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25.04.2012

L'extrême-droite en France : une pantomine au service de tous

le_pen_sarkozy.jpgA mon sens, il faut d’abord comprendre l’histoire de l’extrême-droite en France depuis les années 60, savoir d’où elle vient et les objectifs qu’elle poursuit, avant de se lancer dans tout commentaire qualitatif sur ses succès électoraux depuis 1986, dont le dernier aurait eu lieu dimanche 22 avril, sous les yeux effarouchés des démocrates frileux et ceux triomphants des nostalgiques atrabilaires des Camelots du roi.
Le Front national est né d’un mouvement que nous connaissions bien lors de nos affrontements de jeunesse sur les campus des années 70, Ordre Nouveau. Ce groupuscule violent, - mais pas plus que nous autres situés à l’autre bout de la galaxie de l'idéologie révolutionnaire, bien au-delà du PCF, du PS et même des lénifiants trotskystes- souvent armé de barres de fer et autres frondes, se distinguait d’abord par le courage convaincu dont faisaient montre ses membres, n’hésitant pas à trois ou quatre seulement - je m’en souviens très bien - pour venir provoquer de leurs saluts nazis des assemblées entières où grouillaient des centaines et des centaines de gauchistes de tout bord, certains brandissant le drapeau rouge du stalinisme à la Mao ou du trotskysme emberlificoté, d’autres le drapeau noir du romantisme anarchiste, d’autres le drapeau noir et rouge de l’anarcho-syndicalisme espagnol, et d’autres encore, sans drapeau mais le verbe acerbe de la théorie situationniste aux lèvres ; ma sympathie, sinon mon appartenance, allant à ces derniers.
Disons que c’est dans leurs maigres mais fort joyeux rangs, que je comptais quelques valeureux amis, que j'ai gardés pendant des décennies.
Plus tard, la frénésie des A.G s’étant apaisée et le souffle de la révolte perdant de son enthousiasme, chacun est devenu apparemment ce qu’il était essentiellement. La plupart laissèrent en route leurs fougues pour finir au PCF ou, dans le pire des cas, au parti socialiste, d’autres, au contraire, continuèrent la bataille en apaches isolés, avec coups reçus, défaites cuisantes, enfermements psychiatriques ou cellulaires à la clef, marginalisations et, aussi, quelques victoires non spectaculaires engrangées.
De ces victoires de l’ombre qui permettent de rester propre et debout. Même avec soixante printemps au compteur. Victoire essentielle, également, pour n’avoir jamais cédé un pouce de soi-même à l’organisation de la non-vie. Victoire et, forcément, défaite totale sur le plan de la réussite sociale, cela irait sans dire si certains phraseurs-bloggueurs d’aujourd’hui, peinardement installés dans le coton du salariat systémique et dont, peut-être, les seules luttes vaillantes ont été menées en vue de l'obtention de promotions internes, n’avaient pas la prétention de venir nous donner la leçon.

Mais revenons aux assemblées post-soixante-huitardes : quand tout ce beau monde s’est dissous, le combat d’Ordre Nouveau, lui, semblait devoir finir faute de combattants. Dans la pensée de ses quelques dirigeants, le moment était donc venu de sortir des caves de la subversion pour venir affronter le monde sur son propre terrain, celui de la politique.
Ainsi ces dirigeants partirent-ils à la pêche au notable fascisant, capable de leur assurer une aura et une sorte de légitimité sur la scène politique.
Alain Robert et François Brigneau, chefs d’Ordre Nouveau, repèrent alors un certain Jean-Marie Le Pen. Un poujadiste, un ancien député de la IVe république qui a abandonné son mandat pour partir combattre en Algérie. Un para qui est revenu de ce combat honteux avec une réputation de tortionnaire et de brutalité. Tout cela fait bien leur affaire. Leur intention est d’en faire un homme de paille, une potiche, un drapeau, et d’accéder ainsi à la voix publique sous son couvert.
C’était mal connaître le bonhomme. De son propre aveu : cela ne m’intéressait pas de parader à la tête d’un groupe de jeunes gens énervés.
Son ambition est de fonder un grand parti à la droite de la droite. L'homme est un pragmatique et il phagocytera tout le monde, après que le gouvernement eut interdit en même temps la Ligue communiste révolutionnaire et Ordre Nouveau pour leurs affrontements, bénis par le stratège Le Pen,  à la Mutualité en 1973.

L’auteur du premier programme du Front National est alors un jeune loup, aujourd’hui ministre de Sarkozy, ministre de la défense, excusez-moi du peu : Gérard Longuet, plus tard compromis dans des affaires de haute corruption… Dans cette mouvance de jeunes fascistes, venue d’Ordre Nouveau et du mouvement Occident, on trouve aussi un certain…Patrick Devedjian. Que du beau monde, donc, autour du Président républicain !
D’autres cadres sont recrutés au FN et je vous laisse apprécier leur honorable  pedigree :
- Victor Barthélémy, engagé volontaire chez les SS,

- François Gauchet, collaborateur qui reprochait à  Pétain d’être trop mou quant aux directives données par Hitler,
- Léon Gautier, ancien milicien, grand chasseur de résistants,
- François Duprat, néo-nazi activiste, assassiné par on ne sait toujours pas qui et dont le FN fera un martyr…

La suite, on la connaît. L’ascension du Front National, Le Pen médiatisé éructant ses fantasmes sur la place publique. Ça, il le doit essentiellement à Mitterrand qui, encore plus fin que lui dans l’art de la perversion politique, répond favorablement à sa demande écrite d’être admis sur les plateaux de télévision au même titre que les autres leaders politiques. Le Président dit socialiste compte sur la montée de l’extrême droite (dont il connaît tous les mécanismes, et pour cause) pour faire exploser son opposition officielle, la droite parlementaire. La machine est enclenchée. Le Pen fait de l’audience, les médias le considèrent donc comme un excellent client, bien juteux pour leur tirelire et lui offrent régulièrement leurs plateaux.
L’ogre est sorti de sa caverne et crache sur le soleil pâlot de la démocratie désastreuse.

Le même Mitterrand ouvre au Front National les portes du Palais Bourbon avec son bricolage de proportionnelle en 1986 et c’est là que la machine fasciste commence à s’enrayer. Elle ne s’enraye pas dans la défaite, mais bien dans le succès. Vitrolles, Orange, des mairies sont conquises. Maigret, enthousiaste, s’écrie alors devant le chef : "Nous sommes prêts ! Nous sommes à deux doigts de prendre le pouvoir !"
Ce à quoi, flegmatique, Le Pen répondra : "Dieu nous en garde !"
Le rideau tombe douloureusement sur l'ambition chauffée à blanc des jeunes cadres du FN : Le Pen ne désire pas le pouvoir, ne l’a jamais désiré. Il s’y perdrait. Ce qu’il veut, c’est conduire son parti, le gérer comme on gère une PME, en chef incontestable, et qu'il  pèse dans le paysage, qu'il soit incontournable, qu'il fasse et défasse des rois, pollue tout le débat républicain, le pervertisse et l’accable, que chacun de ces saltimbanques démocrates soit contraint et forcé de se positionner par rapport à lui.
Sa victoire est alors totale quand Chirac, piteux, lui demande une entrevue entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1988. Mitterrand est aux anges : les loups se prennent à la gorge et, lui, d’un œil plus apaisé que jamais, fait mine de veiller à la tranquillité républicaine d’un troupeau d’imbéciles.
Mais le grand victorieux est in fine Le Pen. D’une intelligence redoutable et d’un talent politique remarquable, il a tout compris du spectacle et s’est attribué, à l'intérieur de ce spectacle, le rôle qu’il a toujours voulu y jouer. Etant certain que ses outrances ne seraient jamais applicables dans un programme de pouvoir, il en est d'autant plus fort pour les défendre avec la conviction que l'on sait, maniant en même temps la contradiction et la provocation verbale. Chaque scrutin est donc pour lui une victoire en ce qu'il frôle de très près la ligne entre opposition battue et élection réussie, en prenant toujours grand soin de ne pas franchir cette ligne qui l'enverrait tout nu devant la nation et l'obligerait à mettre en pratique l'impraticable. Qui le priverait, donc, de la parole.
Sur cette lisière subtile de l'échec réussi est l'avenir, la survie, de son personnage politique. Et là seulement.

Alors la question qui se pose aujourd’hui : Marine Le Pen est-elle dans la stratégie de son père ou dans celle de Maigret ?
Je serais tenté de dire qu’elle est dans la stratégie de son père. Celui-ci ne lui a pas donné les clefs d’une boutique construite de si haute lutte sans promesses résolues faites sur l’avenir. Il lui a donné les clefs de la pérennité, et, dans ce cas, la France entière est manipulée, 18 pour cent de ses électeurs votent pour l’ambition d’une dynastie de bouffons qui ne veut surtout pas les représenter, la France est pervertie dans son fonctionnement, elle assiste à un ballet répugnant dont les citoyens sont les instruments décoratifs, ballet auquel se prêtent avec complaisance et profit tous les acteurs de la vie politique.
Au premier rang desquels sont les deux rescapés du premier round de la farce tragique, mi-élus, mi-nommés par les tout-puissants sondages.

12:46 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : littérature, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Et puis dans le tableau, il faut encore rajouter la "Nouvelle Droite", si "correcte", si "intelligente". Je suis sûr qu'elle est encore là, en sous-marin, même si elle sait se faire discrète...

Écrit par : Alfonse | 25.04.2012

Une droite qui se fait discrète a forcément quelque chose de malsain à cacher.
Oui, Alfonse.

Écrit par : Bertrand | 25.04.2012

Et si on parlais de l'extrème-gauche:
De ces mouvement qui sapaient la France en Algérie et en Indochine, qui étaient de collusion avec les nazis avant l'opération Barbarossa, des contre-manifestations organisées avec les militants armée de barre de fer, du matraquage opposent, des massacres des régimes communistes.
Pour choquer, la destruction un 24 Décembre 1980 d'un foyer de sans-abris par le maire communiste, dont Messieurs Marchais à justifier l'action.
Et la liste est encore longue.
L'extrème-droite d’aujourd’hui n'est pas la même des année 30, JM.Le Pen que certain accusent d’être pro-Vichyste, alors que dire de Mitterrand qui reçu l'ordre de La Francisque ( plus importante des décoration vichyste ), sachant que Le Pen a voulus s'engager dans les FFI à 16 ans.

Écrit par : Anti-bolchevik | 25.04.2012

Permettez-moi de vous dire quand même que votre pseudonyme ratisse large... Anti-bolchevik, tout le monde l'est aujourd'hui. A peu près. Je vous rappelle d'ailleurs que le bolchevisme est une spécialité russo-russe et, si vous connaissez bien l'histoire, vous devriez savoir que les bolcheviks n'étaient pas plus communistes que vous et moi.
Mais il est vrai que vous pouvez m'opposer le même argument s'agissant du terme fasciste, le fascisme étant une spécialité, historiquement, italiano-italienne.
Passons...
Ce que vous dénoncez de l'extrême gauche et de Marchais et de Mitterrand ne me fait ni chaud ni froid parce que j' m'en fous comme de ma première chemise bleue à bretelles.
Si vous m'avez lu, vous aurez compris que ma sympathie ne va à personne, sinon à des gens qui ont aujourd'hui disparu.

Écrit par : Bertrand | 26.04.2012

Je pense pour ma part que Marine Le Pen a une réelle ambition contrairement à son père qui ne songeait qu'à exister (et à ramasser de l'argent au passage). Elle veut jouer un rôle dans la politique actuelle et elle y parviendra : pour ce faire, elle ne suivra pas la piste fasciste qui est d'une autre époque... Je la vois plutôt dans la mouvance de la Ligue Lombarde italienne... Xénophobe mais dans des limites acceptables... pour se faire accepter de l'aile droite de l'UMP.

Écrit par : Rosa | 25.04.2012

Bonjour Rosa,
Peut-être... Je ne le pense pas, mais bon, on peut effectivement envisager que la fille a, elle, envie de goûter aux palais de la République. Mais cela m'étonnerait fort.
Certain phraseur dissimulé de votre bonne ville de Lyon, en tout cas, semble l'appeler de ses vœux, en douce.
Bien à vous

Écrit par : Bertrand | 26.04.2012

Ça m'a fait beaucoup rire, le petit mot du Volontaire français anti-bolchevique. Pas sûr qu'il comprenne votre réponse, Bertrand. Vous n'êtes pas dans leur cosmogonie. Un peu à l'image de notre univers : impossible de voir l'extérieur de l'univers parce que cet extérieur n'existe pas, tout simplement. Là, notre petit facho ne peut pas vous percevoir, avec ces concepts (s'en foutre ??? Comment ça ??? Vous n'êtes pas un gauchiste ??? Mais qu'est-ce que ça veut dire ???), vous êtes hors de champ, un monstre ! Tant mieux pour vous, ça vous rendrait peut être inaperçu pour une rafle, qui sait ?
Moi, je les aime bien ces garçons, ce doit être le côté scout, à toujours montrer sa panoplie, ah ah ah ah !

Écrit par : Le Tenancier | 26.04.2012

Cher Yves, nous sommes quittes, car vous me fîtes également bien rigoler ce matin. Oui, ils aiment bien brandir des panoplies, ces gars-là ! Comme au cirque. Et puis, ils ont tous ( à moi de ratisser large) des fantasmes d'entomologiste : faut absolument qu'ils vous enfoncent une épingle dans le dos ( en attendant de trouver un couteau à leur goût) et vous clouent dans une case bien identifiée.
Récemment, par quelqu'un que je pensais être un peu plus fin - disons quelqu'un dont je pensais qu'il m'avait lu correctement - je me suis fait traiter d'homme de gauche amnésique. Ah, putain, si ça ne faisait pas rire, ça ferait bien mal ! Moi qui "ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans ! " ( San Rémo)
Bien amicalement, vaillant Tenancier !

Écrit par : Bertrand | 27.04.2012

Et si on parlait des extrêmes du Milieu ? Elles feraient un empire.

Écrit par : ArD | 26.04.2012

Chère ArD, il faut savoir bien vous lire et c'est ce que j'apprécie tant chez vous ! Ce M majuscule suivi de cet empire ! Bon, mais c'était avant 1912,quand même,si mes souvenirs d'amnésique de gauche sont bons...
Le milieu dont vous parlez là par allégorie cependant, n'a bien que des chinoiseries à offrir. Du tout et du contraire de tout.
Ben à vous( patois)

Écrit par : Bertrand | 27.04.2012

Eh bien, je vous remercie de savoir bien me lire (!)
La majuscule à « Milieu » facilite le renvoi à la référence historique dont la fin en 1935 faisait passer l'empire d'une extrême à l'autre.
Toutefois cette majuscule n'est pas capitale : le milieu étant bien connu pour la richesse de ses transactions, hein !

Écrit par : ArD | 27.04.2012

C'est la première fois que j'entends parler d'une majuscule qui ne serait pas capitale (!)
Les transactions du mitan sont parfois houleuses, vous savez... Du côté de Marseille, notamment et re-(!)....

Écrit par : Bertrand | 27.04.2012

Tout à fait : le dernier transaction-phile flingué, il y a quinze jours, c'était à 100 mètres de chez moi, un RV face à la mer... en flaque rouge. les milieux sont aussi des histoires d'Ô (!)

Écrit par : ArD | 27.04.2012

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