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31.12.2018

Archéologie animale, forêt primaire de Białowieża

IMG_20170611_142029.jpgLa découverte, l'étude et l’interprétation des traces tangibles de la mémoire, l’archéologie, permet aux scientifiques de la discipline de reconstituer, tessons après tessons, outils après outils, l’histoire.
L’histoire des hommes. Mais qu’en est-il de celle des champs, des forêts et des chemins ? Cette histoire "naturelle", on le sait, est toujours fonction de celle des humains, la conquête de l’environnement et de la matière ayant été le moteur principal de leur évolution, jusqu’à l’atome et, après nous…comme disait le despote éclairé.
Faire l’archéologie de la forêt, par exemple, c’est faire l’archéologie des rapports entre cette forêt et l’homme, de la grande forêt hercynienne jusqu’à la forêt d’aujourd’hui, parcellarisée, démantelée, hachée plus ou moins menue selon les pays et les régions, et si on voulait ouvrir un chapitre nouveau (j’ignore s’il existe) de l’archéologie en investissant la mémoire des choses de l’environnement, ce chapitre ne serait bien évidemment qu’un sous-chapitre, car il faudrait alors considérer l’environnement, hors évolution naturelle et climatologique, en tant qu’outil utilisé par l’intelligence humaine.

C’est bien une des grandes questions sur laquelle achoppent actuellement les hommes devant l’épuisement manifeste, l’usure visible, de l’outil  : les uns sont préoccupés par la sauvegarde de l’idéologie de la croissance et donc par la sauvegarde de l’exploitation forcenée de cet outil, les autres sont soucieux de la sauvegarde de l’outil lui-même- ce qui est un non-sens métonymique car il s’agit en fait de la sauvegarde de la vie humaine en tant qu’utilisatrice de l’outil -, les uns attribuant donc les changements climatiques à une logique autonome de l’individu cosmique "terre", les autres l’attribuant à une utilisation anarchique et abusive. Tous cependant sont des archéologues du futur, en ce qu’ils projettent leurs idées et leur comportement sur une utilisation future et un devenir de l’environnement-outil.
Vaste débat sur lequel je suis bien trop incompétent pour mettre mon grain de sel, même si je déteste au plus haut point l’idéologie de la croissance lamentablement amalgamée, pour cause de profit, avec le bonheur humain.

Il en va des animaux comme de la forêt. Faire l’archéologie du cheval, autre exemple, commanderait que l’on parte de son état initial, sauvage, pour aller vers sa domestication, comment et pourquoi. Puis qu'on analyse le cheval à travers les guerres, l’histoire du déplacement, l’histoire de l’agriculture, l’histoire des transports, l’histoire de la poste, jusqu’au…PMU !
Et les petits animaux ? Les insectes, par exemple. Et, parmi ces insectes, ceux que nous avons domestiqués, transformés en outils, les abeilles ?
L’élevage proprement dit de ces insectes pour en tirer le maximum de miel, ne date en fait que du XVIIIe siècle. C’est donc assez récent. Une archéologie de l’outil "abeilles" devrait donc comporter deux grands chapitres : les abeilles et le miel avant et après ce XVIIIe siècle.
Car la récolte du miel, elle, est vieille de 12 000 ans environ… La récolte en ruches sauvages, dans les troncs d’arbre. C’est donc la très longue époque d’avant la révolution néolithique, l’époque du prélèvem
ent simple, de la cueillette.
Plus tard, avec le néolithique, partout en agriculture l’élevage, l'ensemencement et la plantation se substituèrent à la cueillette et c’est ainsi que naquit l’apiculture primaire, qui connut son essor dans l’antiquité, notamment dans la Grèce Antique.
Pline l’Ancien écrivit un véritable traité d’apiculture, comment transporter le tronc renfermant l’essaim, comment le conserver, comment en extraire le miel sans détruire la colonie, etc. Virgile également consacra un chant des Géorgiques à l’apiculture.
Voilà, succinctement, très succinctement, l’archéologie de l'abeille, qui ne serait qu’un sous-sous-sous-chapitre, un paragraphe, que dis-je ? à peine une demi-ligne, de l’histoire de la conquête environnementale. 


Ces quelques réflexions, qui vous semblent peut-être quelque peu amphigouriques, m’ont été inspirées par les ruches sauvages conservées en l’état dans la forêt primaire de Białowieża, et qui sont devenues une curiosité mondiale.
La récolte du miel constituait une des ressources de la forêt. L’apiculteur de l’époque et de ces lieux - forêt de
 Białowieża du XVIe siècle - ignorait encore qu’on pouvait transporter la ruche naturelle et en construire même la réplique. Ne s'étant pas encore dissocié totalement de sa terre, il considérait que la récolte du miel était l’exclusivité de la forêt profonde et, plus encore, qu’elle ne pouvait se faire que sur des arbres très élevés, principalement des pins. Cette façon de concevoir l’outil environnemental, façon néolithique, a perduré jusqu’au XIXe siècle, alors qu’en Europe de l’ouest l’apiculture sauvage avait disparu dès le Xe siècle  !
Mais l’homme néolithique, de cette époque pourtant moderne, avait un redoutable concurrent, l’ours. Il lui fallut donc inventer un outil qui l'en préserverait. Il plaça devant l’entrée de la ruche sauvage un énorme balancier, un tronc d’arbre entier verticalement suspendu aux branches les plus hautes. L’ours gourmand et rageur repoussait alors ce balancier d’un violent coup de patte et le tronc revenait, par effet de boomrang, le frapper. Souvent même, le choc le faisait chuter de l’arbre et, dans ces cas-là,  il venait s’empaller sur des pieux aigus prélablement installés au sol.
D’une pierre deux coups : l’homme sauvegardait le miel et récoltait la peau de l’ours...après l’avoir tué !
Cet ingénieux balancier est donc un outil dans l’outil de l'outil. Un mot de l’archéologie devant lequel je suis un instant resté pantois, mesurant l’ingéniosité des hommes lointains face à la complexité environnementale.
Ces lieux intacts, les derniers de la forêt qui recouvrait toute la plaine européenne, sont de véritables sanctuaires.
 

10:46 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écriture, littérature, environnement |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.12.2018

Un conte de noël polonais

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C’est noël. La nuit des étoiles magiques, la nuit au cours de laquelle parlent même les oiseaux et toutes les créatures de la terre.
Une vieille dame me confie
cependant qu’elle ne fête plus Wigilia1, que c’est pour elle jour d’une affligeante tristesse.
Je m’en étonne. Je la sais en effet fort dévote. Alors je dis que c’est quand même la nuit où son dieu est né et que… Oui, m’interrompt-elle en posant doucement sa main ridée sur mon avant-bras, mais c’est aussi la nuit où mon pauvre mari est mort !
- Ah ! que je fais, décontenancé.
- Oui, soupire-t-elle. Je voulais pour notre réveillon faire des bliny, vous savez, ces bonnes crêpes traditionnelles faites avec de la farine de sarrasin. Je lui ai alors demandé d’aller au grenier me chercher un peu de cette farine que je gardais là-haut bien au sec et…
Sa voix s’étrangle.
- Il a glissé de l’échelle et s’est tué là, le pauvre homme, devant moi.
Je m’étrangle aussi, ému jusqu’aux larmes :
- Et qu’avez-vous fait, ma pauvre Madame ?
- J’ai fait une soupe de betteraves.

1 : Littéralement la Veille, c'est-à-dire le 24 décembre

 

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15.12.2018

Le jaune, les gilets et ma vie...

20180719_095910.jpgPour garder estime de soi sans pour autant en être fier, je crois qu’il faut toujours essayer de ne voir que le réel dans sa propre vie, que le vrai, que la direction prise par le vent pour faire voguer l'existence.
Et tenter ainsi de ne pas se perdre en considérations amphigouriques et idéologiques, lesquelles constituent toujours autant de mensonges pour enluminer les postures.
Je suis dès lors assez amusé de voir en ce moment les «révolutionnaires» de canapé faux-cuir de chez Carrefour twitter leur soutien, voire leur admiration, aux gilets jaunes. Blottis derrière leur clavier, ils applaudissent et se gargarisent de mots.
Creux, parce que, comme chacun le sait, plus c’est creux,  plus ça résonne et moins ça raisonne…
Ça m’agace donc parce que les gilets jaunes, qui me sont en soi  pourtant sympathiques dans leur rôle de contestation de la richesse confisquée, m’agacent profondément. Et le mot est bien faible.
Ils défendent leur survie, les bougres !  et ils veulent avoir le droit de consommer autant de merdes inutiles que les autres. Il n’y a qu’à les voir tous avec leurs smartphones branchés internet et et caetera... Ils n’ont pas assez de pain pour finir le mois, mais ils ont des smartphones.
La morale est sauve et ils sont ainsi au cœur de nos temps frelatés.
Bref, qu’ils se battent pour avoir plus à grignoter, rien de plus normal et rien de moins louable. Non, non, ne me dites pas qu’ils se battent pour la justice sociale, pour le peuple, pour plus de  démocratie citoyenne, laissez, je vous prie, ces conneries à l’autre cinglé de Mélenchon, à Le Pen, Onfray ou autres vampires de la misère sociale ! 
Ils se battent pour leur beefsteak et ils ont raison. Point. C'est d'ailleurs à partir de cette exigence primaire, fondamentale, que se sont embrasées toutes les révolutions du monde.
Je n'en reste pas moins farouchement contre eux. Parce qu’ils se battent en même temps, sans le savoir bien sûr, pour bousiller la façon dont s'est construite ma vie.
Je m'explique : j’ai beaucoup moins d’argent à ma disposition que n'importe lequel d'entre eux, je suis bien en-dessous des minimas sociaux à la sauce française, mais je vis en Pologne et il faut alors multiplier mon maigre revenu par 4 et des poussières, ce qui fait un salaire plus que correct, surtout que j'habite un modeste et paisible village frontalier de la Biélorussie, que je suis là pour aimer et écrire sans être constamment sollicité par toutes les immondices que charrient les torrents de la consommation ordinaire.
Mais si les gilets jaunes gagnent la bataille, l’euro s’effondre et je me retrouve plus misérable que le plus misérable d’entre eux. Ce ne sera pas un forfait internet dont je devrais me séparer, mais du goût même du pain frais!
Alors, vive les gilets jaunes, mais pas trop fort quand même… Des fois que le cours de l’Histoire entendrait…
Voilà, c’est ainsi,  comme je le disais au début, qu’on ne ment ni à soi-même, ni aux autres.

D'ailleurs, que celui ou celle qui condamne, argumente, pérore ou soutient sans voir d'abord midi à sa propre porte, me jette la première pierre !

17:58 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.12.2018

Perplexité déroutante

Bez tytułu.pngL’exilé jette chaque jour un œil attentif sur les actualités de son pays. En triant, en pesant, en décodant le plus possible avec ce qu’il sait de ce pays.
Ce clin d’œil est sans doute indispensable pour ne pas désolidariser fondamentalement l’arbre de sa racine et j’imagine qu’il en va de même pour tous les expatriés du monde, où qu’ils soient et d’où qu’ils viennent.
Si l’exilé agit ainsi, c’est pour son plaisir, pour entendre la respiration de sa lointaine patrie, même si ce qu’il lit ou voit ne l’agrée pas toujours.
Hélas me voilà contraint – momentanément,  j’espère -  de tordre le cou à cette habitude, tant ce que je lis et entends me dégoute. Partout. Sur les sites d’infos comme sur les réseaux sociaux, hauts lieux des ego malades d’acrimonie et des paranoïas suraigües. Là où la bêtise la plus crasse est déguisée en perspicacité et la mièvrerie de la parole en saillies fort avisées.
La palme du nauséabond revient à n’en pas douter à Mélenchon, capable de dire le contraire de ce qu’il a dit deux heures auparavant, sans vergogne, comme s’il était fou. Ce qu’il est sans doute de plus en plus.
Dégoût des idéaux sans idéal, des malversations, des inversions, du confusionnisme, de la haine, du langage de charretier. De tout.
La Pologne me semble, à côté, un havre d’intelligence et de paix.
Et je me demande comment 120 000 personnes sur tout le territoire français peuvent semer ainsi la pagaille et distribuer le chaos, quand ils étaient 250 000 à Varsovie intra muros le 11 novembre dernier pour célébrer le centenaire de la renaissance de ce beau pays, avec des éléments ultranationalistes  mêlés à la foule…
Pas un heurt, pas une casse, pas une bagarre, pas la moindre égratignure à la moindre voiture.
Perplexité
De la singularité d’être français, écrivait Roger Vailland.
Singularité désastreuse !

17:22 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

04.12.2018

Du jaune et des gilets

IMG-20181125-WA0000.jpgA force de voir le destin lui benoitement sourire, le sieur Macron, ci-devant Président de la République de France, s’est sans doute cru invincible.
Et c’est bien le pire qui puisse arriver à un homme quand il prétend à quelque esprit : perdre le contact avec la semelle de ses chaussures. Il se fait, en quelque sorte, l’astrologue de la fable qui tombe sottement dans le puits pour avoir eu trop longtemps le nez levé sur la trajectoire des étoiles.
Résumons très prosaïquement : il (Macron, pas l’astrologue) fouille dans la poche des petits vieux et des derniers prolétaires, fait leurs fonds de tiroir, leur pique leur monnaie, augmente les produits dont tout le monde a besoin, gèle les salaires et les pensions, assomme le citoyen avec les taxes et, en même temps, de l’autre main, distribue ses largesses aux plus riches.
Comment peut-il dès lors s’étonner que ça pète ?
D’ailleurs s’en étonne-t-il ? Peut-être avait-il fait le pari sournois que les gens, abrutis par les incohérences et les reculades de ses prédécesseurs, allaient tout simplement obtempérer et accuser la fatalité des temps.
Pari raté et Paris s’enflamme. Il revenait en effet à Emmanuel Macron de pousser encore un peu plus loin le bouchon jeté depuis longtemps par quarante ans de falsification politique et il l’a poussé, l’idiot, jusqu’au point de rupture.
Il est désormais trop tard, je pense, pour ramener tout le monde à la sérénité, car chacun a compris la férocité de l’injustice et, surtout, chacun a compris que s’il n’avait pas élevé la voix, hé bien, on aurait fini par lui manger le peu de laine qui lui restait sur le dos.
A posteriori, la colère, l’envie d’en découdre et les ressentiments se sont donc décuplés.

J’entends de-ci de-là les crétins habituels évoquer mai 68… Ce sont pourtant deux séquences historiques qui n’ont strictement rien à voir entre elles et qui sont même diamétralement opposées dans leur genèse.
En mai 68, il y avait moins de 600 000 chômeurs dans toute la France ! Les gens vivaient bien, personne – ou pas grand monde - n’avait à souffrir de l’exigüité des salaires et des revenus. Personne ne dansait devant le buffet ! L’explosion eut lieu non pas pour la survie et les exigences du nécessaire, mais pour une jouissance, intellectuelle et physique, encore plus grande de la vie. Ce qui explique, en partie, et sa brièveté factuelle et la longueur de son onde de choc dans les esprits.
La révolte d’aujourd’hui est, elle, brute de pomme, c’est  la révolte autour du pain. Le cri du ventre. Et ça, ça ne se calme pas avec des bonbons et des friandises.
Le raz de marée, débridé, va donc maintenant tenter de tout balayer sur son passage, jusqu’à satiété. Le ventre plein l’homme peut discuter, chantait un vieux cantique libertaire, et même si ce mouvement est tout sauf d’inspiration libertaire, il s’agit bien de cela.
J’espère qu’il n’oubliera pas d’engloutir aussi les salauds opportunises qui, depuis le début, soufflent sur les braises, appellent aux urnes, non pas pour plus de justice à l’égard du peuple, mais pour qu’on élise leur petite personne crapuleuse en lieu et place des actuels dirigeants !

Et puis, si, de cette insurrection, naissent un jour des hommes nouveaux, des citoyens libres et généreux, ils n’oublieront pas qu’ils doivent l’organisation de leur victoire aux réseaux sociaux, que c’est là qu’ils se sont rencontrés et qu’ils ont fédéré leur courroux.
Quand les temps alors se seront apaisés et qu’à leur tour ils voudront légiférer sur le dos courbé des gens, ils sauront donc comment faire pour museler les grognes et les cantonner dans les chaumières.
Et franchement, ça m’amuse par anticipation tant je vois les pseudo-intellos, pseudo-écrivains, pseudo-penseurs de réalité frelatée, pseudo-tout et pseudo-rien, bomber le torse, applaudir au soulèvement sans savoir qu’ils sont, les jocrisses, en train de saboter le canevas où se brode leur dernière illusion d’exister !

Car toute révolution, une fois accomplie, se met à table et commence par bouffer ses enfants.

18:44 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET