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28.06.2011

Ainsi va le monde

messsages.JPG« Une situation est révolutionnaire quand les garçons de café et les coiffeurs sont en grève », déclarait, en se croyant malin, le rusé Lénine.
Quand on sait dans quel marasme social l’oxymore du "centralisme démocratique" avait plongé la Russie et, avec elle, une bonne  partie du monde, on serait bien évidemment tenté d’affirmer aussitôt, par réflexe culturel et défensif, tout le contraire de la moindre allégation du chef bolchevique.
Le bon mot a pourtant pris un certain sens dans nos sociétés libérales, les deux professions indexées n’étant pas particulièrement réputées pour la finesse de leurs analyses politiques. Mais bon…
Plus tard, beaucoup plus tard, le communisme ayant fait la preuve – pour qui avait bien voulu  se pencher un moment sur ce qui se passait réellement à l’est et en Chine comme sur ce qui s’était réellement passé dans l’Espagne de 1936 - de sa duplicité et de son incapacité, voire de sa cruauté, et le drapeau rouge ayant franchement viré au noir, on disait plutôt, goguenard et désabusé : " La situation sera révolutionnaire quand les philosophes deviendront des voyous et les voyous des philosophes."
Ça avait de l’allure aussi…Et on peut effectivement supposer qu’un tel renversement des rôles sociaux eût été de nature à changer radicalement les fondements de toute une société.
Mais c’était de la poésie. Le voyou est forcément philosophe pour son propre compte et le philosophe, depuis le temps qu’il presse le citron sans qu’il n’en sorte aucun jus nouveau,  même s’il se faisait voyou, n’arriverait pas à pisser plus loin que son ombre sous le midi d'un solstice d'été.
Donc, les garçons de café et les coiffeurs n’ont jamais décrété la grève insurrectionnelle et les voyous et les philosophes ont toujours fait chambre à part. Au mieux, quand ils se sont retrouvés confrontés dans la même personne, ont-ils fait des ministres.
Alors, vogue la galère…Tout ça, c’est bien du bla-bla et l’histoire va son chemin cahotant.

Mais alors, m'étais-je dit un beau matin en parcourant les nouvelles, comment qualifier un monde où un prêtre se met en devoir de braquer une banque,
et ce, dans le pays le plus catholique de notre Europe bien-pensante, ? Là, il y a manifestement un mélange explosif des genres. Un brouillage de cartes tel que n'en avait jamais envisagé le plus farouche des théoriciens de la guerre sociale.
Un Vautrin, alias Jacques collin, alias l'abbé Carlos Herrera ?
Ou alors Jacques Roux.
Dont on sait qu’il fut contraint de se suicider pour éviter que les « révolutionnaires » de l’époque, les Saint-Just,
Robespierre et autres Danton, ne lui coupassent le cou parce qu’il dénonçait déjà, et avec quelle force !, une Révolution au service exclusif de la classe sociale qui, depuis, gouverne effectivement le monde.
Pour en revenir à notre malheureux Dillinger polonais et en soutane, sachons donc qu'il s’est évidemment fait sauter, sitôt son forfait accompli.
Il mérite cependant que les poètes se penchent un moment sur son sort et lui consacrent quelques mots fraternels, tant son geste bouleverse les choses communément établies dans les têtes et accuse la solitude et le désarroi dans lesquels sont plongés les hommes et les femmes de ces temps vulgaires.

Le confusionnisme intéressé du sociologue dirait : C'est un cas isolé. Tous les cas sont isolés,  mon brave,  et, par le fait même, d'une dramatique éloquence.
Quant au parquet de Poznan, il eut des mots qui font sourire, car n’oublions pas que le délinquant est un  homme de dieu officiant pour la religion la plus riche du monde :
C'est un vicaire mais sans poste fixe actuellement.

Restrictions budgétaires, peut-être ?

 

Photo : Sas d'entrée d'une banque en Pologne

11:37 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.06.2011

Le Sauveur est parmi nous !

imbécile.gifVoici ce que déclamait récemment à Poitiers le patron de Publie.net, dans un spectacle au titre résolument alarmiste : Formes d'une guerre.

« Moi, je placarde sur la ville la menace où elle est : mais ce n’est pas moi qui l’énonce, moi je constate, moi j’avertis. Quarante fois que je me place dans la cour et dis : - Méfiance.  Que je dis : Eveil !  Que je dis : - Rassemblement ! Mais ils sont à regarder leurs images, ils sont dans leurs alvéoles, devant les écrans en bleu gris des ordinateurs qui luisent, devant les éclats rouges des images qui bougent : on ne regarde plus que la nuit fournie, on ne regarde plus la nuit nôtre  (…) »

Passons sur les quatre « Moi » fournis en trois lignes ! Moi, je… Difficile de faire pire en fait d’hypertrophie de l’ego. Une petite déprime, peut-être ?
Et pour le reste, on croit rêver ! Si, si, c’est bien lui, le Publie.net, le numériquologue acharné, le facebookien prolixe, déchaîné, le pourfendeur des livres, qu’il assimile -  avec un petit zeste de situationnisme rance  -  au vieux monde.

Il nous et vous prend pour des cons, non ?

Allez, allez, au jardin ! Aux campagnes jolies ! Aux phrases et aux mots aussi simples que nos vies !
Laissons définitivement là ces apprentis sorciers, ces braconniers qui agitent leur modernité comme d'autres leur miroir aux alouettes!

13:37 Publié dans Publie.net : une étrange coopérative | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

21.06.2011

Publie.net : des lecteurs parlent.

Réponse ouverte d'une lectrice de Publie.net  à Monsieur Bon.

littératureDécidément en écrivant à votre auteur qu'il peut consulter les comptes de Publie.net à son gré, vous manquez de perspicacité et persévérez dans la déconsidération. Vous avez obligation par contrat de lui remettre les comptes. Je cite le contrat : « Un relevé individuel récapitulatif de ses œuvres et des montants dus sera adressé à l’Auteur par Publie.net au plus tard dans les trois mois suivant la date d'arrêté des comptes et dans le même délai le règlement des sommes lui revenant.»
Vous vous abstenez et lui rappelez gentiment qu'il peut procéder à vérifier vos comptes en vertu de la clause de votre contrat : « L'Auteur aura la faculté de faire procéder à son gré et à ses frais, personnellement ou par un mandataire de son choix, à une vérification des comptes de Publie.net relatifs à sa rémunération des années antérieures à l'année en cours. Cette faculté est soumise à notification préalable par lettre recommandée avec accusé de réception et préavis de 30 jours et s'exercera dans les locaux de Publie.net où l'auteur ou son mandataire pourra se faire remettre toute pièces utiles à cet effet.»
En somme, vous vous dédouanez de vos obligations contractuelles en renvoyant l'auteur aux modalités de contrôle, alors que c'est vous qui êtes déficient et que l'auteur n'a jamais demandé à vous contrôler, mais vous a demandé les états de vente de SES publications. En le renvoyant dans ses buts pour qu'il vienne vous rendre visite à ses frais, vous offrez à la communauté de vos lecteurs une piètre image de cette coopérative expérimentale dont on lit chez vous qu'elle se veut être le fruit d'un travail en commun et d'un partage.
Non, Monsieur Bon, nous ne vous suivrons pas dans votre démarche malhonnête qui vise à transformer votre auteur en homme méfiant qui voudrait contrôler vos comptes. Alors qu'il a réclamé SES comptes, et non LES comptes, et en plus, jamais remis en question le nombre de téléchargements de ses livres.
Non, Monsieur Bon, nous ne vous suivrons pas dans votre pratique du partage où le sens de la répartition laisse place à la fragmentation des accès aux données.

ArD

 *

On aimerait que Monsieur Bon, dont on sait avec quelle générosité il fustige tous les acteurs du livre quand ils ne relèvent pas de son schéma numérique, apporte sa contradiction éclairée à ce témoignage. Mais faut pas trop rêver…
Et il y a, par ailleurs,  cet avis d’Yves Letort, alias Le Tenancier, qui sait de quoi il parle quand il parle de livres. Sa contribution me fait mesurer encore plus l’autorité revancharde, indigne, du  patron de l’E.U.R.L. Publie.net (ne nous faites plus rire jaune avec le mot coopérative) qui supprima  mes livres sans que cela ne lui fût expressément demandé.
D’un autre côté, satisfaction tout de même car il n’y aura désormais plus de victimes des apparences mais bien des complices à part entière d'une évidence devenue essentielle.

*

littératureLorsqu'un éditeur élimine un auteur de son catalogue, on sait que le mal est réparable puisqu’il reste les ouvrages réfugiés dans les bibliothèques des particuliers qui se sont procuré les livres. Il reste une trace : le labeur de l'auteur, le travail du maquettiste, celui de l'imprimeur, parce que tous ce beau monde, théoriquement, y est pour quelque chose également. Le livre a une seconde vie. Et s'il ne reste que 5 exemplaires survivants, c'est assez. Il en a suffi de moins pour Maldoror.
Ici, Bertrand, on a supprimé un livre d'un catalogue électronique dont on peut supposer que les quelques fichiers survivants sont difficilement partageables et seulement dans la sphère de relations des détenteurs (alors que, se retrouvant d'occasion et réel, le livre revient au monde pour cette deuxième vie, justement), si du reste, il est possible de le partager, à cause de verrous numériques possibles. Cette élimination de la liste du catalogue, c'est purement et simplement l’annihilation du texte. La trace est effacée presque irrémédiablement. C'est-à-dire que, dirigeant le fichier vers la poubelle votre texte est nié par celui-là même qui devait en assurer la pérennité et le défendre.
Ce que nous sommes contraints d'appeler "un livre" de par son peu de résistance à la destruction est devenu par le procédé de la virtualisation, un produit à obsolescence rapide. Ce n'est plus la création du texte qui est devenue importante mais bien sa destination comme un bien dématérialisé, un élément embryonnaire d'un profilage économique impitoyable qui arrive masqué et convivial, devrais-je dire "associatif" ?

Yves Letort

Images : Philip Seelen

18.06.2011

Stéphane Beau sur L'exil des mots

 

les humbles.JPG

ROGER

La secrétaire de mairie m’avait appelé un matin pour me demander de l’accompagner. Elle n’osait pas aller te voir toute seule. Tu n’étais pas vraiment méchant, mais tu étais quand même connu pour avoir su jouer des poings, à plusieurs occasions. « C’est qu’il n’est pas fin le Roger », qu’elle pleurnichait, la secrétaire de mairie… Mais le maire avait été formel : « on ne peut pas le laisser comme ça. Un jour, on va le retrouver mort et la commune fera la une de Presse Océan ou de Ouest France… Y a mieux comme publicité… »
Il n’embêtait personne, pourtant, Roger. Il avait 63 ans et il vivait à deux kilomètres du bourg, dans une grange en tôles ondulées qui s’ouvrait sur un bel étang entouré de frênes, de bouleaux et de saules pleureurs. Il créchait entre un vieux tracteur hors d’état de marche et quelques balles de paille. Son lit : un matelas crasseux posé à même le sol de terre. De vieux duvets immondes lui tenaient lieu de couvertures. Dans un coin, une magnifique armoire dénotait vraiment. Et, près de l’entrée, une table recouverte de boites de conserve et de litres de pinard plus ou moins vides. Juste à côté, un énorme bidon/brasero, bourré de braises rougeoyantes, servant en même temps de chauffage et de cuisinière. Il faisait deux ou trois degrés dehors, guère plus dedans. Tu nous avais accueillis en nous envoyant tes deux chiens dans les jambes et notre peur t’avait fait marrer : « Vous en faites pas, ils vont vous laisser rentrer… Par contre pour sortir ce sera une autre histoire ».
Tu nous avais fait comprendre que tu te foutais de notre inquiétude et que le maire «  ce grand con-là » ferait mieux de s’occuper de ses fesses… Je constatais soudain qu’il y avait une maison, à quelques mètres seulement de ta grange. « Et avec les voisins, t’avais-je demandé, ça se passe bien ? » « Quels voisins, m’avais-tu répondu ? Elle est à moi cette maison ! » « Et vous n’y habitez pas ? Ce serait plus confortable… » « Nan… Elle a de mauvaises ondes… »
Au moment de te quitter, tu t’étais arrêté devant l’étang et tu avais planté ton regard dans celui de la secrétaire de mairie : « Tu sais que pendant la guerre, y a un motard allemand qui s’est foutu dans cet étang avec son side-car ? Et tu sais pourquoi il a fait ça ? » Silence inquiet de la secrétaire de mairie… « Tu sais pas pourquoi ? » « Non », osa-t-elle balbutier… » Roger avait souri : « P’têt qu’y voulait pas voir ta gueule ! »
Et alors que nous nous éloignions, nous entendions  ton rire sonore qui couvrait les aboiements des chiens.

Tu étais un sacré emmerdeur, Roger, mais tu avais du cran.
Je ne t’oublie pas.

11:13 Publié dans Acompte d'auteur, Stéphane Beau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.06.2011

A propos de l'insoutenable médiocrité morale des auteurs de chez qui vous savez et d'ailleurs...

littératurelittératureDans le texte précédent j'ai cité comme émanant d'une voix amie le jugement fort avisé que voici :
C'est la démonstration d'autres petites choses, que nous imaginons tous sans peine : beaucoup sont prêts à pas mal de silences, d'arrangements, pour "en être" ; être d'une fratrie dont on voudrait hériter du prestige supposé, "être" d'une maison d'édition dont on compte sur son taulier pour être populairement contagieux, et surtout : ne pas perdre le peu d'entrée qu'on suppose précieuse dans un monde qu'on suppose important.

Or, la susdite voix amie me fait savoir que cette appréciation ne vient pas d'elle, même si elle adhère complètement au propos. Elle  citait une tierce personne, dans un autre débat, mais bien à propos de mes déboires éditoriaux.
Je vous prie donc de m'excuser et, tenez, puisque vous êtes là, je vous prie aussi de vous recueillir un instant - pas de souci, je ne le répèterai pas et personne ne vous voit - sur la mémoire de deux livres assassinés sans procès digne de ce nom, sinon celui de Moscou.
Mais les livres sont comme les peuples : on peut détruire leur terre, pas leur âme. Forcément alors, ils renaîtront de leurs cendres, mes li
vres.
Et à bien meilleure enseigne.

15.06.2011

En guise de synthèse ouverte

littératureAvec les trois textes ci-dessous - Auteurs balancez donc donc un coup de pied dans la fourmilière !, Publie.net : un kolkhoze dans la pure tradition stalinienne, et Désillusions numériques, analyse succincte (…) - j’ai mis les pieds dans le plat que voulait, et veut sans doute toujours, servir une certaine pratique de l’édition coopérative, qui n’en a que le nom.
Je rappelle d’ailleurs qu’une coopérative est une personne morale, juridique, avec des statuts bien particuliers et qu’il ne suffit pas de se claironner coopérative pour en être une.
J’ai donc mis sur la place publique des pratiques peu ragoûtantes, qui sont les pratiques de la majorité des éditeurs, mais qui sont encore plus scandaleuses venant d’une boîte innovante, qui, jusqu’alors, n’a fonctionné que par effets d’annonces sur la dénonciation de ces pratiques :
- Non respect des engagements contractuels quand il y a contrat, ce qui n’est pas toujours le cas,
- Aucune transparence sur ce qui se lit ou ne se lit pas au catalogue, en dépit des promesses faites au début,
- Aucun relevé annuel des droits acquis,
- Aucun versement des droits après trois ans de mise en ligne.

J’ai grillé pas mal d’énergie dans cette dénonciation et il m’en a coûté du côté de l’affectif. J’ai mis l’accent aussi sur la naïveté - pour ne pas être trop méchant aujourd'hui - des auteurs qui, croyant avoir trouvé sous l’aile protectrice d’un chef, le sentier qui les mènerait à la reconnaissance de leur talent, réel ou supposé, se taisent et se font complices de la malhonnêteté. Suivez le bras du guide ! Ce qui serait bien plus éloquent sous la forme plaisante de la contrepèterie.
« C'est la démonstration d'autres petites choses, que nous imaginons tous sans peine : beaucoup sont prêts à pas mal de silences, d'arrangements, pour "en être" ; être d'une fratrie dont on voudrait hériter du prestige supposé, "être" d'une maison d'édition dont on compte sur son taulier pour être populairement contagieux, et surtout : ne pas perdre le peu d'entrée qu'on suppose précieuse dans un monde qu'on suppose important. », dixit une voix amie.
C’est à eux, à eux seuls, ces auteurs, de reprendre leur dignité et de lever le poing. C’est à eux et à eux seuls de mettre fin à leur participation à une tromperie générale, tromperie qui s’exerce sur eux-mêmes, sur les lecteurs et sur l’ensemble de la sphère éditoriale. J’étais de ces auteurs. J’ai dit. Satisfaction à pouvoir me raser désormais sans rougir tous les matins, devant ma glace. Si je n’en tire que cette satisfaction-là, elle n’en est pas moins très importante.

Je remercie tous les commentateurs qui ont apporté leur contribution sous mes trois textes. Il apparaît dès lors que ce que j’ai dit avait besoin d’être dit : "ce qui était essentiel est devenu apparent". J’exclus de mes remerciements une commentatrice qui s’est faite complice de l’escroquerie en voulant chercher midi à quatorze heures et excuser l’inqualifiable comportement de Bon, qui, dans les heures ou minutes qui ont suivi mon premier texte, a supprimé mes livres, au mépris, encore une fois, de ses engagements contractuels, pourtant longs d’une dizaine de pages et rédigés par Monsieur Olivier Cazenave, Président du Centre du livre et de la lecture en  Poitou-Charentes.
Je répète ici ce que j’ai déjà dit à Bon dans les commentaires : il n’a répondu à aucun de ces commentaires où il est pourtant directement mis en cause. Il n’a montré le bout de son museau que pour celui qui lui était favorable.
Je crois que c’est en dire assez long et qu’il est temps pour moi de passer à autre chose.

Je remercie également les personnes qui m’ont contacté en privé pour me dire leur soutien. Je dis soutien, pour faire court. Toutes ces personnes disent d’une seule  voix, et sans se  connaître entre elles : Nous nous en doutions. Merci d’avoir éclairci.
Oui, je les remercie. Ces mails m’ont fait du bien. Mais je regrette vivement que ces voix n’aient pas voulu s’exprimer publiquement. Preuve que l’omerta n’est pas une invention de mon esprit. Preuve que des gens ont peur de se voir mis au rebut par toute une petite tribu de chefaillons, dictant sa loi sous des apparences débonnaires.
Ces preuves, je les détiens. Elles sont des témoignages privés. En aucun cas, sous aucune injonction, sous aucune menace, je ne les divulguerai. Par respect de la parole donnée, quant au silence demandé.
Même si je le regrette énormément.

Mes trois textes ont été écrits sous l'impulsion d'une juste colère : j’ai perdu en même temps quelqu’un que je comptais parmi mes amis et l’illusion d’un autrement de l’édition.
Ces textes sont donc mal écrits et bourrés de coquilles.
Certains techniciens du langage sans paroles, certains fouineurs de la virgule, certains qui doivent dire Je t’aime à leur maîtresse en s’efforçant de chanter juste, m’en ont fait le reproche, arguant du fait que le mal-dit desservait mon argumentaire.
Je les comprends. Je ne leur en tiens évidemment aucune rigueur, et ce, d’autant plus facilement que je ne les connais pas. Mais un mutin, un révolté, un indigné, un dont on vient d’escroquer en même temps la confiance et l’amitié, souffre d’abord. Le style est dans son sang et s’il se trouve dans son auditoire des gens pour qui l’exclamation est faite d’émotion, ce qu’il dit mal saura être bien entendu.
La guerre se passe des fioritures du style. Que ces techniciens de la parole ouvrent préalablement un de mes livres ! Ce qu'ils n'ont à l'évidence pas fait !

L’espoir maintenant est dans mon travail d’écriture et mes prochaines publications. Il est aussi dans la conviction que le temps me donnera raison envers et contre tous les courtisans de l’éphémère présent.
Dans le combat pour les causes qui me semblent justes, « j’aurai porté mon maillon de la chaîne éternelle. »

Illustration : Philip Seelen

16:32 Publié dans Publie.net : une étrange coopérative | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

13.06.2011

Désillusions numériques, analyse succincte et résolutions anciennement nouvelles

littératureC’est donc un virage à 180 degrés que j’effectue dans mes choix et sympathies, relativement à l’édition numérique. Un virage amorcé grâce, ou à cause de,  l’expérience. Un virage empirique. Un virage qui ne se serait pas négocié de sitôt peut-être, si la route tracée n’avait pas été parsemée d’embûches.
Ayant, dans deux textes polémiques, dit ce que j’avais à dire et dénoncé ce qu’il me semblait
juste – et qui me le semble toujours jusqu’à ce que quelqu’un vienne me prouver le contraire avec autre chose que des arguties courtisanes– de dénoncer (trois ans sans la moindre information sur les téléchargements de mes livres, trois ans sans le moindre état des ventes au mépris d’un  champ contractuel préalablement ouvert, et trois ans sans un traître centime de droits éventuellement acquis),  il est nécessaire maintenant pour moi de tirer de la mésaventure les réflexions générales.

Le virage à 180 degrés effectué a d’abord un nom : Publie.net. Ce qui est d’une importance capitale car peut-être ne faut-il pas dès lors jeter le bébé avec l’eau souillée du bain. Sans doute cela ne remet-il pas en cause l’édition numérique dans sa totalité. Peut-être se trouvera t-il bientôt un ou des éditeurs numériques conscients de leur métier et vraiment au service des auteurs de littérature et des lecteurs.
Publie.net, rendons-en grâce à l’histoire, n’a pas le monopole de la modernité dans le domaine. Le numérique a certainement des atouts dans sa poche. Suffit simplement qu’il ne coupe pas une couleur de laquelle il conserve l’as dans sa manche pour remporter le dernier pli. Voire la mise du tapis.
Ces atouts-maîtres ont été maintes fois rabâchés par rapport à l’édition traditionnelle (plus large éventail de publication car moins de risques engagés financièrement sur un ouvrage, rotation de plus en plus rapide dans les librairies évitée, pratique sociale de la lecture numérique de plus en plus dense et cætera.)
Pour Publie.net, le vers était déjà dans la pomme. Je ne le vois que maintenant, après avoir mordu dans le fruit. Car si ces avantages avaient été déterminants dans les choix, s’ils avaient suffi à convaincre lecteurs et auteurs de s’engouffrer sous son aile protectrice, alors il n’eût pas été nécessaire de répéter à l’envi que les prix du livre numérique étaient cassés en trois par rapport au livre traditionnel, il n’eût pas été nécessaire d’appâter les auteurs avec des 50 pour cent de droits, même si cet appât n’a pas été déterminant dans le choix de ces auteurs. D’autant, je le répète, qu’il s’agissait d’un leurre. D’une cuillère aux reflets argentés dans les tourbillons d’une cascade soit-disant innovante.
D’autres éditeurs viendront, donc, dans la pratique numérique, mus par une respectable éthique. C’est inévitable.


Cependant, dans ma courte, juste, rageuse, mais bien tardive bataille pour le respect de l’esprit coopératif claironné chez Publie.net, les réactions des deux protagonistes ont mis à l’évidence les inconvénients, voire les leurres désastreux, de la publication numérique. Là encore, des éditeurs, des auteurs et des lecteurs d’un autre esprit, d’une autre génération, trouveront sans doute les moyens d’y remédier.
Car en partant du postulat selon lequel les chiffres de vente annoncés n’aient pas été ceux d’un poker menteur, il faut constater deux choses :
- soit mes ouvrages sont d’un intérêt médiocre - ce qui remettrait fondamentalement en cause mes prétentions à écrire -  et, ou, la connaissance de l’éditeur  relativement à la littérature de qualité digne d'être publiée est nulle, cette dernière éventualité étant à exclure au vu de l’œuvre que ce dernier a déjà derrière lui, deux éventualités, donc, fondamentalement antinomiques,
- soit la pratique sociale de la lecture ne s’opère en fait que sur le journal, les mails, les blogs à textes rapides, les cours de la bourse, les promotions de la Redoute, les clubs de rencontre, la connaissance encyclopédique telle que chez Wikipédia et tutti quanti, et alors la présence de la littérature sur internet est encore un vœu pieux.


Une autre contradiction, grave, très grave pour la réputation et la fiabilité du numérique et mise au jour par le conflit, est de taille à faire frémir : c'est la rapidité avec laquelle l’éditeur peut d’un seul coup de clic, supprimer votre ouvrage, sur simple interprétation d’une phrase courte, coléreuse, pas forcément juste, j’en conviens.
Mes deux ouvrages ont disparu dans l’heure qui a suivi cette phrase : "Adieu illusion numérique !" Plus  encore : sur mauvaise interprétation de ma part d’une douteuse allégorie assimilant un projet d’édition à un nouveau champ de bataille.
On le voit : ceci relève de tout, sauf du sérieux et de l'honnêteté. Et ceux qui, à l'instar d'une commentatrice,  donnent justification à ce genre de pratique n’ont vraiment rien à faire ni sur internet, ni dans l’édition, ni même dans les débats-conflits entre les différents acteurs sociaux de la littérature. Qu'ils aillent flagorner ailleurs, loin d'ici !
Cette pratique, pour moi, souligne la dramatique fragilité du livre numérique, épée à double tranchant à manier avec précaution. Et souligne aussi l’incontestable supériorité du livre traditionnel : les autodafés ne sont en effet plus de mise !


François Bon dit " tout mon travail ne méritait pas l'insulte". Certes. Mais, lui qui est aussi écrivain, a-t-il eu l'intelligence ou l'honnêteté de penser que toutes les heures, les doutes, les angoisses dont un  livre est fait, ne méritent pas de partir en fumée en une seconde ? Non. Il n'y a pas pensé !  Parce qu'il n'est plus un écrivain mais exclusivement un  marchand !

Et me revient en mémoire la phrase désabusée d’un auteur ami à l’époque, qui, venant de publier un livre numérique refusé par d’autres éditeurs  sous une forme traditionnelle (livre de grande qualité littéraire pourtant ): " Encore un livre virtuel !"
Je m’étais inscrit en faux.
Comme un âne. Cet auteur-là avait diablement raison et voyait bien mieux et bien plus loin que moi.
Mes prochains livres seront donc résolument couchés sur du vrai papier et confiés aux soins  de vrais éditeurs.
Gageons qu'ils seront lus à plus de 5 exemplaires en trois ans et qu'un blabla enjôleur ne les embourbera  pas  dans l'impasse !
Vous pourrez aussi les lire avec vos seuls  yeux. Pas besoin de suivre une formation aux nouvelles, toujours plus nouvelles et accablantes technologies de l'illusion numérique en littérature.

Illustration : une curiosité de la nature relevée par mézigue il y a quelques jours : un sorbier a élu domicile à trois mètres du sol, sur la fourche d'un peuplier géant. Sa vie sera courte.

 

 

Suis pressé. Merci et excuses aux commentateurs des textes précédents.Répondrai bientôt.

 

10:56 Publié dans Publie.net : une étrange coopérative | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

Publie net : un kolkhoze dans la pure tradition stalinienne

littératureAprès trois ans de silence sur l’état des téléchargements et autres, il a fallu deux heures tout au plus à François Bon pour me rayer de son catalogue.
J’en déduis, avec un certain contentement, que le bonhomme patelin est quand même très réactif quand il le veut et qu’il sait trancher d’un seul coup d’un seul le nœud gordien devant une situation qui l’embarrasse.
Une question  de trop ? Dehors, la racaille !
Je constate également la modernité progressiste, profondément humaine, du numérique par rapport au papier. Un coup de clic, hop, le livre n'existe plus.
Le Temps qu'il fait, lui, est quand même diablement plus honnête : il n'a pas proposé de jeter mes livres à la poubelle !
Quel fut donc mon crime pour être ainsi exclu du Kolkhoze ?

Mais que je dise préalablement, afin de n’être point lu dans l’amer, que je suis très satisfait de ne plus appartenir à cet amalgame sectaire et  silencieux, abusivement dénommé coopérative d’auteurs de littérature contemporaine au numérique.
Je pousserai même l’insolence à en remercier le patron...Le gérant, le directeur, le créateur, comme vous voulez.

Mon crime fut d’abord d’avoir réclamé - oui, réclamé, les mesquins vous mettant toujours dans une situation de mesquinerie - le droit de savoir le nombre de téléchargements effectués sur mes deux ouvrages : Chez Bonclou et Polska B dzisiaj.

Si quelqu’un trouve ma démarche illégitime, qu’il m'explique. Que je ne crève pas idiot.
Résultats : 5 pour l’un, 10 pour l’autre.
Le couac…Le couac, pour deux raisons :
- La première, c’est que je pourrais établir- il me faudrait leur autorisation et je ne l’aurai pas car la loi du silence est plus forte que ma grande gueule - une liste de quinze personnes, au moins, qui ont téléchargé Chez Bonclou en 2008.
- La seconde, c’est que, ne s’agirait-il là que d’une légère erreur de calcul, une distraction passagère  du gestionnaire débordé, quand un auteur se voit annoncer qu’il a vendu 5 livres en trois ans (Chez Bonclou), s’il lui reste un peu de jugeote sous les cheveux, il est quand même soumis à  une  terrible remise en question de son  savoir-faire ou de celui de son éditeur.

Le deuxième acte de mon crime de lèse-majesté fut d’avoir publié un texte qui remet en question la pratique similaire de deux de mes éditeurs, dont lui.
Mais, avant cette publication, François Bon, devançant le conflit, m’avait proposé de retirer mes ouvrages de son merdier, alors que je lui demandais s'il voyait un inconvénient à ce que je publie mes médiocres chiffres sur L'Exil... Le sommelier avait senti que le pinard était en train de virer vinaigre.
J'avais répondu : "fais ce que tu veux, je m'en fous !
"
Je vous laisse apprécier la logique démocratique de cet établissement : une coopérative d'où le coopérant est exclu s’il pose la moindre question après trois ans de silence.
J’imagine une coopérative vinicole où le vigneron est prié d’aller jeter son vin au ruisseau parce qu’il a demandé le nombre d’hectolitres qu’il avait fournis !
Il est donc temps de démasquer ce fonctionnement autoritaire, sournois, de l’entreprise Publie.net et de ramener le mot coopératif à sa juste noblesse.
A mon avis, tout silence a désormais  valeur de complicité frauduleuse. Et ça n’est pas très reluisant. Car ce silence fausse complètement les données de la parité et de la justice entre tous les éditeurs de littérature et les écrivains. Un auteur qui, par son silence, laisse croire qu’il perçoit la moitié du prix de vente de ses livres alors qu’il reçoit en fait peau de balle et balai de crin, est un voyou qui sape les autres auteurs et les  petits éditeurs traditionnels qui, eux, proposent 10 pour cent, bien peu, certes, mais qui les donnent réellement.
Comme est un voyou de la place publique, un auteur qui laisse son éditeur ( traditionnel) , lui bouffer la laine sur le dos, remettant le soin à des emmerdeurs de mon acabit de se griller pour eux.
Je l'ai déjà dit : la littérature est affaire d'hommes libres face au monde. Pas d'esclaves corrompus ! Que peut-il y avoir d'intéressant à lire un esclave qui tait son esclavage ?

Je n’invente rien. Je rends public un vécu.  D’ailleurs, l'escouade silencieuse des auteurs de Publie.net le sait  bien. Et moi, je sais les risques qui peuvent sanctionner ma franchise : se fâcher avec François Bon, c’est se fâcher avec tout le petit peuple qui gravite autour, au sein duquel peuple sont des gens éminemment sympathiques, pourtant.

Je n’avais pas, au départ, l’envie de me brouiller  avec François Bon. J'éprouvais pour lui du respect. Je l’ai croisé dans la cour du lycée, au tout début du bal. Mon objectif premier était de dénoncer clairement les choses telles qu’elles  faussent les rapports entre éditeurs et auteurs, rapports auxquels participe Publie.net, bien plus gravement encore que les autres éditeurs, puisque son fondateur les dénonce sans arrêt sur son site.
Pour mieux les pratiquer dans l’ombre.
Presque un  pompier pyromane.
Mais les réactions d’épicier du tenancier de cette boutique, m’ont déterminé à dire ce que je dis ici. Réactions humiliantes : le bonhomme me propose soudain 75 euros, comme à un clochard qui passerait par là et qui réclamerait sa soupe ! Il me somme de lui donner un  RIB et, fier, hautain, soudain étrangement scrupuleux, crie qu'il veut s'acquitter de sa dette.
Misérable. Pitoyable, tout ça.
Fasse que ma révolte l’incite désormais à plus de respect pour ses auteurs et plus de justice dans sa conception de ce qu’est véritablement  une coopérative !
Elle n'aura, alors, pas été vaine.

Une autre vie maintenant, bien meilleure, bien plus belle, attend Chez Bonclou et Polska B Dzisiaj.

Il y a, dans toute rupture, aussi pénible soit-elle, l’étincelle de nouveaux espoirs et le point de mire de nouveaux horizons.
D’autant que, dans mon cas, l’étincelle comme l’horizon étaient antérieurs à la révolte.

AUTEURS, BALANCEZ DONC UN COUP DE PIED DANS LA FOURMILIERE !

arton337.jpgIl y a un moment, il y a toujours eu un moment, dans toutes les activités humaines, où le respect de soi-même commande qu’on dise : NON !
Je dis donc NON ! à deux éditeurs avec lesquels j’ai travaillé ces dernières années.
L’un fait de beaux livres traditionnels et publie de l’excellente littérature, l’autre fait de beaux fichiers numériques.
Je ne me lancerai pas ici dans des diatribes ad hominem : j’ai eu avec ces deux hommes des relations agréables. Disons que leur façon de traiter les auteurs m’est quand même apparue, à la longue, comme étant fort cavalière.

Ils ne sont pas, hélas, dans leur manière d’agir, de grands originaux. Ils sont les seconds couteaux d’une société littéraire aux mains de grands falsificateurs. Car j’ai profité de mon absence d’ici pour contacter pas mal d’écrivains et, ma foi, le traitement du silence, de l’opacité, du tout petit chiffre et de la pleurnicherie permanente qui m’a été réservé, ne leur a pas été épargné. Ce qui, croyez-le bien, ne m’a pas fait plaisir, mais affligé encore plus.
J’avais, il y a déjà quelque temps, de vive-voix, entendu un écrivain, pourtant maintes fois publié, dire ceci : On ne va  pas réclamer des droits d’auteur, voire même des contrats, aux éditeurs. Déjà, qu’ils nous publient !
Et la femme du susdit écrivain de renchérir que oui, c’est sûr !
J’en avais eu le cul par terre, moué !
Et ce rôle inversé, ce rôle qui déshonore la littérature, cette prostitution de salon, cette prostitution pour la bonne cause, il s’est avéré que beaucoup d’écrivains, des, pourtant, qui fanfaronnent sur leur blog, sur leur site et dans leurs livres, la pratiquent régulièrement. Dans les couloirs obscurs de « T’as vu, j’ai publié un bouquin ? »
Alors, merde ! Quitte à ne plus trouver le moindre éditeur sur la place, je dis, haut et fort sur Hautefort  : Merde !
Au moins, je ne crèverai pas complice d’un lâche non-sens.

Certes, l’édition est en crise, la librairie, le livre et tout le bastringue. Ne vais pas me lancer dans une analyse que je ne maîtrise pas et d’autres font ça mieux que moi. Ne font que ça, même, pour justifier toutes sortes de louvoiements. Mais cette crise, n’est pas une crise de la lecture et de l’écriture. On a peut-être jamais autant lu ni autant jamais écrit ! Elle est une crise de prises de pouvoir diverses et de parts de marché que se disputent les grandes maisons d’édition dans la jungle du libéralisme sauvage, les petites et les moyennes besognant à ramasser les miettes... Les moyennes, elles, n’ont rien trouvé de mieux à faire, pour tenir la barre et ne pas réduire à néant leur marge, que de spolier leurs auteurs.
Qui ne demandaient pas mieux, d’ailleurs.

En fait, quand vous signez un contrat chez un éditeur, c’est un contrat à compte d’auteurs que vous signez  : c’est vous qui payez la facture de la fabrication de votre bouquin  avec les 300 premiers exemplaires vendus non porteurs de droits pour votre pomme…Circulez !
En numérique, c’est une autre histoire : vous ne savez jamais rien. Sinon, pour ce qui me concerne et sur ma demande, quelques exemplaires vendus en trois ans …Si c’est là la bonne voie, salut ! Je préfère suivre d’autres pistes. Adieu numérique illusoire !

