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27.11.2008

Lire et écrire

30.JPGQuand on s’essaye à la littérature, quand on ne fait que ça, même, on a le droit d’être en proie à de sévères doutes.
Surtout quand on n’a publié que deux livres en tout et pour tout et qu’on a dans ses tiroirs fourre-tout des manuscrits restés lettres mortes, de solitaires fœtus qu’on relit de temps en temps, qu’on feuillette, qu’on corrige encore, tant il est vrai que ce qui a été écrit hier s’éclaire d’un autre jour relu demain, dans d’autres dispositions de l’esprit, avec d’autres priorités de vie, sous d’autres cieux, sous la dictée d’autres événements personnels.

Mais le doute n’est pas "est-ce que mes manuscrits sont victimes d’une injustice ou n’ont-ils finalement que la place qu’ils méritent ?"
Ça, c’est du doute existentiel, égocentrique, du doute de frustré, du doute de l’orgueil un peu mis à mal. Et je m’en fous comme de ma première chemise à bretelles bleues, qu’ils soient à leur place ou injustement bannis, mes écrits. Dans ce genre de procès où l’ego est en même temps juge et partie, je ne saurais évidemment départager ce qui est juste de ce qui ne l'est pas.
Le plaisir nécessaire à ma survie que je prends encore à écrire, le plaisir d’interpréter, de lire et de refaire le monde dans la représentation que j’en ai, tel qu’il se présente sous mes pas, de ce que je veux en faire aussi de révolte ou de mélancolie, se situe par-delà ces considérations, d’ordre social finalement.
Bien, me diras-tu, mais quand on écrit, comme en ce moment, là, sur ton blog, c’est pour être lu. J’en conviens. Toujours difficile de s’opposer convenablement à des poncifs sans dire des conneries du même genre. Mais dans mon cas personnel, forcé et contraint sans doute, j’ai abandonné cette priorité sans quoi il m’eût fallu également abandonner l’écriture. Me censurer dans ce que je porte en moi. Et ce, même si je reste lu de quelques amis, là-bas en France, ou bien ici sur des pages qu’on s’obstine à dire virtuelles.
Le doute, donc, est plus général et profond. Il réside dans la littérature en général, dans les formes nouvelles qu’elles a prises, avec  le souci honorable de coller au plus proche du monde, tel qu’il s'est transformé et semble vécu aujourd’hui.

Rien ne remplace la joie de lire. J’ai, comme vous sans doute, toujours un livre en lecture.
J’ai le temps aussi parce que j’ai décidé de ne plus faire que cinq choses essentielles dans ma vie : Aimer, Ecrire, Lire, Jouer de la guitare et Regarder le paysage et ses climats. Ça suppose bien-sûr de réduire ses aliénations de consommateur au strict minimum vital. Ça suppose aussi de ne pouvoir rentrer au pays et d'en respirer l’air autant de fois qu’on le souhaiterait. Mais le jeu, comme on dit, en vaut pour moi la chandelle.
Je viens de terminer "Le corbeau blanc", biały kruk, d’Andrzej Stasiuk, surprenant, puis j’ai dévoré avec délices "Atelier 62" de Martine Sonnet, livre remarquable, puis je suis passé à un livre de mon ami Denis que je n’avais pas lu puisque déjà parti au moment de sa parution, "Couteau suisse", un très beau texte, puis j’ai sauté à un roman inachevé de Stendhal, "Lamiel", étonnant,  puis  j’entamerai autre chose, je ne sais pas quoi, en fonction du hasard, de ce qui me tombera sous la main ici et qui sera jugé digne d’être lu ou, plus certainement, relu.
C’est donc là que je veux en venir après ces longs prolégomènes. Je suis profondément attaché, vraiment, aux gens encore debout ou depuis longtemps disparus, qui m’offrent ce plaisir de lire. Je n’ai jamais fini, par exemple, de relire Maupassant tant je le situe au pinacle de mes lectures.
J’ai un ami, un compagnon, pour tout vous dire c’est mon frère, qui est aussi un lecteur. Il travaille dur, lui. Il est chauffeur routier. Il part le lundi ou le dimanche soir de sa maison et ne rentre que le vendredi, voire le samedi matin. C’est un solitaire.
Sa passion, c’est l’ébénisterie. Sur ses maigres heures de loisir, il aime confectionner de petits meubles. Très beaux, en merisier, chêne, frêne ou hêtre. Il les entasse, comme moi mes manuscrits. Ou alors il les donne à un copain. Il a sur moi cet avantage fabuleux que lui, ce qui sort de poésie de sa tête, il peut l’offrir de façon tangible et faire durablement plaisir. Un vrai cadeau. Moi, je peux bien offrir un manuscrit, mais bon, je le vois mal trôner des années au salon, mon manuscrit de rin. Passons…
Il a lu Zola, Maupassant, Tolstoi, quelques Balzac, des Georges Sand, des Michelet, des…Que sais-je encore ? Pour vous dire, un peu quand même, que tous les chauffeurs routiers ne sont pas de gros abrutis, primaires phallos.
Il lit des histoires. Des histoires bien écrites. Des paysages. Des chemins en pluie et des drames humains. Il lit avec plaisir. Jamais de littérature de hall de gare. Le soir, dans son camion, aux heures interdites de circuler pour lui.
Un jour, il y a bien longtemps, il m’a offert un gros livre qu’il avait feuilleté dans une librairie, qu’il avait acheté, lu et beaucoup aimé. "Hautefaye, l’année terrible" de Georges Marbeck. Sans lui, je n’aurais jamais lu ce livre, pourtant très édifiant et que je vous recommande au passage.
Il me demande bien sûr, toujours, où j’en suis de mes livres. Opiniâtre, en plus, parce-que depuis vingt cinq ans qu’il me pose régulièrement la question, j’en suis à peu près toujours au même point…Il a lu mon Brassens, bien sûr, il a lu mon espèce de polar et il a téléchargé "Chez Bonclou", chez Publie.net.
Je n’ai pas pu finir, m’a t-il dit. C’est pas pour moi….J’ai feuilleté aussi ce qui se faisait sur Internet…C’est pas pour moi, m’a t-il répété…Et sa voix au téléphone était un peu timide.
Il n’est pas le premier, dans cette classe ouvrière dont on a célébré les obsèques peut-être un peu prématurément, à me faire ce genre de constatations…
Mais là, c’est mon frère, mon ami…

J’y ai beaucoup pensé…Le doute…
Qui a tué le beau roman littéraire ? L’écrivain ou le lecteur ? L'éditeur ? Et quel écrivain ? Et quel lecteur ? Et quel éditeur ?
Qui, du lecteur autodidacte passionné ou des créateurs dans leur interprétation moderne et poétique d’un monde où il n’y a plus grand monde à la hauteur pour comprendre vraiment, se fourvoie ?
Qui vraiment ?
Celui qui n’a pas suivi le cheminement et se décourage ou celui qui va trop loin, trop vite, laissant derrière lui un tas de lecteurs en proie à la solitude ?
Je n’en sais rien. Je n'en sais vraiment rien.
Ça me peine.
C’est tout.
Peut-être que c’est pas pour moi, non plus, tout ça…

Que le monde, l’amour et l’amitié, bref le bonheur d'exister un moment,  se situent par-delà.
Je n’en sais rien, vous dis-je.

11:47 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

24.11.2008

Voici venir l'hiver, tueur des pauvres gens

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Elle vient du sud, des Carpates...
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50 km/h maxi...Oublier les freins
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Halliers sous les frissons
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Les limites de mon espace. Les espaces ont toujours des limites...Je ne sais pas à qui appartient le puits, du coup...

12:49 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET