vendredi, 27 février 2009
Transition
On pourrait faire de la neige une allégorie de la beauté en même temps que l’antinomie du chef-d’œuvre.
Comme la beauté, elle subit les affronts du temps, d’autant plus sévèrement que le souvenir de son éclat est encore très présent à l’esprit. Tout le contraire du chef-d’œuvre.
Avec les premières velléités de redoux, la blancheur accumule la fatigue et se fait bâtarde. Les paysages s'abîment dans le chaos d’une boue glissante. Les trottoirs sont maculés comme d’une gélatine et les forêts et les villages et les clôtures et la ville se répandent des pleurs de l’éternel éphémère.
La lutte est rude entre la saison qui meurt et celle qui voudrait naître. Des tourbillons de neige voltigent encore sous une saute brutale du vent, rageurs, opiniâtres, arrière-garde désespérée du temps passé, sitôt remplacés par une averse de gouttes, puis de gros flocons à nouveau, puis des salves de pluie qui frappent le sol comme pour en reprendre possession et chasser enfin les derniers stigmates de l’hiver, qui s’agrippent pourtant aux fossés et résistent encore sous abri des sous-bois.
Le thermomètre observe le combat et marque les points. + 1 pour le nouveau né. 0 pour l’ancien. + 2, attention ! - 3 et nouvelle contre-offensive du prétendant au trône, très forte, + 4…
Les hommes éternuent sous le souffle de l’indécision et interrogent la course des nuages.
Seules les premières mélodies de la grive litorne revenue de ses villégiatures océanes et des mortes saisons, siffleront impérativement la fin de la partie.
Bientôt. Et cessant d’éternuer, les hommes remiseront enfin au placard bonnets, gants, écharpes, vestons et autres pelures.
Le grand mouvement des choses qui, comme promis dès la première heure, nous conduit vers la onzième.
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mardi, 24 février 2009
Quand le talent avait un coeur grand comme ça
Écriture parfaite, message sans haine et sans violence balancé à la face du petit, du mesquin et de l'éternel faux-cul.
Cet homme, c'était Rabelais, c'était Villon. C'était toute la généreuse précision du langage populaire remis en pleine lumière, la voix de la nuit, la voix du ruisseau et la voix du coeur.
Le monde a perdu, avec cet homme, une corde vocale essentielle : celle qui donne à la littérature ses mots les plus authentiques. Les mots qui la réconcilient avec le monde.
Juste un mot encore : l'éclair dans le regard, tout à la fin, quand se meurt le dernier accord.
Un regard comme ça, ça ne s'invente pas.
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vendredi, 20 février 2009
20 février, c'est toujours l'hiver...
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jeudi, 19 février 2009
1984
1984. A force d’avoir lu Orwell dans notre adolescence, on en avait presque peur, de cette année là, qu’il nous tombe encore une calamité sur le coin de la gueule qu’on avait déjà pas mal cassée. Bon sang, qu’on se disait, où peut-il bien se cacher, le Big Brother ? Hein ? Où il est ? Quel sale coup il nous prépare, le fumier ?
On ne savait pas encore qu’il était en train de se mettre partout en place, doucement et sans effet d’annonce, sans bruit de bottes ni cliquetis de culasses automatiques…Matois. Sûr de lui et de la puissance de l’endormissement humain.
1984. Pour nous, c’était surtout le retour de l’ennui après les effervescences des années soixante-dix. On avait eu beau courir vite et à travers la montagne, on avait eu beau semer sur notre fuite Rimbaud, Vaneigem, Lautréamont et autres élixirs empoisonnés pour que le vieux monde en nous pistant en crève d’asphyxie, il nous avait une nouvelle fois rattrapés par la peau du cul et on s’était arrêté alors sur le bord de la route, le cheveu encore long, l’œil encore un peu rêveur, mais essoufflé quand même, l’espoir en berne.
La social-démocratie au ventre replet battait son plein, pétait dans la soie et rotait du bourgogne grand cru. Les plus cons d’entre nous rosissaient de plus en plus et entraient un peu partout à reculons. C’est comme ça, le drapeau blanc de la reddition : la marche arrière. A votre bon cœur, tapez où bon vous semble !
Y’en avait même un qui avait perdu en même temps et la cause et le peuple et qui se retrouvait le cul par terre, sur la moquette d’un ministère.
1984. Maurois I est mort. Lui a succédé Maurois II, par la volonté de Mitterand Ier au fait de sa gloire mais dans une France qui patauge dans la crise, le chômage, la politique de rigueur et tout le merdier.
Les derniers Apaches se radicalisent, prennent le maquis. « Quand le désespoir n’a plus que le choix des armes ».
Nous, on leur fait un signe de la main, on leur souhaite bonne chance quand même et on se retrouve dans des cafés à nous. Tu pouvais boire un coup à Amsterdam avec un gars comme toi que tu croisais par hasard, la main sur l’épaule, et le retrouver huit jours plus tard au Marsella à Barcelone, devant une absinthe…On s’en foutait des boniments de la crise. Je ne les répète même pas là, ces boniments. Vous les connaissez par cœur, parce que ce sont exactement les mêmes qu’aujourd’hui. Suffit juste d’ouvrir un journal ou une télé, si vous en avez une. Moi, j’en ai pas. Mais même si j’en avais une, elle causerait polonais et je comprendrais pas, alors...
Les chroniqueurs putasses et les salopards politiques ont ça de génial quand même : Intemporels. Quantiques presque.
Un monde en crise, pour nous, c’est comme quand les loups se dévorent entre eux. On va pas les séparer, hein, risquer un coup de dents, donner notre avis, ramener le calme et négocier. Non, on reste sur notre cul et on attend, espoir bien vain, qu’ils s’égorgent jusqu’au dernier.
Mais les loups ne sont pas que cruels. Ils sont surtout intelligents. L’instinct de conservation de leur espèce est toujours plus fort que leur passion. Stop. On arrête et on recommence comme avant… Y’a encore des ouailles à croquer dans les prés.
Pas comme nous. Nous, on se distille jusqu’au dernier. On n’arrête pas de vider des bouteilles et on fume des fumées qui devraient nous redonner de l’espoir, élargir notre champ de vision et réaiguiser notre sens critique. Mais finalement on s’endort un peu plus. Trop fatigués. Trop chimérique, tout ça…Le coeur n'y est plus.
Alors on se lève un à un dans un bâillement, on se salue, on s’embrasse et on dit qu’on rentre chez nous. Qu’il est tard.
Où ça chez nous ?
On a la trentaine bien sonnée, la tempe déjà un peu grise et on n'a jamais eu de chez nous. Les autres, les renégats, ceux qu’ont mis leurs rêves en bandoulière et le pantalon sur les chevilles, ils sont déjà installés aux commandes. Les couilles molles ont tous couche molle.
Bon, ben, chez nous, on va trouver. Au hasard.
C’est comme ça qu’on s’est séparé.
On s’est jamais revu. Ou alors quelques-uns et longtemps, longtemps après.
On a parlé d’aucun souvenir. Comme si tout ça avait été un ailleurs.
Les vaincus ne parlent jamais de leur guerre entre eux.
Ils en parlent la nuit.
Quand la lune au firmament blafard arrose la solitude des insomniaques.
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Le livre

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mercredi, 18 février 2009
L'étranger
Ce sera fin avril.
En France, là-bas, ce sera le vrai printemps déjà. Plein de feuilles partout, accrochées aux branches des marronniers, aux arbustes des buissons et des halliers aussi. Et des fleurs jaunes qui vagabonderont sur des talus.
Mais 2500 km, c’est long à parcourir pour un printemps !
La sève ici commencera à peine d’escalader les troncs et les branches, poussant devant elle les premières velléités de bourgeons, les premiers embryons de feuilles en tortillons encore, indécises entre le blanc et le vert. L’herbe au fossé sera encore un peu jaune, étouffée des mois et des mois durant sous le gel et la neige.
2500 km, des bords d’un océan aux frontières des Russies, c’est si long à parcourir, pour un printemps !
Il y aura plus d’oiseaux, des ramiers et des passereaux, tous revenus de leurs quartiers d’hiver. Des cigognes aussi qui planeront sur les champs et claqueront du bec, comme les poètes, le cou très renversé en arrière sur le gros amoncellement de brindilles qui leur tient lieu de nid.
Ce sera fin avril.
Le vent léger sera frais encore quand nous sauterons, très tôt le matin, dans un tout petit bus. Jusqu’à Varsovie. Puis dans un gros bus, avec une télévision qui braille des fois, et des gens qui causent fort. Nous nous installerons là pour vingt-quatre ou vingt-six heures, direction la frontière ouest, puis Berlin dans la nuit, Hanovre, Bruxelles, puis enfin, exténués mais joyeux, Paris.
Nous aurons passé la frontière sans frontière après Bruxelles. On aura doucement chuchoté sur mon épaule endormie, "c’est la France." J'aurai regardé défiler mon pays, de l’autre côté d'une vitre anonyme. Je n’aurai pas bien vu ces routes et ces buissons et ces maisons encore assoupies sous l’aurore. Trop de souvenirs devant les yeux. Trop longtemps. Trop d'échecs. Trop de désillusions. Trop de tout.
2500 km, c’est long à parcourir, même quand on n’est plus un printemps !
Le soir, après métro et train rapide, racketteur des pauvres gens, je verrai s’abandonner le jour sur les ondulations de cette campagne charentaise où j’ai si longtemps promené ma vie.
J’irai saluer mon ami. Je lui dirai un mot tendre. Je lui dirai qu'il me manque tellement et que c'était bien sa visite en Pologne. Juste avant...Jamais je ne suis revenu en France depuis qu'il a quitté la terre. Je ferai un baiser sur ma main et le soufflerai vers son silence. Une larme. Une seule. Celle de l'amitié trahie par le destin.
Puis, je ne sais pas…J'embrasserai mon fils, mon frère et quelques amis. Ensuite, je ferai ce que je suis venu faire. Pour mon livre.
Je regarderai l’océan, sans doute, comme on regarde les écumes du passé venir encore mouiller ses pas.
Je ne sais pas quel remous de lui s'agitera dans ma poitrine. Mais ça n'a pas d'importance : on est nulle part et partout chez soi quand on ne sait plus exactement où on est un étranger.
Ce sera fin avril…
Il neige.
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lundi, 16 février 2009
Sept mains dans la forêt Écriture

C'est ici et c'est ouvert.
Un cahier d’écriture à autant de mains que la semaine compte de jours : foin, donc , du repos dominical : n'ayant pas la prétention des créateurs d'univers, le cahier ne se sent guère plus fatigué le dimanche que les autres jours !
Cordialement à toutes et tous et bon voyage parmi nous, au fil des jours...
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samedi, 14 février 2009
La louve
Je m’étais procuré, il y a quelque temps de cela, un vieux livre de contes et légendes dans une bibliothèque. Un mauvais livre de reprises et qui ne citait même pas les auteurs ! Parmi ces légendes, mal dites, mal écrites, souvent bêtes comme chou, de ce vieux livre, une seule m’avait accroché quand même. Son sujet.
Sans que le mot ne soit évidemment prononcé, il s’agissait en fait de lycanthropie. La Louve blanche, qu’elle s’appelle, cette légende.
La lycanthropie. L’être redoutable qui remonte à la surface. Le monstre humain atavique qui prend soudain le dessus. Légende, fantasme ou réalité psychotique ?
Alors, je me suis documenté un peu. Faut dire qu’ici, en Pologne où la forêt et la plaine sont toujours blanches, avec ce silence immaculé des hivers continentaux, je suis un peu hanté, des fois, par l’image des loups.
Je suis resté pantois : je me suis en effet aperçu que la légende du mauvais livre était, en fait, un copier/coller d’un fait divers rapporté comme authentique !
Elle disait mot pour mot le cas d’Arline de Barioux, dont le procès avait eu réellement lieu en 1588, à Riom.
Je vous livre à peu près ce que j’ai pu en lire :
Arline de Barioux, épouse de Nicolas de Barioux, vivait une vie ordinaire et agréable dans les montagnes du Cantal. Elle était jolie, aimable, et son mari en était, paraît-il, fortement épris.
On est content pour lui, mais c’est drôle comme on a besoin de le préciser…Un mari, ou un compagnon, qui ne serait pas épris de sa compagne, franchement, qu’est-ce qu’il foutrait là ? Le monde est vaste, quand même !
Bref, trêve de digressions…Monsieur de Barioux aimait sa gentille petite femme. Point.
Tous les vendredis après-midi, celle-ci avait cependant l’habitude de quitter le logis familial pour aller, la chère âme, porter de quoi se nourrir aux pauvres de la campagne environnante.
Une femme, ou un homme, qui s’absente régulièrement, même jour, même heure, sous quelque prétexte que ce soit, moi qui suis parano, je trouve ça bizarre depuis la Fée Mélusine.. Mais bon, passons…
En fait, là, dans cette histoire précise, j’ai raison. Parce que tous les vendredis après-midi, l’angélique Madame de Barioux se rendait à la forêt où elle…. se changeait en loup et dévorait des enfants !!! C’est en tout cas ce que l’enquête a déterminé.
Où ça, des enfants ? Est-ce que ça pousse dans la forêt, des enfants ? Oui, ça peut arriver…Enfin, je veux dire…Bref, ne soyons pas insidieux. C’est pas le moment.
Mais, las, las, las, trois fois las, un vendredi du gai printemps de 1588, Roger Griffoul, le chasseur du coin, revient bredouille de sa chasse. Il est pas content du tout, Griffoul. Comme tous les chasseurs bredouilles du monde.
Comme tous les chasseurs du monde quand ils rentrent bredouilles, je veux dire. C’est plus clair comme ça. Parce que les chasseurs bredouilles du monde, c’est un beau pléonasme et…
Ça me fait penser, tiens, à une réflexion de Léautaud : Si les lièvres avaient des fusils, on en tuerait moins…
Mais ça n’a rien à voir ici…Et puis Léautaud, c’étaient plutôt des chats…
Revenons donc à nos moutons : Roger Griffoul, tout dépité qu’il était, voit alors surgir devant lui un énorme loup qui a vraiment l’air féroce. C’est dit comme ça dans l’histoire, d’où je me suis mis à supposer qu’il y en a des qui ont l’air gentil.
Griffoul tire. Sans succès. En fait, ce Griffoul, ça doit être un maladroit, que je me dis. Parce que louper un merle, d’accord. Mais un loup ? Hein, c’est gros, quand même, un loup féroce !
Le loup, lui, en dépit de ce coup de fusil raté du chasseur dépité, veut en découdre et il montre d’horribles crocs baveux….Pour se défendre, Griffoul saisit son couteau de chasse et un combat féroce s’engage alors entre le loup et l’homme.
Courageux, Griffoul. Moi, poltron comme tout, j’aurais détalé de là en vitesse ou j’aurais grimpé à un arbre, quitte à attendre là-haut jusqu’au jugement dernier.
Mais Griffoul, lui, il est pas comme ça. Il réussit même à trancher une patte du loup…La patte droite, disent exactement les minutes du procès de Riom. L’animal abandonne alors le combat et s’enfuit, tout sanguinolent, sous les taillis épais.
Sur trois pattes, en claudiquant et en gémissant…Ça, c’est moi qui le dis…Comme la chienne de Léo Ferré, qui n’avait que trois pattes….
Bon mais, Ferré, Léautaud, je vais finir par m’embrouiller, moi…
Peu après, Nicolas de Barioux rencontre le chasseur Griffoul sur la route. Par hasard, sans doute. L’histoire ne le dit pas… Mais le hasard fait bien mal ou mal bien les choses. Parce que le chasseur, la face livide, le menton convulsif et la lèvre sèche et exsangue, balbutie :
- “Je me suis battu avec un loup, dis donc, je lui ai coupé la patte et voilà ce que je rapporte! ” et il montre une main de femme !
On serait effrayé à bien moins, convenons-en….Nicolas, lui, sent sa tête qui chavire : il reconnaît la bague au doigt de la main sanglante. Il s’agit de la bague de sa femme, bon sang de bon sang !
Arline de Barioux revient, elle, subrepticement au logis en fin de journée, longe les murs et se renferme dans sa chambre à double tour.
Se renferme à double tour dans sa chambre. C’est plus clair comme ça.
Mais comme de Barioux sait tout, il force la porte, et oblige la femme dont il est follement amoureux, à montrer l’ignoble blessure. Il exige des aveux. Comment ? Je sais pas…Toujours est-il que la louve, heu, la femme, avoue tout et moi c’est tout ce que je sais.
Eh, ben, dis-donc, il a dû avoir une de ses frousses a posteriori, le gars de Barioux ! Moi si je m’apercevais un jour que j’ai couché avec une louve sanguinaire pendant des années, que je l’ai caressée, aimée, qu’elle m’a embrassé le cou, la pomme d'Adam et même pire, je deviendrais vraiment fou à lier...
Pas lui. Il garde la tête froide et sa femme, heu, sa louve, il la livre à la justice.
Elle eut donc droit à un procès qui passionna les foules et elle fut brûlée le 12 juillet 1588 sur la grand-place de Riom. Vous ne me croyez pas ? Allez-y, à Riom, vous verrez ! Vous demandez le tribunal, les greffes, les archives...Allez-y ! En plus, c'est joli, Riom...J'y suis allé. Une fois.
Voilà donc l’histoire…Je me demande quand même : en quoi un tribunal humain était-il compétent pour juger un animal ? Mais c’était une femme ! Bon, ben alors, où était le problème ? On la jugeait parce que c’était pas une femme, justement..
Je suis stupéfait. La légende du mauvais livre, figure dans les archives d’un tribunal comme un fait avéré !
Et la question qui me tarabuste : qui, du juge ou du grimaud, s'est inspiré de l'autre ?
L’Inquisition, peut-être ? J’en sais bougrement rien….
En tout cas, une femme qui se change en louve, moi, légende, fantasme, manipulations des gens d’église ou réalité, ça me fout la chair de poule.
Le contraire, non, ça serait pas pareil…Ça irait dans le bon sens, en quelque sorte...
Mais personne n'a, à ce jour, fait mention d’une métamorphose dans ce sens là…
Ce qui ne veut pas dire que ça n'existe pas, hein ? Faut pas me faire dire ce que je ne dis point.
Des fois, les gens, i disent pas tout de ce qu'ils savent.
Photo du haut : Wikipédia
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mercredi, 11 février 2009
Rien
Rien.
Il n’y a rien dans l’âme humaine qui ne soit quelque part perverti par la peur.
De soi-même ?
Mais comment avoir peur de soi-même, à moins d’être en même temps un autre ?
Des autres, alors ?
Mais que sont les autres sinon l’idée que l’on s’en fait, comme une projection de ses propres visions de la vie ?
De la fin, ça c’est sûr !
Mais comment avoir peur d’une fin si c’est vraiment une fin ? Comment avoir peur de rien, s’il n’y a rien, pas même la conscience du rien ?
- J’ai peur…T’as peur de quoi, mon gars ? J’ai peur de rien…Alors, t’es un grand courageux !
M’expliquerez-vous, à la fin ! ?
S’il y a de la peur, il n’y a pas de néant.
Alors c’est d’un dieu qu’on a peur !
Mais comment avoir peur d’un dieu, s’il n’est un dieu mauvais, laid, méchant, cruel, pervers et monstrueux ?
Là, d’accord, je veux bien avoir peur.
Mais vous rendez-vous compte à quel prix ?
Il faudrait incendier la planète tout entière pour rectifier l’abyssale méprise. Et encore…
J’ai marché dans la plaine en longeant des forêts qui se courbaient, se bousculaient, se cassaient et qui hurlaient et qui gémissaient. J’étais effrayé. Je l’avoue bien volontiers.
S’il n’y avait eu ces arbres, je n’aurais ni vu, ni entendu ce vent.
De quoi ai-je eu peur, alors ?
Des arbres ou du vent ?
Je ne le sais pas trop.
Je crois en fait qu’on a peur du rien, amis, que par ce qu’on nous en dit et qu’on nous en montre.
Bref, tout ça, c’est du vent…
11:25 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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vendredi, 06 février 2009
Écrire une chanson
A tort ou à raison, peu importe ici, l’expression écrire une chanson a toujours sonné faux à mes oreilles, ce qui est un comble. Pour la chanson, je veux dire.
Faux et un peu niais, même.
On n’écrit pas une chanson. On écrit un livre, un poème, une lettre, une note, un post sur un blog, un article, un mail, un rapport, un mot sur la porte qui dit qu'on revient dans cinq minutes, que sais-je encore ?
Mais une chanson, franchement ?
Une chanson, c’est des mots soutenus par des notes. Des mots dits avec de la musique. Ou des notes qui soutiennent des mots, me direz-vous. Ça dépend. Ça dépend de ce qu’on fait en premier. A moins qu’on fasse à peu près simultanément les deux…
En ce qui me concerne, je prends ma guitare et si, tout à coup, il y a une suite d’accords, comme ça, égrenée au hasard, qui me plaît bien, je chantonne des mots dessus… Des états d’âme du moment, tendresse, colère, amertume, vagues souvenirs …Neuf fois sur dix, on en reste là.
Ça s’appelle « un moment agréable. »
La dixième fois, ça peut se concrétiser…Ça peut. Pas toujours.
Alors, la rime et le verbe viennent, je dirais sous les doigts, comme s’ils avaient été là, avant, cachés sous l’harmonie des accords. Je rechante alors plein de fois ce qui a ainsi spontanément germé, en changeant des mots quand même, en peaufinant le rythme, en permutant, par exemple, un accord mineur en son sixième plaqué en septième majeur…Si ça me plaît toujours, ça finit par faire une chanson.
Que je n’écris nulle part, ni notes ni mots. Sinon dans ma tête.
Je ne dirais pas alors que j’ai écrit une chanson. Je dirais plutôt, si je viens à en parler ou s’il me prend fantaisie de la chanter à des amis, que j’ai fait une chanson.
Bricolé ? Oui, si vous voulez…On peut dire ça comme ça. En tout cas, pas composé. Ça, ça fait vraiment trop haut de gamme et je n’ai jamais eu la prétention de croire que quelques accords affublés d’une sorte de poème, puissent tenir lieu de composition.
Mais si on écrit d’abord un poème (au sens large, parce que le nombre de chansons qu’il nous est donné d’entendre, qui riment effectivement tout en ne rimant strictement à rien, faut tout de même pas appeler ça des poèmes), si on écrit, donc, d’abord des mots, qu’on est content et qu’on mette de la musique dessus, alors là, je dirais plutôt qu’on a écrit un poème et qu’on l’a mis en musique.
Toute proportion gardée, comme Ferré avec Rimbaud, Verlaine ou Baudelaire ou comme Brassens avec Aragon, Musset, Corneille, de Banville ou Paul Fort.
Si on est un musicien avéré, qu’on compose un véritable morceau, qu’on en écrive consciencieusement la partition avant de jouer quoi que ce soit et qu’on se mette en devoir, quelque temps après, de mettre un discours là-dessus, là, je dirais qu’on a fait une composition.
D'où est née une chanson ? Oui, si vous voulez..Là aussi, on peut dire ça comme ça. Mais alors en deux temps bien distincts, avec deux dispositions d'esprit complètement différentes. Deux écritures du monde qui, à un moment donné, ont voulu fusionner.
On n’a donc pas écrit une chanson, en soi. On a composé une partition et sur chaque note, on a collé des syllabes.
Voilà. Enfin, c’est ce que je crois.
Mais je peux me tromper.
Ça m'arrive assez souvent...
09:53 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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