04.09.2010
Quiproquo toponymique
J’en veux pour preuve cette plaisante anecdote dont fut dernièrement acteur et témoin un vieil homme de Podlachie, anecdote véridique rapportée d’ailleurs par quelque quotidien de la région, ce qui, je vous l’accorde, ne constitue pas un gage d’irréfutable authenticité.
Toujours est-il qu’après Wisznice, si on file en direction de Lublin, on traverse un village du nom de Kolano. Cela signifie littéralement «Le Genou.»
A quelques kilomètres de là, derrière la forêt, un autre hameau plus petit, posé sur une timide élévation recouverte de fiers bouleaux et de chênes antiques, se fait appeler Puchowa Góra, "Le Mont duveteux".
Or il advint qu’une dame distinguée voulant se rendre dans ce hameau, s’égara, tergiversa, recula, avança, se fourvoya et finit par s’arrêter à Kolano afin de s’y enquérir de la juste route.
Elle stoppa donc sa voiture, en descendit fort élégamment et héla notre bonhomme trop content, quant à lui, de causer à quelqu’un, pour rendre service de surcroît, dans ces mornes solitudes qui font les longs après-midi de la campagne, en Pologne comme partout ailleurs.
Il dit que c’était simple.
A partir du Genou, il fallait remonter doucement.
Il montrait d’un geste la petite route qui s’enfonçait dans l’épaisseur des bois.
Ça le fit rire, lui, qu’on pouvait arriver de tous les côtés au petit Mont duveteux qui était au beau milieu.
La dame distinguée ne l’entendit point de cette chaste oreille.
Elle rejoignit alors précipitamment sa voiture, effarouchée comme une poule qui aurait vu le goupil, la mèche des cheveux indignée, invectivant, insultant, levant le poing et vouant aux gémonies ce vieux malade, lubrique et délabré.
Notre homme cependant était resté bouche bée, complètement abasourdi par cette volée de bois vert qui lui tombait si brusquement dessus.
Ce ne fut que quelque temps plus loin, alors que la voiture avait depuis belle lurette disparu et que, vexé, il réfléchissait encore à l’incivilité de cette réaction, qu’il comprit enfin l’étendue de la méprise.
Alors, on entendit son rire briser le silence du chemin et qui s’envolait très haut dans l’air immobile de Kolano.
Distinguée, la dame ?
On ne voit que ce à quoi on pense.
Elle était partie voir le loup, assurément, conclut-il.

09:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature |
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03.09.2010
Consultations août
Je continue de publier ma p'tite tambouille, parce que je m'y sens tenu - à tort sans doute - ayant annoncé en janvier que je mettrai chaque mois mes stats en ligne.
Mes statenlignes, ça sonne bien, ça.
Mais comme, dans une telle démarche, je me sens de plus en plus comme un nudiste sur une plage où tout le monde serait en jean et en T.shirt, que c'est pas marrant de montrer son cul tout seul, j'arrêterai mes exhibitions à la fin de cette année.
Si je suis encore là.
Mais je ne vois point poindre à l'horizon d'auspices qui laisseraient à penser que je ne serai(s) pas là..Il est vrai aussi que les auspices, hein...C'est comme la météo, c'est à peu près crédible quand on parle d'hier. Ah, les tripes de poulet ne sont plus ce qu'elles étaient, tiens !
Bref. Je cause, je cause et pendant ce temps-là, la tendance sur "L'Exil" est toujours à la baisse. Moins de 1000 visiteurs uniques mensuels au cours de ces deux mois d'été, 1653 exactement et en tout et pour tout.
Pas de quoi fouetter un chat. Mais bon, on est là, on y reste...Tant qu'il y aura le plaisir, il y aura tout. Et rien ne brille vraiment en ce moment sous le ciel de l'écriture. Du moins pas à ma connaissance.
Toujours la même certitude cependant et bien malin qui me prouvera le contraire : Aucune passerelle entre le livre en librairie et l'activité numérique. Pas même une balancelle d'entrepont.
Un partenariat du Net de plus en plus réduit géographiquement aussi, les cloisons de plus en plus solides, les groupements par affinités - voire intérêts - de plus en plus hermétiques. C'est du moins ce que je ressens et arrêtez-moi si je dis des conneries.
Cela m'arrive parfois. Pas souvent, mais ça arrive. Pas plus de cinq ou six fois par jour, ça, c'est sûr.
En tout cas, merci, respect et fraternel salut à celles et ceux qui restent dans le coin, les jeunes, les vieux, les entre deux âges, les femmes, les hommes et les enfants, les nouveaux et la vieille garde, sereine, droite dans ses bottes et...qui se reconnaîtra d'elle-même.
Bertrand
| Visiteurs uniques | Visites | Pages | Pages par jour (Moy / Max) | Visites par jour (Moy / Max) |
|---|---|---|---|---|
| 814 | 3 345 |
9 594 |
309 / 1 315 | 107 / 166 |
Statistiques quotidiennes
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | Moy |
10:49 Publié dans Statistiques | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature |
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Consultations juillet
| Visiteurs uniques | Visites | Pages | Pages par jour (Moy / Max) | Visites par jour (Moy / Max) |
|---|---|---|---|---|
| 839 | 3 770 |
9 342 |
301 / 662 | 121 / 172 |
Statistiques quotidiennes
10:18 Publié dans Statistiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |
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31.08.2010
Université d'été de La Rochelle : Les socialistes enfin unis !
11:43 Publié dans Critique et contestation | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : politique, littérature, parti socialiste |
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30.08.2010
Les béotiens et le casse-croute
Vers le début des années 1980, en plein retour de l'ennui, mon frère et moi en étions encore au romantisme du non-travail, ce foutu travail, source de toutes les aliénations et de toutes les misères du monde et dont je ne cessais de claironner aux quatre vents qu’il avait la même étymologie que le mot torture.
Nous badions donc d’aise et de révolte devant la basse turpitude du monde où les maitres et les esclaves semblaient avoir résolu en une sereine et veule synthèse en forme de modus vivendi, le dilemme de la fameuse dialectique.
Nous, nous ne mangions pas de cette synthèse-là ! Alors nous cherchions forcément - avec d’autres Apaches de notre acabit bercés dans l’illusion des lendemains chanteurs et nourris aux saintes liqueurs de Bakounine et autres Debord/Vaneigem - les moyens de vivre notre marginalité sans forcément marcher pieds nus et crever de faim.
De soif surtout.
Pas toujours facile d’être cohérent dans ces cas-là ! Et si l’un d’entre nous venait à craquer et enfilait le bleu de travail de la honte et de la collaboration sociale, nous ne lui jetions certes pas la pierre, mais l’accompagnions de notre amicale compassion, lui fixant le regard sur le bout du tunnel, six ou trois mois, et hop, un an de chômage à rêvasser sous les étoiles.
Notre seule crainte était qu’il y prît goût, à ce fichu bleu de travail !
Mais il y avait aussi des prises de risques...La beauté du monde se fait parfois payer très cher pour ceux qui veulent la contempler gratuitement.
Alors quand un des Apaches avait été confronté, dans sa quête révolutionnaire de la pitance, aux oppositions musclées de la maison Poulaga et se retrouvait pour quelque temps hébergé, nourri et blanchi au frais de l’état honni, il était évidemment assuré de notre soutien moral, de nos visites quand c’était possible, de notre courrier régulier dans tous les cas et, bien sûr, retrouvait la tribu au grand complet pour lui remettre le pied à l’étrier des réjouissances , sitôt sa faute expiée.
Ça me fait sourire aujourd’hui…C’étaient là des amis. Certains, deux pour tout dire, le sont encore. Les autres sont partis loin fonder leur Rome ou alors, partis tout court, là d'où l'on ne revient plus.
Des amis de l’erreur ?
Au regard de ce champ en putréfaction qu’est devenu le monde, avec toute une volée d’escrocs, de bandits, de voleurs et d'usurpateurs aux commandes, étions-nous en retard ou en avance ?
La seule chose dont je suis certain c'est que nous n’étions pas à l’heure.
Dans ce contexte-là, survint un jour une anecdote.
M’installant en Charente-Maritime, dans une maison qui avait jadis tenu lieu d'épicerie, de restaurant et de café du village, un de mes premiers boulots fut d’aller explorer le grenier.
Il y avait là, comme dans tous les greniers du monde, un inextricable fatras : de vieux vélos, de vieux journaux, des caisses, une vieille pendule, des bidons, des chapeaux, des costumes, des balais et, comme c’était le grenier d'un ancien lieu public, de vieux drapeaux tricolores, souillés et déchirés, qui avaient dû autrefois pavoiser pour des fêtes de village et des 14 juillet en liesse.
Et puis, dans tout ce capharnaüm insignifiant, une toile…Un grand paysage vert et jaune, un paysage de plaine avec du vent sans doute car il n’y avait là aucune verticale digne de ce nom.
C’était peint avec furie et le tout était prisonnier d’un gros cadre, énorme, torsadé, lourd comme de la pierre.
Mon frère était présent…Nous débarrassâmes l’œuvre de ses poussières et de ses toiles (d’araignée). C’était moche comme le cul des chiens. C'était pas beau du tout. C'était même affreux.
Mais mon esprit se mit néanmoins à battre la campagne…Je me souvenais vaguement d’une vieille histoire d’une mémé qui s’était servie d’un Van Gogh inconnu, une ébauche, pour obstruer un passage dans son poulailler. Une fortune colossale quelle avait avec ses poules, la mémé !
Je savais aussi que, des fois, il était arrivé qu'un artiste crève-la-faim de son vivant mais dont la postérité a jugé qu’il avait du génie, et surtout un prix, ait parsemé ses velléités de-ci, de-là, au hasard de sa misère et de ses errances.
Et pourquoi pas dans le grenier d’un ancien restaurant, bistro épicerie de Charente-Maritime, hein ?
Je vous le demande bien.
Mon frère doutait fortement. Il ricanait et moquait mes fantaisies. Nous n’étions guère habitués à voir quand même la chance venir nous sourire comme ça ! Les alouettes qui nous tombaient dans le bec étaient rarement rôties.
Nous examinâmes néanmoins le tableau à la loupe…La signature…Très important, la signature...Nous étions arrivés à identifier un vague gribouillis…Peut-être que c’était un chef-d’œuvre, après tout, et qu’avec ce chef-d’œuvre, tout le problème social de notre existence hasardeuse était résolu….Nous n’y connaissions vraiment rien …
Mais ça pouvait quand même être un chef- d’œuvre : C’était assez moche pour ça.
Je crois même qu'un troisième larron, appelé à la rescousse, hasarda que ces machins-là, plus que c’était laid et plus que c’était cher. Un qui n'aimait pas les critiques d'art, sans doute.
Cet avis lapidaire nous décida. On se cotisa, on fouilla dans l’annuaire et on prit rendez-vous à La Rochelle avec un gars expert en tableaux et œuvres d’art.
Le gars en question nous fit poliment asseoir quelques jours plus tard dans une sombre boutique. Il s’installa derrière un grand bureau sur lequel il avait posé notre fortune putative et il se pencha dessus avec sa lorgnette.
Très sérieusement.
Nous retenions notre souffle. On aurait entendu dans cet obscur atelier voler une mouche. Car si un expert, un vrai, un objectif, un savant en la matière, prenait la peine de se pencher comme ça sur notre affaire, c’est qu’on avait décroché le pompon, pardi !
On se donnait de petits coups de coude complices et de satisfaction et on était béat.
Mais tout à coup mon frère me donna des coups de coude plus rapides et plus petits encore, comme pour m’alerter de quelque chose . Je me tournai vers lui et il me fit signe de bien regarder ce que faisait ce couillon d’expert.
Ce que je fis… Et je vis que le gars promenait sa lorgnette dans tous les coins du cadre, sur la boiserie, partout, sauf sur la toile.
Je me suis d’abord dit que c’était peut-être comme ça qu’on faisait... Qu'il fallait tout voir, qu'il fallait être très minutieux , que ça prouvait l'honnêteté du prix qui allait sortir de tout ça, jusqu’à ce que le bonhomme nous demande la permission de déchirer la toile afin qu’il puisse mieux examiner l’intérieur de la boiserie.
Déchirer ? Comment ça déchirer la toile ? Qu'est-ce qu'il nous chante, cet oiseau-là ?
La méprise apparut alors au grand jour : Jamais l’homme de l’art n’avait pu imaginer un instant que nous étions ici pour la toile et non pour le cadre dont nous n’avions que faire…
C’était pourtant le seul objet qui avait un tout petit peu de valeur dans ce bourrier !
Quant au reste…
L'homme déchira doucement le tableau, sans violence ni méchanceté, comme quand on fait le ménage, et en jeta les débris derrière lui, dans une grande poubelle.
Il nous offrit vingt francs, que nous prîmes avidement, avec une facture même, avant de déguerpir, déconfits et plus colère que jamais.
12:01 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature |
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