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11.03.2009

Etre écrivain - suite -

Tout d’abord merci à Feuilly d’avoir "répondu à la réponse" que je lui avais formulée ici même sans qu’il en fasse la demande, donc une vraie réponse, une réponse étant toujours plus à propos quand on ne vous demande rien alors que vous êtes concerné par le sujet livré au public.
Merci à celles et ceux également qui ont apporté leur contribution sous forme de commentaires, Michèle, Débla Rosa, Philip, Meriem, commentaires que je vous invite à consulter ici et chez Marche Romane, ce qui m’évitera de les reprendre et de d’y faire référence sans entrer pour autant dans le détail de chacun.  En filigrane, donc.

Si le sujet mobilise, c’est bien qu’il est essentiel pour nous autres qui écrivons et qui lisons sur la toile et ailleurs, qui sommes édités ou qui ne le sommes pas encore, qui nous éditons nous-mêmes, via nos blogs respectifs.
Crise existentielle ?
Feuilly est parti d’une recherche, assez réduite à mon sens, de ce qu’est l’écrivain et je lui ai donc fait écho, de façon pas assez précise à mon goût. En outre, les débats qui ont suivi ont partiellement fait évoluer ma réponse spontanée. Feuilly a offert alors des précisions dans un deuxième texte et, ma foi, si on a un peu avancé, on en est pour l’essentiel au même point : on ne sait toujours pas à partir de quand on peut dire de quelqu’un qu’il est un écrivain et on ne sait toujours pas si on doit qualifier d'« écrivain » un idiot(e) vautré(e) avec ses livres de merde sur les étals insolents de la marchandise pure.
Ceci dit, un épicier qui vend des petits pois véreux, reste un épicier. Mauvais, certes, mais un épicier quand même, avec un numéro de SIRET à la chambre du commerce...


Recommençons donc par le commencement : être édité. C‘est quoi ?
C’est tomber d’accord avec un éditeur pour qu’il imprime et distribue votre œuvre. Qu’il fasse de vous, donc, socialement, un écrivain. Pas une vedette. Un écrivain. Quelqu’un qui a écrit un livre qu’on peut trouver en librairie. Encore que... J’y reviendrai bientôt.
Le compte d’auteur ne compterait pas, alors ? Le compte d’auteur, c’est un gars qui écrit des trucs, que personne ne veut de ses trucs, mais que lui, il  est tellement persuadé qu’il est un écrivain,  qu’il finit par payer un imprimeur et qu’il se démerde ensuite tout seul à refiler son bouquin à ses amis, à sa famille, à ses anciens copains de lycée, à ses perruches, à ses chats et à ses chiens, s’il en a…
J’ai l’air de moquer. Hé bien non ! Parce qu’un gars qui fait ça, il a une qualité essentielle, que j’admire et qui nous manque peut-être à tous : il est convaincu de la qualité de son art. A tort ou à raison, peu importe.
Moi, en matière d’art, je respecte la conviction qu’on a de soi.
En tout cas, c’est pas une pute. C’est même tout le contraire parce que, lui, il paye pour se vendre !
Pour ne citer qu’un seul  mais lumineux exemple dans ce sombre océan de l’échec : Apollinaire a publié d’abord Les Onze Mille Verges sous le manteau, à compte d’auteur. Heureusement qu’il était convaincu de son art, celui-là !
Bref, si je reprends, en substance, ce qui a été dit ici et là, au gars qui aura fait son bouquin en solitaire, on ne daignera dire en public, autour d’un  verre, dans une soirée ou inopinément dans la rue, qu’il est un écrivain que s’il a trouvé autour de lui assez de réseaux sociaux pour écouler ses cartons de bouquins.
Permettez-moi de vous dire - et que personne ici n’en prenne ombrage -  : Ça ne tient pas debout ! C’est comme les choux : Ça n’a ni queue ni tête.
J’ai déjà dit par ailleurs, dans ce débat, que j’avais été édité trois fois, que mon premier livre s’était vendu à 2000 exemplaires et que, pour autant, je ne me présenterai jamais à quelqu’un en qualité d’écrivain. J’aurais l’air de bomber le torse et je crois que je baisserais les yeux, honteux de ma ridicule fatuité.
Je dirai plutôt alors, si vraiment je suis sommé de dire ce que je fais de mes dix doigts,  que j’écris et que, oui, j’ai été publié et le serai encore bientôt. Mais j’ajouterai aussitôt, et peut-être même que je commencerai par là, que je tiens un blog et j’en donnerai l’adresse.
Parce que l’essentiel de mon activité d’écriture, en volume, en temps, en diversité et en écho que j’en reçois, se passe ici !

Alors, la question de qui a le droit, sans être un usurpateur, de se déclarer écrivain ou pas, est une fausse question. La partie visible d'un iceberg à la dérive.
C’est une question d’intimité personnelle : celle de la conscience qu’on a de soi.
J’ai entendu un copain un jour, en Bretagne, un éditeur, un chanteur et un poète, oui un anar si vous voulez, dire à un connard qui lui cassait les oreilles avec je ne sais plus quelle balourdise sur la chanson, que Brassens et Ferré ne faisaient pas le même métier que Mike Brant.
Dont acte ici :
- François Bon ou Pierre Bergounioux ne font pas le même métier qu’Amélie Nothomb,
- Qu'un imbécile ou qu'une imbécile qui a commis une merde chez Gallinacés, Talbin Missel ou Tartapion, une merde qui marche bien parce que Gallinacés, Talbin Missel ou Tartanpion ont les moyens de fourguer des vessies comme étant des lanternes,  se déclare écrivain, je m’en fiche éperdument.  Du moment qu’il ou qu'elle ne prétend pas me donner la leçon et ne me prend pour son complice.

J’en reviens maintenant à ce que je disais s’agissant des livres qu’on trouve en librairie.
Si tout le monde est un peu perdu dans ces notions d’écrivains, d’auteurs et d’éditeurs, c’est parce que les grandes maisons d’édition se sont faites les avocats du Diable Marchand. Elles ont biseauté les cartes, avili la noblesse du métier, réduit notre art à des palettes de gribouillis livrables rayon culture chez Leclerc ou Carrefour.
Le système a parfaitement été explicité par François Bon et d’autres avec lui. Je schématise à outrance : un éditeur édite à tour de bras, inonde les librairies, retour au bout de 15 jours tout au plus, pilonnage et hop…Il y en a un ou deux qui vont « marcher »…Ça suffira pour couvrir les frais et réaliser une plus-value substantielle. D'autant que c'est l'auteur, in fine, qui paye les frais de retour avec des exemplaires non rémunérés.
Et le gars qui a édité son livre, personne ne l’aura vu, personne n’en aura entendu parler, sauf lui, ses amis, sa famille, ses perruches, ses chats et ses chiens, s’il en a…Il aura été, en fait, édité à compte d’auteur par un éditeur parce que c’est lui qui aura fait les frais de ses désillusions. Pire : il aura contribué par son anonymat englué dans la masse d'autres anonymats à promouvoir un autre livre que le sien !

Mais, en dépit de cet ignoble gâchis, la littérature n’est pas morte, n’en déplaise à tous ceux qui aiment célébrer prématurément les obsèques des grandes activités humaines. Laissons cela à ceux qui, de plus en plus besogneux dans leurs érections, déclarent tout à coup que le genre humain a cessé de bander et accusent je ne sais quelle déviance médico-technique du corps social !
La littérature est prise en otage par les perversions marchandes et spectaculaires, à tel point que le bon grain n’est plus dissocié de l’ivraie.
Un écrivain, cher Feuilly, c’est quelqu’un qui essaie, avec ses moyens, de soustraire cette littérature aux griffes de ses répugnants geôliers.
Un éditeur, c’est quelqu’un qui fait sienne la devise du Monsieur qui m’éditera au mois d’avril :
« Nous avons choisi d’éditer des auteurs plutôt que des livres », ou qui, comme Publie.net, propose de court-circuiter le bordel marchand en diffusant des créations littéraires à l’écran, en complémentarité de l’édition traditionnelle digne de ce nom.


Oui, j’ai cité mes deux éditeurs.
Parce que j’en suis fier. D'une fierté qui n'a pas à rougir. Une fierté militante, à des années-lumière de la forfanterie.

Amitié à toutes et à tous.

PS : Sitôt après avoir mis en ligne, je vois que Feuilly, ici, écrivait en même temps que moi et sur le même sujet. Nous nous sommes croisés...Nous nous retrouverons bientôt, comme toujours les amis se retrouvent. En tout cas, une nouvelle fois, merci à lui...

Comme il le dit lui-même : arg ! ça va trop vite !

 

15:50 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Il Y A MATIERE A PENSER !

Bertrand, la fougue de ta démonstration me convainc à cinquante pour cent et tes arguments font l'autre moitié.

Le raisonnement de ton contradicteur me fait penser à Bunuel et à une scène géniale de son film, "Fantôme de la Liberté" ou les rapports entre le fait de manger et celui de déféquer sont inversés.
Les gens sont assis sur des cuvettes de cabinets autour d'une table, discutant plaisamment, et lorsqu'ils veulent manger, ils demandent discrètement à la maîtresse de maison : "Où se trouve l'endroit que vous savez ? ", et filent furtivement vers une petite pièce à l'arrière.

Il est alors tentant, en guise de complément à Lévi-Strauss, de proposer que la merde puisse également servir de matière à penser.

Dans les cabinets allemands traditionnels, le trou dans lequel disparaît le caca après que la chasse d'eau soit tirée est latéral, de telle sorte que le caca est d'abord déployé sous nos yeux pour mieux être reniflé et inspecté au cas où puissent être détectés quelques indices de mauvaise santé.

Dans le modèle français de cabinets, au contraire, le trou est en contre-bas, c'est-à-dire que la merde est sensée disparaître le plus rapidement possible, pour ne pas trop dégoûter l'usager qui sort d'un bon repas.

Dans le Cabinet anglo-saxon, on trouve une sorte de synthèse des deux, une médiation entre ces eux pôles opposés. La cuvette est pleine d'eau de telle sorte que le caca flotte à la surface bien visible, sans pour autant devoir être examiné, puis il est chassé dans un tourbillon vertigineux.

Chaque toilette permet de comprendre le fonctionnement fondamental de chacun de ces peuples. Mais les toilettes allemandes sont vraiment la clé permettant de comprendre les horreurs du troisième reich.
Les peuples qui sont capables de construire des toilettes pareilles sont capables de n'importe quoi.

Il va donc de soi qu'aucun de ces modèles ne peut être expliqué en termes strictement utilitaires: on peut clairement discerner en chacun d'eux une certaine perception idéologique de la manière dont le sujet devrait se rattacher au déplaisant excrément provenant de l'intérieur de son corps.

Ces trois systèmes reflètent les trois attitudes existentielles différentes : la minutie réfléchie allemande, l'irréflexion révolutionnaire française et le pragmatisme utilitariste modéré anglais. Mais on peut aussi adapter ce triangle ainsi : le conservatisme allemand, le radicalisme révolutionnaire français et le libéralisme modéré anglais. Mais encore à ceci : la métaphysique et la poésie allemande, contre la politique française et l'écologie anglaise.

Notre référence aux cuvettes nous permet non seulement de discerner le même triangle de raisonnement dans le très intime domaine qu'est celui de la fonction caca, mais aussi de repérer le mécanisme sous-jacent de ce triangle dans les trois attitudes différentes face à l'excès excrémentiel :

- La fascination contemplative ambigüe.
- La tentative précipitée de se débarrasser du déplaisant excès de la plus rapide des manières.
- L'approche pragmatique consistant à envisager l'excès comme un objet ordinaire à supprimer de manière appropriée.

Voilà j'arrête ici ma démonstration délirante, et j'espère vous avoir tous convaincus.
La suite tout de suite. Philip Seelen.

Un tel texte est-il digne d'être signé par un écrivain, un philosophe, où un poète ?

Si oui, dites moi son nom et vous aurez gagner un voyage chez les Abkhazes.

Écrit par : Philip Seelen | 11.03.2009

Un tel texte, ô éminent ethnologue que j'ignorais, a d'abord un mérite qui ne peut être usurpé : m'avoir fait tordre, non pas de coliques, mais de rire ! Parce que ce qui est dit de sérieux sur les tabous, me fait toujours rire...Et tu dis bien en plus...
Je pense que c'est un poète qui doit signer un tel texte. Un poète fouineur, franc et authentique. Un poète emmerdant, si tu veux...Qui dérange...
Et tu aurais pu parler des lieux d'aisance finlandais que, en rentrant dedans, tu cherches partout où sont accrochés les chaussons qu'il faut mettre pout faire caca tant tu n'oses pas marcher dans tout ce propre rayonnant avec tes chaussures de ville !
Amitié, Cher Malinowski !

Écrit par : Bertrand R | 11.03.2009

Ta fidélité au rire et ton culturisme zygomatique m'enchanteront toujours ! Amitié mimétique. Philip

Écrit par : Philip Seelen | 11.03.2009

Ce qui importe ici, sur ton blog tout comme sur celui de Feuilly , c'est ( en tout cas pour ma part )de sentir la passion de l'écriture qui vous habite ... Lire vos blogs est vraiment un plaisir. Votre écriture est si sincère ...
J'ai quelques petits exemples de livres écrits et publiés parce qu'ils étaient dans l'air du temps, sur la vague d'une mode passagère, et uniquement pour cela ... Quand mes neveux par alliance ont été tout en haut de l'affiche, quand ils ont reçu leur premier disque d'or, puis les suivants ,c'est dingue combien de gens qui les regardaient à peine du temps des vaches maigres, tout à coup ont voulu se faire leurs porte paroles, et ont écrit .... Bien entendu la vague étant porteuse ces bouquins ont été publiés à grand renfort de publicité .. J'ai toujours gardé un certain malaise en moi par rapport à cela, car le profit était le moteur de ces gens là et non la passion de l'écriture. La flatterie dont ils faisaient preuve envers mes neveux m'a écoeuré plus d'une fois .. Leur but n'était pas de faire connaître la culture Gitane,ce n'était absolument pas leur priorité, comptait la pub et le pognon !! Ce n'est qu'un exemple mais il est assez frappant ...
Je n'ai aucun respect pour ce genre d'écrivain, je ne sais même pas si ce nom peut convenir ...Pour moi l'écrivain est celui qui se donne à sa passion, dans la vérité , la sincérité , je ne connais pas d'éditeurs , mais mon respect irait bien entendu à ceux qui sauraient reconnaitre cette sincérité ...

Écrit par : Débla | 11.03.2009

Non, la littérature n'est pas morte...

Ça fait plaisir de voir qu'il reste des gens vivants, pourvus d'une vie intérieure (des auteurs un peu sérieux).

Une bonne adresse "Le temps qu'il fait", ils ont publié des choses sur Augiéras, J.C. Pirotte... Ça change des marchands de tapis et des éditeurs qui ont fait H.E.C.

Écrit par : stéphane libertad | 11.03.2009

Cher Bertrand,

j'avais oublié de te dire, ici plus haut, que ma contribution provocatrice "ethno-caca" est un-clin- d'oeil à ton évocation, pour moi inattendue, dans ta contribution au débat avec Feuilly sur la Figure de l'Ecrivain, alors que plus personne ne le cite nulle-part, même les sites pornos se taisent, de ce roman porno sado-maso fantastique au sens de littérature fantastique, du Guillaume Apollinaire dont on enseigne certaines oeuvres dans les écoles, et qui verrait son auteur aujourd'hui emprisonné pour pédophilie et incitation à violence sur mineur sans défense, dans ce monde ou si tu écris que les chambres à gaz n'ont ja....... ......té tu te retrouve embastillé.

Philip Seelen. (Dont l'origine et la rigueur historique lui font penser que les chambres à gaz ont réellement existé.)

Écrit par : Philip Seelen | 11.03.2009

Ne revenons pas sur ce fantasme répugnant d'extrême droite de revisiter l'histoire, en tout comparable, d'ailleurs, à celui de Staline et de ses succeseurs niant les abominations de Katyn...

Pour Apollinaire, oui,je sais...Je l'ai cité comme l'exemple flagrant du compte d'auteur.
Mais attention, il est difficile de parler de cela. Je ne m'y risquerai pas dans le cadre laconique d'un commentaire.
Notre société est pourrie dans ses fondements les plus humains : à tel point que la perversion, réelle, s'est glissée aussi comme image du réel et que....
Je veux dire par là :
- qu'une chanson comme "La princesse et le croque notes " de Brassens, sur son dernier couplet, aurait été censurée dans les années 90 et maintenant, c'est sûr...
- Que le magnifique poème de Ferré, tout de tendresse et de désespoir, "Petite" aurait subi le même sort et son auteur aurait pû " tâter de la paille humide du cachot."

Etc...etc....
Je hais la perversion, Philip. Et je hais tout autant les lessiveuses plus blanc que blanc...Les fausses consciences du spectacle de l'éthique, les flics de la moralité/normalité qui font soupçonner le plus là où ils savent généralement le moins.
Amitié

Écrit par : Bertrand.R | 12.03.2009

Les " Onze Mille Verges ", publié sous le manteau, signé des seules initiales " G.A. ". Et que j'ai, dans un conditionnement "coffret", accompagné de dessins de Picasso. Du diable si je me rappelle quand et où j'ai acheté cette merveille !

Écrit par : michèle pambrun | 12.03.2009

Chanceuse !
Et ces quelques vers posthumes de Brassens où il fait directement allusion à G.A :

"Mais si tu succombes,
Sache surtout qu'on peut
Être passée par
Onze mille verges
Et demeurer vierge,
Paradoxe à part."

Écrit par : Bertrand R | 12.03.2009

Merci pour ta franchise et ta clarté Bernard, et vive la Flibuste poétique !
Joli petit jeu tout en mots de Brassens. Sympa.

Michèle, nous viendrons un jour, si vous nous invitez, visiter " l'Enfer" de votre bibliothèque. Sourires.

Écrit par : Philip Seelen | 12.03.2009

Bernard Palissy ?
Ça me convient...J'en suis presque arrivé à brûler mes chaises !
Sacré Philip !
Amitié

Écrit par : Bernard Redonnet | 13.03.2009

:-)

Écrit par : michèle pambrun | 13.03.2009

Zut, je n'ai pas fini la lecture de ce texte que je dois sortir.
I'll be back...

Écrit par : Meriem | 14.03.2009

à Michèle Pambrun : /§,;"...@

Écrit par : Bertrand Redonnet | 14.03.2009

Cher Bertrand, excuse moi pour mes sautes de connexion, mais j'étais en déplacement avec des wifi merdiquos. Voilà le contact est rétabli.

Oui, ce savant artiste génial, Bernard Palissy du 16ème siècle, le premier artiste libertaire de l'Occident chrétien.

Aujourd'hui encore on reste confondu de la foule de choses qu'il a devinées ou au moins entrevues en physique, en chimie, en histoire naturelle, en médecine, en biologie et cela à une époque oui on ne pouvait avoir aucune idée de la constitution de la matière, deux cents ans avant Lavoisier, avant Cuvier, quand on ignorait tout de la composition des corps, qu'on ne savait pas même les mots d'hydrogène ou d'azote ; on est émerveillé des pressentiments qu'il a eus de vérités, dans des sciences telles que la géologie, la paléontologie, dont les noms n'existaient pas encore.

Le premier peut-être, cet artisan a compris la nature comme une immense usine, un prodigieux laboratoire où la matière agit sans repos, se transforme et s'échange ; il a vu que les champs s'épuisent à la longue, et qu'il faut rendre à la terre les principes qu'elle prête aux plantes. Il connaît l'origine des pluies, la nature des sources, l'immense noria qui pompe les eaux dans les nuages et reverse aux montagnes ce que le fleuves apportent aux mers; il a vu que les monts sont de grands châteaux d'eaux, les urnes, des réservoirs qui alimentent les plaines. Il a su qu'il n'y a point de source sans un nappe d'argile souterraine, il a eu une idée de l'équilibre des liquides, une notion des puits artésiens Il a donné une explication raisonnable de l'arc-en-ciel, une conjecture plausible sur la raison des tremblements de terre. Il a connu les phénomènes de l'érosion, de l'usure des pierres par les eaux, par les vents, les lentes dégradations qui rongent les contours de la terre.

Il a deviné les secrets des stratifications, les couches successives de l'écorce terrestre, où se lisent les mémoires de la création. Il connaît les cristaux, leurs prismes, leurs facettes, et y distingue dans le monde minéral les premiers éléments de la vie organique. Il donne la première idée juste des fossiles dont il ne se contente pas d'expliquer la présence par le déluge ; partout où on observe des coquillages et des débris d'êtres animés dans la pierre, on peut dire avec certitude que là est venue la mer. Deux siècles plus tard, Voltaire expliquait encore les fossiles qu'on trouve dans les montagnes par les coquilles des pèlerins. Pour une fois la dévotion ne lui réussissait pas.

On se demande par quel instinct du vrai, quelle profondeur de raisonnement, quelle complicité singulière avec le créateur ou le fabricateur souverain guidait les découvertes de cet homme presque inculte. Ce simple potier comprenait la terre comme s'il l'avait faite. C'est, comme dit Buffon, un aussi grand génie que la seule nature peut les faire.

Vivant aux Tuileries à l'ombre du Roi, il n'avait pas été inquiété par la Saint-Barthélémy. Il était désormais un personnage célèbre. Son atelier ne suffisait plus aux commandes. Il se faisait aider par ses fils, Nicolas et Mathurin, les seuls qui lui restaient de sept ou huit qu'il avait perdus.

Mais à la fin du règne du dernier des Valois, les troubles reprirent de plus belle. La Ligue s'était formée. Contre cette faction turbulente, le Roi sentit qu'il ne pouvait plus défendre son protégé. Le vieillard n'avait plus l'âge ni le courage de l'exil. Henri le fit mettre à la Bastille. C'était le seul moyen de le placer à l'abri et de le sauver de l'assassinat.

On pense qu'il y mourut. Il a couru sur cette mort des légendes dramatiques. Agrippa d'Aubigné en donne deux versions différentes ; elles ont trop belles pour être vraies. Pierre de l'Estoile en rapporte un troisième où le gouverneur de la prison aurait livré le cadavre aux chiens. Ce n'est qu'un récit de bonne femme, une de ces rumeurs de la rue, indigne de toute créance.

Ainsi finit une vie si sérieuse et si mâle. On ferait tort à Palissy de le comparer aux grands maîtres. Ce n'est ni Léonard, ni Faust. C'était un probe ouvrier de France, avec le courage le plus fier et des dons magnifiques de chercheur et de nsavant. N'en faisons pas un demi-dieu. C'est quelque chose d'être un homme.

Écrit par : Philip Seelen | 14.03.2009

Cher Bertrand dominical,

Ai pensé à toi et à l'angoisse agissante de Palissy quand il s'aperçoit qu'il n'aura pas assez de bois pour sa première cuite de blanc...tout en coupant mon petit bois pour faire démarrer mon potager aux petites aubes froides de ce dimanche matin, au haut de la route des Vurzy dans le chalet familial encore enfoui dans plus d'un mètre de neige printanière, gros sel comme je l'aime...

Bien à toi et à ta réserve de bûches. Philip le Filou des Alpes

Écrit par : Philip Seelen | 15.03.2009

Merci Philip, pour ce long texte sur Bernard Palissy, homme oublié s'il en est, mais quoi d'anormal à ce que la mémoire d'un monde déshumanisé ne s'encombre pas des hommes ?
Je pense à ce débat que j'avais engagé avec Feuilly sur l"écrivain et que j'ai relu....Nous sommes vraiment à côté de la plaque et tout ça était bien vain. Propos byzantins à la recherche d'une aiguille dans une meule de foin..
Suffit de parcourir un peu cet espace, ce territoire du net consacré à la littérature, pour voir, d'un coup d'oeil plus avisé que le nôtre, que l'écrivain, s'il existe, est multiple, hypertrophié du moi, double, trouble, albatros avec l'envergure d'un moineau...
Tout ça, Philip....C'est un peu des montagnes parturientes d'une souris. La vie est bien ailleurs...

Ca se réchauffe ici, un peu...La neige ruisselle goutte à goutte et le Bug envahit les prairies. Le dégel...Je fais effectivement les fonds de tiroir pour aller jusqu'au printemps...Après, je brûlerai le tiroir lui-même.Je ne vois rien de tout ça sur Internet, je ne vois rien de cette palpitation de la survie tendue vers la vie, de cet élan qui convoque la muse sans ronds de jambes, qui trace la route bleue...
Amitié
Bertrand

Écrit par : Bertrand | 16.03.2009

Je suis en suisse, je suis suisse, je tâte un peu de cuisse suisse, je swi swiss...

Cher Bertrand je crois que tu m'as reconnu à l'accent petit futé ! Je me prélasse dans le chalet famillial, trouvé une ou deux bonnes lectures polonaises pour alimenter notre premier courrier. Ici aussi le dégèle se fait plus pressant, le temps est superbe, et la nature s'en bat l'aile de tous nos ébats sur le rôle et la nature de la figure de l'écrivain.

Tu sais ce type d'échanges relève d'une peur face au fait que peut être avec tel ou tel on a peut être pas grand chose de profond à partager à part la croûte dorée qui couvre le gâteau.

Amitié, dans le plaisir de rédiger mon premier courrier et dans celui de te rencontrer cinq à Paname.

Le Seelen des confins alpins.

Écrit par : Philip Seelen | 17.03.2009

J'tai reconnu, Suisse des cîmes enneigées, Suisse rêveur, Suisse humaniste, Suisse pas neutre parce que Suisse artiste !
J'tai reconnu à ton accent aigu et pas grave !Et justement, suis en train d'écrire sur le mouvement des saisons qui s'en tape le coquillard comme de Collin Tampon, des branlettes existentielles de la LITTTTTERRRRATTTURE !
As-tu vu, poils au cul, mon histoire, poils de renard, polonaise, poils aux faisses, sur les sept mains, devine poils où ?
Amitié gaillarde !

Écrit par : Bertrand | 17.03.2009

les obsèques de la littérature ne sont pas encore célébrées

Karine

Écrit par : contrat obsèques | 22.07.2013

Pas vraiment gai, le lien dont vous me gratifiez là !

Écrit par : Bertrand | 23.07.2013

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