Mais les éditeurs, ceux de mon expérience, ne sont pas entièrement coupables : car c’est quand même effaré que je me suis aperçu que caquetaient et gloussaient autour d’eux toute une cour d’inconscients, de têtes de péronnelles, de courtisans et de courtisanes leur ouvrant les portes et leur déroulant le tapis. Presque de la gouroutisation…Vous seriez des sots, messieurs, de ne pas traiter ces sots comme des sots ! Quand un âne braie comme ça, c’est qu’il veut un brin de paille dans le cul. A quoi bon lui servir de l’avoine et de l’eau sous le museau ?

En 1979, vous voyez que ça n’est pas d’hier, je téléphonais, depuis la poste de Mauzé-sur-le-Mignon, à un éditeur parisien qui avait chez lui un de mes manuscrits (non publié en France mais traduit en espagnol, dans ce pays où il n’y en avait pas un sur mille mais qu’il en  existait pourtant) et la première question que m’avait posée la nana à l’autre bout du fil, avait été :
-Vous êtes enseignant ?
Parce que fut une époque où il n’y avait que les enseignants qui écrivaient…. Ou presque…Et puis ce furent les cadres et puis les ingénieurs…. Tous des gens du salariat de  vol moyen et qui, ma foi, n’avaient strictement rien à foutre de quelques centaines de francs de droits d’auteur par an.
Ça a commencé comme ça. Avec des corniauds qui n’ont pas compris et qui ne comprendront peut-être jamais que les droits d’auteur, l’écriture avec contrat, ce n’est pas pour bouffer, s’enrichir ou faire le beau, mais que c’est la reconnaissance fraternelle d’un travail fourni et d’une collaboration amicale autour d’un ouvrage artistique.
Un éditeur qui ne prend même pas la peine de dire à l’auteur ce qu’il vend comme livres, numériques ou papier, on s’en fout, qui ne le paie pas, qui ne rédige pas de contrats, prend son auteur pour une  merde qui n’a qu’à la fermer, du moment qu’il a été édité !
Et tout le monde est content.
Moi, pas. Parce que je ne suis ni enseignant, ni ingénieur, ni même salarié de quoi que ce soit, ni éditeur et qu’à peine écrivain.
Je ne suis chef que de ma soupe. Mais elle vaut de l’or, ma soupe ! Et je sais que, jusqu'à preuve du contraire, la littérature, c'est fait par des écrivains.

Foin donc de tous ces obscurs, souvent de gôche, hé, de gôche, et qui, en coulisses, pipent tous les dés du jeu social de la littérature !
Et respect, toujours, respect intégral pour les petits éditeurs pas révolutionnaires à l’affiche, tels qu’Antidata et bien d‘autres, mais qui, avec leur petite échine, supportent encore le poids de l’honnêteté et de la camaraderie. Sans faire de bruit, sans aller faire les fanfarons à France culture, sans s’en prendre à tout le monde dès qu’on leur oppose une velléité de penser autrement qu’eux !

Je dis donc Non  à ce foutoir ! Et comme je suis têtu, comme écrire est mon allègre volonté et mon inextinguible plaisir, j’ai de beaux  projets sur la planche.
Et puis, un dernier mot, écrivains, vous qui pensez, parfois, avec vos têtes de poètes à la ramasse : comment voulez-vous être beaux, crédibles, intelligents, vrais et libres dans ce que vous racontez du monde sur vos pages, quand, en coulisses, dans l’ombre duveteuse de vos silences, vous courbez la tête, tels des manants besogneux sous les fourches caudines de maîtres qui ne sont maîtres que par la vertu de vos non-dits !

Affaire à suivre très bientôt…Joyeusement, allègrement.

 

02.06.2011

Si ce que tu as à dire est moins beau que le silence, alors tais-toi

bu2.jpgLe théâtre des choses, recueil de dix nouvelles sur  lequel j’ai travaillé tout l’hiver et qui paraîtra fin juin - avec un rendez-vous bientôt pris dans une librairie parisienne -  Zozo, chômeur éperdu, Géographiques, trois livres qui m’ont donné, en trois ans, dans leurs moments d’écriture, tout ce que j’attends de l’écriture.
Le temps est venu pour moi, en ce qui concerne la pratique numérique, d’identifier l’arbre qui me cache une forêt que je pressens peuplée d’inavouables sournoiseries. De l’abattre le cas échéant.
Le temps de la réflexion est venu. Prendre le temps d’y voir clair. Je ne trouve plus - momentanément sans doute -   le plaisir que j’avais à m’exprimer ici.
Standby.
D’autres projets m’attendent qui me passionnent et qui, toujours depuis le grand corps de la littérature, voudraient bien voir le jour. Pour un autrement. Merci aux quelques amis contactés d'avoir répondu présents. Dans le principe.

A plus tard, donc. Cela peut être la semaine prochaine, ou le mois prochain, ou dans six mois, ou dans un an.
Liberté des désirs et des envies sans échéance.
Merci à tous et à toutes de votre lecture de l’Exil, dont la fréquentation, si j’en crois la rumeur chiffrée des coulisses, s’est toujours maintenue au même niveau depuis un an.

Image : Philip Seelen
Titre : proverbe arabe

 

10:18 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET