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03.10.2011

Les quatre saisons

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Dans un monde qui n'arrête pas de faire semblant d’être bousculé par des préoccupations faussement modernes, tant du point de vue de sa science que de son art, je suis sans doute d’une sensibilité obsolète, d’une texture désuète, d’une émotivité surannée.
C’est un monde intelligent mais qui ne sait plus trop quoi faire de toute cette intelligence. Un monde avec une telle conscience abîmée de son présent qu’il ne le conçoit plus que dans le futur ; conception qui sous-tend elle-même, obligatoirement,  un certain mépris du passé.
Je ne vis pas les choses sur ce mode-là. Je me soucie aujourd’hui de l’évolution des hommes, de leurs sociétés et de leurs éthiques, comme d’une guigne. Longtemps je me suis soucié de tout ça, depuis mes plus jeunes années et même jusqu’à fort tard dans la nuit. Je fomentais de l’espoir, je réunissais des conjurations, je tirais des plans pour l’avènement d’une belle, égalitaire et jolie société. Sans classes ! ? ? Oui, au tout début, pendant le catéchisme intellectuel et  juste après la première communion des mutineries. Après, il m’est apparu qu’un concile s'avérait absolument nécessaire pour adapter la leçon ingurgitée à la réalité des  non-événements.
Alors ça a évolué, ça a tergiversé, ça a dérivé, ça a vu autrement, d’autres espoirs sont venus, mieux ancrés, mais toujours dans un réel se dérobant constamment sous les pas.
Tout ça, il faut du temps, beaucoup de temps pour s’en débarrasser, pour décoder le discours, débusquer le mensonge, écarter les voiles obstruant la lucarne ouverte sur le monde et reprendre les illusions de la  liberté à son propre compte. Une liberté totale. Qui ne supporte pas le jugement chronologique. Le temps compté à travers l'idéologie du temps. Il faut du temps, trop de temps, autant, presque, je le suppose, que ceux qui ont débuté leur course vers la lumière sous l’ombre des crucifix de l’excité de Nazareth. Quoique j'en ai vu de ceux-là, et j'en vois encore beaucoup, qui, nés à genoux, n'ont jamais réussi à vivre pleinement debout.

Je suis donc, du point de vue de ce qui m'émeut encore, certainement un réactionnaire.  Si on veut.  Ça ne me dérange pas d’être réactionnaire au milieu d’innovateurs de tous poils qui, depuis longtemps, ont fait la preuve de leur impuissance, de l’inexactitude de leurs vues et, bien souvent, de leur duplicité intellectuelle.
Je m’intéresse donc quasiment plus aux paysages qui m'entourent qu’aux hommes qui les habitent. Ma grille de lecture, ce sont les saisons qui tournent, le grand mouvement des choses et le visage de ces paysages qui changent avec toujours la même et sereine éternité.
J'entends déjà aller bon train les commentaires des sages dialecticiens. Mais les paysages, c’est humain, c’est l’empreinte des pratiques humaines qui les sculptent aussi, c’est.... ! Oui, oui…Chassés par la porte, les matérialistes de la pensée pure s’empressent de revenir par la fenêtre. Mais je m’en fous, moi, de ce que l’activité humaine transforme des paysages !  Je vis ce que je lis. Je bois ce que je vois,  je me détourne de ce que je ressens comme laid.
Parce que tourne la roue, dent après dent, inéluctablement, vers son fatidique terminus. Cette roue, c’est au travers des saisons que je la vois. Plus clairement que dans mon miroir. Plus clairement que par les gesticulations des hommes.
Je tourne dans l’espace et dans le temps, au même point à la même date, même jour, même heure, même minute, même seconde que la saison dernière…Je me promène sur la boule bleue qui se promène et mes pas qui vont là-bas, que je les presse ou que je les somme de s’arrêter, vont leur chemin.
Les seuls paysages me parlent. Des sentiments qui vont de pair surgissent. Des souvenirs enfouis, à peine entrevus parfois. Le bleu pâle du printemps, le jaune poussiéreux de l’été, la pagaille bariolée de l’automne, le blanc glacé de l’hiver, tout ça ce sont des pages qu’on tourne, d’un cahier où nous n’écrivons rien, que de solitaires balbutiements.
Des balbutiements sans témoin. C'est là sans doute la grande faiblesse de la littérature : elle ne peut se développer que pour elle-même et devant témoins. Sans témoin, elle n'est rien.
Je regardais, je furetais, je fouinais, je farfouillais encore vendredi sur ce territoire d’Internet consacré à la littérature, à l’écriture plus exactement, territoire dans lequel s’inscrit aussi ce blog. J’ai mesuré, un instant, un instant seulement puisque je suis revenu, parmi les textes, les félicitations des uns, les diatribes des autres, les m’as-tu-vu dans mon joli projet d’autres encore, tout le sérieux amusement d’une époque effondrée sur elle-même. Qui s'étouffe de sa propre pesanteur.
Maupassant, Flaubert, et l'intelligence artistique avec laquelle ils donnaient un sens, un rôle aux paysages, une humanité au tangible, me manquent terriblement.

13:12 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Bonjour!

Je trouve votre blog intéressant. Je vous invite à faire un tour sur le mien: http://l-ameerrante.hautetfort.com/
Ca me ferait plaisir!

Bonne lecture!

Nadja.

Écrit par : Nadja | 17.03.2009

Vous trouvez que mon blog est intéressant ?
C'est gentil, ça, mais...Vous le lisez depuis combien de temps ?
Je vais aller faire un tour chez vous, d'accord, mais n'attendez pas de moi que je vous lise et apprécie en dix minutes.
Cordialement

Écrit par : Bertrand R | 17.03.2009

Je l'ai lu aujourd'hui (pas tout certes, loin de là). Je n'ai fait que le survoler, et ce que j'ai vu, m'a plu. C'est pourquoi je suis un peu étonnée de votre réaction, que je trouve (j'espère à tort), quelque peu agressive.

Cordialement,

N.

Écrit par : Nadja | 17.03.2009

Pas du tout agressive, ma réaction, vous vous méprenez...Je veux dire qu'avant de me faire une idée d'un blog et de son auteur, il faut un peu de temps.
C'est tout ce que je voulais signifier.
Je suis donc allé chez vous. J'y ai trouvé pour l'heure des références qui me parlent bien.
Cordialement itou.

Écrit par : Bertrand R | 17.03.2009

Les contes de Maupassant sont effectivement d'une limpidité merveilleuse et pourtant, quelle peinture des hommes et de la nature ! "Une vie" est peut-être déjà un peu plus complexe... Mais j'aime beaucoup la description du début, de cette vieille demeure normande.

Écrit par : Pivoine | 18.03.2009

Cher Bertrand,

Ton manifeste ci-dessus m'a touché mardi à ma première lecture, il m'a rappelé l'extrait que tu m'avais envoyé il y a quelques semaines en réponse à mes préoccupations d'imagier face aux hommes, à leurs portraits et face aux paysages, à leurs portraits.

Ton soliloque attachant, empreint d'une sagesse mûrie à travers les péripéties de ta vie, type de sagesse que je ressens idem et que je partage illico presto avec ceux qui la manifeste, quelle que soit la forme ou les attendus que peut prendre cette manifestation de sagesse. Ces manifestations sont à quelques exceptions prêts, les seules manifestations auxquelles je participe en ces temps de reprise des serpents archimboldesques des rues.
Trois millions d'âmes à nouveau dans les artères du système souffreteux hier en Terre Hexagonale.

Les murmures et les cris des hommes et les murmures et les cris des paysages qui nous enveloppent quotidiennement nos âmes. Le temps des saisons, le temps des poètes, le temps de la création, la fin de mon temps. Voilà pour moi un défi que j'aime, comment traiter ces cohabitations !

Je me réjouis de lire ton livre, prolongement de tes pensées sur ces choses de nos âges de poètes et de sages.
Oui, mon vieux, nous devenons de plus en plus sages et il n'y a pas à s'en justifier auprès de qui que se soit, seulement l'être et l'exprimer cette sagesse en nous.

Tes pensées ci-dessus m'ont aussi donné le lien plus naturel avec toi pour la rédaction finale de mon courrier est-ouest_ouest-est.

je te fais parvenir aussi par e-mail une ou deux images de paysages réalisées il y a deux jours dans le décors fou du Vignoble du Dézaley dans la région du Lavaux sur la rive nord du lac Léman. Si tu veux en mettre une en ligne en signe d'amitié de ma part pour toi et tes pensées j'y verrai un écho chaleureux venant des plaines de mon Est. Je t'envoie les images tout tantôt.

Amicalement et chaleureusement. Philip





Sois donc le bienvenu dans ma Province des Sagesses Partagées.

Écrit par : Philip Seelen | 20.03.2009

Cher Pihilip,

Si je veux ?
Je m'y attelle tout de suite......Elles sont, elles sont...mais on a dit "pas de ça entre nous"....

" Quand le diable se fait vieux, il se fait ermite " Vieux proverbe, mais attention en le disant à voix haute : Ne pas faire la liaison ! Encore que...
Amitié vive
B

Écrit par : Bertrand | 20.03.2009

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