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25.01.2015

Le Silence des chrysanthèmes

silence 1.jpgCe manuscrit, Le silence des chrysanthèmes,  m’a toujours tenu terriblement à cœur.
Pour de multiples raisons.
La première d’entre elles est que, dès mon arrivée en Pologne, en mai 2005, je m’étais mis à son écriture. Tous les jours. Sans discontinuité. Dans une certaine fébrilité. Comme si, me retrouvant soudain coupé de ma langue, de mon pays, des amis qui jusqu’alors avaient été les miens et de ce qu’il me restait de famille, j’avais besoin d’ouvrir une fenêtre sur mon parcours et besoin de comprendre pourquoi, alors que déjà cognaient à ma porte les premiers souffles de l’automne, j’en étais arrivé au déracinement complet.
La plume coulait d’elle-même… A la recherche de l’inconnu qu’il me semblait soudain avoir toujours porté en moi.
Je prenais le départ une nuit de décembre 1950, je faisais des détours, j’examinais en filigrane les gens que j’avais croisés là-bas, en culottes courtes ou adulte, je redessinais le milieu pauvre, rural et aimé, d’où je venais, je remontais le cours d’un fleuve agité de tumultes et qui, de chaos en chaos, de cascades en cascades, de batailles en batailles, d’échecs en quelques victoires, conduisait jusqu’aux rives du Bug, sous un climat tout blanc, à deux pas du monde cyrillique.
Ce faisant, je faisais la part belle à mes premiers compagnons de voyage, mes frères, que j’avais pourtant quittés,  pour la plupart d’entre eux, depuis plus de 35 ans.
Les fantômes… C’est cela. Je partais à la rencontre de mes fantômes pour essayer de savoir celui qui m’habitait.
Je le voyais bien en écoutant ma plume : les illusions, les espoirs, les certitudes, les rêves d’une société fraternelle, plus juste,  tout avait volé en éclats dérisoires au cours de cette existence. J’avais envie de le dire. De me le dire plus exactement, ici, dans la solitude d’un exil, mais, spontanément, sans doute pour ne pas sombrer dans le récit toujours vain d’une pure évocation autobiographique, j’éprouvais en même temps le besoin de parsemer mon récit d’éléments de mon imaginaire, de noircir ou de sublimer. Je ressentais, aussi et surtout, le besoin de dire le temps et son usure, le temps qui passe, qui passe, qui se consume et qui m’avait poussé, autant par espoir que par désespérance, à rompre toutes les attaches.
Ce temps qui se dérobe sous nos pas…Vivre, c’est mourir à petits feux de cette évidence mille fois brassée, mais jamais assez profondément à mon goût.
Il n’y a que les imbéciles pour taxer d’évidence  ce qui est l’essentiel.
Une autobiographie impure. Un constat.
Puis, Le Silence des chrysanthèmes illusoirement achevé, le cahier refermé, sont venus Zozo, Géographiques, Chez Bonclou, Polska B dzisiaj, le Théâtre des choses, le Diable et le berger… Je n’ai jamais cessé décrire depuis que j’ai planté ma tente sous les étoiles de l’est polonais.
Pourtant, quoique toujours à la recherche d’un passeur qui ferait sur les plages s’échouer mes bouteilles à la mer, Le Silence des chrysanthèmes n’a jamais été présenté à un éditeur... Des extraits en ont été mis en ligne sur ce blog. Je ne le jugeais pas indigne. Je le jugeais sans doute pas « mûr » encore.
C’est pourquoi j’ai voulu qu’il soit mon premier livre publié par les Editions du Bug. Qu’il participe à leur naissance, qu’il colle à leurs premiers pas comme il avait collé à mes premiers pas ici.
Je l‘ai rouvert. Je l’ai relu, je l’ai  corrigé, j’ai revu la grammaire et les balancements de la phrase, bref, je l’ai longuement retravaillé pour lui donner une nouvelle vie : celle d’un livre.
Il est aujourd’hui disponible Ici. C’est, pour moi, un rêve enfin réalisé.
Et si le cœur vous dit de le partager un moment avec moi, si vous voulez embarquer le temps d’une lecture sur ce fleuve qu’ombragent les saisons enfuies, englouties, il vous laissera descendre où vous voudrez...
En tout cas je l’espère, tant les histoires, les mutineries, les joies et les désolations et les vies qu’on croit individuelles, exclusives, à soi propres, portent en elles, chacune à leur façon,  quelque chose de la chose universelle.

 silence 2.jpg

 

08:27 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

22.01.2015

Deux gouttes d'eau dans la mer...

littérature,écriture Dans une semaine environ, paraîtront les deux premiers livres des Editions du Bug, signés des deux fondateurs des susdites éditions.
Pour nous, c’est évidemment un événement extraordinaire, sans précédent. Nous y mettons beaucoup d’espoir après y avoir pris beaucoup de plaisir.
Mais les climats sous lesquels s’élanceront ces deux livres sont-ils bien faits pour leur santé ?
Qu’on en juge plutôt sur les trois lectures les plus prisées de l’époque récente. Quoiqu’elles ne se situent pas toutes les trois au même niveau, puisqu’une surpasse les deux autres dans la parfaite inutilité, voire l’incongruité, elles ont quand même en commun, désolé, de figurer au hit-parade des tables de chevet :

- Treiweiller éconduite raconte ses mésaventures et livre des secrets d’alcôve princière. Putain, mon gars, le roi est nu !
Des centaines de milliers de curieux, un œil avide collé au trou de la serrure,  se ruent sur ses pages, sans doute innommables, et qui n’ont d’autre dessein que d’amasser des millions d’euros.
On va même en faire un film… Histoire de faire fructifier encore plus la bêtise sur le dos de la bêtise. La bêtise exponentielle. Les salles seront assurément combles.

 - Zemmour le chroniqueur, lui, y va de son Suicide français.
Des centaines de milliers de suicidés malgré eux se ruent aussitôt sur ses pages. Histoire de voir si c’est bien vrai, tout ça, et si, par hasard, déjà on ne danserait pas en l’air au bout d'un chêne à notre insu.

 - Houellebecq, auréolé de son prix Goncourt, y va de son roman bien ancré, paraît-il, dans la réalité paranoïaque de l’époque. Quand la politique entière se joue comme une fiction, comme un spectacle permanent du faux vendu comme valeur absolue du vrai, rien n’est plus prisé que la fiction politique, certainement lue, d’ailleurs, par beaucoup, pour plus réelle encore que le réel.
Des centaines de milliers de Houellebecquiens, et bien d’autres encore, se ruent sur ses pages.

En amont de ces fracassantes parutions - dont une ne peut, je l’ai déjà dit, qu’abusivement être qualifiée de « livre » - réunissant à elles seules plus de 1,5 million de lecteurs, l’angélique ministre de la culture dit sans rire qu’elle n’est pas payée pour lire. Ce qui, soit dit en passant, pourrait signifier que ceux qui lisent sont des feignants, des malhonnêtes qui lisent au bureau, ou alors des chômeurs… Bref, des inintéressants.
Charmant !
Ce qui peut signifier, aussi, que quand un ministre lit autre chose que les cotes en bourse, c’est qu’il badine, c’est qu’il n’a
vraiment rien d’autre à foutre… Il pourrait tout aussi  bien se curer les ongles, ou se peigner la moustache, que sais-je encore ?
Le premier d’entre eux, Valls, lui, balaie tout ça d’un revers hautain de la manche et clame que Houellebecq n’est pas la France !
Il a raison, il a raison...
Le problème est que, même quand cet homme semble avoir raison par des formules à l’emporte-pièce, la façon dont il les dit et, surtout, les raisons pour lesquelles il les dit, résonnent telles d'affligeantes erreurs.
Il a sans doute voulu laisser à penser, comme Louis le XIVème, que la France, c’était lui et ceux de son camp.
En tout cas, pour services rendus à la littérature, donc à la pérennité d’une époque dans la mémoire collective, Houellebecq est certainement plus la France que cet apprenti Bonaparte à la recherche de son pont d’Arcole et qui, n’en doutons pas, aura depuis longtemps trouvé son Sainte-Hélène quand Houellebecq écrira encore….  

Des criminels assassinent des journalistes et des gens du peuple juif. Le peuple français à juste titre s’émeut, les pouvoirs se serrent les coudes autour de l’émotion collective, battent d'ostentatoire façon le pavé, bras dessus, bras dessous avec tous les Charlie affectés, et, dans la foulée, (pas de temps à perdre !) annoncent des policiers en grand nombre et mieux armés, des militaires, des surveillances accrues, des cyber flics de plus en plus vigilants, gare aux mots, gare aux dérapages, gare aux émois contradictoires, gare à qui, même à des années-lumière de cette abominable terreur, laissera échapper son refus de laisser parler ou penser qui que ce soit à sa place et hurlera autrement que les loups !
Quand les flics jettent leurs chaluts et drainent le fond, il n’y a pas de fretins si menus qu'il faille les rendre à la mer !

On le voit : l’ambiance n’est pas vraiment à la sérénité d’esprit et à la curiosité pour découvrir deux romans écrits, en plus, par deux célèbres inconnus et qui, ma foi, même très loin d’être conjugués sur le mode dominant, ne parlent ni fesses aventurières, ni sécurité, ni peurs collectives.
Ça va être dur pour eux…
Il leur faudra jouer des coudes, il leur faudra du hasard, du soutien, de la conspiration de bouche à oreilles, des clins d’œil complices, pour tenter de percer les brouillards  d'une époque en échec permanent d'elle-même.

Mais, comme nous sommes des fous joyeux, hé bien, nous y croyons et nous y croirons jusqu’au bout !                                        

11:20 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

20.01.2015

Ne sachant pas trop quoi en penser, j'en ai parlé à mon cheval...

Hollande veut une loi sur "la transparence économique", les députés veulent aussi une loi, mais une qui "protègerait le secret des affaires...."

Hodowla_koni_zagrozona_6541902.jpg

 

15:53 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

18.01.2015

Cum prehendere

esprit_embrouille.jpgLe brouillage des cerveaux a-t-il déjà atteint une telle densité au cours de l’histoire ? Je n’en sais évidemment rien. Je sais surtout qu’il a toujours été l’instrument de prédilection de tous les pouvoirs et de toutes les idéologies, à différents niveaux de saturation et d’efficacité.
Aujourd’hui, la multiplicité des messages n’a d’autre fin que celle de détruire l’utilité même du message, ce qu’elle fait avec beaucoup de réussite.
Pour cette seule raison, rester à l’écoute est une erreur fondamentale. Presque un suicide cérébral. C’est s’exposer à des interprétations qui s’appuient sur l’idée qu’on a encore d’une certaine vérité humaine, idée farfelue, partout démentie et partout surannée, et, par là-même, s’exposer à dire ou à écrire des conneries.
Ayant bien intégré que le monde, depuis une bonne trentaine d’années, est entré lentement mais sûrement dans une de ses contradictions fondamentales qui ne se résoudra que par un changement  brutal - dont absolument personne ne peut dire aujourd’hui quelles en seront les formes et la nature et s’il débouchera sur des époques redoutables ou lumineuses - le sage devrait se taire et refuser d’écouter le chant des moribonds.
Ainsi, pour détail,  quand Le Pen dit qu’il y a derrière les sanglants attentats de Paris, la patte des services secrets, ma première réaction est de penser, avec mon cerveau brouillé, que le vieillard d’extrême-droite lance une de ces boules puantes dont il est coutumier, histoire d’appauvrir encore la qualité de l’atmosphère, pourtant déjà bien délétère.
Je suis gêné. Parce que, dès le début, j’ai trouvé moi-même très étrange que les assassins aient été assez cons pour laisser trainer leur carte d’identité. Même les voleurs de poules ont plus d’intelligence pour protéger leur fuite.
Après Le Pen, refusant viscéralement toute complicité de vue avec cet homme, je me dis donc, toujours avec mon système nerveux parasité, que  ces fauves ont justement voulu qu’on arrive jusqu’à eux afin que ne leur soit pas volée une infamie, qu’ils revendiquaient, en bons et grands martyrs…
Forcément. Il ne peut en être autrement.
Mais voilà que, dans la tranchée d’en face, la violence de la réaction du chef socialiste, Cambadélis, jette un nouveau doute…Ce grand prêtre du mensonge républicain s’insurgeant contre cette thèse avec une telle rudesse, ce n’est pas très sain… D’ordinaire, un menteur ne s’indigne avec cette force-là du mensonge de l’autre que pour cacher l’énormité du sien.
Bref, entre un provocateur sénile et un chafouin qui vise haut dans le ciel de son avenir politique, je ne sais plus trop comment me débrouiller les neurones.
Le mieux est donc de les envoyer tous les deux se faire…
Parce qu’après tout, de tout ça, je m’en bats l’œil, au fond…Qui ? Pourquoi ? Comment ? Tout cela ne change rien à la pourriture du monde et à la monstruosité du crime commis.

Et puis, avec tout ça, il y a cette expression qui me pue désormais aux yeux : la liberté d’expression… Un dogme intouchable, cuisiné à toutes les sauces, revendiqué par tous ceux qui, pourtant, n’ont de cesse que de museler qui s’avise de penser autrement qu’eux.
C’est très étrange… Où est donc le traquenard ?
Certainement là : telle qu’entendue par les grands seigneurs de l’époque, la liberté d’expression n’est pas l’expression de la liberté, mais la liberté de dire ce qui alimente peu ou prou, même contradictoirement, la machine à brouiller les cerveaux.
Ainsi, toute la population bien pensante se réjouit de la réponse du journal Charlie qui,  le sang des siens ayant été versé, refuse de se plier aux exigences des assassins, persiste et signe dans la caricature blasphématoire d’une religion… Certes, certes. Je comprends et, spontanément, je suis bien d’accord. C’est là un acte de courage et un refus en actes de la terreur sanglante.
Mais… du même coup, cette liberté d’expression, hautement revendiquée, conduit partout dans le monde musulman aux émeutes, aux incendies et à d’autres morts…
Il faudrait peut-être alors que les démocraties occidentales, qui, - faut-il le rappeler ? - ont fondé leurs richesses et leur hégémonie en spoliant cruellement les trois quarts de la planète, commencent à comprendre qu’elles ne sont pas un modèle unique, figé par la raison éternelle, qu’elles ne sont pas le nombril de la civilisation du monde et, sans céder un pouce à la terreur, réfléchissent une seconde à leur droit d’insulter des sensibilités, fussent-elles fanatiques et obscurantistes, qui ne sont pas les leurs.
La couverture du journal, donc, n’est pas un acte de courage, mais un bisness redoutable qui, contre le sang versé, verse à nouveau le sang.
On peut appeler ça comme on veut, on peut même saluer -  je serais tenté de le faire – mais on ne peut absolument pas dire que ce soit là la manifestation d'une intelligence remarquable.

 Autre message brouillé de Hollande, en balade sur le terroir corrézien : je ne connais qu’une communauté, la France. Ou la nation, je ne sais plus…
«C’est beau, c’est grand, c’est généreux, c’est magnifique» mais… Quelle communauté, Monsieur ?  Avez-vous bien pesé le sens du mot ? Une communauté où certains roulent carrosse avec des milliers d’euros mensuels, des avantages, des patrimoines, et les autres qui mordent du pain dur avec à peine mille euros ? C’est cela que vous appelez une communauté ?
Quelle communauté ? Gardez-là pour vous : c’est votre communauté, ce ne sera jamais celle des millions de gens, aux rêves brisés, qui souffrent de son iniquité ! Ceux-là, il leur faudra bien plus qu'une grand'messe unitaire pour vous signer un chèque en blanc !
Le brouillage des cerveaux ne permet donc plus à un homme, à moins qu’il ne se retire complètement,  de pouvoir en son âme et conscience énoncer clairement le fond de sa pensée. Tout simplement parce qu’il est impossible de bien concevoir.
C’est-à-dire qu’on assiste à la glorification gratuite de la liberté d’expression à un stade où il n’y a plus aucune liberté à exprimer - la première étant de comprendre, cum prehendere, prendre ensemble - sinon en littérature, dans l’imaginaire ou le récit fantasmé.
Et c’est sans doute dans ce seul domaine que nous devrions exercer notre parole, pour tenter d’y faire vivre avec bonheur le sens non usurpé de la langue et de ses mots.

Plus que jamais nous appelle l'en dehors.

17:45 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : écriture, histoite, littérature, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.01.2015

Brassens : les mots du cygne

Je remets en ligne parce que, la folie du martyre ayant envahi le monde, je me demande comment Brassens écrirait aujourdhui cette strophe.... ou, même, s'il l'écrirait.

Mourir pour des idées

Les Saints Jean Bouche d’or qui prêchent le martyre,
Le plus souvent, d’ailleurs, s’attardent ici bas.
Mourir pour des idées, c’est le cas de le dire,
C’est leur raison de vivre, ils ne s’en privent pas.
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité.
J’en conclus qu’ils doivent se dire, en aparté :
Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente,
D’accord, mais de mort lente.

20081208Grece.jpgCe sont là des vers qui ont fait grincer bien des dents.
Pour comprendre pourquoi, il faut revenir en pensée vers une époque où l’engagement pour «changer le monde» était en permanence à l’ordre du jour.
Toute la horde gauchiste issue d’une bien mauvaise lecture d’un non moins mauvais centralisme démocratique à la Lénine ou à la Mao Tsé Toung, tous les militants staliniens des vieux partis poussiéreux, qui avaient vu, un moment, leurs troupes ébranlées par le souffle de mai 68 et qui, peu à peu, en bons charognards de l’histoire, reprenaient du poil de la bête grâce à l’écrasement de ce même mai 68, - souvenons-nous que L’Humanité titrait partout que les anars étaient des flics payés par l’étranger- ces mêmes anars perdus quelques années plus tard, à l’époque de ce poème, dans les fumées romantiques de la reprise individuelle ou de la propagande par le fait ou encore dans celles des feux de camp «baba», tous les pro-situs courant derrière une théorie qui, déjà, avait perdu sa complicité avec la réalité, tous, ou à peu près, crièrent haro sur cette voix qui prétendait que se battre, et surtout mourir, pour un quelconque idéal était chose débile.
Tous ces gens-là, jeunes et généreux (excepté les staliniens), ne l’étaient pas encore assez, généreux, pour lire correctement entre les lignes visionnaires du vieux poète.
Je comptais beaucoup de camarades parmi eux.
J’avais alors vingt-deux ans et, quoique moi-même embarqué dans les illusions des préparatifs du Grand Soir, j’essayais de convaincre ceux que je comptais au nombre de mes amis, ceux qui, depuis longtemps, avaient déchiré les cartes et fui les séminaires de l’idéologie, qui menaient leur combat au quotidien, qui n‘avaient que le mot Vie à la bouche, qui méprisaient le prêcheur de quelque paroisse qu’il fût, que Brassens ne disait pas autre chose qu’eux. Que nous.
J’avais sur eux le privilège d’être accompagné depuis ma première adolescence par le verbe du poète moustachu.

Bien avant que les pavés ne volent dans l’air enjoué des rues, j’avais chanté Le Pluriel et aussi ces vers des Deux Oncles :

Qu’aucune idée sur terre n’est digne d’un trépas,
Qu’il faut laisser cela à ceux qui n’en ont pas…

En écrivant Mourir pour des idées, Brassens alliait donc l’intelligence au courage, car il fallait être bien téméraire pour chanter ainsi à contretemps de toute une époque.
Mais, individualiste désespéré, le poète n’a jamais crié avec les loups, qu’ils soient braves gens, d’âme guerrière, bourgeois, prêtres d’une Eglise ou prêtres d’une Révolution.
Et plus, il sait trop que tous ces combats sont perdus d’avance et que ceux qui brandissent le plus ostensiblement les drapeaux, sont souvent les premiers à jeter l’éponge ou à changer de direction, dès que souffle un vent nouveau.
L’avenir, c'est-à-dire notre présent, lui a hélas donné raison…
Car le temps se fout des combats d’antan et de leurs sacrifiés. Seule demeure la solitude de l’homme face à son éphémère destin et cet homme n’a à opposer à ce destin que la poésie, qui sublime et sait aller plus loin encore que la fuite du temps. Qui veut inscrire dans les temps non encore venus son empreinte.
C’est la seule chose dont soit convaincu Brassens, quoique, se sachant condamné à mourir sous peu, à un  ami qui  tentait de le consoler en disant : «Mais Georges, il y a ton œuvre !», il avait répondu :
«Tu sais, une œuvre, quand on sait qu’on va mourir bientôt… !»(1)
N’empêche que Brassens fut, toute sa vie, très vigilant devant tous les prosélytismes, tous les prophètes et tous ceux dont la parole cherche à convaincre.


Pour embrasser d’un seul trait de plume tout ce beau monde hétéroclite des prêcheurs, Brassens fait référence à Saint-Jean Chrysostome, docteur et père de l’Eglise primitive, né à Antioche en 349, mort en 407.
Du grec Khrusos, l’or et stoma, la bouche, Chrysostome signifie littéralement «bouche d’or».
Ce nom de Chrysostome ne fut pourtant donné à Saint-Jean, autrement dit Saint-Jean bouche d’or, qu’au VIe siècle. Il avait en effet étudié l’art oratoire avant de devenir avocat, puis évêque d’Antioche, avant qu’Arcadius, empereur d’Orient, ne le nommât patriarche de Constantinople.
D’une intelligence féconde, virulent contre les vices, prêchant avec force et talent l’austérité des mœurs, les sermons de Saint-Jean bouche d'or lui valurent d’être considéré comme le premier et le plus grand orateur de l’Eglise primitive. Il fait partie de cette génération de grands prédicateurs qui contribuèrent à l’édification de l’Eglise, après l’avènement de l’empereur chrétien d’Orient.
Véritable apôtre de la Bonne Nouvelle contre les déviances doctrinales qui menaçaient la jeune communauté chrétienne, servi par une éloquence hors du commun, Saint-Jean  bouche d’or cherchait à concilier le message des évangiles et la vie sociale de son époque.
Il a laissé des traités, des liturgies, des homélies et des épîtres.

Il a surtout fait, dans toutes les idéologies et à toutes les époques du monde, des émules à l’écart desquels l’esprit chanteur doit toujours se tenir, sous peine de perdre sa liberté créatrice.
C’est exactement ce que nous dit Brassens et c’est exactement ce que les mutins de mai et de l’après-mai voulaient signifier. Mais ils ne se sont pas compris.
Ou  alors trop tard.

(1) Pierre Cordier, "Je me souviens de Georges"

Illustration  : Rue89, 7 décembre 2008, Grèce.

07:27 Publié dans Brassens, poète érudit | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.01.2015

A celles et ceux qui n'auraient compris qu'à demi mes trois derniers textes....

Je réponds sans ambages :

 drapeau___nd_nm21.jpgEt ne peux que les inviter, parce que je les aime bien quand même, à faire vivre le vieux précepte dans leurs tripes.
Histoire de ne ménager ni la chèvre, ni le chou !

12:41 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

13.01.2015

Bande à part

littérature, écritureTôt le matin et noir encore sur un ciel qu’on ne voit pas… Le vent souffle de l’ouest. A contre-sens de l’hiver, ces jours derniers. Le village sommeille, enveloppé de silence et de solitude.
Ces instants sont comme des recueillements. On y voit plus clair en soi… Et je repense plus tranquillement aux massacres de ces derniers jours survenus en France, puis à cette espèce d’unité nationale et à ces millions de gens qui ont proclamé, comme un seul homme, leur changement d‘identité pour endosser – le temps que dure une émotion - celle des victimes. Il y a quelque chose de tellement incongru dans tout ça que cette évidence s’impose soudain à moi : il y a plus de deux ans, depuis octobre 2012, que je ne suis  pas rentré au pays.
Je ne le connais  plus. Je ne sais  plus qui il est. Je ne sais plus les gens qui vivent là-bas.
Et j’ai bien tort, dès lors, de faire part de mon sentiment, de mettre mon grain de sel dans une sauce qui n’a pourtant guère besoin d'être assaisonnée !
Je ne suis plus de ce monde compliqué, tordu, avec des blancs bien gaulois dans leur tête, des noirs, des beurs, des juifs, des arabes gentils comme tout, des arabes méchants comme la gale, des banlieues écrasées de démissions, des écrivains à la mode qui surfent là-dessus, des chroniqueurs qui font scandale, des politiques, des flics, des militaires, du sang, de la haine, de la compassion, des beaux sentiments étalés comme des réclames ou des justifications a posteriori de soi-même.

Tout est décidément plus simple ici.
Tout est plus simple quand on est un étranger dont personne n’a peur et qui n’emmerde personne avec son dieu, sa république, sa langue, ses coutumes, ses diktats.
Les Polonais sont vraiment des gens admirables. Ils ont payé une grosse facture à l’histoire. Au prix fort. Avec de lourds intérêts de retard, même.
Alors ils te tendent la main et te frappent sur l'épaule, tout contents que tu sois venu partager leur bout de ciel.
La France, elle, je crois, vit à crédit… Elle paye tout ce qu’elle a "emprunté" à l’histoire en oubliant -  frivole, orgueilleuse aussi - de rembourser les traites.
Les agios sont pesants…

Je suis trop loin, dans tous les sens du terme, pour comprendre.
Pour ressentir, plutôt.
Je serais même tenté de dire : de quoi me mêlé-je ?
Car je suis quasiment plus concerné, dans ma vie, par le canon qui gronde à l’est, - 5000 morts depuis le mois d’avril, messieurs et mesdames les défileurs de beaux sentiments, ce qui ne semble pourtant pas vous obscurcir
beaucoup le cœur -, que par la mitraille qui sème la terreur à l’Ouest, avec 20 morts…
Même si, qu'on ne lise pas ce que je n'écris pas, un mort, c'est déjà trop et que les tragédies ne se mesurent pas forcément à leur nombre de dépouilles.

Tôt le matin et noir encore… Le vent souffle de l’ouest. A contre-sens de l’hiver, ces jours-ci. Le village sommeille, enveloppé de silence et de solitude.
Ces instants sont comme des recueillements. On y voit plus clair en soi…

14:38 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.01.2015

Quand s'écrit l'impensable

Sur un site «d’informations» je lis un long article signé de la très « sérieuse » AFP.
On en est à la glorification quantitative et aux pronostics, pour cet après-midi : y’aura du monde, y’aura du monde, y’aura un monde fou !
Alors, bordel de nom de dieu, on lance un défi, on compare, on jauge et on se mesure, on veut battre des records. Je lis, la colère me nouant la gorge :

Le record reste la liesse collective de quelque 1,5 million de personnes descendues dans les rues pour la victoire au Mondial de football en 1998.

 Et puis le journaliste de conclure son affligeant charabia par cette phrase :

Les Jeunes socialistes défileront d'ailleurs derrière une banderole "Les jeunes pour la République, contre les amalgames".

Désolé, mais je n’ai pu juguler un immense éclat de rire car la bêtise, la soupe, l’insondable mufflerie poussées à ce point culminant, je crois que je n’avais jamais vu.

Je fais lire à D, Polonaise, et je ne ris plus : j’ai honte….

 

zidane.jpg

 

09:29 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | Bertrand REDONNET

10.01.2015

Y'a quelque chose qui cloche !

Les gens qui ont encore une tête qui fonctionne et un cœur qui palpite, les gens qui n’attendent pas la tragédie pour exprimer, sincèrement, sans calcul, leur dégoût et leur peine devant l’organisation du monde - financière, marchande, injuste, voleuse de vie, d’amour et d’espoir - devraient, en voyant Hollande, Sarkozy, Bartolone, Bayrou et toute la cohorte des puissants internationaux, thuriféraires de cette organisation, éprouver la même émotion qu’eux et en appeler à la lumière de valeurs communes, se gratter la tête et s’écrier :

-  Y’a quelque chose qui cloche !

Et ainsi, par respect pour eux-mêmes et pour les victimes, dimanche, les laisser marcher tout seuls comme des cons, sur les pavés désolants de leur immonde comédie.

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13:34 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.01.2015

Larmes de crocodiles républicains

hara_k19.jpgIl s’appelle Stéphane et moi Bertrand. Ni l’un ni l’autre ne sommes Charlie, trop occupés à être nous-mêmes.
Je vous invite donc à lire son texte,
ICI, intitulé Nous sommes tous des islamistes.
Ça nous changera des  pleurnicheries officielles.
Et je rajoute : honte aussi à tous ces gens, socialistes bien-pensants en tête,  salopards dans leurs comportements quotidiens, partout (avec les collègues, avec les voisins, avec quiconque leur fait de l’ombre, fustigeant Houellebecq et Zemmour lesquels, les salauds, osent écrire des choses qu’ils ne sont pas autorisés à penser) et qui, aujourd’hui, jouent les humanistes éplorés et s’achètent  par des minutes de silence et des défilés à la con une bonne conscience à pas cher !
Pas sûr que l'acerbe crayon des malheureuses victimes ne les eussent allègrement caricaturés dans toute leur misère !

Et puis, pour mémoire :

Une certaine nuit, un certain François Hollande avait réuni autour de lui les hauts responsables militaires, mais, Obama, dans le même temps, reculait et attendait de réunir le congrès, alors que le rusé Poutine venait de proposer un plan de paix.
Objectif de Hollande fonçant dans le brouillard et qui s’était retrouvé ainsi Gros Jean comme devant avec ses cohortes de militaires : bombarder la Syrie à tire larigot, écraser Damas, pour mettre au pouvoir… Qui ? Qui donc ?
Les barbares mêmes qui mercredi ont commis l’immonde carnage !  

Les journaux thuriféraires titrent aujourd’hui à propos de l’attentat  «Hollande sur tous les fronts…. »
Ils oublient celui-là, véritable tuerie pour le peuple syrien, et où, fort heureusement, il a échoué… grâce à Poutine.
Poutine à qui, quand même, Hollande, le menton hautain, se permet de donner à présent des leçons de démocratie.

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08.01.2015

Charlie...

Merci-Reiser.jpgIls étaient suivis, bafouillent de concert Valls et Cazeneuve.
On tremble à l’idée de ce qu’auraient pu faire ces fauves s’ils ne l’avaient été...

Et avec le temps qui, forcément, inéluctablement, apaisera consternation et douleur, il faudra bien que les hommes de bonne volonté posent les questions qui, aujourd’hui, deuil officiel oblige, parcourent les têtes et sont réduites au silence :

- Comment des hommes, connus pour leurs engagements fanatiques et assassins, peuvent-ils traverser tout Paris avec des fusils d’assaut, des lance-roquettes et des Kalachnikovs ?
- Comment peuvent-ils aller jusqu’à leur cible, à l’heure d’une réunion, sans rencontrer l’ombre d’un gardien de la paix ?

J’ai connu, à mon grand dam, Paris beaucoup plus vigilant… Capable de savoir si tu avais un cran d'arrêt dans ta poche.

Et ce temps qui va fuir, si nous savons encore le lire – ce qui n’est pas certain -  nous dira peut-être à qui a profité toute l’horreur du carnage.

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07.01.2015

Fait divers

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Déjà publié en août 2013, mais comme je n'ai pas d'inspiration et que ce fait divers me fascine vraiment, je remets le couvert :

Pas si divers que cela, en fait, le fait.... En tout cas pas pour moi, puisqu’il frappe fortement mon imaginaire et aurait pu devenir, en le développant, en le faisant allégorie, par exemple, une veine d'écriture.
Il a eu pour théâtre la Mazurie, une région de la Pologne du nord-est, frontalière de l’enclave russe de Kaliningrad. Plus de 4ooo lacs et la forêt en constituent l’essentiel d’un paysage de toute beauté. Elle est ainsi dite Région des lacs.
Au printemps dernier, là-bas, un homme trouve donc dans sa cour un chiot errant et geignant, sans doute lâchement abandonné par des maîtres sans aveu. Il est gris fauve, de robuste constitution, un corps parfaitement équilibré.
Séduit et attendri, l‘homme décide de l’adopter.
Le chiot s'avère être joueur et, comme tous les chiots du monde, reconnaissant et câlin. Au fil des jours, il gambade donc, se roule au sol avec son maître, fait des cabrioles et se montre friand de caresses.
Or voilà que, sans crier gare, au cours de ces amusements, le chiot plante
soudain ses crocs acérés dans la chair de son sauveur, lequel, effrayé par la douleur et la profondeur de la blessure, se rend immédiatement chez le médecin.
Un doute, jusque là latent, lui vient alors clairement à l’esprit. Il confie avoir remarqué chez son chiot, la nuit, des attitudes singulières. Par exemple, il s’assoit sur son cul, lève le nez aux étoiles lointaines et pousse des cris qui tiennent beaucoup plus de la plainte que de l’aboiement.
L’homme est alors gardé en observation à l'hôpital pour que soit assuré qu'il n'a pas contracté la rage, pendant que les services vétérinaires se rendent chez lui pour voir de plus près de quoi il en retourne exactement.
Et là, en fait de chiot, ils identifient un jeune loup, qui les reçoit d’ailleurs toutes canines dehors et les babines retroussées !

J’ignore si l’homme en a éprouvé a posteriori frayeur ou, au contraire, grande joie. Ce que je sais, c’est qu’un autre homme, grand imitateur des loups, va maintenant être missionné au cœur de la forêt, la nuit,  pour y hurler avec eux, en quelque sorte, et tâcher ainsi de repérer l’emplacement exact de la meute, afin que le rejeton égaré lui soit rendu.
Et je me demande bien, si l’opération réussit, quel sera le statut de ce loup au sein de l’organisation méticuleuse et sauvage de ses congénères, lui qui aura vu, parler et même jouer avec les hommes, leurs seuls, leurs farouches, leurs cruels  et ancestraux prédateurs.
Sera-t-il admis comme un frère intrépide, celui qui sait un autre monde, celui qui a infiltré l'ennemi, ou alors rejeté tel un abject renégat ?

J'aimerais écrire au bas de cette page " A suivre"... Mais non, il n'y a pas de suite. Enfin, pas encore...

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05.01.2015

Hors sujet en plein dans le mille

dumaurier460.jpgDans la maison  familiale, il n’y avait guère de livres.
Pas de place, pas trop l’endroit non plus où on lisait beaucoup, si ce n’est, pour la chef de famille, les incontournables, hebdomadaires et glamoureux
Nous Deux, sur lesquels mes sœurs, l’adolescence frappant à leurs portes secrètes, tentaient subrepticement de jeter un œil gourmand.
Tous les livres que je lisais alors étaient empruntés à la bibliothèque ou prêtés par des camarades.
Je me souviens pourtant d’une toute petite étagère
au-dessus d’une porte étroite, dans la pénombre, sur laquelle se languissaient trois ou quatre livres. Ils paraissaient tout à fait incongrus en cette demeure où tout ustensile avait son utilité immédiate et prosaïque.
Ils étaient haut perchés, on ne les ouvrait jamais.
Un jour, je pris une chaise, grimpai dessus et accédai à ces quelques livres inutiles. J’en descendis un. Il appartenait à une de mes sœurs, un prix d’école peut-être. Je ne sais pas. Il était déjà vieux, jaune, la couverture renfrognée. Il sentait le moisi des objets mis au rebut.
Ce fut pour moi un livre merveilleux. Je l’ai relu trois, quatre, cinq fois peut-être. Subjugué. Surtout par la première nouvelle.
Et puis, le vieux livre est retourné à sa poussière et à son oubli. Le temps a passé, ce fut pour moi le collège, le lycée, la fac, la dérive sous des cieux de plus en plus turbulents. D’autres livres, nombreux, sont venus, effaçant celui-ci.

Et puis... Longtemps après... Une nuit, dans un café, les étudiants avec qui j’étais attablé parlaient de cinéma, d’école, de style, d’auteurs. Je ne participais pas à la conversation : j’ai toujours été ignorant en cinéma et seulement féru des westerns de série B, avec des bons et des méchants qui se canardent à qui mieux mieux pour des histoires de vengeance...
A l’époque, on me moquait beaucoup et on essayait de faire rentrer dans ma caboche obstinée que le cinéma était un grand art, l’égal de la peinture, de la littérature et de tout autre.
C’est sans doute avec grand tort que je me suis toujours refusé de l’admettre. De très grande mauvaise foi, j’avais toujours la même critique à opposer aux cinéphiles : le cinéma est un art totalitaire, tout de l’imaginaire du spectateur lui est imposé. Par l’image, le jeu d’acteur, la musique, le découpage arbitraire du scénario.
Et les voilà, mes étudiants de cette nuit-là, qui se mettent à parler avec ferveur d’un film déjà vieux d’une dizaine d’années peut-être. Des oiseaux qui, tout d’un coup, sans qu’aucune explication ne soit plausible, déclarent la guerre aux humains, les attaquent, les blessent et même les tuent. L’épouvante. Ils parlent de nuées de corbeaux merveilleusement filmées par le maître incontesté du suspense, Hitchcock.
Je tends  l’oreille. Je leur demande de me répéter le scénario de ce sacré film. Ils le font avec complaisance, contents de mon intérêt et fiers d'être enfin utiles à mon éducation de béotien obtus.
Plus de doute, c’est bien d’un livre oublié de mon enfance dont il s’agit là,
vingt ans après, dans ce café pour noctambules.
Je leur parle alors de la maison où je suis né, au bord de la rivière, de mes frères et de mes sœurs, de la fuite du temps,  d'une petite étagère poussiéreuse, au-dessus d’une porte étroite, et je leur parle du livre, jauni, racorni et d’une merveilleuse nouvelle que j’ai lue quand j'étais enfant.
Je leur dis Daphne du Maurier.
Ils font la moue. Voire la gueule.
Les gens n’aiment pas qu’on les interrompe pour des broutilles, quand ils discutent sérieusement.
Et pendant que ces trois ou quatre imbéciles continuaient de s'extasier sur les contre-plongées d'Hitchcock, je buvais mes verres, un à un, et je revenais chez moi et je pensais que mon enfance de pauvre mec avait été une bien riche enfance.

Illustration : Daphne du Maurier

12:48 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.01.2015

Paysage de traduction

littérature,écritureJusqu’alors, l’hiver polonais n’a  pas été cette année très méchant. Le mercure ne s’est en effet pas encore aventuré en-dessous du – 12, encore que quelques nuits seulement.
Ce qui est tout même assez frais, me direz-vous…
Cette clémence toute relative, forcément, s’accompagne de neige. Beaucoup d’enneigement. Les villages blancs sous le ciel noir et les arbres  sur ce fond obscur sculptés branche par branche, flocons après flocons.
Tout comme dans les premières pages de Kraszewski, dans la traduction duquel nous sommes lancés : La Folle s’ouvre le soir du réveillon de Noel et la neige tombe drue.
Ainsi, penché sur le premier jet de traduction de  D., cherchant la bonne expression, la bonne image en filigrane sous les mots, la tournure idoine qui ne trahira pas la source, m’arrive-t-il simplement de lever la tête et de regarder par la fenêtre. Le paysage se fait alors comme un auxiliaire gracieux. La traduction des paysages passe par le paysage de la traduction. Là, devant mes yeux, il y a pour une bonne part l'élément littéraire des premières pages de Szalona. Il y a des impressions et des mots qui voltigent dans l’air et qui saupoudrent les toits et les bois.
Je crois que c’est une chance. En tout cas, je l’apprécie comme  telle tant il me semble – mais il me semble seulement - que travaillant ce texte sous la canicule de juin, je ferais moins corps  avec lui.
Une chance et un hasard. Mais il est vrai que les deux sont souvent indissociables.
Me reste à espérer, pour plus tard, que le lecteur sentira, si nous avons correctement rendu la plume de Józef Kraszewski, cette complicité entre un livre des temps passés, un paysage éphémère et des traducteurs contemporains.

08:37 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

01.01.2015

Je n'ai qu'un mot à dire : bonne année !


09:13 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | Bertrand REDONNET