UA-53771746-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06.05.2014

Pénombres

merle.jpgA pas de loup s’en va la nuit et j’ouvre un premier œil sur sa dérobade.
Le contour des livres sur les étagères de la bibliothèque est déjà perceptible, quoique encore fort incertain.
La première grive n’a cependant pas sifflé dans les halliers qui bordent ma fenêtre. Alors, je sais à peu près l’heure aux pendules du temps qui passe : silhouettes des livres et silence des oiseaux, entre trois heures et demie et quatre heures.
Je referme l’œil sur le jour qui revient. Je m’en vais un peu, très peu, vers des pensées comme le dos des livres, diffuses, mal définies… Je reviens bientôt et je perçois déjà mieux les dictionnaires, en face de moi. Ce gros, là, en trois volumes, c’est celui des traductions de D. Son voisin, en trois volumes également, c’est celui que j’ai ramené de France, Le Dictionnaire historique de la langue française.
La mélodie de l’oiseau chanteur se coule soudain dans la pénombre, d’abord timide, puis fière et joyeuse.
Il est peu avant quatre heures.
On est demain.
Car le merle s’en mêle, puis l’étourneau, puis tout le petit peuple gazouilleur des passereaux. La lumière qui pend aux rideaux est grise ? Le temps est couvert. La lumière qui pend aux rideaux est bleutée ? Il fait beau.
Aux alentours de quatre heures et demie sans doute. Allons ! Il est temps d’aller saluer ce jour nouveau. Il est temps d’ouvrir les portes, de respirer le vent sur la pelouse fraîchement tondue et d’offrir à la lumière diaphane sa première tasse de café.
Matins de l’est. Matins tranquilles. Matins matinaux.
Encore quelques semaines et la grive aux halliers déploiera son gosier vers trois heures.
Les livres aussi se réveilleront bien plus tôt.
En parfaite harmonie avec l’oiseau des bois et le grand mouvement des choses de la terre.
Mais loin, très loin, de la folie mensongère et guerrière des hommes.
Savoir, toujours, être un naïf. Là demeure une once du plaisir d'exister.

Crédit photographique : Adrien Wehrlé

10:43 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

C'est une vraie question à laquelle je pensais ce matin même, c'est drôle, et j'avais en tête un billet qui se serait appelé "ma naïveté". Et je trouve votre billet sur ce commencement, ce réveil, fort beau, fort touchant, fort juste. Mais je continue à me dire que le mot "naïf" n'est pas le bon, même s'il a pour origine le même étymon que natif, et évoque cette proximité de la naissance comme de celle de l'aube, il a pris une mauvaise connotation chez les hommes depuis le succès de Paul Guth et sans doute avant. Et j'en cherche un autre (innocence, virginité, page blanche, ingénuité, candeur ?) et n'en trouve pas.
Ma naïveté m'a joué autant de mauvais tours qu'elle m'a apporté de réconfort, et c'est peut-être ce dernier mot que je retiendrais, et qui colle aussi à votre texte très réconfortant, oui,et à ce que peuvent figurer aussi ces livres, qui sont tout sauf naïfs.

Écrit par : solko | 06.05.2014

Merci Solko... je dirais "nu". Pas vierge, mais "nu". Dans ces moments où l'on revient aux choses les plus simples du monde que le confusionnisme intéressé à notre mort cérébrale ne veut plus qu'on voie.
"Dupe" aussi, peut-être. Mais c'est déjà donner victoire au monde duquel on cherche à s'extirper.
Figurez-vous qu'ayant écrit ce petit texte, après coup,j'ai pensé à Chateaubriand.

Écrit par : Bertrand | 06.05.2014

Moi, je dirai tout simplement : être "vivant", et en être "conscient". Très beau texte, on se sent "enveloppé" à sa lecture. Merci.

Écrit par : corinne | 06.05.2014

Joli texte, Bertrand.

Écrit par : Marc V. | 07.05.2014

Corinne, oui, c'est cela : avoir, par instants, la pleine conscience de sa vie, la pleine conscience de la chance qu'on a de vivre... Les mots pour le dire peuvent être multiples. ça se chante de l'intérieur, je crois
Merci de votre lecture.

Venant de vous, Marc, c'est un beau compliment.

Cordialement à tous les deux.

Écrit par : Bertrand | 07.05.2014

Les commentaires sont fermés.