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12.04.2013

C'est en sciant que Léonard devint scie

littératureJ’aimerais bien entendre Giscard d’Estaing déclamer le titre dont j’ai affublé aujourd’hui ce petit texte. Bref.
En fait, outre la galéjade facile, je voudrais dire ceci : j’en suis à mon huit centième texte et des broutilles sur l’Exil des mots et je ne sais toujours pas à quoi tout cela sert et si c’est fait pour servir à quelque chose.
Je creuse. J’ai parfois l’impression de creuser un trou, de remonter la terre à la surface pour le seul plaisir de m’asseoir à l’ombre d’un terril.
Je creuse. Comme l’écrivit en guise d’appréciation  - à ce qu’on m’a dit, mais cela devait être un bon mot - un prof sur le bulletin scolaire d’un cancre : a touché le fond mais continue de creuser.
Le blog serait-il peu ou prou la page d’écriture du cancre ?
Six ans que j’explore pour le plaisir d’explorer, sans jamais mettre la main sur la moindre pépite et quand il m’arrive de penser sérieusement à cette activité blog, immanquablement je tombe sur le poncif inverse, celui des Danaïdes.
C’est contradictoire. D’un côté je creuse et de l’autre j’essaie de remplir. Les deux pôles d’une même dialectique de l'insignifiance, sans doute.
Reste l’écriture. Il faut, disait le peintre Edgar Dugas, avoir une haute idée, non pas de ce que l’on fait, mais de ce que l’on pourra faire un jour.
Le blog est une passerelle ? Le problème, ardu, toujours irrésolu,  est qu’on ne sait pas trop de quelle rive à quelle rive.
En attendant, bon week-end à tous… Ici, le printemps pointe enfin son museau, ce qui veut
sans doute dire orages  sur des restes de neige.
Le climat continental aime les contradictions. Et je m'y suis bien acclimaté, pour cause.

11:08 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.04.2013

Jamais n'avouez pauvreté !

littérature,écritureJe n’ai jamais eu de comptes en Suisse. Les yeux dans les yeux, je le jure !
En revanche, j’ai dans ma vie fait pas mal de chèques en bois, ce qui me valut à chaque fois les acerbes récriminations de mon banquier et, une fois même, alors que j’avais poussé le bouchon (en liège, lui) un peu loin,  l’interdiction  d’émettre des chèques en papier, dix ans durant. Dans ce domaine, entre le bois et le papier, je n’ai jamais trop su faire la différence. Tout n’est qu’une question de stade de fabrication.
Donc, plus de chéquier, en quelque matière que ce soit ! Ce dont je n’avais cure. Ce qui aussi me rendait finalement vraiment service, ne pouvant dès lors dépenser que ce que j’avais réellement à dépenser, c’est-à-dire quasiment rien. Parce que être pauvre, ce n’est pas très grave. Pauvre de quoi ? Pauvre de ne pouvoir acheter toutes leurs brillantes ordures, souvent inutiles et malsaines ? Allons, allons… Un pauvre qui refuse de prostituer sa dignité, trouvera toujours, sans pour autant faire la manche ni les poubelles, quelque chose à croûter, à boire ou à lire, s’il est assez démerdard dans son  genre. Le monde est un immense et répugnant étalage de marchandises. Il n’y a qu’à tendre la main, se servir et savoir courir vite. Au risque de détaler plus vite que ne s'envole le plomb ! C’est quand même pas très compliqué. Ou alors se faire noctambule, romantique, quoi…
Bref. Par contre, ce qui est grave, très grave, c’est que, quand tu es pauvre, tu en arrives à être taxé sur ta pauvreté. Et ça, c’est insupportable. Car il n’y a guère d’évasions fiscales possibles pour s’en sortir. Si on peut en effet facilement dissimuler qu’on est riche à crever, trouver des combines, soudoyer un fonctionnaire moitié pauvre, un homme de paille, on ne peut en revanche guère abuser le monde sur sa pauvreté. Aucun coffre-fort, surtout suisse, n’acceptera de prendre tes haillons en consigne.  Sous un faux nom, en plus.
La pauvreté offshore, ça n’existe pas.
Donc, t’es pauvre et ça se paye, ça, mon gars. D’abord, si tu veux t’élever jusqu’au nécessaire un  peu superflu, avoir une bagnole par exemple, qu'est-ce que tu fais ? T’empruntes.
-  Bonjour monsieur, j’voudrais bien m’acheter une automobile
-  Vous voulez mettre combien pour rouler carrosse, cher monsieur ?
-  Heu… Ben, c’est-à-dire que j’en sais rien encore. Je n’ai pas la queue d’un.
-  Ah, ah, je vois ! Monsieur est un pauvre !
-  Ben.  Oui, en quelque sorte… On peut dire ça comme ça.
-  C’est très bien, monsieur. J’adore les pauvres. Dans mon métier, on est friand de pauvres. On ne se lasse pas d’en bouffer.
-   Ah ! Très bien. Donc, j’avoue sans ambages : je suis pauvre.
-   Ça me convient. Alors, combien ?
-   ….
-  Blabla, Bla, Bla, une signature ici, une autre là, deux ou trois  paraphes par ci, par là, voilà, cet exemplaire écrit tout petit, tout petit, petit, petit, c’est pour vous. Allez ! Ite missa est !  Courez vite acheter votre auto, monsieur…

Tu parles si t’es content !  T’es tombé sur un philanthrope, dis-donc ! T’as acheté une merde à 5000 euros et tu vas la payer 8000 ! Trois mille euros, rien que parce que t’as avoué que t’étais pauvre. Tu en connais, toi, des riches, qui sont taxés à cette hauteur ? Et en plus, ils s’évadent, les cons !
Mais c’est pas tout. C’est que c’est cher, un crédit tous les mois ! Alors, tu n’arrives plus à joindre les deux bouts.  Tu t’essouffles.
- Bonjour monsieur, je n’arrive plus à joindre les deux bouts !
- Ah ! Je vois…Toujours aussi pauvre ?
-  De plus en plus, mon brave monsieur !
-
Ça me convient toujours. Tenez, signez là. Je vous offre un découvert de 600 euros par mois.
- Ah, merci, vous êtes vraiment trop bon !

Tu parles si t’es encore content ! T’as 600 euros qui te tombent du ciel, que t’arriveras jamais à remonter et qui vont te coûter encore 150 euros d’agios par trimestre ! Bingo, voilà encore une taxe ! Plus t’as la tête sous l’eau, plus le philanthrope appuie dessus. Ce doit être un maladroit.
Alors, zut, tiens, je sais plus où j’en suis, j’étouffe ; je me paye de l’essence avec un chèque en bois. Parce que à quoi ça sert, tout ça, hein, si je peux même pas me servir de ma voiture ?
- Bonjour monsieur, vous m’avez convoqué ?
- Bien oui, corniaud  de pauvre ! T’as payé en monnaie de singe !
- Ben…
- Bon, on va rattraper le coup. Mais ça va faire des frais, tout ça !
Bref, t’as fait un truc en bois de 15 euros, qui va t’en coûter  60 ! Et comme, dans la lancée, t’en as fait un autre au bistro, un autre au bureau de tabac et encore un autre pour du pinard, puis au supermarché, t’as englouti une fortune que tu n’auras jamais, sinon en négatif, dans la zone rouge.
T’es fait comme un rat.

C’est un exemple. Il y en a des milliers comme ça. Tiens, le gars qui s’achète une maison pour mettre à l’abri sa petite famille. Une maison, mettons, allez, pas chère, à 40 000 euros. Un boulet au pied. Une rame de galère plantée dans la paume ! Un truc qui va lui couper les ailes définitivement, jusqu’au cimetière. Il sue sang et eau pour la payer, il rogne sur ses plaisirs, se fait du souci, gueule, oublie d’honorer sa femme, devient aigri, et, quand il a fini, il l’a payée 120 000 euros, la mansarde ! Il a ruiné sa vie pour payer du vide ! 80 000 euros parce qu'il est un pauvre ! Une fortune qui prend les allures d'un sceau d'infamie,
sur son front gravé au fer rouge .
Et comme c’était du bas de gamme, une gamme de pauvres,
après 25 ans d’intempéries, elle est tout de guingois, la bicoque ! Les volets sont déchirés, les murs lépreux, le toit pisse la pluie, reste plus qu’à réparer tout ça pour ne pas mourir dehors, quand même, et, pour ce faire, qu'à aller voir le philanthrope pour un nouveau coup d'assommoir qui va estourbir pendant dix ans...

On le voit donc : la pauvreté, c’est une richesse, un puits inépuisable où s'abreuve le cynisme de misérables salopards. Et tu crèves un jour, pauvre bête de somme usée pour les beaux yeux de la banque !
Moralité : adoptons la stratégie de nos ennemis. Dissimulons notre pauvreté, planquons tout ça dans les ruelles, les égoûts, les bas-fonds. Soyons les escamoteurs du dénuement et cessons de confondre lamentablement confort frelaté et masque social, pouvoir d'achat et achat d'un peu de pouvoir !
S’ils ne la voient pas, notre pauvreté, ils ne s’en nourriront pas, s’ils ne s’en nourrissent pas, ils s’affaibliront et, peut-être, un jour, ou une nuit, c’est nous qui les mangerons ainsi. A la broche !
Si toutefois on a encore la force de remuer les mandibules...

14:51 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

10.04.2013

Plagiat numéro 2

manuscrit.gifHier, donc, je plagiais sans vergogne et même avec un malin plaisir notre ami le ténébreux Tenancier, en vous proposant un passage des Poésies et autres textes de Mallarmé, que Feuilly a découvert avec brio.
Enfin, tout seul, mais avec brio quand même...
Et c'est pour récompenser ce Feuilly là que je le plagie à son tour en vous proposant une devinette, comme il le fait de temps en temps chez  lui.
Vous êtes prêts ?
Partez !

Je suis l’auteur d’un seul livre. Mais quel livre, mes aïeux ! Tellement scandaleux- parce que tellement sincère -  que je ne l’ai même pas signé de mon nom et que la postérité me réédite régulièrement sous le pseudonyme de la première édition, celui qu’a retenu l’histoire.
A ma connaissance, ma  dernière réédition date de quelques années seulement. Chez un grand éditeur.
Mais je me garderai bien de vous dire le nom de cet éditeur, pas plus que l’année d’édition, parce que, maintenant, vous les modernes, les homo internetus, d’un seul coup de clic vous me démasqueriez ( !)
Alors ?

09:08 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (56) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.04.2013

Plagiat

manuscrit.gifComme je n’ai pas trop le temps cette semaine, hélas, de lier commerce durable avec mes lecteurs, j’ai décidé de voler - d’emprunter, je lui rendrai un jour - une idée au Tenancier et de vous inviter à me dire de qui est ce paragraphe, un peu élitiste, certes, mais néanmoins assez juste :

Comme tout ce qui est absolument beau, la poésie force l’admiration ; mais cette admiration sera lointaine, vague - bête, elle sort de la foule. Grâce à cette sensation générale, une idée inouïe et saugrenue germera dans les cervelles, à savoir, qu’il est indispensable de l’enseigner dans les collèges, et irrésistiblement, comme tout  ce qui est enseigné à plusieurs, la poésie sera abaissée au rang d’une science. Elle sera expliquée à tous également, égalitairement, car il est difficile de distinguer sous les crins ébouriffés de quel écolier blanchit l’étoile sibylline.

Alors ?  I vous écoute...

12:39 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

08.04.2013

Les coups du père François

Deux amis m'ont fait parvenir ce texte de Fernando Esteban LOZADA, Argentin, et je les en remercie.
Je mets ce témoignage en ligne afin que nul honnête homme, s'il veut le rester, n'en ignore.
Ceci dit, quoi attendre de plus d'une institution fondée sur la mort, le crime et le mensonge permanent ?

 le-pape.jpgDe grands efforts médiatiques tentent aujourd’hui de présenter le nouveau pape comme un individu capable d’apporter un souffle de rénovation et de changement à l’ICAR mais, comme JP II, il n’est qu’un conservateur imprégné de doctrine ecclésiastique médiévale, avec les mêmes défauts que ses prédécesseurs, mais qui sait comment modeler stratégiquement son image publique.
François I est sans aucun doute un habile et fidèle dirigeant de l’église, mais n’est en aucune façon un humaniste engagé envers les plus démunis.
Avec beaucoup d’astuce et d’ambition, au sein du clergé, il a connu une rapide ascension, parvenant à être provincial (l’autorité maximale des Jésuites) en 1973 en Argentine, à l’âge de 37 ans, charge qu’il occupa jusqu’en 1979.
Durant cette période, il réalisa le transfert de l’Université du Sauveur (USAL), propriété de la Compagnie de Jésus, à une organisation de laïcs qui militèrent avec lui dans la Garde de Fer, faction du péronisme ultra catholique nationaliste de droite, qui à certains moments surent adopter un camouflage de gauche, à leur convenance. Ils avaient des contacts fluides avec des secteurs militaires en activité qui préparaient alors le coup d’Etat de 1976, essentiellement avec le génocide amiral Emile Edouard Massera.
Avec la junte militaire installée illégalement au gouvernement, le 25 novembre 1977, l’USAL clôtura le cycle académique annuel en décernant le titre« Honoris causa » au dictateur Massera. Bergoglio ne fut pas étranger à cet acte, mais il préféra ne pas être présent et il y délégua un subordonné. Vu la structure verticale presque militaire de la hiérarchie des Jésuites, il est certain que le vice-provincial prit part à cet hommage avec le plein consentement de son supérieur.
La déclaration de principes de l’USAL fut rédigée par Bergoglio en 1974. Le document s’intitule « Histoire et Changement ».Le texte énumère les trois pivots qui orienteront la spiritualité et la mission de l’Université du Sauveur. Le premier d’entre eux est « Lutte contre l’athéisme » : il désigne clairement l’athée comme le sujet à combattre. En 2009, j’ai dénoncé l’USAL pour discrimination, et obtenu un verdict favorable de l’Institut National contre la Discrimination, la Xénophobie et le Racisme (INADI).
Selon l’INADI, le texte rédigé par François « attribue à l’athéisme une valeur négative, en préjugeant de façon péjorative son idéologie, et en l’associant à des doctrines et à des régimes qui ont dirigé une histoire néfaste pour l’humanité ». Ce document fut ratifié par son auteur en diverses occasions jusqu’aujourd’hui, montrant son mépris pour ceux qui ne partagent pas la vision dominante du catholicisme.
Bergoglio occupe la charge d’archevêque de Buenos Aires le 28 février 1998, et obtient ainsi le titre de primat de l’Argentine. Etre archevêque de Buenos-Aires fit de lui un membre de la Conférence Épiscopale Argentine, dont il fut le président durant deux périodes consécutives, de 2005 à novembre 2011, où il ne put être réélu une fois de plus car le règlement l’interdisait en raison de son âge.
En décembre 2004, un des artistes les plus reconnus d’Argentine, avec un remarquable parcours international, Léon Ferrari, réalise une exposition rétrospective de 50 ans de travail. Une partie de l’œuvre est une critique des aspects les plus sanglants du christianisme de ses débuts jusqu’à nos jours, en passant par les dictatures argentines.
Bergoglio fut le chef de ce qui devint une chasse aux sorcières, qualifiant l’œuvre de « blasphème »dans une lettre pastorale largement diffusée. L’effort de l’église pour fermer l’exposition fut énorme, mais la participation de personnalités remarquables de la société, et un public en majorité engagé parvinrent à éviter la censure de l’inquisition catholique. La lettre signée du primat disait entre autres choses :
« Je m’adresse aujourd’hui à vous profondément blessé par le blasphème qui est perpétré au Centre Culturel de la Recoleta par le biais d’une exposition plastique. Je suis aussi chagriné par le fait que cet événement soit réalisé dans un Centre Culturel qui survit grâce à l’argent du peuple chrétien et à celui que des personnes de bonne volonté apportent avec leurs impôts ».
L’hypocrisie est manifeste puisque, grâce à la dictature des années 70, les évêques – y compris le primat – perçoivent d’énormes salaires payés par l’Etat argentin.

Le 8 novembre 2002 fut nommé évêque aux armées Antonio Baseotto. Cette charge, par un accord entre le Saint Siège et la République Argentine signé pendant la dictature de 1957, concède à son titulaire la position salariale officielle de « sous-secrétaire d’Etat ». L’évêque aux armées est nommé par le Saint Siège après accord du Président de la République d’Argentine. Sa fonction est le service religieux des forces armées de Terre, de Mer et de l’Air.
Le 18 février 2005, Baseotto attaqua publiquement la position du gouvernement du Président Nestor Kirchner en faveur de la dépénalisation de l’avortement et de la répartition de préservatifs aux jeunes. Il envoya au Ministre de la Santé, Ginés González García, une lettre de menaces qui disait :
« Ceux qui scandalisent les petits méritent qu’on leur pende au cou une pierre de moulin et qu’on les jette à la mer ».
Cette citation d’origine biblique réveilla le souvenir des fameux « vols de la mort ». Souvenons-nous que les militaires putschistes assassinaient les militants de gauche en les jetant à la mer depuis un avion.
Le gouvernement décida de limoger Baseotto en mars 2005. Bergoglio dit alors : « le seul qui désigne les évêques dans l’Eglise, c’est le pape », exprimant ainsi clairement que Baseotto ne peut pas être renvoyé par le Gouvernement, et refusant de nommer un remplaçant. De nouveau apparut l’évidence de sa fidélité inconditionnelle à l’Eglise, de son adhésion aux expressions génocides, et comment il fait fi du gouvernement démocratique.
Le 9 octobre 2007, le prêtre catholique Christian Frédéric von Wernich fut déclaré coupable de 34 cas de privation illégitime de liberté, de 31 cas de tortures et de 7 homicides qualifiés, crimes perpétrés durant la dernière dictature en Argentine. Il fut condamné à la réclusion perpétuelle et à l’interdiction à vie d’exercer des emplois publics, vu qu’il était aumônier de la Police de la Province de Buenos Aires.
La Conférence Épiscopale, sous la présidence de l’archevêque de Buenos Aires Bergoglio, voulant libérer l’Eglise de toute responsabilité, remarqua simplement la« commotion » de l’Eglise Catholique due à la « participation d’un prêtre à de gravissimes délits, selon la sentence de la Justice ». Avec le silence et l’inaction complice du pape actuel, qui s’est de nouveau lavé les mains, von Wernich est toujours compris dans les rangs de l’église catholique, et continue à dire la messe en prison sans avoir reçu le moindre type de sanction de la part du clergé.
Le 10 juin 2009, Jules César Grassi, prêtre catholique argentin, paradoxalement fondateur de la Fondation « Heureux les enfants », est déclaré coupable de deux cas d’abus sexuels et de corruption aggravée de mineurs, et condamné à 15 ans de prison. Pendant le procès, Grassi déclara dans un moyen public d’information : « J’ai parlé avec le cardinal Bergoglio et il m’a dit, d’abord, qu’il ne m’avait pas lâché la main, comme l’avait affirmé une certaine presse, qu’il était à mes côtés comme toujours… » Plus tard, la défense, le ministère public et les parties en cause firent appel, et le 14 septembre 2010, la Cour de Cassation pénale de Buenos Aires rejeta les recours présentés, laissant le curé seul avec la possibilité de recours extraordinaires. Jusqu’à l’an passé, et grâce au lobby catholique, Grassi continuait à jouir de sa liberté. Mais, pour ne pas avoir respecté les restrictions imposées par le tribunal (interdiction de relations avec la fondation « Heureux les enfants »), il se voit assigné à résidence. Encore une fois, le représentant supérieur de l’église catholique en Argentine a opté pour les politiques traditionnelles de l’église : silence, soutien apporté aux violeurs et aux pédophiles.
En décembre 2009, monseigneur Edgar Storni fut condamné à 8 ans de prison pour abus sexuel aggravé sur un ex-séminariste. Son âge avancé lui valut l’assignation à résidence. En avril 2011, la Cour pénale des tribunaux de Santa Fe annula la sentence grâce à un recours technique administratif, et ordonna un nouveau jugement, mais Storni mourut en 2012 dans l’impunité.
En octobre 2002, ce prélat avait dû renoncer à sa charge d’évêque à cause de scandales provoqués par des dénonciations d’abus sexuels et de harcèlement sur 47 séminaristes. Pendant le procès, l’église se prononça : « Il y a une action en justice, et elle suivra son cours ». Ce furent là les mots du vice-président en second de l’épiscopat, le cardinal Georges Bergoglio. C’est tout ce que l’on put entendre officiellement de la part du clergé, jusqu’aujourd’hui, y compris après la sentence. Comme toujours, silence, complicité et soutien légal et économique à l’ex-évêque depuis l’obscurité cléricale.
Au cours de l’année 2010, Bergoglio fut cité à déclarer par trois fois, et comme toujours, il se refusa à comparaître. Par le passé, pendant le jugement des Juntes militaires, son refus fut motivé par des raisons de santé. Finalement, il accepta de se présenter comme témoin lors du procès relatif au Plan systématique d’appropriation de bébés et dans la cause-fleuve de l’ESMA (Ecole Supérieure de Mécanique de la Marine), devant un tribunal oral dans son propre bureau de cardinal primat, privilège donné par la dictature à la Curiepar, l’article 250 du Code de procédure Pénale.
(Témoignag: http://www.abuelas.org.ar/material/documentos/BERGOGLIO2.pdf)

 L’interrogatoire se centra sur deux affaires.
-  La première sur les témoignages qui assurent que Bergoglio a livré (aux militaires) les prêtres jésuites Orlando Yorio et Francisco Jalics, qui réalisaient un travail social dans un secteur très pauvre du quartier de Flores à Buenos Aires, et qui furent séquestrés en mai 1976, au début de la dictature. Cinq mois plus tard, ils recouvrèrent la liberté, après avoir subi la torture lors d’interrogatoires à l’ESMA.

- La deuxième à propos de sa connaissance de l’appropriation de bébés des personnes séquestrées puis assassinées par les génocides. Dans les deux cas, le cardinal apporta très peu de renseignements, alléguant qu’il ne se rappelait pas les noms et qu’il ne connaissait pas non plus l’existence de documentation dans les archives de l’Eglise. Il existe cependant une claire évidence qui le compromet et dément ses dires : quand il quitta sa charge, des documents apparurent qu’il avait cachés à la Justice, et qui étaient dans des dépendances de la Conférence Épiscopale Argentine qu’il avait présidée pendant six ans.

En 2010 s’intensifia le débat sur la législation pour autoriser le mariage entre personnes du même sexe. Bergoglio fut un ferme opposant, conduisant l’affaire sur les chemins extrêmes d’une guerre sainte, et lançant à dextre et à senestre une abondante « diarrhée verbale » discriminatoire, comme le montrent à l’évidence ses propres mots : « Ne soyons pas ingénus : il ne s’agit pas d’une simple lutte politique ; c’est la prétention destructive au plan de Dieu ».
« Il ne s’agit pas d’un simple projet législatif (qui est seulement l’instrument), mais d’un remue-ménage du père du mensonge qui prétend confondre et tromper les enfants de Dieu ».
« Le projet de loi sera abordé au Sénat après le 13 juillet. Regardons Saint Joseph, Marie, l’Enfant et demandons-leur avec ferveur de défendre la famille argentine en ce moment. Rappelons leur ce que Dieu lui-même dit à son peuple en un moment de forte angoisse : ‘Cette guerre n’est pas la vôtre, mais celle de Dieu’.Qu’ils nous secourent, qu’ils nous défendent et nous accompagnent dans cette guerre de Dieu ».
Quelques rares prêtres osèrent contredire le cardinal Bergoglio, et appuyer le mariage égalitaire. L’un d’eux fut le prêtre Nicolas Alessio, qui fut rapidement éloigné de la curie. A ce propos, il dit :
« Ils m’ont condamné et expulsé pour mes idées différentes. Et notez bien que cette même Eglise n’a même pas adressé la moindre réprimande à des prêtres pédérastes comme l’évêque Edgar Gabriel Storni, qui vit commodément ici à La Falda, dans les monts de Córdoba, ou à Jules César Grassi qui sont tous deux sous le coup de condamnations judiciaires pour abus de mineurs. Il n’y a pas non plus eu de sanction pour Christian von Wernich, condamné pour délits de lèse-humanité. On a donc l’impression que cette église tolère les bourreaux et les violeurs dans ses rangs, mais pas celui qui pense différemment et ose le dire en public ».
Malgré la pression cléricale et le lobby au Congrès de la Nation, le 15 juillet 2010 le pays devint le premier pays d’Amérique latine à reconnaître ce droit sur tout le territoire national.


Bergoglio s’est toujours manifesté comme un opposant dur à la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse dans tous les cas, même ceux que la législation argentine ne considère pas comme punissables (par exemple dans le cas de la grossesse issue d’un viol). Il en est même arrivé à dire que légiférer dans ce sens était« lamentable ». Des centaines de femmes sont gravement lésées ou meurent en Argentine à cause d’avortements clandestins, mais le nouveau pape appelle« culture de la mort » ceux qui défendent le droit pour la femme de décider et de disposer de son propre corps.
En 2010, depuis le luxueux Alvear Palace Hôtel de Buenos Aires, le nouveau pontife de l’église catholique intervint dans un séminaire sur les Politiques Publiques organisé par l’Ecole postuniversitaire Ville Argentine (à l’époque), l’Université du Sauveur et l’Université Charles III de Madrid, c’est-à-dire par des institutions privées et élitistes. Le cardinal, entouré des plus hautes personnalités du néolibéralisme des années 90 qui conduisirent l’Argentine à la pire crise qu’elle ait connue, disserta et signa un document de nette opposition au gouvernement, exposant ainsi clairement sa position politique. Il fit retentir avec force une phrase sur la pauvreté, la qualifiant d’ « immorale, injuste et illégitime ».  Rappelons que l’Etat argentin dépense chaque année 7,2 millions de dollars en salaires et viatiques d’évêques, de prêtres et de séminaristes. Dans le cas des évêques, ils sont 96 à toucher 4400 dollars par mois libres d’impôts en vertu de décrets-lois pris par la dernière dictature.
On dit que Bergoglio est un promoteur du dialogue inter religieux mais il le fait avec les secteurs les plus réactionnaires des autres cultes, comme l’évangélisme représenté par l’ex-députée Cynthia Hotton qui fut une furieuse opposante à la loi sur le mariage égalitaire. Avec l’accord public de François, celle-ci présenta un projet de loi de « liberté religieuse » qui violait toute idée d’Etat laïque, et dont seule l’action militante d’associations de croyants et de non-croyants put éviter l’adoption.

Un jour après la désignation de Bergoglio comme Pape de l’Eglise catholique apostolique et romaine, les répresseurs qui sont actuellement jugés pour les crimes de lèse-humanité commis durant la dernière dictature militaire au centre de détention « La Perle », arborèrent lors de l’audience judiciaire des insignes aux couleurs du drapeau du Vatican. Rappelons que lors des fêtes du bicentenaire de la patrie, la hiérarchie catholique, avec François comme autorité suprême, demanda officieusement une amnistie pour les génocides, sujet que le gouvernement ne traita même pas, vu que finalement l’Eglise n’assuma pas la responsabilité de la demande.


Pour les Argentins et les latino-américains défenseurs des Droits de l’Homme, la désignation de Bergoglio n’est pas une bonne nouvelle. Nous connaissons son parcours et savons de quoi il est capable. Il est absolument certain que la lutte pour une Amérique latine complètement séculière sera un dur combat contre les forces cléricales.

 Fernando Esteban LOZADA, Ingénieur,
Porte-parole pour l’Amérique latine de l’Association Internationale de la Libre Pensée (AILP)
Membre de la Coalition Argentine pour un Etat Laïc (CAEL)
Président du Congrès National de l’Athéisme en Argentine.
Ex-président et titulaire des relations interinstitutionnelles de l’Association Civile des Athées de Mar del Plata.

10:45 Publié dans Critique et contestation | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET