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30.11.2013

L’humour Brassens

littératurePierre Cordier est un artiste belge.
 Il faisait partie, avec André Tillieu et bien d'autres encore, de ce qu'on appelait la bande des Belges, chère à Brassens.
C'est d'ailleurs Brassens qui l'encouragea «à suivre un chemin encore mal fréquenté et plein d’escarpements», quand il inventa le  chimigramme.

 Il a travaillé aussi sur des hommages à Michaux.

Dans son bouquin Je me souviens de Georges, livre magnifique parsemé de photos de son cru et de petits textes anecdotiques relatifs à son amitié avec Brassens il confie qu’il reste persuadé que si Georges avait eu une alimentation un peu plus saine, un peu plus équilibrée, la Faucheuse ne serait pas venue si tôt moissonner son dernier jour.
Georges Brassens est mort, à soixante ans, d’un cancer du colon qui s'est généralisé.
On connaît les années de vaches maigres de l’impasse Florimond, Brassens attendant pendant plus de sept ans que quelqu’un daigne enfin venir jeter un coup d’œil sur son travail.
Ça viendra.
En attendant, ce sont des années où Georges ne mange que des conserves et des pâtes. Il grossit d'outrancière façon. Ses amis, qui ne l’appellent plus que «Le Gros»,  s’inquiètent, enfermé qu’il est à longueur de journée et de nuit à lire, lire, lire encore, et à écrire, écrire, toujours écrire.
L'opiniâtreté de celui qui croit en ce qu'il fait.
On sait aussi que le succès étant venu, cet homme qui n’a par ailleurs pas changé grand-chose à ses habitudes marginales et à son train de vie, s’est tout de même acheté une maison, une  gentilhommière à Crespières.


Un jour donc, Cordier et un autre ami, voulant faire plaisir à Brassens, débarquent inopinément à Crespières avec des cageots de mirabelles toutes fraîches, resplendissantes, dorées, achetées au marché.
Ils sont accueillis par des sarcasmes joyeux, des railleries, des boutades et d'amicales plaisanteries du poète qui descend précipitamment à la cave et qui s'écrie bientôt :
- Moi aussi, j'ai de belles mirabelles !
Et notre homme d'exhiber des boîtes de conserve de prunes. Les meilleures selon lui...qui s'y connait en conserves.

Pierre Cordier a récemment lu un ouvrage sur la diététique, l’hygiène alimentaire...
Il veut donc argumenter et commence ainsi  son propos :
  -Tu sais, Georges, j’ai lu un livre qui…

Et Brassens de l’interrompre aussitôt en signe de renoncement et en remisant ses foutues boîtes dans un placard :

- Alors, si t’as lu un livre…

 

12:32 Publié dans Brassens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.11.2013

Passes et tour de passe-passe

prostitution_-_luxembourg.jpgL’auguste Assemblée Nationale de France, toute drapée de dignité républicaine et ointe d'une sainte morale, s’apprête à délibérer sur un texte de loi qui vaut son pesant d’imbécillité. Savent vraiment pas quoi foutre, ces gens-là, pour se faire remarquer ! Ils me font peu ou prou penser à des cancres qui n’ont que des mauvais résultats et qui s’évertuent quand même à lever le doigt au fond de la classe, pour donner le change, faire ceux qui sont studieux et actifs, même s’ils n’ont que des âneries à formuler.
Il s’agit, pour la susdite et auguste Assemblée, de taxer le con qui va s’aller fourrer sous les jupons d’une dame publique. Et pas une petite taxe, mes aïeux ! Pas une de ces bagatelles qui vous tombent sur le portefeuille si vous volez une poule au voisin, si vous roulez à tombeau ouvert sur les routes au risque de tuer quelqu’un, si vous foutez votre poing sur la gueule d'un emmerdeur dans un bistro borgne, ou si vous avez en poche quelques grammes de shit… Non, non... Ça, c’est des broutilles. Car le gars qui va tenter de s’acheter une éjaculation aussi secrète qu’objective se verra désormais puni d’une amende de 1500 euros ! Vlan ! Un SMIG dans son sale nez d’obsédé sexuel  ! Et si, en plus, il est têtu et dur du sexe, le gars, si vraiment, lui, il aime aimer les putes et qu’il recommence ses cauteleuses dégueulasseries, paf ! 3000 euros dans les dents !
Deux mois de SMIG dans le rouge pour trois minutes de fantasme incontrôlé !
Hé ben ! Ne fait pas bon avoir des érections intempestives sous le ciel de Robespierre ! Pour un comité de salut public, ça, c’en est un vrai ! Les gars, je vous conseille, en cas de bandaison frauduleuse, de prendre votre courage à deux mains et de… Paraît que ça rend sourd, mais en tout cas ça ne ruine pas !
Je passe sous silence, évidemment, les arguties humanistes et socialistes de Vallaud Belkacem, grande protectrice des femmes qui se vendent, vierge vêtue de noire qui protège le bon peuple de ses propres égarements. Madame sait-tout. Même ce dont elle n'a jamais entendu parler ! Cette femme, quand elle dit des choses vraies, indéniables dans l’absolu, des choses qui paraissent évidentes au premier imbécile venu, a le talent de les faire puer le mensonge et la sournoiserie politique à des kilomètres à la ronde.
Car le fin mot de l’histoire, voyez-vous, pour moi, dans cette loi que madame la ministre brandit à bout de bras comme la liberté de Delacroix son drapeau, c’est que cette manne des rues obscures, hé ben, c’est tout simplement du pognon qui  passe sous le nez de l'Etat. Le fonds de commerce de toute cette générosité répugnante, c’est que la loi ne veut plus que les pauvres femmes se vendent tout simplement parce qu’elle a la ferme intention de les acheter ! Ainsi, ces billets dilapidés dans des transactions aussi immorales que clandestines ; ces billets non soumis à l’impôt, nets de TVA,  que le clampin esseulé tend à la pute, hop, pris la main dans le sac, par ici la bonne soupe, changement de direction, c’est l’Etat qui empochera désormais le montant au centuple de la passe envisagée !
Je faisais allusion à l'onanisme, il y a quelques lignes, mais méfiez-vous quand même ! Pour l'heure, ça va, certes, mais là aussi, ça pourrait bien être considéré
sous peu comme un produit de luxe ou une activité asociale. On ne sait jamais quand l'imagination malade de ne pas en avoir est au pouvoir ! On ne sait jamais quels chemins délirants peut emprunter sa frénésie de tout légiférer, sa soif de réduire l'individu à néant, d'en faire un clone bien propre, bien policé, con comme un balai et heureux comme un pape !
Nous entrons à pas feutrés dans la dictature du formatage unique. Des mains de fer dans des gants de velours. Des esclaves souriants pour des maîtres débonnaires.
Ce qui m’effraie là-dedans, c’est l’application stricto sensu de cette loi scélérate ! Car seul le flagrant délit aura sans doute force de preuve ! Ça promet ! Faudra vraiment que le pauv' garçon soit pris le slip sur les chevilles, sinon bernique pour lui voler ses 1500 euros ! Parce que j’imagine mal, quand même, la dame du métier empocher la rançon de son art et filer chez les condés dire « Hé, la police, secouez-vous un peu !  Y’a un p’tit blond avec un gros nez et des lunettes qui sort de mon pieu ! »

Et pendant ce temps-là, tenez, accessoirement, j’écris au Ministère de la culture car nous avons le projet de traduire une œuvre merveilleuse de la littéraire polonaise, une grande œuvre, jamais traduite en français, et de l’offrir ainsi au public francophone. Hé bien on m’envoie poliment, avec toutes les formes du langage confisqué, me faire foutre !
Mais je leur sais néanmoins gré de ne m’avoir pas foutu une amende pour tentative de racolage.
Combien d'insultes et d'outrages à la volonté de créer resteront-ils impunis avec cette bande de salopards à la morale fondamentalement immorale ?

Allez, pour conclure, chantons Brassens, ça nous mettra de bonne humeur et c’est de circonstance. Concurrence déloyale, que ça s’appelle. S’il avait chanté ça en 2013, le moustachu frondeur, Vallaud Belkacem l’aurait traité de gros salaud et fait condamner, j’en suis sûr. Quant à Villon, elle aurait carrément demandé sa tête !
Comme quoi cette époque est bien celle de la victoire totale des chenilles processionnaires sur les tendres rameaux de la poésie :

Il y a péril en la demeure,
Depuis que les femmes de bonnes mœurs,
Ces trouble-fête,
Jalouses de Manon Lescaut,
Viennent débiter leurs gigots
A la sauvette.

Elles ôtent le bonhomme de dessus
La brave horizontale déçue,
Elles prennent sa place.
De la bouche au pauvre tapin
Elles retirent le morceau de pain,
C'est dégueulasse !

Illustration : Une politique quelconque dans l'attente d'une promotion non moins quelconque

13:30 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

23.11.2013

La barbe !

brouillonLa route est luisante de gel, comme un miroir laissé par la nuit sous la voûte forestière. Et la lune, là-haut entre deux nuées rousses, en rajoute avec sa lumière qui tremblote et se reflète. Il faut conduire doucement. 
- Va doucement. Ça glisse.
- Je sais.
Un renard saute le talus, traverse en trottinant, s’engouffre sous les pins. Je ne freine pas. Surtout ne pas freiner. Il est beau, roux avec sa grande queue. Blanche, m’a-t-il semblé. J’aime cet éveil de la vie sauvage entre chien et loup.
- Tu as vu ? Va doucement…
- Oh, tu me barbes, tu sais. Je le vois bien, qu’il faut aller doucement.
- Je te quoi ?
- Tu me barbes. Tu m’ennuies, quoi... (silence un peu vexé).
- Je ne connaissais pas ce mot dans ce contexte. C’est un euphémisme pour un autre mot un peu moins poli, sans doute ?
- C'est ça, oui... Mais c'est vrai, ça. Pourquoi dit-on comme ça ? Faut que je recherche. Tu as raison. Qu’est-ce que la barbe vient foutre là-dedans ?
On rigole. Et la route qui glisse, la nuit et la forêt et même le souvenir du renard passent au second plan.
- Va doucement...
(Soupir !)
- C’est ennuyeux de se raser ?
- Non. J’aime bien, moi… On a l’impression de se refaire un visage tous les matins…Tout en pensant à autre chose. En faisant des projets pour la journée, par exemple. Il y en a même un qui, paraît-il, pensait à être Président de la république en faisant ça.
- Et alors ?
- Ben, ça lui a pas mal réussi, à ce c… (pas d’euphémisme, là)

Quelque deux quarts d’heure plus tard. Voyons ce que dit le dictionnaire des locutions : "Après avoir longtemps été associé à la sagesse, le mot barbe est lié en français moderne à l’ennui." Je suis d’accord, mais j'aimerais bien savoir pourquoi. Allons, allons, Monsieur Rey...Passons au dictionnaire culturel. Ils sont magnifiques, ces quatre gros volumes, avec leurs pages fines, couleur café-crème.
- Tu trouves ?
- Pas vraiment.
Très complets, ces dictionnaires. La barbe, disent-ils, est riche de symbolique dans les textes religieux, Ancien Testament, Coran. Dans l’iconographie chrétienne, Dieu est toujours barbu. Mais il y a aussi le côté inquiétant de la barbe, Barbe Bleue chez Perrault et, dans la réalité, le sinistre Landru…
-Tu me diras ?
-Oui, bien sûr. Mais c’est assez long…et ça se complique.
Elle est aussi, cette foutue barbe, l’objet des soins masculins parmi les plus attentifs, afin de bien présenter, car, c’est bien connu, chez les humains, l’habit fait souvent le moine. Présente ou absente, elle est un vecteur de la sociabilité, d’où l’importance
du barbier dans la culture occidentale, considéré à la Renaissance comme un véritable artiste esthéticien. La profession est d’ailleurs consacrée, fait remarquer le dictionnaire culturel, par Beaumarchais, avec Le Barbier de Séville et Le mariage de Figaro et par Mozart, le Nozze di Figaro.
La barbe…la barbe….Tiens, c'est marrant ça : le ministre de l’instruction publique du Second empire tenta d'en faire interdire le port aux enseignants, au prétexte qu'il était un signe manifeste de ralliement à la cause de l’opposition…Hé ben ! Les hippies, les fidèles de Fidel Castro, les intégristes musulmans, les rabbins…Oui, la barbe a bien un aspect identitaire. Un goût d'appartenance à...
J’ajoute Che Guevara, quand on se croyait en mesure de faire chuter le vieux monde, et qu’on portait tous la barbe, histoire d’effrayer le bourgeois, peut-être. De faire plus vrais dans nos déterminations. J’ajoute aussi cette envie d’avoir la barbe dès qu'elle a des velléités de pousse, pour montrer aux jeunes filles qu’on est devenu un homme avec des désirs partout… Nos règles à nous, presque. Bref, hors sujet tout ça.
-Alors ?
-Très intéressant, mais ça ne me dit pas en quoi c’est profondément ennuyeux.
On change derechef de dictionnaire…Historique, celui-ci.
- Ah, ça y est ! Rébarbatif…Tu écoutes ?
- Suis toute ouïe.
- De l’ancien français rebarber, littéralement tenir tête, être barbe contre barbe, quoi, comme quand on se dispute fort, prêt qu'on est à en venir aux mains. Qu'on se mesure. Un peu comme les animaux.
- Oui...
- Ben, c’est repoussant tout ça, très agressif. C’est rébarbatif et, quand c’est ennuyeux, on peut dire aussi que c’est rébarbatif…Un roman rébarbatif, une écriture rébarbative. Qui ne donne pas envie, quoi.
- C'est un peu barbant, non ?
- Un peu...

Mais c’est ça aussi, vivre ensemble et ne pas être né avec les mêmes étymons au-dessus du berceau : ces détours passionnants pour fouiller la langue de la vie quotidienne et tenter d'en découvrir le secret musical.
Ce secret qu'on joue d'oreille, sans connaître la partition.

Image : Philip Seelen

10:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

22.11.2013

De ma fenêtre

littérature,écritureLe vent souffle en gris sur les grands bouleaux jaunes et les tilleuls qui s’ébouriffent. Entre deux courants d’air, la chute des feuilles caresse en silence l’inertie d'un après-midi quelconque
Je regarde par la fenêtre.
Depuis des lustres et des lustres, aucun voyageur n’accoste plus à mes rivages, c’est pourquoi je n’interroge plus l’horizon.
Je regarde. Simplement. Sans attendre et par plaisir.
D’ailleurs, ce serait chimère que d’interroger un horizon que délimite une forêt. D’une forêt, nul ne peut arriver. On ne peut qu’en surgir.

Comme ce loup d’un matin de décembre.
Un éclair fauve qui ne m’avait laissé que le dessin de ses griffes sur la neige du talus. Pour me signifier sans doute que jamais plus je ne le reverrais. La trace, l’empreinte, le vestige, donnent toujours cette impression du jamais plus, cette odeur de fuite puis de disparition. La trace gravée sur un passage, c’est un peu la mort qui survit. La comète du fouilleur. Qui la questionne, s’évertue à la faire parler, qu’elle dise son nom, qu’elle murmure son âge et pourquoi elle s’est fossilisée là, précisément.
Il la veut absolument de dimension humaine pour qu’elle le ramène à sa place à lui, dans la sempiternelle ronde des mondes qui succèdent aux mondes.

Je m’étais agenouillé ce matin-là sur la neige et j’avais tenté de lire pourquoi ce loup, là, sans meute, errant sur mes lisières, pourquoi cette bête et sa beauté farouche des dieux anciens ; pourquoi cette apparition fuyarde du mythe honni des contes et des légendes.
Le stigmate m’avait confié alors la solitude errante d’un vieux voyageur, de ces voyageurs qui ne suivent jamais votre route, mais la traversent perpendiculairement. Qui la coupent avec brusquerie ; juste le temps de vous couper le souffle et que renaissent dans votre tête les vestiges ataviques de rêves à peine formulés.
C’est du moins ce langage-là que j’avais entendu.
Je m’étais relevé. Comme pour tenter de freiner la fuite du sauvage, j’avais encore scruté la pénombre blanche des sous-bois où de menus flocons gelés et tombant en averse crépitaient sur les aiguilles des pins.
Puis j’avais regagné ma maison ; mon temps à moi dans la sempiternelle ronde des mondes qui succèdent aux mondes.

Je regarde par la fenêtre.
Le ciel épais est gris et c’est là une couleur qui côtoie sans crier toutes les autres. C’est elle  qui domine aujourd’hui et c’est elle qui donne aux verts sombres des pins, aux jaunes des bouleaux, aux marrons des tilleuls, aux rouges fanés des dernières fleurs de mon parterre, toute l’opportunité de leur présence dans le paysage. Au service des autres teintes, le gris n’existe pas en tant que tel. Sans elles il est triste et laid, sans lui elles sont fades, comme elles le sont toujours sous un ciel céruléen. Même le silence prend toute sa force avec du gris. Un silence lumineux m’est toujours apparu comme une anomalie tapageuse.
J’aime l’automne.
Mais le temps me pousse, nous pousse, inexorablement vers les ténèbres de la tombe. Alors ce ciel bas sur le monde, ce souffle qui déplume les arbres, ce mutisme du village, cette solitude sans nom,  tout ça est beau.
Parce que tout ça, c’est de l’anti-néant.

12:28 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

18.11.2013

Le Lego de l'ego

freud.jpgLa psychanalyse a ceci de fort méritoire qu’elle ne laisse pas grand monde indifférent.
Vous avez ceux qui la voient partout et s’évertuent à décortiquer le moindre de leurs rêves comme un message subliminal, ceux qui se piquent de fine, docte et profonde analyse sur tout comportement un tantinet singulier ou contradictoire, ceux qui souffrent réellement et se fourvoient dans leur douleur jusqu’au point d'aller lui demander un accès à eux-mêmes ; accès qui, pensent-ils, mettra fin à cette souffrance, et ceux qui, enfin, font une  irruption de boutons dès qu’on prononce son nom, qui disent que ce sont là des conneries, bref, ceux qui, comme Sartre avant qu’il ne se rétracte, sont prêts à nier l’inconscient. Par frousse, sans doute, et pour tronquer leur ignorance contre l’énoncé d'une autre ignorance aux allures savantes, comme toutes les ignorances qui pèsent lourd.

Tous, à mon sens, sont dans l’erreur. A tel point que je peux bien rajouter la mienne en livrant ma propre vision des choses.
La psychanalyse, en tant que théorie, est une somme d’investigations parmi lesquelles il arrive que quelques-unes, par hasard,  soient vérifiées par le réel. Elle est donc, toujours à mon sens, une donnée de l’existence parmi tant d’autres et l’erreur intellectuelle a consisté à donner une prépondérance à ses énoncés, à leur conférer un rôle de déterminisme qu’ils n’ont absolument pas.
Ce que nous sommes est sans doute une accumulation de circonstances et de vécus, parfois fugaces, à peine entrevus, dont les premiers apprentissages de la vie, leurs anicroches, leurs bobos plus ou moins profonds, et que le grand fleuve de la vie a jetés aux oubliettes et recouverts de ses alluvions. C’est là un de nos matériaux, pas plus important que ne le sont les autres : la volonté, l’envie, le désir, les accidents de parcours, les angoisses de l’adolescence, les traumatismes de nos échecs, l’orgueil de nos quelques réussites, l’affrontement avec le monde, notre banalité physique, notre laideur ou notre beauté.
La psychanalyse en tant que thérapie est donc un leurre énorme. Remonter à soi par le biais d’un seul élément - le vécu non perceptible emmagasiné dans un oubli que la théorie a nommé inconscient -  ne peut conduire au bonheur de soi que par une sorte d’auto-satisfaction d’être soudain mis en présence d’un individu dont on ignorait qu’il fût en nous. Vouloir accéder à ces fourmillements de la galaxie inconscient, c’est poser le postulat, jamais vérifié, que savoir un mal, c’est le guérir. Comme si, par exemple, la peur d'un danger pouvait faire qu'il soit obligatoirement évité...
On me pardonnera de simplifier à outrance et de passer sous silence les notions de la théorie psychanalytique, telles que subconscient, moi, sur-moi, moi social et tutti quanti.

J’ai une  idée du bonheur beaucoup plus simple : l’accession à mes désirs. Quels qu’ils soient.
Et si cette accession est vouée à l'échec parce qu'ils sont impossibles à satisfaire, parce que je n’en ai pas les moyens ou parce que l’idée que j'ai de l'éthique m’en interdit le chemin, la possibilité de les classer au rang de mes fantasmes secrets, avec qui, ma foi, je ne vis pas trop mal, m'est offerte. Un peu comme les raisins verts du renard de la Fable. Et pas de panique de perversion avec le mot "fantasme", il inclut aussi la rêverie, le songe, l'imagination !
Qu’ai-je besoin pour cela de savoir les millions de petits éléments qui composent mon univers ? Je vis avec cet univers, je sais qu’il émane de lui des particules que j’ignore, mais qu’importe ! Mieux. Quel plaisir ! Parce que c’est quand même une joie que de se surprendre soi-même et je est bien le dernier individu avec lequel j’admettrais, passez-moi la trivialité de l’expression, de me faire chier.
Il ne me déplaît pas de ne pas tout comprendre du contenu de ma valise et c’est même en farfouillant dans ce contenu disparate qu’on se dirige peu ou prou vers l’art. Celui qui prétendrait tout savoir et tout comprendre de lui n’aurait rien à dire de beau aux autres. Ce qui ne signifie pas que tout individu qui ouvre sa valise produit du bel art. C’est là un autre domaine, celui de la hiérarchisation sociale de l’esthétisme.

Les gens qui consultent un  psy, qui font des analyses, (j’en ai rencontré beaucoup,) m’ont donc toujours fait beaucoup de peine. Parce que pour faire une démarche pareille, il faut souffrir
réellement, profondément, et, au final, c’est un aveu d’échec terrible quant à la puissance, à la volonté et à la capacité à s’assumer tel que l’on est, en vrai, en matière et en histoire.
C’est, irais-je même jusqu’à dire, le désaveu terrifiant d'un amour de soi. Parce que l'amour de soi ne signifie orgueil, égocentrisme, nombrilisme que pour les imbéciles, toujours ingénieux quand il s'agit de prendre des raccourcis. Pour les autres, il signifie estime. Un individu qui ne s'estime pas se suicide. Forcément.
Un psychanalyste, connaissance d’un de mes amis, me disait un jour, dans un vieux bistrot de la rue Ménilmontant, après une longue conversation régulièrement ponctuée de demis, le poncif suivant : à cinq ans, tout est achevé chez l’individu du magma inconscient avec lequel il devra vivre.
Je devais avoir alors vingt-trois ou vingt-quatre ans et j’avais avalé sans coup férir tous les bouquins de la Petite Bibliothèque Payot sur le sujet… J’ai donc bayé du bec comme un corniaud, comme on baye du bec devant une vérité désarmante, et je n’ai pas su répondre à cette rencontre d'un soir ce que je répondrais aujourd’hui : c’est ça, monsieur, qui est fabuleux, qui est riche, cette matière achevée qu’on porte en soi et qu’on pétrira chemin faisant pour aimer, désirer, chanter, écrire, rêver, détester, s’opposer à… Cette matière qui servira de tremplin à notre volonté de vivre. Cette matière initiale dans laquelle nous aurons à sculpter, à l'instar de Pygmalion, la vie dont nous tomberons amoureux.
Je n’ai pas su répondre cela parce que, dans ma tête, à l’époque, cette notion d’achèvement résonnait comme une catastrophe, comme un déterminisme affligeant, véritable assassin du libre-arbitre.
Je suis pourtant né avec deux jambes et je ne considère pas que ce soit un handicap insurmontable que de devoir mettre un pied devant l’autre et ainsi de suite, pour me déplacer dans l’espace.

07:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.11.2013

La crise, l'écriture, l'édition et tout le bastringue

littérature Trois manuscrits restent désespérément coincés dans mes fichiers et tiroirs.
L’un a été écrit en 2009-2010, l’autre en 2011 et le p'tit dernier, mignon comme tout,  en 2012. Le premier a été refusé cinq ou six fois. J’en ai eu marre, je n’ai pas de thunes à investir dans les colis postaux à répétition, alors je l’ai mis au rebut.
Le p'tiot benjamin est cependant en attente d’avis favorable... comme une demande de subvention. On n’a pas pris la décision encore, on n’a pas encore lu, ça fait six mois, et on me donnera un avis en mars, quand les arbres auront des feuilles, ce qui est quand même plus gentil que quand les poules auront des dents.
Il semble, pour un autre spécialiste de la mise en papier, qu'il soit digne d'intérêt, mais voilà, l’argent manque, ce que je comprends tout à fait. On ne me publiera donc certainement pas...
Alors, l’écriture, l’édition, les livres et tout le bastringue, un peu ras les chaussettes, voyez-vous ! Puisque c’est la crise, crisons donc dans notre coin et n’emmerdons plus personne avec nos gribouillis !
Gribouillons sur blog en vilipendant le numérique qui nous tue et en faisant l’apologie du papier, du livre, de la vraie édition, de la bibliothèque, du libraire et du bouquiniste !
Un peu comme si nous honorions un truc qui n'existe que dans notre tête. Comme des déistes !
N'ayons cependant pas peur de l'incohérence : des hommes qui se noient n'ont pas l'esprit à se demander si l'eau qui va bientôt leur faire péter les poumons et les expédier six pieds sous flots est potable !
Mais, au fait, la crise, elle a quel âge. Trente, quarante ans ?
Misère ! Une crise de quarante ans, c’est plus une crise, ça. C’est un état du monde. Le gars qui est né en 1970, par exemple, ne doit pas bien comprendre ce que c’est qu’un monde apaisé ! Comme quelqu’un né pendant la guerre de cent ans devait bien se demander à quoi pouvaient ressembler des hommes qui perdaient leur temps à ne pas s’éventrer !
Bref, si ça continue - et ça risque fort de continuer- je vous livrerai ici, ces trois fichus avortons de manuscrits de m….et vous en ferez une lecture de crise !
S’ils ne sont pas bons, vous n’aurez qu’à dire que je suis en crise.
Et si vous les trouvez à votre goût, hé ben, je n’aurai pas tout à fait perdu mon temps. Vous serez dès lors des lecteurs de crise qui donnerez tort à la crise… Presque des révolutionnaires !
Ah ! que ne trouvé-je à mettre sous ma misérable plume un sujet qui soit plus fort que la crise !
Mais je me demande bien lequel. Ce que je vois ça et là publié et qui fait recette - pour la plupart des titres - me semble justement des sujets de crise… de folie furieuse.
Quel monde, mes aïeux ! Au secours, Filippetti ! Tout ça sous votre règne ! Les monarques du temps jadis faisaient quand même mieux que vous ! 
Et me v’là encore atrabilaire, moi qui me croyais guéri.
J'espère que ce n'est qu'une simple rechute. Pas une crise.

11:10 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

15.11.2013

Remerciements

Par ces quelques lignes, je veux simplement, mais sincèrement, remercier les quelque trente personnes qui m’ont fait part de leur ferme intention de se procurer mon CD.
Même si je suis loin, très loin du compte, pour honorer les frais de studio sans mettre la main à ma propre poche, j’en suis heureux.
Le déficit est un risque majeur du compte d’auteur, on le sait au départ, on n’est donc pas étonné à l’arrivée.
L’important, c’est d’avoir quelque chose à partager. D’offrir à ceux qui vous lisent, une autre forme de l’expression de soi. De là à dire que c'est de l'art (ou du cochon), il y a des distances que je me garderai bien de franchir.
Le titre du CD, Tylko dla ciebie signifie Pour Toi seul. Mais pas de panique, les textes, eux, sont bien en français (!)

La semaine prochaine, je ferai donc les envois, un à un.
Puis, bien sûr, content, j’attendrai sûrement des échos.
Avec anxiété car je ne suis pas du tout du tout sûr de moi.
Qui pourrait l’être ? L’écoute, comme la lecture, est affaire de sensibilité intime et il y a quasiment autant de sensibilités intimes que d’individus.
Merci donc à vous et à bientôt !

Bertrand

Maquette CD H 5.jpg

 

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13.11.2013

Message-réclame

DSCN2253.jpg J’ai adressé cet après-midi, à une quarantaine de personnes pour la plupart lecteurs de l’Exil des mots, un mail leur proposant d’acquérir le CD que je viens d’enregistrer…
Enfin !

Il comporte neuf titres :
- Plus loin que Varsovie : Paroles et musique mézigue
- L’âne portant des reliques : La Fontaine, musique mézigue
- Saltimbanques : Apollinaire, musique mézigue
- Invasion barbare :   Paroles et musique mézigue
- L’oiseau blessé d’une flèche : La Fontaine, musique mézigue
- La Ballade des pendus : François Villon, musique mézigue
- Poème sans titre : Baudelaire, musique mézigue
- Le Revenant : Brassens, musique mézigue
- Figure d’exil : Paroles et musique mézigue

D’ores et déjà, une dizaine d’exemplaires m’ont été commandés.
Mais, comme vous êtes, si j’en crois les statistiques incroyables d’Hautetfort, près de 3000 à me lire, il faut bien que je fasse ici quelque réclame.
Donc, si vous aimez la musique et ne me détestez point, contactez-moi donc et je m’empresserai de vous inscrire sur la liste d’attente, qui n’est pas longue, hélas, et vous indiquerai alors la procédure à suivre pour acquérir mon œuvrette.
Merci.
Je suis tout ouïe....

16:08 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

12.11.2013

11 novembre polonais

En septembre 1992, pour tout dire le dimanche 20, jour d’un certain référendum sur le traité de Maastricht et deux-centième anniversaire de Valmy, j’écrivais sur ma guitare une chanson :

Qu’il soit noir, qu’il soit rouge,
En berne ou qu’il pavoise,
Quand bien même s’rait-il bleu et parsemé d’étoiles,
Un drapeau dans ses plis a toujours en réserve
Une salve pour ceux qui ne veulent pas saluer.

Pour peu qu’on se souvienne des charniers de l’histoire
Là où les étendards glanent leurs jours de gloire
Sur les corps en charpies de soldats inconnus
Quand la connerie humaine s’est faite une vertu

Pour peu qu’on se souvienne… etc., etc.…

drapeau-polonais_21046113.jpgMinuscule œuvrette d’un moment d’humeur, la chanson est bien sûr tombée aux oubliettes avant même d’être peaufinée, tant il est vrai que ce qu’on écrit comme ça, au pied levé, sur trois ou quatre accords, vous semble, une fois le temps écoulé et l'humeur sensible retombée, d’une naïveté déconcertante.
Blague à part, ceci vaut sans doute également pour la moitié des textes de ce blog. Car il ne faut pas croire que ce qui s’inscrit en pattes de mouches volatiles dans ce vaste souk que constitue la foison des blogs et sites ne s’envole pas aussitôt dit dans les nuages du dérisoire et du nul et non-avenu. D’ailleurs, digression pour digression, quand on parle de blogosphère, le seul élément à peu près véritable, métaphorique, qu’il faudrait retenir du concept, c’est qu’effectivement ça tourne en rond sur soi-même.  En 24 heures souvent. Ça donne le tournis, ça grise un peu ; c’est peut-être pour ça qu’on y reste. Mais il ne faut pas pour autant se vider la tête au point de croire qu’on fait œuvre de quelque chose. Il n’y a rien de pire, si ce n’est la maladie mortelle qui soudain vient à vous frapper, que de prendre les effets de son ivresse pour ceux du réel.
Donc, la chansonnette…
La  parole sans le cerveau rétorque à ces couplets approximatifs : c’est justement pour faire en sorte que les drapeaux ne soient plus les emblèmes des catastrophes guerrières et du sang versé que l’Europe s’est regroupée sous une seule bannière.
C’est là voir le monde comme le voit le pigeon, à l’aune de sa seule volière. Car depuis que l’Europe est Europe, dans combien de champs de bataille a-t-elle trempé le glaive ? Pour moi, la mort, qu’elle soit distribuée en Syrie, en Lybie, au Mali, en Afghanistan, en Bosnie, en Irak ou devant ma porte, reste la mort. Et ce n’est pas parce que l’on ne s’étripe plus guère sur les rives du Rhin ou sur les plaines d’Europe centrale et de Belgique, que le drapeau bleu aux étoiles jaunes n’est pas déjà souillé par le sang.
Ce n’est pas un hasard si
cette Europe s’est affublée d’un drapeau avant même d'avoir dépassé le stade de l’Idée ailleurs que dans une monnaie, des marchés et la distribution tous azimuts de subventions, avant même que n’émerge chez les individus dont elle est peuplée une once de sentiment citoyen et européen.
Il ne me viendrait pourtant pas à l’esprit de mettre en place le toit de ma maison avant d’en avoir creusé les fondations et élevé les murs.
Comme quoi un drapeau, c’est d’abord une vitrine qui camoufle le désert d'un fonds de commerce.

Cette ébauche de chansonnette et cette histoire de drapeau me reviennent donc toujours en mémoire, ici en Pologne, aux alentours du 11 novembre. Dans les campagnes en effet, aux portes et aux fenêtres d’une maison sur trois ou quatre, flotte au vent brumeux le drapeau blanc et rouge.
Cela me met mal à l’aise. Il y a, dans un drapeau qu’on arbore comme ça, chez soi en plus, toute l’arrogance d’une appartenance à quelque chose dont ceux qui n’arborent pas sont exclus. Il y a de l’agressivité. De la fierté hargneuse. J'ai toujours ce sentiment et je fredonne alors la mélodie de la chansonnette avortée.
Pourtant, là, je fais des efforts pour relativiser mon aversion : car il me faut intellectuellement passer en revue une histoire qui ne m‘appartient justement pas. Il me faut repenser au 11 novembre 1918 en tant que date de l’écroulement des Empires centraux et de la renaissance de la Pologne rayée des cartes depuis 1795. Il me faut dès lors bien prendre conscience que je suis ailleurs, que cet ailleurs se veut ce jour-là ostensiblement rouge et blanc parce qu'il a été décrété  Fête nationale.
Que, par-delà la fin de la plus sanglante guerre de l’histoire, on veut célébrer ici la fin d’une occupation de plus de 120 ans et la résurrection de la notion même de Pologne.
Alors, je fais une exception et je me dis que ces drapeaux qui flottent sont ceux de la fin d’une souffrance et le bout d’un interminable tunnel.
Mais, apercevant en même temps sur les champs, des paysans qui travaillent, qui hersent, labourent ou roulent du fumier, eux qui n’oseraient seulement pas toucher à un manche de binette ou de fourche un quelconque dimanche, jour du Seigneur, car le curé le leur défend fermement du haut de sa chaire, je me dis aussitôt que tout ça, la mémoire, la célébration, les couleurs, le souvenir, l’honneur des patriotes-résistants polonais tués aux cours des insurrections de 1830 et de 1863, la diaspora du IXe siècle et du début du XXe, c’est du pipeau, du chinois, dans la caboche du paysan qui n’a d’yeux que pour ce qu’il ne verra jamais : le ciel que lui vend l'abominable clergé !
Toujours, donc, cette vitrine sur un fonds de commerce non achalandé. Une couverture.

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07.11.2013

Le mythe décisif

Albert Camus aurait eu cent ans aujourd’hui même.
Cet anniversaire fictif m’inspire cette pensée apparemment absurde et tout à fait personnelle :

L’esprit humain patauge dans l’erreur et la confusion parce que depuis des siècles et des siècles les hommes qui croient en dieu et l'honorent le font d’aussi grotesque façon que ceux qui le rejettent et le conspuent.

Albert-Camus-74_lg.jpg

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04.11.2013

L'éducateur éduqué

littérature, écritureElle dit comme ça, en refermant son cahier :
- On a fini les chapitres sur la Préhistoire. Lundi, on va commencer à étudier l’Antiquité.
Ça m’intéresse, ça. Je suis tout ouïe.
- Et qu’est-ce qui différencie les deux périodes ?
- L’art.
Je hoche dubitativement du chef en pinçant le bec, un peu à la manière sérieuse et suffisante du professeur qui engage l'élève à développer son propos :
- J’aurais dit l’écriture, plutôt...
- Pffft ! C’est parce que tu écris, qu’elle moque.
- Pas du tout. Car dis-donc, on ne vous a pas parlé de Lascaux au cours de tes leçons sur la Préhistoire ?
- Si. De Lascaux et des grottes d’Altamira en Espagne. Du Mexique aussi.
- Et ce n’était pas de l’art, ça ?
- Pas vraiment.
J'ouvre des yeux scandalisés.
Ce que voyant, elle enfonce joliment le clou.
- Parce que ce n'est qu'à partir de l’Antiquité que les hommes ont commencé à faire consciemment, volontairement, de l’art. C’est comme ça qu’on sépare la Préhistoire de l’Antiquité.
- Ah bon ?
- Dans la Préhistoire, les hommes n’avaient pas conscience d’être des artistes. C’est nous, de très loin, qui appelons cela de l’art, mais pour eux, ça n’en était pas. Ils faisaient ça pour autre chose. Regarde Lascaux, justement : que des animaux. De la nourriture, quoi.
- Et l‘art c’est quoi, alors ?
- C’est faire de l’art pour le plaisir et la beauté de l’art.

Je réfléchis. Ce n’est pas bête du tout, ça…
Et je me demande tout à coup si je n’ai pas un début de réponse à une question qui me turlupine depuis toujours. Comment des hommes qui n’avaient pas de liens entre eux, qui n’étaient fédérés ni par un langage, ni par une religion, ni par un Etat, ni par une idéologie, ni par une autorité quelconque, pouvaient-ils peindre à peu près les mêmes choses, en Dordogne, au Mexique et en Espagne ?
Parce qu’ils étaient fédérés par la nécessité primaire ? Par le langage de la survie ? Par les exigences universelles du ventre ?
C’est toute la définition de l‘art que remet en cause ce satané cahier d’histoire !

L'art, ce serait d'abord une intention.
Dira-t-on, par exemple, dans quelque 20 000 ans - s’il est encore debout - que le viaduc de Millau qui enjambe la vallée du Tarn, c’était de l’art ?
Alors qu‘il s’agissait de faire circuler plus rapidement les marchandises entre Clermont-Ferrand et Béziers.
Un investissement. Ni plus, ni moins.

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01.11.2013

Les Paysans

978-2-8251-3898-4_1.jpgLes deux livres - sur environ  soixante lus ces dernières années - qui m’auront le plus impressionné (dont un est encore en cours de lecture) portent le même titre : Les Paysans.
Coïncidences ?
Il n’y a pas de coïncidences dans nos amours de lecture, pourtant.
L’un est de Balzac, l’autre de Reymont, prix Nobel 1924, titre polonais original Ch
łopi.
Et pourtant ce sont deux livres de style et d’approche fondamentalement différents.
Ils ont cependant en commun d’être, sous une fausse identité romanesque, des études de mœurs et de société d’une époustouflante acuité et telles qu’un sociologue, un philosophe, un romancier, un ethnologue ne pourront jamais en produire.
Ces deux livres sont d’une autre dimension de la littérature ; dimension à laquelle peu de plumes ont su, savent et sauront sans doute atteindre.

08:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET