19.03.2010
Les ricochets
Magnifique composition littéraire que ce poème, dans sa succession enchevêtrée d'hexamètres et de pentamètres, qui donne à l'ensemble une manière de sautiller, comme sautillaient les ricochets de notre enfance.
Des enjambements osés, des rimes brillantes, une belle syllepse, un clin d'œil à Rimbaud dès le premier vers, des références à Balzac, Apollinaire...
Une ballade sur Paris pour une balade dans Paris.
Ècriture exquise...
Et qu' j'avais acquis
Cette conviction qui
Du reste me navre
Que mort ou vivant
Ce n'est pas souvent
Qu'on arrive au havre.
Nous attristons pas,
Allons de ce pas
Donner, débonnaires,
Au pont Mirabeau
Un coup de chapeau
A l'Apollinaire.
A l'Apollinaire.
10:50 Publié dans Brassens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |
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18.03.2010
Classique contemporain
Serais-je un égaré ? Un obsolète ? Un décalé de la lecture ? Un poussiéreux de l'intellect ? Un lycéen demeuré demeuré demeuré contre vents et marées ?
C'est fort possible, tout ça.
Plaisantes interrogations qui se sont imposées quand, mettant un peu plus de désordre que de coutume dans ma bibliothèque - en jetant par endroits et par la fenêtre un regard sur la neige qui recouvre encore les halliers tout près - j'ai fait le constat de ce que j'avais lu, (relu, rassurez-vous, et, concernant certains livres, au moins pour la troisième fois) disons, à peu près, au cours de l'année qui vient de s'écouler.
Oyez plutôt comment ça fleure bon le passéiste :
Michelet et son histoire de la Révolution française, Le Grand Meaulnes, Splendeurs et misères des courtisanes, les Paysans, Lamiel, Manon Lescaut, Colomba, Jacquou le Croquant, Bouvard et Pécuchet, Boule de suif, Madame Bovary....
Je suis à peu près certain que j'en oublie quelques-uns, du même tonneau...
Et puis, évidemment, des visites régulières chez Mallarmé, Villon, Baudelaire, Rimbaud et Maupassant.
Hé ben, me suis-je murmuré, si la chaîne du livre est en crise parce que les gens ne lisent plus assez, tu y es un peu pour quelque chose, mon bonhomme : Tu ne lis que des morts !
Ce qui peut quand même paraître contradictoire et pas très généreux de la part d'un homme qui « vend sa pensée et qui veut être auteur.»
Mais quel plaisir ! Non pas qu'ils soient morts, ces gens-là, mais de relire tous ces grands livres. Lire pour ce qui concerne « Lamiel » de Stendhal ( livre inachevé, parfois à l'état d'ébauche), « Jacquou le Croquant », qui n'est pas un grand livre, et le volumineux Michelet, qui tient du chef-d’œuvre.
Quel plaisir parce qu'il y a sans doute autant de lectures d'une oeuvre véritable qu'il y a de saisons dans la vie d'un homme. Ou d'une femme, il va sans dire. Et que sans doute, ces saisons ont besoin comme d'un goût d'éternité.
J'ai même dans la tête de relire, pour la troisième fois, Guerre et paix...Lu d'ici, de la frontière biélorussse, je suis certain que ce sera encore une découverte.
Je me suis tout de même offert quelques heureuses incursions dans le présent... Riches heures de Jean-Louis Kuffer, Stasiuk, son Corbeau blanc et Fado, le premier roman de Stéphane Beau, le Coffret, Atelier 62 de Martine Sonnet, le manuscrit d'un ami du net...Quelques autres aussi, sans doute...
Mais quand même...Quand même...
Trois raisons peut-être à mes épouvantables archaïsmes : J'ai toujours été plus ou moins classique - un classique révolté, c'est pas facile à porter-, je suis loin des librairies françaises, je suis d'une autre latitude, et, surtout, je lis tous les jours sur le net, de l'excellent, du bon, du passable et du très mauvais.
Et ça, c'est du contemporain en live.
Mais quand même, que je répète.
Parce que j'ai un livre qui sort en librairie jeudi prochain et si tout le monde attend que j'aie passé le clavier à gauche pour le lire...
Bref...
Image d'un contemporain : Philip Seelen
12:16 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature |
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15.03.2010
La vie s'écoule
Par alternance régulière avec des pans de ciel bleu, la neige est tombée encore, en giboulées telles des colères. L'hiver continental résiste au grand mouvement des choses, refuse bêtement l'inéluctable basculement et lance ses dernières forces dans la bataille.
Jean Ferrat est mort.
C’est samedi qu’un copain attristé, francophone et francophile, me l’a appris, sitôt l’avoir lui-même su.
Je me suis dit que Ferrat aurait été content de savoir que des Polonais l’avaient aimé...Ferrat compagnon de route des communistes, mais très critique vis à vis de Moscou et de l'écrasement de Prague de 1968.
Sobres hommages rendus à Ferrat, ici, ici, et ici.
Moi, Ferrat, il m’évoque tout de suite un petit tourne-disque que ma mère avait eu la fantaisie d’acheter, une excentricité ramenée de la ville. Les voisins goguenards venaient voir le curieux instrument et tordaient leur gros nez, bouche bée vers le bas.
Ça ne les étonnait pourtant pas outre mesure qu’une femme en pantalons, avec du rouge aux lèvres, des talons hauts, qui fumait ostensiblement la cigarette, conduisait son aronde et prenait volontiers l’apéritif, se fût acheté une espèce d'inutilité pareille.
Un tourne disque et deux 45 tours. La Montagne et Le Gorille. Le début d’une longue amitié, pour le second titre.
Il m’évoque aussi l’écrivain Raymond Bozier, avec qui je fus un temps copain, pions que nous étions dans un lycée technique d’Angoulême. Il aimait beaucoup Ferrat, Bozier. Aragon plutôt, je crois.
Il m’évoque surtout des chansons poignantes, quelques vers puissants :
« Je twisterais les mots s’il fallait les twister »
et
« Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille ! »
La France, reconnaissante envers les bourreaux de son peuple et de ses enfants, orne encore ses rues, ses places, ses avenues du nom infâme de cet ignoble sanguinaire versaillais.
C'est en dire assez long sur les orientations perverses de sa mémoire.
La France, lointaine, qui vient de repousser la bouillie que lui servent régulièrement ses politiques, lesquels n’en tireront aucune leçon, mais se convaincront qu’il leur faut être plus mauvais encore, plus fourbes, plus dissimulateurs, pour ramener au bercail les citoyens égarés dans un mutisme assourdissant.
Ce gros con de Le Pen réapparaît. Gageons que pour les fins analystes qui se goinfrent à l'auge du spectacle, ce sera la faute aux abstentionnistes plutôt qu’à la déliquescence de mentalités fourbues.
La campagne est blanche avec du soleil au-dessus. Trois mois maintenant de paysages blafards. Il manque du vert qui s'accrocherait aux talus. Et du jaune timide aussi, tremblant aux berges d'une rivière.
Géographiques est imprimé. Il prépare sa métamorphose, du manuscrit au livre posé sur la table d'un libraire.
Je vais relire mon récit paysan, achevé il y a quelques semaines. Ira t-il jusqu'au bout de sa métamorphose, celui-ci ?
C’est marrant : Il y a dans ce récit un domestique agricole né en 1930 et qui, face aux radotages d’un poilu de 14-18, se dit que lui, il n’était pas né à la première guerre, trop jeune à la deuxième et trop vieux à la troisième…Il en éprouve comme une sorte de solitude qui n'a rien à raconter de dramatique.
Mêmes réflexions, donc, que l’ami Solko.
L’écriture aurait-elle quelque chose d'une tacite complicité ?
Mais le temps s’écoule vers les horizons promis...
Salut l'artiste ! Maintenant, toi, tu sais...
14:54 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature |
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