21.07.2012

Langage confisqué

P7080730.JPG...Et je saute une page, puis une autre, puis deux ou trois, et je feuillette, je zappe, je baîlle, je m'étire, je me dis que le papier est glacé et ne me servira même pas pour allumer mon poêle. Quant à  s'essuyer l'derche avec ça, pas la peine d'y penser...
Je m'apprête donc à balancer la revue par terre, quand enfin, je lis, pris d'un vertige, les yeux écarquillés  :
« ...Pour remonter si loin  au Nord, il faut bien que les (....) en tirent un bénéfice substantiel. Car le coût de l'investissement est considérable en termes de dépenses énergétiques. Le retour sur cet investissement est donc, chez ces (...-là) un gain supplémentaire au niveau de la ... »
Sur le cas de qui croyez-vous que se penche cet article tiré d'un magazine de vulgarisation et de sciences, qui m'était par hasard échu entre les mains ?
Vous avez deviné. Il parle d'entrepreneurs audacieux qui n'ont pas peur de prendre des risques pour faire juter du profit.
Hé ben vous avez deviné tout faux, avec votre esprit prosaïquement libéral ! Vous ne savez pas lire !
Enfin... Réfléchissez un peu, m'ssieurs-dames. Détendez-vous... Envolez-vous bien loin de ces miasmes morbides, allez vous purifier dans l'air supérieur et buvez, comme une pure et divine liqueur, le feu clair qui remplit les espaces limpides !
Citoyen, citoyenne, baudelairise un peu ta lecture !
Car c'est là un article sur la migration des... chefs d'entreprise ? Ceux de PSA par exemple ?
Non ! Il s'agite de la migration des oiseaux !

Alors, là, les carottes sont définitivement cuites, que je me dis, affalé sur ma banquette... Désintégrées même. Le langage est colonisé dans toutes ses évocations, tous ses termes, vidé de tous ses sens. Il est à sens unique. Une redoutable impasse. Un coupe-gorge.
À ce stade répugnant de l'aliénation de la parole, y'a plus grand chose à faire.
Sinon à méditer sur les endroits où il nous faudra ériger bientôt le salubre retour  des chants barbares.

Commentaires

Comme on dit :
Amis de la Poésie, bonjour !

Écrit par : La petite souris | 23.07.2012

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