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27.07.2018

L'os des nécrophages

kruger-national-park.jpgLa France est loin de moi mais je ne suis jamais loin d’elle…
En un mot comme en cent, ce qui la touche touche mon cœur d’exilé.
Il n’est dès lors pas besoin d’être Jérémie pour deviner que depuis quelques jours le lamentable feuilleton de l’été, joliment sous-titré l’affaire Benalla, m’afflige à tout point de vue.
Que les faits reprochés au collaborateur du Président soient fortement répréhensibles, certes, il n’y a pas grand monde pour en disconvenir, même  pas l’intéressé lui-même.
Mais les cris de vierges effarouchées des Le Pen et consorts et des comédiens cabotins de la France qui se dit insoumise ne sont guère plus brillants. Peut-être même pires...
Entendre en effet éructer à l’unisson les apprentis bolcheviques, les nostalgiques atrabilaires du fascisme et les imbéciles meurtris de la droite naufragée - le tout pour tenter de se refaire une santé politique à pas trop cher après les cuisants échecs des uns et des autres -  a quelque chose de profondément répugnant et le tableau dépasse en turpitude celui d’un aventurier proche du Président et malmenant un gars dans une manifestation où, soit dit en passant, tout le monde est là pour malmener tout le monde.
Ce qui n’excuse rien à l'ignominie des actes du susdit aventurier, je m’empresse de le dire avant que les imbéciles bêlants ne s'empressent de me le faire remarquer.

J’ai donc relevé deux réflexions à mourir de rire pour ne pas avoir à en chialer de honte.
La première, c’est Marine Le Pen qui accuse le Président Macron de se conduire en chef de clan. Ça n’est tout de même pas banal  d’entendre ça d’une admiratrice de la Milice, thuriféraire de la Phalange espagnole  et complice idéologique de la ligue du Nord italienne….
Comme « clans » , difficile de trouver plus sordides, coco !
Mais le pompon appartient quand même à la deuxième, soit à l’excité moitié gauchiste, moitié artiste, moitié député de la gouaille, qu’est Ruffin. Seule la police a le privilège de la violence légale, qu’il déclare sans vergogne, le bonhomme.
Oui, Ruffin, gars de rin ! T’as malheureusement raison.
Le problème c'est que de Lénine à Pinochet toutes les crapules sanguinaires de la terre n'ont jamais dit autre chose…

Alors, pour faire chier toute cette clique, je dis : Vive le Président Macron ! Hahahaha !

07.07.2018

Un copain de jadis

ibridi-mais-2016-890x395_c.jpgLes champs sont immobiles sous les torpeurs de l’été. Tant qu'on dirait que personne ne viendra plus les éventrer ni les bousculer.
Ils sont comme des trapèzes, et ça n’est pas facile à circonscrire, un trapèze. Ils sont comme des triangles, ça a des angles aigus difficiles à investir, les triangles.

A des quadrilatères difformes et sans angles droits, qu’ils ressemblent, ces champs de misère !  Rarement, très rarement, ils sont ces rectangles pragmatiques des grandes cultures de l’ouest et qui, vus d’avion, dessinent si bien la terre en un jardin impeccablement entretenu mais sans âme vagabonde ; un jardin à la Française.
Par association d’idées contraires, un vieux copain oublié depuis quelque trente années déjà, surgit dans ma mémoire tandis que je regarde ces champs silencieux qu’on dirait bien que ce sont les grands pins et les bouleaux qui commandent ici.
Les lisières des bois dessinent celles des cultures. Pas l’inverse.
Mon copain un peu agriculteur, raisonnablement écolo, viscéralement anar, résolument fêtard, superbement enjoué et terriblement humain, c’est au sud qu’il habitait, sur la plaine toulousaine bousculée par le vent d’autan, le vent qui, soi-disant, rend fou.
Il racontait, mon copain, qu’au Moyen-âge, des crimes étaient pardonnés s’ils avaient été commis alors que soufflait ce satané vent d’autan. Parce que c’était lui, in fine, le vent, qui était jugé responsable du dérèglement intempestif des passions.
Je ne sais pas si c’est vrai. Jamais vérifié… L’histoire est belle et c’est suffisant pour ne pas aller lui chercher des poux dans les mots… Il aimait ça, mon copain, raconter des histoires de vent d’autan… Autant, oui, en emportait le vent, en ces temps-là !
Quand il ne racontait pas d’histoires, l’ami, il cultivait le maïs sur des terres qu’il avait en location. Mais tout le monde là-bas cultivait du maïs ! La plaine immense n’était qu’un affligeant tapis de maïs. Alors je lui demandai un jour – une nuit plutôt - comment il faisait pour retrouver ses billes dans cet océan monocorde, monochrome, monopoliste, monozygote, monotone, mono tout de maïs.
Il dit que c’était simple : il semait et récoltait toujours le dernier. Quand tout le monde en avait terminé, quand cette vaste étendue enfin mise à nue sous les désolations de novembre ne présentait plus qu’une parcelle ridiculement isolée en son beau milieu, c’est que c’était forcément à lui.
Ce qui restait.
Je crois qu’il a fait faillite.

C’est ce que font toujours les hommes qui, sous nos cieux, n’entendent rien à l’hégémonie destructrice des grands espaces...

16:07 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

01.07.2018

Une étrange prison

cigogne.blanche.redu.5p.jpgLes cigognes blanches se rencontrent toujours en milieu ouvert, sur les champs, sur les plaines et les prairies humides.
Ou alors dans les villages, leurs gros nids alignés le long de l'unique rue, de poteau en poteau.
Aussi ai-je été bien surpris d’en croiser une en forêt, errant sur le bas-côté de la route, du haut de ses longues pattes maladroites.
Pourtant, de prime abord, je n’y ai prêté qu’une attention distraite. Des cigognes, j’en vois tous les jours, de la fin mars à la mi-août…
Puis, quelque chose m’a soudain semblé étrange, quelque chose d’inhabituel, pas à sa place dans le décor.
C’était précisément parce que je n’avais jamais vu de cigogne sur une route de forêt.
L’oiseau s’est envolé ; pas loin ni haut, en suivant la route…
J’ai filé la mienne, de route. J’ai pensé à autre chose.
Je ne sais évidemment plus à quoi j’ai pensé, tant je pense à une foule de choses ces derniers temps, toutes plus insignifiantes les unes que les autres, d’ailleurs.
Mais le lendemain, je l’ai retrouvée, ma cigogne, à un kilomètre de distance de la veille, toujours en forêt.
Et le jour suivant aussi.
Je me suis arrêté.
Le grand oiseau s’est élancé, a volé un peu, a essayé de prendre de la hauteur et n’a pas pu dépasser la cime des arbres.
Elle s’est posée un peu plus loin et j’ai compris.
J’ai compris qu’elle était handicapée, pour une raison ou pour une autre, qu’elle ne pouvait pas s’élever dans les airs et avait donc perdu tous ses repères d’oiseau des grands espaces.
Plus d’orientation, au milieu de ces rideaux d’arbres masquant d’autres rideaux d’arbres, tous identiques, tous fermés, tous sombres.
Prisonnière d’un environnement où, depuis que le monde est monde, tous les animaux sont libres… Presque par définition.
Et une nuit, sans doute, elle sera endormie sur ce territoire étranger, la grande cigogne blanche ; sur ce territoire d’exil où elle s’est par malheur fourvoyée, quand un prédateur sylvestre se présentera pour mettre fin à son cauchemar.

19:10 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET