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jeudi, 26 juin 2008
Livres, guitare et incident de parcours
On ne le découvre bien souvent qu’après coup, au bout du voyage, un soir de désoeuvrement, devant sa bibliothèque où l’on fouine pour prendre un livre indéfini : Il en est qu’on trimballe partout avec soi.
Des livres qui sont plus gros que les autres parce qu’en plus de leur texte propre, ils contiennent aussi les étapes de votre histoire. Quand vous les prenez dans les mains, sans même les ouvrir, ils racontent.
J’en possède quelques-uns comme ça. Deux surtout, du même auteur et qui occupent le dessus du panier. De vieux livres. Des 10/18.
Je les avais à Poitiers, je les avais à Toulouse, je les avais à Paris, je les avais en Allemagne, je les ai eus les vingt cinq ans que je suis resté en Charente-maritime, je les ai emmenés avec moi en Pologne.
Georges Darien. L’épaulette et Le voleur, avec une grande préférence pour le premier. Un chef-d’œuvre qu’en ces matins de peste brunâtre, on devrait relire comme une piqûre de rappel.
Il en est bien d’autres encore qui ont pris la clef des champs chaque fois que j'ai hissé les voiles ou qui m’ont rejoint plus tard, levant les bras au ciel comme des orphelins laissés un instant au bord de la route, des qui me collent aux basques : des Maupassant, des Dostoïevski, des Villon, Baudelaire et Rimbaud dans la Pléiade, des Céline, des Vaillant.
Des livres qui sont plus gros que les autres parce qu’en plus de leur texte propre, ils contiennent aussi les étapes de votre histoire. Quand vous les prenez dans les mains, sans même les ouvrir, ils racontent.
J’en possède quelques-uns comme ça. Deux surtout, du même auteur et qui occupent le dessus du panier. De vieux livres. Des 10/18.
Je les avais à Poitiers, je les avais à Toulouse, je les avais à Paris, je les avais en Allemagne, je les ai eus les vingt cinq ans que je suis resté en Charente-maritime, je les ai emmenés avec moi en Pologne.
Georges Darien. L’épaulette et Le voleur, avec une grande préférence pour le premier. Un chef-d’œuvre qu’en ces matins de peste brunâtre, on devrait relire comme une piqûre de rappel.
Il en est bien d’autres encore qui ont pris la clef des champs chaque fois que j'ai hissé les voiles ou qui m’ont rejoint plus tard, levant les bras au ciel comme des orphelins laissés un instant au bord de la route, des qui me collent aux basques : des Maupassant, des Dostoïevski, des Villon, Baudelaire et Rimbaud dans la Pléiade, des Céline, des Vaillant.
De ce dernier, j’ai tout de même fini par perdre le meilleur, Les Mauvais coups, avec sa couverture de poche écornée, pleine de chiures de mouches et Milan traînant derrière lui le grand corbeau tué dans les vignes.
Il me manque, celui-là. Rarement un livre ne m'avait autant secoué.
Sont-ce des miroirs, ces livres ? Ils sont noyés parmi les autres, ils peuvent se taire des années, fondus dans le décor des étagères.
Mais à la moindre velléité de tremblement du bateau, ils sautent d’eux-mêmes dans une valise. Comme des chats.
Il me manque, celui-là. Rarement un livre ne m'avait autant secoué.
Sont-ce des miroirs, ces livres ? Ils sont noyés parmi les autres, ils peuvent se taire des années, fondus dans le décor des étagères.
Mais à la moindre velléité de tremblement du bateau, ils sautent d’eux-mêmes dans une valise. Comme des chats.
Je ne parle pas des livres- partitions de Brassens. Eux, ils sont vieux comme mes matins d’adolescent, ils ont voyagé par tous les temps, en tous les lieux, même très brefs, aussi fidèles que l’air qu’on respire.
La guitare, c’est plus une protubérance organique qu’un objet. Ma Takamine a fait six fois le trajet aller/retour Paris-Varsovie dans une soute de bus.
Une mutante aussi.
De ma première, un dinosaure de trois kilos, fossile endormi, rétif à faire vibrer et fabriqué par un frère, jusqu’à mon actuelle en passant par bien d’autres, des bonnes et des moins bonnes, partout l’instrument s’est promené de mes promenades.
Des fois, c’était pas nécessaire du tout. Voire pas recommandé.
Comme dans ce wagon-lit d’un train de nuit qui filait de Paris à Copenhague.
La couchette au-dessus de moi était libre au départ de la gare du nord. Une aubaine. J’y mis mon Epiphone, hors de sa housse et bien à son aise sur les oreillers.
Il advint cependant qu’en gare de Cologne une belle, grande et blonde dame réclamât dans un anglais que je compris aussitôt puisqu'aussi approximatif que le mien, la couche molle qu’elle avait préalablement louée.
Norvégienne et artiste peintre de son état, elle était empêtrée dans des toiles, des dessins, des tableaux et un chevalet qu’elle portait sous les bras.
Je l’aidai à grimper tout ça là-haut, virai ma guitare et, ce faisant, maladroit malotru, transperçai de part en part la plus grande de ses toiles avec le manche de l’Epiphone.
Ce ne fut plus dans le petit dortoir assoupi que cris et lamentations haut perchés de l’artiste en crise tandis que je me confondais en excuses aussi plates que vaines.
La couchette au-dessus de moi était libre au départ de la gare du nord. Une aubaine. J’y mis mon Epiphone, hors de sa housse et bien à son aise sur les oreillers.
Il advint cependant qu’en gare de Cologne une belle, grande et blonde dame réclamât dans un anglais que je compris aussitôt puisqu'aussi approximatif que le mien, la couche molle qu’elle avait préalablement louée.
Norvégienne et artiste peintre de son état, elle était empêtrée dans des toiles, des dessins, des tableaux et un chevalet qu’elle portait sous les bras.
Je l’aidai à grimper tout ça là-haut, virai ma guitare et, ce faisant, maladroit malotru, transperçai de part en part la plus grande de ses toiles avec le manche de l’Epiphone.
Ce ne fut plus dans le petit dortoir assoupi que cris et lamentations haut perchés de l’artiste en crise tandis que je me confondais en excuses aussi plates que vaines.
En anglais, c’est facile, il n’y a qu’à répéter comme un triple idiot : Sorry, sorry, sorry...
Les six couchettes étaient cependant en émoi, celle-ci goguenarde, celle-la joliment offusquée, cette autre encore froidement compatissante.
Les six couchettes étaient cependant en émoi, celle-ci goguenarde, celle-la joliment offusquée, cette autre encore froidement compatissante.
J’accusais, moi, l’étroitesse de ces wagons-lits, le rapport frelaté qualité-prix, le stalinisme des moyens de transport, mauvaise foi qui ajoutait encore à la confusion bruyante des sentiments contradictoires.
15:16 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature



Commentaires
Et cela finit comment?
J'ai aussi des souvenirs de wagon-lit dans un train qui filait vers l'Espagne, mais plus agréables. Il y avait là une belle Suédoise assez impudique que ma présence ne gênait pas beaucoup quand elle décida de passer sa tenue de nuit (aussi légère que la température ambiante l'exigeait).
Ecrit par : Feuilly | dimanche, 29 juin 2008
Ca finit que mon voisin de lit qui guettait que son épouse perchée juste au-dessus de lui fût enfin endormie pour aller se rincer les amygdales au wagon-restau, m'invita gentiment et que je m'empressai d'accepter et de filer là-bas, me faire oublier un peu....
Ecrit par : Redonnet | lundi, 30 juin 2008
Les commentaires sont fermés.