UA-53771746-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23.04.2012

La France, triste émule de la Hongrie

1588722327.jpgLa cinquième impuissance mondiale a roté voté.
Faut-il en prendre note autrement qu’en baissant la tête parce qu’un sur cinq de ces «voteurs» est un abruti d’extrême droite ?
Que dis-je ? Bien plus que ça, en fait… Car dans ce que le petit pervers de l’Elysée a pu engranger, se cache au moins une bonne moitié qui n’en pense pas plus trivialement.
Le ventre de la bête immonde, banalisée depuis plus de trente ans par les médias, dans les têtes, dans les cœurs, dans les propagandes, régulièrement remis à la Une par des drames spectaculaires (au sens premier du terme) dont on se demande comment ils peuvent survenir, s’étale désormais sans vergogne et sans tabou sur la place publique.
Triste pays, que j’aime pourtant, triste époque, que je vis pourtant, triste Europe, qu’on m’impose pourtant, tristes hommes, dont je suis pourtant !
Et tristes imbéciles du confusionnisme intéressé qui, dans leur rejet épidermique du socialiste - oh, que je peux comprendre ! - marchent dans la merde jusqu’aux genoux en se disant incommodés par une autre odeur, délétère, mais pas encore à la portée de leurs narines, celle-là. Des fascistillons par anticipation intellectuelle.
Mon sentiment ce matin s’apparente à de la honte. Rien de ce qui a été vécu, enseigné, dit, pensé sur les dangers de la haine en histoire n’a été retenu par les esprits reptiliens des urnes dominicales. Qu’y faire ?

La Pologne qu’on glose, en faisant le laïc éclairé, pour être catholique - certes, elle l’est à m’en faire parfois frémir - n’oserait jamais donner vingt pour cent de ses voix à un discours systématique de rejet de l’autre, un discours de détestation, d’orgueil national et de visées barbares. Je le sais bien. Je le vis. Je suis un étranger, un athée assumé, et ne vois autour de moi pour m’accueillir que gentillesse et urbanité.
La Pologne sait trop, elle, que la haine finit toujours par tremper son drapeau dans le sang. Ce que semblent
encore ignorer - à moins qu'ils ne le désirent - vingt pour cent de citoyens de chez Rousseau et Montaigne.

Je n’ai jamais rien attendu des hommes de la politique pour tenter d’être heureux. Pour changer le monde de la marchandise pure en monde humain.
Mais, pour l’étiquette, pour un sursaut de dignité, je souhaiterais vivement que le socialiste déclare sans ambages préférer perdre cette élection plutôt que d’avoir à se compromettre avec toute la racaille d’extrême droite. Qu’il laisse aux valets de la grande finance le soin de se tremper les doigts dans l’infecte mélasse de la perversion des esprits.
Ils en ont déjà le discours. Leur manque plus que l’audace de ce discours ; audace que leur légitimeront bientôt les isoloirs et les intellectuels à la ramasse.
Mais je ne rêve pas trop. Du moins pas à un sursaut de dignité de la politique. Une élection se gagne par queues de poisson exécutées par des ambitieux devant d'autres ambitieux en même temps qu'une forêt de pieds-de-nez en direction des électeurs.

Image : Philip Seelen

12:17 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

19.04.2012

Présidentielles élections

LE SIEUR HOLLANDE :

 LE SIEUR SARKOZY :

 LE RESTE DE LA CLIQUE :

Le Roi boiteux

Un roi d'Espagne, ou bien de France,
Avait un cor, un cor au pied;
C'était au pied gauche, je pense;
Il boitait à faire pitié.

Les courtisans, espèce adroite,
S'appliquèrent à l'imiter,
Et qui de gauche, qui de droite,
Ils apprirent tous à boiter.

On vit bientôt le bénéfice
Que cette mode rapportait;
Et de l'antichambre à l'office,
Tout le monde boitait,boitait.

Un jour, un seigneur de province,
Oubliant son nouveau métier,
Vint à passer devant le prince,
Ferme et droit comme un peuplier.

Tout le monde se mit à rire,
Excepté le roi qui, tout bas,
Murmura: "Monsieur, qu'est-ce à dire ?
Je vois que vous ne boitez pas."

"Sire, quelle erreur est la vôtre!
Je suis criblé de cors, voyez :
Si je marche plus droit qu'un autre,
C'est que je boite des deux pieds."

Gustave Nadaud - Musique G. Brassens

10:17 Publié dans Musique et poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

15.03.2012

Brassens a enfin ses 500 signatures ! Il fait une déclaration...


09:43 Publié dans Brassens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

27.09.2010

Bingo !

Avions-stationnés-Gillot.JPGJe devais prendre un vol Air-France en octobre, puis, à partir de Roissy, rejoindre pépère mon cher Poitou-Charentes en  TGV.
Je ne reviens pas souvent en France. La dernière fois, c’était en avril 2009 !
Mais j’ai pris toutes mes précautions.  Je suis un homme attentif à ses brèves incartades sur le sol de la mère-patrie : J’ai donc tous mes billets réservés, dûment payés, depuis le 22 février.
Huit mois à l’avance, que je m’y suis pris, pour être sûr de revoir la  mer, mes frères,  un ou deux copains et mon Zozo mis en lecture-spectacle.
Hé ben, bingo ! Ce jour-là, grève…Me voilà comme un con avec mes billets soigneusement rangés depuis le début de l’année dans un gros livre, les œuvres complètes d’Apollinaire, exactement !
C’est assez  dire si j’y tenais à ces billets !

Je ne vais pas vous chanter les sempiternelles jérémiades anti-grévistes du consommateur de base pris en otage…Non… Non…On sait bien que  les syndicats ont raison, les manifestants itou et que c’est dégueulasse de vouloir faire travailler les gens jusqu’à avoir un pied dans la tombe. On sait bien aussi que les syndicats vont faire reculer le législateur, que tout ça va s’arranger ; iIs sont résolument contre cette loi, les syndicats !
Je le sais bien : Je faisais déjà la grève contre Juppé, puis contre la loi Fillon, alors ministre des Affaires sociales sous Raffarin, c’est-à-dire ministre ayant en charge de briser menu les acquis sociaux… Quatre jours que j’ai fait la grève, la dernière fois...On était mobilisé à fond ! Sur 1200 employés que comptait mon administration, on était cinq ou six à la faire…Y’avait  même un gars de FO qui ne la faisait pas toute, la grève. A cause des sous, voyez-vous…
Mais j’suis bien content d’avoir fait cette  grève : Fillon, il a reculé…D’un poil de cul pour faire un bond en avant de dix mètres !
Comme il va reculer, là, c’est sûr…d’un millimètre pour foutre tout le monde dans la merde jusqu’à 67 ans.
Et ils le savent  bien,  les ténors grassement payés des syndicats….Ils le savent bien…Si cela ne se passe pas comme je dis là, je leur ferai, ici même, des excuses publiques.
Bref, me voilà dans l’incertitude complète  pour un voyage que j’ai prévu depuis huit mois et tout ça, pour rien, en plus…Si ça devait servir à ce que les gens arrêtent de travailler à 60 balais et même avant, je serais prêt à sacrifier mes visites en France jusqu’à la Saint-Glinglin. Peut-être même jusqu’au dernier soupir et je le dis sans ironie aucune.
C’est ça,  qui me fout en rogne…L’inutilité complète. Et mon manque de bol, aussi…Parce que je leur ai quand même donné huit mois et sur ces 240 jours, ils choisissent le mien pour faire grève ! On est parano, des fois, on se demande pourquoi…

Parce j’essaie bien de changer les billets, mais ils ne veulent pas, les malins…Oh, c’est  pas sûr, on peut pas dire à l’avance, ce n’est pas de notre faute, faut venir à l’embarquement ….Et si l’avion i vole pas ?  On trouvera un vol….Et la correspondance à Paris ? Ah, ça, c’est pas notre problème…Bon, ce doit être le mien alors…De toute façon,  s’il n’y a pas d’avion,  y’aura des sacs de couchage, au moins, que j’ai envie de demander ? Je serais seul que je m’en foutrais. Mais il y a une gamine aussi…
On s’arrangera pour vous trouver un vol, ne vous inquiétez pas…
On s’arrangera, j’aime bien l’expression…Et à l’autre bout, démerde-toi !
Surtout qu’à l’autre bout, c’est la  SNCF qui prend le relais et la SNCF,  celui qui s’en méfie ne perd pas son temps…Dernièrement, un groupe de Polonais n’a pas pu avoir son avion parce que le train avait plus de deux heures de retard ! Cloués à Paris, les Polonais ! Ils ont dû prendre un bus grandes lignes ; 36 heures de route, à leurs frais…
La SNCF rembourse ? Sans doute que non parce que le retard était dû à un vol de câbles, que ce n’était pas son fait à elle et que…Mais oui, mais c’est quand son fait à elle ? Quand un désespéré ou une, choisit de se jeter sous le convoi,  elle n’y est pour rien non plus.  Quand un arbre tombe, qu’un grand animal s’échoue sur les rails, qu’un automobiliste grille le passage à niveau, que la météo est vraiment trop mauvaise (formation de blocs de glace sur les câbles), elle n’y est pour rien non plus…Elle ne  prend pas beaucoup de risques, l’entreprise modèle !
Les Polonais, ils sont revenus un peu éberlués par les façons de faire à la Française….

Alors, venir échanger, sans frais,  des billets parce que les camarades sont en grève, non, ça, c’est  de l’utopie. Du culot même !
Les syndicats, eux, pendant ce temps-là,  ils comptent leurs ouailles ; ils donnent un coup de peinture fraîche à une légitimité qui  en avait bien besoin…
Et la clique au pouvoir n’en a rien à foutre de tout ça ; un jour par ci, un jour par là…Bof, ça fait désordre mais les meubles seront sauvés…Pour lui faire lâcher  l’os qu’elle tient dans sa gueule, il n’y aurait qu’une bonne grève insurrectionnelle, illimitée et coordonnée, tiens ! Mais ça, syndicats, politiques de tous bords et patronat en ont une telle peur bleue - et c'est bien là le consensus et le modus vivendi de tous ces apôtres -  que c’est pas demain la veille que vous danserez la Carmagnole de la victoire,  camarades empêcheurs de rentrer au pays en rond ! 

13:28 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature, politique, parti socialiste |  Facebook | Bertrand REDONNET

15.09.2010

Prolétaires de toutes les unions, dépaysez-vous !

brule.jpgSans doute une des qualités premières de l’intelligence réside-t-elle aujourd’hui dans cette humilité : Admettre que nous ne comprenons plus grand-chose au monde auquel nous sommes confrontés.
Même si nous y trempons régulièrement notre plume, même si nous disons notre mot sur à peu près tout, parce que nous refusons, au fond, cette démission. Une démission n’est jamais très reluisante, si elle n’est l’expression intégrale de la souveraineté du démissionnaire.
Mais au moins savons-nous désormais que nous ne savons plus rien et laissons-nous avec joie aux muscadins du sérail – critiques littéraires, critiques tout court, commentateurs politiques, journaleux etc. - le soin de faire les bouffons qui savent, les lèche-culs, contre-culs et autres tailleurs de pipes molles.
Nous ne comprenons rien au monde parce que les dés en sont tous pipés. Ce monde a perdu son discours, notre langage en a du même coup été confisqué. Les mots sont désamorcés, les manches bourrées de fausses cartes. Nous reste que les clichés qui, par définition, sont les standards de la pensée quand elle ne pense plus et de l’émotion quand elle ne s’émeut plus de rien.

Accident tragique là-bas ? Bof…C’est peut-être un attentat. De ceux de cette guerre permanente, sournoise, que se livrent avec délices les Etats en temps de paix, quand ce ne sont pas  les factions à l’intérieur d’un même pays.
Ben Laden ? Terroriste insaisissable de l’islamisme ou invention spectaculaire de l’occident ? Chapitre de la stratégie globale de la peur, comme les glaciers qui fondent, les menaces de pénuries d’eau potable, les moustiques qui tuent, la grippe qui ravage ? Tout est devenu possible tant l’impossible a été imaginé par tous les pouvoirs.
J’exagère ? Allons, allons, trêve de feinte candeur ! Souviens-toi de Katyń. Une tuerie monstrueuse, une boucherie démentielle,  suivie d’un mensonge diabolique que toutes les démocraties du monde – tous pouvoirs et opposants de gauche confondus -  ont fait semblant de croire pendant un demi-siècle parce que le mensonge était du côté du vainqueur. Staline aura apporté cette phénoménale contribution à l’histoire : La mise en dimension réelle du Prince de Machiavel, le mensonge d’Etat et la peur comme arts suprêmes de gouvernement.
Les démocraties modernes lui doivent beaucoup. Qu’elles rabaissent un peu leur caquet moralisateur ! Et il ne peut d’ailleurs en être autrement : L’homme est, en soi,  un être ingouvernable sans l’épée, factuelle ou virtuelle. C’est même là son côté le plus attachant. Celui que j’aime en lui. Reste l’essentiel jamais atteint : trouver les intelligences et les courages capables de briser l’épée sur le crâne du conquérant.

Sortie d’un bon livre ? Ouais, après gesticulations dans tous les sens de la critique professionnelle ou amatrice, plateaux de télévision et relais par la presse de masse, en papier ou numérisée, faiseuse de chefs-d’œuvre. Lisons plutôt les livres de l’ombre, de la solitude silencieuse,  ou revenons-en  calmement, restons-en peut-être, à Balzac, Stendhal ou Flaubert. Au moins, s’ils ont été supportés par la pub, je suis certain qu’elle ne m’était pas destinée. Face à eux, je suis vraiment seul dans ma lecture.
Lisons à l’abri des brouhahas de salons qui n’osent même plus dire leur nom.

La retraite au-delà de soixante ans, presque à soixante-dix ? Ben, ça,  c’est vraiment vache…Mais comment qu’on finance, sinon, qu’il dit Fillon.  Et comment ce qui était possible il y a plus de 25 ans ne l’est-il plus ? Que je dis, moi….On recule ? Mais alors que vaut une organisation sociale qui recule sinon la corde qui la pendrait ? Et la croissance, alors, elle est allée où dans tout ça ? Ce sont les patrons et les capitalistes qui…Oh, oh, du calme ! Ça fait des années et des années, des décennies - des hommes même dans les siècles passés sont morts sur des barricades avec ce discours-là au bout des fusils -  qu’on te dit de leur casser la gueule, à ces salauds, et tu n’a jamais bougé d’un poil…Pire, il t’est arrivé de prendre leur parti contre nous. Quand nous te disions, du temps de notre fol enthousiasme,  que le meilleur de cette racaille était digne du peloton, tu nous traitais de voyous et de désaxés ! Alors, ta retraite, hein, tes banderoles, tes jérémiades face au désastre accompli, démerde-toi ! Tu me diras que je ne suis pas concerné et que j’en parle à mon aise. Certes. Mais le nombre de fois où une loi scélérate est venue briser mes espoirs, bouffer ma liberté et me toucher de plein fouet dans ma vie, je n’ai pas vu ton bouclier haut levé !
De toute façon, ils t’auront la peau. Parce qu’elle est à vendre au plus offrant, ta peau : Tes porte-parole sont aussi pourris que tes adversaires, dans cette lamentable histoire.

Les Roms ? Tout le monde y va de sa sauce prête à l’emploi. Les uns avec des arguments de la plus sinistre mémoire, les autres avec des bêlements de vierges effarouchées, des couinements d’anges outrés dans leur chair. Les Roms eux-mêmes, dans cette cacophonie, on s’en fout un peu.
Et qui les connaît en fait ? Ils passent, viennent, reviennent, disparaissent, s’exhibent ou se dissimulent. C’est selon. Le caractère insaisissable est un trait marquant de leur différence. Inconnus aux bataillons des fichiers retraite/sécu/INSEE. Plutôt enclins aux fichiers qui relèvent du ministère de l’intérieur, ces gens-là. C’est bien ce qu’on leur reproche, les uns en les expulsant manu militari, les autres en les faisant des citoyens européens à part entière. Tout d’un coup. On dirait qu’ils viennent de le découvrir, ces corniauds !
Même si cette qualité est incontestable du point de vue de la géopolitique, ce me semble une étiquette de propagande qu’on leur a collé en vitesse sur le dos, plus qu’une claque amicale. Pour les besoins de la cause.
Et toi, le pleurnicheur au grand cœur, n’as-tu jamais baissé les yeux de honte et de dégoût des hommes, devant cette vieille Roumaine, visage buriné, visage hâlé, visage défait sous ses cheveux luisants, accroupie sur le trottoir, devant l’église où tu étais venu discuter le bout de gras avec ton dieu  ou devant le supermarché où tu étais venu chercher de quoi te goinfrer ; cette vieille roumaine avec des yeux qui savent implorer, avec les larmes qu’il faut et des mains qui savent trembler en se tendant vers toi ?
Qu’as-tu fait à ce moment-là ? Tu ne t’es pas dit que ton pays n’était un pays d’accueil que dans l’esprit ? Quand tu accueilles un ami, tu lui verses sa soupe sur le pas de ta porte, peut-être ? Comme aux chiens errants ? Dis-moi, pleurnicheur attendri, quelle différence fondamentale avec l’expulsion ? Dis-le-moi. Eclaire ma lanterne sur la haute idée que tu te fais de la dignité. ! Sais-tu ce qu'est l'exil et, à plus forte raison, un exil vautré dans le ruisseau, la main tendue vers ton confort ?
Les commentaires sont ouverts, lâche la bonde si tu viens à passer par là !

Qui a raison dans tout ça ? La bonne conscience dit : Nous, braves défenseurs des droits de l’homme.
C’est ce que j’aurais évidemment tendance à dire tout de suite. Mais trop aguerri aux mensonges et à l’occultisme des intérêts qu’ils servent, prudence. Prudence sur les Roms, comme sur tout.
S’approcher des vérités définitives comme le chat s’approche de la braise.
D’où je parle, moi, me diras-tu, vexé sur tes ergots ? De l’intérieur. Et je vis ma vie en étranger, mon pote. Voilà d’où je parle.
Les Roms, on m’a appris à en avoir peur quand j’étais petit. L’Autre. Celui qui vient de loin. Celui de l’ailleurs. Celui qui passe trois semaines avec toi sur les bancs d’école, dont le père vole tes poules, qui a une fronde plus puissante que tout le monde dans ses poches, qui ne sait pas lire mais qui  rit de tout, qui te serre la main très fort, si fort que ça fait chaud jusqu’aux poumons,  et puis qui s’en va. Celui qu’on envie. Le libre. Salut, gadjo ! Le Grand Meaulnes.
Puis, après, dans la vie qui s’est répandue sous mes savates. Ça a dépendu des circonstances. Ici je les aimés d’une franche amitié, là je les ai violemment détestés. Il y en a même un que j’avais  hébergé à sa sortie de cabane et qui, pour me remercier, m’avait cambriolé avant de prendre la poudre d’escampette. Salut gadjo !  Oui, je sais, pas la peine de rabâcher, je ne suis pas  sourd aux poncifs de troisième catégorie, ça aurait pu être un Suisse, ou un Norvégien, ou un gars du Poitou.
Mais les aimer ou les détester, comme je disais à l’instant, c’est déjà du racisme. Y’a tous les ingrédients du poison là-dedans. Y’a moi, nous-autres et…eux. Comme pour toutes les couleurs de peau et toutes les façons de vivre sa vie ou de consacrer un Dieu.

Alors, les Roms, non, ce n’est pas bien de les expulser. On en est dégoûté de ces façons d’un autre temps ! J’en suis,  de ceux que ça répugne. Mais je ferme ma gueule. C’est ce que j‘ai appris de mieux à faire pour mon bonheur.
Parce que c’est bien joli et tout plein mignon tout ça, mais qu’est-ce qu’on fait ? On laisse faire ou on leur casse la gueule aux expulseurs ? Et qu’est-ce qu’on a fait avant, pour que le discours hystérique de Grenoble ne soit même pas envisageable ? Rien, strictement rien. Des blogs. On a bavardé entre potes.
Hortefeux,  le fourbe, l’a bien compris qui interpelle les milliardaires de gauche et leur dit, bon, bien, donnez un de vos terrains, on les installe là. A vot’ bon cœur…Ce n’était même pas la peine d’interpeller les ténors milliardaires. Pourquoi se donner tant de mal pour accoucher d’une image somme toute d’Epinal ? Y’avait qu’à demander gentiment à n’importe lequel petit instit de gauche avec un grand terrain – beaucoup ont ça -, un grand terrain où il bucolise, où il fait pousser ses fleurs, sa pelouse et ses arbres de Judée.
Tu prends un convoi de caravanes chez toi, cet été, camarade ? Ça nous arrangerait bien. Silence radio à tous les étages. Misérable douleur de la contradiction entre vécu et idéologie avalée, ruminée et recrachée comme du bon lait.
Chacun se renvoie la balle de ses propres abjections et de ses répugnantes défaites.
Les Roms ? J’ai mon cœur d’artichaut qui dit non et ma tête de dégoûté qui dit ça dépend…Faut voir…J’en sais trop rien…
Ça te choque ?
Tu es comme moi, pourtant. Tu n’y comprends pas grand-chose à toute cette bouillie. Tiens, je saute du coq à l’âne, y’a un gars qui pourrit en taule depuis 25 ans bientôt, dans tes taules françaises, tes taules démocrates et des droits de l’homme. Pour violence armée, un qui pensait généreusement que tes capitalistes et tes patrons, ceux qui veulent te faire aller au charbon jusqu’à 67 ans aujourd’hui, on pouvait les mater par l’insurrection. Plus puni que le bras droit et successeur désigné d’Hitler, Albert Speer, 20 ans de réclusion. Plus puni qu’un des plus grands complices de l’Holocauste. Ça te dit quoi, ça, humaniste de mes deux roubignolles ? Ça ne te dit pas qu’un homme qui se propose de détruire le capital fait plus peur qu’un qui se proposait de réduire la moitié de l’humanité en cendres ? Et l’immaculée conception de Poitou-Charentes qui s’en est réjouie en claquant du bec comme une péronnelle !
Ça t’empêche de dormir, ça ? Non. Tu t’en fous parce que tout le monde s’en fout qu’un type qu’on a bouclé à 34 ans soit encore au cachot  à soixante balais. Il est pourtant la preuve enterrée vivante de la monstruosité d’un système. Ce dont tu ne te fous pas, en revanche, c’est ce qui fait hurler la meute. Quand ça se voit, faut qu’on t’entende !
Mais tes canines sont des implants, mon pote. A la moindre velléité de mordre, crac…Des dents de lait. Mettrai-je mon bras robuste et poilu entre tes crocs qu’à peine sentirais-je comme une répugnante caresse de toutou.

Sarkozy, le salopard,  parle de zones de non-droit, lui qui le bafoue tous les jours, le droit,  et qui protège de sa fonction les entourloupettes mafieuses de ses ministres.
Les autres, en face,  s’offusquent, hurlent, font appel à tous les bons sentiments du monde tout en pétant dans la soie comme de véritables bourgeois de la Monarchie de juillet. Les Roms, c’est comme les anarchistes de la chanson, on ne les voit jamais que lorsqu’on a peur d’eux. Et là, ça emmerde autant l’angélisme des défenseurs que la brutalité des accusateurs.
Le  pape s’en mêle. C’est le bouquet ! Un imbécile de L’UMP lui dit de fermer sa gueule parce qu’il est allemand...Et vlan ! Ça vole de plus en plus bas. Beaucoup plus bas que la ceinture. Tous les coups sont permis. Moi l’iconoclaste, le mécréant, l’athée, le bouffeur de curés, j’en viendrais presque à me faire l’avocat du pape !
Et nous resterait-il un brin d’espoir de sortir de tout ce bourbier avant de crever, que nous éclaterions d’un gigantesque rire à en faire trembler les étoiles.
Nous reste peut-être la dérision en guise de langage.
Mais pour quoi faire ? On ne sait même plus quel côté brocarder !

Et ce texte, là, livré comme ça, à chaud, te dit simplement que tu ne comprends rien, comme moi, comme nous tous, alors ne te fais ni l’allié des salopards aux commandes, ni le chantre des loups bâtards qui lorgnent sur ces mêmes commandes, des loups qui hurlent sous la pleine lune, pour qu’on les entende bien, qu’on les voit bien, mais qui s’en foutent comme de l’an quarante,  de la pleine lune.
On ne défend jamais mieux la liberté que lorsqu’on est soi-même un homme libre. Libre de tout engagement. En dehors.
Les révolutions d’esclaves, vois-tu, c’est bon pour les péplums,  les mauvais romans et les professionnels de la Théorie.

Et tout ça, me diras-tu avec raison, ça mène à quoi ? Nous ne savons rien. D’accord. Nous ne saisissons que les reflets qu’on nous donne en pâture. Et après ?
Après rien. Mon plaisir réside dans le fait d’écrire ce rien.
Ça mène pourtant à la fierté et à la solitude. La belle et franche solitude. Regarder s’étriper les monstres qui se croient des Titans, s’invectiver les imbéciles qui se prennent pour des génies et s’agiter les esclaves qui pensent gueuler pour les causes justes, depuis le dôme venteux de la colline.

 

P3230022.JPGCe soir, j’ai pris ma fille par la main et nous sommes partis sur le soleil couchant, par des sentiers sous les pins. Aux champignons. La forêt polonaise regorge de champignons.

Et pendant qu’elle gambadait devant moi, ma fille, en faisant gaffe que ses longs cheveux auburn ne s’agrippent aux ronces et aux broussailles, je me disais que j’étais un menteur. Un inévitable et sacré menteur.

Comment dire à une enfant de dix ans qui éclaire la forêt de ses rires et de ses éclats de voix au moindre petit champignon découvert,  que le monde des hommes vers lequel elle s’en va en courant est un monde de primates au déclin, un monde qui s’éteint avant même d’avoir appris à prononcer le mot qui le désigne : Humanité ?

Image du haut : Philip Seelen

08:48 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

31.08.2010

Université d'été de La Rochelle : Les socialistes enfin unis !

charliehebdon798031007dar0.jpg