19.05.2012
Humour polonais
On a un climat vraiment formidable sous nos latitudes. D'accord, on a dix mois d'hiver, mais qu'est-ce qu'on est bien pendant deux mois !
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18.05.2012
De 1795 à 1918 en passant par 1939 et 1989 jusqu'à...
123 ans durant, on ne le répètera jamais assez, la Pologne fut rayée de la carte par les tsars de Russie et les ogres des Empires centraux.
À l'est russification à outrance, à l'ouest germanisation sans ambages, avec l'affreux Bismarck et sa Prusse orientale.
Plus de Pologne, plus de langue polonaise, plus d'éducation polonaise, plus de nation, plus de mémoire...Plus rien. Que des Polonais meurtris et qui, par deux fois, trouvèrent la force de prendre les armes, en 1830 et 1863, pour tenter de soulever le joug et retrouver la dignité.
Deux mouvements noyés dans le sang.
L'écroulement des Empires centraux et la chute des tsars ont fait renaître le pays de ses cendres, en novembre 1918.
La Pologne existe alors pendant 20 ans, jusqu'à l'annexion par Hitler et Staline, le quatrième partage, peut-être le plus sauvage et le plus sanglant, sous l'œil indigné des démocraties de l'Ouest..
Mais les Polonais savent désormais que ça n'est pas avec un œil indigné qu'on fait reculer les chars...
Puis, fin des hostilités, Hitler kaput, elle existe une nouvelle fois, la Pologne, mais sur la carte seulement, sans âme, sinon celle flétrie d'une République populaire contrôlée par le névropathe du Kremlin et ses dignes successeurs.
Tout comme la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, les Pays Baltes etc.
Jusqu'à la Table ronde, la chute du mur et tout et tout....
Tout ça, allez, c'est du passé ! Ce sont là les tumultes de l'histoire, les secousses du dessous, les contradictions catastrophiques, la barbarie humaine, pour que soient mises en place enfin, partout en Europe, de belles cartes bien définies avec des peuples bien identifiés, sages comme des images, non expansionnistes, main dans la main, la main sur l'Europe et au portefeuille.
Toutes ces secousses, ces séismes et ces cataclysmes étaient historiquement nécessaires, disaient, disent et diront longtemps encore les abrutis du matérialisme historique. Ben voyons...
Comme furent nécessaires les grands plissements de la croûte terrestre, les déplacements des plaques tectoniques et tout le chaos pour qu'aujourd'hui, la planète bleue offre un visage harmonieux, serein, avec une géographie bien dessinée et des climats bien reconnus et compris, même si, même si, tout ça, ça commence à sentir le roussi et que même, peut-être, ça se réchauffe trop, ça prend au fond, et qu'on va tous en crever et que, en plus, les alertes se multiplient, des virus par milliers d'une grippe, mi poulette, mi gorette, risquent de venir nous bouffer les poumons et nous décimer, que les moustiques deviennent dangereux, que les cyclones et les tornades et les inondations se multiplient...
Nous mourrons, nous hommes d'une génération bénite des dieux pour être la première de l'Histoire à ne pas avoir connu la guerre en Europe, dans nos lits, comme de vrais cons, étouffés par des virus ou des bactéries inconnus, notre nez fiévreux enfoui dans les édredons de soie ou alors écrasés sous nos maisons et sous les arbres de nos jardins. Engloutis dans le magma terrestre peut-être...
Mais je m'égare. Je m'égare. La stratégie globale de la peur nous oblige tellement à pleurer longtemps avant d'avoir mal - comme ça, on est sûr d'avoir pleuré tout son saoûl, au cas où - que nous sommes devenus des alarmistes fiévreux, des inquiets, des Celtes sans l'intelligence des Celtes.
Revenons-en donc à la Pologne. C'était il y a quelque temps dans les rues de Lublin, la plus grosse ville polonaise à l'est de la Vistule.
Donc, paix, paix partout en Europe, pour les hommes de bonne volonté et tous les autres avec.
Je pensais à tout ça... Les gens marchaient, causaient, souriaient ou alors faisaient la gueule et des courses. Des gens enfin libres, que je me disais... Sortis des enfers de l'histoire.
À la cité universitaire Marie Curie Skłodowska, les étudiants désinvoltes, comme tous les étudiants du monde, vaquaient à leurs occupations d'étudiants désinvoltes, du Kebab à la cafétéria, via les cours ou l'inverse.
Nous cherchions une adresse, nous autres Nous avons demandé....Ulica Weteranòw ? Rue des Vétérans ?
À plein de gens libres que nous avons demandé, parce que les réponses étaient contradictoires, d'aucuns indiquant tout droit, d'autres franchement à gauche, d'autres à droite, d'autres encore à gauche légèrement avant de filer vraiment tout droit.
Mais tous cependant, unanimes, affirmaient : c'est près du Mac Donald !
Personne ne savait où ils étaient honorés du nom d'une rue, les Vétérans, mais tous, sans l'ombre d'une hésitation, savaient qu'il y avait un Mac Donald dans le coin...Tous le même repère. Le même sémaphore. Comme à San Francisco, comme à Paris, à Mante-la-Jolie, à Auxerre, à La Rochelle, à Toulouse, à Varsovie, à Tarbes, à Pékin, à Montcuq , à Zanzibar, à Trifouillis-les-oies et j'en passe et des meilleurs.
Des repères de nuls dans un monde de nuls. Ça m'a fait sourire. Très jaune.
Que reste t-il de la Pologne là-dedans ? Dans ces gens, dans ces réflexes minables ?
Une librairie,vite... Linguistique ? Oui... On y va... Anglais à tous les rayons, anglais partout, anglais d'merde, anglais qui pue, dictionnaires, revues, la beauté de Lublin en anglais, l'anglais pragmatique, langue vide, langue codée pour le business... Français ? Non, nous n'avons rien... On ne fait plus ça... Le Belge non plus, d'ailleurs... Tout le monde veut faire de l'anglais...La beauté de la langue ? Non. Pour gagner des sous...
A ce propos - petite digresssion - je note que dans une réunion de "businessmen" où discuteraient un Japonais, un Français, un Polonais, un Hongrois, un Chinois, un Belge, un Italien et un Anglais, le seul qui ne comprendrait que la moitié des choses serait l'Anglais. Normal : Il a vendu sa langue, il n'en a donc plus tout à fait la jouissance.
Mais revenons une nouvelle fois à la Pologne. Qu'en reste t-il ?
Que reste t-il ? Ils ont souffert. Ils veulent faire comme on a fait, nous qui étions libres, à l'Ouest... Vite, rattraper le temps perdu avec ces putains de salauds de communistes !
Certes. On est bien d'accord... Sauf que personne, dans cette Europe de chiottes, ne leur dit qu'à l'Ouest, on n'a fait que des conneries et que les gens, avec leurs cotons tiges, leurs belles bagnoles, leur papier toilette, leur boulot, leurs vacances congés payés, leurs savonnettes, leurs mille marques de dentifrice, leur jardin, leur propriété, leur chien, leurs crédits, n'ont jamais été vraiment heureux.
Que les couples ne s'aiment pas d'amour fol, que leurs enfants sont des momies analphabètes, que les gens s'ennuient, se tracassent, ne voient pas le bout de leur tunnel, ne lisent pour la plupart que des torchons de cul, regardent, abrutis, des télés toxiques, volent, violent, tuent au coin des bois, mentent, se jalousent, se trahissent, se méprisent...
Que le taux de suicide y est catastrophique.
Ignominie sans nom d'un système qui consiste à faire croire que le confort apparent s'échange forcément contre l'âme !
Tenez, une émission qui a fait ses choux gras à la télé polonaise, c'est... Fort Boyard ! Oui, Fort Boyard... Au bord du Bug ! Sont pas prêts à résoudre l'énigme de la liberté retrouvée, avec ça !
Alors, la Pologne envahie, torturée, dépecée... C'est fini. Vive la Pologne libre ! La Pologne restera désormais la Pologne avec des frontières ouvertes mais solides comme le roc et un peuple bien identifié.
Mais elle est en train de disparaître, et cette fois-ci vraiment, sans qu'il n'y ait de soubresauts de dignité pour relever le gant ! Elle est en train de fondre dans la grande solution aqueuse de Bruxelles, du libéralisme et de la mondialisation, comme les vingt-six autres corniauds, à genoux devant la puissance monétaire et le nivellement par le bas.
Misère intellectuelle et morale garantie à tous les étages. Et, contre cette disparition, aucune arme, aucun soulèvement ne peut être opérant.
Tel pays ? Inconnu. Porté disparu dans l'existence matérielle commune.
Pour la Pologne, c'est le cinquième partage. Pas du tout sanglant, pas meurtrier comme les quatre autres. Le partage de l'anonymat. Patelin.
Mais il sera plus difficile de relever la tête, mes amis ! Croyez-le bien ! Nous autres à l'ouest, c'est pas cinquante ans de bottes cuirassées qu'on a connus ! C'est deux cents ans d'avilissement progressif de l'esprit sous la logique implacable du papier monnaie.
Et on s'en est jamais remis... La liberté ? Oui. La liberté d'être un con parmi les cons. Et les cons de la pire espèce, en plus : ceux qui sont persuadés d'être au-dessus de toute la connerie du monde.
Le monde du fric a compris, à force de revers et de luttes, que pour faire de vrais esclaves, bien dociles, pas rebelles pour un sou, comme le note Stéphane Beau dans son Coffret, il suffisait de les affranchir.
Vite ! Retour vers le village... En traversant les faubourgs et les banlieues où scintillent dans la pénombre de l'après-midi, les enseignes de Leroy-Merlin, Conforama, Carrefour, Leclerc, Décathlon, et autres Pères Noël de la décadence joyeuse. Comme à Rochefort, Saintes, La Rochelle, Niort. L'impression d'être à la maison, en somme. C'est pas chouiette, ça ?
Retour vers le village qui, riche de lui-même, de sa forêt, de sa plaine, de ses brumes et de nos silences, fait tous les efforts du monde pour rester pauvre !
Texte mis en ligne en novembre 2009
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17.05.2012
J'ai eu l'temps
Le temps.
Celui qui coule sur notre temps, sous nos pieds, sur nos sentiments, sur nos pages, sur nos blogs.
Autant dire sur nos soliloques.
De quelle nature faut-il l’habiller, ce temps ? Matérielle ? Immatérielle ? Réelle ? Fictive ? Est-il à nous ou n’est-il qu’une parallèle qui nous accompagne ? Une parallèle douée d’un mouvement autonome.
Il est les deux sans doute. Il y a le tic tac de la pendule, les levers et les couchers du soleil et chacun d’eux est un grain de sable qui chute dans le sablier. Il s’écoule, tel s’écoule l’eau de la rivière, de la roche première à l’Océan béant. Il est notre cheval de randonnée et l’ennui consiste souvent à descendre du cheval pour le regarder trottiner seul. Qui va au but. Sans vous mais quand même en même temps que vous.
Il faut enfourcher le temps. Tirer sur les rênes selon notre choix, aller à hue ou à dia, marcher, trotter ou galoper, choisir les paysages traversés.
C’est simple et le temps, le sablier, ne seront vaincus qu’à ce rythme. C’est simple mais très difficile à réaliser cependant.
Combien sommes-nous qui chevauchons direction l’horizon sans maîtriser la course du cheval ? Une haridelle qui n’en fait qu’à sa tête ! Qui va plus vite qu’on aimerait ou qui lambine. C’est ce qu’il nous semble. L’haridelle marche pourtant d’un pas absolument régulier.
On devrait apprendre aux hommes, d’abord, à chevaucher le temps. A ne pas jouer la montre.
A ne jouer dans leur tête que la fatalité d’un voyage.
Je lisais - on me traduisait plus exactement - il y a quelque temps, un texte des plus sérieux qui disait que les vieillards, ceux pour qui le cheval a déjà longuement marché et qui, à l’approche de l’écurie promise, presse soudain le pas, ne vivaient pas tous le temps de la même façon, selon qu’ils soient des vieillards maussades, apathiques, recroquevillés au coin des feux ou selon qu’ils soient des vieillards débordant d’activités, débridés, amoureux, entreprenants, ces derniers conduisant leur monture et les autres la regardant s’enfuir toute seule. Vers la fin du temps.
Contrairement à ce qui vient directement à l’esprit et à ce que je pensais jusqu’alors, ce sont pour ceux qui sont actifs, les randonneurs émérites, les fougueux, que passe plus lentement le temps. Parce que ce temps est habité, truffé de points de repère et fourmillant de souvenirs, chaque jour un nouveau préparé pour le lendemain, alors que les contemplatifs, les assis, les cacochymes, trouvent que le temps défile devant leurs yeux à une vitesse folle, parce que leur temps est toujours le même, sans pic ni chute, qu’il est uniforme, qu'il n'a pas de mémoire qui vaille la peine d’être utilisée, de le personnifier, semblable d’un bout à l’autre d’une année et que, finalement, son inutilité est ressentie comme un vide vertigineux, qui roule à une vitesse également vertigineuse, à cause du vide, justement. Comme une pierre jetée dans un trou profond et qui, par le poids contrarié de son inertie naturelle, prend de la vitesse sans jamais dévier d'un but qu'elle ne poursuit même pas, mais qui s'impose à elle.
Pour ceux-là, le temps est en distorsion : les journées sont affreusement longues et les années désespérément courtes.
Etonnant. Remise en cause fondamentale des poncifs tels que tuer le temps, s’occuper pour ne pas voir le temps passer. Dérision. Il passera de toute façon. Il est sablier et tout sablier contient en lui un dernier grain de sable.
Vivre pleinement, donc, c’est ralentir la course du temps. Le faire s'éterniser dans la multiplicité des expériences. Pour qu’il perde son latin à s'y retrouver.
Le vivre en temps morts, c’est, au contraire, l'accélérer. Ce que personne ne voudrait, à commencer par les amoureux de la vie et leur horreur de ces temps morts. Ne pas s'ennuyer devient un oxymore : c'est trouver le temps long.
Mais la parallèle autonome avec ses tics tacs et ses levers et ses couchers de soleil ne se souciera pas de vos façons de faire, alertes ou passives.
Il s’agit donc de créer une illusion.
Vaincue par l'éphémère frappé au front de sa naissance, la vie serait donc la sagesse de vivre en trompe-l’œil : car plus on navigue vite et plus tard il semble qu'on atteigne aux derniers rivages.
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16.05.2012
Politique et idéologie
- Quand la fantaisie m'en prend, je ne cherche pas à démonter les mécanismes et buts d'un système pour le plaisir intellectuel de démonter ou parce que j'aurais une certaine idée morale de ce qui est bien et de ce qui ne l'est pas. C’est beaucoup plus simple, moins méritoire et plus ambitieux.
Je cherche à dénoncer, pour ma gouverne seule, et en tant qu'acteur-témoin de cette époque, en quoi les multiples ramifications de ces mécanismes et de ces buts, sont des obstacles à vivre pleinement ma vie, telle de plaisir que j'estime qu'elle vaille la peine d'être vécue.
- Je ne me plais pas pleinement dans un monde construit sur le modèle économique. Cette seule raison suffit à me prouver qu'il est mauvais.
- Il ne s'agit pas pour nous-autres d'énoncer des choses nouvelles, d'annoncer une nouvelle théorie qui éclairerait la vie d'une lumière jusque là inconnue.
Il s'agit d'administrer un rappel obstiné contre l'aliénation, de faire savoir, ne serait-ce qu'en murmure, que nous sommes encore quelques-uns à ne pas être dupes et à ne pas vouloir mourir de notre défaite.
Il s'agit de dire encore et encore, après des milliers d'autres hommes, que la fumisterie ambiante est essentiellement caduque et non, comme voudraient le laisser bêtement croire tous les tenants du pouvoir et tous ses aspirants, l'histoire achevée.
A ce titre, nous n'avons ni adversaires ni amis préconçus. Nous n'avons que faire des soi-disant classes sociales. Car nous savons pertinemment qu'il y a partout des charognes et partout des hommes et des femmes préoccupés de l'intégralité de l'existence.
- L'Europe est une idée qui s'est imposée au capital financier de même que l'abolition des anciennes provinces de la royauté s'était imposée aux intérêts de plus en plus exigeants de la bourgeoisie révolutionnaire.
Je ne perçois donc dans tout ça aucune grandeur de vue dont puissent se targuer les hommes : est-ce que le berger conduit son troupeau dans un pacage plus dru et plus vaste pour faire plaisir aux brebis ou pour qu'elles lui soient d'un meilleur rapport ?
- L'idéologie est ce prisme déformant qui appréhende le réel de telle sorte qu'il puisse apparaître comme la preuve a priori du bien fondé de sa propre existence. Pour ce faire, le prisme s'évertue à remplacer la vie par l'abstraction de la vie, à inverser tour à tour les causes et les conséquences, à maquiller les postulats en conclusions, bref à changer le magma en fumée.
- Le fondement de toute idéologie est la poursuite d'objectifs, clairement énoncés ou non-dits.
Ces objectifs une fois atteints, l'idéologie continue de bénéficier pour un temps de l'élan qui l'a portée jusque là. Elle atteint ainsi le point extrême de surbrillance au-delà duquel elle ne peut plus faire illusion.
Ce après quoi elle s'écroule d'elle-même sous les effets dévastateurs de son propre triomphe.
Si elle n'est auparavant clairement dénoncée et combattue, l'idéologie n'avoue donc son caractère fallacieux que dans sa réalisation.
- Le mot peuple est un mot en mouvement, un concept de l'irruption.
Il désigne des gens lassés des conditions faites à leur existence, de quelque horizon social qu'ils viennent et à quelque strate de la hiérarchie qu’ils appartiennent. Des gens qui prennent d'assaut les palais du mensonge, par les armes et par la voix, renversent les statues, brisent les interdits, voire coupent des têtes, parce qu'ils exigent que leur soit restituée la poétique initiale de leur vie.
En période de révolte, le mot peuple désigne l'instigateur et l'acteur de la mutinerie sociale.
En période de modus vivendi, il ne signifie qu'un terreau vague, un tas de fumier sur lequel guignent les politiques pour y ensemencer à bon compte et dans l'endormissement général les graines de leurs prétentions au pouvoir.
- Au stade où nous en sommes du brouillage des cartes dans la conduite de nos vies, l'inversion est quasiment consumée entre le superflu et le nécessaire.
- Les grands bouleversements sociaux sont intuitifs. Leur pérennité, tout comme leur caducité, est discursive.
- Mai 68 : la honte d'exister soudain transformée en fierté de vivre.
Le reste est verre d'eau dans lequel se noie l'affrontement discursif d'idéologies diverses.
- Le mensonge est bien sûr la vérité falsifiée, mais pas seulement.
L'évolution du pouvoir spectaculaire l'a conduit du subtil non-dit au mensonge délibéré, puis du mensonge délibéré à l'affabulation pure et simple.
Le spectacle est aujourd’hui ce mensonge parvenu à son point de non-retour, difficilement identifiable d'un seul regard, et qui ne peut plus évoluer que par la fuite en avant, jusqu'à ressembler à de la vérité.
- L'image, telle que critiquée par Debord et les situationnistes, atteint les dimensions de sa plénitude dans le discours officiel du pouvoir comme dans celui de tous ses complices, aspirants ou contemplatifs intéressés. On peut dorénavant assener des contre-vérités accablantes, des aberrations grotesques, des contresens ridicules à la barbe du monde entier et ne risquer pour autant qu'un petit murmure éphémère et indigné des chaumières.
Le spectacle à ce très haut degré d'insolence suppose que le mensonge soit tacitement admis de tous, nécessaires à tous, dirigeants et dirigés, comme règle du vaste jeu de l'inversion du réel et comme projet commun d'une disparition de la vie au profit de sa représentation.
- Je ne compte pas assez de doigts aux mains, quand bien même les affublerais-je de mes orteils, pour dire le nombre de courtisans, d'imbéciles, de staliniens repentis, voire d’idéologues de la vieille droite, que j'ai pu croiser et qui, sans vergogne, faisaient l'éloge de la Société du spectacle ou du Traité de savoir-vivre, allant même jusqu'à se réclamer de la justesse de leur analyse.
Comme quoi la grenade situationniste est bel et bien et définitivement dégoupillée.
Comme quoi aussi la justesse d’une théorie devrait toujours être tue, tant elle éclaire le chemin de ses adversaires.
- Un politique qui serait pris de la fantaisie soudaine de ne pas mentir se retrouverait exactement dans la situation du coureur du Tour de France qui refuserait les intraveineuses. Peinant dans l'ascension, relégué en queue de peloton, zigzaguant lamentablement puis finalement contraint à l'abandon en dépit des encouragements pour la forme de deux ou trois excités Kronenbourg.
- Depuis Nietzsche et dieu, Les surréalistes et l'art, les situationnistes et le vieux monde, les numéristes et le livre traditionnel, je me méfie comme de la peste de ceux qui dissèquent prématurément les cadavres !
- La coexistence pacifique entre la planète, comme lieu de résidence des hommes, et l'idéologie du bonheur économique est absolument incompatible.
La lutte est permanente et ne peut s'achever que par la mise à mort de l'une des deux combattantes.
- Le développement durable est un lapin exhibé de leur chapeau par les escamoteurs du capital en guise de modus vivendi capable de distraire l'attention et pour tâcher de camoufler un temps les douleurs de plus en plus stridentes de la contradiction.
Le développement du râble est un langage qui devrait être réservé aux éleveurs de lapins.
- Ce qu'on appelle écologie n'est que - mais c'est énorme - le reflet idéologico-politique, récupéré et réducteur, d'une exigence première : l'occupation humaine de la planète.
- La mondialisation, concept savamment flou pour le contribuable et pratique quotidienne du banquier, désigne en fait dans ses dernières extrémités, le jardin indispensable à l'âge triomphal du capital.
Cette ultime mainmise sur la planète pourrait s'avérer être le point de basculement, tout comme chez Clausewitz l'effort consenti par le conquérant lors de l'offensive à son point culminant, conduit à l'épuisement de ses forces-ressources, bientôt à son effondrement.
La survie d'un conquérant est cependant toujours fonction de ses nouvelles conquêtes, comme la sauvegarde d'un mensonge est toujours au prix d'un nouveau mensonge.
Les diverses tentatives de conquête de l'espace peuvent être lues comme la recherche de nouvelles richesses à extorquer au cosmos, de nouvelles poubelles à exploiter, voire d'intelligences à asservir.
En un mot comme en cent, comme le projet d'un recul encore plus lointain des clôtures de l’idéologie d'un bonheur tributaire du seul économique.
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15.05.2012
Portrait peu reluisant d'un blogueur qui voulait reluire
Longtemps camouflé derrière le prisme déformant de la littérature - celle d’avant guerre de préférence - ce nostalgique d'années qu'il n'a jamais vécues, a laissé la bile envahir ses entrailles douloureuses.
Sa plume, pour laquelle on avait quelque respect parce qu’elle était habile et qu'on ne la croyait tout de même pas trempée dans le curare jusqu’à ce point là, ne se nourrit plus qu’aux égouts des instincts les plus veules. Depuis près de six mois, le pauvre bougre agonise, il a la fièvre, il s’agite, il se retourne sur sa couche, il délire, il éructe, il hallucine, et le fiel, trop longtemps retenu par la bienséance, dégouline désormais sur son blog, lequel a pris l’odeur d’une poubelle, où s’entassent pêle-mêle tous les déchets de la pensée falsifiée.
Au début, on se prenait au jeu.
Il avait été un de nos amis du net. Il avait été un de nos amis parce que sa différence, sa mélancolie, son savoir-écrire aussi, apparaissaient appartenir à un révolté de l'intérieur, authentique, contre toutes les formes de mascarade du pouvoir, à gauche, au centre, à droite et à l’écart… Puis, la foule de ses thuriféraires dociles venant vomir ses commentaires nauséabonds, puérils, malsains - avec son aval patelin - on a préféré laisser tout ce joli monde à ses fantasmes et à ses haines.
Les fantasmes et les haines, finalement, de la droite la plus stéréotypée, en dépit, bien évidemment, des dénégations sans queue ni tête du pauvre blogueur ; pauvre au point de ne même pas reconnaître l’idéologie qui lui empoisonne la cervelle.
Ce petit professeur atrabilaire, qui jusqu’alors citait la Société du spectacle à tour de bras (livre auquel, à l’évidence, il n’a pas compris la moindre phrase), société du spectacle dont il affirmait qu’il était bien en dehors, a perdu tous ses moyens et, du même coup, son masque d’histrion s’est fissuré jusqu’à lui tomber sur les pieds.
Et tout ça simplement parce que le social-démocrate Hollande s’est fait élire Président de la République !
En voilà bien une affaire ! Et en voilà une déconvenue pour un soi-disant misanthrope, un en dehors, un engagé de la solitude ex cathedra !
Tout ce qu’il a pu écrire, du moins ce que j'ai pu lire sur son blog depuis 4 ans, est tombé en une misérable poussière. En pluie de merde, plutôt. A la faveur du non-évènement d’une élection présidentielle, le pauvre type aux abois s’est avéré n’être qu’un vulgaire réactionnaire, sans doute pas heureux en amour, un paumé, une espèce de séducteur en bras de chemise, désespéré de voir se dessiner à l’horizon l’aube de la soixantaine, la queue pendante, le regard morne de n’avoir jamais rien réussi de tangible au cours de son douloureux voyage, sinon, peut-être, une intégration besogneuse dans l’éducation nationale !
Sa dernière trouvaille, me dit-on : Hollande n’est pas marié ! Et sa compagne, la salope, a divorcé plusieurs fois !
La calotte pointe le bout de son nez, le catholique chafouin reprend le dessus, ne se contrôle plus, devient pitoyable d’agitation mesquine. Si on y attachait quelque importance et qu’on aurait encore un peu de sympathie pour cette âme en perdition, on aurait envie d’appeler un vétérinaire. Vite ! Une saignée salvatrice !
Ça vole haut et clair dans la sphère des idées, du côté des malades mentaux de l’acrimonie ! Son copain, sur un autre blog, un prof aussi bien sûr, s’en prend au fils du social-démocrate et à sa barbe de trois jours… A la télévision. Mais qu'est-ce qu'il foutait devant la télé celui-là, à une heure où ils étaient déjà des millions devant la susdite télé ? On dirait un muscadin qui, sous l'empire d'une incontrôlable pulsion, n'a pu s'empêcher de soulever le couvercle d'un pot de chambre et s'est offusqué d'y apercevoir un étron !
On a envie d’éclater de rire.
Quelle honte ! Et quel aveu encore flagrant du virtuel mensonger, trompeur, abusif, sans teneur humaine aucune, avec lequel se tissent les affinités internet ! C’est vraiment de la merde en barres, de celle qui pue. Du pur spectacle, sudation de la misère !
Et comme je suis un homme heureux de ne pas ressembler, au fond de mon cœur, dans ce que j’aime, dans ce qui me révolte, dans ce que j’espère de la vie, à toute cette fripouille maquillée en fins intellectuels !
L’aube ce matin était bien sereine au-dessus du Bug ! Quatre heures, et l'étoile incandescente qui déjà effleurait le toit de ma voisine, la mémé. Comme tout cela m'a semblé beau, avec ou sans Hollande trottinant sur le tapis rouge des institutions de mon pays !
L'image est de Philip Seelen
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14.05.2012
L'éternel politique
C'en est presque amusant.
On peut depuis belle lurette interchanger n'importe quel discours, de n'importe quel homme, de n'importe quelle époque, dans n'importe quelle situation, et n'en pas moins demeurer d'une désarmante actualité.
Comme quoi les misérables blogueurs-onanistes-plumitifs, vautrés sur leur canapé du dimanche soir, abreuvés d'une télévision qu'ils font mine d'exécrer pour faire les intelligents qui ne s'en laissent pas compter - au lieu de, comme moi, ne pas avoir de télévision du tout - ont dans le cerveau un cadavre. Toujours le même.
" C’est un discours édifiant que prononce sur les ondes, le 21 août 1938, Edouard Daladier, notre bon président du Conseil :
« En face d’Etats autoritaires qui s’équipent et qui s’arment sans aucune considération de la durée du travail, à côté d’Etats démocratiques qui s’efforcent de retrouver leur prospérité et d’assurer leur sécurité et qui ont adopté la semaine des 48 heures, la France, plus appauvrie en même temps que plus menacée, s’attardera-t-elle à des controverses qui risquent de compromette son avenir ? Tant que la situation internationale demeurera aussi délicate, il faut qu’on puisse travailler plus de 40 heures, et jusqu’à 48 heures dans les entreprises qui intéressent la défense nationale. »
En lisant la retranscription de son discours, je me suis dit que, décidément, remettre la France au travail était un fantasme éternel de la droite française. J’étais scandalisé que les élites réactionnaires, prenant si peu la mesure de la situation, ne songent qu’à utiliser la crise des Sudètes pour régler leurs comptes avec le Front populaire. Il faut dire qu’en 1938, dans la presse bourgeoise, les éditorialistes stigmatisaient sans vergogne les travailleurs qui ne pensaient qu’à profiter de leurs petits congés payés.
Mais mon père m’a opportunément rappelé que Daladier était un radical-socialiste, en conséquence de quoi il vait dû participer au Front populaire. Je viens de vérifier et en effet, c’est stupéfiant : Daladier était ministre de la Défense nationale dans le gouvernement de Léon Blum ! J’en ai le souffle coupé. C’est à peine si je parviens à récapituler : Daladier, ancien ministre de la défense nationale du Front populaire, invoque des questions de défense nationale, non pas pour empêcher Hitler de démembrer la Tchécoslovaquie, mais pour revenir sur la semaine de 40 heures, c’est-à-dire justement l’un des acquis du Front populaire. A ce degré de bêtise politique, la trahison devient presque une œuvre d’art. »
Laurent Binet - HHhH - Le livre de poche - Octobre 2011 - Pages 101 et 102.
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