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29.05.2016

Variations sur le tout et le rien

images2.JPGLa sacro-sainte mondialisation, omniprésente dans les médias, les esprits, les conceptions, les discours de mise en perspective, économiques, sociologiques, politiques ou de parade pour, in fine, ne plus faire qu’un seul et même discours aux variantes spectaculaires, c’est aussi et surtout la dimension planétaire des désirs et des comportements destinés à les satisfaire.
Homo mondialus : espèce animale apparue vers la fin du XXème siècle, par dégénérescence systémique d’homo sapiens, via homo economicus, suivi d’assez loin par homo internetus,  sous-espèce bâtarde elle-même classée en deux sous-sous-espèces à peu près semblables, homo facebookus et homo twiterus.
Homo mondialus compte à ce jour sept milliards d’imbéciles heureux de l’être.
L’individu de cette espèce est fade et partout prévisible. Tellement que lorsqu’il essaie de surprendre, il est obligé de l’annoncer longtemps à l'avance, sous peine qu’aucun de ses congénères ne s’en aperçoive.
Les spécialistes du genre humain prévoient d’ailleurs que la prochaine étape de l’évolution de l’espèce sera certainement, si toutefois aucun évènement majeur ne vient en perturber favorablement le cours, homo muetus et bouche cousue, c’est-à-dire une espèce qui aura supprimé la parole, celle-ci étant devenue parfaitement inutile.
Quoi dire en effet et quoi échanger quand sept milliards de crétins ont tous la même chose à dire, c’est-à-dire à peu près rien ?
Car c’est cela aussi, « la mondialisation » : le tout  devenu tellement tout qu’il s’est renversé cul par-dessus tête et s’est transformé en rien. Les thuriféraires de l’espèce vantent d’ailleurs le chemin parcouru qualitativement, homo mondialus étant désormais dispensé de s’user le cerveau à réfléchir, à critiquer ou à concevoir. Ils en veulent pour irréfutable preuve qu’homo mondialus vit bien plus longtemps que ne vivait homo sapiens.
Quelle insolence et quelle perfidie pourraient venir leur donner tort ? Bien sûr qu’homo mondialus vit de plus en plus  longtemps ! Comment cesser de faire ce qu’on n’a jamais commencé ? Et puis…

Ah, veuillez m'excuser un instant. On me tape sur l’épaule, quelqu’un veut me dire quelque-chose sans doute.
- Oui ?
- Mais ça n’a aucun sens ce que vous écrivez là, mon brave !
- Et pourquoi donc, mon brave ?
- Parce que le fait même que vous l’écriviez prouve que ce n’est pas vrai : vous pensez, vous mettez en perspective, vous critiquez l’espèce…
- Savez-vous lire, monsieur ?
- Heu… Je crois, oui…
- Et bien relisez donc et vous verrez que j’ai tout dit, c’est-à-dire rien du tout. J’ai dit ce que tout le monde pense et dit et c’est cela la perversion de l’astuce : un monde qui se nourrit du malaise qu’il engendre, s’engraisse de sa propre critique et, par là-même, assure sa pérennité.
- Effectivement. Nous sommes dans une dictature du non-sens.
- Un non-sens interdit.
- Ah, monsieur est aussi un facétieux, il joue sur les mots !
- Un peu. Disons que j’allégorise. Néanmoins vous savez tout comme moi – parce qu’on sait tous la même chose – qu’il est obligatoire, sous peine de mourir sa vie à contre-sens, de trouver un sens à ce qui, précisément, fait profession d’en être dénué.
- Nous serions alors dans une voie sans issue ?
- Sauf à faire marche arrière… Mais vous savez tout ça. Vous faites, tout comme moi d’ailleurs, seulement mine d’avoir encore quelque chose à partager.

10:13 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

26.05.2016

Crépuscules

cerises.jpgElle est revenue, la saison sans la nuit.
Du moins pour mes yeux qui s’endorment avant l’extinction des feux du ciel et s’ouvrent alors qu’ils sont déjà rétablis.
Une vie dans le jour exclusif.
Juché sur la ramure la plus haute des halliers, le merle siffle à gorge déployée, aussi zélé aux crépuscules des soirs qu’aux primes aurores. Comme s’il ne cessait jamais  de célébrer ses amours, tandis que je sacrifie à Morphée.
On dira ce qu’on ne voudra pas, mais il a quelque chose de sincèrement merveilleux, ce monde avec sa logique de troubadour tournoyant. Il n’est laid que parce que nous ne le pensons le plus souvent qu’en bête sociale, qu’en animal d’un cheptel moutonnier trottinant sur une ligne de crête et s’écrasant de plus en plus souvent au fond des ravins, poussé par l'intelligence de sa bêtise et son amour du vide.
D’ailleurs, je me demande souvent ce que nous faisons là, nous les sept milliards de crétins dont la présence ne semble se justifier que par la  destruction passionnée de tout ce qui constitue la beauté des choses.
L’humanité est une contradiction, on dirait. Une erreur de la création. Une fausse note qui saccage la symphonie.
Nous serions, parmi toutes les créatures du monde,  les seuls à souffrir parce que nous serions les seuls à savoir que nous allons mourir. L’animal et la plante n’auraient pas cette conscience de la fatalité de leur destin. C’est  peut-être pour cela que nous sommes des tueurs ataviques: nous enseignons la mort et nous la donnons  à tous ceux qui l’ignorent. Par vengeance et jalousie.
Comble de l’ignominie et de la perversité dénaturée, entre nous, nous dissertons - quand nous n'espérons pas - sur l'éventualité de l’éternité.

Mon merle noir, lui, ne croit ni à la mort, ni à l’éternité. Il croit au présent et le présent - lapalissade terrible dont les hommes n’ont jamais su saisir le bon sens  -  ça se vit au présent.
Alors, il chante du soir au matin, mon merle.
Tandis que crèvent les hommes, qui jamais ne verront Le Temps des cerises.

10:04 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

20.05.2016

Reprise des reprises

262330512.jpgQuelque déboire, que j’espère évidemment passager, m’a conduit ces dernières semaines à cesser mon travail sur le roman que j'ai en chantier depuis plusieurs mois.
L’esprit, l’envie de poésie écrite - car la prose est avant tout une poésie - a besoin d’exclusivité.
Je l’ai souvent dit : on n’écrit pas la douleur dans la douleur, la tourmente dans la tourmente, la joie dans la joie, mais dans un second temps, dans le sillage des émotions, quand tout ça est entré dans la représentation de l’esprit.
L’écriture telle que je la pratique, est une comète, une illusion, une figuration du réel et elle ne fait briller les étoiles que lorsqu’elles se sont éteintes. Sans quoi on écrit son journal et l’expérience – notamment surréaliste – de l’écriture spontanée a montré toutes ses limites.
Donc, quelque peu rasséréné quant à l’issue de cette infortune – ou du moins l'ayant intégrée comme élément incontournable sur le cours de la vie – j’ai rouvert le manuscrit, laissé à son neuvième chapitre.
J’ai tout relu, corrigeant, biffant, rajoutant, trop de musique ici, pas assez là, phrase ou images convenues ailleurs… Content de l’ensemble et fort mécontent du détail.
Je vous en livre un passage, là où je m’étais arrêté.
Peut-être pour faire une sorte de trait d’union. Je n’en sais rien et peu importe à vrai dire:

*

 «  Piotr Ludwiczuk s’interrompit et regarda son visiteur droit dans les yeux.

     - 
Monsieur Assaniuk, vous pensez que votre père faisait partie de ce commando ?

     -
Je ne sais pas… Mon père ne m’a jamais dit un seul mot de son combat en Pologne. Il est toujours resté muet sur le sujet. C’est d’ailleurs son silence qui m’a, pour une bonne part, poussé à faire ce voyage, à contre-courant de la mémoire. M’eût-il tout raconté, que, peut-être, je n’en aurais pas éprouvé le besoin ; j’aurais pu imaginer d’après ses témoignages.
Mais si vous aviez connu mon père, vous seriez certainement aussi interloqué que moi. Je le revois en effet nettement, là-bas, chez nous, sur la plaine charentaise, en travailleur débonnaire, avec une fourche, un râteau, un outil quelconque entre les mains ; je le revois au cul des chevaux tenant fermement les mancherons de la charrue, mais il m’est impossible de l’imaginer une seconde avec une mitraillette, une grenade, un couteau ou une arme quelconque entre les mains. Non, ça, c’est absolument impossible. Et puis…

Marek s’arrêta tout net et fixa le plancher, les yeux exorbités, l’air parfaitement ahuri. Une image venait brusquement d’enflammer son cerveau et de couper l'évocation. Une image fugace, oubliée. Non. Pas oubliée, car ce n’était même pas un souvenir. C’était un reflet onirique, extérieur, et c’était il y avait bien longtemps… Cinquante ans au moins. Le môme tenait la main de son papa et tous les deux marchaient allègrement sur les blés en herbe, tout verts, ondulant sous un impalpable souffle du vent de mer. Ils marchaient, heureux, comme quand on marche sur des nuages. Tout à coup, des oiseaux sauvages avaient déboulé de dessous leurs pieds, des perdrix sans doute, des faisans peut-être, en tout cas dans un claquement rapide et violent d’ailes effarouchées. L’enfant avait sursauté et jeté un grand cri. Le père avait aussitôt lâché sa main et mis un genou à terre. Un poing plaqué contre sa hanche, l’autre bras légèrement replié et mis en avant, comme tenant quelque chose, il avait hurlé, en polonais, « Salauds ! » et puis « tatatatatatatatata »…
Un fusil mitrailleur. L’incoercible réflexe d’un guerrier. Pas celui d’un chasseur.

 Comme s’il avait oublié son interlocuteur, Marek s’entendit dire :

-
Et puis, il y a eu les hommes préhistoriques, aussi. "

12:47 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

16.05.2016

Quand la poêle accuse le chaudron

4865409_7_c706_a-l-elysee-en-janvier-2015_d8127e0f400491f80a3e62fdc573fc07.jpgLa ministre de la Culture, Audrey Azoulay, a dénoncé ce samedi à Cannes «un ordre moral nauséabond», après l'annulation d'un concert du rappeur Black M, aux commémorations de l’effroyable boucherie de Verdun.
Ce n’est point que je veuille prendre les patins de ces cerbères de la mémoire comme-il-faut qui ont fait annuler le concert. Loin de là…
Je veux simplement dire toute ma confiance à Audrey Azoulay parce que je crois qu’elle sait mieux que quiconque de quoi elle parle quand elle parle « d’ordre moral nauséabond. »
Il lui est carrément ce que la potion magique est à Obélix.
Mais lisons plutôt quelques bribes de son brillant cursus, à cette dame qui a une si haute idée de l’ordre moral qui sent bon :

"Audrey Azoulay est nommée ministre de la Culture dans le gouvernement Manuel Valls lors du remaniement ministériel du 11 février 2016 en remplacement de Fleur Pellerin, dont elle était la condisciple au sein de la promotion Averroès de l'ENA
Elle est la première personne à passer sans transition du palais de l'Élysée au gouvernement sous la Cinquième République.
En tant que conseillère chargée de la culture auprès de François Hollande, elle participe elle-même à la recherche d'une remplaçante à Fleur Pellerin,( ben voyons, quelle bonne blague !*) mise en cause pour sa communication, et se voit proposer la fonction par le président de la République — qui souhaite une femme à ce poste. Selon
L'Obs, le « choix (d'Audrey Azoulay) est signé François Hollande, qui l'a fait contre l'avis de son Premier ministre », proche de Fleur Pellerin depuis le début du quinquennat. Dans Le Point, Emmanuel Berretta avance qu'Audrey Azoulay et Constance Rivière, directrice adjointe du cabinet de François Hollande, ont contribué au départ de Fleur Pellerin (Humm, ça sent bon, ça, hein ? Pousse-toi d'là que j'm'y mette !*).
Elle est régulièrement présentée dans les médias comme une proche de
Julie Gayet, compagne de François Hollande (tiens, tiens, comme le hasard est facétieux, en ces milieux-là !*). Audrey Azoulay parle quant à elle d'une simple « connaissance », (
ben voyons…*) « rencontrée professionnellement lorsque je travaillais dans le secteur du cinéma ».

 Le Canard enchaîné avance que François Hollande l'a nommée ministre de la Culture pour « ne pas se couper durablement du petit monde de la Culture » et « offrir une compensation à Julie Gayet » ( c’est du propre, ça ! Un président qui fait une dame ministre parce qu’il en honore une autre de ses assiduités et qu’il ne peut, celle-là, décemment la faire ministre !*)

Sur
Twitter, Frédéric Cuvillier, ancien ministre des Transports, « adresse toute [son] amitié à Fleur Pellerin si sincère et engagée mais pas assez proche des proches du Président »(ah ! ça se complique ! Faut être proche des proches pour plaire à sa  Majesté ! On est où, là ? A la cour de Louis XV ou sous la Vème ? *)
Les journalistes
Maurice Szafran et Bruno Dive évoquent une « rumeur ». Ce dernier précise que Julie Gayet et Audrey Azoulay « se sont connues et beaucoup croisées lors des années CNC de la ministre, car l'actrice — qui est aussi productrice — a longtemps été impliquée dans toute sorte de syndicats professionnels et de commissions paritaires."(Aie, aie, aie ! Que cet ordre moral me semble pas moins nauséabond que l’autre ! *)

Source : Wikipédia, à lire soigneusement entre les lignes….

* Commentaires de mézigue

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12.05.2016

Les oiseaux - 3-

littérature, écritureLa machine est ronde sur laquelle nous allons notre chemin. Le jour, la nuit, les saisons sont les tableaux  successifs de cette rondeur où s’inventent nos vies en même temps que les repères tangibles de notre voyage en boucle dans le cosmos.
Mais nous n’attachons plus aucune importance à ces évidences, comme si tout cela allait de soi et ne nous concernait que de lointaine façon. Enfantillages que d’être encore sensible au grand mouvement des choses !
Mépris de l’homme pour le théâtre où se joue son destin aujourd’hui réduit à celui d’un besogneux, d’un être économique, d’un pion manipulé sur l’échiquier fictif d’une croissance qui ne l’est pas moins, d’un pauvre hère à grande misère intellectuelle le plus souvent ornée de palabres amphigouriques. Perte de l’essentiel au profit de l’apparence et du futile.
Perte du sens premier de l’existence.
Tant que je serai en vie, je serai un amoureux primitif, primaire, de l’évidence vitale, soit de ces enchaînements de la nuit et du jour, de ces aurores et de ces crépuscules, de ces paysages façonnés par un climat, de ces saisons plus ou moins marquées selon les latitudes.
En découvrant les paysages de Pologne, j’ai mesuré leurs ressemblances avec ceux de l’ouest et le plus souvent vécu leurs différences. Si j’ai reconnu dans les feuillages et les forêts des chants que je connaissais des rives océanes, vu des horizons ouverts comme ceux du littoral, j’ai aussi rencontré des habitants de la plaine enneigée et des forêts, spécifiques à l’Europe centrale.
J’aime les oiseaux. Les p’tits oiseux, comme on dit pour moquer les rêveries naïves et comme si une rêverie pouvait être naïve au regard du rêveur ! Encore une vanité à mettre sur le compte du pédantisme d’homo economicus !
Savoir lire les mœurs des oiseaux, leur chant, leurs longs périples qui ne nous sont visibles que par leurs départs et leurs retours, c’est savoir lire la planète en son voyage cosmique et c’est savoir ainsi lire notre habitat. C’est, pour moi tout du moins, beaucoup plus que de parler des p’tits oiseaux car c’est pour une bonne part parler de la beauté des choses, parmi lesquelles sont ces petits compagnons de route...

Le ciel est la terre des oiseaux. Toute bête appartient à la féerie, à la poésie élémentaire, celle qui, à la racine commune de notre être, brasse en son chaudron d’éternité les éléments qui composent notre microcosme.
Raoul Vaneigem dans "Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort."

Qu'on se souvienne aussi, si tant est qu'on l'ait un jour lu, du chant du rossignol écrit par Chateaubriand, et l'on comprendra, peut-être, en quoi les oiseaux que l'on sait voir et entendre sont littérature.

 

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11.05.2016

Galéjades sur guignols dramatiques

J'apprends que ce monsieur :

8727fca_31689-1w2qpst-530x353.jpgavait saisi, il y a quelque temps de cela, le tribunal de grand instance afin de changer son état civil, comme tout citoyen mécontent de son patronyme a droit de le faire.
Ce monsieur, donc, voulait -  on ne sait trop pourquoi -  mettre au féminin les deux syllabes de son patronyme.
Drôle d'idée...

Même lubie, même caprice de divan diva,  chez ce  gros monsieur :

Michel-Sapin.jpg

Lui, voulait "féminiser" la dernière syllabe seulement, la première l'étant déjà.

Savent vraiment pas quoi foutre, les "grands" de la Raie publique !

14:44 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

09.05.2016

Les oiseaux - 2 -

                                                                                        La huppe

huppe_10.jpgElle est de si remarquable façon emplumée qu’on est en droit de se demander pourquoi le langage se plaît à l'identifier sous deux antinomies. C’est en effet la huppe fasciée pour son plumage, sa physionomie, son apparence délicate - son délit de sale gueule à l’envers si l’on veut - mais c’est aussi la huppe ordinaire.
Peut-être parce que, chez elle, il  est ordinaire d’être singulier.
N’ayant pas poussé plus avant l’investigation, je l’avoue, c’est à cet oxymore drolatique que j’en suis arrivé, ayant par ailleurs remarqué que cet oiseau des bosquets et des prairies supportait très bien la contradiction.
Je ne parle là que de ses noms confirmés, de ceux que lui prêtent les ornithologues, les dictionnaires et les livres d’oiseaux. Un détour par les langues vernaculaires nous apprendra cependant que pour la dire on s’est essayé également à de nombreuses onomatopées, en imitation de son chant ingénu, joué sur une note trois fois répétée, machinalement, comme sans état d’âme. Un ramage qui ne ressemble donc en rien à son plumage, avec ou sans fromage tenu dans son bec. Suivant les régions, cela donne ainsi la poue poue ou la bout bout, par exemple. Dans mon Poitou natal, on l’appelle plutôt la pue pue, par une double allusion quelque peu désobligeante à son chant et à l’odeur fétide qui s’exhale de son nid où, paraît-il, jamais elle ne daigne faire le ménage et qui recèle ainsi les déjections accumulées de ses oisillons, mêlées à d’autres immondices toutes plus nauséabondes les unes que les autres.
Certes, elle ne fait pas le ménage, cette grande dame ! Mais a-t-on jamais vu une tête couronnée vaquer à des occupations domestiques ? Son élégance, sa toilette raffinée, sa belle couronne de haut dignitaire des royaumes champêtres, tantôt haut relevée, tantôt rabattue sur la nuque, ne la dispensent-elles pas des charges qui incombent d’ordinaire à une maîtresse de maison ? Noblesse oblige, voyons !
Les gens huppés, l’histoire nous en donne leçon, ne sauraient se compromettre dans l’exercice d’aussi viles besognes !
Deux réputations, la beauté de l’habit et la mauvaise odeur,  lui collent dès lors à la livrée : une vraie aristocrate, on le voit, la poudre et le maquillage dissimulateurs en moins. Dans les temps jadis, une troisième réputation, dont elle s’est apparemment libérée, l’accablait aussi : celle de la stupidité. Et voyez comme se construit ainsi notre langage ! Dans celui des joueurs et des tricheurs du XVIe, son nom servait à épingler un naïf que l’on pouvait facilement spolier, un étourdi, un jocrisse, et c’est par altération de ce nom qu’est né le mot «dupe», initialement orthographié «duppe». La duppe n’était donc qu’une huppe qu’on effeuillait et qu’on dépouillait ainsi de toute sa superbe !
Mais la huppe de nos jours n’est plus dupe et a su, au fil des métonymies malintentionnées, laisser derrière elle cette bien peu reluisante carte de visite. Elle l’a gentiment refilée au pigeon qui, comme chacun sait, se laisse facilement plumer…
Car ainsi vont les argots, les jargons et finalement les vocables du dictionnaire et de l’écrivain. Ils volent de sémantique en sémantique, du tripot à la rue et de la rue à l’Académie. Un jour, le pigeon se débarrassera sans doute, lui aussi, de sa fâcheuse renommée et, ayant dès lors dans vos desseins de détrousser un sot, parlerez-vous peut-être d’un moineau, d’un chardonneret ou d’un vulgaire choucas ; que sais-je encore ?
Les noms d’oiseau, c’est bien connu, servent à tout et plus particulièrement, à des lustres de leur tranquille réalité, à pimenter les volées de bois vert !

Notre huppe, fasciée ou ordinaire, comme il vous plaira, est donc une aristocrate par la prestance, mais aussi par l’éducation qu’elle donne à ses oiselets. Quand elle leur distribue la becquée au nid - un nid de roturier du plus bas étage qui soit, négligé et seulement établi dans un amas de pierrailles ou dans le trou délaissé d’un pic, - ils se présentent à elle en file indienne, chacun à leur tour, comme à la grand’messe. Dans ce cérémonial de haut rang, celui qui vient d’être servi se place aussitôt en dernière position et l’oiseau ne saurait admettre qu’on dérogeât au décorum : un coup de bec vindicatif ramènerait aussitôt le petit filou aux bonnes manières dues à sa naissance !
Pourtant, l’oiseau sang-bleu trouve souvent pitance, pour lui et sa petite famille, dans les bouses peu ragoûtantes des vaches, qu’il explore à seule fin d’y dénicher insectes et autres petits vermisseaux. Pour la conservation de son espèce, l’aristo va ainsi jusqu’à se faire fouille-merde et, de fait, exécute une fois encore le grand écart entre son noble maintien, son étiquette sociale, et des pratiques dignes du dernier des gueux !
Oui, il est bien tout ça, ce magnifique oiseau bizarrement chamarré et dont les mœurs semblent vouloir sans cesse contredire l’apparence. Mais il est surtout, pour moi, un des grands et premiers messagers de la belle saison revenue.
Sur la pelouse gorgée de rosée, Madame de la Huppe, l’œil alerte, un beau matin d’avril picore.
Ou alors, si je ne la vois pas encore, j’entends bien sur la prairie où somnolent quelques derniers brouillards, ses trois notes, pou-pou-pou, pou-pou-pou, légèrement teintées de mélancolie et lancées un peu à la manière du crapaud sous les chauds crépuscules de juillet.

Décidément, Madame la Marquise est bel et bien l’oiseau de la controverse et des contraires ! Car le sonneur squameux blotti sous l’humidité obscure d’une pierre, n’est-il pas, à tort ou à raison, l’archétype même de la laideur ?

12:09 Publié dans Les Oiseaux | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.05.2016

Les valeurs de la République

le-parrain-expo-a-galerie-1_680530.jpgJean-Paul Cruchon avait dû abandonner l’idée saugrenue de se représenter pour la quatrième fois à la Présidence de la Région Ile-de-France, pour tout bonnement laisser la place à Bartolone, qui, d’ailleurs, le con, en a bien mal profité.
C’est ce qu’on appelle, dans les hautes sphères de la mafia, baiser la bague du Parrain.
Bravo, Monsieur Cruchon ! Nous sommes transis d’admiration ! Quelle abnégation !

Ben oui, mais, qu’allez vous faire dès lors ?
Dès lors ? De l’or, Monsieur.
Mon ami franc-maçon, Manuel, m’a trouvé un poste jusqu’en juillet. Je devrai me promener un peu partout pour voir si la France touristique se porte bien.
Et puis après, je serai, pour six ans - ce qui m’emmène quand même jusqu’à 76 ans - «Président de l'Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières».
Ne me demandez surtout pas en quoi ça consiste, je n’en sais foutre rien. Je regarderai passer les trains, je crois bien…
148 000 euros par an. Pas mal, hein ? En six ans 10 656 000 euros ! Après, on verra… On avisera. I vont quand même pas me laisser aller à la soupe populaire, mes potes !

En tout cas, vive la République ! Vive Hollande, Valls, Belkacem, Foll et consorts ! Vive la France !
Et j'ajoute : salauds d’prolos ! Voyous d’anarchistes ! Connards de smicards !

 

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03.05.2016

Les oiseaux - 1 -

grive.litorne.jgke.0g.jpg

La grive litorne

 Vous en souvient-il de ce conte romantique - au demeurant fort beau - qu’est Le Merle blanc d’Alfred de Musset ? De cet oiseau singulier au plumage albinos et qui, rejeté de toute la gent ailée, ne trouve pas la moindre branche où passer sa nuit ?

Il s’agit bien sûr d’une allégorie, tant de fois remise sur le métier qu’elle en est devenue proverbiale pour dire le poète, le différent, l’incompris du commun des mortels, le moqué puis le banni, bref, il s’agit de l’Albatros baudelairien et de bien d’autres figures littéraires.
Le Merle de Musset, lui, découvre enfin un confortable dortoir sur lequel tombent les pénombres du crépuscule. Mais les branches en sont déjà peuplées de grives qui ne stigmatisent nullement ni ne chassent l’oiseau blanc mais qui, au contraire, lui font une petite place et l’invitent à partager leur gaieté du soir. Car elles viennent de faire, à n’en pas douter, la tournée des vignobles et, gavées de raisins frais, elles ricanent, causent, s’agitent, rotent, tiennent des propos fripons et repoussent fortement du bec. Des grives qui, voulant sans doute tenir la dragée haute aux dictionnaires des expressions et locutions, ont à cœur de montrer qu’elles n’usurpent point leur réputation, soûles qu’elles sont comme des Polonais, des pompiers, des ânes ou des bourriques.
Le Merle blanc se voit donc contraint de chercher ailleurs un pampre où poser son sommeil. Ceci dit, il ne devait point s’agir là du bel Alfred qui, comme on le sait, d’aventure invité à une table où coulait le vin, y courait plus qu’il n’y allait. Ce qui, à mes yeux, en fait d’ailleurs un poète véritablement aux prises avec le mal du siècle et en phase sincère avec l’esprit romantique – quoiqu’il en ait dit -, à la différence de l’austère Hugo, du sérieux de Vigny ou du politicard Lamartine.
Mais revenons à nos grives… Serait-ce cette sympathique propension aux bacchanales automnales qui donnerait à la chair de cet oiseau, appréciée autant des aristocrates de la papille que du brutal chasseur, un goût des plus raffinés, comme un arôme subtil que l’on ne retrouverait que dans les vapeurs des grands crus ? Toujours est-il que son joli nom sert à formuler un de ces proverbes exécrables de la résignation, selon lequel faute de grives, on mange des merles. Blancs si possible. Dans le même genre de saloperie propre à formater des âmes d’esclave, on trouve aussi, quoique de façon plus abrupte et sans faire le détour par la délicatesse de la grive, quand on n’a pas ce qu’on aime, il faut aimer ce qu’on a. Bien voyons… On reconnaît dans ces deux misérables énonciations tout le poids du joug social et judéo-chrétien. Eh bien moi qui ne mange pas de grives, sinon des yeux, je dirais que faute de grives, il faut manger des ortolans, du caviar, du foie gras fermier, des testicules d’ours sauce champenoise… en un mot comme en cent, tout ce qui pourrait égaler ou surpasser en succulence et finesse le bel oiseau des bois et des jardins ! Et quand on n’a pas ce qu’on aime, et qu’on y a humainement droit, alors il faut tout faire pour l’avoir, le voler, même, si nécessaire. C’est comme ça qu’on vit sa vie quand on a du mal à la subir...
Mais voilà que poussé par les aquilons d’un intempestif courroux, je me suis encore envolé à tire-d’aile bien loin de ma grive. Litorne. J’ai choisi celle-ci, plutôt que la mauvis, la musicienne ou la draine, parce qu’ici, sous cette latitude orientale, elle est ce que m’était l’hirondelle sur les rivages de l’ouest. Aux premiers jours de mars, quand d’épais îlots de neige parsèment encore les champs, les chemins et les sous-bois, que le vent est encore frais mais transporte déjà sous son aile comme un changement d’intention, un beau matin, j’entends le tchak tchak tchak caractéristique de la grive litorne. Elle est juchée au plus haut du vieil orme qui ombrage mes étés, elle bombe son torse délicatement moucheté et me fait joyeusement savoir son retour.
Elle a passé l’hiver sous des cieux plus cléments, plus à l’ouest et plus au sud, en France ou en Espagne. Elle vient d’où je suis venu, la litorne. Elle m’apporte des nouvelles de là-bas, elle me chante que ça n’est pas si loin, allez, qu’avec deux petites ailes seulement on fait feu de tout climat, on navigue d’une branche de pin maritime à la ramure d’un bouleau continental et que la terre est toujours ronde et belle qui tournoie sous le ciel des saisons.
Tout le printemps durant, je verrai et j’entendrai la grive litorne autour de moi. Car elle est la seule de son espèce à vivre en colonies et tous les membres du clan vont, viennent et s’en reviennent du nid aux halliers, des halliers aux vergers, aux buissons, aux ruisseaux, aux herbages des prés, dans une incessante cavalcade.
Et gare à  l’intrus qui s’approcherait du coin de bois ou du breuil où la turbulente communauté a choisi d’installer ses nids. Qu’il soit chat, pie, corbeau, fouine, chien errant, homme, la garde prétorienne qui veille sur les couvaisons, le survole aussitôt, descend sur lui en vol piqué et le bombarde à qui mieux mieux de ses fientes. Elle conchie à volonté. C’est là son arme de dissuasion.
Et si vous êtes dans les parages sans pourtant aucune intention mauvaise en votre cœur, que vous cherchez l‘ombre ou des fleurs sauvages, hé bien peut-être serez vous victime de dommages collatéraux.
Mais, pour peu ragoûtants qu’ils soient, on n’en meurt pas, de ces dommages-là. Les oiseaux viennent de loin, de très loin, de bien plus loin que ne viennent les hommes : ils savent la lenteur et la beauté des choses et, de fait, ignorent la barbarie.
Et c’est bien là l’ignorance qui les élève au rang de l’intelligence, loin, très loin, à des années-lumière au-dessus des hommes.

14:39 Publié dans Les Oiseaux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | Bertrand REDONNET