lundi, 30 mars 2009

Sans titre

Parce que la viande était à point rôtie
Parce que le journal détaillait un viol
Parce que sur sa gorge ignoble et mal bâtie
La servante oublia de boutonner son col

Parce que, d'un lit grand comme une sacristie,
Il voit sur la pendule un couple antique et fol
Et qu'il n'a pas sommeil et que sans modestie
Sa jambe sous le drap frôle une jambe au vol

Un niais met sous lui sa femme froide et sèche
Contre son bonnet blanc frotte son casque à mèches
Et travaille en soufflant inexorablement

Et de ce qu'une nuit sans rage et sans tempête
Ces deux êtres se sont accouplés en dormant
O Shakespeare, et toi Dante ! il peut naître un poète.


Stéphane Mallarmé - Gallimard NRF/Poésies 1998 - Page 156

vendredi, 27 mars 2009

La conjuration du sablier

arbre.jpgLa plaine qui n’ondulait jamais était humide et la forêt tout au bout mettait brutalement fin à son destin de plaine.
C’était un mur de pins sombres où bataillait le vent, la forêt, et c’était vers ce mur que je marchais, cependant que le soleil tout pâle glissait sur les dernières plaques de neige. Derrière moi, il n’y avait rien. Que du souffle invisible sur le silence de mon histoire.
J’ai levé les yeux au ciel. J’y  cherchais un oiseau, j’y cherchais un voyage qui pût me rassurer du mien, me chuchoter tu n’es pas si seul dans la désespérance, pas si perdu dans tes errances, regarde la blessure fatiguée de mes ailes, regarde l’immensité des nuages à l’assaut desquels me porte cette blessure, regarde le sang par les vents injecté dans mon œil, vois l’impossibilité de mes chimères ataviques et vois la mort au bout sans qu’aucun vide, nulle part, ne s’inscrive sur la face du monde. Mort anonyme. Sépulture introuvable. Néant dérisoire.
Mais le ciel était muet. Pas même un nuage en forme d‘allégorie, de ces nuages qu’on lit, comme des monstres ou comme des jouets,  quand on a refermé tous ses livres.

Je marchais vers la forêt parce que j’y avais cru voir la silhouette chancelante d’un homme. On ne voit pas beaucoup d’hommes par ici. On ne voit que la plaine et sa toile de  fond, le rideau des pins.
Que viendraient faire ici les hommes ? Depuis longtemps mon pacte avec eux avait été rompu. A tel point que même là, sous le vent, sur la neige éparse et sous le ciel immaculé, la forêt semblait reculer devant moi, comme si elle refusait que je la rejoigne, comme si sous mes pas s’allongeait la plaine et comme si l’intrus échoué là bas, à la lisière, s’obstinait à repousser l’échéance d’une rencontre.
C’est alors que j’ai vu l’oiseau. Non. J’ai d’abord vu son ombre qui se déployait sur le sol. Après seulement, j’ai reconnu un corbeau. Un vrai corbeau. Pas une de ces corneilles ou autres freux qui habitaient là-bas, autrefois, sur les marais et les labours paisibles des brises océanes. Un grand corbeau. Un lointain consanguin des nettoyeurs d’Austerlitz. Tellement noir qu’il m’en a semblé  bleu.
Il a plongé sur la lisière et je me suis arrêté tout net. C’était un signe. Je devais m’arrêter là. Il  y avait de la mort blottie sous l’envergure puissante de ses ailes.
La forêt est venue jusqu’à moi. Un nuage est passé et le soleil s’est tu, vaincu par la pénombre.
L’oiseau picorait avec force délectation les yeux de l’homme sur le sol étendu. Le mort n’était pas mort et se prêtait au jeu. Il embrassait le bec et caressait la plume à chaque lambeau de chair arraché à sa vie.
Quelqu’un a frappé. J’ai cru. C’était le vent qui secouait violemment les volets.
En sursaut, j’ai regardé par la fenêtre. La lune dormait encore entre deux branches livides.
Je me suis levé. J’ai bu la dernière eau-de-vie de mon histoire et me suis mis à écrire.
Je n’ai depuis lors jamais cessé de tenter de remonter le temps.
Faire reculer la forêt.

Image : Philip Seelen

jeudi, 26 mars 2009

En attendant le dégel...

 

Incompréhension.jpg

IMAGE : Philip Seelen

mardi, 24 mars 2009

Littérature et numérique

redonnet001.jpgZozo.jpgL’édition numérique soulève, depuis maintenant plus d’un an, de nombreuses questions, interrogations ou autres angoisses professionnelles de la part des éditeurs, des auteurs, des libraires, des imprimeurs et, en dernier mais non moindre lieu, des gens en direction desquels est censé travailler tout ce beau monde : les lecteurs.

Les questions sont, pour la plupart, récurrentes. Elles ont été à peu près toutes abordées depuis le lancement de Publie.net en janvier 2008, par François Bon sur son site-atelier à ciel ouvert, le tiers livre.
Mais la principale, la grosse, l’énorme question qui angoisse tout le monde au point de tourner au véritable fantasme est : le livre tel que nous le connaissons depuis l’invention de l‘imprimerie va t-il disparaître ?
Diantre !
Nous savons que tout fantasme est un prisme déformant posé entre la conscience du réel et le réel lui-même, mais là quand même…Nous assisterions à un événement planétaire à la hauteur d’une autre disparition, celle des dinosaures.
Cette vision fantasmagorique des uns (e) et des autres – je parle là surtout des lecteurs - ne peut être que celle de gens qui ne peuvent aimer et pratiquer qu’une seule chose à la fois, qui ne peuvent concevoir leur activité que calquée sur un seul modèle, qui ne goûtent pas la cuisine indienne au fin prétexte que la cuisine chinoise est bonne. Une vision manichéenne et borgne.

Un peu d’histoire récente, même si je vais être réducteur jusqu’au délit dans ce rapide coup d’œil.
L’édition traditionnelle – je parle à présent des mastodontes de ce secteur d’activité - s’est retrouvée prise au piège tendu de ses propres filets, piège qui réside dans une production de plus en plus massive de volumes édités. Dialectique marchande dans ce qu’elle a de plus implacable et qui consiste à marier tour à tour les contraires entre eux jusqu'à réalisation de la synthèse souhaitée :  plus on produit, plus le coût de production par unité est bas, plus le coût de production par unité est bas, plus les pertes sont moindres sur la masse non-vendue de ces unités et plus la marge dégagée sur le vendu est grosse.
Il s’agit de jongler et d’éviter ce que les comptables et les financiers appellent doctement l’effet ciseau, quand, reproduites graphiquement, les lignes  pertes et les lignes profits finissent  par se croiser,  c’est-à-dire quand les dépenses galopent plus vite que les recettes.
Les deux lignes, en aucun cas, ne peuvent être parallèles. Ça signifierait que le gars travaille pour du beurre….Du beurre qu’il ne mettrait pas dans ses épinards, du coup. Il faut donc que  ces deux lignes suivent une courbe, ascendante ou descendante, mais, condition sine qua non à la survie de la boutique, qu'elles soient toujours et judicieusement inversement proportionnelles, sans jamais se rencontrer. Enfantin, me direz-vous…
Enfantin ? Pas tant que ça dans le domaine qui nous intéresse : la diffusion littéraire…Supposez en effet une époque où l’édition n’éditerait que des œuvres de grande, de très haute qualité… Faut pas se leurrer : elle n’en éditerait pas des tonnes et un profit maximum devrait être alors tiré des œuvres en circulation, pour la continuité même de l’édition desdites oeuvres. C’est-à-dire que la ligne des pertes devrait être quasiment bloquée au point zéro. Et même…Le profit dégagé ne permettrait jamais la constitution d’un grand capital. Les quelques éditeurs qui ont fait ce choix vous le diront bien mieux que moi.
La difficulté a donc été contournée en prenant le risque de pertes de plus en plus énormes générant une plus-value ascendante, née du volume produit à moindre coût.
Le résultat est maintenant connu : une foule d’auteurs publiés sans jamais être lus, abandonnés à leur déconfiture, une vitesse de rotation vertigineuse, huit jours, quinze jours maximum, dans les rayons de librairie.
Le lecteur, s’il veut tomber sur un illustre inconnu qui aurait du talent, doit être plus rapide dans son geste que ne l’est le chasseur de papillons.
Et même que des fois le papillon attrapé au vol est aussi laid que le trou de balle des chiens…Ça m’est arrivé récemment. J’avais demandé qu’on m’envoie de France un livre sur lequel j’avais lu de belles critiques, qui traitait d’un sujet qui me passionne et qui, arrivé en Pologne, s’est avéré être une merde absolument indéchiffrable !

Alors que le livre, cet extraordinaire outil de communication, de culture et de plaisir du monde était saccagé, déprécié, ravalé au rang de la marchandise pure comme une vulgaire lessive, dans le même temps,  l’outil Internet montait en puissance et sous l’impulsion solitaire de quelques pionniers, l’Internet littéraire prenait du galon.
Devant l’ampleur de la catastrophe – du point de vue du livre – l’édition numérique est née. Au début, cette naissance a été prise, et peut-être même vécue de l'intérieur, comme un refuge. Mais le refuge s’est avéré fort probant, enthousiasmant, et finalement  lieu de création à part entière.
Aujourd’hui, les professionnels s’interrogent et, question de choix stratégique, se proposent de prendre le train en marche.
C’est bien. C’est quand même mieux de prendre un train en marche que de le louper carrément et de rester sur le quai à regarder défiler les voyageurs.
Et tout ceci ne met nullement en péril nos chers livres mais, bien au contraire, se propose de leur redonner leur place et leur rôle, qui est de diffuser de la littérature et de l'esprit.
François Bon, ici, répond, en épinglant  toutes les interrogations du SNE (Syndicat des éditeurs français), à tout ce que vous  avez toujours voulu savoir sur l’édition numérique sans jamais n’avoir osé le demander, en même temps qu’il démonte tous les préjugés de ce syndicat des éditeurs, récemment mis en évidence au salon du livre,  face à l’émergence de l'édition numérique.

lundi, 23 mars 2009

Tempête

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(Premières et dernières lignes d'un roman qui ne verra jamais le jour)

C’en était presque effrayant.
L’hiver hurlait des souffles gonflés de pluie et les arbres se tordaient en tous les sens en sifflant telles des âmes errantes, prises d’épouvante. Des nuages épais et si noirs qu’on les eût dit chargés d’encre ou de charbon, traversaient le ciel au triple galop et déversaient des trombes furieuses sur les chemins qui ruisselaient.
Des tôles mal arrimées aux portes des granges ou aux lucarnes des fenils, battaient violemment au vent, tandis qu’allongés de tout leur corps devant les feux, absolument indifférents aux vacarmes du dehors, les chats ronflaient.
Mais des turbulences s’engouffraient parfois dans les cheminées, chahutant la flamme qui devenait rouge et se mettait à vrombir. Des brandons incandescents étaient alors projetés dans la fourrure épaisse des mistigris. Ils se réveillaient en sursaut, s’ébrouaient, maugréaient, trottinaient jusqu’à leur pâtée comme des automates et reprenaient leur sieste.
Les fumées sur les toits se couchaient au ras des tuiles et filaient sous la noirceur du ciel, où elles s’évaporaient aussitôt, comme diluées dans les tourbillons.
Sur les labours et les tout jeunes blés, sur les marais, sur les prairies et sous les peupleraies, les fossés et les canaux avaient depuis quelques jours déployé une grande nappe d’eau qu’agitaient de courtes mais brusques vaguelettes. Des colonies inquiètes de mouettes et de goélands délogées de leurs falaises et de leurs plages par l’incessante tempête, y voguaient, moroses, en attendant que les cieux retrouvent la sérénité,  que le vent tourne au nord ou à l’est, que la gelée des matins perle enfin sur l’herbe des fossés et que le pâle soleil de décembre réapparaisse.
Le vent ébouriffait leur plumage blanc.
Mais pour l’heure, les jours étaient noirs comme des nuits et sanglotaient d’un crachin nerveux, fouetté par la bourrasque.
Un gros cargo battant pavillon panaméen, venant d’Anvers, était en détresse au large d’Oléron. La télé en parlait et montrait des images d’écumes vociférantes se jetant à l’assaut du mastodonte en perdition, lui harcelant les flancs de puissants coups de butoir, comme avec une opiniâtre volonté de le vouloir fracasser.
Pris au piège des éléments, le titan des mers gîtait dangereusement, tanguait et semblait même vouloir piquer du nez, tel un monstre marin surgi des profondeurs abyssales et qui tenterait, touché à mort, de s’y réfugier.
On finit tout de même par annoncer que la tourmente avait jeté par-dessus bord neuf fûts de la cargaison, neuf fûts d’un terrible poison, avec un nom imprononçable et long comme un jour sans pain. Ils dérivaient sans doute vers les côtes charentaises. Ou bretonnes. Vendéennes peut-être, voire celles de l’Aquitaine. En tout cas, interdiction absolue était formulée, d’un ton grave et responsable, d’y toucher si par hasard un promeneur - follement audacieux par ce temps de chien - venait à en découvrir un, gisant sur le sable ou échoué parmi les rochers.
C’était dangereux. Voire mortel.
Il fallait vite le signaler aux autorités si vous veniez à trébucher sur une de ces ordures.


Deux jours et deux nuits durant, le vent mugit, ne faiblissant que par instants, comme pour reprendre son haleine et repartir de plus belle à l’assaut des villages et des bois.
Pas question par ce temps de chien d’aller abattre en forêt sans risquer d’y périr écrasé sous un arbre.
Quentin était donc cloué à la maison près de la cheminée. Comme le chat.
Il naviguait des rideaux de la fenêtre, qu’il écartait pour voir si la tempête ne manifestait pas quelque signe d’épuisement, jusqu’au baromètre qu’il tapotait de son index, vingt fois par jour, comme si ce geste nerveux eût été capable d’inverser la tendance.
Mais l’aiguille ne remontait pas, désespérément bloquée en dessous des mille hectopascals.
Quentin revenait alors s’asseoir près du feu, reprenait son livre, lisait trois pages sur la bataille de Borodino et les grandes manœuvres opposées de Koutouzov et de Napoléon, vaste partie d’échecs où s’éventraient des hommes, tâchait d’apprécier les visions épiques de Tolstoï puis, refermant l’ouvrage, caressait le chat et en revenait à sa fenêtre et à son baromètre, non sans avoir, à chaque voyage, fait le détour par la cuisine, sur la table de laquelle trônait une bouteille de vin, flanquée de son verre.
Sa femme l’observait du coin de l’œil et bougonnait. Il n’en avait pas marre de s’agacer en rond, comme ça ? Est-ce que ça changeait quelque chose qu’il se tourne les sangs en eau de Javel ? Ça finirait bien par se taire, cette tempête….
Alors il prenait sa guitare, égrenait deux ou trois accords mineurs et revenait à Tolstoï, à la fenêtre, au baromètre et au chat, ou bien il allumait la télé, cliquait sur toutes les chaînes et l’éteignait aussitôt en pestant contre tant d’imbécillités.
- Tu devrais tout de même aller voir à tes oiseaux.
- Je ne veux pas me prendre une tuile sur le coin de la gueule. Ou une tôle qui me sectionnerait le cou…
Mathilde riait :
- Tu exagères. Il faudra bien que je sorte pour mes visites, moi.
- J’ai mis une protection. La volière est à l’abri…Si mon rideau a tenu le coup… Ce qui m’inquiète, c’est le retard de la coupe. J’aurais dû la finir ces jours-ci. La replantation est prévue pour début janvier.
- Ils la retarderont, voilà tout. Tu n’y es pour rien.
- Tes malades attendront aussi. Tu n’y es pour rien non plus.
- Tu dis des bêtises.

vendredi, 20 mars 2009

Tout simplement parce que...

Parce que nous avons, dans ce qu'elle a d'essentielle de joie et de tristesse, la même lecture du monde, Philip Seelen m'a offert de mettre en ligne quelques uns de ses regards sur les paysages.

Regards de poète. Regards de celui dont le monde s'inscrit à la pupille et qui nous le restitue en images. Plus condensé, par lui réfléchi.

Merci, Philip, pour cette empreinte gravée ici par l'amitié.

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Rêveries solitaires

 

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Solitude

 

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Murailles des peines

 

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Lui !

 

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L'éternel retour

 

mercredi, 18 mars 2009

Le sacerdoce du crime

photo_1221414270230-7-0.jpgNous sommes en 2009.
Nous avons derrière nous 2009 ans d’oppression des âmes par la chrétienté, nous avons les innommables tortures de l’Inquisition, arrachages de langues, yeux crevés, défenestrations, les bûchers, les massacres catholiques des guerres de Religion, le sang des Albigeois, les séquestrations dans les couvents, avec rapts, viols et tortures, découverts en 1989,* le silence complice au cours de "la solution finale", l’interdiction d’avortement pour les jeunes filles bosniaques violées par les soldats serbes...etc.
Nous sommes en 2009 et ils pavoisent de plus en plus fort ! Ils ont Benoît je ne sais combien et sa répugnante idéologie du crime et du mensonge.
Ancien serviteur des jeunesses hitlériennes, ce Tartufe perché sur la plus haute branche de la croix, croassait il y a quelque temps, à Auschwitz même, que l’holocauste n’était le fait que d’une petite poignée de criminels !
Il a refusé récemment d’excommunier un évêque fasciste et négationniste.  Un des siens.

Il proscrit aujourd’hui, en Afrique et devant le monde entier, l’utilisation du préservatif sur un continent où les hommes, les femmes et les enfants ravagés par le virus du sida, sont tués par milliers !

Je le crie ici et j’en prends l’entière responsabilité : Cette déclaration ne peut relever que d’un esprit  profondément criminel ou irresponsable jusqu'au désastre !

Ce qui, vu la charge de l'auteur de cette ignominie, revient exactement au même.

 

* Voir Jules Michelet " Histoire de la Révolution française"

mardi, 17 mars 2009

Les quatre saisons

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Dans un monde qui n'arrête pas de faire semblant d’être bousculé par des préoccupations modernes, voire futuristes, tant du point de vue de sa science que de son art, je suis sans doute d’une sensibilité obsolète, d’une texture désuète, d’une émotivité surannée.
C’est un monde intelligent mais qui ne sait plus trop quoi faire de toute cette intelligence. 
Un monde avec une telle conscience de son présent qu’il ne le voit plus que dans le futur.
Moi non. Je me soucie aujourd’hui de l’évolution des hommes, de leurs sociétés et de leurs éthiques, comme d’une guigne. Longtemps je me suis soucié de tout ça, depuis mes plus jeunes années et même jusqu’à fort tard dans la nuit. Je fomentais de l’espoir, je réunissais des conjurations, je tirais des plans pour l’avènement d’une belle, égalitaire et jolie société. Sans classes ! ? ? Oui, au tout début, pendant le catéchisme intellectuel et  juste après la première communion des mutineries. Après, il m’est apparu qu’un concile s'avérait absolument nécessaire pour adapter la leçon ingurgitée à la réalité des  non-événements.
Alors ça a évolué, ça a tergiversé, ça a dérivé, ça a vu autrement, d’autres espoirs sont venus, mieux ancrés, mais toujours dans un réel constamment se dérobant sous les pas.
Tout ça, il faut du temps, beaucoup de temps pour s’en débarrasser, pour décoder le discours, débusquer le mensonge, écarter les voiles obstruant la lucarne ouverte sur le monde et reprendre les illusions de la  liberté à son propre compte. Autant, presque, je le suppose, que ceux qui ont débuté leur course vers la lumière sous l’ombre infâme des infâmes crucifix de l’excité de Nazareth. Quoique j'en ai vu de ceux-là, et j'en vois encore beaucoup, qui, nés à genoux, n'ont jamais réussi à vivre pleinement debout.

Je suis donc, du point de vue de ce qui m'émeut encore, certainement un réactionnaire.  Si on veut.  Ça ne me dérange pas d’être réactionnaire au milieu d’innovateurs de tous poils qui, depuis longtemps, ont fait la preuve de leur impuissance, de l’inexactitude de leurs vues et, bien souvent, de leur duplicité intellectuelle.
Car je m’intéresse quasiment plus aux paysages qui m'entourent qu’aux hommes qui les habitent. Ma grille de lecture, ce sont les saisons qui tournent, le grand mouvement des choses et le visage de ces paysages qui changent avec toujours la même et sereine éternité.
J’ai mis tout ça au propre dans un manuscrit actuellement en lecture chez Publie.net.

J'entends déjà aller bon train les commentaires des sages dialecticiens. Mais les paysages, c’est humain, c’est l’empreinte des pratiques humaines qui les sculptent aussi, c’est.... ! Oui, oui…Chassés par la porte, les matérialistes de la pensée pure s’empressent de revenir par la fenêtre. Mais je m’en fous, moi, de ce que l’activité humaine transforme des paysages !  Je vis ce que je lis. Je bois ce que je vois,  je me détourne de ce que je ressens comme laid.
Parce que tourne la roue, dent après dent, inéluctablement, vers son fatidique terminus. Cette roue, c’est au travers des saisons que je la vois. Plus clairement que dans mon miroir.
Je tourne dans l’espace et dans le temps, au même point à la même date, même jour, même heure, même minute, même seconde que la saison dernière…Je me promène sur la boule bleue qui se promène et mes pas qui vont là-bas, que je les presse ou que je les somme de s’arrêter, vont leur chemin.
Les seuls paysages me parlent. Des sentiments qui vont de pair surgissent. Des souvenirs enfouis, à peine entrevus. Le bleu pâle du printemps, le jaune poussiéreux de l’été, la pagaille bariolée de l’automne, le blanc glacé de l’hiver, tout ça ce sont des pages qu’on tourne, d’un cahier où nous n’écrivons rien, que de solitaires balbutiements.

Je regardais, je furetais, je fouinais, je farfouillais hier sur ce territoire d’Internet consacré à la littérature,  à l’écriture plus exactement, territoire dans lequel s’inscrit aussi ce blog. J’ai mesuré, un instant, un instant seulement puisque je suis revenu, parmi les textes, les félicitations des uns, les diatribes des autres, les m’as-tu-vu dans mon joli projet d’autres encore,  tout le sérieux amusement d’une époque effondrée sur elle-même.
Maupassant et la belle simplicité de ses paysages me manquent terriblement.

 

vendredi, 13 mars 2009

L'homme au bon mot

 

Etre écrivain - Dernière suite, enfin !

Finalement, tout ce débat, c'est du blabla, de la bouillie pour les chats errants, de la crotte de chiens faméliques.

De l'écume aux lèvres désoeuvrées de la planète solitude.

De l'onanisme besogneux à l'ombre des forêts crevées.

Parce que, être écrivain, du moins le devenir, c'est simplement ça :

Le lien ne fonctionne pas, alors copiez/collez. Ça vaut le détour.

http://www.lemotif.fr/fr/actualites/actualites-du-motif/bdd/article/307

Et  qu'on ne me parle plus de tous ces pauvres types autodidactes :

Flaubert3.GIFhugo82.jpgStendhal.gifCeline.jpgVaillant.jpg

 

Maupassant.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

etc...etc...etc...

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