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vendredi, 15 février 2008

Grand père

ce136c691fe19aa2c0ce9626361b21ff.jpgDe mon grand père, j'ai lu les témoignages insignifiants d’une des plus grandes tueries que l’humanité ne se soit jamais offerte.
Il n’y avait là que des vétilles.
Le grand-père eût tout aussi bien pu envoyer des pages blanches. Chacune de ces pages blanches aurait dit  « je ne suis pas encore mort », en lieu et place de tous ces mots. Un peu comme quand on est en vacances et qu’on envoie une carte postale à un copain. Quelle utilité y a-t-il à écrire des gentillesses au dos de ladite carte ? Le message, c’est la photo qui pérore: « T’as vu, mon pote,  je suis là, moi. ».
Mes frères avaient raison qui scrutaient les illustrations, ignorant franchement l’envers du décor. Ils savaient aller à l’essentiel, eux.
Mais peut-être le pépé alors tout gamin aimait-il simplement écrire, des choses vénielles, des petites anecdotes superficielles, pour le plaisir d’écrire et de promener sa plume sur une page.
Finalement, c’est peut-être vrai que je lui ressemble.
Plus sûrement, je crois que pendant qu’il écrivait ses insipidités, il n’entendait ni le fracas des obus ni les hurlements déchirants d’un homme à la fleur de l’âge, coupé en deux, appelant sa mère chérie dans un dernier cri, les yeux épouvantés, encore ouverts sur le gris absurde de ce ciel inconnu.
Il n’y avait pas de carte postale qui disait ça. Alors il envoyait des mots, des phrases et des gazouillis.
Je mesurai le schisme abyssal qui sépare  la monstruosité de l’histoire de ses propres acteurs et témoins. Je rendis les lettres, décontenancé. J’aimais mieux écouter mon instituteur et suivre le bout de sa grosse règle de bois, qui décrivait sur la carte hexagonale, en haut à droite, les endroits où des hommes comme mon grand-père s’étaient  éventrés sans retenue.
Les grands drames sont ainsi faits  que c’est toujours ceux qui ne les ont pas vécus qui en parlent le mieux. Mais il est vrai aussi que raconter la guerre, cela fait partie de l’art d’être un instituteur. On peut relater d’indicibles atrocités sur la même partition que celle des bijoux, des cailloux et des hiboux  ou sur celle, tout aussi guillerette,  de la table de sept.
Mon grand-père, lui, ce n’était pas son métier de faire la guerre, personne ne lui avait appris comment on faisait la guerre, comment on tuait des hommes et surtout pourquoi.
Lui, l’élève appliqué, le champion des pleins et des déliés, futur chef de gare ou secrétaire de mairie, en tous cas reçu premier du canton au certificat d’études, qu’a-t-il bien pu comprendre de sa pauvre vie ? Dans la gadoue des tranchées, il a dû maintes et maintes fois se gratter la tête, et pas seulement pour en chasser les poux.
Son instituteur, en qui il croyait sans doute comme d’autres croient en des croix, ne lui avait-il pas inculqué l’amour de la patrie, la droiture et l’interdiction absolue du crime et du vol ? A peine son cul levé des bancs de l’école, cette même patrie, au nom de ce même amour, exigea qu’il tuât et qu’il égorgeât tout ce qui bougeait devant sa baïonnette.
Le comble, nous raconta ma mère un soir de vague à l’âme et de mélancolie, c’est que tout son village, un village de femmes et de vieillards, des anciens de Sedan, chacun et chacune ayant un disparu à pleurer, martela pendant des années et des années qu’il avait eu de la chance.
Il y a quand même certains mots de la langue française qui souffrent d’une cruelle imprécision.
A tel point que ce fut  son second calvaire et son second enfer de connaître le déshonneur de ne pas être mort au champ d’honneur.
Il a eu raison, mon pépé, de tirer le rideau sur cette vaste fumisterie en se noyant le gosier sous les hectolitres de sa vendange. Même s’il était bien tard, j’espère qu’il a été heureux de larguer les amarres et de s’endormir enfin pour de bon, sur son grand lit bateau.
 
Le silence des chrysanthèmes

Quand le pouvoir goupille avec le goupillon

 1- Une sorte de Richelieu - le génie politique en moins - a déclaré avant-hier :

"Et jamais je n'ai dit que l'instituteur était inférieur au curé, au rabbin ou à l'imam pour transmettre des valeurs. Mais ce dont ils témoignent n'est tout simplement pas la même chose. Le premier témoigne d'une morale laïque, faite d'honnêteté, de tolérance, de respect. Que ne dirait-on pas d'ailleurs si l'instituteur s'autorisait à témoigner d'une morale religieuse ? Le second témoigne d'une transcendance dont la crédibilité est d'autant plus forte qu'elle se décline dans une certaine radicalité de vie.."

Voyons voir.....L'honnêteté, la tolérance et le respect ne sont pas des valeurs transcendantes ?
Bon, d'accord, mais - excusez-moi d'être emmerdant, Monsieur -  le laic, lui, dont la vie n'est point radicale, sa crédibilité est donc moindre ?

Et vous, vous êtes catho, je crois...Je veux dire, "je pense"...Parce qu'avec vous, le verbe "croire" on sait pas où ça peut mener...
Alors, donc, vous êtes catho ? Attention à votre radicalité de vie alors . Vous vous dirigez tout droit en enfer, diantre ! 

 

2- A Rome, transcendé sans doute par la proximité de célestes chuchotements, le premier cardinal  de France - toujours sans le génie politique - avait déclaré :

"Dans  la transmission et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur"

Ca, c'est bien vrai.
Parce que l'instituteur, il arrive - pas souvent mais ça arrive des fois - qu'il soit de gauche. Et ça,  c'est très, très mal....
Mais vous devriez quand même, au moins une petite  fois, lire Nietzsche : " Ce qui est fait par amour est toujours fait par-delà le bien et le mal..." Vous verrez, ça se lit assez facilement. Si c'est bien traduit, bien sûr.

 

3- Et puis, se lâchant complètement, le cardinal avait assèné  d'éblouissantes contre-vérités, parmi lesquelles une perle à vous couper le souffle :

"Le drame du XXème siècle n'est pas né d'un excès de l'idée de Dieu, mais de sa redoutable absence."

Parce que s'il y avait eu excès,  il n'y aurait pas eu de drames ?  Relisez l'histoire, Monsieur, et tenez cette fois-ci votre livre dans le bon sens, bon sang d'bon sang!

Et puis, Monsieur le Président de la raie publique, (pas le poisson comme chez Bobby Lapointe, mais l'indicible raie),  je n'ai pas remarqué, distrait que je suis,  que Dieu s'était beaucoup absenté ...

Vous avez parlé aussi des Nazis qui avaient voulu créer un monde sans Dieu ? Savez-vous seulement que la boucle de leur ceinturon portait l'inscription : " GOTT MIT UNS " ?

ATTENTION ! Ce qui n'assimile en rien les religieux aux Nazis, (parenthèse prudente au cas où l'un de vos chiens de garde ensoutané me lirait et vous  conseillerait de porter plainte.) Ca se fait beaucoup en ce moment, de porter plainte, dans votre radical entourage.

Allez, je vais me coucher, tenez, et je me demande si je dois rire, pleurer de dépit ou bouffer mon chapeau devant tant de confusionnisme intéressé  et face à  l'irresponsabilité des 53 pour cent de gaulois crétins qui vous ont donné l'micro !

 


 

 

 

vendredi, 08 février 2008

C'est le réglement !

Ce matin, l'enfant encore endormi dans tous ses rêves d'enfant est monté  à bord du bus scolaire.
Un bus de 50 places où s'entassaient 80 marmots, assis, debout, couchés.......
Il s'est trouvé une place de sardine contre la porte qui tremblait de froid.
Il ne s'est réveillé vraiment qu'au son de la voix de la maîtresse qui enseignait le respect des règles qui président au bon fonctionnement  de l'école.
L'enfant a cligné des yeux...
 
 
 
 
 
Toujours à propos de bus. Ci-dessous, photo prise dans un bus tchèque. 
Les Tchèques n'ont pas de tabous pour formuler les interdictions.
 
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vendredi, 01 février 2008

Scandale sur un titre

C’était dans une auberge perdue au milieu des prairies et des marais et c’était l’hiver.
En février je crois.
Nous faisions, Dom et moi, un week-end performance : Vendredi soir, samedi soir et dimanche après-midi.
Nous en sortions fourbus.
Comme j’ai aimé ces concerts. ! Nous sommes venus  deux années de suite.
Pendant que les gens arrivaient,  s’installaient en discutant dans la petite salle, nous allions prendre l’air, parlions de choses et d’autres et les brouillards gelés alentour s’accrochaient aux prairies. Dominique rêvassait le nez dans des étoiles transies et les mains bien au chaud dans ses poches. Dominique pose toujours un regard interrogateur, métaphysique sur ces intelligences lumineuses, là-haut qui le fascinent.
Puis nous entrions. Les vitres ruisselaient de buée. Nous serrions des mains et nous nous préparions à jouer.
On nous montrait du doigt ou du menton.

Ce soir-là, un petit gars un peu bedonnant, la mine poupine et le cheveu bien cranté, est venu nous saluer et nous présenter sa jolie petite femme. Il devait l’aimer, sa femme, parce que tout de suite il s’est mis à faire le fanfaron avec « les artistes ».
- Ah, quel plaisir ! On va entendre du Brassens ! J’les connais toutes. Toutes ! Ca fait quarante ans que j’l’écoute, moi, le gars Brassens …
Sa petite femme acquiesçait et buvait des yeux son petit bonhomme de mari au ventre discrètement replet.
Ils étaient vraiment charmants.
Dominique est alors subitement monté sur la scène, il a récupéré sa grosse bible, les œuvres complètes, il a ouvert l’ouvrage vers la fin puis, étalant le livre sous le nez du couple médusé, à la page « S’faire enculer » :
- Et celle-là,  vous la connaissez ?
La petite dame a rougi jusqu’aux deux oreilles, qu’elle avait d’ailleurs joliment duveteuses,  mais elle a ri en même temps. D’un petit rire polisson, à peine étouffé.
 Le petit ventre a froncé les sourcils, il a fait semblant de regarder la partition d'un air savant sans s’attacher au titre et, grand  seigneur :
- Non, celle-là,   j’la connais pas.
Sa p'tite femme a gloussé joliment derechef.
Moi, l’insolence m’avait arraché des larmes de rire.
Pas méchant pour un sou, Dominique. Un taquin.
Je l’ai vu après, au cours d'une pause, prendre un pot avec ce couple sympathique.
Je me suis tout de même demandé de quoi ils causaient....
D'un titre ? 

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