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13.06.2011

Désillusions numériques, analyse succincte et résolutions anciennement nouvelles

littératureC’est donc un virage à 180 degrés que j’effectue dans mes choix et sympathies, relativement à l’édition numérique. Un virage amorcé grâce, ou à cause de,  l’expérience. Un virage empirique. Un virage qui ne se serait pas négocié de sitôt peut-être, si la route tracée n’avait pas été parsemée d’embûches.
Ayant, dans deux textes polémiques, dit ce que j’avais à dire et dénoncé ce qu’il me semblait
juste – et qui me le semble toujours jusqu’à ce que quelqu’un vienne me prouver le contraire avec autre chose que des arguties courtisanes– de dénoncer (trois ans sans la moindre information sur les téléchargements de mes livres, trois ans sans le moindre état des ventes au mépris d’un  champ contractuel préalablement ouvert, et trois ans sans un traître centime de droits éventuellement acquis),  il est nécessaire maintenant pour moi de tirer de la mésaventure les réflexions générales.

Le virage à 180 degrés effectué a d’abord un nom : Publie.net. Ce qui est d’une importance capitale car peut-être ne faut-il pas dès lors jeter le bébé avec l’eau souillée du bain. Sans doute cela ne remet-il pas en cause l’édition numérique dans sa totalité. Peut-être se trouvera t-il bientôt un ou des éditeurs numériques conscients de leur métier et vraiment au service des auteurs de littérature et des lecteurs.
Publie.net, rendons-en grâce à l’histoire, n’a pas le monopole de la modernité dans le domaine. Le numérique a certainement des atouts dans sa poche. Suffit simplement qu’il ne coupe pas une couleur de laquelle il conserve l’as dans sa manche pour remporter le dernier pli. Voire la mise du tapis.
Ces atouts-maîtres ont été maintes fois rabâchés par rapport à l’édition traditionnelle (plus large éventail de publication car moins de risques engagés financièrement sur un ouvrage, rotation de plus en plus rapide dans les librairies évitée, pratique sociale de la lecture numérique de plus en plus dense et cætera.)
Pour Publie.net, le vers était déjà dans la pomme. Je ne le vois que maintenant, après avoir mordu dans le fruit. Car si ces avantages avaient été déterminants dans les choix, s’ils avaient suffi à convaincre lecteurs et auteurs de s’engouffrer sous son aile protectrice, alors il n’eût pas été nécessaire de répéter à l’envi que les prix du livre numérique étaient cassés en trois par rapport au livre traditionnel, il n’eût pas été nécessaire d’appâter les auteurs avec des 50 pour cent de droits, même si cet appât n’a pas été déterminant dans le choix de ces auteurs. D’autant, je le répète, qu’il s’agissait d’un leurre. D’une cuillère aux reflets argentés dans les tourbillons d’une cascade soit-disant innovante.
D’autres éditeurs viendront, donc, dans la pratique numérique, mus par une respectable éthique. C’est inévitable.


Cependant, dans ma courte, juste, rageuse, mais bien tardive bataille pour le respect de l’esprit coopératif claironné chez Publie.net, les réactions des deux protagonistes ont mis à l’évidence les inconvénients, voire les leurres désastreux, de la publication numérique. Là encore, des éditeurs, des auteurs et des lecteurs d’un autre esprit, d’une autre génération, trouveront sans doute les moyens d’y remédier.
Car en partant du postulat selon lequel les chiffres de vente annoncés n’aient pas été ceux d’un poker menteur, il faut constater deux choses :
- soit mes ouvrages sont d’un intérêt médiocre - ce qui remettrait fondamentalement en cause mes prétentions à écrire -  et, ou, la connaissance de l’éditeur  relativement à la littérature de qualité digne d'être publiée est nulle, cette dernière éventualité étant à exclure au vu de l’œuvre que ce dernier a déjà derrière lui, deux éventualités, donc, fondamentalement antinomiques,
- soit la pratique sociale de la lecture ne s’opère en fait que sur le journal, les mails, les blogs à textes rapides, les cours de la bourse, les promotions de la Redoute, les clubs de rencontre, la connaissance encyclopédique telle que chez Wikipédia et tutti quanti, et alors la présence de la littérature sur internet est encore un vœu pieux.


Une autre contradiction, grave, très grave pour la réputation et la fiabilité du numérique et mise au jour par le conflit, est de taille à faire frémir : c'est la rapidité avec laquelle l’éditeur peut d’un seul coup de clic, supprimer votre ouvrage, sur simple interprétation d’une phrase courte, coléreuse, pas forcément juste, j’en conviens.
Mes deux ouvrages ont disparu dans l’heure qui a suivi cette phrase : "Adieu illusion numérique !" Plus  encore : sur mauvaise interprétation de ma part d’une douteuse allégorie assimilant un projet d’édition à un nouveau champ de bataille.
On le voit : ceci relève de tout, sauf du sérieux et de l'honnêteté. Et ceux qui, à l'instar d'une commentatrice,  donnent justification à ce genre de pratique n’ont vraiment rien à faire ni sur internet, ni dans l’édition, ni même dans les débats-conflits entre les différents acteurs sociaux de la littérature. Qu'ils aillent flagorner ailleurs, loin d'ici !
Cette pratique, pour moi, souligne la dramatique fragilité du livre numérique, épée à double tranchant à manier avec précaution. Et souligne aussi l’incontestable supériorité du livre traditionnel : les autodafés ne sont en effet plus de mise !


François Bon dit " tout mon travail ne méritait pas l'insulte". Certes. Mais, lui qui est aussi écrivain, a-t-il eu l'intelligence ou l'honnêteté de penser que toutes les heures, les doutes, les angoisses dont un  livre est fait, ne méritent pas de partir en fumée en une seconde ? Non. Il n'y a pas pensé !  Parce qu'il n'est plus un écrivain mais exclusivement un  marchand !

Et me revient en mémoire la phrase désabusée d’un auteur ami à l’époque, qui, venant de publier un livre numérique refusé par d’autres éditeurs  sous une forme traditionnelle (livre de grande qualité littéraire pourtant ): " Encore un livre virtuel !"
Je m’étais inscrit en faux.
Comme un âne. Cet auteur-là avait diablement raison et voyait bien mieux et bien plus loin que moi.
Mes prochains livres seront donc résolument couchés sur du vrai papier et confiés aux soins  de vrais éditeurs.
Gageons qu'ils seront lus à plus de 5 exemplaires en trois ans et qu'un blabla enjôleur ne les embourbera  pas  dans l'impasse !
Vous pourrez aussi les lire avec vos seuls  yeux. Pas besoin de suivre une formation aux nouvelles, toujours plus nouvelles et accablantes technologies de l'illusion numérique en littérature.

Illustration : une curiosité de la nature relevée par mézigue il y a quelques jours : un sorbier a élu domicile à trois mètres du sol, sur la fourche d'un peuplier géant. Sa vie sera courte.

 

 

Suis pressé. Merci et excuses aux commentateurs des textes précédents.Répondrai bientôt.

 

10:56 Publié dans Publie.net : une étrange coopérative | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

On rappelle ici l'engagement de Publie.net dans son contrat rédigé par Maître Cazeneuve.

Article 10 : Résiliation, Retrait
10.1 - Résiliation
a) Passé douze mois après l'entrée en vigueur de la
présente convention ou, s'il y a lieu, après son dernier
avenant, chaque partie aura la faculté d'y mettre fin à son
gré sans aucune indemnisation de l'autre partie sous
réserve de l'en informer par courrier postal ou électronique
avec accusé de réception visant le présent article. Le
présent contrat sera alors résilié de plein droit sans nécessité d'aucune formalité subséquente ou complémentaire.

Et l'on se demandera pourquoi François Bon, dans l'esprit très innovant qui l'anime, persévère dans la tradition des contrats d'auteurs puisqu'il ne les respecte pas sur deux points essentiels : la reddition des comptes dont il figure au contrat qu'elle est annuelle, et la résiliation qui doit être signifiée avant d'être effective.

La spoliation n'a pas grand chose d'innovant. Là où Monsieur Bon innove, c'est qu'il prétend le contraire, dans le cadre d'une coopérative... On reconnaît là une vieille ruse de Grand Caque et on se bornera à rappeler que tous les auteurs qui participent à ce jeu narcissique participent à la précarisation du droit d'auteur. Qu'ils réfléchissent bien et se disent que ce droit d'auteur n'est pas le garant de leur soupe, mais le garant de leur liberté de création, de leur indépendance.

Écrit par : ArD | 11.06.2011

Par ailleurs, il est assez intriguant de voir à quel point cette personne s'agite dans tous les sens sur Facebook, lieu même où se recrutent bon nombre de personnes en mal de publication. En arriverait-on, à la longue, à un même système que la publication à compte d'auteur, les écrivains connus servant alors comme une sorte de produit d'appel ? Cela expliquerai alors que la vente n'est peut être pas la réelle préoccupation de cette maison d'édition mais qu'elle vise à terme le recrutement de ces auteurs moyennant phynances...

Écrit par : Le Tenancier | 12.06.2011

Vous dites des choses justes, Le Tenancier. Et prémonitoires. Vous devriez inviter votre ami Hervé à en faire autant.
Amicalement cependant

Écrit par : Bertrand | 12.06.2011

Si mon expérience peut valoir quoique ce soit ?

Cela rejoint ce que dit le Tenancier, mais dans le cadre de l'auto édition numérique.
Les sites proposant l'auto édition est en permanente inflation.
L'écrivain s'occupe de tout sauf de l'argent.
L'éditeur se sert au passage .... s'il y a vente ....... et fournit l'environnement en contrepartie, plus, éventuellement sa notoriété.
LE problème, c'est que ce type de site accepte tout le monde sans distinction.
On se retrouve donc au milieu d'un marigot fait de fanges et de diamants sous l'excrément.
Du coup, les lecteurs sont vite rebutés et ne reviennent pas.

Faut dire que je suis plus pour l'auto édition que pour l'édition (ayant compris depuis longtemps le mode de fonctionnement des éditeurs classiques.)

Voilà, c'est juste un témoignage en passant.

Écrit par : Yfig et les dazibao coûtent bonbon ! | 12.06.2011

Merci de ce témoignage. Le problème de l'auto édition, c'est sa non-visibilité. Voilà le gros problème.

Écrit par : Bertrand | 13.06.2011

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