des matins d’automne et du grand mouvement des choses qui fleurit, calcine ou frigorifie les campagnes… Mes joies de vivre vont toujours vers la lecture assidue des livres, quelques accords de guitare, quelques amitiés éparses et quelques occupations anodines.
Mais dès que je jette un regard sur le monde, je ne ressens que lassitude, incompréhension, dédain pour ces hommes qui se passent le relais des pouvoirs, dans l’endormissement général des consciences et à des années-lumière du comment "je" espérerais les choses.
Entre une Pologne qui se replie sur son identité, parce que les grandes salades de l'européanisme font peur,   et une France qui pue le rance des idées dites de gauche et du mensonge politique permanent, je ne sais plus trop vers lequel de ces deux pays va ma préférence.
Je ne suis pas de gauche et je ne suis pas de la droite catholique. Ces deux revers d’une même médaille, celle de la vanité du pouvoir et du plaisir pervers à rouler la populace dans la farine, ne m’inspirent que lassitude.
Un pays, fort heureusement, est beau et agréable à vivre bien au-delà des hommes qui ont la prétention démocratique de le représenter.
Vous me direz d'ailleurs qu’on peut faire de l’écriture, de la littérature, sans se soucier des environnements politiques et de la couleur des gens qui président aux destinées des pays.
Sans doute.
Mais si on peut aussi faire l'amour dans les chiottes , c’est quand même plus agréable – et ça risque d’être beaucoup  plus chantant –  sous les lumières et les parfums d’un chemin des sous-bois, par les deux amants choisis.

13:21 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

13.10.2015

Adieu, frère humain !

escudero2.jpgTel Jehan l’advenu1, il est parti comme il était venu : sans tambours ni trompettes.
Depuis longtemps, «les hommes» l’avaient jeté aux oubliettes, si tant est qu’ils l’aient une fois rencontré au grand jour.
Pour tous les beaux parleurs, pour tous les prometteurs, pour tous ceux qui usurpent la parole et la falsifient, pour tous les grands menteurs de notre siècle naissant et qui flambent au pinacle de la misère morale, pour toutes ces innommables putains de la politique et des médias, un seul regard jeté sur sa vie eût pourtant suffi pour les faire pâlir de honte et pour les réduire à une plus juste dimension d’insectes méprisables.
Cet homme était authentique. Un déraciné, un anar de la nostalgie, un troubadour de la révolte profonde, jamais tapageuse.
Au sommet de la notoriété, les poches pleines d’argent facile, jugeant alors que toute cette mascarade jetait entre lui et la misère du monde un rideau trop opaque et trop lâche, il plaquait tout, il disparaissait et ce que cette société avait bien voulu lui octroyer pour qu’il chante de sa voix enrouée
par l'émotion et l'intimité du désespoir, il le redistribuait silencieusement à des œuvres humanitaires, partout de par le vaste monde.
Citez-moi un seul homme de notre époque capable en même temps de faire ça et de ne pas s’en venir
aussitôt vanter, vautré et gloussant devant les caméras du spectacle télévisé !
Émotion et respect.
Je dois à Escudero, au même titre qu’à Brassens,  mes premiers essais sur les six cordes… Je me souviens avec douceur de mon émerveillement quand je réussis à jouer Pour une amourette et Ballade à Sylvie…
J’éprouvais alors, pour ce chanteur en marge, avec ses cheveux longs et noirs d’espagnol expatrié, une tendresse toute fraternelle.
Je me souviens aussi avoir fait découvrir à tous les joyeux  potes toulousains de la mouvance anar, quelque vingt ans plus tard,  Mon voisin est mort et je me souviens de leur regard attristé.
Nous, on ne t’oubliera jamais, sinon à l’heure blême, quand nous passerons, à notre tour, à pas silencieux la porte de l’oubli.
Comme Nous tous, tu ne laisseras rien aux hommes, mon vieux Leny ! Ils sont depuis longtemps ailleurs, les hommes ! Ils sont à leur place, eux... Ils sont chez eux.  C’est sans doute nous autres qui nous sommes trompés de cieux.
Nos paroles, tes mots, tes simples mélodies d’où suintaient à la fois tristesse, mélancolie et espoir diffus, ils ne les comprennent pas.
Quand ils n’en haussent pas leurs épaules de chiens battus, au cou rongé par le collier d'attache !
Salut à Toi, Le Gitan !
Puissent ces quelques mots accompagner ta longue traversée des néants éternels : On t'a beaucoup aimé !

1 : Poème de Norge, mis en musique par G. Brassens


 



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02.10.2015

Plaudite, acta fabula est

ouragan.jpgJ’aimerais écrire l’automne, j'aimerais écrire le soleil d’équinoxe en déclin, la forêt qui chemine vers des léthargies hautes en couleur, la prairie qui s’enveloppe de brouillard, la première gelée sur les silences du matin, les grues qui traversent le ciel, le cou tendu vers la clémence de lointains horizons.
J’aimerais écrire cette joie de vivre qui toujours monte en puissance chez moi alors que, contradictoirement, les paysages et les choses de la terre entament leur longue somnolence.
J'aimerais
ainsi chanter la messe littéraire dans un monde de sourds, d’aveugles et de muets.
Mais mon esprit est tellement préoccupé du danger qui nous guette tous, que je ne le puis pour l’heure.
Honte à cet effronté qui peut chanter quand Rome brûle, disait le poète bourguignon. Ce à quoi le poète sétois avait répondu  : Est-ce à dire qu'il ne faut plus chanter ? Elle brûle tout le temps !

Certes. Mais elle brûle avec plus ou moins d’incandescence et de risques de propagation.
Le monde, je le crois, est à la croisée des chemins. Je le crois depuis ce texte-là.  Les hommes ont maintenant le choix entre des paix bâtardes, des paix de compromis plus ou moins lourds, des sournoiseries diplomatiques ou un cataclysme barbare.
Les pièces de l’échiquier fatal sont en branle. Chacun a avancé ses pions aussi loin qu’il le pouvait sans trop alerter la vigilance de son adversaire.
Un mauvais coup des uns ou des autres, une fausse manœuvre, un moment de distraction, un geste maladroit, et c’est le mat.
Dans ces conditions, écrire sur autre chose qu’un avenir qui peut basculer du jour au lendemain dans l’horreur, me semble tenir du pur bavardage.

Puissent les évènements à suivre venir me lourdement démentir !

13:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, histoire, politique, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

29.09.2015

Rencontre en deux temps - 1 -

20121031211658-17-9.jpgJe ne l‘ai pas vu arriver et je n’ai donc pas entendu dans quelle langue il me saluait.
Car j’étais absorbé, colère, dans la lecture des affligeantes déclarations de Hollande à la grand’messe de l’ONU ; déclarations qui le font l’allié objectif des ennemis qu’il prétend vouloir combattre.
J’étais surtout très énervé de lire que ce saltimbanque répétait à l’envi, comme une vieille horloge montée à l’envers, qu’Assad était un tyran, comme si on avait besoin de sa science pour le savoir et comme si le roi d’Arabie Saoudite, chez qui il est allé faire le bouffon, qu’il caresse dans le sens du poil, à qui il vend des armes et des avions alors qu’il décapite à tour de bras ses opposants, n’était pas, lui, un sanguinaire. Apparemment, pour ce Président de plus en plus désastreux, il y a les bons tyrans et les mauvais tyrans. Une morale politique à tiroirs et à géométrie variable… Ou alors, il poursuit d'inavouables objectifs qui ne sont pas ceux du pays qu’il est censé représenter et il conduit tout le monde au désastre !
Donc, je n’ai pas entendu arriver mon visiteur et je lui ai  demandé, en polonais, en quoi je pouvais lui être utile.
C’était un tout petit pépé, frêle, au sourire sympathique, d'emblée attachant. Mais quand il m’a entendu parler polonais, son sourire s’est tout à coup effondré.
Il a baissé les bras, comme quelqu’un qui, décidément, n’y arrivera pas.
Il a demandé, dépité,  avec un fort accent : Vous… Vous ne parlez pas français ?
J’ai ri, si, si, bien sûr que si, puisque je suis français.
Il a poussé un long soupir de soulagement et il m’a demandé si je pouvais l’aider…
Avant même de savoir en quoi, j’ai dit oui, je peux vous aider.

Il était venu d’Italie, à la rencontre des lieux de sa propre archéologie ; il était à la recherche du passé de son père.
J'ai compris que, venant de lire les bruits de guerre du présent, j'allais me curieusement  plonger dans celle du passé.
Que le petit pépé était le messager impromptu de l’éternel recommencement des chaos.

 La suite bientôt...

14:31 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.09.2015

Savoir et aimer Villon

Mettre en musique un des plus célèbres poèmes du patrimoine était  une prise de risques. Presque une outrecuidance.

 

 

Je le savais pertinemment et j’avais collé cette musique sur Les pendus pour mon plaisir personnel, solitaire, ne pensant nullement avoir à l'offrir un jour à un public.
Bien que ma traduction ait été appréciée, j’ai donc entendu une critique que je m’étais déjà faite, celle d’avoir interprété le poème sur un ton proche du pathétique, sans accentuer le côté sardonique, le deuxième degré, des prières adressées post mortem par les pendus aux frères humains.
Critique exacte car cette ballade est avant tout une mise en scène, une raillerie même, d’où le je de François Villon est d’ailleurs totalement - et volontairement - absent.
A la différence notoire de ce quatrain que tous ceux qui ont approché de près ou de loin François Villon,  connaissent sans doute :

 Je suis François, dont il me poise
Ne de Paris emprès Pontoise,
Et de la corde d’une toise
Saura mon col que mon cul poise.

Ces vers font à mon sens figure originale dans l’œuvre de Villon, en ce qu’ils sont, ou du moins semblent être, purement autobiographiques, écrits qu'ils ont été juste après sa dernière condamnation de 1462 à être étranglé et pendu ; condamnation dont il fera appel et qui sera commuée en dix ans d'interdiction de paraître sous les murs de Paris.
La prudence est toujours de mise quand on aborde la vie de Villon. Les indices les plus nombreux dont nous disposons sont ceux présents dans son œuvre et c’est une œuvre à tiroirs. Une œuvre impure, qui mêle fiction et réalité avec tant d'ingéniosité et de franchise qu’il n’a jamais été aisé de dissocier réellement celle-ci de celle-là.
Le génie du poète voyou - anarchiste avant l’heure comme on se plaît parfois à le dire- fut en effet de toujours jouer entre traits autobiographiques bien distillés, extrapolations, parodies, dérisions, et contradictions. A telle enseigne, qu’il compose même une Ballade des contradictions :

 Je meurs de seuf auprès de la fontaine,
Chault comme feu, et tremble dent à dent ;
en mon pays suis en terre loingtaine

 Villon s’applique toujours à déconstruire le réel par la caricature, le jeu de mots et la parodie, passant du ton grave et sensible à la raillerie la plus joyeuse, mais aussi en usant d’une langue compliquée, bigarrée, mariant archaïsmes, argot des voyous, vieux français de l’époque et mots et tournures annonçant la lente évolution de la langue vers le corpus contemporain. Nous sommes à la fin du Moyen-âge.
Le Testament, rédigé au sortir de sa captivité à Meung-sur-Loire, est donc un faux testament, cruel avec ses légataires et qui brocarde avec force ironie, justice, finances et autorités religieuses, dans un langage également accessible au lettré qu'au voyou de l'époque.
Rabelais - quoique fantaisiste sur le sujet - dira au  siècle suivant, que Villon était un homme de théâtre. Presque un metteur en scène.
Mais ses déboires avec la justice pour le meurtre commis sur un prêtre, Philipe Sermoise, le 5 juin 1455, le cambriolage du collège de Navarre et la rixe avec un notaire, Ferrebouc, lui valurent in fine ces fameux dix ans d’exil de la ville de Paris et sa disparition, nul n’a su dire où et quand.
Le poète disparu, sa poésie connaît la célébrité. C’est en effet à la faveur de cette disparition mystérieuse, non élucidée, que Villon entra dans la légende dès la fin du XVe siècle parce que son œuvre était profondément ancrée dans son temps et avait échafaudé une figure multiple, contradictoire et attachante :

 D’ung povre petit escollier,
Qui fut nommé Françoys Villon.

On le sait, Villon sombrera dans trois siècles d’oubli, de 1533 à 1832. Il sombrera dès que sa langue acrobatique et ses mœurs de jouisseur turbulent ne seront plus comprises de l’époque nouvelle, avant d’être remis au jour par des archéologues de la langue et de la poésie.

 Pour en revenir à ce fameux quatrain donc, où le cou éprouvera  bientôt  le poids du cul, il est indispensable de constater que Villon commence sur une ambiguïté, François désignant dans la prononciation en même temps le prénom et la nationalité.
Ce qui change tout. «Je suis Français et ça me fâche, ça m’emmerde ». En plus, Français de Paris. Ce qui est un comble.
Ce calembour est dirigé contre ceux qui l’ont condamné à Paris et surtout contre les protagonistes de l’affaire Ferrebouc dans laquelle son complice, Robin Dogis, bénéficia d’un jugement plus clément parce qu’il était savoyard.

 

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21.09.2015

Macron, le corbeau rose

IMAG1795.jpgAux temps jadis, les farouches Normands chevauchant l’écume des mers, embarquaient des corbeaux à bord de leurs drakkars, à dessein d’en faire des éclaireurs.
Ils en libéraient en effet un de temps en temps, en pleine mer, et, s’il revenait, cela signifiait alors qu’il n’y avait pas de terre toute proche.
Si, au contraire, l’oiseau faussait compagnie à ses geôliers et ne reparaissait plus, c’est bien qu’il avait retrouvé son élément, une terre où reposer ses ailes et amuser son bec.
Les redoutables conquérants poussaient alors sur les flots leurs chants sauvages avec plus d’enthousiasme encore, en même temps qu’ils secouaient plus énergiquement la rame dans la direction précise où le noir éclaireur avait disparu. Et gare aux riverains qui n’avaient pas su lire – comment l’auraient-ils pu, les pauvres bougres !? - l’arrivée dans leur ciel du sinistre messager !
Aussi beau et ingénieux que j’aie toujours pu considérer le procédé, parce qu’il se servait des éléments primaires de la planète et de l’instinct, parce qu’il supposait aussi une connaissance superbe, panthéiste, du monde,  je n’ai pu m’empêcher, ces jours-ci, de le repenser en termes d’une vilaine allégorie, à la fois amusée et dégoûtée,  à propos de toute autre chose, pas beau du tout, mais tout aussi ingénieux avec, en plus, une bonne dose de perfidie et d’esprit de manipulation dont nos conquérants danois et norvégiens, tout féroces barbares qu’ils aient été, étaient complètement dépourvus.

Les gens qui sont actuellement aux manettes de la République de France n’ont évidemment rien à voir avec l’intrépide courage des Vikings auxquels ils ressemblent à peu près autant qu’une de mes poules peut ressembler à un Tyrannosaure, mais ils n’en utilisent pas moins, eux-aussi, des corbeaux qui s’en vont croassant sur la houle médiatique,  à seule fin de sonder les réactions de la populace et de choisir, peut-être, enfin, une direction où faire naviguer leur triste «gouvernance».
Leur corbeau de prédilection aurait pu, selon les sources de la vieille langue germanique, s’appeler Bertrand, le corbeau intelligent, tant il l'est, intelligent et fin, cet oiseau-là !
Mais il s’appelle Emmanuel, dieu avec nous… ce qui, ma foi, n'est pas plus mal.
Dès lors, pour tout esprit encore quelque peu en éveil, il est inconcevable qu’un messager aussi dégourdi commette régulièrement des bourdes primaires et, surtout, manifestement à contre-courant de la navigation annoncée, comme s'il s'évertuait à faire chavirer la frêle embarcation-  les 35 heures, le statut des fonctionnaires, le SMIG, toutes notions chères à l’idéologie de ses capitaines - sans qu’il ne soit en service commandé, sans qu’il ne porte en son bec simulant l’imprudence une parole qui lui a été confiée, pour qu’il la distribue,  et que n’osent mettre franchement sur le tapis ses insidieux et pleutres capitaines.
Ainsi, notre oiseau lâche-t-il régulièrement sa petite bévue libérale de changement de cap et s’ensuivent automatiquement les réactions, outrées ou consentantes, de l’équipage tout entier. Les chefs de bord prennent alors, à bon marché et sur son dos consentant, la mesure de l’opinion sur ces sujets tabous et font mine effarouchée de vouloir faire taire l’oiseau de malheur.
Mais l’idée est lancée, elle est dans l’air, elle est rumeur et personne ne pourra dire, quand viendra le moment de lui donner corps, qu’elle n’a jamais été évoquée !
Emmanuel est donc un porteur de patates chaudes.
Jusqu’à l'inéluctable naufrage, il va sans dire. Car là où veulent accoster ces pâles et timorés barbares, il n’y a plus âme qui vive ni richesses à spolier.

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14.09.2015

Fin d'été

littérature,écritureJ’ai traversé, messieurs, des prairies que massacrait le soleil.
Et je vous le dis : pas un oiseau, pas un animal des champs, pas un mouvement, nul être vivant, n’apparaissait alors sur ces espaces jaunâtres, tétanisés par le feu tombant dru sur leur échine accablée.
La petite route pourtant, souvent, taillait dans la forêt. Mais c’était là une forêt sans ombrage. Les feuillages calcinés pendaient au bout des banches et, déjà, juillet à peine rayé du calendrier, ils se laissaient tomber au sol, vaincus, trompés, abusés, déboussolés par cette trop longue fantaisie du climat.
La lumière caniculaire pénétrait ainsi avec force par les trouées de la voûte, en déchirait le voile, en violait l’écrin, assassinant du même coup les petites plantes des sous-bois qui, d’ordinaire, vivent de la fraîcheur de sa pénombre.
Asphyxiés dans une poussière brûlante qui, partout, sortait des entrailles terrestres, les paysages chétifs se mouraient de soif et les herbes des champs, des talus, des bois et des jardins, les hommes des hameaux, des bourgs, des villages et des villes, les animaux sauvages tout comme ceux des fermes éparpillées, tous, unanimes, réclamaient la trêve et imploraient clémence.
En pure perte cependant. D’interminables mois durant, les cieux sont demeurés impassibles, sourds aux souffrances et aux supplications, purs et durs dans leur obstination à détruire. Nul nuage, nul souffle salvateur, nulle ombre passagère, n’osait venir troubler l’austérité bleutée, chauffée à blanc.
Au matin, l'air puait la fumée d'un invisible désastre, rajoutant à la tristesse du jour qui s'annonçait la touche d'une impalpable angoisse
. Des tourbières, nous a-t-on dit, brûlaient en Biélorussie et en Ukraine, de l'autre côté du fleuve.

Et puis… Et puis, quelque chose a frémi aux pendules du jour et de la nuit, inversant l’autorité meurtrière de celui-là sur celle-ci. Un matin de septembre enfin, le souffle d'un vent levé des horizons multiples, a gommé lentement ce grand tableau d’azur et sur sa toile immaculée a dessiné le blanc et le gris des premières nuées, que saluait un arc-en-ciel.
Des larmes éparses et chaudes ont giclé sur les sols crevassés, maladroites, désordonnées, lourdes et pataudes, comme si le ciel  ne savait plus pleuvoir. C’étaient là quelques pleurs de remords, avant que ne jaillissent soudain les grands sanglots du pardon et que la terre ne les boive avec tout le désespoir d’une rescapée des sables.
Un peu tard seulement.
Cicatrices et brûlures restent inscrites sur la morosité des arbres
recroquevillés par la peur, déjà marron, déjà jaunes, sans l’éclat joyeux des pourpres sanguins de l’automne, comme s’ils étaient pressés à présent d’en finir avec ce cycle-là et de rejoindre les silencieuses nudités de l’hiver.
Pour recommencer bientôt un vrai et grand mouvement des choses, qu’ils espéreraient, cette fois-ci, conforme et doux à la fuite éternelle des saisons.

Court extrait d'un roman en chantier

11:13 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

08.09.2015

Invasion barbare

P7080730.JPG...Et je saute une page, puis une autre, puis deux ou trois, et je feuillette, je zappe, je baîlle, je m'étire, je me dis que le papier est glacé et ne me servira même pas pour allumer mon poêle. Quant à  s'essuyer l'derche avec ça, même pas la peine d'y penser !
Je m'apprête donc à balancer la revue par terre, quand enfin, je lis, pris d'un vertige, les yeux écarquillés  :
« ...Pour remonter si loin  au Nord, il faut bien que les (....) en tirent un bénéfice substantiel. Car le coût de l'investissement est considérable en termes de dépenses énergétiques. Le retour sur cet investissement est donc, chez ces (...-là) un gain supplémentaire au niveau de la ... »
Sur le cas de qui croyez-vous que se penche cet article tiré d'un magazine de vulgarisation et de sciences, qui m'était par hasard échu entre les mains ?
Vous avez deviné. Il parle d'entrepreneurs audacieux qui n'ont pas peur de prendre des risques pour faire juter du profit.
Hé ben vous avez deviné tout faux, avec votre esprit prosaïquement libéral ! Vous ne savez pas lire "moderne"!
Enfin... Réfléchissez un peu, m'ssieurs-dames. Détendez-vous... Envolez-vous bien loin de ces miasmes morbides, allez vous purifier dans l'air supérieur et buvez, comme une pure et divine liqueur, le feu clair qui remplit les espaces limpides !
Citoyen, citoyenne, baudelairisez un peu votre lecture !
Car c'est là un article sur la migration des...
-
Chefs d'entreprise ?
- Non ! Il s'agit d'un article sur... la migration des oiseaux ! Si, si....

Alors là, les carottes sont définitivement cuites, que je me dis, affalé sur ma banquette. Désintégrées même, les carottes ! Le langage est colonisé dans toutes ses évocations, tous ses termes, vidé de tous ses sens. Il est à sens unique. Une redoutable impasse. Un coupe-gorge.
À ce stade répugnant de l'aliénation de la parole, y'a plus grand chose à faire.
Il n'y a surtout plus grand' chose à dire.

13:14 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.06.2015

Vous êtes sur écoute

104900174.jpg

" Le fait que la loi sur le renseignement soit adoptée en France sans remous majeurs est inquiétant. Il faut résister à ces dispositions qui renient nos libertés les plus élémentaires.
« L’antiterrorisme est une politique mondiale que chaque pays applique en arguant de sa situation propre, au gré des circonstances, toujours "exceptionnelles". C’est à présent au tour du gouvernement français de faire passer ce qui est ni plus ni moins, quoi qu’en dise le premier ministre, un Patriot Act, en tirant prétexte des attentats de janvier. On serait tenté de dire : un Patriot Act de plus, tant cette "loi sur le renseignement" ne fait que couronner l’empilement de législations antiterroristes qui, ces dernières années, ont peu à peu mis les services de renseignement français au-dessus des lois, et à l’abri de tout recours.
« Le mouvement mondial qui consiste, au nom de la "sécurité", à placer entre les mains de l’administration des pouvoirs qui étaient préalablement dévolus aux juges est un processus manifestement sourd et aveugle. Toutes les voix qui se sont élevées contre la nouvelle "loi sur le renseignement" n’ont en rien pu entamer la volonté des services de faire voter leur loi, et quand le Conseil d’État s’est mêlé d’en corriger les excès les plus visibles, leur homme, le rapporteur Jean-Jacques Urvoas, s’est empressé de rétablir le texte d’origine.
« Même les mises en garde véhémentes adressées à la France par le New York Times, qui n’est pas exactement connu pour figurer au nombre des publications libertaires, n’y ont rien fait. Le ridicule qu’il y a à adopter des lois "à la Bush" avec quinze ans de retard et après tous les scandales que l’on sait, le pathétique qu’il y a à mettre en place un programme Prism à la française après les révélations de Snowden n’ont effleuré ni les députés ni les sénateurs. Dans un tel contexte, on peut bien requérir le renvoi pour "terrorisme" des mis en examen de Tarnac.

« Le terrorisme, ennemi idéal

« Certes, nous dira-t-on, les parlements sont universellement devenus les chambres d’enregistrement des différents lobbys. Certes, nous dira-t-on, la politique se réduit de plus en plus à une pure police des populations. Certes, nous dira-t-on, le terrorisme est l’ennemi idéal, celui qui, étant tapi comme virtualité en chacun, autorise à nous traiter tous en criminels potentiels, celui contre qui l’on pourra toujours mobiliser des populations qui ne se laissent plus mobiliser pour rien. Certes, nous dira-t-on, la surveillance générale est, depuis toujours, au cœur de l’exercice de la "gouvernementalité" libérale. Mais…

« Mais il n’est pas indifférent que cette "loi sur le renseignement" passe ainsi, sans remous majeurs, en France. Du point de vue de la politique antiterroriste mondiale qui accompagne la privatisation forcenée des existences, il n’est pas indifférent que le "domino français" tombe à son tour. Que succombe le pays qui fut pendant plus de deux siècles le pays par excellence de la politique moderne, le pays où fut un jour proclamé: "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs", voilà qui va, à coup sûr, constituer un signal sans équivoque et de portée universelle.
« C’est pourquoi nous appelons tous ceux qui, en France et ailleurs, n’entendent plus qu’on les gouverne par les moyens totalitaires et antidémocratiques de l’antiterrorisme à unir leur voix. »

Giorgio Agamben, Étienne Balibar, Luc Boltanski, Éric Hazan, Florence Gauthier, Hugues Jallon, Leslie Kaplan, Frédéric Lordon et Nathalie Quintane

 

*

Merci à Charles Tatum de m'avoir amicalement autorisé à relayer.
J'ai mis en gras les faits qui  me semblent les plus graves, les plus humiliants, les plus dramatiques.
Je transmets donc, mais sans espoir de retour, par une sorte de sursaut de dignité et comme un bras d'honneur.
Parce que quand un peuple est capable d'accepter d'être ainsi ligoté sans s'organiser pour casser la gueule à ses élus, il n'a que ce qu'il mérite : être traité comme une chose, comme une bête, comme un troupeau de veaux qu'on mène à l'abattoir.
J'ai mis ce texte en tag littérature aussi, car que peut valoir la littérature d'un tel peuple ?

Ironie du sort, c'est le jour-même où les apparatchiks de la démocratie à la française s'apprêtent à valider définitivement leur loi scélérate, qu'ils apprennent les coups tordus faits par leurs amis américains aux présidents français...
Les arroseurs soudain douchés ! La réaction sera diplomatique, entend-on...Autant dire qu'elle ne sera rien, que ronds de jambes et excuses de salons.
Imagine un peu si Poutine avait  ainsi violé les conversations de l'autre pignouf ! On crierait, on menacerait, on déploierait les armes, on ferait l'outragé, on le vouerait encore plus aux gémonies !
Ce pays bafoué, à genoux devant les États-Unis, et qui bafoue ses citoyens, tous terroristes potentiels, ne mérite, dans sa configuration politique actuelle, aucun respect parce qu'il ne respecte rien, enlisé qu'il est dans son mensonge !

 

18.06.2015

żegnaj Józef Kraszewski !

littérature, écritureNotre projet de financement participatif pour la traduction d’un roman de Józef Kraszewski, Szalona, est mort.
Je pense qu’il ne serait pas très honnête, que ce serait mentir par euphémisme, que de parler d’échec. Car il s’agit en fait d’une déconfiture, d’une raclée, d’une déroute, d’un désaveu cinglant.
Nous avons atteint 18% de notre objectif et nous avons mobilisé, en dépit de nos appels, directs ou indirects, de nos innombrables courriers, de nos relais sur  les réseaux sociaux, de nos coups de fil, du soutien promis de certaines institutions,  8 contributeurs !
Dans mon euphorie – je dois vraiment être un fou – j’avais même poussé l’effronterie jusqu’à envoyer une longue lettre à Roman Polanski.
Mais comme j’ai beaucoup de respect pour cet homme, je me dis, tels les petits enfants pauvres qui ne découvrent jamais rien dans leurs souliers de noël, que la lettre ne lui est pas parvenue.
Qu’il est trop loin, trop haut, trop ailleurs… Et moi trop con.
C’est avec beaucoup de sincérité et même d’émotion que je remercie ici les huit personnes qui nous avaient fait l’honneur de leur confiance, et tout particulièrement Marc Villemain qui avait mis son écot une demi-heure seulement après l’ouverture du site, ainsi que Christian Cail, un gars de mon enfance présent dans Le Silence des Chrysanthèmes, qui lui donnait la réplique presque aussitôt.
Je me souviens bien de cet après-midi là. J’étais joyeux comme un pinson, certain qu’avec un tel début, nous allions publier notre traduction !
Merci à Frédéric Chambe, Fabien Arlotto, Sophie Delagneau, Florent Gouget, Véronique Médina, tous de Lyon et connaissances de Roland.
Merci à mon vieux camarade de Niort, Yves Gassot.
Leurs contributions vont évidemment leur être rendues dans les jours qui viennent.

Je suis triste. Mais pas de dépit. Les gens sont libres de cotiser, de pré-acheter en l'occurrence,  où  bon leur semble, en fonction de leurs goûts ou de leurs affinités.
C’est  peut-être même un de leurs derniers bouts de liberté individuelle.
Je suis triste car je pense à toutes ces heures investies déjà, et qui resteront lettres mortes, dans le travail de traduction par D. et moi-même. Je pense à notre enthousiasme de cet hiver, cherchant le mot juste, la phrase la plus précise et la plus près du texte, le proverbe intraduisible et son équivalent en français, derrière nos fenêtres où ruisselait la neige épaisse,  et je m’en veux terriblement.
Je n’aime pas entraîner qui que ce soit, surtout ceux que j’aime, dans mes déroutes.
Moi seul suffit à les hanter.
Je pense aussi à  Roland, qui a mouillé la chemise, depuis le début.
Je pense que tout cela est dommage, décourageant,  et que c'était un beau roman à offrir en lecture.
Je pense aussi que...

Et puis merde ! J’en ai déjà trop dit !

 

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16.06.2015

Au crépuscule d'un jour

A.JPGTrois heures aux pendules éternelles du ciel.
La nuit passe le relais. Sur la pointe des pieds, comme pour ne pas réveiller trop brutalement l’étoile de feu et laisser aux âmes tourmentées le temps de se retirer
incognito dans son sillage.
Dans les halliers tout proches, dont les feuillages caressent à ma fenêtre, un artiste ailé salue la lueur nouvelle.
Pour quelques heures encore, le monde ressemble à un monde déserté des hommes.
C’est peut-être la raison pour laquelle on y ressent si bien et si juste.
Où l’on pense, par exemple, dans un sourire amusé, que de philosopher sur le mensonge comme pièce maitresse des constructions sociales, c’est vraiment des billevesées de blogueur. Du trompe-la-mort.
Qu’en ai-je bien à faire ? De ça et de tout le reste ? Qu’est-ce que rabâcher dans le vide, comme une vieille machine déréglée, peut bien m’apporter ?
Les mondes meilleurs sont déjà là, ne les vois-tu pas ? A ma porte, sur ce jardin qui sent la plante ensommeillée, qui lape la rosée, et sur ce silence tremblant des primes émois.
Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Je saisis mieux le vieil adage.

Depuis dix ans, je n’ai cessé de m’émerveiller des matins de l’été continental dans ce village perdu des confins.
L’Océan, là-bas, loin à l’autre bout, sur un autre versant de la machine ronde, dans les ténèbres roule encore ses écumes. L’Océan n’aime pas trop les matins. Il préfère les soleils fatigués du soir. Les poussières du soleil couchant. Les poncifs. Comme les promeneurs de ses grèves.
La forêt soupire d'aise.
Je ne suis pas revenu en France depuis trois ans. Depuis octobre 2012.
J’y pense maintenant, sans nostalgie, et c’est quelque peu triste de ne point être triste sans elle. Je me suis enraciné dans l’exil.
En juillet, je traverserai l’Europe, j’aime conduire une automobile à travers les paysages, cap sur la Normandie de Proust et de Maupassant, et cap sur la Bretagne où je ferai une apparition dans une librairie.
J'y parlerai de l’écriture. De mes quelques livres.
Mais je n’éprouve plus la joie que j’éprouvais à mes premiers retours vers la longitude maternelle.
Je le sens bien.
Un vague contentement, oui. La France s’est faite métonymie pour dire pays, naissance, langue d’usage. Elle a perdu ce goût joyeux que seule sait vous donner la mélancolie des sentiments.
Elle a perdu le fil conducteur.
Elle vend des armes, la France de Voltaire, de Valls et de Robespierre.
Je hausse les épaules.
Elle se fait des couilles en or en distribuant la mort partout dans le monde.
Et, le cul sur ses canons, elle n'en pérore pas moins sur la paix des hommes, sur l’humanité, sur le droit des peuples, Amen. Sur tout ce qu’elle foule au pied et puis…

Je sursaute.

L’artiste ailé a redoublé de vigueur et d’enthousiasme, peut-être vexé que d'autres voix que la sienne se soient élevées dans les broussailles. Beaucoup de voix, flutées, douces, argentées, joyeuses, désordonnées. C’est maintenant un concert.
J'ai sursauté car qu’en ai-je bien à foutre qu’elle vende des armes à toutes causes et alimente, pateline et donneuse de leçons, l’atavique et barbare besoin de tuer ?!
Incorrigible moraliste !
Il est temps de boire le café. Avec de la confiture de fraises, de mes mains faite hier et qui sentent le sucre des champs.
L’aurore est déjà adulte, le temps d’une éclosion et le soleil frappe déjà sur la cime des grands arbres.
Demain sera encore.
Vouloir et vivre des milliers de matins, renaissances sacrées du grand mouvement des choses !

11:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

20.05.2015

Celui qui sur le Silence des Chrysanthèmes

jlk.JPGMerci à Jean Louis Kuffer de faire la part belle, dans une de  ses remarquables chroniques, Mémoire vive, au Silence des chrysanthèmes.
Sa lecture m’agrée à plusieurs niveaux, au premier rang desquels celui de la certitude que j'ai de ce que JLK n’est pas du tonneau à faire état de ses lectures pour faire forcément plaisir à un auteur ou à un éditeur.
Il est de ceux qui lisent librement, pour eux, et qui sans ambages disent publiquement leur sentiment de lecture, loin des passeurs de rhubarbe et séné
Mais si vous connaissez Riches heures,  vous savez déjà tout cela.
Il y a un autre niveau qui me touche beaucoup dans son texte, c’est celui des références, et particulièrement celle à Fred Deux.
Une amie, qui se reconnaitra si elle vient à passer par là, m’avait fait parvenir, il y a quelques années La Gana, parce qu’elle venait de lire le manuscrit Le Silence des chrysanthèmes.
Elle avait rapproché ces deux lectures, ce qui me flatte beaucoup, et avait alors eu ce geste d’amitié de me faire lire Fred Deux, alors republié par l’excellent Georges Monti.
Un livre remarquable, bien au-dessus de mon Silence, un livre à couper le souffle, tant que j’avais dû abandonner ma lecture vers le milieu pour le reprendre un peu, justement, mon souffle.
Et c’est plaisir abondant que de voir que cette amie et Jean-Louis Kuffer, qui ne se connaissent ni des lèvres ni des dents, se soient chacun de leur côté envolés vers La Gana, une page des Chrysanthèmes accrochée à leur esprit.

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14.05.2015

Traduire Józef Kraszewski

1 (1).jpgLes éditions du Bug se proposent de traduire et de publier un roman de l’écrivain polonais Józef Kraszewski, Szalona, La Folle.
Dans la conduite de ce projet à moyen terme, nous avons ouvert une page sur le site de financement participatif Ulule.
Merci, lecteurs, d’avoir la curiosité de nous rendre visite et, selon votre bon plaisir, de nous soutenir.

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12.05.2015

Foire du livre de Varsovie

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Je serai dimanche après-midi à Varsovie. Plus précisément entre 15 heures et 16 heures.
Je te dis, ça, lecteur, au cas où tu aurais des emplettes à faire par là... Ce serait alors gentil de venir me saluer.
En tout cas, je serai en bonne compagnie : Le programme
complet, déroulé de jeudi à dimanche, est dense.
Je serai interviewé par un homme que j'apprécie beaucoup, tant du point de vue humain que du point de vue de sa culture des livres, Frédéric Constant, directeur de la médiathèque de l'Institut Français.
Il fut le premier en Pologne à m'inviter à une soirée publique, dès octobre 2005, pour y parler livres, Brassens et musique.
Nous avons depuis lors toujours entretenu d'amicales relations.

De plus, la libraire française de Cracovie m'a fait le plaisir de me proposer de vendre quelques-uns de mes livres.
Je passerai donc à son stand et, le cas échéant, signerai de ma moins moche écriture.
Mais oyez, oyez le programme du dimanche 17 mai.

Bon, à dimanche, alors ?

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10.05.2015

L'insoumission totale à la question, quelle qu'elle soit

urlere.jpgIl m’apparaît de plus en plus évident que ceux qui, dur comme fer, croient en dieu et en font montre, comme ceux qui, dur comme fer également, se réclament de l’athéisme et en font tout aussi montre, sont également victimes d’une impuissance congénitale de la pensée.

Cette impuissance à résoudre en toute simplicité leur propre énigme, à appeler un chat un chat, une vie une vie et des ténèbres des ténèbres, les conduit à poser sous leurs pas apeurés les rails des vérités définitives.
L’homme sage, et libre, se situe en dehors de la question de dieu.
Il se situe là où il est en vérité : dans le hasard.
Or, toutes les spéculations sur l’origine et les desseins du hasard sont, par essence,  hasardeuses.
Un peu comme si la fleur des champs se mettait à vouloir disserter sur la course du vent qui l’a fait naître ici plutôt que là.
Cette fleur-là oublierait assurément de fleurir et serait fanée bien avant le glas des équinoxes d’automne.

Dans un monde ensanglanté par ses contradictions, la question de dieu est une aberration.
D’abord, quel dieu ? Les visages multiples revêtus par le fantasme suprême auraient depuis longtemps dû alerter les intelligences. Sinon à considérer, et là on rentre de plein fouet dans le domaine de la folie, que le fantasme que l’on s’est choisi est le bon.
Dieu est le reflet en même temps que le fondateur tronqué d’une culture, d’une histoire, d’une tradition et d’une civilisation.
Ne pas renier cette histoire, cette culture, cette tradition et cette civilisation, la vouloir même sauvegarder, n’est pas faire allégeance  à dieu.
C’est faire allégeance à soi-même, à son hasard d'être né dans un décor géographique donné plutôt que dans un autre, d'être né sous des époques monothéistes plûtot que dans celles des mythologies antiques ou des peintures rupestres.
C’est faire allégeance à soi-même, comme on fait allégeance à tout ce qui nous constitue.
Et là, les névrosés soi-disant athées comme les névrosés soit-disant déistes, les uns en niant bêtement, les autres en confondant la cause et l’effet, s’enlisent dans la même erreur, tous prisonniers du même dogme étriqué, mais à l'envers.

Le postulat que devrait poser un homme à la recherche de son équilibre est, en ce qui me concerne,  le suivant :
Que dieu existe ou qu’il n’existe pas ne change rien pour moi. La question, c’est moi, moi seul, et dans quelle émotion je vais traverser cette prairie qui se déroule sous mes pas et qui, avec certitude, mêne de l’autre côté des pissenlits.
La question des pissenlits est une question anachronique.

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06.05.2015

Petite piqûre de rappel

Le 24 avril dernier, j'avais déjà mis en ligne cette annonce au profit de la compagnie de théâtre Je suis ton père.
La date du spectacle approchant, je réitère, car, entre gens du même esprit :

Aidons-nous mutuellement, comme dit le poète...

*

" Mon cher ami,

Nous avons longuement discuté de toi ce dernier dimanche. Cornes d'Auroch s'obstinait à te vouloir fait pour la philosophie. J'ai gueulé. Je lui ai dit qu'aider un ami à tout abandonner pour suivre la voie de la poésie ne pouvait jamais être une faute. Car un poète est à la fois philosophe, philologue, moraliste, historien, physicien, jardinier et même marchand de maisons. De plus, on ne trouve la quadrature du cercle que par la poésie. Émile a trop réfléchi et inutilement. Moi, je sens que si tu persévères dans tes recherches métaphysiques, tu te perdras dans une forêt. Nom de Dieu, j'insiste ! Sans doute, ta récente définition de l'art est très belle, mais pourquoi ne pas la remplacer par des ailes de moulin ? Il faut que ça bouge, comme sur l'écran. Le reste se fait tout seul. Ce n'est pas à toi d'expliquer les mécanismes ; c'est aux autres de les deviner et de les démonter eux-mêmes. Tu perds ta force et ton temps à faire le travail des imbéciles. Oui, je sais : Bergson est quand même un poète. Et toute la poésie de Valéry est faite d'opérations critiques. Et tu ne le sais que trop, toi. Mais il me semble que tu t'exténues en t'imposant déjà, par goût de la cérébralité, des exigences qui ne tarderont pas à devenir surhumaines. Que veux-tu que cela me fasse, à moi, que tout « fond apparent représente ce que la forme n'a pas pu exprimer » ? Suis-je plus avancé maintenant que tu me l'as fait savoir ? Non, je sais une pensée de plus.

Extrait d’un lettre de Georges Brassens à son ami Roger Toussenot

 

BrassMuse.jpgLe jeune Brassens, à cette époque, croupit au fond de l’impasse Florimont.
Croupit ? Ah, nom de dieu !  Voilà bien le langage de la « canaille bourgeouille » pour qualifier l’existence du gueux !
Non ! Brassens, complètement méconnu, vit une vie précaire, économiquement misérable, certes, mais il la vit chez des gens de cœur, tels que notre époque n’en produit plus : Jeanne Le Bonniec et son mari Marcel Planche, à qui il dédiera – sans le nommément dire – L’Auvergnat.
Et il écrit, il écrit, le jeune Brassens… Il écrit et il lit sans relâche et il écume les bibliothèques et les marchés aux puces pour y trouver des livres à quatre sous, mais aux mots les plus riches.
C’est d’ailleurs, soit dit en passant, sur un de ces marchés aux puces, en 1942 porte de Vanves, qu’il dénichera, signé d’un obscur inconnu, Antoine Pol, un recueil de poésies non moins obscur mais duquel il extirpera, tel le chercheur de pépites fouillant les cailloux de la rivière,  le poème devenu fameux Les Passantes.
En cette période de vaches maigres – Pierre Onteniente confiera plus tard : « Nous avions peur qu’il ne devienne un gangster » - le jeune homme entretient avec son ami Toussenot, journaliste et philosophe  anar,  une correspondance assidue, pleine de verve, d'intelligence et d’émotion. Les deux compères s’étaient rencontrés au siège du journal Le Libertaire. Roger Toussenot vivait alors à Lyon.
Je suis d’ailleurs ému d’entendre le Poète parler ici de Cornes d’auroch, alias Émile Miramont, avec lequel j’ai passé quelques agréables soirées à picoler quelques ballons et à rigoler sur tout et sur rien,…  Assis côte à côte, nous dédicacions alors chacun notre livre et Emile me glissait à l’oreille : "fais comme moi, Redonnet, fais un brouillon d’abord, c’est mieux."
Immanquablement, je lui entonnais, à l’oreille également :

Et sur les femmes nues des musées, ô gué ! ô gué !
Faisait l’brouillon de ses baisers,  ô gué ! ô gué !

Émile m’a, par courrier postal, plusieurs fois gratifié de sa prose enjouée …. Un extrait d’une de ses lettres figure à la quatrième de couv' de mon bouquin Brassens, Poète érudit, aux côtés d’un texte de mon ami Dominique Le Saout.
Émile y écrit :

[….] Tu as bien mérité de Georges ! Comme à la la pétanque ; il a envoyé superbement le bouchon et tu as bien pointé [….]
Quelle meilleure critique pouvais-je donc recevoir ?  Et de quel homme, miladiou !
Fraternellement, je salue ici ta mémoire, Emile !

 

unnamed.jpgMais foin des évocations nostalgiques et quelque peu narcissiques ! Faudra quand même que je finisse par prendre au sérieux une autre quatrième de couv', celle de mon dernier bouquin, Le Silence des chrysanthèmes !  Ah ha ha ha !
C’est donc cette correspondance entre Toussenot et Brassens qu’une compagnie de théâtre, Je suis ton père,  a eu l’idée de mettre en scène. Idée lumineuse, s’il en est ! Et je regrette bien de ne pas être de passage «  en la mère patrie J)»  pour avoir le plaisir d’aller goûter la performance.

Toi, tu es l'ami du meilleur de moi-même.
Ainsi parlait Georges Brassens de son ami Roger Toussenot, quelques années avant "Le Gorille".
A travers ses lettres, Toussenot, le Philosophe, provoque intellectuellement Brassens, le Poète.
Au fond de l'impasse Florimont, chansons et coups de gueule baignent d'insolite la misère quotidienne.
Accompagné de sa Muse, reflet espiègle de son imagination, Georges Brassens dévoile les contours de son univers poétique et libertaire.

Le spectacle présente un pan méconnu de la vie de Brassens à travers une correspondance d'une grande richesse humaine et littéraire qu'il échangeait avec Roger Toussenot. Ces lettres, adaptées et mises en scène pour le théâtre, sont un trésor de littérature intime d'un poète doté d'une âme soignée, d'une grande pudeur et dont la renommée n'est plus à faire.

  Du 8 mai au 14 juin 2015, au Guichet Montparnasse (Paris 14),
les vendredis et samedis 19h ainsi que les dimanches 15h

 ICI, Interview d'un des metteurs en scène et scènes filmées en répétition

Illustrations :
1 : La compagnie Je suis ton père, en scène
2 : Affiche

 

07:26 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, poésie, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.05.2015

Hommage

Patachou_coupe_la_cravatte_de_Brassens.jpgDans le texte précédent, je disais que Brassens ne trouverait aujourd’hui pas une thune pour l’aider à enregistrer ses chansonnettes à la noix et serait abondamment moqué par tout le sérail des bobos et des imbéciles heureux qui tiennent maintenant le haut du pavé, avec le succès que l’on sait et en tirant tout le monde par le bas.
De toutes façons, même s’il se trouvait encore un fou pour risquer un kopeck sur ses vers, une nana comme Vallaud Belkacem, aussitôt suivie par la cour piaillante et caquetante de toutes les pintades idéologues du féminisme, crierait au scandale, au vieux phallo dégueulasse, au couillu ringard, et finirait bien par le faire se terrer définitivement impasse Florimont !
Peut-être même, puisqu’il ne brosserait pas le vers dans le sens de ses poils, le traiterait-elle de pseudo-intellectuel… Ce que le Poète entendrait en pouffant car, beaucoup plus fin qu’elle, lui, saurait qu’il y a là une affligeante tautologie, un intellectuel étant toujours un pseudo, une fausse identité, une posture, et que c’est même ce qu’il a de plus commun avec une ou un ministre.
Mais je digresse, je digresse à l’envi…
La peste soit de tout ce beau linge !

Je disais donc tout ça, en substance et en filigrane, quand, coïncidence, le jour même, comme si le glas sonnait une dernière fois sur une époque définitivement révolue, s’éteignait une  vieille dame de 96 ans, celle-là même qui, la première,  avait donné sa chance au Poète moustachu en lui ouvrant les portes de son petit cabaret : Madame  Henriette Ragon, alias Patachou.
Je me suis laissé dire par quelques joyeux drilles ayant côtoyé l’une et l’autre - eux aussi maintenant disparus - que la première fois que Brassens se présenta à Patachou, sa guitare rustique à la main,  faisant le dos rond, il expliqua que, lui, ne voulait pas chanter, ne savait pas chanter, mais qu’il écrivait des chansons pour que quelqu’un les chantât.
Ce qu’il cherchait, c’était un interprète.

-  Voyons ça ! avait dit gaiement la dame

Le Poète s'était alors saisi d’une chaise, avait posé le pied dessus et, "grattant avec ferveur les cordes sous ses doigts," avait entonné Le Gorille et Le Mauvais sujet repenti.

Sitôt le dernier accord plaqué, Patachou s’était cependant écriée :

-  Mais enfin, Georges, qui voulez-vous qui chante ça ? ! A part vous, bien sûr…

 Rendez-vous avait donc été pris... et le reste fut.

 * Patachou interpréta tout de même deux titres un peu moins sarcastiques, disons mineurs, La Chasse aux papillons et Le Bricoleur.

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30.04.2015

La rançon d'une époque : je suis un passéiste

Chaque automne, au seuil des premiers frimas, un brillantissime jury consacre le chef-d’œuvre littéraire concocté au cours des quatre dernières saisons écoulées et dépose sur le crâne respectueusement incliné  du nouvel Elu, le diadème du Goncourt.
Ce qui permet, le plus souvent, à un auteur complètement inconnu de se retrouver soudain sous les feux de la rampe. Pas longtemps, mais quand même le temps d’un
url.jpgéblouissement. Tous les auteurs, de vive-voix comme des fats ou in petto comme des faux-culs, ont rêvé de ce flash-là. Comme d’un shoot.
Ne serait-ce que pour se faire le malin et, du coup, entrer dans l'histoire en le refusant.
L’auteur est donc ébloui. Le public, lui, fait mine de l’être. Il prend la chandelle qu’on lui tend obligeamment et il se la met sous les yeux. Il s’écrie que c’est  beau et il retourne lire dans l’ombre. De l’aveu même de celui qui en fut gratifié en 2010, - pas un inconnu, celui-là - ca sert à ça, un prix Goncourt : ça permet à de pauvres gens qui ne sont jamais éblouis de voir un peu de lumière au moins une fois dans l’année.
Comme quoi, si le Goncourt a la faculté de porter un écrivain au pinacle, il n’a pas celle, hélas, de le rendre soudainement intelligent !
Mais ils ne sont pas tous comme ça, les prix Goncourt. Je médis, je médis… Certains furent d’une indéniable valeur et je pense, entre autres, à Vailland et La Loi, à Rouaud et Les Champs d’honneur, à Tournier et Le Roi des aulnes
Mais je  pense surtout à un autre. Un vieux celui-là. Une vieille barbe. Un ancêtre fossilisé. Un des premiers. Lui, ce fut un cas. Mais pas un cas d’école.
Pourtant, il était instituteur.
Figurez-vous que cet auteur, que j’affectionne particulièrement parce que sa plume est champêtre, intelligente et, aussi, parce que c’est quelqu’un de mon pays, quelqu’un des Deux-Sèvres, un lointain voisin du temps qui passe et que les villages, les hommes et les paysages qu’il évoque, je les vois parfaitement dans ma tête, figurez-vous, disais-je, que lui, il ne trouvait pas d’éditeur. Il avait sans doute beau chercher, il avait beau solliciter, un lourd refus, voire un silence obstiné, toujours lui faisait écho.
On connaît tous ça. La routine.
De guerre lasse, notre auteur publie donc un livre à ses frais. Chez Clouzot, à Niort et... à compte d’auteur. Le geste de l’opiniâtreté. Parfois du désespoir. Dans notre présent, il faudrait y croire bougrement, à son livre, pour faire ça quand tous les éditeurs vous disent qu’il est bon mais qu’il ne correspond à rien, en tout cas pas à eux.
Quoi répondre à ça ? Rien. Mettre l’écritoire au clou ou alors faire l’insolent. Mépriser le mépris en se publiant ?
C’est donc ce que fit ce modeste instituteur de vers chez moué, des Deux-Sèvres. Ce hussard en blouse.  Et l’Académie Goncourt, éblouie, lui décerna son fameux prix… Du coup, l’auteur obscur, le campagnard des bocages et des plaines, fut projeté en pleine lumière et cessa d’être instituteur pour devenir un écrivain.
Oui, en ce temps-là, quand on écrivait, quand on était un passionné de l’écriture, quand on trempait sa plume dans l’encrier des lettres, on n’aurait su la tremper ailleurs.
On était animé par une foi. On rentrait en Écriture, en quelque sorte !
Et on écrivait - le plus souvent - des choses pleines comme des œufs frais.

L’avez-vous lu, vous, ce prix Goncourt publié à compte d’auteur en 1920 ? Son auteur avait nom Ernest Perrochon.
Et je suis sûr que s’il était en lice cette année, le livre de l’instituteur, il serait brillamment moqué par tout le sérail au bec pincé. D’ailleurs, son livre aurait cette constance de ne pas trouver d’éditeur, donc, en plus, publié à compte d’auteur, il ne verrait même pas le bout du nez du moindre lecteur, sinon celui d’un ou deux membres de la famille et de quelques rares amis. Tous complaisants. Par affection autant que par charité.
Au grenier ! Même pas déballé de ses cartons, tout neuf, sous de vieilles poutres de chêne, parmi les vieilles roues de bicyclette, les vieux meubles, les souris, les vieilles valises, les vieilles pendules, les vieux chiffons, les toiles d’araignées et les poussières éternelles des objets mis au rebut, le prix Goncourt hyper putatif !

Un de mes amis, qui a quelques accointances avec le monde du cinéma, me disait, il y a peu dans un mail, que Godard ne trouverait pas un sou aujourd’hui pour tourner, ne serait-ce qu’un clip minable pour une marque de saucisses congelées !
Brassens, quant à lui, ne dénicherait aucun fou prêt à miser une thune sur ses chansonnettes et ses rimes à la noix !  Il gratterait sa guitare et réciterait ses vers au fond d’une cave obscure, comme un pauvre type !

Quand je vois ça, moi, je ressens plein de dédain pour mon époque et je me sens profondément romantico-passéiste.
Mais ça n’arrange pas pour autant mes affaires, tout ça.
Car je  ne me suis jamais totalement fait à l’idée d’avoir eu la malchance d’être obligé de partager la même époque que des milliards et des milliards de cons…
Sans doute parce que j’en suis forcément un aussi.
A leurs yeux.

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26.04.2015

La fleur de quoi ?!

cerf01.jpgDans le truculent et vaudevillesque poème A l’ombre des maris, Georges Brassens, toujours féru d’archaïsmes,  emploie une expression que pas grand monde, en 1972, n’avait encore à l’esprit.
Et je suis certain que nombreux sont ceux, à commencer par moi-même, qui ont chanté ces vers sans s’arrêter sur leur délicieuse ambigüité.
Je ne suis même pas sûr que le Poète lui-même ait intentionnellement écrit  le double sens.

 

Car pour combler les vœux, calmer la fièvre ardente,
Du pauvre solitaire et qui n‘est pas de bois,
Nulle n’est comparable à l’épouse inconstante.
Femmes de chef de gare, c’est vous la fleur des pois !

 La fleur des pois. Diantre ! Qu’est-ce à dire ?
L’expression remonte en fait au XVIIe siècle et son auteur – du moins le premier chez qui on la trouve, car les expressions le plus souvent vivent dans l’anonymat des rues et des faubourgs avant de s’immortaliser sous la plume d’un auteur, Cf. Rabelais et Villon – en fut sans doute Saint-Simon dans ses mémoires à propos d’une dame de la Cour de Louis XIV, Madame de Nangis.
L’expression n’avait alors rien de plaisant ni d’ironique. Bien au contraire, elle désignait quelqu’un de profondément distingué, l’élite, et son équivalent était le Dessus du panier, qu’on retrouve chez Madame de Sévigné.
Pois avait alors une valeur très positivement connotée, le mot désignant de nombreux légumes, comme le haricot ou la fève, très présents dans l’alimentation des XVIIe  et XVIIIe siècles.

Mais, à l'oreille, on découvre une toute autre connotation et Brassens aurait dès lors très bien pu écrire :

Femmes de chef de gare, c’est vous la fleur d’époi !

Vu le contexte, c’eût été une merveille car l’époi désigne le dernier cor des vieux cerfs et on sait que le cerf, plaisamment, avec ses cornes majestueuses, est l’allégorie parfaite du cocu.
Dans le Cocu, Brassens chante d’ailleurs ;

 J’ai du cerf sur la tète

Il serait évidemment précieux de savoir exactement comment Brassens avait orthographié son manuscrit.

 Quant à Vous, Messeigneurs, chantez à votre guise,
En ce qui me concerne, ayant enfin compris,
J’abandonne à son sort le petit pois honni
Pour désormais chanter la fleur d’époi jolie.

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19.04.2015

Louis XIV

tous-les-recoins-et-les-secrets-de-l-hermione-se-devoilent_2164359_480x300.jpgAu cours des dix-sept années – notez que je vis en Pologne depuis dix ans - qu’a demandé la construction de la réplique de l’Hermione, à Rochefort, j’ai trois ou quatre fois visité le chantier, il faut le dire, un chef d’œuvre d’ingéniosité, une œuvre d’un grand art.
J’avais même, il m’en souvient, poussé le bouchon jusqu’à y emmener un copain anglais, lequel avait pendant toute la visite dû supporter mes amicales mais néanmoins sarcastiques boutades.
Il n’en pouvait plus, le pauvre !  J’en souris encore.
Hier,  donc, la pimpante frégate a pris les flots depuis les rivages d’une île que je connais bien et que j’ai beaucoup aimée, l’ile d’Aix… Notez derechef que c’est de là que le conquérant au bicorne, main posée sur son ulcère à l'estomac, prit, lui, les flots pour Saint-Hélène….
Ils ont l’humour tenace et revanchard,  les Anglois…
Bref, présent sur les lieux, et puisqu’on en est à évoquer l’humour, Monsieur petite blague y est allé de la sienne :
"Et voilà comment on rassemble des millions d'euros sans que l'Etat n'y mette trop d'argent, c'est pour ça que je voulais compenser par ma présence."

On était donc dans l'imitation jusqu'au cou.
Mais, quoique tout aussi mégalo, le petit-fils d'Henri IV avait été, lui,  beaucoup plus clair.

 

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