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03.03.2012

Se confier ou faire un nœud coulant ?

faire.jpgLorsqu'un phraseur, pataugeant hors des limites d'un propos sérieux, se met, par inadvertance ou de plein gré, en tout cas fort impudiquement, en scène, les autres, sagement goguenards, un peu gênés aussi, s'inquiètent et l'invitent gentiment à se taire :  Tu ne vas pas nous raconter ta vie ?
Une vie, ça se raconte pourtant par petites bribes au hasard et au moment où l'on veut. À une femme dont on pense que l'on en est épris, à un ami dont on se figure, honteuse vanité s'il en est, avoir gagné l'entière confiance, ou alors à n'importe qui. Si on est fin saoul, si on est devenu fou, si on est un sot ou alors si l'on n'est rien de tout cela mais qu'on est perdu, déchiré par la solitude, la souffrance et le chagrin.
J'ai toujours en mémoire cet exemplaire et pathétique fait divers relaté par les situationnistes. À dire vrai, je ne me souviens que de l'essentiel...
Un jeune homme était en proie à la mélancolie, à la désespérance et au mal de vivre, traînant par les ruelles ses souffrances solitaires. Par une nuit d'errance, dans un bar, pris de boisson, il en vint à confier ses désolations et ses tourments à un homme également solitaire, qui l'écouta et qui lui parla aussi comme jamais personne jusqu'alors ne l'avait fait. Le jeune homme sentit sur son épaule la douceur d'une main fraternelle et dans son âme la chaleur de l'amitié enfin trouvée brilla comme un espoir aperçu au bout de son douloureux tunnel.
Toute la nuit durant, les deux hommes échangèrent.
Et quand l'aube se dessina sur un nouveau jour, une aube qui aurait dû être plus claire et plus rose que tous les matins de sa vie, le jeune homme assassina son confident d'un violent coup de poignard.
S'en voulant retourner à ses ouailles, celui-ci venait en effet de confesser qu'il était prêtre et que d'écouter les échos de la souffrance était de la compétence de son divin office.

À ce stade suprême de la trahison, le geste est exemplaire. Le meurtre est une infamie. Certes. Je n'ai besoin de personne pour le savoir. Mais le mensonge exercé à un tel degré de perversité revêt lui aussi la violence déchirante d'un assassinat. S'il n'eût été connu et compris que de quelques-uns, voilà un geste qui aurait apporté à l'humanité plus d'intelligence et plus de matière à réfléchir que toutes les philosophies et toutes les morales du monde ne lui en ont jusqu'alors suggérées.
Je pense souvent à ce jeune homme - puni de la chaise électrique ou pendu -  parce qu'il me plaît de croire qu'affrontant son mal de vivre par l'écriture plutôt que par la confidence orale - toujours hasardeuse et pour lui si malencontreusement choisie - peut-être n'eût-il pas sombré jusqu'à cette extrémité criminelle.
Peut-être. L'écriture qui se respecte n'attend pas d'échos affectifs à ses confidences. Elle se nourrit d'elle-même. Après, quand son message est lu, quand elle prend socialement la parole, l'auteur est déjà ailleurs. Loin parfois. Dans un autre désordre.
Mon désordre à moi, me semble t-il aujourd'hui, a suivi comme une sorte d'ordre logique pour être au bon endroit dans un monde à l'envers.

Image : Philip Seelen

08:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Votre discours n'est guère univoque ! Mais comme on dit : souvent homme varie...

Écrit par : Alfonse | 03.03.2012

Je vous de pardonner ma remarque sans intérêt. La bêtise parle toujours en premier, hélas...

Écrit par : Alfonse | 04.03.2012

Alfonse, vous vous faites du mal inutilement... Toute proportion gardée quant au mal, bien sûr. Parce que je n'ai rien à vous pardonner - notion judéo-chrétienne s'il en est -
Vous ne m'avez en effet pas tourmenté ni agressé, et je crois que vous êtes assez assidu (e ?) à la lecture de ce blog - ce dont je vous remercie vivement - pour savoir que ce n'est point là lieu où l'on flagorne, où l'on trouve forcément tout bien, tout à sa convenance et où on est d'accord avec tout. Une telle attitude sur ce blog me dégoûterait même de le tenir. Quand on trouve quelque chose qui ne colle pas à soi, on le dit et c'est très bien . Libre à moi de répondre ce que j'en pense. De m'opposer ou d'être d'accord, après réflexion.
Je vous réponds donc quand au terme univoque, que j'associe à celui de cohérence. Hé ben non, je ne suis pas cohérent, je vis, je jouis, je souffre, je regrette, j'espère, j'approuve, je m'insurge, je suis heureux, je suis mal dans ma peau, je "plein de choses". Sans tabou ni retenue idéologique. Du moins j'essaie.
Quand vous êtes en présence d'un être qui prétend à la cohérence et à l'unité parfaite de son discours, soyez bien certain que vous êtes en présence de quelqu'un qui appréhende la réalité comme on appréhende un décor immuable et qu'il vous dissimule l'essentiel : d'énormes et douloureuses contradictions.
Bref, sa vie et sa confrontation, de chair et de cœur, au monde.
Bien cordialement

Écrit par : Bertrand | 05.03.2012

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