24.10.2013

Humains trop d'humains...

1is.JPGIl n’est pas le moindre sujet d’appréhension du monde qui ne fasse le constat, sincère ou geignard, de ce que le monde va mal.
C’est pénible.
Tout y truqué, artificiel, combiné, mensonger, inconfortable, pollué, agressif, - angoissant même -, comme si les hommes en avaient marre d’exister et ne trouvaient rien de mieux pour exprimer cette lassitude que de s’enfoncer un peu plus dans le sinistre et la parole forcément désespérante.
Je me demande souvent pourquoi.
Certes, toutes les époques ont eu leurs difficultés, leurs terreurs, leurs épidémies et leurs guerres dévastatrices, mais justement, quelles leçons et quelles connaissances a retirées l’humanité de cette kyrielle de malheurs et d’infortunes ?
Un esprit sain serait en droit de se dire que l’expérience des siècles aidant, l’humanité devrait poursuivre sa route de progrès en progrès et s’acheminer depuis la nuit des temps vers un avenir de plus en plus radieux.
Il apparaît donc qu’il n’en est rien. Que plus les connaissances s’aiguisent sur tous les sujets de tous les domaines, que plus le droit s’étend aux populations, plus les libertés sont exigibles par chacun et pour chacun, plus la masse difforme des bipèdes colonisateurs de la planète glisse vers le non-sens et que le malheur des gens est de plus en plus prégnant.
Un scientiste me rétorquera, sans doute en faisant fièrement trembloter sa barbichette et en se poussant du col, que l’espérance de vie de Cro-Magnon était de trente ans à peu près et qu’en 2013 les centenaires sont légions. Que la connaissance, l’hygiène, la médecine, la chirurgie et tout et tout, font la mort sans cesse reculer !
J’en conviens.
Mais que vaut un monde où l’espérance de survivre est inversement proportionnelle à celle de vivre ? Le progrès se résumerait-il à une fabrique de vieillards de plus en plus vieux sans les faire passer par les allégresses de la jeunesse ? 
L’avancée humaine en serait vraiment une si l’espérance de survie était en constante progression, naturellement accompagnée du bonheur d’exister. C’est ça qui lui donnerait un sens. Et seulement ça. Ce n’est pas vers l’espoir de plus en plus probable d’être vieux que devraient regarder les hommes, mais vers celui de rester jeunes de plus en plus longtemps.
Espérance de vie ? Mais qu’il y a-t-il d’espérance dans ce que j’entends ? Tout n’y est que tricheries et lamentations !
Ou alors, - car comme vous sans doute j’espère bien vivre le plus longtemps possible et qu’aucune maladie ne vienne interrompre brutalement mon voyage - c’est que l’individu diffère radicalement du groupe et que le bonheur individuel n’a de commun que le mot avec le bonheur collectif.
Ce qui est fort envisageable.

Et ainsi tourne en rond la boule bleu habitée - très récemment en considération de son âge - par ses fauves qui, eux aussi, tournent en rond.
Le généticien Jack Harlan, spécialiste de la biodiversité, affirme qu’une des causes de la révolution néolithique - abandon progressif de la cueillette, généralisation de la sédentarisation,  domestication des animaux et des plantes et essor de l’agriculture - fut une surpopulation soudaine.
Avec le néolithique, survint le groupe, le village, la communauté, et enfin l’Etat et son inévitable corollaire, la guerre. C’est-à-dire la mort.
Et cela ne laisse guère d’espoir à l’espoir. Car pensez que nous étions 1 milliard en 1815 et que nous sommes à présent sept milliards à réclamer de cette petite boule bleue qu’elle nous nourrisse et nous fasse vivre.
Six milliards en deux cent ans ! Une reproduction aussi époustouflante que celle de ces bactéries qui se coupent en deux, se multiplient ainsi de manière exponentielle et jusqu’à l’infini…
Je ne suis pas certain, moi qui ne suis ni ethnologue, ni paléontologue, ni sociologue, ni archéologue, ni « humanologue », qui ne suis rien et qui ai donc la liberté de penser sans que mon imagination ne soit bridée par les rigueurs des paramètres et l'exigence de la démonstration, que la planète puisse contenter longtemps cette frénésie de la multiplication.
Elle a, elle aussi, ses limites.
Et c’est peut-être aux approches vaguement pressenties de ces limites que l’humanité s’affole, se contredit, s’espionne, s’angoisse, se ment, triche, se tord dans toutes espèces de tourments, sentant l’incompatibilité grandissante entre elle et son habitat planétaire.
La révolution qui attend ceux qui nous succéderont risque d’être cataclysmique ou sera la dernière.
Comme pour les dinosaures. Ce n’est peut-être finalement ni leurs gigantesques flatulences bourrées de méthane, ni un météorite surgissant des fins fonds des espaces universels qui leur signifia leur congé, mais, la surpeuplant au point de la fatiguer à l’extrême, la planète elle-même.
Qui sait ?
Pas vous ?
Moi non plus, remarquez bien…

Illustration : Maison que j'ai prise à la sortie de mon village, aux lisières de la forêt, et qui m'évoque beaucoup l'habitat néolithique

12:29 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Il y a bien trop de monde sur la terre pour qu'on puisse se disputer de cet état de choses.
On ne peut rien changer ou pas grand chose peut être. Il faut faire avec ce que l'on a hérité. Ne pas culpabiliser, nous sommes dans un mouvement voulu par certains et on ne peut pas faire marche arrière. Par exemple, les ordinateurs et téléphones portables sont devenus indispensables à notre époque. C'est un phénomène de société. La voiture, on ne peut même pas penser à s'en passer non plus. (Je vois que vous avez beaucoup écrit et publié). Bonne continuation.

Écrit par : elisabeth | 24.10.2013

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Merci de vos souhaits.
Car écrire c'est bien, mais être lu, c'est mieux.
Bien cordialement

Écrit par : Bertrand | 24.10.2013

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Oui, sept milliards et ça continue... Nous serons bientôt plus nombreux que les lapins. Moi qui aime bien la solitude !

Écrit par : Feuilly | 24.10.2013

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... et que les rats (pour continuer sur la lancée de Feuilly :)

Ne serait-ce pas plutôt que nous sommes en train d'entrer tout doucement dans la vieillesse et que c'est ça qui va mal (pour nous :)

Il faudrait écouter les vingtenaires, trentenaires et les plus djeuns encore, savoir ce qu'ils pensent de notre monde... Et cela dépendra de la classe sociale dont ils sont issus... des perspectives qu'ils ont ou pas... de leur conscience politique... J'ai le sentiment, pour fréquenter en ce moment des étudiants en masters 1 & 2 de l'ESPE (école supérieure du professorat et de l'éducation) qu'ils sont pleins d'énergie. Je côtoie aussi de jeunes ouvriers du bâtiment qui ont plein de projets...

Écrit par : Michèle | 25.10.2013

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Disons que la prétention de chacun parmi ce grand nombre à être quelque chose finit par poser problème aussi bien à la planète qu'aux différentes sociétés de ce monde. C'est en effet la logique de l'extinction qui est en branle et presque aux commandes.
Quant aux jeunes gens, ils se sentent minoritaires, là où les jeunes des années soixante se sentaient une majorité. Pas la même posture pour aborder le Réel. Pas tout à fait le même Réel non plus. Il y a de quoi se sentir dépassé, même quand on a vingt ans...

Écrit par : solko | 25.10.2013

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Des lapins, des rats et des hommes, donc... Manque plus que les souris de Steinbeck (!)
J'ignore si les jeunes vont bien et si les vieux font la gueule. Ce n'est pas si simple puisqu'il s'agit d'une " ambiance générale" . Personnellement, je vais beaucoup mieux dans ma tête à 60 balais qu'à vingt ans... Disons que je m'entends mieux avec moi-même.
Le temps, comme disait le poète, ne fait donc rien à l'affaire...
Mais, fantasme ou pressentiment de ma part, je continue de penser - et c'était ce qui me guidait dans ce petit texte - qu'il y a une incompatibilité comptable, pratique, mathématique, entre 7 milliards d'individus - au train où vont les choses 10 milliards dans 100 ans - et les ressources que peut offrir la planète.
Que ce surnombre est angoissant, que sans lui il n'y aurait sans doute pas les exigence d'OGM, les concentrations urbaines et leurs corollaires de misères, pas cette production de plus en plus frelatée chimiquement, etc et etc... Pas non plus des millions de gens sans ressources.
Vous me direz, lapidaires : c'est le système capitaliste et financier. J'entends bien et j'abonde dans votre sens. Mais pour être vraie, la facile affirmation ne suffit pas. Car système capitaliste ou organisation coopérative et communautaire, la planète reste la planète et le surnombre engendre son viol et sa destruction ( voir nappes phréatiques, ressources en eau et bientôt gaz de schiste)..

Là, je rigole mais je dis : d'accord, mais qui éliminer ? Grave plaisanterie. La réponse de chacun sera sans doute les 6 milliards 999 millions 999 mille 999 autres...
Ben à vous tous !

Écrit par : Bertrand | 25.10.2013

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Quand j'étais gosse, mon instituteur nous expliquait que l'avenir, c'était l'océan et ses ressources, quasi illimitées. Là était la solution pour nourrir l'humanité.
Hélas, les poissons sont en train de disparaître avant les hommes...

Écrit par : Feuilly | 25.10.2013

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Cher ami,
je vous trouve bien pessimiste.
Certes, le spectacle pitoyable ou angoissant qu'offre parfois la modernité peut laisser perplexe et soucieux quant à l'avenir de notre monde, mais il me semble difficile de juger des progrès de l'humanité à l'aune inverse de ceux des technologies et de la science, comme vous semblez le faire (plus la science progresse, moins nous sommes heureux)...
Pour ma part, je suis un optimiste irréductible et j'ai une foi aveugle en l'humanité. A ce titre, j'adhère au postulat d'un progrès moral et à l'idée selon laquelle l'homme est foncièrement bon au fond de son cœur et ne peut que s'améliorer!
La science et les techniques ne sont que des moyens et ne sauraient en aucun cas assigner des fins à l'humanité (c'est la raison pour laquelle on peut indifféremment utiliser la technique pour faire le bien comme pour faire le mal, sans qu'elle soit bonne ou mauvaise en elle-même).
La fin de l'homme (son but), c'est le bonheur, et il lui appartient de tout mettre en œuvre, non pas pour l'atteindre (ce qui est impossible), mais au moins s'en approcher au maximum...
Eh oui, tout à bien changé pour nous avec la "révolution" néolithique (dont les causes sont multiples et sans doute pas encore toutes identifiées), l'apparition de l'économie de marché, la guerre, l'Etat, etc. M'enfin, l'anarchiste que je suis est quand même contraint de reconnaître que tout cela n'a pas que des mauvais côtés: qu'il suffise de considérer les progrès de la pensée en général (au premier rang desquels la philosophie) qui sont intimement liés aux problématiques du rapport à autrui en général et à celui de la vie en société en particulier, à la place de l'homme dans le monde, etc...
J'irai même plus loin en avouant que l'athée anticlérical intégriste que je suis est souvent forcé d'admirer la beauté de nombreuses productions artistiques religieuses...
Bien à vous.

Écrit par : Lesly | 26.10.2013

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@ Feuilly : L'Océan, oui, premier lieu de vie... Mais que les hommes ont réduit, comme tout ce à quoi ils touchent, à une poubelle.

@ Lesly : Je ne juge pas "des progrès de l'humanité à l'aune inverse de ceux des technologies et de la science". Pas du tout, Lesly.
En revanche, je juge les progrès de l'humanité à l'aune inverse de l'utilisation, mercantile et guerrière, qu'elle fait de ces technologies et de cette science.
Allez, quelques exemples, même si l'on ne prouve rien par l'exemple :
- L'ethnologie a éclairé avec bonheur la route des colonisations,
- la découverte du continent américain fut-elle un progrès pour les populations qui y vivaient, sinon à considérer que le massacre et la christianisation par le fer est un progrès ?
- La découverte de la radioactivité, je ne vous dis ce que l'on en a fait...
Et etc et etc...
Et tout cela parce que votre postulat rousseauiste, charmant au demeurant, que j'aimerais bien adopter cependant, est faux : l'homme n'est pas un être bon. Il est une charogne, un fauve capable d'humanité qu'affolé par une religion punitive, la force ou la contrainte d'un Etat et etc...

En tout cas Lesly, merci de venir échanger ici.
Bien cordialement
.

Écrit par : Bertrand | 28.10.2013

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J'ai donc retrouvé Bertrand, l'homme qui m'insulte sur l'écran.

Bertrand insulte donc il est.

Écrit par : Tamet de Bayle | 01.11.2013

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Vous vous répétez... Vous ânonnez. Ceci dit, ça vous va à merveille.

Écrit par : Bertrand | 02.11.2013

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vite et tres vite la contraception ,gare au chaos

Écrit par : latger | 24.01.2014

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vite et tres vite la contraception ,gare au chaos

Écrit par : latger | 24.01.2014

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