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31.03.2014

Ukraine : un ami témoigne

La photo de couverture de mon livre, Le Diable et le berger, tout récemment publié aux «éditions du Petit véhicule» m’avait gracieusement été offerte par Jacek Piasecki.
Jacek revient aujourd'hui d’Ukraine et livre ici, spécialement pour L’Exil des mots, son témoignage et les convictions qui en découlent.
Je l’en remercie de tout cœur. Même si je ne  suis pas d’accord avec toutes ses conclusions et toutes ses analyses - je me propose d’ailleurs de publier bientôt mes propres interrogations en forme de réponse -,  je considère son texte comme un précieux document, un écrit pris sur le vif et qui vaut au centuple toutes les spéculations que nous pouvons faire les uns et les autres, loin du théâtre où se déroule le drame.
Par-dessus tout, je rends honneur à une qualité, essentielle pour moi, qui surpasse même toutes les autres en toutes circonstances et dont Jacek a fait preuve : le courage.
Courage d’aller voir de ses propres yeux, qu’il a bien failli payer de sa vie.

    L’Ukraine : une datcha qu'on avait  "piquée" aux Russes

4.JPGMes amis, l’écrivain et barde français Bertrand Redonnet et sa compagne, m’ont demandé d’écrire quelques réflexions sur ma dernière mission d’observation en Ukraine.  Prenant cela comme une opportunité qui m’était offerte de partager mes observations, c’est avec un grand plaisir que je vous transmets donc quelques impressions ukrainiennes.
Envoyé en tant qu’observateur de l’Association «Pokolenie» de Katowice (ville de Silésie), je suis allé en Ukraine fin mars avec deux amis. Initialement, nous avions prévu d’arriver le 16 mars à Simfieropol pour observer le déroulement du pseudo-référendum en Crimée. Hélas, nous n’avons pas réussi à entrer dans la ville, car les séparatistes pro-russes prenaient grand soin de ce que le moins possible d’observateurs, indépendants de Moscou, puissent voir les exploits de ceux que l’on appelle là-bas les « petits bonhommes verts ». Il s’agit des soldats russes habillés en uniformes verts de combat, mais sans  signes distinctifs.
Pour vous décrire ce que j’ai eu l’occasion de voir en Ukraine, il faut que je vous dise d’abord que je connais ce pays depuis vingt ans et que je suis à l’aise dans les langues russe et ukrainienne. J’ai beaucoup d’amis dans ce pays qui sont citoyens ukrainiens, tout en constituant une large mosaïque culturelle et ethnique : des Ukrainiens, Russes, Juifs, Polonais, Tatars, Géorgiens, Arméniens, Grecs, Karaïmes.
Ne pouvant pas entrer en Crimée, de Kiev nous sommes donc allés, avec deux journalistes (un Ukrainien et un Polonais), à l'est, à Donetsk.
Donbass est une région industrielle dont la densité de population est la plus forte d’Ukraine. En Europe, on peut la comparer à la Ruhr allemande. L'industrie lourde, version soviétique, ce sont des mines et des aciéries gigantesques mais ruinées. Dans un mélange architectonique de tape-à-l'œil à l’occidental, de splendeurs byzantines et de pacotille primaire, cohabitent les Russes et les Ukrainiens. Malgré les subventions énormes provenant de Kiev, il n'y a que les oligarques qui y mènent bon train. Cela provient du système malade post-soviétique et du fonctionnement de l'économie, lequel repose sur le principe d'un subventionnement par l’État de l'exploitation du charbon et de la coulée de l'acier dans des entreprises semi-privées. Les bénéfices de la vente des matières premières tombent ainsi dans les poches des oligarques.
Dans cet endroit particulier, à moins de 100 km de la frontière avec la Russie - frontière qui de facto n'existe pas - coexistent une extrême pauvreté et une richesse inimaginable. C'est là-bas que j'ai eu l'occasion d'observer des manifestations de vingt mille séparatistes pro-russes. Les manifestants étaient surtout des gens qui avaient été amenés de Russie et appelés « touristes de Poutine ». La foule  était scindée en petits groupes de 30 à 40 personnes (un car) guidés par un leader qui donnait le ton en  les exhortant sur son signal à crier : RUSSIE ! LA MILICE AVEC LA NATION ! POUTINE ! RE-FE-REN-DUM et NATION DE DONETSK !
Ce sont ces exclamations appelant au référendum qui démasquent le plus le but des séparatistes. En effet, un référendum comme celui de Crimée pour « la nation de Donetsk » -  nation dont personne n’a jamais entendu parler jusqu'alors, - n’envisage rien d'autre qu’un nouveau morcellement de l'Ukraine.
La foule qui criait était surveillée par la milice  dite "Tituszki” (du nom de Wadim Tituszk qui, payé par le régime de Janukovich, rossa copieusement deux journalistes sous les yeux de la police au printemps 2013). Ces jeunes gens, très sportifs, qui se distinguent par les tatouages spécifiques à la prison, un style vestimentaire particulier et leur façon d’utiliser le dialecte propre aux prisons russes, déambulent le long de la manifestation et protègent les manifestants. En marchant moi aussi dans la foule, je me demandais de qui ils les protégeaient car personne ne les agressait : le vrai danger, c’étaient eux-mêmes.
Même ivres, dans la journée, ils sont assez calmes. Bridés comme par d’invisibles laisses, ils tiennent leurs dobermans marchant toujours derrière, grands, costauds chefs de gangs et de mafias particulières. Pour les gens du commun, les problèmes commencent à la nuit tombante. Laissés sans surveillance, ils rôdent par petits groupes dans le centre-ville à la recherche d’ennemis.
Nous avons d’ailleurs eu le plaisir - dont nous nous serions bien passés -  de rencontrer deux de ces groupes. La première fois, il s'est avéré que nous étions "des pédérastes européens" et qu’il serait bien de nous tuer sur-le-champ. La seconde fois, nous étions devenus des Ukrainiens de Bandera qu'il serait intéressant de découper au couteau. En fait, c'est le hasard qui nous a sauvés, et ce retour de nuit à la maison aurait bien pu nous être fatal. Comme ce fut le cas de Dmytro Czarniawski, jeune homme de 22 ans, à l'enterrement duquel j'ai assisté à Donetsk. Dmytro est mort d'un coup de couteau dans le dos assené par un criminel. Il assistait à une manifestation pour l'unité de l'Ukraine, soi-disant protégée par la police. Mais ce jour là, la police ne surveillait rien du tout, elle protégeait des bandits ! Derrière le dos de la milice, le groupe « tituszki” jetait des pierres aux manifestants, avant que les fonctionnaires de la milice ne fassent un corridor permettant à „tituszki” de se joindre aux manifestants pour les battre férocement. Pendant ce temps là, la milice n’intervenait pas et ne s’interposait pas pour défendre des gens complètement désarmés.
Ces événements qui se sont déroulés sur la place Lénine m'ont été racontés par un ami de Dmytro Czarniawski, à qui Dmytro avait donné son gilet pare-balles (les gilets pare-balles protègent des balles de petits calibres, des armes pneumatiques et des coups de couteau), en considérant que lui-même n’en avait pas besoin car il ne risquait rien en tant qu'assistant parlementaire d'un député.
Hélas, ce n'était pas vrai !
En me rendant à son enterrement, j'étais convaincu que dans cette ville d’un million d'habitants (Donetsk), ce serait une manifestation énorme de protestation contre la violence. Mais non ! Seulement 200 personnes
environ assistèrent aux funérailles et cela s’explique par le fait que les habitants de Donetsk sont terrorisés. Les gens n'ont pas confiance dans le pouvoir régional, la milice et la justice, qui ne sont pas loyaux envers le nouveau pouvoir de Kiev.
Nos observations de Donetsk sont déprimantes. En toute conscience, Poutine a réveillé les vieux démons nationalistes et ces démons se promènent déjà dans les rues, en attendant seulement un signe pour commencer leur danse mortelle. A mon avis, l'Europe est naïve et regardera bientôt sur ses écrans de télé des hécatombes et des tueries telles qu’il en fut dans les Balkans. Hélas, je crains que cela ne se produise très vite. Avec l'arrivée des "bonhommes verts" et ensuite de l'armée russe, le scénario à répétition de la Russie impériale se réalisera. Il a été dernièrement répété en Crimée, et avant la Crimée, en Tchétchénie, en Abkhazie, en Ossétie et en Géorgie.
Poutine suit une vieille tactique soviétique : pour détourner l'attention de ses problèmes intérieurs, il a aperçu un ennemi à Majdan de Kiev. Et c’est un ennemi dangereux pour la Russie de Poutine, car il dévoile à un homme post-soviétique qu'on peut vivre autrement. Qu'on peut être libre et qu’on peut protester contre l’énorme appétit de pouvoir des oligarques et de l'administration gouvernementale corrompue, contre aussi le totalitarisme qui bafoue la dignité humaine.
Les Européens n'ont peut-être pas conscience de ce que la machine de propagande de Poutine contrôle tous les médias en Russie. Actuellement, il n'y a aucun journal indépendant, sans parler de la télévision, qui pourrait se permettre d’émettre des opinions différentes de celles dictées par le Kremlin. Aucune forme de critique n'est admise. C'est ainsi que Poutine a convaincu les Russes, et beaucoup d'Européens je pense, que les gens qui sont au pouvoir en Ukraine sont des fascistes et des nationalistes.  Si tel était le cas, moi, en tant que Polonais, je ne pourrais pas me promener tranquillement dans les rues de Kiev, Lviv ou Tarnopol. Là- bas, en tant que Polonais et citoyen de l'Union Européenne, j'ai ressenti beaucoup de sympathie et un grand espoir que nous ne les laisserions pas seuls dans cet affrontement avec l’Ours du Kremlin.
Les émeutiers de Majdan  décrits par la propagande comme fascistes de l'Ukraine de l'ouest, sont bien plus européens que la Russie et Poutine.
Certes, en Ukraine, comme dans toute l'Europe, l'extrême droite est présente. Elle ressemble au Front National de Le Pen en France,  à la Ligue du Nord en Italie, ou encore au Parti de Liberté en Hollande et en Autriche. Comme dans d'autres pays, Secteur Droit est anti-européen, nationaliste et inconciliable dans ses extrêmes. Il s'est cristallisé à Majdan lors de la protestation de trois mois. C'est un amalgame hétérogène de quelques organisations de l'Ukraine de l'ouest et il n'a pas de programme politique cohérent. Dans toute l’Ukraine,  Secteur Droit compte environ 500 membres dont seulement 300 réellement actifs. A Majdan, les activistes de Secteur Droit n’avaient que deux tentes dans lesquelles il y avait par moments environ 40 activistes. Pour un état de 44 millions d’habitants, c’est un minuscule échantillon de la société ukrainienne ! Dans le dernier sondage pour les élections présidentielles, Dmytro Jarosz,  leader de Secteur droit, est crédité de moins d’un pour cent des suffrages.
A part sa carrière politique très rapide et ses sources de financement difficiles à déterminer, Jarosz s’est illustré par une visite au Président Victor Janukowic, quelques heures seulement avant le massacre par les snippers.  Il n’y pas de preuves formelles, mais plusieurs personnes de Majdan pensent qu’il a été financé par les Russes. Le fait d’être présenté  par les médias russes comme un personnage influent (avec moins  d’un  pour cent !) de l’extrême droite, est une raison suffisante pour que la Russie intervienne pour la défense de ses citoyens résidant en Crimée.

Pour comprendre la mentalité d’un Russe moyen contemporain et sa fierté d’appartenir à  la grande et puissante Russie, il faut savoir la peur très profondément ancrée chez l'individu d'un pays totalitaire. Savoir la peur qui habite ces gens depuis des générations et qui fait partie de leur vie quotidienne – comme le fait de respirer, de manger ou de boire de la vodka. Ces esclaves dans leur mentalité à ne pas être libres, courageux et forts en tant que citoyens, enivrent leur soif de liberté afin qu’elle ne puisse pas se réveiller un jour avec  la "gueule de bois". C’est la raison pour laquelle ils voient dans Poutine une sorte d’illusion, un trompe-l’œil, de leur bonheur personnel et le montrent dès lors fièrement au monde entier.
Une discussion que j’ai eue dans le train de nuit d’Odessa à Tarnopol illustre mon affirmation. Mon interlocutrice, une jeune et  jolie Tania, m’a dit, tout en trinquant avec du cognac, que l’Ukraine était une petite datcha russe que le monde leur avait volée et que la Russie récupère maintenant. Elle m’affirmait également ne pas comprendre quel était le questionnement de tout le monde en Europe. Car l’Ukraine n’est qu’une fiction : le fait doit être pris en compte non seulement par la Russie, mais aussi par nous, Polonais.  Ce sera ainsi mieux pour tout le monde.

Dans le monde post-soviétique, les hommes politiques qui entretiennent de vieilles relations à l’intersection du pouvoir, de l’argent et de la pègre, voient d’un mauvais œil le changement proposé par Majdan. Ils ne veulent pas de principes transparents quant au fonctionnement de l’État, ils préfèrent plutôt le flou de la pègre soviétique et, avec ce flou-là, les comptes illégaux à Chypre et en Suisse, ainsi que de belles demeures sur la Côte d’Azur.
Et l’Europe, en appréhendant le monde à travers les lunettes rose de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ne comprend pas (ou ne veut pas comprendre comme d’habitude)  la Russie impériale… L’Union Européenne vit avec la conviction que cela ne la concerne pas. Donetsk? Mais c’est où ça, pour que l’on s’en soucie ? Donetsk, mes chers amis français, est là, tout près de vous... Dans vos banques de la Côte d’Azur et dans les  yachts ancrés là-bas. Tout à fait sérieusement, pourquoi pas ?
Dans un premier temps, les « bonhommes verts » en civil déclareront que les Français les persécutent et que la minorité russophone se sent menacée dans ses villas de bord de  mer. Et ces gens, cette fois-ci en uniformes, réclameront la défense des intérêts de la nation de la Côte d’Azur» et demanderont à Poutine d’envoyer son armée à Nice et à Cannes. 
Vous devez certainement penser que ce sont là les coquecigrues d’un Polonais déséquilibré… Pourtant, il y a quelques années, quand je buvais du cognac de Crimée avec mes amis russes, ukrainiens ou tatars en chantant des romances russes, je n’aurais jamais cru non plus que mes amis allaient bientôt s’entretuer.
Et c’est maintenant ce qui se passe là-bas. Les Ukrainiens et les Tatars sont contraints de partir et les Russes occupent désormais leurs maisons.
Réfléchissez bien si cela serait complètement impossible sur la Côte d’Azur. Pourquoi pas, après tout, mes chers amis français ?

Jacek Piasecki

Traduction du polonais : Dorota
Illustration :  
Jacek Piasecki  

12:50 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : histoire, écriture, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.03.2014

Le numérique : une réforme, pas une révolution

littératureIl y eut successivement - et en même temps durant des périodes charnières plus ou moins longues - l’odeur, le gestuel et le grognement, puis la parole, puis, enfin, le langage.
Certains paléontologues attribuent au langage, autrement dit à la faculté de désigner le monde par des sons particuliers bientôt structurés, la suprématie de Cro-Magnon sur le Neandertal, jusqu’à la disparition complète de ce dernier.
Ce serait donc grâce à la maîtrise de la communication qu’une espèce se serait imposée à une autre,
jusqu’à la faire disparaître au cours de la longue conquête de la planète. Une espèce qui parle, qui a une conscience parlée, est donc, déjà, beaucoup plus armée dans la lutte pour la survie qu’une autre qui n’a pas encore acquis ces techniques et en est restée au gestuel et aux onomatopées, aux cris et aux grognements. Imaginer par exemple que les loups, dotés d’un langage complexe et seulement intelligible à l’intérieur de leur espèce, auraient pu vaincre les hommes et s’imposer à leur place dans l'environnement, n’est, à mon sens, une idée farfelue que pour les farfelus dans leur conception de l‘organisation et de la genèse des sociétés.
Le langage fut ainsi la première grande et victorieuse révolution des hommes dans leur entreprise de domination du monde.
Faisons l’impasse sur des siècles et des siècles au cours desquels s’affina ce langage, jusqu'à être capable de dépasser sa fonction primaire d’oralité et de se doter d’une représentation graphique. Nous abordons la théorie du langage, c'est-à-dire l’écriture,  et nous  sortons ainsi de la Préhistoire pour rentrer triomphants dans l’Antiquité.
L’écriture, fille de la parole,  fut ainsi la deuxième grande et victorieuse révolution des hommes dans leur longue entreprise d’appropriation de leur environnement.

Il n’y en eut plus aucune de cette envergure. Les autres révolutions dans cette appropriation par la conceptualisation, ne consisteront désormais qu’en de gigantesques réformes à l’intérieur même de la parole et de l’écriture.
La première de ces grandes réformes, celle qui a bousculé la vitesse de diffusion du langage, fut l’imprimerie. Ceci dit en passant, non inventée par le sieur Gutenberg comme l’ânonnaient nos premiers livres d’histoire au chapitre CM2 des Grandes inventions et découvertes, mais par lui perfectionnée au point de la rendre incontournable. Mais Gutenberg n’a pas plus inventé l’imprimerie que Google n’a inventé internet : Il en a eu "l'intelligence".

Il nous faut encore
faire l’impasse sur presque un siècle avant que l’ingéniosité des caractères typographiques, en métal et mobiles, ne porte, ailleurs que chez le clergé tout occupé à faire imprimer ses livres saints, ses véritables fruits.
Un siècle où l’imprimerie ne révolutionna rien du tout et, même, n'intéressa quasiment personne. C’est Luther qui, le premier, comprit l’utilisation militante qu’on pouvait tirer de la nouvelle technique. C’est par l’écriture qu’il afficha ses 95 thèses à Wittenberg, thèses qui jetèrent les fondements de la Réforme et du luthérisme. Mais, si on en était resté à cette diffusion, le luthérisme en serait resté, lui, au stade confidentiel. L’imprimerie vola à son secours et c’est par milliers d’exemplaires et de brochures que se dispersèrent les principes du protestantisme. Quand Rome prit la mesure du danger et voulut intervenir, il était bien trop tard : la quasi-totalité de l’Europe était au courant des fameuses thèses, approfondies et développées.
L’écriture imprimée selon Gutenberg ne cessa dès lors de se perfectionner encore, de plus en plus, et de servir de point d’appui essentiel à la diffusion de l’art et de la pensée.

littératureJe fais à nouveau l’impasse sur six siècles de ce perfectionnement et j’en arrive au numérique.
Mais je ne passe pas pour autant d’une Préhistoire à une Antiquité ou d’une Antiquité à un Monde contemporain ou d’un Monde contemporain à un Monde plus nouveau encore ; je reste à l’intérieur de l’écriture et de la socialisation de la pensée, choses acquises depuis longtemps. Je suis encore dans l’Antiquité. Je change de support. Je change de technique. Pas d'ère humaine.
Car un examen approfondi des sociétés dans lesquelles ces situations successives d’évolution de la communication, très sommairement évoquées ici, ferait apparaître que ces révolutions et réformes de la propagation du langage et de la pensée n’étaient pas des exigences en soi, pour la beauté du geste, si j’ose, mais étaient fondamentalement dictées par des révolutions existant en profondeur dans les infrastructures de ces sociétés : on changeait à chaque fois de mode de production des besoins, on changeait à chaque fois de structure sociale, on élargissait aussi les horizons de la machine ronde, on traversait des mers jamais traversées, on découvrait des terres jusqu'alors ignorées.
En gros, le langage de Cro-Magnon avait annoncé la Préhistoire et l'organisation hiérarchique, structurelle,  du clan, l’écriture avait annoncé l’organisation étatique de plus en plus centralisée ainsi que la littérature et la philosophie, l’imprimerie avait annoncé la fin de la féodalité et la Renaissance... Ce qu’annonce le numérique n’est pas encore audible.
La vitesse de communication d’internet, la concentration du savoir qu’il détient dans sa sphère, savoir directement accessible, est complètement décalée, presque jusqu’au handicap, quand on considère que les hommes en sont en même temps restés aux sources d’énergie du XIXe siècle, charbon et pétrole, et que les sociétés, toujours courbées sous la dictature économique, n’ont pas avancé d’un poil, sinon dans l’accumulation perfectionnée de marchandises de plus en plus inutiles.
Il y a là un hiatus que le monde n’est pas prêt de rendre agréable à l’oreille.
L’adaptation du monde au nouveau mode de diffusion du monde, ne semble pas pour demain.  L’esprit de ce qui s’écrit sur internet ne révolutionne en rien, absolument en rien, l’esprit, ni n’ouvre d’autres projets de société, d’autres destinations humaines, d'autres façons du construire ensemble. La preuve : on se bat aux quatre horizons du monde comme on se battait à l'Antiquité, au Moyen-âge et à toute autre époque.
Dès lors, nous pataugeons presque dans l’inutilité en perfectionnant un outil de communication sans changer le destin de ce que nous avons de fondamental à communiquer. Nous risquons - si ce n'est déjà fait -  de faire ainsi de notre langage un simple bavardage, un luxe divorcé du réel, comme le serait la faux extraordinaire d'un cantonnier là où l'herbe ne pousse jamais plus.
Autant dire, pour la première fois dans l'histoire, nous risquons de signifier la fin de la communication par manque de matière à  communiquer, comme un moulin finit par se briser quand il continue de tourner et qu’il n’y a plus de grain  à moudre.
Le numérique, donc, celui avec lequel nous écrivons, n’aurait pas été plus pauvre qu'il n'est actuellement avec Balzac, Zola ou Maupassant tenant un blog. C’est dire comme ils étaient en avance, ceux-là, ou alors, plus sûrement, comme nous sommes encore en retard, nous autres, et combien nous manquons d'esprit d'initiative pour réinventer, non pas les outils du monde, mais le monde lui-même.
J’ajoute que diffuser Balzac, Maupassant ou Zola en numérique revient à faire du numérique l'outil performant d'un stockage rationnel, si cher aux thuriféraires de la production capitaliste. Avoir 2500 livres dans sa liseuse et dans la poche intérieure de son blouson, relève plus de la performance technique que d'une technique de la performance. Cela revient à satisfaire sans satisfaction une préoccupation majeure de la fin du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe en matière de conditionnement des marchandises, jusqu'à la " géniale trouvaille" du flux tendu  supprimant la logique du stockage.
Avouons que pour pratique que ce soit, il n’y a pas de quoi sauter aux nues ni de quoi crier à la  révolution fondamentale ! A moins d'être résolument du parti pris des imbéciles qui, comme chacun le sait, est le parti majoritaire auquel, pourtant, chacun d'entre nous se défend d'appartenir...
Je crois donc que les ethnologues du futur ne situeront pas la révolution numérique au XXe siècle, ni même, peut-être, au début du XXIe siècle. Ils la situeront - si tant est qu'elle intervienne un jour - quand le numérique
aura fait la preuve qu'il a changé le mode de fonctionnement des sociétés, en a amélioré considérablement le destin et l'esprit.

11:07 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.03.2014

Limites

littératureEn ce minuscule lieu perdu de l'arrière- campagne, les pieds sur la mousse humide, je mesure combien est encore dérisoire, préhistorique, antédiluvienne même, l’organisation des hommes entre eux.
Si je fais deux pas en avant, je réintègre mon monde. Je suis en Europe, Schengen, je suis sous les lois de Paris, de Madrid, de Lisbonne, de Rome et de Trifouillis les oies…Je n’ai pas besoin de visa sur un passeport, je n'ai même pas besoin de passeport du tout, je suis quasiment à la maison.
Si je pouvais faire deux pas en arrière, toutes les lois et la plupart des valeurs qui régissent ma vie sociale seraient abolies en une seconde à peine. Même mon alphabet, mon cher alphabet, celui que j'ai appris en culottes courtes, au début, avec lequel tous les jours j’essaie de me dire dans ce monde, ne me serait plus d’aucune utilité.
Peut-être même irais-je manu militari tâter de la paille humide du cachot néo-collectiviste.
Je mesure, là, combien est fragile la liberté de mettre un pied devant l’autre sur une planète aplatie sous la botte et
raccommodée, rapiécée, par la politique des hommes. Homo erectus, lui, passait les fleuves, les ruisseaux et les montagnes sans avoir à montrer patte blanche. Homo erectus ignorait la politique. Une ignorance qui faisait de lui un savant.
J’ai une vague impression, aussi, d’avoir toujours vécu ici. Sur des frontières. Entre crépuscule et aurore, sans jamais savoir trop dissocier lequel annonçait la nuit et lequel anticipait la lumière. Sinon par l'illusion et la volonté d'exister. Vécu sur l'expérience des limites.
De l'autre côté de ce poteau blanc et rouge, commencent les Russies. Celle de Minsk et celle de Moscou. Où ronronnent des canons. Au cas où...

Et je me demande bien ce qu’en pensent les gens de la ferme, là, tranquilles, peinards, sur leur petite colline. Savent-ils qu’ils sont un pointillé. Un pointillé virtuel sur la carte et tellement dangereux sur la terre ferme, quand la folie risque de rallumer une fois encore le feu aux poudres.
Et ces grands corbeaux que je vois tournoyer, avec des reflets bleus sous leurs ailes déployées, qui vont d’un saule à l’autre, d’une rive à l’autre du fleuve, qui croassent d'un système à l'autre, savent-ils leur supériorité politique ?
Qu’ils sont bien au-dessus de l'intelligence barbare des hommes ?

08:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.03.2014

Illusions

1795756_10151969869723235_1640376065_n.pngUn homme vit aussi d’illusions. C’est là son voyage dans la stratosphère, sa projection dans les ailleurs, et seuls les imbéciles, les pragmatiques, les menteurs et les salauds (qui sont souvent les mêmes) prétendent ne pas avoir d’illusions. En confondant, d’ailleurs, excusez-moi du peu, « illusions » et « espoirs », car même le désespéré a des illusions, ne serait-ce que la pire d'entre toutes : celle de croire que la mort sera plus vivable que la vie.
Ainsi suis-je également un imbécile, un pragmatique, un menteur et un salaud quand je dis à qui veut bien l’entendre que je ne me fais aucune illusion sur la capacité (voire la volonté) de la politique à changer une part du monde et à la rendre un peu meilleure.
C’est faux. Tout homme, s’il n’est un fou brasseur de néant, qui se mêle de la critique du monde, à quel que niveau que ce soit, se fait forcément des illusions. Il espère que sa critique, si peu entendue qu’elle soit, si infime soit-elle, contribuera à réparer des erreurs, lever des malentendus, mettre au grand jour des injustices, dénoncer des crimes, prévenir des catastrophes, que sais-je encore ?
Que cette critique n’atteigne que très rarement son but n’est pas, hélas, très important. Le vital est dans l’illusion. Dans le prisme déformant que crée le rapport au monde car ce prisme déformant a ses racines dans les profondeurs, non pas de l’idéologie – qui n’est somme toute que la mise en scène masquée du « moi », le tuyau social de son expression– mais de l’être que l’on est.

Ces quelques lignes pour te dire, lecteur, combien j‘ai été bouleversé, jusqu’à la nausée, par l’attitude politique de Hollande et de l’Europe entière dans le drame ukrainien. Bouleversé non pas dans mes convictions politiques, qui ne sont ni convaincues ni guère convaincantes, mais dans ma conception, mon ressenti plutôt,  de l’honnêteté et de l’intelligence humaines.
Bouleversé en profondeur. Remué. Tétanisé même.
C’est donc bien que je me faisais encore des illusions en dépit de tout mon mépris pour les grands de ce monde qui, comme se plaît à le dire l’exergue de ce blog, ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.
Je ne vais pas, une fois encore, décrire la situation. Reste qu'un gouvernement insurrectionnel qui compte dans ses rangs des nazis déclarés, est reçu à bras ouverts dans les palais républicains de toute l'Europe. Pire : à peine les morts de Maïdan (dont on ne sait toujours pas avec certitude par qui ils ont été tués) sont-ils refroidis que cette Europe signe un bout de papier de coopération avec ce gouvernement. Tout en jetant sur la Russie l’opprobre et l’indignation des gens bien, blancs comme neige, non-violents, démocrates et jamais délinquants.
La nausée, te dis-je, lecteur. Et si Toi, tu ne l’as pas encore eue, cette nausée, je me fais encore l’illusion de te contaminer par ces quelques paragraphes. J’irais même jusqu’à dire que si tu es en bonne santé, tu devrais tout de suite te sentir malade. De honte.
Et je rigole de colère ce matin quand j’entends ces Français socialisto-républicains s’indigner de ce que quelques frontistes-nationaux ont gagné (ou sont en passe de gagner) des élections municipales alors que leur lamentable chef, leur tartuffe de chef, caresse dans le dos les héritiers de Bandera et les thuriféraires de la division SS Halychyna.
Peut-on, dans ce cas-là, éprouver autre chose que le dégoût ? Me le diras-tu ? Si les tueurs de Maïdan s’étaient revendiqués de Nestor Makhno plutôt que de Bandera est-ce que l’Europe leur aurait fait ainsi les yeux doux ? Est-ce que l'onctueux Hollande miaulerait ainsi ses phrases convenues sur l'intégrité du territoire ukrainien ? Cet homme a le génie de faire en sorte qu'une vérité éculée qui sort de sa bouche sonne tout de suite comme un misérable mensonge.
Il est là, mon malaise. Dans mon (notre) impuissance à relever le défi de l’odieuse stratégie des calculateurs.
Il est aussi dans le fait de n’avoir pas été assez fort pour trouver dans mon propre bonheur d’exister, dans mon plaisir à vivre avec des gens que j’aime,
loin des brouhahas, dans un village désert de la frontière européenne ; dans la satisfaction aussi de publier un nouveau livre, la force d’éviter les haut-le-cœur du désarroi.

Mon illusion ? Elle est désormais cruelle : que tous ceux qui ont joué avec les ordures se réveillent bientôt dans une poubelle.

Illustration dénichée je ne sais où par Jagoda

12:31 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

19.03.2014

En direct

 DSCN0621(1).JPG1- Dans un texte écrit fin décembre, je faisais allusion à un ami qui, toutes les semaines, fait le voyage pour Moscou, aller-retour.
Pendant que les occidentaux, défendant une part d’indéfendable (en tout cas ne défendant pas en profondeur ce qu’ils prétendent défendre dans leurs discours et divers effets de menton) menaçaient la Russie de sanctions commerciales, nous nous inquiétions, D. et moi, de ce que cet ami pourrait dès lors perdre son travail si les choses venaient à empirer.
D. lui ayant posé la question, notre copain a répondu,
nullement inquiet :
- Bah ! Penses-tu ! Ce que je transporte en Russie, l’Allemagne nous l’achètera pour le revendre à Moscou. On a déjà vu ça…
Et vlan ! C’est ce que j’appelle avoir, à la base, la conscience et l’intelligence du monde plus franches que ceux qui prétendent le gouverner, ce monde !
Alors, les gesticulations Merkel/Hollande et consorts, c’est quoi exactement ?
Ah, si seulement les chaumières avaient la bonne idée de se réveiller enfin !

2- Une dame ayant une très grande connaissance professionnelle de l’Ukraine dit qu’effectivement on sent très bien, et depuis longtemps, chez les nationalistes ukrainiens un mépris et une attitude hautaine à l’égard des Polonais…
Ce n’est pas une trouvaille, certes. Mais c’est mieux de le savoir par des témoins directs que par la pensée déléguée.
Et ce sont des gens de cet acabit que l’Europe, les Américains et le FMI s’apprêtent à financer. Pourtant, quand on nourrit des renards, en général, on ne s’attend pas à ce qu’ils vous mangent un jour vos poules.
Mystère des diplomaties…

Cette dame dit aussi que si la grande majorité du peuple russe est derrière Poutine et même s’exalte de sa fermeté et de son patriotisme, c’est qu’il a tiré les gens de la misère noire dans laquelle les avait laissés Boris Eltsine.
Poutine a donc derrière lui une force qui ne s’invente pas, une force qui ne se crée pas par l'artifice du discours, une force que jamais n’auront ni Obama ni Hollande : un peuple.
Cela, il faut être russe pour le comprendre sans y aller de ses petits jugements préconçus dans les Hautes Écoles de l’Administration.
Il faut savoir ce que signifie d’avoir survécu par le pain rassis et les patates.
Les occidentaux ne comprendront donc jamais rien à la Russie.
Et en espérant de toute mon âme qu’il soit cette fois-ci encore conjuré, je pense, hélas, que, sur le vieux continent, entre l’Ouest expansionniste, de plus en plus à la botte américaine, et l’Est qui s'éveille aux délices du capitalisme sauvage sans renier encore le sentiment de "nation",
l’affrontement sera, à l‘échelle de l’Histoire, inévitable. 

Illustration : Une photo prise en Russie par notre ami , tout comme celles ci-dessous

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18.03.2014

Diplomatie

- Comment rendre un ours encore plus  féroce encore qu’il n’a coutume de l’être ?
- Avoir l’imagination grandiose des diplomaties européennes :

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13:37 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : histoire, politique, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

17.03.2014

Je me pose des questions

NR.JPGQui ne sont pas forcément légitimes, mais le fait est qu'elles sont.
Tenez, ce matin par exemple, je voulais écrire ça :

"Un clown

L'UE ne reconnaîtra pas la "pseudo consultation" en Crimée…
Quand il a dit ça, le galant en mobylette, on aurait dit qu’il venait de découvrir l’eau chaude.
Pourtant… Déjà en 2005, il n’avait pas reconnu la vraie consultation qui sanctionnait négativement le traité européen et, au congrès de Versailles, avait déclaré la susdite consultation nulle et non avenue.
C’est une manie chez lui. Une manie de clown.

Interrogé sur la possible suspension de la vente de navires militaires français de type Mistral à la Russie, il a déclaré que ces sanctions "liées à la coopération militaire" relevaient du "troisième niveau de la sanction". "Nous en sommes au premier", a-t-il relevé.
Ben voyons…
Moi, je serais ukrainien que je ne voudrais pas pour un sou d’un ami pareil ! Genre qui vous caresse la joue droite et qui vous flanque une beigne sur la gauche. Genre qui vous chante la messe de l’apaisement le doigt sur une gâchette…
Tant il est vrai que des millions de dollars paraphés sur un contrat, ça vaut bien tous les Ukrainiens et toutes les Crimées du monde !
Un clown, certes, mais pas désopilant du tout. Un clown tragique."

Je voulais donc écrire ça, mais je ne l’écrirai pas.
Parce que je me pose des questions. Depuis que je publie mes textes sur le drame ukrainien et la fourberie démocrate des Européens, les lecteurs sont très nombreux.
En revanche, peu, très peu de réactions. Aucun débat sur cette exceptionnelle situation qui risque fort de nous tous embarquer sur le pire des radeaux.
Pourquoi ?
Peur de se tromper de camp parce que, cette fois-ci, le chaos n’est plus aux antipodes, sous d’autres cieux que nous ne verrons jamais, mais  bien à notre porte ?
Pourtant, je ne fais allégeance à aucun des protagonistes, même si je dénonce plus facilement ceux d’entre eux qui avancent les plus masqués.
Je ne fais allégeance qu’à l’amitié entre les peuples.
C'est-à-dire à une Idée.

J'ai signé ici un article dans la Nouvelle République du Centre-ouest.

11:42 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature, écriture, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.03.2014

Impérities ou immondes calculs ?

reuters.jpgLe ministre russe des affaires étrangères, Lavrov, porte-parole de Poutine-Bonaparte, s’étonne avec juste raison de ce que son homologue français, Laurent Fabius, affirme sans vergogne sur France Inter que le gouvernement insurrectionnel de Kiev n’est pas un gouvernement d’extrême-droite. Bien à droite, admet le rusé Fabius, mais pas à l’extrême-droite  quand même.
On est en droit de se demander où, dans sa stratégie de brouilleur de cartes déjà biseautées, Fabius classe ce gouvernement dans lequel officient trois membres de Svoboda, parti nationaliste, xénophobe, résolument et ostensiblement – brassards croix gammée arborés sans vergogne -  antisémite. Très légèrement à gauche d’Hitler, sans doute. François Copé, dans les «fabiuseries» diplomatiques et eu égard à l’idéologie de ceux qui ont pris le pouvoir en Ukraine, est un anarchiste partisan de la démocratie directe et du partage social. Marine Le Pen, quant à elle, comme chacun ne saurait à présent l’ignorer, est une dangereuse trotskiste !
Si ce n’était à ce point dramatique d’entendre des embrouilles pareilles, si ce n’était pas par ces discours irresponsables ou pervers qu’un nouveau cataclysme guerrier risque de nous trancher la tête, le fou rire nous ferait mal au ventre…
Fabius est un menteur. D’ailleurs Lavrov lui rappelle qu’en octobre 2013 le parlement européen déclarait à propos de Svoboda "que ce parti allait à l'encontre des valeurs fondamentales de l'Union européenne".
Alors qu’est-ce qui a changé en cinq mois, Monsieur le digne diplomate français ? Le parti nazi ukrainien ou les valeurs européennes ? Hum... La question mériterait plus ample examen.
Et Lavrov d’ajouter : « Désormais, on arrive à une situation où les dirigeants de Svoboda, parmi lesquels une figure aussi odieuse qu'Oleg Tiagnibok, sont devenus en Occident des personnalités tout à fait respectables ».
Vous avez bien entendu :
Oleg Tiagnibok. L’Europe a donc bel et bien vendu son âme au diable mais c’est pour nous qu’elle ouvre les portes de l’enfer. Car connaissez-vous bien cet Oleg Tiagnibok ?
Pour plus de rapidité, je pique quelques éléments dans Wikipédia et je jette à la face de Fabius, Hollande, et de tous les soi-disant démocrates européens les lignes suivantes : « Parti Svoboda. Son dirigeant est Oleg Tiagnibok. En automne 2011, le parti avait organisé un défilé contre l'arrivée massive de juifs hassidiques, qui effectuent chaque année en Ukraine un pèlerinage sur la tombe d'un célèbre rabbin.
De même, l’organisation a souvent été pointée du doigt pour la glorification du passé collaborationniste d'une partie du peuple ukrainien avec l'Allemagne nazie et pour avoir organisé la commémoration en 2013 du 70e anniversaire de la création de la division SS Halychyna, qui a combattu dans les rangs hitlériens.»
Est-ce assez  clair ? Fabius sait-il lire ?
Rappelons aussi que les pires fauves, plus redoutables que leurs maîtres SS allemands, fauves parmi les fauves ayant égorgé, pendu et torturé à Sobibor, Majdanek et dans le ghetto de Varsovie étaient ukrainiens et que certains nationalistes se réclament aujourd'hui de cette glorieuse descendance !

 Ce n’est donc pas tant de Poutine – même si ses intentions n’ont rien d’angélique - qu’il faut avoir peur aujourd’hui, mais de ces politiques européens qui, par suivisme à l'égard de la volonté américaine de détruire une fois pour toutes la Russie géopolitiquement gênante, ont fait allégeance aux pires nazis que compte encore sous son ciel le vieux continent.

Et maintenant ?

1 - Dimanche, en Crimée, jour du référendum (duquel on peut effectivement douter de la légitimité), sera la journée de tous les dangers. Des provocations sont à craindre et si cette journée se termine par un bain de sang, il faudra que les citoyens européens réfléchissent pour une fois dans le bon sens et se demandent à qui profite le crime.
A tout le monde sauf à Poutine, ça tombe sous le sens le plus élémentaire.

2 – Tout se passe dans l’ordre. La Crimée verse du côté russe et n’est reconnue au plan international  que par elle. S’en suivra une longue déstabilisation, économique et politique, de toute la région.

3 –L’Ukraine amputée de sa province méridionale, blessée, versera dans le chaos des rancœurs intestines, dans les règlements de compte, et, partant, dans le nationalisme le plus intransigeant et le plus rétrograde.  Elle se tournera vers l’Ouest. Avec un œil gourmand, revanchard, sur les territoires polonais les plus proches, comme le montre une carte de l'Ukraine récemment revue et corrigée par les nationalistes.

4 – La Pologne, par russophobie historique et culturelle, s’est pourtant jetée à corps perdu dans les bras de l’Occident. Le chef de sa diplomatie, Sikorski, a traité publiquement Poutine « de rapace dont l’appétit grandit en mangeant». Avouez que dans la bouche d'un diplomate ayant en charge de calmer les esprits, ces propos sont pour le moins curieux !
Moscou ne lui pardonnera pas le camouflet. Et bien d'autres choses encore...
Les nationalistes ukrainiens, quant à eux, la haïssent… Les deux partis nationalistes, dont Svoboda, se sont déjà illustrés par des propos violemment polonophobes.
La Pologne donc, en fonçant tête baissée dans le brouillard américano-européen, n'a retenu aucune leçon de sa situation géographique et culturelle de pays tampon entre l’Est et l’Ouest, situation qui lui a valu pourtant d'essuyer au centuple toutes les grandes catastrophes du XXe siècle !
Des jours noirs l’attendent.
Je le crains.
Car une fois que Poutine, l’Oncle Sam, l’Allemagne, Londres et Paris - parce qu'ils n'ont que cette solution de compromis pour éviter le troisième cataclysme - se seront tendu la main par-dessus sa tête, ils ne se fâcheront pas une deuxième fois pour les beaux yeux de Varsovie.

En espérant, encore une fois, me lourdement tromper. Par amour pour mon pays d'accueil et amitiés pour tous les peuples de la terre.

Bon week-end à tous cependant !


Photo : Thomas Peter - Reuters

11:38 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, ukraine, littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

13.03.2014

Les revenants

littérature,écritureCet après-midi je serai à Włodawa, petite bourgade jouxtant la frontière ukrainienne.
J’y serai avec le ciel bleu, encore froid, et sous le soleil, encore falot.
Je traverserai des villages de bois et de larges forêts de pins aux bouleaux mêlés.
Je verrai, en contrebas, le Bug-frontière qui suinte sur les prairies alentour la fonte des neiges de son amont ukrainien.
Je verrai des passants, je verrai des rues et je verrai des commerces.
Tout près de là, de l’autre côté de la forêt où gémissent encore les esprits de Sobibor, je me dirai une fois encore ce que je sais déjà par cœur et par le cœur : que les hommes sont des chiens qui ne retiendront jamais rien de la piste qu’ils ont suivie…
Je penserai à la Pologne une nouvelle fois - mais cette fois-ci par la vanité d’être européenne - aux premières loges du danger ; danger dont les occidentaux n’auront cure si, par malheur, la folie venait à glisser du mauvais côté de l’esprit…
Et je penserai, comme je le pense en cet instant, que l’Histoire est cruellement ironique : Yalta est une station balnéaire de Crimée…

Cet après-midi, je serai à Włodawa, petite bourgade jouxtant la frontière ukrainienne.
Jagoda me dira peut-être – comme elle m'a
récemment dit – qu’elle a peur de la guerre. Et je m’esclafferai, goguenard, grand sage et bonhomme, en disant que les guerres, pouah, ah ! ah ! ah ! c’est comme les revenants : ça n’existe que dans les cauchemars et les mauvais livres !

11:15 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.03.2014

Vient de paraître : Le Diable et le berger

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Pour lire plus confortablement et, le cas échéant, commander, c'est ici

10:11 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

10.03.2014

Car tel est notre bon plaisir

littérature

Il y a quelques années déjà, j'avais lu avec délectation le Roman de Renart.
Je n'en avais jusqu'alors lu que des extraits, assez larges tout de même, et l’envie m’avait donc pris de lire ce maître-livre du Moyen-âge, d’un seul trait, dans sa totalité.
Car voilà bien un roman - au sens où il fut rédigé en langue romane - qui a bercé notre apprentissage littéraire sur les bancs de bois de la prime école et dont les célèbres animaux-personnages ont longtemps hanté notre imaginaire.


On y apprend beaucoup sur la langue et, en filigrane, sur une certaine société des XIIe et XIIIe siècles.
Bref, voyez comme, sur les susdits bancs de bois des écoles de notre enfance, on nous a gentiment gavés d’erreurs qui, par la suite, se sont accrochées à notre âme comme le chapeau chinois à son rocher.
Je me suis donc souvenu de cette phrase avec laquelle les rois de France motivaient leurs ordonnances et expédiaient leurs sujets sur la paille humide des cachots, phrase qu’on nous rabâchait pour nous bien montrer l’arbitraire des despotismes d'antan et, par contraste, pour nous éclairer
sans doute sur cette belle République à la lumière de laquelle nous avions la chance de nous épanouir : Car tel est notre bon plaisir.
Je me souviens aussi du sentiment de révolte qui sourdait alors en mes juvéniles tripes devant ces dictateurs "emperruqués" qui, par plaisir, par jouissance perverse, se plaisaient à faire la pluie ou le beau temps.

Il en était peut-être ainsi. Certes. Mais l’exemple qu’on nous donnait pour faire entrer dans nos jeunes caboches les abus de l’Ancien Régime, n’en était pas moins traîtreusement falsifié.
Dans le procès de Renart, deuxième livre, le chien Rooniaus est désigné comme justice. C’est-à-dire comme juge. Les Anglais ont d’ailleurs gardé ce sens primitif et désigne sous le nom de justice le Président d’un tribunal. Le plaids, c’est l’enquête, l’instruction, en même temps que la décision du juge motivée par cette enquête et cette instruction.
Et ce plaids-là apparaissait en latin dans le tale placitum, soit " telle est la décision prise par la cour."
Voilà la traduction exacte de notre fameux tel est notre plaisir.
Ne nous a donc pas dès lors enseigné un véritable contresens, la décision d’une cour après instruction étant censée être l’exact contraire de l’arbitraire et du plaisir pris à punir ?
Ah, combien de mots et combien de formules employons-nous ainsi, dans nos paroles comme dans nos écrits, à l'envers de leur véritable mission ?
J'en suis presque effrayé.

13:24 Publié dans Acompte d'auteur, Lettres à Gustave | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.03.2014

Métaphysique de l'amour

Quand on fait l'amour sans la sublimation amoureuse, on tire un coup ou on se fait mettre.
C'est selon.
Quand on fait l'amour par amour, quand la sensualité passe aussi au spirituel, on engage un combat avec la mort dont on ressort vainqueur.
Pour un temps encore...
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14:23 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.03.2014

Le vent se lève...

Avant le drame qui se déroule actuellement en Ukraine, je ne m’intéressais que de loin aux gesticulations sociales-démocrates, sans surprise, atones, d’Hollande et de ses complices.
Mais, de par la nationalité de ma petite famille et de par la géographie où s’écoulent mes jours, ce drame ukrainien me touche et il m’a dès lors bien fallu entendre, lire et comprendre l’attitude haïssable de toute cette clique
littérature,écriturefrançaise.
Voilà pourquoi j’ai Fabius et Hollande dans mon collimateur…
Je lisais donc ce matin que 81% des Français étaient mécontents de leur gouvernement. Après - et pendant- les mensonges et les tricheries diverses qu’il assène, j’aurais dû sauter au plafond. Mais non… Pas du tout…
Car ce que j’ai trouvé dramatique dans les données de ce sondage, c’est qu’il y ait encore 19% de contents. Ce doit être à n’en pas douter des imbéciles endurcis, des gens rompus à la duplicité de l’esprit, à la mollesse du raisonnement, à l’humanisme intéressé, et ça fait beaucoup, quand même, presque 1 sur 5, pour une nation tellement orgueilleuse d’elle-même ! Du coup, c’est le cas de le dire : cocus, battus et contents !
Mais je ne dis plus un mot là-dessus. J’en suis fatigué de rabâcher. Et surtout, qu’est-ce que j’en ai à foutre, au fond ? Ai-je seulement ‘l’ombre d’un ami là-dedans ?
Ah, tout de même ! Un dernier truc. Un truc qui m’a fait écarquiller les yeux tant il prouve encore et encore combien les politiques ont cet art accompli de maquiller, de dénaturer et de manipuler le langage pendant que ces corniauds d’avaleurs de médias n’y voient que du feu. Mais oyez plutôt :
Un journaliste annonce à Ayrault qu’il est à 17% et lui demande, en prenant un petit air mi-affligé, mi-goguenard, mi je-ne-sais-trop-quoi comment il fait, vains dieux, pour gouverner avec une telle impopularité sur le dos ! Une fois n’est pas coutume, il a raison le journaliste : comment fait-on, sinon à coups de bâtons et de mensonges, pour légiférer la vie de millions de gens qui ne vous aiment pas et ne vous accordent aucun crédit ?
Réponse fière et digne du premier ministre :
- Nous gouvernons parce que nous sommes élus. On ne gouverne pas avec la popularité.
Ianoukovitch et Napoléon III auraient pu faire exactement la même réponse ! La manière dont ils ont quitté la scène devrait pourtant inspirer le premier ministre, surtout qu’il soutient comme parfaitement légitime et méritée la chute récente du premier.
Il oublie, ce monsieur Ayrault, que pour être élu, il faut d’abord être populaire dans les urnes et que si cette popularité a fondu comme neige au soleil, c’est qu’il y a eu un problème en route, un couac, et qu’une remise en question s’impose. Mais non, droit dans ses bottes, le gars. En clair : on est élu, on peut faire n’importe quoi et qu’ils aillent se faire foutre !
D’où l’inconvénient de la démocratie quand elle n’est pas directe et avec des pantins révocables à tout instant.
Bon, j’arrête…
Car, comme susdit, qu’ai-je à faire de tout ce chaos de lâchetés ? Ma vie est-elle concernée ?
Mes deux meilleurs amis, plus que des frères, sont morts et ne peuvent dès lors pas en souffrir, et les deux ou trois autres qui me restent sont trop loin pour être réellement vivants. Ma petite famille, quant à elle, a autre chose à faire que de se lamenter sur l’état du monde ; elle a à vivre pleinement sa vie.
Mes solitudes du bord du Bug sont dès lors peuplées de désirs qui ne demandent qu’à être honorés.
Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
J’entendais hier soir sur les prairies humides le cri des grues sauvages claironnant leur retour. Le grand mouvement des choses continue, la lumière devient plus gourmande, le soleil plus jaune et plus tiède, l’air plus accueillant, la chanson aux lèvres plus guillerette…
Le vent se lève, il faut tenter de vivre !

 Bon week-end à tous et, si vous en avez l'envie et le temps, je vous recommande cet article très bien documenté de Jacques Sapir

12:46 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

06.03.2014

Des menteurs sans scrupules

iran-fabius-hollande1.jpgJ’avais pris la résolution de ne plus parler ici de l’Ukraine. D'en revenir aux livres, à la littérature, aux textes. Mais je ne le puis…
Ce sera la dernière fois sans doute. Du moins l’espéré-je.
Car il ne sert à rien d’écrire sur un petit blog misérable contre le mensonge des hommes quand il est érigé en puissance institutionnalisée.
Tout ce que je retire de cela, c’est la souffrance impuissante de voir des millions et des millions d’hommes avaler comme de la bonne soupe, dans leurs journaux ou le soir, abrutis devant leur télé, ce que les autorités américaines et européennes leur servent comme de la bonne morale.
La réalité est toute autre que ce qu’ils racontent. Ce que joue Poutine en portant ses armes en Crimée, ce n’est ni plus ni moins que l’existence même de la Russie. Car ce que les Européens appellent l’Ukraine libre, c’est une Ukraine vassale de l’OTAN, c’est-à-dire des missiles bientôt pointés sur Moscou, quasiment depuis sa banlieue.
J’exagère ? Qu’on se souvienne des missiles qui devaient être plantés en Pologne, à 200 km de l’enclave de Kaliningrad, et ce, au mépris d’accords conclus en 1994, je crois, et aux termes desquels l’Otan ne rechercherait pas à s’étendre à l’est
après la chute du mur.

Que font donc les journaux d’investigations en France ? Que fait Mediapart ? Que fait le très fin et très subtil leveur de lièvres Le Canard enchaîné ? Il n’y a donc que le linge sale de la famille, Cahuzac, Buisson, Copé, Sarkozy qui les fasse bander ? A moins qu'ils ne participent eux-mêmes de l'enfumage général ?
Car enfin, ce que je sais, par un  site d’info polonais, officiel, ils doivent bien le savoir aussi, s’ils sont si malins dans l’investigation ?!

En effet, le 27 février dernier, le ministre des affaires étrangères estonien s’est inquiété auprès de Mme Catherine Ashton (représentant l’UE en Ukraine) de ce que les snipers de Maïdan, photos à l’appui,  tiraient tantôt sur la police, tantôt sur les manifestants. Ils étaient des tireurs d’élite, très entrainés, des professionnels, visant à la carotide et au cœur, les médecins l’ont certifié. Des tueurs. Madame Ashton et la coalition aujourd’hui au pouvoir en Ukraine ne veulent pas entendre parler d’enquête là-dessus.
Pourquoi ? Qui étaient ces tueurs ? Eussent-ils été des Russes au service de Ianoukovitch, que Madame Ashton aurait alerté aussitôt tout l’occident à grands cris terrorisés.
Elle a simplement et calmement répondu :

- C’est embêtant. Cependant nous ne voulons pas d'enquête là-dessus...

Alors, Hollande, Fabius, vous recevez donc dans vos palais des tueurs, des assassins, et, la mine austère et fière, abondamment parfumés, le cheveu gominé, la parole docte, le port altier des gens de pouvoir, vous négociez avec eux ?
Et vous assénez en même temps au peuple de France que Poutine est un dictateur fou et que vous, vous êtes du côté du droit et du dialogue ??
En plus, vous vous faites le bras armé et les vassaux aplatis d’un pays, les USA, qui n’a que le droit international, la légitimité et la démocratie à la bouche alors que, comme le dit un journal russe de langue française « son rôle dans l’histoire de l’humanité a justement été non pas d’éviter les bains de sang mais au contraire de les accroître. Un pays responsable des pires crimes contre l’humanité : seul utilisateur d’armes nucléaires contre la population à ce jour, guerre du Vietnam, putschs criminels en Amérique latine, soutien actif des régimes racistes d’apartheid en Afrique du Sud et Israël, bombardement de la Yougoslavie et de la Libye. Financement, soutiens armés et logistiques de rébellions responsables de crimes contre l’humanité, comme en Côte d’Ivoire et plus récemment en Syrie, maintes tentatives de déstabiliser aujourd’hui les alliés de la Russie en Amérique latine, comme en ce moment au Venezuela, des victimes aux quatre coins du monde parmi lesquelles beaucoup de femmes, d’enfants et d’hommes de tous les âges. »

Messieurs Fabius, Hollande et consorts,  un proverbe polonais dit : le mensonge a de courtes jambes.
Ce mensonge-là ne courra donc pas plus vite que ne court l’Histoire. Vous serez rattrapés et vous en serez comptables.
Le plus tôt possible ; je l’espère vivement.

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04.03.2014

"Le bon côté de l'Histoire"

littérature,politique,ukraine,écritureUn échange hier avec un vieil et très cher ami des Deux-Sèvres – que je resalue au passage -  me donne envie ce matin de préciser quelques points :
Les quelques textes que j’ai pu écrire ici-même sur l’Ukraine, sont des textes qui mériteraient évidemment plus ample travail en profondeur. Car ils pourraient donner l’impression que je considère
en bon papa binaire les évènements qui se déroulent de l'autre côté de la frontière, avec des bons et des méchants et moi, bien évidemment, plaidant pour les bons.
Ce serait bien… Hélas, si je suis en colère contre la bave sans cesse dégoulinante des médias pro-occidentales, comme sur l’attitude mensongère de la diplomatie européenne qui fait semblant de ne pas voir d’où vient le feu alors que depuis des années les Américains arrosent de leurs dollars tous les mouvements radicaux ukrainiens capables un jour de déstabiliser leur pays et de le définitivement fâcher avec la Russie, je ne me fais aucune illusion sur l’humanisme et la sagesse de Poutine.
Poutine est un rapace qui se bat avec d'autres rapaces sur le partage d'une proie. Car dans cette histoire dramatique, tout le monde s'en fout comme de Colin Tampon du bonheur du peuple ukrainien !
Mais je suis Français, j’écris en français, je suis principalement lu par des Français : il n’est dès lors pas nécessaire que je rabâche pour eux ce qu’ils entendent et lisent partout à longueur d’année, à savoir que la Russie n’est pas un pays démocratique et que Poutine est un dictateur.
Il se trouve que dans la situation présente, la fourberie des uns et des autres lui a donné l’occasion d’exprimer visiblement ce qui est essentiel dans sa politique, à savoir l’inféodation plus ou moins marquée de certaines républiques de l’ex-URSS, dont la plus importante, l’Ukraine.

Quand j’écris également que le coup d’État – applaudi par ces anges immaculés que sont les chefs d’État européens tous démocratiquement*élus sur une foule de fausses promesses - a surtout été mené par des groupes paramilitaires ne faisant nullement complexe de leur nostalgie du troisième Reich, il faudrait dire aussi, (comme me le fait justement remarquer mon ami, là-bas, du côté de la Sèvre niortaise) que parmi les milliers de gens rassemblés à Maïdan, il y avait aussi des milliers de gens qui ne calculaient rien politiquement, des milliers de gens sincèrement épris de liberté et qui ne poursuivaient pas d’autre but que de chasser toute la veulerie corrompue du système Ianoukovitch.
Mais ce ne sont pas ceux-là, trop naïfs, trop sincères avec eux-mêmes et avec tout le monde, qui font les révolutions ! Ils n’en sont que le décor en même temps que le prétexte spectaculaire.
Cela vaut hélas pour toutes les révolutions : à un moment donné, ce qu’il y a de substantiel et de spontané dans les tripes du plus grand nombre passe dans la tête de quelques stratèges.
Disons alors que les révoltés sincères, ne sont jamais  du bon côté de l’Histoire.

Et, justement, ce matin, en lisant les titres, cette vieille petite phrase sortie de la bouche d’Obama m’a fait pouffer de rire : la Russie n’est pas du bon côté de l’Histoire !
Enfin un brin de vérité, monsieur Obama ! Mais seriez-vous donc un marxiste qui s’ignore ? Car savez-vous que votre sortie suggère que l’histoire a un sens, une trajectoire juste et inéluctable, qu’elle marche pas à pas vers le bonheur des hommes libérés de leurs aliénations et que ceux qui ne marchent pas dans ses clous sont des tordus ou des réactionnaires ?
Ce matin, monsieur Obama, vous m’avez semblé plagier les discours enflammés d’un certain Vladimir Illich Oulianov…
Mais vous avez raison : la Russie n’est pas du bon côté de l’Histoire… Ça, c’est certain.  Je vous ferais cependant respectueusement remarquer- en exagérant à peine mais en soulignant fortement  qu’il n’y a aucune dimension humaine commune entre eux et Poutine, -  que Sitting Bull, Géronimo, non plus, n’étaient pas du bon côté de l’Histoire.
Pas plus que les Girondins de 1793, les Africains contemporains du triangle d’Ébène, les Arméniens de 1915, les juifs polonais et européens de 1939, les millions de gens des goulags staliniens,  et tutti quanti et tutti quanti…
Alors, de grâce, Monsieur le Président ! Ne présumons pas de ce qu’est la bonne ou la mauvaise histoire et lisons là telle qu’elle est réellement : une suite ininterrompue de crimes commis au nom d'idéologies dévastatrices et passagères, mais toujours servant la pérennité des  intérêts d’un petit nombre d'acteurs...

*Qu'on veuille bien se souvenir - en se souvenant du référendum de mai 2005 en France sur le traité européen - dans quelle estime les démocraties donneuses de leçons  tiennent les sanctions populaires !

11:50 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, politique, ukraine, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

03.03.2014

Moi, Président, …

rubon66.gifCe que je disais, en craignant pourtant le ridicule, dans mon premier texte sur l’Ukraine, semble chaque jour, hélas, mille fois hélas, un peu plus près de la réalité.
Comment donc un pauvre bougre comme moi, aussi pauvre que tous les pauvres bougres que peut porter la terre,  a-t-il pu comprendre avant les maîtres du monde ce qu’il allait advenir de Maïdan pris d’assaut par les groupes paramilitaires ultranationalistes et nazis?
On s’en doute et on me fera cet honneur : cela n’est nullement dû, ni à ma clairvoyance, ni à la finesse de mes analyses, ni à des infos occultes, mais au simple fait que les susdits maîtres du monde mentent comme un seul homme et comme de véritables arracheurs de dents. On les entend aujourd’hui faire mine de pleurnicher sur le brasier qu’ils ont eux-mêmes alimenté, dès le départ, de leurs sournoises jerricanes d’essence et on les voit tous, vierges effarouchées, chantres de la paix et grands prêtres du droit international, exhorter Moscou à la sagesse, après avoir tenté de lui planter carrément un couteau dans le dos !
Poutine porte aujourd’hui ses armes en Crimée : n’allez surtout pas penser que cela me réjouisse ! Mais cette dramatique éventualité était écrite comme le nez sur la figure. Peut-être même était-elle espérée par les grands stratèges qui tirent les ficelles du drame. Car il est impossible, absolument impossible, que l’OTAN,  l’onctueuse armée des diplomates et la horde souterraine des renseignements n’aient tiré aucune leçon de l’expérience de 2008 en Géorgie et n’aient pas envisagé une réaction violente de Moscou. Absolument impossible, répété-je !
De là à penser que l’intervention russe constitue un moment particulier de la vaste partie d’échecs engagée par l'Occident, il n’y a qu’un pas que je me hasarderais bien à franchir… Pourquoi Poutine est-il acculé à cette extrémité ? Parce que c’est lui l’agressé et l’OTAN, avec son rêve d’extension jusqu’à la mer noire suivi d’un isolement total de la Russie, est l’agresseur. La taupe terroriste. Le puissant manipulateur.

Comment dès lors Hollande et les autres «démocrates» peuvent-ils mentir à ce point-là à leurs peuples ? Comment peuvent-ils les tenir dans un tel mépris, dans une telle ignorance de ce qui se joue réellement sur la scène ukrainienne, soutenus qu'ils sont par la meute écumante des médias de tous poils ?
On en a le vertige !
«Moi Président, je soutiendrai toutes les manœuvres de déstabilisation qui s’avèreront nécessaires à une hégémonie des forces de l’Otan partout dans le monde et ce, même en reconnaissant comme démocratiques des coups d’État fomentés par des mouvements d’extrême-droite  dans la poursuite de cet objectif. »

De deux choses l’une, donc : soit ce Président est perdu et ne comprend rien à rien, soit il est un dangereux escamoteur. Un trompeur.
En tout cas, il est indigne de notre considération.
Et en tout cas aussi, quand on pense que ce président sans envergure, versatile, hésitant, est aujourd’hui le chef des armées d’un pays qui se présente comme la cinquième puissance mondiale, quand on pense qu’en deux ans de pouvoir il a déjà engagé son pays dans deux guerres et était sur le point de l'engager,
n’eût été la ruse de la diplomatie russe, dans une troisième en Syrie, on a des frissons dans le dos si on n'est pas un guerrier obtus ou un imbécile chafouin du socialisme made in France !
La crise ukrainienne ne fait que commencer, qui va en révéler bien d’autres.
Une issue fatale au vieux continent n’est plus à écarter, car on a intimé purement et simplement à la Russie l’ordre suivant : laisse-toi encercler sans broncher !
Et déjà Obama laisse entendre-  il laisse entendre seulement - qu’il n’ira pas au G8 prévu en Russie, en juin.  Aussitôt Hollande lui court aux baskets et, sans doute voulant faire mieux que son maître et faire montre de son zèle sans faille, déclare : moi je n’irai  pas ! Na !
On est pris d’effroi !  J’ai mal à ma France ! Aurait-il 
dans ses vues, ce président, de célébrer grandeur nature le centenaire de la Grande Guerre ?

Pour l’heure, Poutine contrôle donc la Crimée sous ses armes. Et il dit maintenant aux occidentaux, pris à leur propre piège ou parvenus à leurs fins  :
- Maintenant qu’on a tous des cartes en mains, discutons, Messieurs !
C’est sans doute ce qui va se passer dans les jours qui viennent. L’ours acculé aux parois de sa caverne par des braconniers qui ne disent pas leur nom a donné son premier coup de patte.
Parmi ces braconniers, figurent la diplomatie française et son président, lequel serait bien inspiré, pour une fois, de chausser de meilleures lunettes et d'examiner d'un peu plus près l'échiquier pour avancer lui-même, d'une main souveraine, responsable et réfléchie, ses pièces, sans attendre qu'on souffle à son oreille défaillante la stratégie à suivre !

11:03 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture, ukraine, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET