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mercredi, 16 avril 2008
Le roi boiteux (*)
C'était au pied gauche , je pense, il boitait à faire pitié.
Les courtisans, espèce adroite, s'appliquèrent à l'imiter,
Et qui de gauche, qui de droite, ils apprirent tous à boiter.
On vit bientôt le bénéfice que cette mode rapportait,
Et, de l'antichambre à l'office, tout le monde, boitait, boitait.
Un jour, un seigneur de province, oubliant son nouveau métier,
Vint à passer devant le prince, ferme et droit comme un peuplier.
Tout le monde se mit à rire, excepté le roi, qui tout bas,
Murmura:«Monsieur, qu'est-ce à dire ? je vois que vous ne boitez pas.»
«Sir, quelle erreur est la vôtre ! je suis criblé de cors, voyez:
Si je marche plus droit qu'un autre, c'est que je boite des deux pieds.
10:59 Publié dans Musique et poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature
samedi, 12 avril 2008
Considérations non intempestives - 1 -
Pour le peu qui reste, il est on ne peut plus transparent.
Ce qui est en revanche beaucoup plus difficile à discerner, ce sont les alliés réels de l'ennemi.
Certains sont très habilement travestis.
On naît poète comme le chiendent pousse sur certains sols et pas sur d'autres.
Après seulement intervient le devenir : On laisse chanter ce poète ou on lui tord le cou.
"J'ai parcouru votre manuscrit avec beaucoup d'attention..."
Y'a quand même des lapsus-oxymores qui mériteraient véhémentes corrections.
Il s'agit d'administrer un rappel obstiné contre l'aliénation ambiante, de faire savoir, ne serait-ce qu'en murmure, que nous sommes encore quelques-uns à ne pas être dupes et à ne pas nous avouer totalement vaincus dans nos vies.
Il s'agit de dire encore et encore, après des milliers d'autres honnêtes hommes, que la fumisterie ambiante est essentiellement caduque et non, comme voudraient le laisser bêtement croire tous les tenants du pouvoir et ses aspirants, l'histoire achevée.
A ce titre, nous n'avons ni adversaires ni amis préconçus. Nous n'avons que faire des soi-disant classes sociales. Car nous savons pertinemment qu'il y a partout des charognes et partout des hommes et des femmes préoccupés de l'intégralité de l'existence.
Il désigne des gens lassés des conditions faites à leur existence, de quelque horizon social qu'ils viennent. Des gens qui prennent d'assaut les palais du mensonge, par les armes et par la voix, renversent les statues, brisent les interdits, voire coupent des têtes, parce qu'ils exigent que leur soit restituée la poétique initiale de leur vie.
Le mot peuple désigne l'instigateur et l'acteur de la mutinerie sociale.
En période de modus vivendi, il ne signifie qu'un terreau vague, un tas de fumier sur lequel guignent les politiques pour y ensemencer à bon compte et dans l'endormissement général les graines de leurs misérables ambitions.
Le reste est verre d'eau dans lequel se noie l'affrontement discursif d'idéologies diverses.
Et il n'y a là-dedans aucune dialectique de la poule et de l'oeuf, tant il arrive souvent qu'on ne lise pas exactement ce qui est écrit.
Dans vos situations - que vous ayez à les affronter ou à en jouir - avez-vous une musique derrière vous pour les faire plus authentiques et plus fortes encore ?
Que diriez-vous d'une musique qui aurait forcément besoin d'images pour transmettre son émotion ?
- C'est l'absence de tourments, avais-je assuré.
Tout un programme. Mais ça ne l'avait pas beaucoup aidé.
Mais un homme qui ne boit que du pinard dit tellement de conneries que c'est lui-même et tout entier qui se fait énorme secret, une sorte d'énigme parfois déroutante, parfois plate comme une limande.
Pour avoir longtemps et alternativement pratiqué les deux extrêmes, je sais de quoi je cause.
Elle se situe par-delà le style.
L'évolution du pouvoir spectaculaire l'a conduit du subtil non-dit au mensonge délibéré, puis du mensonge délibéré à l'affabulation pure et simple.
Sous les applaudissements nourris, l'ignorance, la complicité ou la résignation intéressées.
L'affabulation allant crescendo, bientôt sera le délire.
Le spectacle à ce très haut degré d'insolence suppose que le mensonge soit tacitement admis de tous, dirigeants et dirigés, comme règle du vaste jeu de l'inversion du réel et comme projet commun d'une disparition de la vie au profit de sa représentation.
C'est la lecture d'un parcours personnel. Conception réductrice ?
L'histoire inclinerait en effet à ne me donner que très partiellement raison .
Qu'il en souffre ou non est du domaine de l'intime et, en dernier ressort, de l'éthique intime.
Ce qui ne signifie pas que toute vie chaotique soit celle d'un poète. Sans quoi les conditions pitoyables d'existence imposées par le capital n'auraient produit que des poètes.
Ce qui depuis longtemps l'aurait conduit à sa perte.
27 - Je pense la poésie comme étant très accessoirement une écriture et essentiellement un art de vivre. Encore une évidence qu'on se refuse à brasser. Bien évidemment.
Pour avoir fréquenté les uns et les autres, je peux prédire cependant que c'est pas demain la veille !
14:07 Publié dans Critique et contestation | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature
Considérations non intempestives - 2 -
Mais un homme qui écrit et qui se dispenserait de lire serait comme un muet qui tenterait de s'égosiller.
Mais il arrive que les rôles soient inversés.
Procès d’imbéciles qui n’ont jamais écrit ou (et) qui n’ont jamais été. L’écriture de l'écrivain exprime, pour une bonne part, la réalité de sa pensée tandis que sa vie, comme celle de pas mal de monde et pour une bonne part aussi, traduirait plutôt sa façon de penser la réalité.
L'éternité, au regard de l'univers, n'admet pas d'être régentée. Admettre Dieu, c'est admettre une fin arbitraire, entendue comme objectif et limite, à l'éternité poétique, au même titre que d'admettre comme souveraine la seule matière connue des hommes comme principe fondamental de l'éphémère.
Le matérialisme et le déisme sont deux garde-fous complices d'une même tentative de conjuration de l'angoisse de l'impensable.
Au mieux, il vaut un gourmet sans papilles, au pire un libertin sans orgasme.
L'émoi est d'autant plus fort que la contrariété est insurmontable.
Quoiqu'il arrive souvent qu'il lise dans le noir.
Je ne perçois donc dans tout ça aucune grandeur de vue dont puissent se targuer les hommes : Est-ce que le berger conduit son troupeau dans un pacage plus dru et plus vaste pour faire plaisir aux brebis ou pour qu'elles lui soient d'un meilleur rapport ?
Ces objectifs une fois atteints, l'idéologie continue de bénéficier pour un temps de l'élan qui l'a portée jusque là. Elle atteint ainsi le point extrême de surbrillance au-delà duquel elle ne peut plus faire illusion.
Ce après quoi elle s'écroule d'elle-même sous les effets dévastateurs de son propre triomphe.
Si elle n'est auparavant clairement dénoncée et combattue, l'idéologie n'avoue donc son caractère fallacieux que dans sa réalisation.
Trop dangereux.
14:06 Publié dans Critique et contestation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature
jeudi, 03 avril 2008
Anarchie, couille molle et poésie...
Brassens se plaisait à dire que s’il n’eût rencontré le succès, il eût été un gangster.Je n’avais évidemment, et je n’ai hélas toujours pas, le talent et le génie ni de l’un ni de l’autre.
Poète non accompli et pas assez désespéré pour faire un vrai voyou, ma vie ne s’est ainsi échouée qu’à moitié, un peu comme celle de l’âne de Buridan avant son fatal dénouement.
Un soir de fête à Vaison-La-Romaine justement consacré à Brassens, il y avait là ses compagnons de la première heure et des membres éloignés de sa famille, accoudé au comptoir où coulait le lourd parfum des vins du Rhône servis par les vignerons eux-mêmes et où allaient bon train les conversations qui vont de pair avec le vin, la fête et Brassens, j’en vins à trinquer avec un jeune homme fort urbain et qui, se penchant à mon oreille me confia, entre deux petits rots intempestifs, que Ferré aurait dit à la mort du poète sétois : " La poésie vient de perdre un grand poète et l’anarchie une couille molle."
Il importe peu en vérité puisque, in facto, le mot existe maintenant, qu’il ressemble autant à Ferré qu’au jeune homme, que Brassens ne l’eût contesté qu’en partie, j’ignore laquelle, et qu’il m’enchanta au point que nous partageâmes une autre bouteille.
10:49 Publié dans Brassens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature
mercredi, 02 avril 2008
Quiproquo toponymique
J’en veux pour preuve cette plaisante anecdote dont fut dernièrement acteur et témoin un vieil homme de Podlachie, anecdote véridique rapportée d’ailleurs par quelque quotidien de la région, ce qui je vous l’accorde, ne constitue pas un gage d’irréfutable authenticité.
Toujours est-il qu’après Wisznice, si on file en direction de Lublin, on traverse un village du nom de Kolano. Cela signifie littéralement « le genou.»
A quelques kilomètres de là, derrière la forêt, un autre hameau plus petit, posé sur une timide élévation recouverte d’arbres, se fait appeler Puchowa Góra, « le mont duveteux ».
Or il advint qu’une dame distinguée voulant se rendre dans ce hameau, s’égara, tergiversa et finit par s’arrêter à Kolano afin de s’y enquérir de la juste route.
Elle stoppa donc sa voiture, en descendit fort élégamment et héla notre bonhomme trop content, quant à lui, de causer à quelqu’un, pour rendre service de surcroît, dans ces mornes solitudes qui font les longs après-midi de la campagne, en Pologne comme partout ailleurs.
Il dit que c’était simple.
A partir du genou, il fallait remonter doucement.
Il montrait d’un geste la petite route qui s’enfonçait dans l’épaisseur des bois.
Ça le fit rire, lui, qu’on pouvait arriver de tous les côtés au petit mont duveteux.
La dame distinguée ne l’entendit point de cette chaste oreille.
Elle rejoignit alors précipitamment sa voiture, effarouchée comme une poule qui aurait vu le goupil, la mèche des cheveux indignée, invectivant, insultant, levant le poing et vouant aux gémonies ce vieux malade, lubrique et délabré.
Notre homme était cependant resté bouche bée, complètement abasourdi par cette volée de bois vert qui lui tombait si brusquement dessus.
Ce ne fut que quelque temps plus loin, alors que la voiture avait depuis belle lurette disparu et que, vexé, il réfléchissait encore à l’incivilité de cette réaction, qu’il comprit enfin l’étendue de la méprise.
Alors, on entendit son rire briser le silence du chemin et qui s’envolait très haut dans l’air immobile de Kolano.
Distinguée, la dame ?
On ne voit que ce à quoi on pense trop.
Elle était partie voir le loup, assurément, conclut-il.

09:18 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature


