30.01.2012

L’œil de glace

littératureQue dire d’un ciel quand il est bleu, vraiment bleu, à part dire qu’il est très bleu ? On peut bien sûr ajouter une ou deux petites touches ; bleu clair, bleu turquoise, ciel limpide, azur infini, voûte céleste azurée, ciel immaculé, bref, une ou deux de ces petites touches qu’on trouve partout énoncées par l’imaginaire aux abois des mauvais textes ou les vers à la ramasse des poésies poussives, et qui, loin de donner du relief à la sensation, la rendent parfaitement in-signifiante. Un peu comme la lune blafarde et les matins blêmes. Ou le contraire. Ou alors, encore mieux que ces azurs infinis, ces matins blafards et ces lunes blêmes, une chouette qui hulule dans le noir… Ça, c’est le clou du poncif, le frémissement en promotion escompté sur l’échine du lecteur, quand l’imagination de l’écriveur est tarie. Car enfin que peut faire une chouette, autre que de hululer, pour mériter qu’on la couche sur une page d’écriture ? Je vous le demande bien ! Une chouette qui fienterait tout simplement sur les poutres d’une vieille grange, n’intéresserait personne… On entend parfois aussi, on lit plutôt, le soleil se couchait sur l’horizon… Ben oui, il se couche rarement au zénith.
Disons alors, en ce qui nous concerne, là, que le ciel est bleu. Point. Immense ? Oui, bien sûr immense. Mais vous avez déjà vu un ciel, je suppose, et vous n’avez point besoin qu’on vous écrive, en plus du bleu, qu’il est immense.
Le ciel est donc bleu, en dessous de lui la forêt est sombre et les paysages sont blancs, non pas comme neige, mais de neige. Surtout ne pas dire cette neige comme un linceul… On ferait tout le monde éclater de rire, ce qui n’est quand même pas très courtois quand on parle de linceul… Ne pas dire non plus l’immobilité et le silence et le froid qui cingle… Ils en ont ras la casquette, les gens, de ces images à la noix…
La forêt est sombre et les villages, les champs, les routes, les chemins sont blancs.
Il fait moins vingt, moins vingt deux degrés, et tout ça va dégringoler dans les jours prochains jusqu’à moins trente.
En fait, fi du bleu ! Du niaisement bleu ! Le ciel est un œil, un œil de glace, cruel, vitreux, cyclopéen, posé sur le monde.
L’œil d’un anticyclone qui, d’ordinaire, a ses quartiers sur la Sibérie et qui, là, a décidé de venir faire un petit tour en Pologne de l'est. De s’y installer même. Il irradie de l’air irrespirable, ensoleillé et congelé.
Qui fait presque peur.

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12:36 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

"L'air congelé qui fait presque peur":ah oui c'est cela, j'ai toujours trouvé ça effrayant le soleil et la glace, c'est d'une dureté incroyable. Les photos sont magnifiques. J'aime énormément ces billets "météorologiques". Amitiés.

Écrit par : Sophie | 30.01.2012

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Elle est bien belle, ta neige... mais ça fait froid rien que d'y penser.
Sans transition, un livre merveilleux, Les Effrois de la Glace et des Ténèbres, de Christoph Ransmayr. Il est Autrichien.

Écrit par : elizabeth l.c. | 31.01.2012

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